La Tour Jean Sans Peur présente l’exposition « L’hygiène au Moyen-âge ». Une exposition pour le 25e anniversaire de l’ouverture au public de ce monument parisien qui rétablit la vérité sur un Moyen-âge soucieux d'hygiène dans les cadres urbain - latrines, bains publics -, personnel - savon, épouillage -, dans les logements - nettoyage du foyer -, politique et spirituel, de la noblesse aux plus pauvres.
L’histoire sous les pieds. 3000 ans de chaussures
« Contrairement à l’extérieur, l’intérieur des maisons fait l’objet d’un entretien régulier. Les sols sont balayés et lavés. Dans les demeures bourgeoises, sont jetées des jonchées (des herbes fraîches coupées mêlées à des fleurs). »
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Sonia Rykiel (1930-2016)
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Située près du métro Etienne Marcel à Paris, la tour Jean sans Peur est une propriété de la Ville de Paris gérée par l’association des amis de la tour Jean sans Peur. Pour les 25 ans de son ouverture au public, la tour Jean sans Peur propose l’exposition « L’hygiène au Moyen-âge » accompagnée d'une riche programmation » : conférences, visites guidées, balades, concerts.
« Contrairement aux idées reçues" remontant souvent à la Renaissance et au XIXe siècle - dans La Sorcière (1862), l’historien Jules Michelet fustigeait un Moyen-âge obscur : « La guerre que le Moyen Âge déclara et à la chair, et à la propreté, devait porter son fruit. Plus d’un saint est vanté pour ne s’être jamais lavé même les mains. Et combien moins le reste ! ».- et popularisées dans le personnage de Jacquouille la Fripouille du film « Les Visiteurs », "les hommes et femmes du Moyen Âge se souciaient de la propreté de leur personne et de celle de leur intérieur domestique. » Et ils avaient hérité des thermes romains... Dans les années 1960, des fouilles archéologiques ont mis à jour des accessoires d’hygiène, des bains publics attestant du souci d'hygiène au Moyen-âge, dans la vie sociale, politique - avant le sacre royal - religieuse et personnelle.
« À travers six thèmes (approvisionnement en eau, gestion des déchets, propreté corporelle, bains, latrines et médecine hygiéniste), cette exposition tente de mettre fin aux nombreux préjugés qui entourent cet aspect de la vie quotidienne médiévale. »
La commissaire d'exposition est Danièle Alexandre-Bidon, historienne (EHESS), ingénieure d'études au Centre de Recherches Historiques de l'Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales, spécialiste de la vie quotidienne au Moyen Âge.
« Le chevalier devait se purifier, se baigner avant d’être adoubé, le prêtre devait se laver les mains avant de servir la messe, [tout comme] le chirurgien avant de pratiquer une opération chirurgicale. Les chirurgiens se lavaient les mains pour honorer Dieu, parce qu'ils travaillaient en son nom... Les deux concepts [propreté et pureté] étaient vraiment synonymes et équivalents. Aujourd’hui, on parle encore d'une eau pure, pour dire qu'elle est potable, propre », a expliqué Danièle Alexandre-Bidon.
Et cette historienne médiéviste de préciser : « Tout le monde n’avait pas les mêmes capacités à disposer de lieux d’hygiène chez soi. Dans les châteaux, il y avait des latrines, des bains, des thermes, des petites piscines, etc. [Les plus modestes pouvaient se faire] un bain dans un cuveau à lessive. Dès le XIIIe siècle, tous les grands quartiers [urbains possédaient] leur bain public et il était signe de bonnes mœurs et de bonne sociabilité d’aller s’y baigner, ce que l’on faisait une fois par semaine... Le bain était le traitement favori des médecins dès qu’on avait la moindre maladie... Les bébés étaient lavés à chaque fois qu’on les allaitait, c’est-à-dire plusieurs fois par jour... Les cheveux [des adultes] étaient ainsi lavés une fois par semaine... Pour se savonner, les paysans n’achetaient pas de pains de savon, contrairement aux nobles, mais cueillaient des plantes saponaires au bord des rivières ».
Le Dr. Moïse Ginsburger a écrit dans "Médecine et Hygiène des Juifs en Alsace-Lorraine" (Extrait des Cahiers de la Société pour l’Histoire des Israélites d’Alsace et de Lorraine (Guebwiller 1911, Traduit de l’allemand et annoté par Colette Strauss-Hiva) :
"Quels que soient les pays et les époques, nous autres, Juifs, n’avons cessé d’accorder grande importance à la préservation de la santé et du bien-être physique. Tous nos textes écrits sont pénétrés de l’idée que seul un corps sain est à même d’héberger un esprit sain. La Bible elle-même contient déjà des prescriptions totalement conformes aux principes de l’hygiène moderne, et le Talmud témoigne d’une parfaite familiarité avec l’anatomie, la physiologie, la pathologie et la chirurgie. L’attention constante apportée aux connaissances en matière de médecine ainsi que le respect des enseignements tirés d’un tel savoir ont entrainé jusqu’au moyen-âge et dans la plupart des pays une élévation très sensible du niveau de santé des populations juives comparé à celui de leurs contemporains. Il faut y voir la preuve qu’en dépit des limites imposées par les lois et autres dispositions, et y compris durant les époques d’extrêmes contraintes, rois et papes, villes et princes n’ont cessé de solliciter les médecins juifs et de les tenir en haute estime.L’Alsace n’y fait pas exception. Ainsi, le 7 décembre 1384, le magistrat de Strasbourg décide d’employer pendant six ans le médecin juif Meister Gutleben, en lui accordant ainsi qu’à ses enfants et à son personnel domestique le droit de résider gratuitement à l’intérieur de la ville, afin de lui permettre d’employer son expertise au bénéfice des citadins. En reconnaissance de ses six années de services il reçut à certaines dates une somme de 300 Florins.Il est quasiment certain que ce dénommé Gutleben est apparenté avec le médecin juif homonyme employé par la municipalité de Bâle comme médecin local à la même époque et peu ou prou dans les mêmes conditions...Des traditions sont évoquées dans plusieurs passages de la et du Talmud. Il y a d’abord celles qui promeuvent l’intérêt collectif, la communauté, la préservation de l’air et de l’eau, l’hygiène relative aux écoles et autres bâtiments publics et en particulier l’inspection sanitaire de la viande ainsi que toutes les prescriptions qui lui sont associées, lesquelles constituent aujourd’hui encore le fleuron de nos institutions sanitaires. Parallèlement, le souci de l’hygiène s’exprime aussi dans des réglementations destinées à quelques personnes chargées individuellement de les mettre en pratique. Plusieurs faits cités dans certaines sources historiques méritent qu’on s’y attarde...Hormis le vêtement, c’est surtout au niveau de l’habitat que l’hygiène joue un rôle déterminant. Là encore, les Juifs d’Alsace et de Lorraine se différencient peu de leurs coreligionnaires d’autres pays. En zone urbaine, les Juifs habitent des immeubles particuliers situés dans des quartiers spécifiquement juifs. Cet isolement géographique tient d’abord au fait que généralement, dans les villes médiévales, la population se regroupait dans certaines rues sur la base de données professionnelles, sociales ou commerciales. En outre, les Juifs constituaient une communauté spécifique, centrée sur la localisation de la synagogue, à quoi s’ajoute enfin le souhait des autorités de les cantonner à un espace délimité pour éviter l’excès de contacts avec les résidents chrétiens. (Stobbe, Die Juden in Deutschland, p. 176)".
Dans le judaïsme, le mikvé (mikvaot au pluriel) est un bain rituel, et ne vise pas à assurer la propreté de celui ou celle qui s'y rend, déjà propres. L’eau pure provient de l'eau de pluie ou de glace pure ayant fondue. La femme juive, avant son mariage religieux, après ses règles (nida) ou après avoir accouché, se rend au mikvé et s'y immerge à trois reprises. C'est une purification spirituelle. La toilette précède l'immersion dans le mikvé.
L'hygiène publique
« Au Moyen Âge, les rois prennent des mesures visant à endiguer la malpropreté urbaine. Au XIIIe siècle, Philippe Auguste fait paver les grands axes de la Capitale. Au siècle suivant, les parisiens sont soumis à une taxe pour l’enlèvement des ordures. Le roi Charles VI (1380-1422) fait également promulguer une ordonnance afin que les immondices ne soient pas jetés dans les cours d’eau et que les métiers polluants s’implantent en aval des cités. »
« Malgré toutes ces ordonnances, les rues médiévales restent mal entretenues. En témoignent leurs noms : rue Sale, rue Foireuse, rue du Merderon... »
« Particuliers et professionnels continuent de déverser leurs déchets à même la rue : on trouve en pleine ville des soues à cochon, des poulaillers, des étables et des écuries dont les rigoles pissoires déversent leur contenu sur la voirie. Les bouchers répandent le sang et les viscères des animaux, les barbiers le reste des saignées et des cheveux de leurs clients... »
« Le manque de fontaines publiques n’aide pas à améliorer la situation : pour 200 000 habitants, Paris ne possède que six fontaines ! »
« Enfin, les latrines construites au-dessus des ponts ou bien au-dessus des ruelles augment encore la pollution. »
« Il faut attendre le XVe siècle pour que des réponses fortes soient apportées à la pollution ambiante (généralisation du pavage des rues, multiplication des égouts, paveurs et éboueurs se constituant en métiers). »
L'hygiène domestique
« Contrairement à l’extérieur, l’intérieur des maisons fait l’objet d’un entretien régulier. Les sols sont balayés et lavés. Dans les demeures bourgeoises, sont jetées des jonchées (des herbes fraîches coupées mêlées à des fleurs). »« Les objets sont rangés dans des placards muraux ou bien accrochés sur des barres en bois qui peuvent servir également à suspendre les vêtements. »
« Le peu de mobilier et les tables sur tréteaux, rangées contre les murs, rendent plus aisé le nettoyage de la maison. »
« Parallèlement, des solutions sont apportées pour se débarrasser des insectes qui pullulent. Ainsi, pour piéger les puces, on n’hésite pas à placer sur les lits des peaux de moutons ou des draps rêches et blancs. »
« En ville, toutes les maisons ne possèdent pas de latrines. Elles sont parfois construites sur un passage en hauteur reliant les deux maisons. »
« Les habitants qui n’ont pas la chance d’avoir de latrines privées peuvent également se rendre aux latrines publiques, au-dessus des ponts. »
« Dans les milieux aisés, les latrines sont construites soit en encorbellement sur la demeure (installées dans des édicules accrochés sur la façade) ou bien intégrées à l’intérieur des murs, les déchets étant évacués dans une fosse à latrines, comme c'est le cas à la tour Jean sans Peur. »
L'hygiène personnelle
« Dans les domaines de la médecine ou bien des soins de beauté, de nombreux traités recommandent l’usage du bain. Offrir un bain est également un gage de civilité. »
« Dans certains métiers, se laver les mains est une obligation pour des raisons rituelles : le chirurgien doit se laver les mains avant d’opérer comme le prêtre avant de dire la messe. »
« Si les bourgeois se font apporter leur baignoire dans leur chambre, les habitants moins aisés n’hésitent pas à se baigner soit dans les rivières, dans les fossés de la ville ou même dans leur cuveau à lessive. »
« En ville, existent des bains publics ayant d’autres fonctions que celles de se laver simplement le corps : bains curatifs ou bien bains de plaisir appelés au dès le Moyen Âge bordels. »
« La peur de l’eau, rentrant dans la peau et vectrice d’épidémies, n’est pas encore à l’ordre du jour. »
« Pour la toilette, les accessoires sont nombreux : rasoirs, miroirs, cures-oreille, cures-dent, shampoings et même dentifrice exaltant la blancheur des dents (pilules ou pâtes dentifrices à base d’os de seiche broyé ou de corail blanc pilé mélangé à des herbes tels que l’oseille ou la menthe pour donner une bonne haleine). »
« Chez l’apothicaire ou le mercier, le citadin peut acheter du savon, en pâte molle ou en pain, frappé d’une croix. »
« Parmi les actes quotidiens liés à l'hygiène, outre la toilette, il faut citer notamment l’épouillage avec un peigne aux dents serrées ou bien son traitement par des lotions capillaires. »
« Les femmes aristocrates, quant à elles, se doivent d’avoir la peau blanche. Elles y parviennent à l’aide de poudre de nombril marin, un petit coquillage blanc, ou de céruse de plomb, dont l’excès opère à terme des ravages sur la peau. »
« Elles s’épilent également le haut du front ainsi que tout le corps, pratique observée également chez les hommes, suivant une habitude venue d'Orient. »
« Ainsi, l’hygiène corporelle fait l’objet de préceptes nombreux dans les traités de médecine et les livres de bonne manière et cela dès les XIIe siècle et XIIIe siècles. Jamais peut-être avant le XXe siècle, le souci de propreté personnelle n’aura été aussi fort qu’à la période médiévale lorsque chacun pensait que sa santé en dépendait. »
BIBLIOGRAPHIE
Alexandre-Bidon Danielle, Dans l'atelier de l'apothicaire : histoire et archéologie des pots de pharmacie (XIIIe – XVIe siècle), Paris, Picard, Espaces médiévaux, 2013
Bilimoff, Michèle, Les plantes du Moyen Âge, Rennes, Ed. Ouest France, avril 2017
Corbin Alain, Le miasme et la jonquille : l’odorat et l’imaginaire social, XIIIème - XXème siècles, Flammarion (Champs), 1986
Ferris Paul, Les remèdes de santé d'Hildegarde de Bingen, Paris, Poche Marabout, 2018
Heers Jacques, La ville au Moyen Âge, éd. Fayard, 1990.
Jacquart Danielle, La médecine médiévale dans le cadre parisien, XIVe – XVe siècles, éditions Fayard, 1998.
Jacquart Danielle, Le milieu médical en France du XIIe au XVe siècle, éditions Droz, 1981.
Leguay Jean-Pierre, La pollution au Moyen Âge, éditions Gisserot, 1999.
Leguay Jean-Pierre, La rue au Moyen Âge, éd. Ouest-France, Université Rennes, 1984.
Vigarello Georges, Histoire des pratiques de santé : le sain et le malsain depuis le Moyen Âge, Seuil (Point), 1999
Vigarello Georges, Le propre et le sale, éd. le Seuil, Paris 1985.
A la Tour Jean Sans Peur
20, rue Étienne Marcel. 75002 Paris
Tel : 01 40 26 20 28
Mercredi- samedi-dimanche 13h30 – 18h
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