Gérard Oury (1919-2006) était un comédien, dramaturge, scénariste et réalisateur de comédies populaires - Le Corniaud, La Grande Vadrouille, Le Cerveau, La Folie des grandeurs, Les Aventures de Rabbi Jacob, L'As des as – juif français. il est honoré à la fin de sa carrière d'un César d'honneur en 1993 décerné en l'honneur de l'ensemble du cinéma comique français, d'une entrée à l'Académie des beaux-arts en 1998, au fauteuil de René Clément, et d'une rétrospective consacrée à son œuvre au Festival de Cannes 2001.. Arte diffusera le 7 avril 2026 à 13 h 35 « Le coup du parapluie » de Gérard Oury avec Pierre Richard, Valérie Mairesse, Christine Murillo, Gert Fröbe et Gérard Jugnot.
Brigitte Bardot
« L’ami Fritz » par Jacques de Baroncelli
Léon Barsacq (1906-1969) : « Maquettes de décors de films »
« Un ami viendra ce soir » de Raymond Bernard
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Marcel Carné (1906-1996)
Les Enfants du Paradis, l’exposition
Eddie Constantine (1917-1993)
Lemmy Constantine
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Sami Frey
« 1940 - Main basse sur le cinéma français » de Pierre-Henri Gibert
Serge Gainsbourg (1928-1991)
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Gérard Oury (1919-2006)
« Charles Pathé et Léon Gaumont. Premiers géants du cinéma » par Emmanuelle Nobecourt
« Charles Pathé et Léon Gaumont. Premiers géants du cinéma » par Emmanuelle Nobecourt
Des studios Pathé-Albatros à l’Espace Albatros
Les Studios Éclair de 1907 à 2007
Tournages Paris-Berlin-Hollywood 1910-1939
Les Studios Éclair de 1907 à 2007
Tournages Paris-Berlin-Hollywood 1910-1939
« C’est une famille où tout le monde s’aime », avait résumé l’actrice Michèle Morgan en parlant de la famille de son compagnon depuis la fin des années 1950, Gérard Oury.
Gérard Oury est né Max Gérard Tenenbaum en 1919 à Paris dans une famille juive : sa mère est Marcelle Houry (1894-1980), critique d'art au quotidien Paris-Soir et créatrice du rédactionnel dans la presse, et son père officiel un violoniste d'origine russe, Serge Tenenbaum. Dans son autobiographie, il relate ses relations distantes avec son père, et avoir été élevé essentiellement par sa mère dont, en 1950, il prend officiellement le nom de jeune fille.
« Pour moi, statutairement, [Serge Tenenbaum] avait toujours été l'ex-mari de ma grand-mère, point. Jusqu'à ce que Marcelle, qui habitait l'appartement en-dessous du nôtre, rue de Courcelles à Paris, se décide à me dire la vérité. Elle a sorti d'un tiroir un dossier dans lequel se trouvaient en vrac des photos en noir et blanc d'un bel aviateur, ainsi que des coupures de journaux vantant ses exploits : 'Regarde. C'est lui le père de ton père », a révélé Danièle Thompson après le décès de Gérard Oury.
Le père biologique de Gérard Oury était José Luis Sánchez Besa (1879-1955), avocat, ingénieur, avionneur et pilote chilien né dans une famille fortunée, enrichie par la production de canne à sucre. Ami de Alberto Santos Dumont, ce pionnier sud-américain de l’aviation a obtenu son brevet de pilote français en 1910. Il a participé à des compétitions, notamment à des courses d’hydravions (Saint-Malo en 1912, Belgique), à des parades aériennes (Champagne en 1909, Hambourg).Il « avait fondé à Boulogne-Billancourt en 1909 une entreprise de construction aéronautique et à Reims une école de l‘air. Il s’était associé avec Bathiat à la suite de leur rencontre au 1er meeting mondial d’Avions de Reims en 1909.
De 1909 et 1914, il avait consacré son argent à l’aviation. En 1909, il avait acheté deux cellules de Voisin - Gabriel Voisin (1880-1973) était un industriel aéronautique -, qu’il utilisa à Reims comme avions école. Puis, Sanchez-Besa a racheté les locaux d’Emile Train à Bouy en Champagne où il installa ses ateliers de construction (à côté de ceux de Farman) ». « Pionnier dans l'utilisation de profilés en acier dans la construction de ses avions, cet aviateur a possédé quatre usines aéronautiques, employant environ cinq mille ouvriers français. Il a remporté plus de quinze prix aéronautiques majeurs en Europe et construit plus de trois mille avions, qu'il a vendus dans le monde entier. » « Pendant la Première Guerre mondiale, ses usines produisirent sous licence des appareils Breguet, Sopwith et Caudron et employaient, selon ses dires, quelque 2 000 personnes. » Reconnaissante, la France lui remet la médaille de l’Aéronautique (1950), la Croix de guerre 1914-1918, la Légion d’Honneur dont il était Chevalier.
« J'avais une relation fusionnelle avec mon père, une absolue confiance. Nous pouvions parler de tout. Mais pas de son secret. Il se bloquait. Impossible d'en tirer quoi que ce soit », a confié Danièle Thompson, autorisée par son père à révéler ce secret familial seulement après son décès. Peut-être cette histoire a-t-elle inspiré aux scénaristes Gérard Oury et Danièle Thompson l’histoire d’amour entre Jo Cavalier, pilote d’avion incarné par Jean-Paul Belmondo, et la journaliste à Paris-Midi, Gabrielle, interprétée par Marie-France Pisier dans L'As des as.
Elève au lycée Janson-de-Sailly, Gérard Oury a pour condisciples François Périer, Jean Dutourd et Maurice Siegel.
À dix-sept ans, il étudie l’art dramatique au célèbre cours de René Simon où il rencontre sa future compagne Jacqueline Roman, née Jacqueline Fleurette Friedlaender (1920-1981). En 1938, il est admis au Conservatoire, aux côtés de Bernard Blier et François Périer, dans la classe d’une très grande sociétaire du Théâtre-Français, Béatrix Dussane.
L’année suivante, ce pensionnaire de la Comédie-Française, dont l’administrateur général est le dramaturge Édouard Bourdet, se voit confier son premier rôle dans Britannicus : il remplace un comédien mobilisé en ce début de Deuxième Guerre mondiale.
En 1940, victime des lois anti-juives, il fuit la zone occupée par les Nazis avec sa compagne comédienne Jacqueline Roman, d'abord en zone libre, puis à Marseille. Là, il participe aux émissions de théâtre de la radio nationale, repliée sur place. Il est remarqué par Paul Olivier, l'agent de Raimu, qui l'engage dans une revue avec Alibert, Rellys et Raimu qui le prend un temps sous son aile. Cet acteur débute au cinéma, dans Les Petits riens et Médecin des neiges (1942) de Marcel Ichac.
Puis, le couple se rend à Monaco où nait le 3 janvier 1942 leur fille, Danièle. Pour protéger son enfant du statut des Juifs, Gérard Oury ne la reconnaît pas. La famille se réfugie à Genève.
A la Libération en 1944, elle retourne à Paris, et vit à l’hôtel quelques temps, avant de se fixer en 1949 rue de Courcelles, dans le même immeuble où vit Marcelle Oury. Le couple de comédiens reprend sa carrière au théâtre et au cinéma. Dans la filmographie de Gérard Oury, citons Antoine et Antoinette de Jacques Becker (1948), La Belle que voilà (1949) de Jean-Paul Le Chanois avec Michèle Morgan, Sans laisser d'adresse de Jean-Paul Le Chanois (1951), Garou-Garou, le passe-muraille (1951) de Jean Boyer avec Bourvil, La nuit est mon royaume (1951) de Georges Lacombe, La Souricière d'Henri Calef (1950), La Fille du fleuve (1955) de Mario Soldati avec Sophia Loren, La Meilleure Part (1956) d'Yves Allégret avec Gérard Philipe, Le Dos au mur (1958) d'Édouard Molinaro avec Jeanne Moreau.
Quand le couple Oury a des difficultés financières, Gérard Oury vend un tableau donné par Raoul Dufy, un des amis peintres de sa mère.
A la fin des années 1950, il écrit des scénarios de films dans des genres différents : Le Miroir à deux faces, drame d’André Cayatte (1958) avec Michèle Morgan, sa compagne jusqu’à la fin de sa vie, Bourvil, Sylvie, Ivan Desny, Jane Marken, Georges Chamarat, Gérard Oury et Sandra Milo, ainsi que Babette s'en va-t-en guerre, comédie populaire de Christian-Jaque (1959) avec Brigitte Bardot, Jacques Charrier et Francis Blanche, Mona Goya, Noël Roquevert.
En 1959-1960, Gérard Oury réalise ses premiers longs métrages La Main chaude, un échec commercial, et La Menace.
Il interprète Don Salluste dans Ruy Blas de Victor Hugo dans une mise en scène de Raymond Rouleau à la Comédie-Française. Il acquiert ainsi, comme en 1939, le statut de pensionnaire du « Théâtre Français ». Le choix d’un comédien-réalisateur en dehors du prestigieux théâtre, et dont le contrat d’engagement stipule qu’il peut quitter la pièce au bout de six mois pour réaliser son troisième film, ce qui est prohibé par le décret napoléonien dit « de Moscou », sauf autorisation expresse de l'administrateur, suscite l’hostilité de sociétaires, dont François Chaumette. De plus, des tension surgissent entre Raymond Rouleau et l'interprète de don César de Bazan, Robert Hirsch, qui part les répétitions le 26 octobre, près d'une semaine avant la présentation au public de la pièce, et est remplacé par Jean Piat. La première de Ruy Blas a lieu le 4 novembre 1960, en présence du Président Charles de Gaulle (qui salue Oury d'un « maître ») et du ministre de la Culture André Malraux. La presse couvre d’éloges Gérard Oury, un don Salluste « un peu triste, hiératique, très digne ». Le comédien a l’idée de transformer ce drame en comédie : « À chaque représentation, pendant l'acte II dont je ne suis pas, ou tandis que mort j'attends de me relever, je pense qu'on pourrait faire de ce drame une irrésistible comédie : quiproquos valet-maître, maître déguisé en laquais, duègne folingue, Barbaresques chez lesquels Salluste expédie son cousin César, maison truquée, reine d'Espagne somme toute complètement idiote. Et ce Salluste, pourquoi toujours le faire jouer en troisième couteau ? Moi, je le distribuerais à un acteur comique, Louis de Funès par exemple. Je sais, il est inconnu mais il a du génie, on s'en apercevra bientôt. Je m'amuse au jeu des titres. (…) Ruy Blaze avec un Z ? Les Sombres Héros ? (Sombréros !) Ou tiens, pourquoi pas : La Folie des grandeurs ? » (Gérard Oury, 1988).
En 1962, son long métrage Le crime ne paie pas, avec Michèle Morgan et Louis de Funès est composé de quatre sketches adaptés des bandes dessinées verticales de Paul Gordeaux publiées par le journal France-Soir.
Observant le réalisateur, Louis de Funès dit à Gérard Oury : « Quant à toi, tu es un auteur comique, et tu ne parviendras à t'exprimer vraiment que lorsque tu auras admis cette vérité-là ».
Suivant ce conseil, Gérard Oury écrit avec Marcel Jullian le scénario du Corniaud avec Bourvil et Louis de Funès. Un grand succès du box-office français avec près de 12 millions de spectateurs.
Avec sa fille Danièle Thompson, sa fidèle collaboratrice jusqu’en 1989, Gérard Oury écrit le scénario de La Grande Vadrouille pour Bourvil et Louis de Funès. Nouveau succès avec plus de 17 millions de spectateurs. Un record battu en 2008 par Bienvenue chez les Ch'tis de Dany Boon puis en 2011 par Intouchables d’Éric Toledano et d’Olivier Nakache.
Suivent d’autres comédies : Le Cerveau (1969) avec Bourvil, Jean-Paul Belmondo, David Niven, Eli Wallach, La Folie des Grandeurs avec Louis de Funès et Yves Montand – 5,5 millions d’entrées -, Les Aventures de Rabbi Jacob (1973) – 7,3 millions d’entrées -, Le Crocodile (1974),
Les Aventures de Rabbi Jacob sortent durant la guerre du Kippour. L’épouse de Georges Cravenne, célèbre publicitaire chargé de la promotion du film, Danielle Cravenne, qui souffre de problèmes psychiatriques, détourne un avion au motif que le film serait « anti-palestinien », et est tuée par le GIGN à Marseille.
En 1977, Gérard Oury écrit Arrête ton cinéma, comédie qu’il met en scène au théâtre du Gymnase, à Paris. Malgré Françoise Fabian et Jacques Weber, la pièce de théâtre est un échec critique et public.
Gérard Oury se détourne définitivement du théâtre et réalise La Carapate (1978) avec Pierre Richard et Victor Lanoux – trois millions d’entrées - et Le Coup du parapluie, avec Pierre Richard (1980) - 2,4 millions d'entrées, puis L'As des as (1982) avec Jean-Paul Belmondo – 5,4 millions d’entrées, et numéro 2 au box-office de l'année -, La Vengeance du serpent à plumes avec Coluche, alors le comique numéro 1 – 2,6 millions d’entrées -, Lévy et Goliath avec Richard Anconina et Michel Boujenah (1987) - 2 166 907 entrées -, Vanille Fraise (1989), avec Pierre Arditi et Sabine Azéma - 768 518 entrées.
En 1988, sort Mémoires d'éléphant, autobiographie de Gérard Oury, qui relate sa vie et sa carrière jusqu'à L'As des as, sa mère Marcelle, sa grand-mère Mouta, et Serge Tenenbaum, « cet homme que j'ai appelé papa toute ma vie… »
Gérard Oury reçoit en 1993 un César d'honneur pour l'ensemble de sa carrière, et offre cette récompense à Jeanne de Funès, en hommage à son époux décédé en 1983.
Enfin, Gérard Oury réalise Fantôme avec chauffeur (1995) avec Gérard Jugnot et Philippe Noiret - 428 867 entrées -, et Le Schpountz (1999) avec Smaïn, Sabine Azéma, Ticky Holgado et Martin Lamotte - 200 000 entrées (un nombre de spectateurs qu’envieraient nombre de réalisateurs actuellement). Ultime film produit par Alain Poiré pour la Gaumont. La première eut lieu à Saint-Tropez le 25 août 1999. Gérard Oury a déclaré : « Le Schpountz de Marcel Pagnol est la réhabilitation du rire et quelquefois, c'est une œuvre tenue à mépris ».
Des problèmes de santé ont empêché Gérard Oury de poursuivre son activité de réalisateur.
Le 11 mars 1998, Gérard Oury a été élu membre de l'Académie des beaux-arts dans la section des créations artistiques dans le cinéma et l'audiovisuel, au siège qu'occupait René Clément. Le 1er mars 2000, le réalisateur Pierre Schoendoerffer le reçoit sous la Coupole. Son épée est réalisée par Pierre-Yves Trémois en 1999, et Gérard Oury y fait inscrire la fameuse réplique de Jacques Prévert prononcée par Jean Gabin dans le film Le Quai des brumes de Marcel Carné « T'as d'beaux yeux, tu sais » (1938), hommage à sa compagne et actrice Michèle Morgan. Gérard Oury a rejoint d’autres réalisateurs, dont Roman Polanski (entré en 1999) ; son fauteuil est occupé depuis 2007 par Jean-Jacques Annaud.
En 2001, Plon publie Ma Grande Vadrouille, livre de souvenirs de Gérard Oury, qui perd la vue.
« Je n'ai jamais eu de film sélectionné à Cannes. Tout vient à point à qui sait attendre », a dit Gérard Oury, le 14 mai 2001, lors de l'hommage que lui a rendu le Festival de Cannes.
Le 20 septembre 2002, à l'Elysée, lors de la cérémonie de remise à Gérard Oury des insignes de Grand officier de l'Ordre national du Mérite par le Président de la République Jacques Chirac, celui-ci a que les films du réalisateur se distinguent par « un comique sympathique, sans prétentions intellectuelles, fraternel et efficace... [Gérard Oury est] un comique dont la vérité est universelle comme celle de Molière ».
En octobre 2002, La Grande Vadrouille est projetée, dans une version restaurée, à l'Opéra de Paris en présence du réalisateur, de sa famille et de ses amis.
Cinéphile admirateur d'Ernst Lubitsch, Gérard Oury a su concilier avec talent le cinéma commercial, populaire, et le film d'auteur. Réalisateur de films comiques fondé sur des tandems, bénéficiant de grands moyens financiers, il s'est dotée de comédiens d'exception et d’une équipe technique particulièrement douée, ayant souvent travaillé avec la Nouvelle vague : le directeur de la photographie Henri Decaë (Le Corniaud, La Folie des grandeurs, Les Aventures de Rabbi Jacob, Le Coup du parapluie, La Vengeance du serpent à plumes), le décorateur de théâtre et de cinéma, Georges Wakhévitch (Le crime ne paie pas, La Folie des grandeurs)...
Il s'est aussi inspiré d'évènements historiques ou les a illustrés par la parodie : l’esclavage islamique (La Folie des grandeurs), l’enlèvement de Ben Bella et la guerre au Proche-Orient (Les Aventures de Rabbi Jacob), l'élimination d’opposants par un régime communiste (Le coup du parapluie)...
Gérard Oury décède à Saint-Tropez en 2006.
Rétrospective à la Cinémathèque
En 2020, la Cinémathèque française a rendu hommage à Gérard Oury en lui consacrant une rétrospective présentée ainsi par Adrien Valgalier :
« L'habitude de voir les films de Gérard Oury à la télévision peut nous faire perdre de vue la dimension que ceux-ci pouvaient revêtir au moment de leur sortie. Au début des années 1960, si l'on excepte des cinéastes au ton plus singulier comme Jacques Tati, Pierre Étaix ou Jean-Pierre Mocky, la comédie française se confine le plus souvent dans le comique de mots et de mœurs. Héritière du théâtre de boulevard, elle puise l'essentiel de ses effets comiques dans l'oral. La mise en scène s'y appauvrit en n'étant qu'un simple enregistrement de la performance de l'acteur.
UN DÉSIR DE BEAUTÉ
Ce cinéma statique et babillard, financé à la va-vite, ne trouve que peu de grâce aux yeux de Gérard Oury qui, lorsqu'il se décide à réaliser une comédie sur les conseils de Louis de Funès, qu'il a engagé pour un petit rôle dans Le Crime ne paie pas, rêve d'un film en couleurs, de plans larges et de grands espaces. Il écrit dans ses Mémoires d'éléphant à propos du Corniaud : « De Naples à Bordeaux, je veux réaliser ce film itinérant entièrement sur des voitures en marche. Et ras le bol les productions comiques bon marché, moches et vulgaires. Je tournerai dans des sites magnifiques : Villa d'Este, château Saint-Ange, Pise, la Toscane. » Le projet, ambitieux, est soutenu par le producteur Robert Dorfmann qui, même lorsque le budget du film est dépassé en cours de tournage, ne lâche pas son réalisateur. Oury est épaulé à l'image par le chef-opérateur Henri Decaë, qui a notamment signé la photographie scintillante de Plein soleil de René Clément. Le film sera un succès immense en son temps, un triomphe comique encore aujourd'hui. Gérard Oury a constamment cultivé ce désir de beauté de l'image, cette envie « d'oxygéner » la comédie pour mieux rompre avec une certaine tradition.
LE GOÛT DU GAG
Sans renoncer au bon mot et à l'échange de répliques savoureuses, Gérard Oury met au premier rang le gag visuel. En cela, il est plus proche du burlesque américain, de Charles Chaplin et Jerry Lewis, et du cinéma comique français des premiers temps (Max Linder, André Deed) que des comédies de son époque. Il ne s'économise pas sur l'écriture de ses films, peaufinant jusqu'à l'obsession la moindre situation. À l'instar des pères du burlesque, il pense en permanence la situation de l'acteur par rapport à son environnement, aux éléments de rupture et de dislocation qui peuvent exister entre eux. En ce sens, Les Aventures de Rabbi Jacob est son film qui pousse au plus haut degré ce principe de distorsion. Le corps n'est jamais une fin en soi chez Gérard Oury, il se manifeste pleinement dans la contradiction. Ses choix de casting sont tout entiers dirigés vers cette finalité. Les personnages de Louis de Funès ne se révèlent que plus vifs et nerveux face à la bonhomie tranquille de Bourvil, mesquins et chétifs devant l'élégance classique d'Yves Montand. Oury injecte cette même logique de rebondissement dans les trames narratives. Ses films sont perclus de soubresauts, de trajets en zigzags incessamment contrariés dans une dynamique jubilatoire. Son comique n'a jamais été autre que situationnel : placer des personnages là où ils ne devraient pas être, les associer avec ceux qu'ils ne devraient pas fréquenter. La mécanique du réalisateur est bien huilée mais n'alourdit pas pour autant l'ensemble. Les rouages sont habilement masqués par cette exigence visuelle, cette profusion de gags qui sont autant la marque d'une générosité de l'artiste envers son spectateur que d'un appétit de cinéma et de grand spectacle.
UNE FRANCE INTERLOPE
Un regard d'ensemble sur l'œuvre de Gérard Oury confirme un attrait certain pour la contrebande et les milieux clandestins. Citons pêle-mêle la Résistance dans La Grande vadrouille, le rapt du Cerveau, la cavale d'un condamné et son avocat dans La Carapate, le groupe anarchiste terroriste de La Vengeance du serpent à plumes ou encore les services secrets dans Vanille fraise, liste à laquelle nous pourrions ajouter les innombrables affaires de mafiosi et d'agents troubles (Le Corniaud, La Folie des grandeurs, Le Coup du parapluie). Le cinéma de Gérard Oury est travaillé par ce glissement entre la légalité et l'illégalité, l'ordre et la fraude, le franchissement de cette barrière entraînant toujours une fuite en avant (et ainsi la mise en route de la narration). Cette tendance déploie au grand jour la propension qu'a toujours eu le cinéaste à déporter la comédie vers le film d'action, avec l'une de ses formules les plus caractéristiques qu'est la course-poursuite. Elle est aussi le signe d'une ambition poétique : donner aux personnages l'occasion de se rêver autrement, d'aller vers l'interdit, de s'extraire de leur condition et de leur zone de confort pour se révéler à eux-mêmes. Les films de Gérard Oury sont à relire à l'aune de ce fantasme d'être un autre. Ce jeu de truchement – on se déguise beaucoup chez le réalisateur, en soldat allemand, en dame de la cour, en rabbin – ouvre le chemin à un apprentissage, ou plutôt à un renoncement, de ses défauts, craintes et a priori. Ce cinéma est nourri par un espoir, celui que le rire puisse améliorer le cœur des hommes et réconcilier les contraires. »
« Le coup du parapluie »
Arte diffusera le 7 avril 2026 à 13 h 35 « Le coup du parapluie » de Gérard Oury.
« Venu auditionner pour un rôle de tueur à gages, un acteur de seconde zone est recruté par erreur par un véritable gangster... Entre film policier et vaudeville, une comédie échevelée de Gérard Oury, taillée sur mesure pour un Pierre Richard loufoque à souhait. »
« Acteur ringard abonné aux spots publicitaires, Grégoire Lecomte passe une audition pour le rôle d'un tueur à gages dans un film de gangsters. Gaffeur incorrigible, il se trompe de porte et atterrit dans le bureau d'un mafieux. Celui-ci le prend pour un professionnel et lui confie une mission : éliminer un riche trafiquant d’armes avec la pointe empoisonnée d’un parapluie. »
« Convaincu par le scénario et croyant rejoindre l’équipe de tournage, Grégoire part pour Saint-Tropez, sans savoir qu'il est suivi par une séduisante agente de la direction de la surveillance du territoire, la secrète DST, et par l’homme de main à qui devait revenir le contrat... »
« Séducteur invétéré, également pisté par les collègues de sa volcanique maîtresse, Grégoire est emporté dans un invraisemblable tourbillon de quiproquos, courses-poursuites et scènes de ménage. »
« Aussi à l'aise dans le registre de la farce policière que dans celui du vaudeville, Pierre Richard, entouré d’un casting aux petits oignons (Valérie Mairesse, Christine Murillo, Gérard Jugnot...), met son imparable génie comique au service de ce cinéma populaire, inspiré par l’assassinat, à coups de parapluie, d’un dissident bulgare à Londres en 1978 ».
« Si certaines séquences ont inévitablement vieilli, d’autres s’avèrent toujours aussi poilantes, à l’instar de la fausse publicité de pâtée pour chiens : "Ragoutoutou, le ragoût de mon toutou, j'en suis fou !"
« Le coup du parapluie » de Gérard Oury
France, 1980, 91 min
Scénario : Gérard Oury, Danièle Thompson
Production : Gaumont
Producteur : Alain Poiré
Image : Henri Decaë
Montage : Albert Jurgenson
Musique : Vladimir Cosma
Avec Pierre Richard (Grégoire Lecomte), Valérie Mairesse (Sylvette dite "Bunny"), Christine Murillo (Josyane Leblanc), Gert Fröbe (Otto Krampe), Gérard Jugnot (Frédo), Dominique Lavanant (Mireille)
Sur Arte les 29 mars 2026 à 13 h 30, 7 avril /2026 à 13 h 35
Sur arte.tv du 25/03/2026 au 23/04/2026
Visuels :
© Gaumont/Alle Rechte vorbehalten, © DR
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Les citations sur le film proviennent d'Arte.



























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