Citations

« Le goût de la vérité n’empêche pas la prise de parti. » (Albert Camus)
« La lucidité est la blessure la plus rapprochée du Soleil. » (René Char).
« Il faut commencer par le commencement, et le commencement de tout est le courage. » (Vladimir Jankélévitch)
« Notre métier n’est pas de faire plaisir, non plus de faire du tort. Il est de porter la plume dans la plaie. » (Albert Londres)
« Le plus difficile n'est pas de dire ce que l'on voit, mais d'accepter de voir ce que l'on voit. » (Charles Péguy)

jeudi 8 janvier 2026

« John Singer Sargent. Éblouir Paris »

Le musée d'Orsay propose l’exposition « John Singer Sargent. Éblouir Paris ». Pour le centenaire de la mort du peintre américain John Singer Sargent (1856-1925), cette exposition se concentre sur les dix ans exceptionnels (1874-1884) au cours desquels « Sargent forge à la fois son style et sa personnalité dans le creuset de l’étourdissant monde de l’art parisien de la Troisième République, marqué par la multiplication des expositions, le développement du naturalisme et de l’impressionnisme, et par la montée en puissance de Paris comme capitale mondiale de l’art ».


« Organisée cent ans après la mort de Sargent (1856-1925), cette exposition vise à le faire (re)découvrir en France, où il a été largement oublié, alors qu’il est célébré en Angleterre et aux États-Unis comme un des plus grands artistes de la fin du XIXe et du début du XXe siècle. »

« Conçue en partenariat avec le Metropolitan Museum of Art de New York, l’exposition John Singer Sargent. Éblouir Paris explore pour la première fois la période la plus décisive de la carrière du peintre américain. Réunissant exceptionnellement plus de 90 de ses œuvres qui pour beaucoup reviennent en France pour la première fois depuis leur création, elle retrace l’ascension météorique du jeune artiste dans la capitale. Arrivé à Paris en 1874 pour étudier avec Carolus-Duran, à l’âge de dix-huit ans, il y séjourne jusqu’au milieu des années 1880, lorsqu’à trente ans il s’installe à Londres, après le scandale qu’a provoqué son chef-d’œuvre au Salon, le célèbre portrait de Virginie Gautreau (Madame X). Pendant cette décennie, il réalise parmi ses plus grands chefs-d’œuvre et se distingue par son inventivité et son audace. »

« Pendant ces dix ans exceptionnels (1874-1884), Sargent forge à la fois son style et sa personnalité dans le creuset de l’étourdissant monde de l’art parisien de la Troisième République, marqué par la multiplication des expositions, le développement du naturalisme et de l’impressionnisme, et par la montée en puissance de Paris comme capitale mondiale de l’art. Le jeune peintre américain y trouve des soutiens auprès d’autres expatriés mais s’intègre aussi avec brio à la société française en forgeant des liens avec un cercle d’artistes, d’écrivains, et de collectionneurs éclairés. Les femmes – mécènes, amies, modèles ou critiques d’art – jouent un rôle particulier dans cette ascension, comme le souligne l’exposition. Les nombreuses effigies que Sargent a laissées de ces personnalités brossent le portrait captivant d’une société en pleine mutation, cosmopolite, ou l’ancienne aristocratie européenne côtoie les jeunes fortunes du Nouveau Monde. »

« Constamment en quête de nouvelles inspirations, Sargent dépeint peu la « vie parisienne », mais profite de son ancrage dans la capitale pour effectuer de nombreux voyages en Europe et en Afrique du Nord, dont il ramène des paysages et scènes de genre, qui allient « exotisme » à la mode mais aussi un sens du mystère et de la sensualité propre à l’artiste. C’est dans le domaine du portrait néanmoins que Sargent s’impose bientôt comme l’artiste le plus talentueux de son temps, surpassant ses maitres et égalant les grands artistes du passé. Sa formidable habileté technique et l’assurance provocante de ses modèles fascinent le public et les critiques, certain voyant en lui le digne héritier de Velázquez.

« [L’artiste] offre le spectacle étrangement inquiétant d’un talent qui au seuil de sa carrière n’a déjà plus rien à apprendre. »
Commentaire de l’écrivain américain Henry James en 1883, au sujet d’un de ses tableaux les plus originaux, le portrait des Filles d’Edward Darley Boit 

« En 1884, le portrait en « femme fatale » de l’américaine Virginie Gautreau, figure importante de la vie mondaine parisienne et « professional beauty » suscite, des réactions majoritairement hostiles au Salon. Celles-ci visent notamment la moralité du modèle, révélant les enjeux mondains, sociaux et esthétiques complexes derrière l’art du portrait « public » en France à la fin du XIXe siècle. Une sous-section de l’exposition est dédiée à ce moment crucial de la carrière de Sargent et à ce véritable « chef-d’œuvre » que l’artiste considérera à la fin de sa vie comme « la meilleure chose qu’il ait faite ».

L’exposition « prend aussi la mesure des liens durables que l’artiste conserve avec sa ville de formation, et ce même après son déménagement à Londres au milieu des années 1880. Cela se manifeste, par exemple, par son engagement en faveur de l’entrée d’Olympia de Manet, artiste qu’il admire, dans les collections nationales en 1890. C’est encore en France que Sargent connait une première forme de reconnaissance institutionnelle lorsque l’Etat fait l’achat en 1892 de son grand portrait de la danseuse Carmencita pour le musée du Luxembourg, honneur encore rarement réservé aux artistes américains (et aux portraitistes) en France. »

Organisée par le musée d’Orsay, Paris, et The Metropolitan Museum of Art, New York, l’exposition avait été présentée au The Metropolitan Museum of Art à New York du 21 avril au 3 août 2025, sous le titre « Sargent & Paris ».

Le commissariat est assuré par Caroline Corbeau-Parsons, conservatrice arts graphiques et peintures, musée d’Orsay, et Paul Perrin, conservateur en chef, directeur de la conservation et des collections, musée d’Orsay, en collaboration avec Stephanie L. Herdrich, Alice Pratt Brown Curator of American Painting and Drawing, assistee de Caroline Elenowitz-Hess, Research Associate, toutes les deux au Metropolitan Museum of Art, New York.

En 2023-2024, le musée des Beaux-Arts de Boston (MFA) avait proposé l'exposition « Fashioned By Sargent », organisée en collaboration avec le musée Tate Modern, au Royaume-Uni, où elle a été ensuite présentée à partir de février 2024. "Au tournant du 20e siècle, John Singer Sargent avait réalisé un portrait éblouissant de Lady Sassoon, Aline Caroline de Rothschild, drapée dans un manteau d’opéra en taffetas noir avec un col blanc en dentelle minutieusement travaillé et un chapeau à plume noir".

"En plus de Lady Sassoon, « Fashioned by Sargent » présentait les portraits de huit autres modèles juifs notables – parmi eux, Ena et Betty Wertheimer, Sir Philip Sassoon, Sybil Sassoon et madame Carl Meyer — ce qui reflète le lien étroit et personnel tissé entre Sargent et ses clients juifs. La plus importante commande faite à l’artiste, qui consiste en 13 portraits de membres d’une même famille, avait été passée par Asher Wertheimer, marchand d’art britannique influent et riche. Un grand nombre de ces tableaux figurent dans la collection du Tate. « Ses meilleures œuvres ont tendance à être celles où il a peint les gens qu’il admirait, les gens avec lesquels il était parvenu à développer un lien », commente Erica Hirshler, conservatrice au MFA, chargée de la peinture américaine, auprès du Times of Israel. « Ce qui était le cas avec la famille Sassoon et avec la famille Wertheimer ».

"L’exposition révélait également les récits moins familiers des critiques antisémites qui avaient suivi l’exposition d’un grand nombre de ces œuvres. Le portrait de madame Carl Meyer et de ses enfants avait entraîné un tel phénomène. « 10 000 dollars n’est pas une somme si importante pour un Israélite multimillionnaire qui paie pour s’assurer de la reconnaissance sociale de sa famille », avait écrit un journal de Boston, selon un texte d’information à destination du public qui est accroché au mur. « L’antisémitisme qui s’exprimait à l’égard des portraits provenait de personnes qui disaient :’Nous ne voulons pas que vous [Sargent] peigniez des modèles juifs de la façon dont pouvaient le faire les anciens maîtres », explique Finch au Times of Israel lors d’une conversation qui a eu lieu lors de l’inauguration de l’exposition pour les journalistes. « C’est intéressant de réaliser que les vêtements ne sont pas nécessairement fidèlement représentés. Il met de l’asymétrie là où cela s’adapte en particulier à sa composition. Il épingle, il drape », dit Hirshler, évoquant le soin qu’il prenait pour arranger les vêtements de manière à ce qu’il puisse aller au bout de son intention artistique."

"L’élite juive britannique avait adopté Sargent – et ce sentiment était réciproque, note Hirshler qui a fait une conférence, l’été dernier, sur Sargent au musée juif de New York. Les amitiés du peintre avec des Juifs remontaient à ses années passées à Paris, lorsqu’il avait partagé un studio avec un artiste juif nommé August Hirsh. En 1896, Sargent avait peint le tableau intitulé « Mrs. Carl Meyer and Her Children. » Un spectacle d’opulence, un hommage explicite au style de décoration Rococo français, explique Finch aux journalistes. Meyer, assise sur un divan richement agrémenté, à la structure dorée, porte une robe rose avec un long collier de perles. Les visiteurs apprennent du texte qui est accroché au mur que Meyer, qui était l’une des femmes les plus riches d’Angleterre, était également l’une des voix les plus progressistes de son époque. Elle avait notamment coécrit un rapport sur la situation déplorable des ouvriers immigrants de l’industrie du textile."

"Un portrait d’Ena Wertheimer, appelé « A Vele Gonfie », peint en 1904, est l’une des toiles les plus audacieuses et les plus inhabituelles de l’artiste. Il parvient à capturer le dynamisme d’Ena, drapée dans un manteau noir, présentée en train d’épouser un rôle de cavalier masculin, avec un manche en bois, sorte d’armement, qui sort de son manteau. « C’est un portrait joyeux », estime Finch, qui montre le caractère informel de la relation entretenue avec son modèle, et une certaine improvisation. Il reflète également la volonté d’Ena de poser en habit militaire d’homme, mettant en lumière une ambiguïté sexuelle et vestimentaire ludique, estime-t-il."


Parcours de l’exposition

« L’exposition comprend 90 œuvres dont 66 peintures, 19 arts graphiques et 5 documents, elle se déploie à travers un parcours thématique organisé comme suit :

Introduction : John Singer Sargent. Éblouir Paris

L’élève prodige de Carolus-Duran

Sargent, Paris et le monde
Peintures ≪ de voyage ≫

Sargent portraitiste
Un succès de scandale : le portrait de Madame X
Portraits d’amis et d’artistes

Après Paris, Sargent et la France

• Épilogue : « Une revanche éclatante »


INTRODUCTION

JOHN SINGER SARGENT. ÉBLOUIR PARIS
« Brillant portraitiste de la « Belle époque », paysagiste et aquarelliste virtuose, John Singer Sargent (1856-1925) est considéré comme l’un des artistes américains les plus importants de sa génération. Il reste toutefois encore méconnu en France, ou aucun musée ne lui avait consacré d’exposition monographique. »

« Né en Italie, américain de nationalité et par éducation, Sargent a passé l’essentiel de sa carrière à Londres et le plus clair de sa vie à voyager. Il n’en a pas moins fait de Paris et de la France l’un des centres de son existence. Organisée en partenariat avec le Metropolitan Museum of Art de New York à l’occasion du centenaire de la mort de l’artiste, cette exposition s’intéresse plus particulièrement à ses années de jeunesse et à ses liens avec Paris et le monde de l’art français. »

« Elle retrace l’histoire d’une ambition : éblouir la prestigieuse capitale du monde de l’art, ou se concentrent les tendances esthétiques les plus modernes. Elle fait aussi le récit d’une ascension, de l’entrée de Sargent, à dix-huit ans, en 1874, parmi les élèves de l’atelier de Carolus-Duran, jusqu’au scandale suscité dix ans plus tard au Salon par son chef-d’œuvre, le portrait de Madame X (Virginie Gautreau), qui contribuera à son départ pour Londres. »

« Pendant cette dizaine d’années, l’artiste réalise certains des tableaux les plus audacieux et les plus provocants de sa carrière. Ils sont exceptionnellement réunis dans cette exposition. »

L’ÉLÈVE PRODIGE DE CAROLUS-DURAN
SALLE 1
« En 1853, Mary Newbold Singer persuade son mari, Fitzwilliam Sargent, de suspendre sa carrière prometteuse de chirurgien à Philadelphie pour voyager sur le vieux continent. Leur départ se révélera définitif, et ils adopteront avec leurs enfants une existence itinérante en Europe. John nait en 1856 à Florence. Enfant, il parle quatre langues, excelle au piano et, dès ses douze ans, développe une passion précoce pour le dessin et l’aquarelle, notamment lors des nombreux voyages avec ses parents et ses deux sœurs. Il copie aussi des aquarelles dans l’atelier du paysagiste Karl Welsch à Rome. Déçus par le premier enseignement artistique que John reçoit à Dresde puis à Florence, les Sargent choisissent finalement de s’installer à Paris, en mai 1874, car la capitale est réputée pour ses ateliers privés et sa prestigieuse Ecole des Beaux-arts. Accompagné de son père, John, frappe à dix-huit ans à la porte de Carolus-Duran, peintre « réaliste » devenu portraitiste à succès. Stupéfait par la qualité de ses dessins et esquisses, le maitre invite Sargent à rejoindre son atelier, fréquenté surtout par des élèves anglais et américains. En parallèle, le jeune homme réussit le concours d’entrée à l’Ecole des Beaux-arts. »

« Je revois ce jeune homme svelte serrant dans ses bras un énorme rouleau d’études, lesquelles, une fois présentées au maître, le font s’exclamer : « Vous avez beaucoup étudié. » Après quoi son parcours au sein de l’atelier de Carolus-Duran fut une succession de triomphes. »

SARGENT, PARIS ET LE MONDE
SALLE 2
« Marqué par son enfance nomade, Sargent, bien que pleinement établi à Paris, reste un peintre voyageur qui trouve l’essentiel de son inspiration lors de ses multiples excursions en France ou dans le bassin méditerranéen (Italie, Espagne et Maroc). Il en rapporte des dessins et esquisses peintes en plein air qui lui servent à composer, dans son atelier parisien, d’ambitieuses compositions qu’il présente au Salon. »

« Le Salon, qui attire des centaines de milliers de visiteurs chaque année à Paris, se tient alors au « Palais de l’Industrie » sur les Champs-Elysées. C’est la plus grande exposition d’art contemporain en Europe à cette époque. Elle rassemble des centaines d’artistes et plusieurs milliers d’œuvres. Pour un jeune peintre comme Sargent, c’est le lieu ou il faut se faire remarquer, par l’administration des Beaux-arts (qui distribue les honneurs), les critiques (qui établissent les réputations) et les amateurs (qui achètent et passent commandes). Entre 1877 et 1885, Sargent y expose tous les ans un ou plusieurs tableaux, souvent un portrait et une peinture « de voyage ». Sargent ne se rend aux Etats-Unis qu’en 1876, à l’âge de vingt ans. Il y reviendra régulièrement, y trouvera de nombreux commanditaires, mais ne s’y installera jamais ».

« De toutes les femmes déshabillées, la seule intéressante est de M. Sargent. Intéressante par sa laideur au fin profil qui rappelle un peu della Francesca, intéressante par son décolletage encore à chaînettes d’argent, qui est indécent et donne l’impression d’une robe qui va tomber, intéressante enfin par le blanc de perle qui bleuit l’épiderme, cadavérique et clownesque à la fin. »
Josephin Peladan, 1884

PEINTURES « DE VOYAGES »
« Refusant d’emblée les sujets historiques, le jeune Sargent se définit très rapidement comme un peintre de la réalité et s’inscrit dans le courant « naturaliste » naissant. Pour autant, la vie moderne urbaine et industrielle ne l’intéresse pas. »

« Dans ses peintures « de voyage », l’artiste explore des univers géographiques et culturels variés, mais fait la part belle à des sujets ruraux ou traditionnels, tel que le motif de la danse folklorique. Souvent tributaire de stéréotypes à ses débuts, son regard gagne progressivement en originalité comme à Venise dont Sargent montre un autre visage, réaliste, sombre et populaire. »

« Reflet d’une préoccupation proprement « picturale », chaque tableau est pour lui l’occasion d’une étude précise d’un effet lumineux ou coloré particulier. » 

« Ces œuvres « de jeunesse » font progressivement connaitre Sargent auprès du public et des critiques parisiens qui regardent de près l’éclosion d’un talent singulier. »

SARGENT PORTRAITISTE
SALLE 3
« Quelques années après son arrivée à Paris, Sargent devient portraitiste. Entre 1877 et 1884, il envoie chaque année un portrait au Salon, afin de se faire connaitre des amateurs. Ce genre artistique est alors porté par l’accroissement des demandes de la bourgeoisie. Alors que décline la « Peinture d’Histoire » et que triomphe le réalisme, l’art du portrait se voit investi d’une ambition « moderne » : représenter l’époque. Le contexte est aussi marqué d’un côté par la montée en puissance du portrait photographique et de l’autre par les innovations des impressionnistes qui représentent leurs modèles dans une activité quotidienne ou en plein air. »

« Dans ce contexte, le talent de portraitiste de Sargent s’affirme très vite. Le jeune peintre obtient récompenses et commandes, aussi bien d’artistes bohèmes que de riches expatriés américains ou d’aristocrates français. Il sait intelligemment flatter ses modèles, mais n’hésite pas à s’émanciper des conventions artistiques et sociales qui brident souvent l’imagination des peintres de portraits. Il peint de véritables « chefs-d’œuvre » qui exigent de longs mois de travail. Au Salon, ces peintures fascinent par leur mélange de virtuosité, de sensualité et d’étrangeté. »

« [La peinture de Sargent] offre le spectacle étrangement inquiétant d’un talent qui, au seuil de sa carrière, n’a déjà plus rien à apprendre. Cela n’est pas simplement de la précocité déguisée en maturité […] ; c’est la fraîcheur de la jeunesse combinée avec l’expérience artistique, réellement sentie et assimilée, des générations [qui l’ont précédé] ».
Henry James, ≪ John S. Sargent ≫, Harper’s New Monthly Magazine, 1887

UN SUCCÈS DE SCANDALE : LE PORTAIT DE MADAME X
« Née à la Nouvelle-Orléans d’une famille d’anciens émigrés français, Virginie Amélie Avegno (1859–1915) s’installe en France en 1867. Elle épouse l’homme d’affaires Pierre Gautreau, devient une importante figure de la vie mondaine parisienne et est reconnue comme l’une des grandes beautés de son temps. »

« Fasciné par sa beauté atypique et fardée, Sargent la convainc de poser. Les longues séances aboutissent à un coup de maitre. Sargent a 28 ans, et son modèle, 25. Conscient d’avoir peint une œuvre exceptionnelle, mais provocante, il redoute les réactions des commentateurs et des visiteurs. Des l’ouverture du Salon de 1884, le tableau attire tous les regards et fait scandale même si une partie de la critique en reconnait l’importance. On considéré comme inconvenants la bretelle droite descendue sur l’épaule, le décolleté plongeant, le maquillage trop prononcé du modèle et son profil juge hautain. »

« Sargent repeindra ultérieurement la bretelle sur l’épaule et gardera le portrait dans son atelier jusqu’à sa vente au Metropolitan Museum of Art en 1916, après le décès de Virgine Gautreau. Il rebaptise alors le tableau Madame X et le désigne comme « la meilleure chose qu’il ait faite ».

PORTRAITS D’AMIS ET D’ARTISTES
« Au fil de l’ascension de Sargent dans la société parisienne, ses réseaux se diversifient et débordent rapidement le cercle estudiantin de ses débuts, majoritairement constitué d’expatriés. Par son talent et sa grande culture, il est pris des cercles mondains, littéraires et artistiques. »

« Carolus-Duran et le Dr Pozzi parrainent son entrée dans le club exclusif du « Cercle de l’Union artistique », dont les expositions et les concerts sont très suivis et fréquentés par des peintres établis. En 1881, Sargent prend un luxueux atelier au 41 Boulevard Berthier (17e arrondissement). Il sympathise avec ses voisins, les peintres Alfred Roll et Ernest-Ange Duez, et côtoie au restaurant Livenne ses ainés, l’écrivain Paul Bourget, membre du Cercle, et Auguste Rodin, dont il peint le portrait. Il devient proche du critique d’art Louis de Fourcaud, et des femmes de lettres, Emma Allouard-Jouan, et Judith Gautier, dont les fines critiques de ses œuvres, asseyent davantage sa réputation. Sargent peint de nombreux portraits spontanés et intimes de ses amis et de ses amies, nombreuses à le soutenir en ce début de carrière. »

APRÈS PARIS, SARGENT ET LA FRANCE
SALLE 4
« Après une ascension fulgurante, le scandale de Madame X ébranle la trajectoire de Sargent. Pourtant, il ne quitte pas immédiatement Paris, et Mme Gautreau n’est pas ostracisée. Il achève des commandes de portraits et continue d’exposer au Salon. »

« Sargent se partage entre Paris et Londres jusqu’en 1886, date à partir de laquelle il s’installe définitivement dans la capitale britannique. Mais ses liens avec la France restent forts : il conserve des amitiés fidèles (Helleu, Belleroche), en noue de nouvelles (Gabriel Faure, Winaretta Singer) et se rapproche surtout de Monet. »

« Il voue au peintre une grande admiration et réalise pendant cette période les œuvres parmi les plus « impressionnistes » de sa carrière : sa touche devient plus esquissée et ses couleurs plus lumineuses ».

« En 1889, aux côtés du peintre de Giverny il mène une campagne active pour qu’Olympia de Manet soit acquis par la France. »

« La même année, il triomphe lors de l’Exposition Universelle de Paris, à laquelle il participe dans la section américaine. Il est fait chevalier de la Légion d’Honneur et reçoit une médaille d’Honneur. »

« Je n’aurai rien au Salon, à mon grand regret, car j’ai cœur à ne pas me laisser oublier à Paris et je serai désolé de passer pour un crétin qui cesserait d’y exposer de parti pris. Si vous entendez dire par nos camarades que je suis un lâcheur ou un ingrat ou que je boude, contredisez de pareilles bêtises. »

ÉPILOGUE
« UNE REVANCHE ÉCLATANTE »
Au plus fort du scandale causé par Madame X au Salon de 1884, certains critiques notent : « patience, M. Sargent ne se trompera pas toujours ; il est homme à prendre avant peu une revanche éclatante ». Celle-ci survient au Salon de 1892, avec le flamboyant portrait d’une autre « femme fatale », la danseuse espagnole Carmencita. Sa pose altière et son visage maquillé, l’évocation de son numéro de danse andalouse, ravivent le souvenir des audaces d’El Jaleo et de Madame X. L’œuvre est largement admirée et est finalement achetée par l’Etat pour le Musée du Luxembourg (« musée des artistes vivants »). Une première pour un portrait de Sargent, qui n’a alors que 36 ans, et est déjà reconnu comme un « maitre » moderne. »

« Les années suivantes, depuis Londres, Sargent entretient encore des liens avec le monde de l’art français, participe au Salon jusqu’en 1905 et voyage en France jusqu’en 1918. Il meurt en 1925, un livre de Voltaire à la main. Sargent est alors un peu oublié à Paris. Seul Le Gaulois met sa nécrologie à la une : « cet Américain, né à Florence, qui aimait la France et qui vécut à Londres, s’était d’ailleurs aux années de sa jeunesse bien déclaré des nôtres ».

Quelques œuvres commentées


MODÈLE MASCULIN COURONNÉ DE LAURIER, VERS 1878
Huile sur toile, 44,5 × 33,5 cm
Los Angeles County Museum of Art, legs de Mary D. Keeler,
Photo c Museum Associates/ LACMA
« Ayant grandi en Italie, Sargent montre une prédilection pour les modèles de type méditerranéen comme le jeune homme représenté dans cette œuvre, peut-être un modèle italien. »
« Cette œuvre peinte à la fin de sa période de formation auprès de Carolus-Duran est représentative de l’enseignement de son maitre : une peinture alla prima (« au premier coup ») où le pinceau est chargé de couleur, la touche fluide et rapide, et où les volumes sont construits grâce à des contrastes de tons, du plus foncé au plus clair, sur un fond sombre. »


DANS LE JARDIN DU LUXEMBOURG, 1879
John Singer Sargent (1856-1925)
Dans le jardin du Luxembourg, 1879
Huile sur toile
65,7 x 92,4 cm
Collection John G. Johnson Collection, 1917, The Philadelphia Museum of Art
Photo c The Philadelphia Museum of Art
« Pendant les dix années passées par Sargent à Paris, les sujets parisiens font paradoxalement figures d’exception. Il peint le jardin du Luxembourg à l’heure bleue, dans des harmonies mauves rehaussées de touches rouges. Le couple élégant, au premier plan, est décentré, comme s’il s’était déplacé le temps que Sargent l’immortalise. Cette asymétrie confère à la composition un aspect très moderne peut-être influencée par les harmonies colorées « musicales » de son compatriote James McNeil Whistler, qui avait aussi débuté sa carrière à Paris. Le jardin était proche de l’atelier de Sargent au 73 rue Notre-Dame des Champs. »


PORTRAIT DE VERNON LEE, 1881
John Singer Sargent (1856-1925)
Pochade. Portrait de Vernon Lee, dit aussi Vernon Lee, 1881
Huile sur toile
53,7 × 43,2 cm
Londres, Tate
Photo c Tate« Vernon Lee est le nom de plume de la femme de lettres et historienne de l’art britannique Violet Paget (1856-1935). Amie d’enfance de Sargent, expatriée comme lui, ils entretiennent une correspondance qui semble être une chronique de la vie de l’artiste à Paris. Sargent peint son portrait, lors d’un passage à Londres, en une séance de trois heures. Il saisit son intelligence incisive et accentue le style androgyne que son amie féministe affectionne. Exposée à Paris en 1882, sous le titre Pochade les critiques y notent l’influence de l’impressionnisme. »


Du 23 septembre 2025 au 11 janvier 2026
Niveau 0, grand espace d’exposition
Esplanade Valery Giscard d’Estaing. 75007 Paris
Tél. : 01 40 49 48 14
Du mardi au dimanche de 9 h 30 à 18:00 (jeudi jusqu’à 21 h 45)
Fermé lundi
Visuels :
Couverture : Portrait de Mme ***, dit aussi Madame X, 1883-1884
Huile sur toile, 208,6 × 109,9 cm
New York, The Metropolitan
Museum of Art, Fonds Arthur Hoppock Hearn 1916, 16.53
Photo c The Metropolitan Museum of Art, Dist. GrandPalaisRmn / image Art Resource

John Singer Sargent (1856-1925)
Autoportrait, 1886
Huile sur toile
34,5 × 29,7 cm
Aberdeen City Council (Aberdeen Archives, Gallery & Museums)
Photo c Aberdeen City Council (Archives, Gallery & Museums Collection)

John Singer Sargent (1856-1925)
La Table sous la tonnelle, dit aussi Les Verres de vin, vers 1875
Huile sur toile
45 × 37,5 cm
Londres, The National Gallery, accepte par le gouvernement britannique en lieu et place de droits de succession, attribue a la National Gallery, Londres, 2018
Photo c The National Gallery, London

John Singer Sargent (1856-1925)
Portraits de M. É[douard] P[ailleron] et de Mlle [Marie-] L[ouise] P[ailleron],
1880-1881
Huile sur toile
152,4 × 175,3 cm
Des Moines Art Center Permanent Collections (Iowa), achat avec le Fonds du legs Edith M. Usry, a la memoire de ses parents M. et Mme George Franklin Usry, du Fonds Dr et Mme Peder T. Madsen, et du Fonds de dotation Anna K. Meredith
Photo c Rich Sanders, Des Moines

John Singer Sargent (1856-1925)
Étude pour Madame X, 1883-1884
Mine graphite sur papier velin blanc cassé
24,8 × 33,5 cm
New York, The Metropolitan Museum of Art, achat, don de Charles et Anita Blatt, don de John Wilmerding et du Fonds Rogers, 1970, 1970.47
Photo c The Metropolitan Museum of Art, Dist. GrandPalaisRmn / image Art Resource

John Singer Sargent (1856-1925)
Fête familiale dit aussi La Fête d’anniversaire, 1885
Huile sur toile
61 × 73,7 cm
Minneapolis Institute of Art, Fonds Ethel Morrison Van Derlip et Fonds John R. Van Derlip
Photo c Minneapolis Institute of Art

John Singer Sargent (1856-1925)
La Carmencita, Vers 1890
Huile sur toile
229,0 x 140,0 cm.
Collection Musee d’Orsay
Achat à John Singer Sargent, 1892
Photo c musee d’Orsay, Dist. RMN-Grand Palais / Patrice Schmidt


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