Citations

« Le goût de la vérité n’empêche pas la prise de parti. » (Albert Camus)
« La lucidité est la blessure la plus rapprochée du Soleil. » (René Char).
« Il faut commencer par le commencement, et le commencement de tout est le courage. » (Vladimir Jankélévitch)
« Notre métier n’est pas de faire plaisir, non plus de faire du tort. Il est de porter la plume dans la plaie. » (Albert Londres)
« Le plus difficile n'est pas de dire ce que l'on voit, mais d'accepter de voir ce que l'on voit. » (Charles Péguy)

vendredi 19 avril 2019

« Quand les nazis filmaient le ghetto » de Yael Hersonski

Toute l'Histoire diffusera le 4 octobre 2017 « Quand les nazis filmaient le ghetto » (A Film Unfinished), documentaire de Yael Hersonski (2009). cette enquête passionnante sur l’histoire de Das Ghetto, film inachevé de propagande nazie en mettant en scène des juifs dans le ghetto de Varsovie (Pologne) en 1942, lors de la Shoah (Holocaust). 

1939. A Varsovie vivent 1 300 000 habitants, dont 380 000 Juifs, soit près d’un tiers de la population.

Après la victoire de l’Allemagne du IIIe Reich sur la Pologne, les juifs polonais y sont persécutés par l’occupant nazi.

En 1940, les Nazis créent un ghetto à Varsovie. Ils vont l’enserrer par un mur de plus de trois mètres de haut, hérissé de fils de fer barbelés et étroitement surveillé. Ce ghetto surpeuplé est administré par un « conseil juif » (Judenrat) dirigé par l'ingénieur Adam Czerniakow. Environ 500 000 Juifs sont passés par ce ghetto de quatre kilomètres carrés. Des centaines de milliers de juifs de tous âges, enfants et adultes, y survivent entassés, dans la promiscuité, la misère et le manque d’hygiène, victimes de maladies (typhus), affamés. Certains tentent de se procurer des vivres par la contrebande ou le marché noir, avec le risque d'être arrêtés et fusillés. Beaucoup y meurent de faim et d’épidémies.

En mai 1942, pendant trente jours, une équipe de cameramen et de journalistes filme dans ce ghetto des scènes de rues, de marché, dans un restaurant achalandé, au théâtre Nowy Azazel où les comédiens sont obligés de caricaturer leur jeu, dans des appartements cossus. Des scènes aussi de la vie juive : circoncision, prières dans le mikvé (bain rituel juif), étude en yechiva, un enterrement dans un cimetière.

Les buts ? Contribuer à la propagande nazie montrant les conditions agréables de vie quotidienne des Juifs dans le ghetto de Varsovie, l’écart socio-économique entre Juifs riches, bien alimentés et se divertissant dans des soirées dansantes, et leurs coreligionnaires pauvres, l'indifférence des Juifs aisés à l’égard des mendiants et des cadavres jonchant les rues. Signifier que les Juifs doivent être éliminés. Montrer les preuves de leur destruction : fosses communes de juifs nus, squelettiques…

L’historien Emmanuel Ringelblum décide de relater l’histoire des juifs dans ce ghetto. Il encourage ses coreligionnaires – écrivains, journalistes, etc. - à tenir leur journal afin de réunir des témoignages en étant guidés par deux principes : l’exhaustivité et l’objectivité. Ce qui constituera les Archives Ringelblum sur la politique nazie contre les juifs et la survie dans ce ghetto écrites par le groupe Oyneg Shabbes (« plaisir du shabbat » en yiddish).

Moins de deux mois après, débutent les premières déportations en grand nombre vers Treblinka. Comprenant le destin mortel des juifs déportés, Adam Czerniakow se suicide en cassant la capsule de cyanure qu’il avait depuis le début de la guerre.

Le 19 avril 1943, des organisations juives déclenchent le soulèvement dans le ghetto. Pendant près d’un mois, jusqu’au 16 mai 1943, des juifs courageux défient les Nazis qui écraseront cette insurrection.

En 1954, sont découvertes dans un bunker en RDA (République démocratique allemande) plusieurs bobines des images tournées par les Nazis dans le ghetto. Des images annotées « Ghetto », d’une durée de plus de 60 minutes, sans piste son, sans générique. Et qui sont déposées au Mémorial de Yad Vashem à Jérusalem (Israël).

Pendant plusieurs décennies, les historiens ont considéré que ces images montraient la vie dans ce ghetto.

Quarante-cinq ans après, à la fin des années 1990, une bobine est retrouvée : elle comprend des rushes supprimés du premier montage. On y voit les efforts des Nazis pour réaliser la prise de vue (einstellung) « la plus efficace ». Un cynique making of où succèdent les prises 1, 2, 3, 4... En plus, sont révélées les images en couleurs tournées par un cameraman allemand utilisant sa caméra personnelle pour montrer la rue du ghetto transformée en studio de cinéma où de pauvres Juifs sont contraints d’obéir aux ordres des Nazis. Des images qui inspirent une immense compassion pour ces Juifs qui, quelques semaines plus tard, seront raflés, déportés et assassinés dans ces camps de la mort.

Un caméraman ayant filmé ces images, Willy Wist, évoque celui qui amenait l’équipe sur le lieu de tournage, donnait les directives de réalisation et de mises en scène : un personnage « portant l’uniforme des SA ou celui brun du parti » et surnommé « le faisan doré ». Willy Wist allègue ignorer la destination des juifs déportés : les camps d’extermination. Mais la Shoah est déjà mise en œuvre dans ce ghetto.

Ce documentaire émouvant est construit à partir des images filmées par les Nazis dans le ghetto, des témoignages de cinq survivants du ghetto, des extraits de journaux, du récit du responsable du Judenrat et la déposition entièrement retranscrite du caméraman Willy Wist lors du procès contre l’ancien commissaire du ghetto et officier SS devenu avocat, Heinz Auerswald. Celui-ci rédigeait des rapports hebdomadaires sur son travail, les rumeurs circulant dans le ghetto, etc. Manquent dans ce documentaire les noms des témoins juifs interviewés.


Ce film a été distingué notamment par le Festival du film de Sundance en 2010.

Le 18 août 2010, il a été distribué aux Etats-Unis sous la classification « R » établie par la MPAA (Motion Picture Association of America's film) et prescrivant qu’un mineur de 17 ans doit être accompagné d’un parent ou adulte pour voir ce film. Ce qui a suscité une controverse. Son distributeur Oscilloscope a interjeté appel de cette décision qui restreignait le public du documentaire et réduisait son éventuelle utilisation pédagogique dans des classes de lycées : il a évoqué des images visibles plus dramatiques par les élèves au musée mémorial américain de l’Holocauste. En vain : par 12 voix contre trois, la MPAA a maintenu sa décision en la justifiant par des « images perturbantes des atrocités de la Shoah dont des images de personnes nues ».

Ce film A Film Unfinished incite à un examen critique vigilant à l’égard des images visant à former l’opinion publique. Il souligne comment le processus d’extermination des Juifs comprend l'étape de leur vilification par la propagande audiovisuelle haineuse antisémite.

Le 19 avril 2015, des cérémonies à Paris et en province marquèrent le 72e anniversaire du soulèvement du ghetto de Varsovie.  

Quand les nazis filmaient le ghetto de Yael Hersonski
Allemagne, 2009, 86 mn

Sur Arte le 8 décembre 2010 à 20 h 40 et le 14 décembre 2010 à 10 h 50, le 4 décembre 2013 à 0 h 05.

Diffusions sur la chaîne Histoire les :
- 30 août 2012 à  0 h 10 et 3 septembre 2012 à 2 h ;
- 17 mars 2013 à 3 h 52 ; 20 avril 2013 à 1 h 50 ; 22 avril 2013 à 3 h 30 ; 10 juillet à 1 h 40 et 15 juillet 2013. à 2 h 45 ; 23 septembre 2013 à 0 h 20 ;
- 24 janvier à 0 h 40 et 4 février 2014 à 5 h,   8 mars à 2 h 30 et 10 mars 2014 à 4 h 20

Sur Toute l'Histoire les 18 et 19 avril 2017le 4 octobre 2017

Au Mémorial de la Shoah
Auditorium Edmond J. Safra, niveau -1
17, rue Geoffroy-l'Asnier, 75004 Paris
Entrée libre sur réservation au 01 53 01 17 42
Le 24 novembre 2013, à 15 h, en présence de Johann Chapoutot, historien, maître de conférences, université Pierre Mendès-France-Grenoble 2
Le 25 janvier 2011 à 19 h 30 (en version originale sous-titrée en anglais)
En présence de Yaël Hersonski, réalisatrice, et Georges Bensoussan, historien, rédacteur en chef de la Revue d’histoire de la Shoah.
Le 27 janvier 2011 à 19 h 30 (en version française)
En présence de Yaël Hersonski, réalisatrice, et Jean-Charles Szurek, sociologue, directeur de recherche au CNRS.

Visuels de haut en bas :
Première photo : © Itai Neemann
Deuxième et troisième photos : © Transit Films-Bundesarchiv
© Yossi Aviram
Affiche du documentaire
Article publié la première fois le 8 décembre 2010, republié le 24 janvier 2011, le 29 août et le 28 décembre 2012, les 15 mars, 18 avril, 8 juillet, 21 septembre, 22 novembre et 3 décembre 2013, 22 janvier et 6 mars 2014, 19 avril 2015, 17 avril et 4 octobre 2017.

samedi 13 avril 2019

Interview de Roger Cukierman

  
Roger Cukierman a publié en 2008 son autobiographie Ni fiers ni dominateurs (Editions du Moment). L’occasion d’évoquer son parcours et de dresser le bilan de son double mandat (2001-2007) à la présidence du CRIF (Conseil représentatif des institutions juives de France). Le 29 mai 2016 a pris fin le 3e mandat de président du CRIF de Roger Cukierman. Le 15 avril 2019 à 19 h 30, le FARBAND organisera la rencontre avec Roger Cukierman, ancien président du CRIF, qui interviendra sur le thème de « Quel avenir pour les juifs de France ? » "  "La soirée sera précédée d'un en-cas kosher et suivie de pâtisseries, thé et café."


Parlez-nous de votre enfance dans une famille Juive originaire de Pologne, sioniste, unie, adhérant aux valeurs républicaines française, exigeante quant à vos résultats scolaires et bouleversée par la Shoah…

Je n’ai jamais connu mes grands-parents, décimés avec mes oncles et cousins par la Shoah.

J’ai gardé en mémoire quelques évènements : l’arrivée des Allemands à Nice où nous vivions cachés, le bruit des bottes des soldats allemands.

Je me souviens de ma mère me disant : « Si la police arrive, tu me dis : « Au revoir, Madame » et tu pars en courant ». Je me souviens de la seule gifle que m’ait donnée mon père quand, après une demi-heure où il me fait la leçon, s’efforçant de m’apprendre mon nouveau nom, Roger Fabre. Il m’avait interrogé : « Comment t’appelles-tu ? », et je lui avais répondu : « Roger Cukierman ».

Mon père faisait partie de la génération de ceux qui ont quitté une vie moyenâgeuse pour entrer dans le monde moderne.

Il organisait des colonies de vacances en Israël. Il s’occupait d’Unser Wort, quotidien de langue yiddish, de la Fédération des sociétés juives et de l’Organisation sioniste.

Diplômé de l’Ecole supérieure de commerce de Paris, et docteur en sciences économiques vous entrez au sein du groupe Edmond de Rothschild

J’avais envoyé 40-50 lettres de candidatures à des institutions bancaires. J’avais rencontré le directeur général du Crédit lyonnais, Maurice Schloegel. Un de ses assistants m’a informé de sa part que ma judéité risquait d’être un handicap dans une carrière dans cette banque publique.

Je suis alors entré au groupe Edmond de Rothschild où ma judéité ne posait pas de problème. Je m’y suis épanoui professionnellement. Au-delà de ma carrière bancaire, j’ai été associé aux activités philanthropiques d’Edmond de Rothschild au sein de l’OPEJ (Œuvre de protection des enfants juifs), de la Fondation ophtalmologique, etc.

Edmond de Rothschild a été la première personnalité internationale à investir en Israël. J’ai suivi les affaires israéliennes.

Quand survient la grave vague d’actes antisémites en 2000, une partie du CRIF et les autorités politiques françaises peinent à admettre que leurs auteurs sont issus de milieux défavorisés victimes du racisme…

Pour moi, la révélation a eu lieu lors d’une réunion organisée par Moïse Cohen, alors président du Consistoire de Paris Ile-de-France. Les responsables des communautés franciliennes présentes décrivaient une réalité quotidienne alarmante.

Beaucoup de gens, y compris au CRIF, refusaient de voir dans ces actes autre chose qu’une violence banale. Nous avons déployé des efforts multiples pour convaincre du sérieux de la situation où des Juifs étaient persécutés parce que Juifs.

Il a fallu réagir, convaincre et agir sur tous les milieux : politiques - gouvernement, Présidence de la République, ministres -, ensemble des partis politiques, y compris ceux de l’opposition, syndicats, monde religieux…

Nous avons des relations quasi-idylliques avec les catholiques, et des relations amicales avec les syndicats, les organisations afro-antillaises et arméniennes.

Nous avons aussi essayé de toucher l’opinion publique.

Les dîners du CRIF sont un élément majeur de l’action, de la communication du CRIF…

Oui, c’est une soirée qui réunit 700-800 convives, tous les décideurs politiques ou médiatiques du pays, des ambassadeurs. Elle est déclinée au niveau régional.

Comment analysez-vous l’antisémitisme contemporain ?

Tout d’abord, 20% des électeurs sont capables de voter pour l’extrême-droite.

Ensuite, depuis 2000, les actes de violence antisémite émanent de jeunes issus de l’immigration et qui expriment leur solidarité avec les Palestiniens. Ils ne sont pas les seuls à pratiquer cet amalgame. Un président d’une assemblée parlementaire m’a dit, en parlant de l’ambassadeur d’Israël en France : « Votre ambassadeur ». J’ai immédiatement rectifié.

En outre, l’antisionisme, qui n’est pas directement l’antisémitisme, est un comportement fréquent à l’extrême-gauche. Il fournit une excuse à ceux tentés de commettre des actes antisémites.

Vous brossez une galerie de portraits des dirigeants politiques français…

Le Président Jacques Chirac est exemplaire dans ses relations avec les Juifs. Son discours du 16 juillet 1995 est un évènement historique. Jusqu’en mai 2002, il n’a pas reconnu la gravité de la vague d’antisémitisme. Après les élections présidentielles, dès le gouvernement de Jean-Pierre Raffarin, avec Nicolas Sarkozy au ministère de l’Intérieur, la lutte contre l’antisémitisme a été menée avec le plus grand sérieux.

Comme ses prédécesseurs sous la Ve république, Jacques Chirac a été réservé à l’égard d’Israël. Son attitude a été plus équilibrée à partir de 2005, après la mort d’Arafat, l’assassinat de son ami Rafic Hariri imputé à la Syrie et le plan de désengagement d’Ariel Sharon.

L’UDF (Union pour la démocratie française) a toujours été très proche d’Israël. Cela remonte à Lecanuet, Poher…

Le CRIF a de très bonnes relations avec François Hollande, Bertrand Delanoë et bien d’autres au PS (Parti socialiste).

Quant au Parti communiste, il n’est pas toujours maître de ses militants. Certains maires communistes ont tendance à organiser des expositions biaisées, des jumelages avec des camps palestiniens, etc. Le MRAP (Mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples) demeure entre nous un point de désaccord.

Quels sont les deux évènements dont vous êtes le plus fier ?

Il y a la manifestation du 7 avril 2002, de la place de la République à la place de la Bastille, en réaction à l’antisémitisme en France et au terrorisme en Israël. Elle a rassemblé 200 000 personnes, quasiment toutes juives, à Paris et en province. C’était très émouvant.

Je citerai aussi mon dernier dîner du CRIF comme président. L’invité d’honneur était le Premier ministre Dominique de Villepin. La présence des deux principaux candidats à la présidence de la République, Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy, a induit une quasi-émeute de photographes.

Quels sont vos regrets ?

Je ne me suis pas assez battu dans l’affaire al-Dura. J’avais écrit une lettre au président de France Télévisions pour voir l’intégralité des rushes de Charles Enderlin. Je n’ai pas eu de réponse. Je ne croyais pas imaginable une mise en scène. Aujourd’hui, il est essentiel que la vérité soit établie. S’il s’agit d’un montage, c’est une quasi-affaire Dreyfus.

C’était une mauvaise idée d’avoir participé à l’émission de Thierry Ardisson, où j’avais contre mois le présentateur, Olivier Besancenot, et deux comiques. Préenregistrée, elle faisait l’objet de coupes.

Et les deux rencontres du CRIF avec l’UOIF (Union des organisations islamiques de France) ?

Je ne les regrette pas. Ses dirigeants se sont efforcés à paraître modérés - ils voulaient gagner en respectabilité - et ont condamné, au nom de l’islam, l’antisémitisme.

Les associations juives américaines n’ont-elles pas joué un rôle dans la décision des dirigeants politiques français de réagir face à cette vague d’antisémitisme ?

Ces dirigeants sont très sensibles à l’opinion des Juifs américains. Ils croient en la puissance du « lobby juif américain ».

Ancien vice-président du Congrès juif européen (CJE), comment définiriez-vous la situation des Juifs en France ?

Elle est comparable à celle des autres Juifs européens. Vous connaissez la définition de l’antisémite : c’est « celui qui déteste les Juifs plus que nécessaire ».

Cet article a été republié après l'élection de Roger Cukierman, âgé de 76 ans, ce 26 mai 2013 à la présidence du CRIF pour trois ans. Au second tour de scrutin, il a obtenu 61% des voix, contre 39% à Arié Bensemhoun.

Le 15 avril 2019 à 19 h 30, le FARBAND organisera la rencontre avec Roger Cukierman, ancien président du CRIF, qui interviendra sur le thème de « Quel avenir pour les juifs de France ? » "  Roger Cukierman, né le 23 août 1936 à Paris dans le 19e arrondissement, a été le dixième président du Conseil Représentatif des institutions juives de France (CRIF), fonctions dans lesquelles il a succédé, en mai 2001, à Henri Hajdenberg. Son mandat s'est achevé en mai 2007, les statuts du CRIF n'autorisant que deux mandats successifs de trois ans à la tête de cette institution. Le 13 mai 2007, son conseiller en communication Richard Prasquier le remplace à la tête du CRIF. Le 26 mai 2013, Roger Cukierman est à nouveau élu à la tête du CRIF pour 3 ans. Il en est alors le douzième président."
  "Roger Cukierman a été très actif dans de nombreuses institutions sociales et éducatives de la communauté juive, que ce soit au CASIP, au Fonds social juif unifié (FSJU) ou au sein de l’Alliance Israélite Universelle."
  "Durant ses mandats, il fera de la lutte contre l’antisémitisme sa principale priorité."
"Il n’hésitera pas ainsi à interpeller vivement et à plusieurs reprises les gouvernements successifs du pays sur l’urgence à apporter des réponses concrètes à la discrimination et à la haine contre les juifs et à lutter contre la haine sous toutes ses formes. Il militera pour l’intégration de l’État d’Israël à l’organisation internationale de la Francophonie et pour la reconnaissance par la France de la ville de Jérusalem comme capitale d’Israël. Il n’aura de cesse de dénoncer les propos révisionnistes du président iranien Mahmoud Ahmadinejad et la nucléarisation de ce pays."
 " Il a publié en 2008 un livre autobiographique "Ni fiers, ni dominateurs", aux Éditions du Moment".
  "l est chevalier de la Légion d'honneur."
 "La soirée sera précédée d'un en-cas kosher et suivie de pâtisseries, thé et café."


Roger Cukierman, Ni fiers ni dominateurs. Editions du Moment, 2008. 275 pages. 271 pages. ISBN 978-2-35417
Ce article a été publié par L'Arche dans son numéro de décembre 2008-janvier 2009, et sur ce blog le 13 mars 2010 et le 26 mai 2013.

jeudi 11 avril 2019

Zabou Breitman, comédienne, scénariste et réalisatrice


Zabou Breitman, comédienne, scénariste et réalisatrice. Arte diffusera le 14 avril 2019 « Le premier jour du reste de ta vie » (C'est la vie - So sind wir, so ist das Leben) par Rémi Bezançon. « La chronique sincère et mélancolique d’une vie de famille ordinaire, déclinée en cinq journées décisives pour chacun des membres de la tribu... Entre drôlerie et émotion, Rémi Bezançon sonde la complexité des liens du sang, avec l’appui notamment de Jacques Gamblin, Zabou Breitman et Pio Marmaï. »

Henri Alekan (1909-2001), directeur de la photographie
L'acteur Roschdy Zem, un « coeur qui bat pour la paix » selon SaphirNews

Isabelle Breitman, dit Zabou Breitman, est née en 1959 à Paris dans une famille d’artistes : son père, Claude Breitman dit Jean-Claude Deret, est un comédien, écrivain, traducteur et scénariste, fils d’un père juif et d’une mère chrétienne, et sa mère Céline Léger est une actrice québécoise.

Son grand-père paternel Lucien Breitman (1890-1983) était poète, médecin surnommé le « médecin des pauvres » et « grand humaniste » ainsi qu’élu de gauche (maire de Mennetou-sur-Cher en 1945, conseiller général de Romorantin de 1945 à 1949). Sa famille juive, issue de la « bourgeoisie laïque éclairée » était originaire de Kichinev : « Un de mes arrière-grands-pères, que je partage avec Dominique Strauss-Kahn, a été un des premiers psychiatres-psychanalystes ». Lucien Breitman était le grand-oncle de Dominique Strauss-Kahn. « C’était un socialiste, copain de Léon Blum. Il a été déporté politique très tôt, en 1941. C’est pour cela qu’il s’en est sorti, mais aussi parce qu’il était médecin : ils comptaient sur lui pour éviter les épidémies. Il a été emprisonné dans le même camp que le père de Michel Drucker, le grand-père de Léa [Drucker, actrice, Nda]. Quand nous avons travaillé ensemble, nous nous amusions à les imaginer tous les deux là-haut, rigolant de voir leurs petites-filles sur un même plateau. C’était un grand-père merveilleux. Il me disait qu’il fallait toujours rire », se souvenait Zabou Breitman (Femme actuelle, 28 avril 2014). Son père avait survécu à la déportation, mais était retourné en France « sans ses dents ».

Isabelle Breitman grandit à Mennetou-sur-Cher.

Elle débute enfant dans la série télévisée Thierry la Fronde, dont le scénario est signé par son père et dans lequel joue sa mère.

En 1968, elle « fait partie du comité Gavroche révolutionnaire, créé par un certain Renaud, 13 ans alors, qui deviendra le chanteur de Mistral gagnant et de Société tu m'auras pas. "J'étais raide dingue amoureuse de lui, s'amuse la comédienne. J'avais une casquette Mao, et je balayais la Sorbonne, ce qui me remplissait de bonheur. J'avais 9 ans. Quand "ils" ont pris la Sorbonne, j'ai pleuré pendant des heures... » Zabou Breiman en garde « un sens obsessionnel de la justice » et une « méfiance envers la politique ou, du moins, le militantisme ».

Elle suit des cours de comédie au célèbre Cours Simon.

Elle débute à la télévision comme animatrice d’émissions pour la jeunesse, dont Récré A2, dans les années 1980.

En 1981, elle joue dans Dorothée au pays des chansons, comédie musicale avec Dorothée, à l’Olympia.

1986. Elle chante un duo avec Arnold Turboust, « Adélaïde ».

En 1992, elle connait un grand succès public et critique comme actrice dans « La Crise » de Coline Serreau, et dans la pièce de théâtre Cuisine et Dépendances de Philippe Muyl.

2001 marque l’année de sa première réalisation avec « Se souvenir des belles choses » réunissant Isabelle Carré et Bernard Campan. Un film récompensé en 2003 par trois Césars dont celui de la meilleure première œuvre de fiction.

En 2003, elle assure la mise en scène de « L’Hiver sous la table » de Roland Topor, avec Isabelle Carré et Dominique Pinon. Une création distinguée par six Molières, dont celui de Meilleur metteur en scène.

Nom patronymique
Jean-Claude Deret avait abandonné son nom après la Deuxième Guerre mondiale car il pensait que « le climat d'antisémitisme qui régnait encore à cette époque, en France et au Québec, serait préjudiciable à sa carrière ».

Ayant débuté sa carrière sous le surnom « Zabou », Zabou Breitman a décidé quand elle était trentenaire d’y associer son nom patronymique.

En 1982, elle prend des photographies durant le tournage d’un film et « les vend sans autorisation ». Ce qui suscite la colère du producteur qui la réprimande.

Elle se souvenait pour Femme actuelle (28 avril 2014) : « Un jour, un homme m’a dit : « De toute façon, vous aimez l’argent, ça ne m’étonne pas. C’est quoi votre vrai nom, déjà ? » C’était en 1982, et cet homme était Jean-Marie Cavada. J’ai été stupéfaite et j’ai mis quinze ans avant de retrouver mon nom. Tous les jours, j’y pensais. Je me répétais qu’il fallait que je reprenne mon nom, par principe, même si je ne suis pas juive. Mon père est fils d’un père juif et d’une mère française du Mans, sans aucune origine juive. Ma mère est québécoise de confession catholique. Mais aujourd’hui, elle est athée, comme le reste de ma famille. J’avais le sentiment que l’histoire se répétait. Mon père aussi avait pris un autre nom, celui de Deret. Mon grand-père avait été déporté. A la fin de la guerre, à son retour des camps, mon père était allé le chercher à l’hôtel Lutétia. Avoir repris mon nom est la chose dont je suis la plus fière ». Ce qu’elle obtient en 1997 et son nom s’affiche alors qu’elle joue « La Jeune fille et la Mort » d’Ariel Dorfman au Théâtre du Rond-Point, à Paris. « Avoir repris mon nom est la chose dont je suis la plus fière… Que ce soit arrivé sur ce texte-là, qui parle d'identité et de justice, signé par un auteur originaire de la région de Kichinev... »

« 24 jours »
En 2006, le jeune Français Juif Ilan Halimi, âgé de 23 ans, était victime de rapt, de séquestration accompagnée d’actes de torture et d’assassinat antisémite, commis par le gang des Barbares dirigé par Youssouf Fofana.

Ce gang a été jugé en 2009 par la Cour d'assises des mineurs de Paris. Youssouf Fofana a souri et applaudi en entendant sa condamnation à la réclusion à perpétuité, dont 22 ans de sûreté. Les 26 co-accusés ont écopé de peines souvent moins lourdes que celles requises par l’avocat général Philippe Bilger, soit des peines de 18 ans de prison à six mois avec sursis et deux acquittements. Ainsi, un des lieutenants de Youssouf Fofana, « l’autre boss », a été condamné à 15 ans de réclusion, alors que l’avocat général avait requis 20 ans, et non 25 ans.

Le parquet a interjeté un appel visant 18 des 27 accusés.

Le 25 octobre 2010, 18 des 25 condamnés dans l’affaire du gang des Barbares ont été jugés en appel devant la Cour d’assises des mineurs de Créteil (Val-de-Marne). Le procès s'est achevé le 17 décembre 2010. Condamné en 2009 à la réclusion criminelle à perpétuité assortie de 22 ans de sûreté pour avoir séquestré, torturé et tué Ilan Halimi en 2006, Fofana a vu sa peine accrue par des peines additionnelles pour avoir commis des violences sur des surveillants.

Les peines infligées par la Cour ont été soit identiques soit légèrement aggravées.

En 2013, Alexandre Arcady tourne « 24 heures », l’adaptation cinématographique de « 24 jours : La Vérité sur la mort d'Ilan Halimi » de Ruth Halimi, mère de la victime, et Émilie Frèche. Zabou Breitman y incarne Ruth Halimi, Pascal Elbé Didier Halimi, le père de Ilan Halimi, Jacques Gamblin le commissaire Delcour, Sylvie Testud Brigitte Farell, Tony Harrisson Youssouf Fofana.

L’année suivante, le film est distribué en France.

« C’était un rôle destiné à Valérie Benguigui. L’été dernier, Alexandre Arcady m’a appelé pour me demander si j’acceptais d’être mentionnée au casting pour que le film soit couvert par l’assurance, car Valérie était déjà malade. J’ai évidemment accepté tout de suite pour qu’elle puisse tourner. Dix jours plus tard, il m’a annoncé qu’elle ne ferait pas le film. Je suis tombée des nues, je ne savais pas qu’elle était si malade. J’ai dû me décider du jour au lendemain, alors que j’allais mettre en scène Le système Ribadier. A priori, je ne pensais pas le faire. Mais j’ai compris que, sinon, le film n’existerait pas. Cette histoire devait être racontée au cinéma, car nous oublions trop vite. J’y suis allée comme un bon petit soldat : je ne réfléchis pas, je trace. Je joue ce qui est écrit au plus juste et je ne mêle pas mes sentiments personnels. Mais au bout de quatre jours, et toutes les nuits jusqu’à la fin du tournage, j’ai rêvé qu’on torturait mon fils. Je suis pourtant quelqu’un d’assez joyeux. Je ne pensais pas que cela allait m’atteindre aussi profondément. Ma fille a 24 ans, mon fils 20 ans, l’âge d’Ilan. Je pense à sa famille. Quand le film va sortir, cela va être très dur. D’ailleurs, sa mère ne l’a pas vu », a déclaré Zabou Breitman à Femme actuelle (28 avril 2014).

Et l’actrice de relater : « Le CNC (Centre national du cinéma et des images animées) a refusé de donner de l’argent au film, sous prétexte qu’ils ne comprenaient pas pourquoi le gang des Barbares imaginait que les juifs avaient de l’argent. Veulent-ils qu’on leur explique deux mille ans d’histoire ? Ils reprochent aussi au film de ne présenter que le point de vue de la mère. Mais c’est justement un angle, et cela s’appelle du cinéma. Je suis scandalisée ! J’ai lu ce qu’ils ont écrit, je veux voir ces gens-là et leur parler. Les chaînes nationales ne sont pas en reste. Elles n’ont pas donné d’argent sous prétexte que c’était trop violent. Ne croyez-vous pas qu’elles diffusent des choses beaucoup plus violentes ? La mère d’Ilan a répondu : « C’est violent pour qui ? Vous croyez que, pour moi, ce n’est pas violent ? » Quand j’entends des choses pareilles, je suis folle de rage ! Le film est essentiel pour dénoncer la barbarie. Ces institutions devraient être les premières à nous soutenir. C’est de la part du public qu’il faut espérer des choses. Je ne sais pas qui ira voir le film, qui n’ira pas. J’ai reçu un message magnifique de Muriel Robin. Elle avait vu la bande-annonce et m’a dit : « Il y a quelque chose de nécessaire et je sens qu’il y a quelque chose de formidable. J’ai hâte de voir le film. » Je la connais très peu, mais elle a quand même pris son téléphone pour laisser un message. J’ai été très touchée. Il faut que le film soit montré dans les institutions. Il raconte l’obscurantisme au sens large ».

Et de conclure : « Je me souviens de l’effroi que nous avons ressenti, mon père et moi, en 2006, quand nous avons appris la mort d’Ilan. Nous avions compris qu’il s’agissait d’un crime antisémite. Il n’y a pas eu beaucoup de manifestations, pas assez de monde dans la rue. Depuis les années 80, je trouve qu’il y a une régression des grands élans démocratiques et humanistes. Je ne sais pas si je resterai en France si jamais cela continue. Je crains d’ailleurs qu’il y ait des actes antisémites à la sortie du film, il y a déjà eu des injures sur des forums. Il ne faut pas seulement manifester pour la retraite à 60 ans, il faut s’engager pour des causes plus essentielles. C’est souvent au moment des crises sociales et financières que cela a surgi, il faut bien une raison. C’est pour cela que le film est nécessaire ».

« Le premier jour du reste de ta vie  »
« Le premier jour du reste de ta vie » (C'est la vie - So sind wir, so ist das Leben) est réalisé par par Rémi Bezançon. « La chronique sincère et mélancolique d’une vie de famille ordinaire, déclinée en cinq journées décisives pour chacun des membres de la tribu... Entre drôlerie et émotion, Rémi Bezançon sonde la complexité des liens du sang, avec l’appui notamment de Jacques Gamblin, Zabou Breitman et Pio Marmaï. »

« 24 août 1988-26 mai 2000, ou douze années dans la vie des Duval. Robert, chauffeur de taxi, et sa femme Marie-Jeanne, en reprise d’études, sont les parents de trois enfants. Albert, en sa qualité d’aîné responsable, fait de brillantes études de médecine avec le soutien de la belle Prune. Raphaël, indécrottable romantique et joueur d’air guitar, s’englue dans le canapé parental en attendant de trouver sa voie. De son côté, Fleur, leur petite sœur, se débat dans les affres d’une adolescence à vif… »

« Déclinée en cinq journées décisives pour chacun des membres de la tribu Duval, cette chronique familiale tresse ensemble drôlerie et émotion, amour complice et incommunicabilité. De déchirements en retrouvailles, de crises intimes muettes en drames collectifs, Rémi Bezançon sonde la complexité des liens du sang, avec l’appui de deux générations d’acteurs au diapason : Jacques Gamblin et Zabou Breitman d’un côté, Pio Marmaï, Marc-André Grondin et Déborah François, leurs rejetons de fiction, de l’autre. Bercé par une euphorisante BO pop-rock, du "Perfect Day" de Lou Reed au tube de Daho qui lui a donné son titre, ce portrait choral, sous ses dehors de production formatée pour le succès, exhale une sensibilité et une nostalgie qui touchent au cœur. »

« A votre écoute, coûte que coûte »
De janvier à juin 2012, France Inter diffuse une émission quotidienne parodique diffusée à 12 h 23, durant environ six minutes et intitulée « A votre écoute, coûte que coûte ».

Cette série est écrite et interprétée par Zabou Breitman et Laurent Lafitte qui interprètent un couple de spécialistes pédants : Margarete de Beaulieu, psychothérapeute, et son époux le Dr Philippe de Beaulieu, médecin.

Ces experts répondent aux questions de faux auditeurs malades – joués par Natalie Dessay, Victoria Abril ou Dominique Besnehard -, en énonçant sur un ton sérieux « les pires des clichés racistes, homophobes, sexistes ». L'émission suscite la controverse, notamment quand elle aborde l’antisémitisme ou quand l’auditeur zappeur entend pour la première fois une émission sans être prévenu.

Le 27 février 2012, France Inter diffusait, dans ce cadre, « La femme qui hésitait à s'installer en Israël ». Le couple d’experts enchaînait les pires stéréotypes antisémites : « les Juifs sont riches » et « ont le sens des affaires », délégitimation et diabolisation d’Israël, etc.

Le BNVCA (Bureau national de vigilance contre l’antisémitisme) s’indignait, en appelait au directeur de la radio publique, Philippe Val, avait saisi le CSA et porté plainte auprès du parquet de Paris.

Le 1er mars 2019, Richard Prasquier, alors président du CRIF (Conseil représentatif des institutions juives de France, écrivait à Michel Boyon, président du CSA (Conseil supérieur de l’audiovisuel) : « « J’attire votre attention sur l’émission A votre écoute, coûte que coûte (France Inter), dont le numéro diffusé le lundi 27 février, a représenté un festival de tous les clichés antisémites. J’ai cru comprendre qu’il s’agissait en réalité d’une émission humoristique, à prendre au deuxième degré. Ne le sachant pas, et écoutant cette émission, je suis tombé dans le piège et je n’ai certainement pas été le seul. Ce qui signifie que dans sa formule actuelle, cette émission est extrêmement dangereuse, et qu’elle risque d’alimenter les préjugés qu’elle envisage peut-être de combattre… »

« Une auditrice qui n’a sûrement rien d’une personne lambda sollicite les conseils des Beaulieu : son mari va vivre en Israël. Silence. Elle aussi. Nouveau silence. Philippe de Beaulieu lui demande avec grand peine si elle est « ju… » (le mot n’arrive pas a sortir). La scène est grotesque. Le sketch, puisqu’il s’agit bien d’un sketch, est clairement écrit pour être borderline tout en démontant un à un les cliches antisémites, pas de doute possible. L’affaire n’a plus rien de médicale. « A votre écoute coûte que coûte » singe cette attitude si courante dans les medias français traitant d’Israël. Pour quelque sujet que ce soit, ces medias-là sont incapables de traiter de l’Etat hébreu sans évoquer le conflit israélo-palestinien, contextualisation oblige. Voilà le premier poncif débusqué. Puis on en vient à la perpétuelle accusation de double allégeance : « Israël est votre pays ». L’auditrice s’offusque et la feinte bêtise des faux médecins s’embarquant dans des considérations géopolitiques dont ils n’ont visiblement pas les compétences est crasse », a écrit Laurent David Samama, ancien rédacteur en chef de L’Arche, dans la tribune « « A votre écoute, coûte que coûte » : lorsque des institutions voient l’antisémitisme là où il n’est pas… Pourtant, à moins de n’être doté d’aucun discernement, il est impossible de ne pas comprendre qu’il s’agisse en fait d’un canular. Car il faut écouter la suite du sketch. Notamment lorsque Philippe de Beaulieu (qui masque mal son antisémitisme) ne confesse, selon la formule consacrée, qu’un modeste antisionisme bientôt démasqué. Ou bien encore lorsque la (feinte) escalade se poursuit : inversement ,dialectique oblige, les israéliens seraient les nouveaux nazis. Ils débarqueraient en hordes. Et, cerise sur le gâteau, les israéliens seraient tous riches, comme à Monaco. Qui peut sérieusement être dupe ? Qui, à part des organisations sourdes et aveugles, peuvent ne pas comprendre que le sketch diffusé sur France Inter fait la nique aux Marine Le Pen, Bruno Gollnisch, Dieudonné, Nabe, Soral et autres Ramadan? L’affaire en devenir est symptomatique des relations entre quelques représentants des institutions juives et le reste de la population française. Une partie (croissante) de ces organisations se trouve coupablement éloignée du monde réel, n’ayant des medias et de la société française qu’une vision unilatérale et négative… S’insurger contre une émission intelligemment parodique… Décrédibilisant ! N’y a t-il franchement pas d’autres urgences a solutionner alors que dans notre pays certaines personnes ne peuvent vivre leur identité juive sans être victime d’un harcèlement incessant ? N’y a-t-il pas d’autres impératifs de mobilisation alors que le Front National pourrait une nouvelle fois se retrouver au second tour d’une élection présidentielle ? » (La Règle du jeu, 1er mars 2012).

Une attitude partagée par Alain Granat, directeur de JewPop : « Comment peut-on croire sérieusement qu’il faille se plaindre d’une parodie qui met en scène avec brio tous les poncifs antisionistes et antisémites, et que ces plaintes auront pour résultat d’améliorer l’image des Juifs français et d’Israël dans les médias ? Le Crif et les institutions juives qui le suivront dans cette démarche font tout le contraire, au risque de se ridiculiser. Et sans doute plus triste, ont totalement perdu le sens de l’humour ».

Même ironie chez Hugues Serraf qui persiflait sur Atlantico (2 mars 2012) : « Si quelqu’un alimente les préjugés qu’il envisage (peut-être) de combattre, c’est bien Richard Prasquier. Et l’on se demande si quelqu’un au CRIF, ne devrait pas être recruté pour lui filer des cours de communication, lui évitant ainsi bien des impairs. Je garde encore un souvenir ému de sa suggestion d’antisémitisme larvé au PS, à l’occasion du renouvellement des investitures pour les législatives... »

Dès les premières émissions, les auditeurs avaient réagi de manière indignée sur les sites de l’émission et Télérama, hebdomadaire culturel, ainsi qu’auprès du médiateur de Radio France. Têtu a qualifié des propos du couple d’« homophobes intolérables », Act Up Paris a considéré que l’émission avait pour effet de « contenter les homophobes ». Le Conseil de l’Ordre des médecins a fait part du courroux de médecins, tout en estimant qu’en France « on a le droit de se moquer et de caricaturer, même les médecins »...


« Le premier jour du reste de ta vie  » par Rémi Bezançon
France, 2008, 114 min
Scénario : Rémi Bezançon
Production : Mandarin Films, France 2 Cinéma, StudioCanal
Producteur/-trice : Eric Altmayer, Nicolas Altmayer
Image : Antoine Monod
Montage : Sophie Reine
Musique : Sinclair
Avec Jacques Gamblin (Robert Duval), Zabou Breitman (Marie-Jeanne Duval), Déborah François (Fleur Duval), Marc-André Grondin (Raphaël Duval), Pio Marmaï (Albert Duval), Roger Dumas (Pierre), Cécile Cassel (Prune)
Sur Arte le 14 avril 2019 à 20 h 55
Visuels :
© Emilie de la Hosseraye

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Les citations sur le film proviennent d'Arte.

mercredi 10 avril 2019

« Le maquis des Juifs » par Ariel Nathan


« Le maquis des Juifs » est un documentaire par Ariel Nathan. Grâce à des témoignages inédits résistants, ce film inédit sur les résistants Juifs, hommes et femmes, dans les maquis du sud-ouest de la France, notamment dans le Tarn habités par des protestants descendants de Camisards, sous l’Occupation nazie, particulièrement de 1942 à 1944, brise une image stéréotypée des Juifs victimes de la Shoah sans avoir combattu. Le "11 avril marque les 75 ans de l’exécution de Joseph Epstein au Mont-Valérien. Afin de rendre hommage au parcours de cet homme « bon pour la légende », le mémorial du Mont-Valérien organise le 10 avril 2019, à 20 h, la rencontre "Joseph Epstein, figure méconnue d'un chef de la Résistance" à l’Agora maison des initiatives citoyennes de Nanterre. 

« Les Juifs ont résisté en France 1940-1945 »
Femmes en résistance
« Des « terroristes » à la retraite », de Mosco Boucault
« Le maquis des Juifs » par Ariel Nathan
L'Outre-mer français dans la guerre 39-45
Max Guedj (1913-1945), héros méconnu de la France libre
« Les Juifs d'Afrique du Nord pendant la Seconde Guerre mondiale » de Claude Santiago et Antoine Casubolo

« Voir des Juifs en armes, c'était aussi inouï qu'un troupeau de dinosaures s'ébattant dans la campagne », se souvient  Paul-Henri Jourdan, un résistant protestant.

Ce documentaire, c’est une histoire de famille. A la Libération, Jean-Paul Nathan du maquis Juif de Vabre, avait retranscrit ses souvenirs d’Eclaireur israélite dans le maquis. Il achevait son livre Un Eclaireur au maquis en souhaitant que l’histoire de ses compagnons de combat soit écrite, connue dans le respect de la vérité. L’un de ses fils, Ariel Nathan, a filmé les interviews des survivants de ces maquis Juifs. Mais il est mort en 2012 sans avoir pu réaliser le film composé de ces témoignages. Son frère, Hervé Nathan, journaliste à Marianne, a donc monté ces rushes réunis dans ce documentaire.

« Pendant la Seconde Guerre mondiale, de jeunes scouts Juifs trouvent refuge dans le Tarn ». 

Aidés des habitants catholiques, protestants et athées, « ils transforment leur chantier rural en abri pour les persécutés. Ils passent ensuite à la résistance armée et contribuent à la libération du département. Les réprouvés retrouvent leur dignité d’hommes et une nouvelle place dans la nation. Trois récits s’entrecroisent : La confrontation de Français israélites, mis au ban de la nation par les nazis et le régime de Vichy, avec le judaïsme. La découverte par la population du Tarn, souvent protestante, de la persécution des Juifs, et le puissant mouvement de sauvetage auquel elle a contribué, au point de faire de cette région du Sud-ouest un refuge contre les rafles. Enfin, la transformation d’une organisation scoute, les Eclaireurs israélites de France, en un réseau clandestin de sauvetage, puis en maquis au sein des FFI du Tarn, jusqu’à la prise de la ville de Castres en août 1944, occupée par 3800 soldats allemands, par moins de 400 maquisards des Forces Françaises de l’Intérieur. Les acteurs de la Libération, non juifs et juifs, ont forgé une éthique humaniste et républicaine dont nous sommes les héritiers. Les événements de janvier 2015 en France ont renforcé l’importance et l’actualité de ces valeurs ».

Le maquis de l’Armée Juive
Lors de l’hiver 1943, l’Armée Juive, fondée à Toulouse par des Juifs sionistes, crée dans la Montagne noire qui domine Mazamet (Tarn), des maquis. Là, sont formés des « combattants venant des fermes dispersées de Blémont et Fretteserpes ainsi que d’autres recrutés à Toulouse, Grenoble, Lyon et Limoges. Certains d’entre eux s’entrainent afin de rejoindre la Palestine par la frontière des Pyrénées. Un officier de carrière, Jacques Lazarus déchu par les lois de Vichy, assure la responsabilité et la formation militaire du maquis de Rec près d’Albi  ».

Après avoir fait mouvement de Biques à Lacaune, le maquis de l’AJ s’installe en avril 1944, dans le sud du Tarn à l’Espinassier. Là, il s’intègre au début de juin 1944 aux maquis de la Montagne Noire sous la responsabilité du lieutenant Leblond (Levy-Seckel) de l’Armée Secrète. Au même moment, l’A.J. prend le nom d’Organisation Juive de Combat. Les maquisards juifs sont regroupés dans le peloton Trumpeldor avec à leur tête, Raoul Léons, Pierre Loeb et Henri Broder . Leur uniforme comporte une épaulette bleue et blanche. Le peloton bleu-blanc participe aux nombreuses escarmouches sur les grandes voies de communication où les Allemands sont signalés. Le 20 juillet 1944, le peloton bleu-blanc affronte la grande offensive de la Wehrmacht sur les maquis du Tarn, parcourant plus de 100 kilomètres pour échapper à l’encerclement. Ils se regroupent à partir du 17 août et participent aux actions destinées à empêcher le repli ennemi. C’est ainsi qu’à Saint-Pons (Hérault), ils anéantissent une colonne allemande et s’emparent d’un important matériel.

Les combats provoquent des pertes, aggravées par plusieurs arrestations d’agents de liaisons telles que celle de Régine Knout à Toulouse, abattue le 22 juillet 1944 ».

Le maquis La compagnie Marc Haguenau
« En mars 1944, les EIF appellent à la mobilisation de leurs cadres. La compagnie Marc Haguenau est créée dans le Tarn avec le parrainage de l’Organisation Juive de Combat et l’Armée Secrète. Devant l’afflux des volontaires, la compagnie est divisée en 3 sections. La Malquière transférée en juin à La Roque, La Farasse et Lacado, dirigées respectivement par Gilbert Bloch, Roger Cahen et Adrien Ginsburger. Début juin, la compagnie commandée par Robert Gamzon (capitaine Lagnes), et placée sous l’autorité du responsable régional de l’AS, le colonel Dunoyer de Segonzac, compte une soixantaine d’hommes dont quelques paysans de la région. La compagnie Marc Haguenau affectée pendant un mois à la lourde tâche de la réception des parachutages pour le secteur FFI, subit une attaque allemande, dans la nuit du 7 au 8 août, avec pour conséquence plusieurs morts dont le chef d’une section, le lieutenant Gilbert Bloch. 

Après s’être regroupés, les membres de la compagnie jouent un rôle essentiel lors de l’attaque d’un train militaire allemand, le 19 août, puis ils participent aux libérations des villes de Castres et Mazamet. Les membres de la compagnie Marc Haguenau continuent le combat au sein de l’armée de Lattre de Tassigny, engagement qui les mènera jusqu’au lac de Constance ». 

A la fin de la Deuxième Guerre mondiale, Jean-Paul Nathan séjourne à Paris et entend des cris « Mort aux Juifs ». Il écrit dans son livre : « Non, ce n’est pas cela la France. La France, ce sont ces paysans, ces hommes de cœur qui nous protègent et nous ravitaillent, ces pasteurs et ces prêtres qui cachent les enfants juifs, ces jeunes gens qui ont décidé de se battre, sans espoir de décoration, simplement parce qu’ils ont senti qu’il le fallait. Vois-tu, ces hommes de la montagne, c’est ça, la France. »

Oublis
Le DVD de ce documentaire a été diffusé avec le hors-série de Marianne intitulé Les résistances Juives durant la Seconde Guerre mondiale. Ce numéro s’intéresse aux résistants Juifs dans le ghetto de Varsovie, par l’esprit, en France, dans les camps et en Palestine. 

Rédactrice en chef de cet hebdomadaire, Martine Gozlan a regretté le 14 juin 2015 que, par manque de place,  les résistants Juifs, dénaturalisés par le régime de Vichy, en Algérie, alors composée de départements français, n'ont pas eu la place qu'ils méritaient. 

Le débarquement anglo-américain modifie la géostratégie. A Alger, il a lieu grâce à l’action du groupe de résistants mené par José Aboulkerjeune Français Juif étudiant en médecine et sa famille à Alger et à Oran. Gaulliste, antifasciste il dirige les 400 jeunes Français d’Algérie, dont la plupart sont Juifs, qui interpellent les représentants de Vichy, Darlan, Juin, disposés à réagir au débarquement anglo-américain du 8 novembre 1942 en Afrique du Nord (Opération Torch).

Dans l'exposition L'Outre-mer français dans la guerre 39-45, un petit panneau signalait le rôle déterminant des Juifs dans cette opération Torch, et le n° 29 de la collection “Mémoire et Citoyenneté” du ministère de la Défense consacré à l’Opération Torch ne mentionne pas José Aboulker, compagnon de la Libération français Juif, brillant étudiant en médecine résistant et artisan majeur du succès en Algérie de l’Opération Torch. Or, "la résistance comptait 800 combattant, dont la moitié était Juive. Mais au moment de vérité, 400 de ces combattants se sont dégonflés, et 400 sont demeurés : presque tous ceux qui sont restés étaient Juifs", a déclaré Jacques Zermati, résistant Juif de l'Opération Torch (Ynet, 2 février 2015). Des faits illustrés par le documentaire The Night of Fools, de Rami Kimchi (2014).

Le 21 avril 2016, à 20 h 30, le Cercle Bernard Lazare a projeté  « Ils étaient Juifs et Résistants » réalisé par Alain Jomy : "En 1940, les Juifs représentaient une infime fraction de la population française. Venus de tous les horizons, appartenant à des mouvements de jeunesse, à des partis politiques, ils ont été très nombreux dans tous les mouvements de résistance".

Le 17 mars 2017, Toute l'Histoire diffusa Ils étaient juifs et résistants, documentaire d'Alain Jomy. "En juin 1940, lorsque la France perd la guerre et que l'occupation débute, on compte seulement 0,7% de juifs dans la population. Difficile pour ceux qui vivent dans la zone occupée de lutter, mais partout ailleurs on note un engagement massif malgré une minorité numérique, quelles que soient les origines et partis politiques".

La Chaîne parlementaire (LCP) diffusa, dans le cadre de Docs ad Hoc, « Le maquis des Juifs ».

Le 23 octobre 2017 à 15 h 30, le Farband USJF (Union des Sociétés Juives de France) a projeté Le maquis des Juifs, film documentaire d'Ariel Nathan. "Pendant la Seconde Guerre mondiale, de jeunes scouts Juifs trouvent refuge dans le Tarn. Aidés des habitants catholiques, protestants et athées, ils transforment leur chantier rural en abri pour les persécutés. Ils passent ensuite à la résistance armée et contribuent à la libération du département. Les réprouvés retrouvent leur dignité d’hommes et une nouvelle place dans la nation. Grâce à des témoignages inédits, ce film inédit sur les résistants Juifs sous l’Occupation nazie, dans les maquis du sud-ouest de la France et particulièrement de 1942 à 1944, brise une image stéréotypée des Juifs victimes de la Shoah sans avoir combattu".

Le "11 avril marque les 75 ans de l’exécution de Joseph Epstein au Mont-Valérien. Afin de rendre hommage au parcours de cet homme « bon pour la légende », le mémorial du Mont-Valérien organise le 10 avril 2019, à 20 h, la rencontre "Joseph Epstein, figure méconnue d'un chef de la Résistance" à l’Agora maison des initiatives citoyennes de Nanterre. La conférence à deux voix, menée par Pascal Convert et Georges Duffau-Epstein, permettra de lever le voile sur une figure méconnue d’un chef de la Résistance." Entrée gratuite | Inscription nécessaire par e-mail : reservation@mont-valerien.fr

"Né en Pologne en 1911, Juif, issu d’une famille cultivée, exilé en France en 1932, communiste, combattant des Brigades internationales, Joseph Epstein est le chef de l’ensemble des FTP - Francs-tireurs partisans - de la région parisienne. Figure trop peu connue, son rôle fut pourtant central dans la réalisation des actions contre l’occupant perpétrées par les FTP, dans la région parisienne. Clandestin, connu sous le nom de « Colonel Gilles », son engagement, son parcours, font de lui une figure majeure de la Résistance, une trajectoire hors-du-commun qui doit être transmise."

« Joseph Epstein, bon pour la légende »
"C’est le souhait porté par les deux intervenants. Georges Duffau-Epstein, fils de Joseph Epstein, président de l’association pour le souvenir des fusillés du Mont-Valérien et d’Île-de-France, et Pascal Convert, artiste-plasticien, « sculpteur de mémoire » ont entrepris depuis une dizaine d’année un travail de mémoire et de transmission conséquent. Leurs réalisations ouvrage, sculptures, sérigraphies et documentaire pour revenir sur les traces du résistant, seront mises en valeur lors de cette soirée. Pour illustrer leurs propos, des extraits du documentaire « Joseph Epstein, bon pour la légende » seront diffusés, des œuvres réalisées par Pascal Convert sur l’amour paternel que portait Joseph Epstein à son fils seront affichées."

    
« Le maquis des Juifs » par Ariel Nathan
DeLaProd et Marianne, 52 minutes
Sur LCP TNT les 4 juin 2015 à 20 h 35, 7 juin 2015 à 1 h et 16 juin 2015 à 0 h 15 et sur LCP 24/24 les 4 juin 2015 à 20 h 35 et 16 juin 2015 à 0 h 20

Visuel :
De gauche à droite : Jean-Jacques FRAYMAN, Jacques LAZARUS, PATRICIA, Henri BRODER, 
Pierre LOEB et Albert COHEN. Coll. Mémorial de la Shoah / CDJC 

Articles sur ce blog concernant :
Les citations proviennent de France 5 et du Mémorial de la Shoah. Cet article a été publié le 4 juin 2015, puis les 19 avril 2016, 15 mars et 23 octobre 2017.