Citations

« Le goût de la vérité n’empêche pas la prise de parti. » (Albert Camus)
« La lucidité est la blessure la plus rapprochée du Soleil. » (René Char).
« Il faut commencer par le commencement, et le commencement de tout est le courage. » (Vladimir Jankélévitch)
« Notre métier n’est pas de faire plaisir, non plus de faire du tort. Il est de porter la plume dans la plaie. » (Albert Londres)
« Le plus difficile n'est pas de dire ce que l'on voit, mais d'accepter de voir ce que l'on voit. » (Charles Péguy)

jeudi 12 juillet 2018

« KaDeWe, Berlin » par Elke Werry


Arte rediffusera le 14 juillet 2018 à 6 h 15, dans la série « Les grands magasins, ces temples du rêve » (Die großen Traumkaufhäuser), « KaDeWe, Berlin », documentaire par Elke Werry. Fondé par Abraham Adolf Jandorf, commerçant juif allemand, en 1907, le KaDeWe  (Kaufhaus Des Westen ou « Grand magasin de l'Ouest ») est acheté en 1927 par Warenhaus Hermann Tietz AG, groupe appartenant à une famille juive allemande qui l’agrandit. KaDeWe est aryanisé par les Nazis, détruit par un bombardement pendant la Deuxième Guerre mondiale. Reconstruit, il ré-ouvre ses portes en 1950 et devient la vitrine consumériste emblématique de la République fédérale d’Allemagne (RFA). Institution berlinoise attractive pour les touristes, célèbre pour son exquise offre gastronomique raffinée - 35 000 produits - et ses articles de luxe, le KaDeWe s'est imposé comme l’un des deux plus grands magasins européens.

« Au bonheur des dames. L'invention du grand magasin », par Sally Aitken et Christine Le Goff 
« Les Galeries Lafayette, Paris », par Elke Werry
« KaDeWe, Berlin  » par Elke Werry
« Macy's, New York » documentaire par Janos Kereszti

Réalisatrice de la série documentaire « Bazars d’Orient » présentant notamment « Bazar d’Orient. Jérusalem » (Basare Der Welt), Elke Werry s’intéresse aux grands magasins apparus en Europe dans la deuxième moitié du XIXe siècle.


Curieusement, la chaîne franco-allemande publique Arte présente les deux volets de la série documentaire « Les grands magasins, ces temples du rêve » d’Elke Werry sans mentionner la judéité de leurs fondateurs !?

Or, à Berlin, au début du XXe siècle, les trois plus grands magasins sont détenus par des Juifs allemands : Wertheim fondé par Georg Wertheim, Hermann Tietz et KaDeWe (Kaufhaus Des Westen ou « Grand magasin de l'Ouest »).

Concept novateur
En 1898, fils d'un marchand de bestiaux, Abraham Adolf Jandorf, commerçant juif allemand, ouvre son premier magasin berlinois dénommé Spittel Mkt. Son rêve : devenir conseiller commercial de Prusse. Il aspire à la reconnaissance sociale. Il essaime ses magasins à Berlin où travaillent 3 000 employés. Avec son épouse et son fils, il vit dans un appartement de 19 pièces dans un quartier huppé de Berlin. Il théâtralise la marchandise : grands halls en marbre, étals attractifs pour toutes les classes sociales, etc.

En 1905, Abraham Adolf Jandorf commande à l’architecte Johann Emil Schaudt la construction à Berlin d’un immeuble pour y développer son concept de grand magasin destiné à la bourgeoisie. Fort de 800 000 habitants, Berlin est alors la capitale du royaume de Prusse, une ville en plein essor, emplie d'usines polluantes. Les ruraux qui affluent dans cette ville deviennent prolétaires et consommateurs. La façade est en calcaire coquillé au style sobre.

Abraham Adolf Jandorf  choisit avec soin son emplacement : rue Kürfürstendamm, sur la Wittemberg Platz, dans le quartier commerçant de Schöneberg, près de la gare Zoologischer Garten. Un lieu bien desservi dans la partie ouest la plus chic. La cible ? Une "clientèle mondaine et fortunée". Parmi la clientèle : le roi de Siam.

Ouvert en 1907, le KaDeWe (Kaufhaus des Westens, en français « Grand magasin de l'Ouest ») s’étend alors sur 24 000 m² près du quartier bourgeois Tiergarten Schaudt. Il est le plus grand magasin d’Allemagne avec ses 60 000 m². plus de 5 000 lampes à incandescence, un réseau pour le transfert de la monnaie, un personnel qualifié... Jandorf s'inspire du commerce britannique.

Au début du XXe siècle, 80% des commerces sont détenus par des Juifs. Au grand dam des petits commerçants. Ce qui alimente l'antisémitisme. Pour l'éviter, certains commerçants allemands juifs se convertissent.

L’idée originale ? Offrir aux clients des articles du monde entier, de la dernière mode parisienne aux fruits exotiques tropicaux, ainsi qu’un salon de thé pour une clientèle féminine bourgeoise.

En 1918, la "révolte populaire gronde à Berlin. L'empereur fuit". La république socialiste est proclamée. Brièvement.

Quatre millions d'habitants vivent à Berlin dans les années 1920, durant les Années Folles. Les quartiers ouest deviennent le nouveau centre de divertissements de Berlin. C'est l'âge d'or pour le commerce de luxe.

La concurrence commerciale s'intensifie : la Semaine du Blanc est créée. En 1927, KaDeWe dispose de 18 000 employés. Warenhaus Hermann Tietz AG, société portant le nom de son fondateur et pionnier dans l’introduction du concept de grand magasin en Allemagne, le rachète, le modernise, en augmente la superficie et l’inclut dans le groupe Hertie. Famille juive commerçante depuis 1882, Tietz avait introduit un concept américain : vente à prix fixes, chiffre d’affaires élevé.

Après et malgré la crise économique de 1929, le groupe Hertie projette de surélever KaDeWe de deux niveaux supplémentaires.

Mais l’arrivée au pouvoir des Nazis en 1933 bouleverse ses plans. Effet du boycott antijuif : les banques refusent d’accorder à un groupe juif le prêt indispensable au financement de travaux. 

Le groupe Hertie est aryanisé. Pour diriger KaDeWe, les Nazis choisissent Georg Karg. Le Ministère du Commerce du III Reich lui alloue un prêt de 11 millions de marks. Spoliée, la famille Tietz fuit l’Allemagne nazie.

« Largement détruit par un incendie en 1943 » causé par le crash d’un avion bombardier américain, KaDeWe est reconstruit après la Deuxième Guerre mondiale.

Les héritiers de la famille Tietz obtiennent en 1949 la reconnaissance de leurs droits.

En 1950, KaDeWe réouvre sur deux niveaux, et accueille chaque jour 180 000 visiteurs. 

Sa reconstruction sur sept étages prend fin en 1956.

Pendant la guerre froide, KaDeWe devient l’emblème de la prospérité de la République fédérale d’Allemagne (RFA), la vitrine de la société de consommation, le symbole de l’opulence occidentale lors du Wirtschaftswunder (miracle économique). 

En 1961, après l’édification du Mur de Berlin, KaDeWe est uniquement fréquenté par les Berlinois de l’Ouest.

De 1976 à 1978, il accroît sa superficie de 24 000 m² à 44 m².

En novembre 1989, après la chute du Mur de Berlin, les Berlinois de l’Est se ruent dans ce grand magasin devenu quasi-mythique, symbole de l’abondance capitaliste.

En 1996, des travaux sont menés à KaDeWe pour y créer un étage supplémentaire, l’agrémenter d’un jardin d’hiver et d’un restaurant. La superficie atteint alors 60 000 m².

Pour le centenaire de l’enseigne, des travaux de rénovation sont effectués à presque tous les niveaux.

Chaque jour, jusqu’à 180 000 clients sont accueillis à KaDeWe par environ 2000 employés dans les sept niveaux emplis de 380 000 articles disponibles. Au 6e étage : la Feinschmeckerabteilung, département gastronomique pour les gourmets curieux de world food (cuisine du monde).

Après Harrods à Londres, KaDeWe s’est transformé en plus vaste magasin en Europe. Il est détenu par le Central Group, un conglomérat basé en Thaïlande.

C’est l’un des trois monuments, avec le bâtiment du Reichstag et la Porte de Brandebourg, les plus visités par les touristes.

Comme les grands magasins parisiens, la direction de KaDeWe a accentué l’offre d’articles de luxe, de la gastronomie à la joaillerie, via le prêt-à-porter, les jouets et les arts de la table.

L'année est ponctuée d’événements. Ainsi, un célèbre photographe portraiture de jeunes clientes. Ses photographies ornent les vitrines du bâtiment.

Pour contrer Internet, KaDeWe se mue en lieu de rencontres.

Presque tous ses employés sont issus de l'immigration.

Le cabinet d'architectes OMA a été chargé de restructurer le magasin.  L'idée est de distinguer quatre espaces, avec une entrée spécifique, et aux caractéristiques particulières. L'espace commun se trouvera dans le lieu mansardé.

Israël
En novembre 2015, après l’injonction de l’Union européenne ayant interdit l’étiquette « Made in Israël » aux articles produits en Judée, en Samarie, de la partie de Jérusalem libérée en 1967 et dans les hauteurs du Golan, KaDeWe avait retiré de ses rayons les articles, notamment des bouteilles de vin, provenant de Judée et de Samarie. Devant l’indignation suscitée par ce boycott, exprimée par le gouvernement israélien et dans les médiaux sociaux, l’enseigne avait présenté des excuses pour « avoir agi trop rapidement et de manière insensible » et expliqué qu’il allait remettre en vente ces produits dans son magasin, après avoir procédé à l’étiquetage conforme à la décision de l’UE. Autre enseigne berlinoise, GALERIA Kaufhof n’avait pas procédé à cet étiquetage.

Grâce à des images d’archives, le documentaire « KaDeWe, Berlin » « retrace l’histoire mouvementée de ce temple du luxe, devenu une véritable institution berlinoise ».


« KaDeWe, Berlin », par Elke Werry
52 min
Sur Arte les 19 février 2017 à 17 h 25, 18 juin 2017 à 18 h 0514 juillet 2018 à 6 h 15

Visuels :
En 1907 a ouvert à Berlin le KaDeWe. C'est encore le plus célèbre grand magasin de l'Allemagne. Ceux qui recherchent le luxe, le trouveront ici
Das KaDeWe a ouvert en 1907 à Berlin
KaDeWe, Berlin, 1907
Intérieur du KaDeWe, 1928
Vue de la façade du KaDeWe, 1931
Vue de la façade actuelle du KaDeWe, rue Passauer
Le KaDeWe est l'un des plus grands centres commerciaux d'Allemagne. Il est également un endroit avec une histoire unique
© Telecult

Articles sur ce blog concernant :
Les  citations proviennent d'Arte. Cet article a été publié le 16 février 2017, puis le 18 juin 2017.

mardi 3 juillet 2018

« War Diary » par Marc Wiese


Arte diffusera le 4 juillet 2018 « War Diary » par Marc Wiese. « La tragédie de la guerre en Syrie, couverte cinq ans durant par le reporter Carsten Stormer. En plus de quinze mille images, le correspondant de guerre a saisi avec son appareil photo ce qui restait de vie sous les décombres de villes syriennes ravagées par les bombes. Un témoignage saisissant. »

"I am an eye witness. A chronicler of a war. Everything you are about to see, I experienced myself". (Je suis un témoin. Un chroniqueur de la guerre. Tout ce que vous allez voir, je l'ai vécu"), a déclaré le journaliste et photographe allemand Carsten Stormer.

« Entre 2012 et 2017, Carsten Stormer a couvert pour la presse allemande et internationale le conflit syrien ». 

« En plus de quinze mille images, le correspondant de guerre a saisi avec son appareil photo ce qui restait de vie sous les décombres de villes syriennes ravagées par les bombes ». 

« À Alep, il capte l’afflux incessant de blessés à l’hôpital, la longue file d’attente devant une boulangerie ou l’action des casques blancs, ces civils constamment exposés au danger pour sauver les autres ». 

Les Casques blancs ou Syria Civil Defence, volontaires syriens, sont les personnages principaux de films et ont suscité de nombreuses interrogations sur la réalité de leurs actions, leurs liens avec des mouvements terroristes islamistes et leurs mises en scène de "sauvetages". Il aurait été intéressant d'évoquer cette controverse et les éléments du débat qui est alimenté par la diffusion de photographies analysées, insérées dans différents contextes, inspirant des actions visant à discréditer le régime de Bachar el Assad et à affaiblir son soutien russe, etc.

Le 27 février 2017, l'Oscar du Meilleur court métrage documentaire a distingué The White Helmets, réalisé par Orlando von Einsiedel. Ces White Helmets se présentent comme des sauveteurs de civils victimes de bombardements en Syrie. 

« À Zabadani, près de la frontière avec le Liban, il rencontre l’équipe du journal révolutionnaire Oxygen, risquant pour cela d’être enlevé à tout moment par les soldats du gouvernement ». 

« Dans la bouche des Syriens que Carsten Stormer croise sur son chemin et qui ont, eux, la chance d’être encore vivants, une question revient sans cesse : "Pourquoi personne ne nous aide ? » 

« Primé à plusieurs reprises pour ses précédents films, le réalisateur Marc Wiese livre à travers ses cinq années de reportages une œuvre saisissante sur l’horreur de la guerre et le rôle ambigu des journalistes qui les couvrent ».

Ce documentaire suscite des interrogations : une image sans commentaire suffit-elle pour comprendre un conflit complexe ? L'image inspire-t-elle uniquement des émotions, ce qui expliquerait leur utilisation ou leur instrumentalisation dans le cadre de propagande de parties au conflit ou de médias ? 


« War Diary » par Marc Wiese
Allemagne, IFAGE Filmproduktion pour WDR/ARTE, 2017, 52 min
Sur Arte le 4 juillet 2018 à 23 h 35

Visuels :
Carsten Stormer, reporter de guerre
Une rue d'Alep
© Carsten Stormer

Guerre en Syrie
© Marcel Mettelsiefen

Les citations sont d'Arte.

lundi 2 juillet 2018

« Femmes photographes de guerre » par Sigrid Faltin


Arte diffusa le 4 juillet 2018 à 22 h 40 « Femmes photographes de guerre » (Kriegsfotografinnen, Women War Photographers) par Sigrid Faltin. « Portrait de plusieurs générations de femmes photographes de guerre, de l'Autrichienne Alice Schalek à la Française Camille Lepage, assassinée en 2014, en passant par l’Allemande Gerda Taro, l'Américaine Lee Miller et la Française Christine Spengler. »


« En 2014, deux femmes sont mortes en exerçant leur métier de photographe en zone de guerre : l’Allemande Anja Niedringhaus, abattue par un policier afghan, et, quelques semaines plus tard, la Française Camille Lepage, tuée lors d'un reportage en Centrafrique ». Elle vivait avec les gens, et "espérait changer les choses".

« Il y a aujourd’hui plus de femmes – souvent jeunes – que d’hommes prêtes à partir en reportage dans les zones de conflit ».

« Elles ont d'ailleurs accès à des lieux interdits à leurs confrères masculins ».

« Le film entrecroise les portraits de celles qui ont documenté diverses guerres au cours des XXe et XXIe siècles".

Alice Schalek
Alice Schalek (1874-1956), née dans une famille Juive viennoise, a fréquenté le lycée pour filles (Lyzeum) de la Wiener Frauenerwerbsverein (association viennoise pour la promotion du travail des femmes). Elle a débuté comme romancière - elle a publié à l'aube du XXe siècle son premier roman sous le pseudonyme Paul Michaely -, auteur de nouvelles, conférencière, et journaliste notamment pour Neue Freie Presse. Elle était membre du Verein der Schriftstellerinnen und Künstlerinnen in Wien (Association pour les auteurs et les artistes à Vienne). Elle s'était convertie au protestantisme à l'âge de 30 ans.

Sur ses voyages au Japon et en Asie (1903-1914), notamment au Moyen-Orient, Alice Schalek a publié des livres. Parmi les personnalités qu'elle a interviewées : Einstein, Gandhi, Tagore et George Bernard Shaw. En 1914, quand a éclaté la Première Guerre mondiale, elle travaillait pour Schwarz-Gelbes Kreuz, une organization charitable fournissant des repas aux enfants nécessiteux. Alice Schalek a publié peu dans les journaux. A l'été 1915, elle a tenté d'être accréditée comme correspondante de guerre auprès du Kriegspressequartier (KPQ; Bureau de presse de guerre) de l'Empire austro-hongrois. Elle « choqua ses contemporains en photographiant des soldats autrichiens au front » dans leur vie quotidienne.

La première mission d'Alice Schalek ? Le front alpin au sud du Tyrol. Elle se différencie de ses collègues masculins en "donnant un sens à la guerre, décrite comme force pour la modernisation". En octobre 1915, Karl Kraus (1874-1936) l'a critiquée dans Fackel. Selon certains, le fait que Schalek était une femme a joué un rôle dans ses attaques. En mars 1916, Schalek est allée au Front Isonzo. Elle a rassemblé ses photographies en des diapositives pour illustrer ses conférences dans plus de vingt villes. En février 1917, Schalek a été distinguée en étant décorée de la Médaille d'or du Courage (Goldenes Verdienstkreuz mit der Krone) pour sa couverture médiatique. Le succès de ses conférences sur Isonzo a suscité l'ire de politiciens. A la fin de 1916, des parlementaires chrétiens sociaux ont réclamé sa démission comme correspondante de guerre. Comme son mentor, Maximilian von Hoen (1867-1940), avait quitté sa fonction de dirigeant du KPQ au printemps1916, Schalek n'a pas bénéficié de soutien au sein de la direction du KPQ et a du mettre un terme à son travail à la fin août 1917. Après la Grande guerre, Schalek a repris ses activités de femme de lettres. Après l'Anschluss (annexion par l'Allemagne nazie de l'Autriche en 1938), Schalek est demeurée en Autriche où elle a été arrêtée par la Gestapo. Grâce à l'intervention du PEN-Club, elle a pu quitté Vienne en août 1939 et s'est réfugiée aux Etats-Unis, mais n'a pas pu retrouver professionnellement sa position.

Gerda Taro
Gerda Taro (1910-1937) est née Gerta Pohorylle à Stuttgart dans une famille de "modestes commerçants juifs" originaires de Galicie. A l'arrivée au pouvoir d'Hitler en 1933, cette « militante socialiste » a fui l'Allemagne nazie. Avec son amie Ruth Cerf, elle s'installe à Paris où elle survit en exerçant divers métiers. Elle est membre du groupe Leipziger Kreis aux côtés de Trudel Frank-Fromm, Ruth Cerf et Willi Chardack. Le lieu de rendez-vous de ce groupe auquel se joignent des membres du S.A.P en exil, dont Willy Brandt ? Le café Capoulade sur le boulevard Saint-Michel. Gerda Taro collabore comme assistante à l'agence Alliance-Photo fondée par Maria Eisner, Pierre Verger et Pierre Boucher. Alors que Capa utilise son Leica, elle recourt à son Roflex Korelle donnant des photos carrées.

Gerda Taro se lie à un jeune photographe hongrois, Robert Capa, dont elle a contribué à écrire la légende de "photographe américain". Le 4 février 1936, Gerda Taro a obtenu sa carte de presse de l'A.B.C.-Press-Service, agence de photos néerlandaise. Du côté républicain, elle « couvrit la guerre d’Espagne avec son compagnon, le légendaire Robert Capa. Certaines des images attribuées à ce dernier ont d’ailleurs été prises par elle, comme l’ont prouvé des recherches récentes. Elle est morte écrasée par un char allemand, première victime féminine dans l’exercice de ce métier de reporter de guerre ».

Le 1er août 1937, lors de son enterrement au cimetière du Père-Lachaise, son éloge funèbre est dit par Pablo Neruda et Louis Aragon. Sa tombe située près du mur des Fédérés, est conçue par le sculpteur Alberto Giacometti à l'invitation du poète et romancier communiste Louis Aragon : cet artiste "l'orne d'une simple vasque et d'un oiseau mythologique, le faucon Horus, symbole de lumière et de résurrection". En 1938, en hommage à Gerda Taro, Robert Capa a publié "Death in the Making", réunissant leurs photographies communes. Après la mort de Robert Capa en 1954, l'agence Magnum a attribué à Capa des photographies prises par Gerda Taro. Ce n'est que récemment que l'oeuvre de Gerda Taro est sortie de l'oubli.

Lee Miller
« L’Américaine Lee Miller (1907-1977), muse" du photographe dadaïste puis surréaliste Man Ray "et de Cocteau, se fera ensuite un nom en capturant des clichés de la fin de la guerre en Allemagne. Deux expositions lui ont été consacrées en 2016 : à Londres, au Musée impérial de la guerre, et à Berlin, au Martin-Gropius-Bau ». Agronome de formation, Antony Penrose veille sur l'oeuvre de cette correspondante de guerre. "Elle se réinventait sans cesse : garçon manqué, top model, photographe industrielle, correspondante de guerre. Picasso l'a peinte six fois. En 1939, Lee Miller travaillait pour Vogue", se souvient Antony Penrose.

En décembre 1941, après l'attaque japonaise à Pearl Harbour, les Etats-Unis entrent dans la Deuxième Guerre mondiale. Dès 1942, hostile aux "Boches", Lee Miller est correspondante de guerre dans l'armée américaine. Ses reportages photographiques sont publiés par le magazine américain Vogue. De 1944 à 1946, avec David E. Sherman, correspondant photographique de Life, Lee Miller suit l'armée américaine dans sa progression en Europe sous le joug nazi : du débarquement en France à la Roumanie, via l'Allemagne, l'Autriche et la Hongrie. Elle avait des coups de poings américains pour se défendre. Et emmenait sa machine à écrire.

Avec son Rollei-Flex, elle saisit la vie quotidienne des soldats américains, des villes en ruines après avoir été bombardées, et découvre les camps de concentration de Buchenwald et Dachau. Ses photographies, en particulier celle de deux soldats ouvrant un camion plein de cadavres entassés, révèlent ce qu'étaient les camps nazis dans toute leur horreur d'inhumanité. Face à la stupéfaction incrédule de la direction et de la rédaction de Vogue, Lee Miller doit attester de l'authenticité de ses photographies. Une condition imposée pour que ces dernières soient publiées par ce célèbre magazine. Avec David E. Scherman, elle réalise une de ses photographies les plus connues : son autoportrait dans la baignoire d'Hitler dans son appartement privé au 16, Prinzregentenplatz à Munich. Un cliché mis en scène.

Christine Spengler
« Plus récemment, la Française Christine Spengler a couvert, à partir des années 1970, la plupart des grands conflits, du Tchad au Kosovo en passant par l'Iran  ». Et aime écrire dans le jardin de la Pagode, à Paris.

Diverses expositions, notamment à la Maison européenne de la photographie, lui ont été consacrées.

"Le correspondant de guerre et le torero ont beaucoup d’affinités. Les deux affrontent la mort. A la différence que pour les toreros, la mort les guette, à une heure et dans un lieu précis. Tandis que nous, les correspondants de guerre, la mort nous guette à n’importe quelle minute et sur n’importe quelle route... J’ai été arrêtée par les combattants mourabitounes (membres du parti politique libanais nassériste créé en 1967, Ndr), à Beyrouth, qui m’ont accusé d’être une espionne sioniste, m’ont bandés les yeux et m’ont fait subir un tribunal révolutionnaire. C’est la première fois de ma vie, pendant les longues heures passées derrière le bandeau, que je voyais la mort de si près. D’habitude, quand on entend les balles siffler, comme au Vietnam, et qu’on est accroupi au bord d’une voiture à Beyrouth, c’est que le danger est passé. La mort nous guette sans qu’on sache. Mais pendant le tribunal, pendant qu’un enfant palestinien me menaçait d’un revolver et que le juge n’arrêtait pas de dire que j’étais une espionne, j’ai pensé que j’avais trop provoqué la mort et qu’il était normal qu’une fois… Là, c’est la seule fois de ma vie entière, où le fait d’être femme s’est retourné contre moi. Le juge palestinien me disait « : « Comment se fait-il que l’agence Sygma ait besoin d’envoyer une femme au Liban, alors qu’ils ont tant de photographes masculins ? Comment ça se fait que tu sois venue trois fois au Liban en 8 mois ? Pourquoi apprends-tu l’arabe et portes-tu le foulard comme une femme palestinienne ? » Je suis restée très digne pendant l’interrogatoire. J’ai refusé une bouteille d’eau qu’ils me proposaient, alors que j’avais très soif. Car ils avaient dit « donne-lui de l’eau, tu ne vois pas qu’elle a peur ? » Et moi, en arabe, je leur ai répondu : « tu te trompes, je n’ai pas peur, j’ai seulement soif. » et j’ai donné un coup de pied dans la bouteille que je n’ai pas bue.", a confié Christine Spengler en 2011. Le timbre de sa voix présente de grandes ressemblances avec celui de l'actrice Jeanne Moreau.

Dans quelles conditions ces femmes photographes de guerre travaillent-elles ? En moins d’un siècle, leur condition s’est fragilisée avec le déclin des médias imprimés en termes de tirages, de lecteurs et de budgets. Et les chaines d’informations s’avèrent timorées, et privilégient le live multirediffusé du blablabla d’« experts » chargés de commenter… des commentaires. Ces professionnelles prennent des risques pour informer sur des conflits ou famines, mais parfois sans l’accord de grands médias principalement intéressés par le Proche-Orient, en étant mal payées...

D'où l'importance pour ces photographes, hommes et femmes, des livres et des expositions de photographies pour valoriser leur oeuvre : « Gaza 2010 » de Kai Wiedenhöfer, Peurs sur la ville. Photographies historiques, réelles et imaginaires...

                    
Allemagne, 2016
Sur Arte le 4 juillet 2018 à 22 h 40
Visuels : 
La photographe Camille Lepage à Bunga Bunga, en République centrafricaine, Octobre 2013
© SWR/Sylvain Cherkaoui/Cosmos
Christine Spengler vit et travaille entourée de ses photos de guerre.
La photographe de guerre française Christine Spengler devant un portrait d'elle en Iran en 1979
© SWR/Sigrid Faltin
La photographe de guerre française Christine Spengler devant la tombe de sa collègue Gerda Taro
© SWR/Thomas Einfeldt

Les citations sur le documentaire sont d'Arte.

vendredi 29 juin 2018

Arnold Newman (1918-2006), photographe


La Howard Greenberg Gallery présente l'exposition Arnold Newman: One HundredArnold Newman (1918-2006), père du « portrait environnementiste », était un photographe novateur américain Juif pro-israélien et inquiet par la montée de l’antisémitisme et le terrorisme palestinien. Arnold Newman était un artiste lucide sur le monde où il évoluait. Celui des puissants. Hormis ses premières photos de l’époque du New Deal et de la Seconde Guerre mondiale, ses clichés portraiturent les célébrités du monde politique, des arts, etc. Des photographies essentiellement en noir et blanc, mettant en scène des célébrités - politiciens, industriels et artistes - dans leur univers, révélant leurs métiers et personnalités. Des « images structurées au cordeau » révélant un grand souci graphique et un art consommé de la lumière. 


« Portraiture est un mot que j’ai commencé à détester. C’est une étiquette qui se veut plaisante ou flatteuse. En fait, c’est une expression trop générale. Le portrait a - j’essaie de trouver le mot approprié - une connotation spécifique, ce n’est pas un mot tout-à-fait casher. Ce qui est ridicule, considérant que, tout au long de l’histoire, pas seulement dans la photographie, certains des plus grands artistes ont fait du portrait. Le problème est que beaucoup de photographes, et également des peintres, ont réalisé des portraits dans le but de flatter et de gagner de l’argent », observait Arnold Newman.

Et de poursuivre : « Est-ce que je flatte ? A partir du moment où j’ai travaillé avec Life ou d’autres magazines, je n’ai jamais retouché les hommes, et à de rares occasions, l’ai-je fait légèrement pour les femmes. L’une d’entre elles était Marlene Dietrich, parce que la lumière était peu flatteuse. Mais les présidents, les sénateurs, les chevaliers d’industrie n’ont pas été retouchés. Je n’ai pas eu à les retoucher parce que je crois en la réalité. Mais j’ai de la compassion pour mes sujets. Ces « grands », le public les a acceptés comme tels pour la simple raison qu’ils paraissaient dans Life ou d’autres magazines. Quelle vanité ! »


Un « maitre du portrait »

Arnold Newman est né en 1918 à New York dans une famille juive d’origine alsacienne.

Ses parents, Isador et Freda Newman, travaillent dans la confection.

En 1920, ruinée par la Première Guerre mondiale, la famille Newman déménage à Atlantic City (New Jersey).

Les parents gèrent des hôtels en hiver à Miam Beach.

Vient la crise économique.

En raison de difficultés financières familiales, Arnold Newman arrête ses études universitaires de peinture pour débuter comme photographe dans des studios de portraits à la chaine à Philadelphie, Baltimore et West Palm Beach. Parallèlement, il se consacre à des travaux photographiques abstraites et documentaires.

En 1939, il devient directeur d’un studio en Floride.

Puis il ouvre son studio à Miami Beach. Il est influencé par les photographes documentaristes - Ben Shahn, Dorothea Lange, Walter Evans - du programme de la Farm Security Administration (FSA) qui charge des artistes de témoigner de la crise dans les zones rurales.

Les premières photographies exposées au Patrimoine photographique-Hôtel de Sully (2002) montrent l’écart entre un pauvre enfant noir et le mode de vie vanté par les panneaux publicitaires qui l’entourent (West Palm Beach, Floride, 1940-1941).

Arnold Newman s’établit à New York où il est découvert par l’historien de la photographie Beaumont Newhall, du musée d’Art moderne, et par le rédacteur de Camera Work et galeriste Alfred Stieglitz.

Il expose alors ses œuvres dans la célèbre A.D. Gallery, puis lors de son exposition individuelle Artists Look Like This au Musée d’Art moderne de Philadelphie (1946). Et collabore à Fortune, Life - sa première commande est le portrait du sombre Eugene O’Neill -, Look, Harper’s Bazaar, Esquire, Travel and Leisure, The New Yorker, Life, Holiday, Look, Vanity Fair, Scientific American...

En 1946, il ouvre son studio à New York, puis adhère à l’American Society of Magazine Photographers (ASMP).


Pour le portrait de Igor Stravinsky (1946), la planche-contact montre les clichés successifs et le recadrage de Arnold Newman qui élimine les lignes inutiles pour retenir l’épure : le musicien excentré à gauche, accoudé à un piano à queue omniprésent et dont les courbes s’opposent aux lignes rectilignes, séparant deux espaces en différents gris. D’abord refusée par Alexey Brodovitch, directeur artistique de Harper’s Bazaar, cette photo au concept novateur devient le portrait du compositeur.

En 1949, Arnold Newman épouse Augusta Rubenstein, qui aide la Haganah et qui lui présentera Teddy Kollek.

Il photographie tous les présidents américains depuis un demi-siècle.

En 1954, avec sa femme et leur deux fils, il parcourt l’Europe où il effectue des reportages sur les politiciens et les artistes, guidé par son grand souci du graphisme patent dans ses photos très structurées.

il est nommé en 1965 conseiller au département photographique du Musée d’Israël (Jérusalem)

En 2002, ses collages, dont celui qui accentue la vieillesse de Henry Miller (1976), étaient aussi montrés dans cette exposition parisienne présentée ensuite au Musée d’Art Moderne Louisiana (Danemark).

Honoré de hautes distinctions, Arnold Newman a enseigné et est nommé en 1965 conseiller au département photographique du musée d’Israël (Jérusalem). De nombreux livres et expositions célèbrent son talent.

« Ses images sont très construites, mises en scène. Ce n’est pas un fond blanc, comme chez Richard Avedon ou Penn. On sent l’homme dans son environnement. On voit ce qu’il fait et son décor qui exprime ses préoccupations et son activité », commente un de ses confrères, le photographe humaniste Willy Ronis.

Mais nul pléonasme dans ces photos qui procèdent souvent par analogies, et fonctionnent parfois comme des devinettes. C’est presque une Comédie humaine de célébrités seules, dans leur décor familier : atelier, bureau, domicile, etc. Le fond uni est rare.


Arnold Newman révèle l’essence d’un être humain en le saisissant, seul, dans son environnement. John F. Kennedy agrandi par l’architecture du Sénat (1953). Marilyn Monroe méconnaissable de tristesse (1962). Picasso au regard si intense (1954). Otto Frank pensif dans sa maison à Amsterdam (1960). Marc Chagall intégré dans sa peinture (1942). Debout sur une poutre métallique rouge, sur un fond de gratte-ciels, l’urbaniste Robert Moses, plein d’allant (1959). Ben Gourion, sage dubitatif (1967). Yul Brynner, élégant, fumant cigare, et faisant penser à un mafieux (1968). Leonard Bernstein songeur, baguette posée sur des partitions rappelant les sièges vides de l’orchestre et du public en arrière-plan (1968). L’éditrice de mode, Diana Vreeland, fière et un peu ridicule en caftan rayé, dans un salon assorti et décoré de tortues et escargots (1974). Le peintre Edward Hopper dans son atelier, fixant du regard un espace hors cadre (1941). Paul Auster dans son modeste bureau, éclairé de lampes au plafond et doté d’une machine à écrire (1993). Alors qu’allongé, Woody Allen rédige au stylo sur un bloc notes (1996). Une touche d’humour : l’architecte Louis Kahn assis, en smoking, près d’une statue dans la même position (1964)...


En 1963, Arnold Newman photographie l’ancien collaborateur des nazis, l’industriel Alfried Krupp en « machiavélique maître du monde » (1963). « Pendant le Troisième Reich, Krupp avait traité les ouvriers comme des forçats. Quand ils devenaient trop faibles pour travailler, parce que sous-alimentés, il les renvoyait. Il bénéficiait d’un approvisionnement sans fin en esclaves ». Au début réfractaire, Arnold Newman accepte la commande, affronte l’hostilité des directeurs de l’importante usine Krupp à Essen et portraiture Alfried Krupp en être diabolique. Plus tard, il repère dans l’appartement de Diana Vreeland une photographie de « Krupp, une personne qui a envoyé des milliers et des milliers de personnes à la mort, a abusé des forçats, a été déclaré criminel de guerre. Sur la photo, la dédicace disait : « A ma Diana, à mon amie Diana » ou quelque chose comme cela - « Avec Amour, Alfried ». En d’autres termes, il pouvait avoir été un meurtrier et un criminel de guerre, mais il était célèbre et très riche, et était ainsi accepté dans ce milieu », constatait Arnold Newman.


Le Harry Ransom Center de l'University of Texas at Austin a présenté l'exposition Arnold Newman: Masterclass.

Dans le cadre du Mois de la photo à Paris 2014les Douches La galerie présenta l'exposition collective Autoportraitsavec notamment une photographie d'Arnold Newman (1918-2006).



"En retournant son objectif sur sa personne le photographe bouleverse ses codes, il peut dès lors voir son appareil comme un pistolet et la prise de vue comme un défi. Avec une quarantaine de tirages modernes et contemporains, l'exposition explore la photogénie intense de cet instant de vérité. Berenice Abbott, Val Telberg privilégient une démarche expérimentale du medium photographique. Lucien Hervé, Arnold Newman, Vivian Maier, Sabine Weiss, Erwin Blumenfeld, s’approprient le miroir déjà si présent dans l’autoportrait pictural. À partir de son patronyme familial, Ezra Nahmad compose une autobiographie. Choi, Arno Minkkinen, Wols étudient les possibilités expressives de leurs corps et de leurs visages. Pour Rodolf Hervé, atteint d’une maladie, l’autoportrait est catalyseur de tensions extrêmes. Kourtney Roy, unique héroïne de ses mirages intimes, considère la photographie comme un jeu de rôles. Dan Leung construit un tableau photographique où, isolé au milieu des tours de Hong Kong, il évoque l'identité chinoise et interroge la place de l’homme dans la ville. Brassaï dans une fumerie d’opium en 1931, Louis Faurer à New York en 1947, Raymond Depardon sur son scooter à Paris en 1959 ou encore Jean-Christophe Béchet sur les pas de Robert Franck en 2009, utilisent les ressources de la mise en scène dans des registres divers. Virtuosité, humour, introspection, l'autoportrait est toujours le témoignage d'un état intérieur comme le montrent si bien les images d'Hervé Guibert".


Arnold Newman: Masterclass
Le Boca Museum of Art présenta l'exposition Arnold Newman: Masterclass. "Over the course of nearly seven decades, Arnold Newman (1918–2006) created iconographic portraits of some of the most influential innovators, celebrities, and cultural figures of the twentieth century".

"The first major exhibition of the photographer's work since his death, Arnold Newman: Masterclass, examines the evolution of his singular vision, from the informal portraits, cityscapes, documentary images, and design studies of his early career to the "environmental portraiture" style for which he would become famous. Through more than 200 of his well-known photographs of famous sitters, including JFK, Pablo Picasso, Andy Warhol, Truman Capote, Marc Chagall, Igor Stravinsky, and Marilyn Monroe, along with manuscripts, correspondence, business records, and magazine tear sheets, Masterclass invites the viewers to explore the life, career, and art of this important and prolific master of the photographic image".

Arnold Newman: One Hundred
La Howard Greenberg Gallery présente l'exposition Arnold Newman: One HundredPhotographs by Arnold Newman, one of the most influential portraitists of the 20th century, will be on view at Howard Greenberg Gallery from May 10 through June 30, 2018". 


"Celebrating the centennial of Newman’s birth, the exhibition of 45 works from the 1930s through the 1990s will present the finest, most nuanced prints yet to be seen in one show, including striking portraits of artists Jean Dubuffet, Marcel Duchamp, David Hockney, Isamu Noguchi, and Georgia O'Keeffe. An upcoming book, Arnold Newman: One Hundred, will be published this year by Radius Books. Many of the prints in the exhibition are being shown for the first time. An opening reception will be held on Thursday, May 10, from 6-8 p.m." 

Newman "is generally acknowledged as the pioneer of the environmental portrait. He spent time exploring the essence of his subjects, finding the best environment to express who they were, and integrating them with their work into compositions that referenced the work. He structured his own visual language, setting up photographs with jaunty geometric grace and inventing visual elements where none existed thus adding complexity and depth to his portraits. His sense of tension, rhythm, and balance, guides the eye through his command of composition." 

"The exhibition will also present early work – collages, still lifes, and graphic images – made in the ‘40s and ‘50s, that show the development of the formality of structure that became his signature. He mastered the abstract arrangement of lines and shapes, light and dark, space and volume – all in service of a purely visual moment and culminating in iconic portraits." 

“Arnold Newman conceived a new vocabulary for photographic portraiture,” writes Gregory Heisler, Professor of Photography, Syracuse University, in the introduction to the book Arnold Newman: One Hundred. “It is difficult today to truly appreciate the magnitude of his breakthrough. Before Arnold’s arrival, the photographic portrait was generally a box with somebody in the center. Arnold used what was around him to create visually complex, spatially intriguing portraits that had a psychological dimension. He didn’t just show the environment, he actively employed it for its narrative power.”

"Arnold Newman (1918-2006) was born in New York City. He began his career in photography in 1938 working at chain portrait studios in Philadelphia, Baltimore, and West Palm Beach, and immediately began working in abstract and documentary photography on his own. In June of 1941, Beaumont Newhall of the Museum of Modern Art, New York, and Alfred Stieglitz “discovered” him, and he was given an exhibition with at the A.D. Gallery in September. In 1945 his Philadelphia Museum of Art one-man show, Artists Look Like This, attracted nationwide attention. Newman’s new approach to portraiture began its influence through key publications in America and abroad. Exhibitions and purchases of his work by major museums quickly followed." 

"He authored many books, including Bravo Stravinsky, 1967; One Mind’s Eye: The Portraits and Other Photographs of Arnold Newman, 1974; Faces USA, 1978; Arnold Newman: Five Decades, 1986; Arnold Newman’s Americans, 1992; Arnold Newman, in Japanese and Korean, 1992; Arnold Newman-Selected Photographs, 1999; Arnold Newman, Taschen Publishers, in English, German and French, 2000; Arnold Newman: The Early Work, Steidl publishers, 2008" 

"He has been an important contributor of portraits, still-lives and photographic essays in such publications as Life, Holiday, Look, Vanity Fair, Scientific American, Town and Country, Esquire, Travel and Leisure, Harper’s Bazaar, The New Yorker and others." 

"Celebrating Newman’s 50th year in photography, the exhibition Five Decades originated and was first shown at the Museum of Photographic Arts, San Diego, in 1986, and continued on to the Art Institute of Chicago; the Minneapolis Institute of the Arts; the Massachusetts Institute of Technology Museum, Cambridge, MA; the Norton Gallery and School of Art, West Palm Beach, Fla.; the New York Historical Society, New York, the Modern Art Museum of Fort Worth; and the Cincinnati Art Museum. The European tour opened in Amsterdam, in September 1989, and continued on to the Joan Miro Foundation Museum, Barcelona, Spain; the Frankfurter Kunstverein, Frankfurt, Germany; the Musee de l’Elysee, Lausanne, Switzerland, and the Museum of Modern Art, Oxford, England, culminating in Tokyo and Osaka in 1993". 

"Five major museum retrospectives celebrated Newman’s sixty-year career in photography; the International Center of Photography, New York City, in March 1999; the Minneapolis Institute of Art, 2000; the Corcoran Gallery, Washington, D.C., 2000 (Arnold Newman: Breaking Ground); and Arnold Newman sponsored by the French Ministry of Culture at the L’Hotel de Sully, Paris, France, 2002. His work continues to be exhibited extensively in museums and galleries in the United States and abroad."


Arnold Newman, Un maître du portrait. Textes anglais/français de Pierre Borhan et Lars Schwander. Le Louisiana Museum et Patrimoine photographique, 2002. 48 pages

Arnold Newman et Philip Brookman, Arnold Newman. Taschen, 2000. 252 pages. ISBN : 978-3822871935 

Quelques repères biographiques
(Source : Le Patrimoine photographique)

1918
Naît le 3 mars à New York

1919-1940
Après une enfance à Atlantic City, il passe son baccalauréat à Miami Beach et obtient une bourse pour étudier les arts à l’Université de Miami (Coral Gables, Floride).
En raison de difficultés financières familiales, il commence à travailler dans un studio de portraits à Philadelphie, puis à Baltimore et Allentown.
En décembre 1939, il devient directeur d’un studio à West Palm Beach (Floride)

1941-1945
« Découvert » et encouragé par Beaumont Newhall et Alfred Stieglitz, expose avec Ben Rose à l’A.D. Gallery.
Ouvre son propre studio à Miami Beach

1945-1946
Exposition individuelle : Artists Look Like This (A quoi ressemblent les artistes) au musée d’Art moderne de Philadelphie.
S’établit à New York. Commandes de Harper’s Bazaar, Fortune, Life - sa première couverture date du 25 août 1947 - et autres magazines

1948
Effectue des travaux publicitaires. S’installe au 39 West 67th Street

1949
Le 6 mars, il épouse Augusta Rubenstein.
Ses portraits pour Portfolio marquent le début d’une association de plus d’un demi-siècle avec Frank Zachary, qui continuera plus tard chez Holiday, Travel & Leisure, Town and Country

1950-1953
Naissance de ses fils, Eric Allan (1950) et David Saul (1952).
Pour Life : Qu’achètent les musées américains ? et photographie les candidats à la présidence (1952)
Exposition au Camera Club, New York (1951)
Installe son studio au 33 West 67th Street. Reçoit le prix de la Photokina (Cologne)
Le Sénat américain pour Holiday, reportage qui inclut ses premières photographies de J.F. Kennedy, L.B. Johnson et R. Nixon

1954-1959
Parcourt l’Europe avec sa famille pour Holiday, Life, etc. Reportage sur le Parlement anglais, les clans écossais, les leaders politiques allemands, le British Museum, le général de Gaulle et certains artistes, dont Picasso et Giacometti (1954). Reportage en France pour Holiday. Portraits de Braque, Dubuffet et Picasso (1956)
Reportage American Arts and Skills (Arts et artisanat américains) pour Life. Exposition à la Limelight Gallery (New York)
Reçoit le prix du photojournalisme (Université de Miami) et récompensé pour le « Meilleur rapport annuel, toutes entreprises confondues » de la Ford Motor Company (1957). Reportages en Angleterre, France et au Vatican (1957).
Voyage en Afrique pour Holiday.
Début de sa collaboration avec le magazine Look (1959)

1960-1969
Reportage Cape Cod Artists pour Horizon
Voyages en Italie, Allemagne, Espagne, Suisse, France, Grande-Bretagne, Canada, Mexique, Israël, Japon.
Reçoit le prix Newhouse (Université de Syracuse), ainsi que celui des beaux-arts, musée de Philadelphie (1961)
Chargé de la plus grande partie du livre-anniversaire de la Smithsonian Institution (1965). Nommé conseiller au département photographique du musée d’Israël à Jérusalem
Campagne publicitaire d’iBM (1066). Utilisation grandissante d’appareils 35 mm
Publication de Bravo Stravinsky (1967)
Commence à enseigner à la Cooper Union, New York (1968)

1970-1979
Premiers contrats avec Travel and Leisure
Expérience de découpage
Nombreux voyages en Europe, en Israël et sur le continent américain
Signe avec la Light Gallery, New York. Exposition individuelle Photographs from Three Decades à la George Eastman House
Publication de One Mind’s Eyes (1974) et de Art Dealers Essay (A propos des marchands d’art) en 1975
Participe à des workshops dans le Maine (1976) qu’il poursuivra jusqu'à ce jour
Publication et exposition de The Great British (1979)

1980-1986
Première participation aux Rencontres internationales de la photographie, Arles, renouvelée en 1982 et 1985
Invité en Australie pour des expositions et conférences (1981)
Voyage au Mexique, en Suède, en Norvège, au Danemark, en Egypte, en Israël et en France. Commence une série de rapports annuels pour « The Commonwealth Fund » (1982-1985)
Workshop et exposition en Finlande. Le musée des Arts photographiques de San Diego organise l’exposition et le livre Arnold Newman, Five Decades (1986)

1987-1998
Exposition au musée d’Art moderne de Caracas, Venezuela (1989), en Australie et à Budapest (1990)
Director’s Visitors à l’Institute for Advanced Study de Princeton (1991)
Publication de Arnold Newman’s American (Les Américans d’Arnold Newman) et exposition au National Portrait Museum, Washington D.C. (1992)
Exposition Newman’s Gift (Le don de Newman) à la George Eastman House (1994)
Emission CBS sur Arnold Newman (1996)
Reçoit le Honor Award du ASMP d’Orlando, Floride

1999
Célèbre avec sa famille et ses amis son cinquantième anniversaire de mariage avec Augusta qui coïncide avec le vernissage de l’exposition Newman’s Gift : 60 Years of Photography, à l’International Center of Photography, New York.
Achève son livre Alfred Newman (Ed. Taschen)
Photographie le président Bill Clinton

 2002
Rétrospective au Patrimoine photographique (Paris)

2006
Décède le 6 juin à New York.


Du 10 mai au 30 juin 2018
A lHoward Greenberg Gallery
41 East 57th Street
Suite 1406
New York, NY 10022
T. 212.334.0010
Du mardi au samedi de 10 h à 18 h

Du 21 avril 21 au 3 juillet 2016
Au Boca Raton Museum of Art
501 Plaza Real, Boca Raton, FL 33432
In Mizner Park
T: 561.392.2500
Mardi, mercredi et vendredi de 10 h à 17 h, jeudi de 10 h à 20 h, samedi et dimanche de 12 h à 17 h

Du 7 novembre 2014 au 10 janvier 2015
5, rue Legouvé. 75010 PARIS
Tél. : +33 (0)1 78 94 03 00
Du mercredi au samedi de 14 à 19 heures. Lundi et mardi sur rendez-vous.
Vernissage le 6 novembre 2014, de 18 h à 21 h

Jusqu'au 12 mai 2013
The University of Texas at Austin
300 West 21st Street.  Austin, Texas
Tel. : 512.471.8944

Jusqu’au 13 janvier 2013
Stadhouderslaan 43. 2517 HV Den Haag.
Tél. : 31 (0)70 - 33 811 44
Du mardi au dimanche de 12 h à 18 h.

Jusqu’au 19 janvier 2013
Sheldon Concert Hall, 3648 Washington Boulevard. Saint Louis, MO 63108
Tél. : 314.533.9900
Mardi de 12 h à 17 h. Du mercredi au vendredi de 10 h à 14 h. Samedi de 10 h à 14 h.


Du 12 février au 12 mai 2013
The University of Texas at Austin
300 West 21st Street. Austin, Texas 78712 (USA)
Tél.: 512-471-8944
Mardi, mercredi et vendredi de 10 h à 17 h. Jeudi de 10 h à 19h. Samedi et dimanche de 12 h à 17 h

Visuels :
Arnold Newman
Self Portrait, Season's Greetings, West Palm Beach, FL, 1940
Tirage gélatino-argentique, c.1990, signé
25,4 x 20 cm

Arnold Newman, Igor Stravinsky, composer, conductor, New York City, 1946, gelatin silver print, 16 x 20 inches, Photograph copyright Arnold Newman, courtesy of the Arnold Newman Archive

 Arnold Newman, Pablo Picasso, painter, sculptor, printmaker, Valluris, France, 1954, gelatin silver print, 20x16 inches, Photograph copyright Arnold Newman, courtesy of the Arnold Newman Archive. 

Arnold Newman
Self Portrait, Season's Greetings, West Palm Beach, FL, 1940
Tirage gélatino-argentique, c.1990, signé
25,4 x 20 cm

Arnold Newman, Georgia O'Keeffe, Painter, Ghost Ranch, New Mexico (detail), 1968. Gelatin silver print, 12 ¾ x 8 inches, Acquired 1993. Gift of Mr. and Mrs. Arthur Steinman.

Carton d'invitation
Studio Lights, Florida, 1944
Gelatin silver print; printed c.1944
5 7/8 x 7 3/8 inches

Jean Dubuffet, 1956
Gelatin silver print; printed c.1956
9 5/8 x 7 3/4 inches

Max Ernst, New York, 1942
Gelatin silver print; printed c.1942
9 3/4 x 7 1/2 inches

Railroad Sign, West Palm Beach, FL, 1941
Gelatin silver print; printed c.1941
6 1/4 x 8 3/4 inches

Two Men Against Wall with Ladders, Allentown, 1939
Gelatin silver print; printed later
6 3/4 x 10 inches

Helen Levitt, 1944
Gelatin silver print; printed c.1944
7 5/8 x 9 5/8 inches

Man on Church Porch, West Palm Beach, FL, 1941
Gelatin silver print; printed 1950s
7 3/4 x 8 1/2 inches

Jackson Pollock, 1949
Gelatin silver print; printed c.1954
9 5/8 x 7 5/8 inches

Max Ernst, New York, 1942
Gelatin silver print; printed c.1942
9 3/4 x 7 1/2 inches

Clapboard House, West Palm Beach, FL, 1940
Gelatin silver print; printed c.1940
8 5/8 x 4 3/8 inches

Cet article a été publié par Actualité juive et Guysen. Cet article a été publié sur ce blog le 8 janvier 2013, et republié les 9 mai 2013 et 5 novembre 2014, 7 janvier 2015, 20 avril et 1er juillet 2016. Les citations proviennent des dossiers de presse.