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mardi 9 juin 2026

Nadav Lapid

Nadav Lapid est un scénariste, réalisateur - 
« L’institutrice », « Synonymes », « Oui » -, acteur et écrivain israélien engagé. Après un appel au boycott et avoir subi des pressions, Nadav Lapid ne viendra pas au festival FID Marseille en juillet 2026, à la fois comme membre du jury et pour y montrer son film. Le Monde (8 juin 2026) : « Inviter un artiste dans un festival n’est pas l’ériger en ambassadeur culturel » : plus de 350 personnalités en soutien au cinéaste israélien Nadav Lapid". Le 9 juin 2026, Le Monde a aussi publié la tribune d'un Collectif « Le boycott culturel du réalisateur israélien Nadav Lapid est une faillite intellectuelle ».

« Mossad : des agents israéliens parlent » par Duki Dror

Nadav Lapid est né en 1975 à Tel Aviv dans une famille dont les membres sont des artistes.

Après des études de philosophie et d'histoire dans les universités de Tel Aviv et de Paris VIII, il débute une carrière de journaliste.

Puis, il complète sa formation à l'École de cinéma et de télévision Sam-Spiegel. Là, il réalise trois courts métrages.

En 2008, lors de sa résidence à la Cinéfondation du Festival de Cannes, il écrit le scénario de son premier long métrage, "Le policier" (2011).

Il entame une carrière internationale, comme membre du jury de festivals ou réalisateurs de films qui y sont sélectionnés, et parfois primés. L'Institutrice est montré à la 53e Semaine de la critique, durant le Festival de Cannes 2014. 

Suivent From the Diary of a Wedding Photographer présenté au Festival de Cannes 2016, Synonymes Ours d'or à la Berlinale 2019 - et  Le Genou d'Ahed (2021) au titre clin d'oeil à celui d'un film d'Eric Rohmer.

Selon France Info, "le dernier film Oui (2025) brosse le portrait d'une société israélienne défigurée par la soif de vengeance après le 7-Octobre et indifférente aux morts palestiniens à Gaza."

Nadav Lapid est Chevalier des Arts et des Lettres.

Boycott
Après un appel au boycott et avoir subi des pressions, Nadav Lapid ne viendra pas au festival FID Marseille (7-12 juillet 2026), à la fois comme membre du jury et pour y montrer son film Le Policier (2011). 

Les "tenants du boycott reprochent notamment au cinéaste d'avoir bénéficié de fonds publics israéliens pour financer très partiellement le film Oui, présenté à Cannes en 2025 à la Quinzaine des cinéastes. "La subvention israélienne dont a bénéficié le film vient d'un fonds public et non pas gouvernemental, et c'est typiquement le genre d'organisme indépendant qui est attaqué par le gouvernement Nétanyahou", déclare à l'AFP Judith Lou Lévy, productrice de Oui au sein des Films du bal, ajoutant que ces fonds publics ne représentaient que 12% du budget du film. "En aucun cas, il n'y a eu de contrepartie et le film est très clair sur ce sujet", ajoute la productrice, selon qui l'appel au boycott "aggrave le manque d'un espace de discussion essentiel qui aurait permis de lever des malentendus sur la production de ce film, d'initiative française, et sur son contenu, extrêmement critique de la politique israélienne."

La directrice de l’événement, Tsveta Dobreva, évoquait des « pressions » et « appels demandant la désinvitation » de Nadav Lapid." Contactée par l'AFP, elle a expliqué que l'appel avait été lancé en interne contre le festival par des cinéastes sélectionnés, qui refusaient dans un premier temps de voir le cinéaste israélien siéger au jury. Avant de s'en prendre à la projection du film. "C'est à ce moment-là où Nadav Lapid s'est retiré lui-même", a-t-elle expliqué. "Avec l'appel au boycott, "une dizaine de films" se sont retirés sur les 120 programmés dans le cadre de ce festival qui promeut fictions et documentaires du cinéma indépendant, indique Tsveta Dobreva." L’une des contestatrices, Narimane Mari, réalisatrice franco-algérienne, jurait ne pas « condamner un être humain » mais refuser « un modèle culturel ».

Dans un communiqué, le FID  a déploré le boycott, jugeant "parfaitement illégitime de tenir un cinéaste pour responsable ou comptable de la politique raciste, colonialiste et génocidaire menée par le gouvernement de son pays... Les voix singulières qui, comme celle de Nadav Lapid, s'efforcent de penser la violence propre à l'État et à la société d'Israël doivent être au contraire accueillies et écoutées, quitte à ensuite contester ou déconstruire les récits".

Auprès de l'AFP, Nadav Lapid a déploré "la résignation" du festival -  « Peut-être qu’ils auraient dû assumer un peu leur rôle dans un moment pareil » - et l'appel au boycott qui l'a renvoyé à sa "vulnérabilité" d'exilé en France, où il est installé depuis cinq ans pour protester contre la politique du gouvernement israélien. "Quand j'ai vu les pressions par rapport à ma participation au festival, je me suis dit que peut-être je n'avais pas une place en France. Si ma présence est inacceptable et si on peut juste m'effacer ou me balayer d'un événement du cinéma, je ne sais pas ce que je vais foutre ici en fait", dit-il."  

Les réalisateurs  Dominik Moll, Arnaud Desplechin et  Justine Triet ont signé une tribune dans Le Monde (8 juin 2026) : « Inviter un artiste dans un festival n’est pas l’ériger en ambassadeur culturel » : plus de 350 personnalités en soutien au cinéaste israélien Nadav Lapid". « Un simplisme désolant » : Niels Schneider, Elias Sanbar et deux Palmes d’or s’opposent au boycott de Nadav Lapid, « réduit à sa nationalité ». Ils refusent « cette volonté d’écarter un cinéaste d’un espace de discussion et de création ». La tribune regrette « une logique d’assignation ». « En quoi la présence d’un cinéaste dans un jury ou la présentation de l’un de ses films feraient-elles de lui le représentant d’un État ? », s’étonnent les signataires. À plus forte raison, lorsque ce cinéaste juge avec tant de sévérité cet État. Domicilié en France depuis 2021, Nadav Lapid est un critique sévère de la politique de Benyamin Netanyahou. Au début des années 2010, il interrogeait les dérives militaristes et nationalistes de son pays à travers des paraboles (Le Policier, L’Institutrice). Il creuse désormais un sillon plus provocateur, mais toujours virulent contre son pays. Dans Oui, sorti en 2025, il dépeint de manière grinçante et exubérante l’après-7-Octobre. Le quinquagénaire est aussi opposé à la violence de la guerre à Gaza, mais ce scepticisme n’a pas suffi pour apaiser les redresseurs de torts."

« Il ne s’agit pas d’un désaccord critique ni d’un débat artistique. Il s’agit d’une volonté d’écarter un cinéaste d’un espace de discussion et de création », regrettent les auteurs de la tribune qui ajoutent : « On voit s’imposer un langage fondé sur la menace, auquel les institutions répondent souvent par la peur, en cherchant avant tout à éviter les conflits. (...) Il faut pouvoir discuter de la Palestine et d’Israël (...) et du rôle des artistes sans que ces discussions ne débouchent systématiquement sur des mécanismes de disqualification qui confinent au simplisme le plus désolant ». Parmi les signataires de la tribune : le réalisateur Arthur Harari, la productrice de Oui Judith Lou Lévy, le rédacteur en chef des Cahiers du Cinéma, Marcos Uzal, et Morgan Pokée, auteur de l’essai Nadav Lapid - Description d’un combat. La tribune a été signée par deux Palmes d’or, Justine Triet et Apichatpong Weerasethakul. De nombreux réalisateurs figurent à leurs côtés : Arnaud Desplechin, Stéphane Demoustier (L’Inconnu de la Grande Arche), Thierry de Peretti (À son image), Mia Hansen-Løve, Radu Jude, Alice Diop (Saint Omer), Claire Denis ou Emmanuel Marre, dont le film Notre Salut a récemment été récompensé à Cannes. Plusieurs producteurs complètent la liste, dont Saïd Ben Saïd, ainsi qu’Elias Sanbar, écrivain et ancien ambassadeur de la Palestine auprès de L’UNESCO. Les acteurs se font plus rares. On note la présence de Louis Garrel et Clotilde Courau.

"Partenaire de la manifestation, la municipalité n’a pas répondu pour l’heure aux questions du Figaro. Fin mai, le maire socialiste Benoît Payan s’était ému d’un appel au boycott visant l’auteur de bande dessinée Joann Sfar, affirmant que la ville ne « triera pas les artistes en raison de leur origine ». Qu’en sera-t-il au FID ?"

Nadav Lapid a assuré "refuser de s'apitoyer sur son sort" mais se dit "soulagé" que des professionnels du cinéma aient pris l'initiative de lancer une tribune pour le soutenir, et à laquelle le FID affirme souscrire "pleinement". Intitulé Le cinéma n'est pas une ambassade, le texte, qui a été publié lundi 8 juin dans Le Monde, s'inquiète qu'un artiste qui "a publiquement dénoncé, à de nombreuses reprises, l'anéantissement de Gaza" puisse être assimilé à "une quelconque forme d'ambassade culturelle israélienne". Figurent parmi les quelque 350 signataires les réalisateurs Arthur Harari, Louis Garrel, Apichatpong Weerasethakul ou Claire Denis, ainsi que la Société des réalisatrices et réalisateurs de films (SRF) et l'écrivain palestinien Elias Sanbar

Le 9 juin 2026, Le Monde a aussi publié la tribune d'un Collectif, comprenant notamment le réalisateur oscarisé Michel Hazanavicius, les Palmes d'or Justine Triet et Jacques Audiard et l'actrice américaine Natalie Portman, intitulée « Le boycott culturel du réalisateur israélien Nadav Lapid est une faillite intellectuelle ».
"Les réalisateurs russes, israéliens, iraniens ne sauraient être menacés d’effacement pour expier des crimes commis par des gouvernements dont ils sont souvent les plus fervents pourfendeurs, estime un collectif de personnalités du cinéma, parmi lesquelles Natalie Portman, Justine Triet et Jacques Audiard, dans une tribune au « Monde ».
Le cinéaste Nadav Lapid ne se rendra pas au Festival de cinéma international de Marseille, malgré l’invitation qu’il avait reçue. Les pressions, les menaces de retrait, les appels au boycott venant d’activistes anti-israéliens auront eu raison d’abord de sa présence au sein du jury, puis de sa présence tout court.
Que le plus grand artiste dissident israélien, œuvrant inlassablement à dénoncer les dérives fascistes et colonialistes de son gouvernement, ses faillites morales criminelles, dans des films primés dans le monde entier, soit amené à se retirer d’un festival français doit nous alerter et nous mobiliser au-delà de cette aberration.
Nous alerter sur l’évidence : quels que soient les crimes commis par son Etat, personne ne saurait être réduit à un passeport.
Nous mobiliser ensuite pour nous amener à réfléchir collectivement aux outils qui protégeraient les programmateurs, les exploitants, les diffuseurs, les critiques et les artistes des pressions extérieures, seuls face aux menaces pesant sur des structures parfois précaires. La nécessité de penser l’inaction politique et d’y résister ne peut se jouer dans l’annulation d’une voix.
Qu’est ce qui fait soutien d’un Etat criminel, qu’il soit russe, iranien, ou israélien, quand il est question de cinéma ? A quel niveau de financement public décide-t-on qu’une œuvre ou son auteur, fût-il le plus critique, se fait le porte-parole d’un gouvernement criminel ? Et du reste, y a-t-il un seuil critique nécessaire envers l’Etat en question pour avoir le droit d’exprimer son opinion et projeter son travail ? Rien ne justifie l’annulation de la parole d’un artiste.
Levier de contestation
Le boycott culturel de Nadav Lapid est une faillite intellectuelle. Les cinéastes russes, israéliens, iraniens ne sauraient être menacés de disparition pour expier des crimes commis par des gouvernements dont ils sont souvent les plus fervents pourfendeurs. A ceux qui voudraient penser qu’en les désinvitant on fait pression sur leurs Etats, nous répondons que c’est en continuant sans relâche de les inviter que ce levier de contestation se poursuit. En témoigne la récente adresse du réalisateur russe Andreï Zviaguintsev à Vladimir Poutine, [l’exhortant à « mettre fin [au] carnage » en Ukraine] lorsqu’il vint recevoir sur scène le Grand Prix du Festival de Cannes pour son film Minotaure...
Quels que soient les crimes commis par son Etat, personne ne saurait être réduit à un passeport", estime le collectif dans son texte paru mardi. "Qu'est-ce qui fait soutien d'un Etat criminel, qu'il soit russe, iranien, ou israélien, quand il est question de cinéma ? A quel niveau de financement public décide-t-on qu'une oeuvre ou son auteur, fût-il le plus critique, se fait le porte-parole d'un gouvernement criminel ?"
"Dans un message posté sur Instagram, 12 cinéastes qui avaient appelé au boycott de Nadav Lapid justifient leur démarche par leur volonté "d'agir contre une réalité coloniale et génocidaire approuvée" et dénoncent "l'insistance" des festivals à "produire une symétrie (...) entre productions palestiniennes et israéliennes".

Il s'avère choquant que des auteurs ou artistes calomnient le gouvernement israélien dans leur défense de Nadav Lapid.

Le 10 juin 2026, Nadav Lapid a déclaré sur France Inter en niant l'antisémitisme des boycotteurs :
"Je pense qu'il s'agit d'une sorte de purisme politique de gens engagés, frustrés, un peu fainéants et pas toujours suffisamment courageux finalement, qui ont franchi les limites du bon sens... Depuis quand, en quoi, ces gens représentent la cause palestinienne ?... Depuis quand l'annulation de ma master class est devenue le grand triomphe de cette cause, alors qu'il y a une véritable horreur qui se passe en ce moment en Cisjordanie, à Gaza, au Liban ?"

Selon lui, "le grand allié de ces gens, c'est le ministre de la Culture israélien qui s'est précipité à afficher sa réaction" en "félicitant ce boycott", preuve, selon lui, que peu importe votre position politique, "tant que vous êtes juif d'Israël, vous êtes haï par ces gens".

Sur Facebook, Marco Koskas a posté le texte intitulé : "L’ETOILE JAUNE DE NADAV LAPID" :
"L’affaire Nadav Lapid défraie la chronique culturelle en France. Le cinéaste israélien d’extrême gauche devait participer au jury du FID, un de ces festivals qui pullulent dans l'hexagone. Mais suite aux menaces d’une poignée de réalisateurs faisant partie de la sélection, d’extrême gauche eux aussi, la direction du festival a prié Lapid de se retirer du jury. Il a ainsi gagné son étoile jaune.
Post-7 Octobre
On est tenté de penser que c’est bien fait pour lui, car Lapid est acquis à tous les conformismes anti-israéliens post-7 octobre. Tous ses films dénoncent la société israélienne, mais sur un mode qui se veut onirique. Ainsi il se dispense d'être dans la réalité ; toujours dans le fantasme sur son pays. Dans ses films, l'Israël qu'on connait, l'Israël charnel et démocratique n’existe pas. Le pays qu’il décrit est juste un cauchemar. D’ailleurs Lapid vit en France, où les esprits de ce type, surtout s’ils sont israéliens, sont accueillis à bras ouverts. Or dans son cas, même l’Union Européenne a trouvé son scénario trop radical pour le subventionner. Mais grâce à de l’argent israélien, il a quand même pu financer son film. C’est d’ailleurs le premier reproche que lui font les boycotteurs : financement israélien.
Quelle cruauté, quand on sait que dans son dernier opus, Nadav Lapid conforte l’isarélophobie dans tous ses clichés. Il imagine un avenir « génocidaire « pour son pays, en inventant une histoire à dormir debout, où il est question d’un nouvel hymne national, à la gloire du génocide. Et il le fait chanter à des personnages d’enfants, pour montrer avec ses gros sabots habituels, que l’avenir de l’État d’Israël est noir comme un habit de deuil.
On jurerait un film produit par le Hamas réécrit par Annie Ernaux.
Dans le même sac
Normalement l’extrême gauche gâteuse aurait dû l’applaudir à tout rompre. Or elle le boute hors de son périmètre idéologique, et lui démontre ainsi que ce ne sont pas ses idées tordues qui sont irrecevables, mais sa nationalité, sa langue, en bref son être tout entier. Car aussi gauchiste soit-il, Lapid est israélien. Et aussi athée soit-il, il reste Juif. Ce qui le différenciait de Betzalel Smotrich, qui vient d’être interdit de séjour en France, est effacé. Ils sont jetés dans le même sac, et c’est ce qui confirme la nature totalitaire du boycott. Lapid qui rêve de « nuances » se rend soudain compte que dans le nouvel antisémitisme il n’y a justement pas de nuance. Comme dans l’ancien antisémitisme, du reste. Enfin presque pas, puisque une poignée de cinéastes français dont l’excellent Jacques Audiard, ont publié une tribune dans Le Monde pour condamner l’exclusion de Nadav Lapid comme une « faillite intellectuelle ».
Conformisme
Désormais, Lapid définit cette hostilité comme « une terreur » et « une valeur en soi, pas un acte pour changer le monde ». Autrement dit un conformisme.
Comment ne pas rapprocher ce qui lui arrive, de la décision prise par Dov Alfon de quitter la direction du journal Libération ? Tous deux Israéliens d’extrême gauche vivant en France dans le cœur même du réacteur palestiniste, ils sont confrontés à l’impensable, l’inadmissible, l'odieuse réalité du boycott. S’il y a une intention génocidaire, elle est bien là, dans l'exclusion anthropologique des Israéliens; leur deshumanisation orchestrée. Sa nature antijuive ne se cache même plus. Mais le gauchisme israélien l’admettra-t-il enfin?
Démence
Le fruit n’est pas encore mûr, sans doute. Dans sa grande naïveté, Nadav Lapid déclare à France-Culture qu’il aurait tellement aimé « discuter » avec ses boycotteurs. Il n’a toujours pas compris qu’aucun argument ne portera, car ils ne sont pas gouvernés par la raison mais par une forme de démence spécifique, un court circuit neuronal comparable à ces maladies mentales qui font perdre la tête.
Espérons quand même qu’il le comprendra un jour. Et qu’il en tirera les conséquences artistiques qui s’imposent".

« L’institutrice »
Arte diffusa « L’institutrice » (Ich habe ein Gedicht) par Nadav Lapid. 

« Centré sur l'obsession d'une institutrice pour un petit garçon surdoué pour la poésie, un film d'une séduction rare qui interroge l'aveuglement d'un monde avant tout tourné vers le matérialisme ». 

Un film manichéen sur le mystère de la création poétique et la grâce de certains enfants.
  
« En Israël, Nira, une institutrice, réalise peu à peu que Yoav, un de ses élèves de 5 ans, possède un don bluffant pour la poésie. Nira écrit elle-même des poèmes, comme une sorte de jardin secret qui lui permet d’échapper à la banalité de sa vie conjugale. Mais le talent hors norme du garçonnet commence très vite à l'obséder, d'autant plus qu'elle ne peut en percer l'opacité. Yoav reste pour elle un enfant mystérieux, qu'il faut protéger et encourager. Envers et contre tous, elle décide de s'accaparer Yoav, quitte à franchir les limites de la loi et de la raison… »

« Semi-autobiographique (le réalisateur fut lui aussi un enfant surdoué écrivant de la poésie), « L'institutrice » s'avère moins directement politique que « Le policier », le premier film de Nadav Lapid qui auscultait une société israélienne au bord de l'implosion ».

Né en 1975, Nadav Lapid a étudié le cinéma à l'école « Sam Spiegel » à Jérusalem, la philosophie et l'histoire à l'Université de Tel-Aviv et la littérature à l'Université de Paris VIII. Il a collaboré comme chef-opérateur à plusieurs documentaires en Israël et publié un recueil de quatre nouvelles, Danse Encore (Éditions Actes Sud, 2010) et été journaliste sportif à Ha'ir.

« S'il s'attache avant tout à décrire cette étrange relation entre une femme et un enfant, son questionnement sociétal garde au final la même acuité. Quelle place réserve-t-on à la poésie, à l'art, et donc à la pensée alternative, dans un monde matérialiste, voire vulgaire, tourné avant tout vers le profit et la possession ? » 

« Tout en grâce et en nuances, Nadav Lapid fait montre de la même maestria formelle que dans son œuvre précédente (cadrages au cordeau, lumières travaillées…). Un style singulier qui le met à l'abri de tout didactisme et se révèle des plus stimulants ».

Un film trop long, manichéen.

Comment une institutrice peut-elle laisser cet enfant, en sueur, sans chapeau pour le protéger du soleil sur la plage ?

Le film a reçu The Israeli Film Critics Forum Prize au Festival international du film de Jérusalem 2014.

Propos recueillis du réalisateur publiés dans le dossier de presse

« L’Institutrice parle, entre autres, de la place des choses qui n’ont aucune utilité dans un monde où tout est question de gain, de perte ou de profit. La poésie ne fonctionne pas selon une logique économique. À l’opposé d'un roman, épais et lourd, elle n’est pas le fruit de mois de labeur, elle est capricieuse, s'écrit instantanément, se lit immédiatement et reste parfois indéchiffrable. Il est souvent difficile d’expliquer ce qu’est un poème, à quoi il sert et pourquoi il est si important qu'il existe. Souvent la poésie se trouve dans cette zone grise entre la vérité la plus profonde et l’imposture ».

« Le mystère des poèmes de l’enfant et leur provenance s’opposent à la tentative de l’institutrice de trouver un ordre, une logique, de comprendre d’où viennent ses mots. La poésie, dont l’écriture est rapide et instantanée – on tourne la tête et les mots sont là – correspond donc à la conscience partielle d’un enfant, à sa vision naïve de son propre acte de poésie. L’enfant se perçoit-il comme un poète ? Est-ce qu’il comprend que les mots qu’il clame sont des poèmes ? »

« Le film parle de la société israélienne, de l’armée par exemple, qui gomme les dernières traces de sensibilité chez ses jeunes recrues, comme le fils de l’institutrice, en les envoyant accomplir leur devoir « de soldats et d’hommes ». Ou la division de la société israélienne entre Ashkénazes et Séfarades, conflit interne avec lequel l’institutrice s’identifie (bien que chaque société ait ses propres Ashkénazes et Séfarades). Il me semble aussi que le film reflète la transformation radicale de la société israélienne en une société hyper matérialiste et vulgaire. En Israël, pays jeune, sans tradition, cette transformation est très rapide, plus brutale et peut-être plus visible qu’ailleurs. En Israël, tout est plus transparent, exposé, à nu. En revanche, ce qui est universel ce sont les relations entre la poésie et le monde d’aujourd’hui… »

« Synonymes »
Arte diffusa le 16 février 2022 à 23 h 35 « Synonymes » de Nadav Lapid. 

« Un jeune Israélien s’expatrie à Paris et coupe les ponts avec son pays d’origine... Ours d’or à la Berlinale 2019, un excentrique choc des cultures brillamment orchestré par Nadav Lapid et emporté par le jeu intense de Tom Mercier. »

« De retour du service militaire, Yoav, un jeune Israélien, s’exile à Paris. Alors qu’il se douche, il se fait voler ses affaires. Nu et transi, il est recueilli par un jeune couple bourgeois blasé, Émile et Caroline, qui le veille, regarnit sa penderie et avec qui se noue une plaisante complicité intello-érotique. En rupture avec son pays d’origine, "cet État méchant, obscène, ignorant, idiot, sordide, fétide…", Yoav se refuse à parler hébreu. Muni de son petit dictionnaire, il s’abreuve de synonymes français qu’il déclame dans les rues de Paris. De petits boulots en rencontres, ce "coq israélien" va multiplier les expériences étranges, dans sa vaine tentative d’assimilation forcée. »

« Tantôt agitée, tantôt statique, la caméra épouse les soubresauts de son excentrique héros. Son errance parisienne s’inspire de celle de Nadav Lapid. Voulant aussi "fuir le destin israélien", le cinéaste a vécu dans la capitale française dans sa jeunesse et y a découvert le cinéma. »

« Malgré ses efforts, Yoav est sans cesse renvoyé à son identité d’origine, allant jusqu’à endosser un uniforme couvert de médailles lors d’un improbable tournage porno, caricature du "soldat émérite" qu’il a été dans son ancienne vie. Il comprend aussi que sous ses airs guindés, et, un brin apathiques, la patrie des Lumières n’est pas dénuée d’hypocrisie et d’incohérences. »

« Une large part de ce face-à-face théâtral et burlesque entre deux pays repose sur les épaules musclées de son interprète, l’Israélien Tom Mercier (La corde). Cocktail explosif d’innocence et de virilité, l’acteur emplit de sa vitalité et de sa voix de stentor ce Paris endormi où il s’obstine à entrer par effraction ». 




« L’institutrice » par Nadav Lapid
Pie Films, ARTE France Cinéma, Haut et Court Productions, 2014, 114 minutes
Image : Shai Goldman
Montage : Era Lapid
Musique : Michael Emet
Producteur/-trice : Osnat Handelsman-Keren, Talia Kleinhendler, Carole Scotta
Scénario : Nadav Lapid
Avec Sarit Larry, Avi Shnaidman, Lior Raz, Ester Rada, Yehezkel Lazarov, Dan Toren, Jil Ben David 
Sur Arte le 30 août 2017 à 20 h 55
Visuel :
Affiche du film de Nadav Lapid
Sarit Larry et Avi Shnaidman
© Itiel Zion

« Synonymes » de Nadav Lapid
Allemagne, France, Israël, 2018, 117 min
Scénario : Nadav Lapid et Haïm Lapid
Production : SBS Films, Pie Films, Komplizen Film, ARTE France Cinéma
Producteurs : Saïd Ben Saïd, Michel Merkt
Image : Shaï Goldman
Montage : Era Lapid, François Gédigier, Neta Braun
Avec Louise Chevillotte (Caroline), Tom Mercier (Yoav), Quentin Dolmaire (Emile), Uria Hayik (Yaron), Olivier Loustau (Michel), Yehuda Almagor (le père de Yoav)
Sur Arte le 16 février 2022 à 23 h 35
Disponible du 09/02/2022 au 22/02/2022


A lire sur ce blog :
Les  citations sur le film sont extraites du site d'Arte. Cet article a été publié le 30 août 2017, puis le 15 février 2022.

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