Citations

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mardi 3 janvier 2023

« Jeux d'influence » de Jean-Xavier de Lestrade

Le 5 janvier 2023, Arte diffusera le premier épisode de la deuxième saison de 
« Jeux d'influence » (Giftige Saat) de Jean-Xavier de Lestrade. « Le réalisateur oscarisé s’attaque au sujet  brûlant des lobbies et des multinationales de l'agrochimie. Une série chorale passionnante, portée par un superbe casting, Alix Poisson et Laurent Stocker en tête... »

« Une femme d'exception. Le royaume d’Anna » par Beate Thalberg

« Une journaliste et un homme politique enquêtent sur les dérives criminelles d'une multinationale de l'agroalimentaire. Thriller politique dense et haletant, la série Jeux d’influence 
(Giftige Saatcréée par Jean-Xavier de Lestrade, explore les luttes d'influence qui officie dans les mondes agricole et politique. Le réalisateur oscarisé Jean-Xavier de Lestrade s’attaque au sujet brûlant des lobbies et des multinationales de l'agrochimie. Une série chorale passionnante, portée par un superbe casting, Alix Poisson et Laurent Stocker, de la Comédie-Française, en tête ».

« Après des études de droit et de journalisme, Jean-Xavier de Lestrade a réalisé des documentaires engagés, principalement autour de la mécanique judiciaire, notamment américaine avec Un coupable idéal (Oscar en 2002) et Soupçons. Ses fictions (La disparition, 3 x Manon et Manon 20 ans) s’inspirent de faits divers pour explorer des malaises sociétaux et psychologiques. Il tourna une minisérie consacrée à l'affaire Laëtitia Perrais, assassinée en 2011 à Pornic, d'après le livre-enquête de l'historien Ivan Jablonka, Laëtitia ou la fin des hommes (éditions du Seuil), prix Médicis en 2016. »

« Jean-Xavier de Lestrade s’est fait un nom grâce à des documentaires haletants consacrés à la machine judiciaire américaine (Un coupable idéal, Soupçons). Ses fictions se penchent sur d’autres dysfonctionnements, sociétaux, familiaux, en prenant toujours le réel comme point de départ. Jeux d’influence fait ainsi écho au récent et long combat de l’agriculteur Paul François contre la société Monsanto, responsable selon lui de son empoisonnement. Mais la forme chorale du récit lui permet d’élargir le spectre de l’analyse en explorant les relations qui se tissent entre les mondes industriel et politique par l’entremise des lobbies, avec conflits d’intérêts, manœuvres et collusions diverses au programme. Loin de tout cynisme, la série décrit un monde avant tout complexe, vaste zone grise où des personnages tiraillés entre plusieurs forces luttent pour faire exister leur parole et leurs convictions. Solidement documentée et portée par une troupe de comédiens habités, Jeux d’influence interroge le sens de l’action politique et de l’engagement individuel, entre réalisme et romanesque, observation et émotion. »

Cette série télévisée donne le beau rôle à l'agriculture écologique. Mais en 2011, les autorités sanitaires allemandes ont considéré "que suffisamment d'indices ont été rassemblés pour imputer à des graines germées bio l'origine de l'épidémie (Escherichia Coli) qui a fait 30 morts et intoxiqué près de 3000 personnes en Europe". Et la rumeur officielle accusait les concombres espagnols de cette épidémie !?

La France doit maintenir sa souveraineté agro-alimentaire. Pour cela, elle doit résoudre des problèmes graves éludés par cette série : les successions surtaxées, les subventions privilégiant certaines céréales, le rôle critiqué de SAFER (Sociétés d'aménagement foncier et d'établissement rural), l'installation d'éoliennes sur des champs dont les agriculteurs sont évincés car ils ne peuvent concurrencer des locataires/acheteurs bénéficiant de subventions publiques pour une énergie renouvelable et bétonnant la terre, etc.

Quid du rôle de l'Union européenne en matière d'agriculture, de pouvoir normatif supranational et de lobbys agréés ?

Curieusement, il est possible pour Arte de produire et de diffuser une série dénonçant une multinationale dont un produit est accusé de provoquer des maladies chez des agriculteurs, mais pas une série évoquant une firme pharmaceutique, maintes fois condamnée par la justice américaine pour falsification de données et dont un produit dénommé vaccin a induit des effets secondaires graves, parfois tragiques. Pourquoi aucune télévision n'a-t-elle coproduit une série sur Big Pharma ou sur l'influence de cabinets de conseil dans la conduite de politiques publiques ? 

1ère saison - Prix de la meilleure minisérie, La Rochelle 2018
1er épisode. « Dans le centre de la France, un agriculteur, Michel Villeneuve, est retrouvé inanimé au pied de son tracteur. On lui diagnostique une leucémie, liée à l’utilisation d’un désherbant produit par la multinationale Saskia. Le député Guillaume Delpierre, ami d’enfance de Villeneuve, s’engage à déposer un amendement pour faire interdire ce produit. Mais le PDG de Saskia mandate un redoutable lobbyiste, Mathieu Bowman, pour contrer son projet. Bowman, quant à lui, engage Claire Lansel, une ex-journaliste politique au riche carnet d’adresses, pour l’aider à manœuvrer en coulisses. C’est alors que le directeur marketing de Saskia, Didier Forrest, est retrouvé noyé dans la Seine. »

2e épisode : « Cependant, sa fille, Chloé, refuse d’y croire. Claire Lansel est chargée de dissiper ses soupçons. À l’Assemblée, Delpierre, nommé rapporteur de la nouvelle loi agricole, dépose son amendement. Tandis que Bowman prépare sa contre-attaque, Delpierre convainc Michel Villeneuve de porter plainte contre Saskia. L’agriculteur ne tarde pas à recevoir la visite des lobbyistes, qui lui proposent une grosse somme d’argent en échange de son silence. Chloé, désespérée, entreprend seule une enquête pour découvrir la vérité sur la mort de son père ».

Épisode 3 : « Michel Villeneuve entre en conflit avec son fils Benjamin, qui souhaiterait convertir l’exploitation au bio. Soupçonnant une tentative de corruption orchestrée par le lobbyiste, le député Guillaume Delpierre essaie de convaincre sa femme Florence de renoncer à une subvention octroyée par la Fondation Paoletti pour l’organisation d’un voyage scolaire. De son côté, Chloé Forrest cherche à décoder un document que son père avait pris soin de mettre à l’abri avant de mourir. Missionnée par Bowman, Claire Lansel persuade la jeune femme de lui remettre le fichier. Mais, rattrapée par ses convictions, l’ancienne journaliste s’engage bientôt dans un double jeu périlleux. Alors que Chloé est partie sur les traces de son père en Belgique, Claire décide de la rejoindre pour enquêter ».


Épisode 4 : « Chloé et Claire se rendent au rendez-vous fixé par Sorensen, l’ancien responsable du secteur "recherches" de Saskia, qui vit désormais caché. Pour lui, il ne fait aucun doute que Didier Forrest a été assassiné. Parallèlement, une étude scientifique mettant en cause la multinationale fait la une des journaux. Guillaume Delpierre y voit l’opportunité de médiatiser son combat législatif. Mais lors de son intervention radiophonique, il est attaqué à propos de la bourse reçue par sa femme, qui serait financée par l’agrochimie. Bowman parvient en outre à instiller le doute sur la validité de l’étude scientifique en s’appuyant sur le travail de Claire. Irrésistiblement attirée par Romain Corso, l’assistant parlementaire de Delpierre, celle-ci se retrouve dans une position de plus en plus intenable... »

Épisode 5 : « Une ombre pénètre chez les Forrest et se glisse dans la chambre de Chloé. La jeune fille, endormie, ne sent pas la piqûre... Elle tombera dans le coma, victime d'une surdose d'héroïne... Bowman demande à Claire de ne plus jamais entrer en contact avec la famille Forrest. À mots couverts, il lui fait comprendre qu'il sait qu'elle lui a menti. Se sentant menacé, Sorensen contacte à nouveau Claire, qui parvient à lui soutirer le nom du laboratoire indépendant à l’origine de l’étude sur la nocivité des substances utilisées par Saskia. Contre toute attente, le groupe parlementaire du député Guillaume Delpierre adopte l'amendement. Bowman comprend que Kastaing, le Premier ministre, s’apprête à lâcher la multinationale. »

Episode 6 : « Connaissant l'attachement du député pour Romain, son assistant, qu’il considère comme un fils adoptif, le lobbyiste mandate une enquête sur celui-ci. En attendant, il propose à Claire une rupture de contrat, comprenant une clause de confidentialité qu'elle ne pourra briser. Chez les Villeneuve, Michel a réfléchi. Grâce aux aides publiques, il souhaite convertir son exploitation au bio. À l'hôpital, Chloé semble avoir renoncé à sa croisade anti-lobbies. Mais est-elle réellement sincère ? »


« Alors qu’un fichage par Monsanto de personnalités politiques, journalistes et scientifiques vient d’être révélé, Jean-Xavier de Lestrade explore, dans une série chorale, les pressions des lobbies de l’agrochimie pour imposer les pesticides. Propos recueillis par Jonathan Lennuyeux-Comnène ».

Qu’est-ce qui vous a incité à entreprendre Jeux d’influence ? Les actions judiciaires menées ces dernières années contre Monsanto ont-elles été décisives ?
Jean-Xavier de Lestrade : J’ai grandi dans le Sud-Ouest, à la campagne, où mon père était agriculteur. Je me souviens qu’enfant je le regardais désherber ses champs avec des pesticides, et cela plusieurs fois par an. Je ne crois pas l’avoir jamais vu porter un masque. On percevait cela comme une activité positive puisqu'elle multipliait les rendements. Bien plus tard, mon père a lu un article sur un agriculteur, Paul François, qui portait plainte contre la firme américaine après avoir été intoxiqué par son herbicide. Il me l’a envoyé, avec une note me signalant qu’il y avait peut-être là un sujet à traiter… Nous étions alors en 2011. Il m'a fallu ensuite quelques années avant d’arriver à maturation. En fait, ce projet en a télescopé un autre, qui m’occupe depuis toujours : la chose politique. La majorité des études scientifiques montrent que les pesticides sont cancérigènes, et pourtant on a le sentiment qu’il n’y a pas de prise de conscience politique. Pourquoi ? Qu’est-ce qui se passe à ce niveau-là ? Si un homme politique décide d’engager la bataille, quelle marge de manœuvre a-t-il réellement ?

Après avoir exploré la mécanique judiciaire dans plusieurs documentaires, vous vous intéressez donc cette fois à la mécanique politique…
C’est tout le problème de la lutte pour l’intérêt public face aux intérêts privés. Mais nous ne voulions pas montrer un monde politique trop cynique. Cette image me semble dangereuse pour la démocratie, car elle conduit à une défiance vis-à-vis du politique en général. D’où le personnage de Guillaume Delpierre, un député porté par le sens du collectif et dont l’engagement va se heurter au réel : pour pouvoir avancer, il lui faut négocier. À quel endroit alors faut-il se placer pour défendre ses convictions ? À l’extérieur du système ou à l’intérieur ? C’est une question très complexe !

Pourquoi avoir choisi la fiction pour aborder ce sujet ?
Parce que justement, sur ces questions-là, il n’existe pas (ou très peu) d’œuvres de fiction. Cela dit, venant du documentaire, je reste très attaché à la vérité du terrain. Avec Antoine Lacomblez, mon coscénariste, nous avons essayé d’être au plus près de la réalité. Celle du travail parlementaire, de la vie agricole. Le monde des lobbies, lui, génère beaucoup de fantasmes. On en parle, mais on ne sait pas vraiment comment il fonctionne. Quelques personnes ont accepté de nous voir, à la condition de n’évoquer que des affaires passées. Tout l’enjeu était de réussir à incarner ce sujet à multiples entrées dans des personnages justes, et de trouver le bon équilibre entre les différentes trames. La fiction permet d’accéder à l’intériorité des êtres et de toucher intimement le spectateur. Le combat de Chloé, cette jeune fille démunie qui s’est mis en tête de venger son père, est, je crois, universel. Cette série interroge le courage de chacun. Qu’aurions-nous fait, nous, à la place de Chloé, du député Delpierre, de la journaliste Claire Lansel ? De la somme des courages individuels peut naître une force collective.

Vous prenez le temps, justement, de regarder vivre tous ces personnages…
J’ai le sentiment que, le plus souvent, les séries télé sont fabriquées dans une logique de consommation. Elles ont beaucoup de goût, font effet très vite, mais quinze jours après, il n’en reste plus rien. Ce qui m’intéresse le plus dans la fiction, c’est le travail avec les comédiens. J’essaie de pressentir chez eux la capacité à être attentifs à leurs partenaires, et je leur demande de se regarder, de s’écouter, d’être présents pour l’autre dans l’instant. Ce sont avant tout des êtres humains qui échangent et partagent. Tout mon travail, au cours du tournage, puis au montage, consiste à m’efforcer de faire exister ces petits moments de grâce où on les sent vivre. Je suis convaincu que c’est à cet endroit, et non dans l’accumulation de péripéties, que peut se construire une relation durable avec le spectateur. »

2e saison - « Dans « Jeux d'influence, les combattantes » (Giftige Saat: Die Kämpferinnen), Jean-Xavier de Lestrade met en scène les différents pouvoirs à l'oeuvre dans notre modèle agricole. Face aux dérives criminelles d'une multinationale de l'agroalimentaire et à la passivité de l'État, une journaliste pugnace (Alix Poisson) et une activiste écologiste (Marilou Aussilloux) incarnent deux faces de la résistance. Une nouvelle série aussi trépidante que documentée signée Jean-Xavier de Lestrade. »

« Quel est le prix de la vérité ? Pour cette nouvelle saison de Jeux d’influence (que l'on peut savourer sans avoir vu la précédente), Jean-Xavier de Lestrade et ses coscénaristes, Antoine Lacomblez et Séverine Werba, nous plongent à nouveau dans l'opacité tortueuse des allées du pouvoir, où la férocité affleure derrière les masques et les sourires. Élus, ministres, syndicalistes, lobbyistes, représentants des médias... : chacun, ou presque, cherche d'abord à pousser son avantage personnel, au gré d'alliances tactiques qui apparentent le fonctionnement démocratique à un vaste jeu de dupes. Superbement servi par Alix Poisson et Laurent Stocker, épaulés par de non moins impeccables seconds rôles (Pierre Perrier, Noam Morgensztern, Émilie Gavois-Kahn, Pascal Elbé, Jean-François Sivadier…), ce thriller politique à l'écriture ciselée brille aussi par son sens très documenté du détail. Comment ne pas comparer ce scandale de l'agroalimentaire, à la fois sanitaire et environnemental, à diverses affaires qui ont émaillé récemment l'actualité ? Comme souvent dans la réalité, une première alerte (ces céréales retirées trop tard du marché, qui recèlent des taux affolants de pesticides) ouvre, telle une boîte de Pandore, une nouvelle enquête : des bébés sont empoisonnés à leur tour par le lait des vaches nourries au grain toxique. Auréolé d’un Oscar en 2002 pour Un coupable idéal, Jean-Xavier de Lestrade expose magistralement la mécanique criminelle du profit à tout prix et rend un hommage poignant à la lutte pour la justice de ceux, lanceurs d'alerte, victimes, militants ou journalistes, qui se dressent contre elle ». 


1er épisode« Un an après la victoire du décret interdisant certains pesticides toxiques dans l’agriculture, la situation a empiré au mépris de la loi. Dans le nord de la France, lors d'une visite scolaire des silos à grains de la coopérative Vitalia, en situation de quasi-monopole dans la région, des élèves s'évanouissent. Devenu ministre de l’Agriculture, Guillaume Delpierre est pris à partie par des activistes du groupe écologiste Jeunesse 2050, qui dénoncent la mainmise du syndicat Synea sur la politique agricole. La journaliste Claire Lansel, qui travaille désormais au Quotidien, un journal d'envergure nationale, est alertée sur les pratiques de Vitalia par Chloé Forrest. Celle-ci, figure montante du mouvement Jeunesse 2050, refuse toujours de croire au suicide de son père, ancien cadre au sein de la multinationale de l'industrie chimique Saskia, dont Vitalia est une filiale. La coopérative rappelle sans explication des livraisons de grains susceptibles d'avoir intoxiqué des bovins, comme le constate Claire chez un éleveur, qui tente d'éluder les questions sur ses vaches malades ».

2e épisode. « Le cabinet du ministre Delpierre découvre des collusions d'intérêts suspectes entre Vitalia et le syndicat agricole Synea. Venus au siège de la coopérative pour verrouiller la communication suite au rappel des céréales toxiques, des membres du cabinet de lobbying aux ordres de Saskia s'en prennent au transporteur qui en a acheminé un stock, car ils l'ont vu parler à Claire. L'homme souffre de plaques rouges sur les bras, de suées nocturnes et de démangeaisons. Le lobbyiste Mathieu Bowman, qui l'avait engagée autrefois, n'hésite pas à menacer la journaliste de représailles sur sa vie professionnelle et personnelle. Ludovic, le fils de l’agriculteur aux vaches malades, présente à Claire un ami éleveur décidé à parler. Enceinte, une mère d’élève ayant accompagné la visite dans les silos à blé s’effondre alors qu'elle s'apprêtait elle aussi à rencontrer Claire. Grâce à sa cote dans les sondages, Guillaume Delpierre, lui, se voit convié par le Premier ministre à rejoindre le cercle très fermé des "petits déjeuners du mardi" à Matignon. »

3e épisode« Pour tenter de décourager Claire Lansel, on fait pression sur son rédacteur en chef et amant... Lors d'une manifestation d’agriculteurs, Guillaume Delpierre emporte l'adhésion grâce à un discours offensif prononcé devant les caméras. Tandis qu'est diagnostiquée chez le transporteur de Vitalia une grave maladie professionnelle causée par la surexposition à des produits chimiques, Claire rencontre un ancien directeur technique de Vitalia que la firme a licencié. Il a filmé la pulvérisation, sur du grain attaqué par les vers, d'une dose de pesticides trente fois supérieure à la norme à l'intérieur d'un silo, et déclare que la direction de la coopérative, tout comme la chambre d’agriculture locale, avaient été informées du problème. Delpierre, lui, tente de limiter la présence du syndicat Synea dans les instances représentatives. Claire recueille les témoignages de femmes en lutte depuis dix ans pour faire reconnaître par l’agence régionale de santé que leurs enfants, tous sévèrement malades et nés la même année dans les environs de la coopérative, ont été intoxiqués. » 

4e épisode. « Bouleversée par le suicide de l’ex-cadre de Vitalia qu'elle avait rencontré, Claire réoriente l'enquête sur une possible toxicité du lait issu de la coopérative. Lors de ses recherches, elle trouve la trace d’un hangar qui pourrait avoir abrité des stocks de pesticides, susceptibles d'avoir empoisonné aussi, par ruissellement, les eaux de la nappe phréatique. Guillaume Delpierre, d’abord recadré par le Premier ministre lors d’un entretien privé, est ensuite désavoué à demi-mot par celui-ci lors d’une réunion avec les représentants syndicaux. Chloé Forrest recontacte Claire pour demander son aide : elle veut faire tomber Bowman et ses associés pour le meurtre de son père. Mais la journaliste refuse de collaborer à son plan, car il lui semble à la fois trop dangereux et hors des limites de la légalité. » 

5e épisode. « Après avoir accepté de renseigner Claire sur le lieu de dépôt des pesticides toxiques, le transporteur de Vitalia, poursuivi sur la route par l'un des lobbyistes mandatés par Saskia, échappe de peu à un grave accident. Le nombre de nourrissons malades ne cesse de grossir dans la région, et les mères montent une association pour porter le combat devant la justice. Après la publication du premier volet de l’enquête de Claire, le Premier ministre convie Bowman et la directrice de Vitalia à une réunion de crise, à la stupéfaction de Guillaume Delpierre. Pendant ce temps, grâce à l’aide d’une employée de la grande distribution, Claire met la main sur trois boîtes de lait en poudre commercialisées au moment où un deuxième cluster de bébés malades est constaté. On y découvre des traces de Devontotal, un pesticide interdit depuis 1997, ainsi que de fongicides susceptibles d'entraîner des maladies neurologiques. Sous de fausses identités, des activistes de Jeunesse 2050 prennent contact avec une call-girl, ancienne complice de l'équipe Saskia. »

6e épisode. « Chloé Forrest et ses compagnons de Jeunesse 2050 séquestrent la call-girl pour lui extorquer des aveux. Tandis que Claire Lansel rencontre le ministre Guillaume Delpierre pour lui demander de saisir la direction générale de l’alimentation à propos du lait contaminé, ce qui permettrait de lever le secret industriel. Les preuves s’accumulent contre Vitalia grâce aux carnets du transporteur, qui gardent la trace des allers et venues des produits interdits. En recoupant ces informations avec les témoignages des agriculteurs et des parents d’enfants malades, la journaliste peut enfin boucler son enquête. À Matignon, le Premier ministre propose à Guillaume Delpierre de le nommer ministre d’État, en lui faisant miroiter un net gain d’influence. Au même moment, l'association des mères porte plainte contre Vitalia et sa maison mère, la multinationale Saskia, ainsi que contre le gouvernement. »


« De la série des "Manon" à Jeux d'influence, dont il dévoile une nouvelle intrigue, Jean-Xavier de Lestrade, Oscar 2002 du meilleur documentaire pour Un coupable idéal, construit minutieusement ses scénarios à partir du réel. Il revient sur la vision politique qui lui a inspiré ce récit choral, après le vif succès remporté en 2019 par la première saison. Propos recueillis par François Pieretti. »
 
« D’où vient votre intérêt pour les rouages du système ? 
Jean-Xavier de Lestrade : Pouvoir concilier dans une fiction la passion de fabriquer des histoires à celle qui consiste à décrypter le fonctionnement des institutions est une chance ! J’ai éprouvé très jeune beaucoup d'intérêt pour les rapports régissant dans une démocratie les différents pouvoirs. J’ai pourtant grandi dans une ferme à la campagne, très loin de ces milieux-là, mais mes grands-parents sont des réfugiés espagnols républicains, arrivés en France en 1939. L'un de mes grands-pères a passé huit ans dans des prisons franquistes. L'engagement politique a un sens, et parfois des conséquences graves, qui peuvent changer le cours d’une vie. 

Vous montrez comment le rendement à outrance a refaçonné le monde agricole… 
Dans la première saison, le paysan Villeneuve dit à Delpierre : "Quand on était jeunes, on s'amusait sous les rampes de désherbage." Ça, je l'ai vu de mes yeux. Dans les années 1970, les produits phytosanitaires étaient perçus comme un progrès de la science au service de l'agriculture. On ne s'imaginait pas que c'était du poison. Pour toute cette génération d'agriculteurs née à la sortie de la guerre, celle de mon père, la mécanisation, les engrais, puis les produits chimiques ont multiplié les rendements par dix. Paysans devenus exploitants agricoles, ils ont complètement changé de métier. Les coopératives – au départ, un projet d'une générosité formidable – ont perdu leur indépendance. Elles ont toutes été acquises par de grands groupes agroalimentaires liés à l'industrie phytosanitaire. La concentration dans ce domaine s’avère extrêmement dangereuse. 

La série se déploie en deux parties : le scandale du grain débouche sur celui du lait contaminé... 
Cela se passe souvent ainsi : une vache malade dans un champ, puis plusieurs, puis des troupeaux touchés aux alentours. Si on gratte la surface, on trouve un scandale sanitaire qui s’étend aux populations. Je voulais que les spectateurs comprennent l'importance de ces histoires qu'on entend parfois dans l'actualité sans y prêter attention. Un problème dans un élevage peut cacher une affaire bien plus grave. Quand Claire Lansel commence à tirer le fil, elle n'imagine pas l'ampleur de ce qu'elle va découvrir. 

Vous opposez, dans la série, les attitudes de la journaliste et de l’activiste dans leur quête commune de justice...
C'est une des questions les plus importantes aujourd'hui : comment lutter face au pouvoir sans limites dont disposent les multinationales ? Les méthodes classiques d'investigation journalistique suffisent-elles ? Une frange de la jeunesse passe à autre chose, car elle estime que sans un certain degré de violence on n’arrivera à rien. Il est certain que ces mouvements vont se multiplier, et aller beaucoup plus loin que ce que nous montrons. 

Qu’apporte la fiction à des enjeux à ce point ancrés dans le réel ? 
Raconter des histoires influe sur la manière dont les spectateurs perçoivent le monde. C'est pourquoi les séries ont un rôle à jouer en faveur de la démocratie : il faut aussi fabriquer de l'espoir. À la fin de cette saison, les mères des enfants contaminés organisent une conférence de presse : elles ont le regard droit, dur, elles ne se laisseront plus intimider. Même si les choses n'avancent pas au rythme que l'on espérerait, montrer des personnages qui combattent est essentiel. Je crois que ça fait bouger les choses, sans le côté spectaculaire peut-être, mais ce courant souterrain irrigue profondément les imaginaires. 

Les lobbyistes ont-ils réagi à la diffusion de la première saison ? 
Oh oui ! Ils sont plutôt prévisibles, et tendent à se sentir intouchables. Comme Bowman, ils pensent qu'ils gagneront à la fin. On le voit avec l'inflation actuelle des matières premières, qui touche très directement les ménages, et sur laquelle jouent les grands groupes et leurs lobbies pour défendre leur modèle. Nourrir 65 millions de Français en produisant autrement, sans recourir aux produits phytosanitaires, serait impossible, ou trop cher pour la majorité de la population. Mais il est indispensable de penser autrement. Nous devons changer complètement notre manière de consommer et de nous nourrir. On ne mesure pas à quel point ce système des grands groupes de l'agroalimentaire affecte nos existences. » 


« Jeux d'influence » de Jean-Xavier de Lestrade
France, 2018, 64 min
Production : What’s Up Films, ARTE F, Pictanovo, Stenola Productions
Producteurs : Matthieu Belghiti, Jean-Xavier de Lestrade
Scénario : Antoine Lacomblez, Jean-Xavier de Lestrade, Sophie Hiet, Pierre Linhart
Image : Isabelle Razavet
Montage : Sophie Brunet
Musique : Raf Keunen
Avec Alix Poisson (Claire Lansel), Laurent Stocker (Guillaume Delpierre), Marie Dompnier (Florence Delpierre), Pierre Perrier (Romain Corso), Jean-François Sivadier (Mathieu Bowman), Marc Citti (Didier Forrest), Anne Coesens (Suzanne Forrest), Marilou Aussilloux (Chloé Forrest), Romann Berrux (Damien Forrest), Christophe Kourotchkine (Michel Villeneuve), Nathalie Boutefeu (Caroline Villeneuve), Anthony Bajon (Anthony Bajon), Thierry Hancisse (Andrew Percy), Guillaume Marquet (Christophe Maillard), Catherine Salée (Evelyne Rostand)
Costumes : Nathalie Raoul
Décors de film : Antoine Maron
Chargée de programme : Adrienne Fréjacques
Disponible du 16/12/2022 au 04/12/2023

Gisèle Freund (1908-2000), photographe

Gisèle Freund (1908-2000) était une 
sociologue, photographe portraitiste (écrivains, artistes) ainsi que documentariste, et essayiste (Photographie et société, 1974) française d'origine allemande. Elle fut l'une des premières à faire des portraits en couleurs dès 1938. La Maison de l’Amérique latine présente, en collaboration avec l’Imec (Institut Mémoires de l'édition contemporaine), l’exposition « Gisèle Freund. Ce sud si lointain. Photographies d'Amérique latine ».


« J’ai toujours préféré photographier une personne dans son intimité, entourée de ses objets personnels. L’homme éprouve parmi eux le sentiment de familiarité qui le détend et facilite la tâche du photographe. Le décor d’une demeure reflète la personnalité de son propriétaire. Mes « victimes », heureusement, se transformaient en collaborateurs, pleins de patience. J’insistais pour qu’ils se vêtissent aussi photogéniquement que possible de costumes clairs, de cravates vives, et avant tout pour qu’ils se rasent avec le plus grand soin », déclarait Gisèle Freund (1908-2000).

Sociologie et photographie
Née en 1908 à Schöneberg, près de Berlin, dans une famille juive allemande, Gisèle Freund grandit dans un univers d’intellectuels prisant les arts : son père, Julius Freund, industriel « fut un grand collectionneur des artistes romantiques allemands » et lui offre à l’âge de 15 ans, un appareil photographique.

Gisèle Freund étudie la sociologie à l’université de Francfort où elle rencontre Norbert Elias et pratique la photographie en « amateur politiquement engagée » : membre du mouvement des jeunesses socialistes, elle combat le nazisme et photographie l’Allemagne lors de la crise économique (manifestation à Francfort en 1932).

Après l’avènement du nazisme en janvier 1933, elle fuit l’Allemagne nazie et le Berlin cosmopolite et cultivé de son enfance pour rejoindre en mai 1933 Paris.

Le Tout-Paris littéraire photographié
De 1933 à 1940, Gisèle Freund soutient en 1936 – année où elle obtient la nationalité française par son mariage avec Pierre Blum dont elle divorcera - à la Sorbonne, traduit et fait publier, par la maison d’édition d’Adrienne Monnier, sa thèse La photographie en France au XIXème siècle, Essai de sociologie et d’esthétique ; réalise ses premiers photoreportages pour VU, Weekly Illustrated, Time, Paris Match et Life - Congrès international des écrivains pour la défense de la culture à la Mutualité en 1935, The Depressed Areas en Angleterre en 1936 ; James Joyce à Paris en 1938, la haute couture -, réalise ses premiers portraits d’écrivains en noir et blanc - André Malraux à l’occasion de la réédition de son roman La condition humaine distingué par le Prix Goncourt, Walter Benjamin - et expérimente dès 1938 la couleur, technique alors nouvelle et rare : l’Annuaire de la photographie publie en 1940 son portrait de Colette qui est la première photographie couleur publiée en France. Tout en luttant contre le nazisme.

Gisèle Freund et Walter Benjamin se rencontrent quotidiennement à la Bibliothèque nationale, où « l’une travaillait à sa thèse de sociologie sur la photographie en France au XIXème siècle, et l’autre à sa monumentale étude sur les Passages parisiens. De leurs échanges fréquents et de la complicité que chacun entretenait avec Adrienne Monnier naquit une véritable amitié, sensible dans leur correspondance comme dans leurs écrits respectifs, et dont les célèbres photographies de Walter Benjamin prises par Gisèle Freund, empruntes de confiance mutuelle, gardent la trace ».

Grâce aux libraires Adrienne Monnier, dont la librairie se trouvait rue de l’Odéon, et Sylvia Beach, ainsi que Jean Paulhan, directeur de la Nouvelle revue française chez Gallimard, Gisèle Freund rencontre des écrivains avec lesquels elle noue une relation privilégiée. « Au cœur d’une vie littéraire parisienne exceptionnellement riche, elle devient "la" photographe de plusieurs générations d’écrivains », fidèle à son Leica et aux pellicules Agfa et Kodak.

Grâce à Jean Paulhan et André Malraux, et surtout dans les librairies d’Adrienne Monnier et de Sylvia Beach, rue de l’Odéon, Gisèle Freund rencontre ces auteurs. Elle sait « gagner la confiance de ces écrivains peu habitués à se prêter à l’exercice du portrait photographique. Férue de littérature, ses premiers contacts avec eux sont d’ordre intellectuel. Les tirages étant à l’époque extrêmement coûteux, elle aura l’idée de leur présenter son travail à l’aide d’un projecteur », comme le 5 mars 1939 chez Adrienne Monnier.

De 1938 à 1939, Gisèle Freund réalise, sans retouche, une centaine de portraits, notamment ceux de Samuel Beckett, Simone de Beauvoir Walter Benjamin, Jean Cocteau, Colette, Paul Eluard, André Gide, Henri Michaux, Henri de Montherlant, Jean-Paul Sartre, Marguerite Yourcenar, Stephan Zweig, Jacques Prévert… Seul Roger Martin du Gard refuse d’être photographié.

Dès 1939, conseillée par Joyce, Gisèle Freund y ajoute des hommes de lettres anglo-saxons et d’autres artistes étrangers : George Bernard Shaw à Londres, James Joyce, Stephen Spender, Victoria Ocampo, Vita Sackeville-West, Frida Kahlo...

« Je voulais comprendre quelle influence la photographie avait eu sur l’homme et en quoi elle avait modifié notre perception…

Je n'ai jamais photographié que des auteurs ou des artistes que j'aimais et que j'avais envie de raconter… Il y a beaucoup de choses que je ne voulais pas photographier. On m'a reproché que je ne suis pas allée photographier une guerre, parce que j'ai dit non. J'ai toujours cru, et c'est pour ça que j'étais intéressée dans la photo, que grâce à la connaissance du monde à travers la photo, les gens ne se tueraient plus. Si je connais quelqu'un très bien, pourquoi je vais le tuer ? Mais je me suis trompée. J'ai compris, un jour, que ce n'est pas vrai, que les gens se tuent quand même », disait Gisèle Freund. Et d’ajouter : « L'œil n'est rien s'il n’y a personne derrière ».

La Fondation Pierre Bergé - Yves Saint Laurent distinguait, de manière chronologique, trois thèmes : l’œuvre en noir et blanc - une cinquantaine de tirages originaux, portraits d’écrivains et reportages, regroupés en différentes séquences – et l’œuvre en couleurs réunissant des photographies prises dès 1938, soit une cinquantaine de portraits d’écrivains : Paul Valéry, André Gide, Stefan Zweig, Romain Rolland, Colette, James Joyce, et Virginia Woolf. « Je crois que la meilleure que j'ai faite, c'est celle de Virginia Wolf, le portrait d'elle, à un moment où elle ne s'est pas rendu compte que je la photographiais. Tous ses problèmes sortaient vraiment de cette tête, de ces yeux, de cette bouche. Instinctivement, je pense, je ne sais pas ce qui, en moi, déclenchait à chaque fois de photographier quelqu'un quand je trouvais que c'était quelque chose de l'intérieur de la personne, en réalité », déclare Gisèle Freund en 1991.

Ces tirages originaux constituent « une impressionnante galerie de portraits couleurs d’écrivains contemporains, photographiés parmi leurs livres ». Ce sont les rares, parfois uniques clichés de ces écrivains.

« C’est parce qu’elle est passionnée de sociologie et considère la photographie comme le moyen de révéler « l’homme à l’homme » que ses portraits font de Gisèle Freund un témoin privilégié de la vie intellectuelle de son temps », indique la galerie Lucie Weill & Seligmann.

En juin 1940, Gisèle Freund est contrainte de se réfugier en zone libre, puis se réfugie en 1941 en Argentine.

Là, elle entre dans le cénacle d’auteurs tels Borges Maria Rosa Oliver, Bioy Casares et les membres de la revue littéraire SUR et photographie des paysages de Patagonie et de la Terre de Feu.

Elle travaille aussi pour le ministère de l’Information du gouvernement de la France libre, devient éditrice et crée une association de soutien aux écrivains français.

De Magnum à l’Elysée
De retour en France en 1946, elle expose ses photos de l’art sud-américain, puis effectue un reportage en Amérique latine pour le compte du Musée de l’Homme.

Pour l’agence Magnum, Robert Capa recrute Gisèle Freund dès 1947. Cette photojournaliste parcourt le monde pour Magnum.

Après la publication par Life en 1950 de son reportage révélant la richesse d’Eva Perón, épouse du président argentin, Gisèle Freund est contrainte de quitter l’Argentine pour l’Uruguay, où l’accueillent Jules Supervielle et Ingheborg Bayerthal, puis le Mexique avant de rentrer à Paris en 1953.

La soupçonnant de communisme, les Etats-Unis lui refusent un visa. « Robert Capa m'a virée de l'agence en 1954, lorsque les Etats-Unis m'ont refusé un visa d'entrée. J'étais sur la liste noire du sénateur McCarthy et Capa a eu peur pour l'avenir de Magnum à New York. Ça m'a fait très mal ».

Gisèle Freund collabore à Paris Match, Vu, Art et décoration, Images du Monde, Verve, ou Weekly Illustrated.

Elle photographie Nathalie Sarraute, Henri Matisse, John Steinbeck, Tennessee Williams, John Steinbeck, Alexandre Soljenitsyne, Le Corbusier…

« Révéler l'homme à l'homme, être un langage universel, accessible à tous, telle demeure, pour moi, la tâche primordiale de la photographie… La culture pour un photographe est bien plus importante que la technique… Personne ne se voit tel qu'il paraît aux autres. Nous habitons notre visage sans le voir, mais nous exposons cette partie du corps au premier venu qui nous croise dans la rue », disait Gisèle Freund qui publie en 1965 James Joyce à Paris, ses dernières années.

Les expositions de ses œuvres se multiplient, notamment au Musée d’art moderne de la Ville de Paris en 1968.

Gisèle Freund publie Le Monde et ma caméra (1970), Photographie et société (1974) dont la couverture est illustrée par l’œil d’Henri Cartier-Bresson, et Mémoires de l’œil (1977).

En 1977, Gisèle Freund devient présidente de la Fédération française des associations de photographes créateurs et obtient en 1980 le Grand prix national des arts pour la photographie décerné par le ministère de la Culture.

En 1981, cette « journaliste reporter photographe » réalise le portrait officiel du Président de la République François Mitterrand posant, Les Essais de Montaigne ouvert entre les mains, devant la bibliothèque de l’Elysée. Emplie de livres anciens aux reliures en cuir, dorées et brillantes, cette bibliothèque apparaît un peu floue par rapport à la netteté de ce fin lettré socialiste au costume sombre rehaussé apr la Légion d’Honneur et qui se piquait d’être écrivain.

Distinguée par de nombreux Prix, Gisèle Freund décède à Paris à l’âge de 91 ans.

Expositions
La photographe Gisèle Freund (1908-2000) a inspiré deux expositions à Paris en 2012 : Gisèle Freund, L'Œil frontière Paris 1933-1940 à la Fondation Pierre Bergé - Yves Saint Laurent et, dans le cadre de Saint-Germain-des-Prés Photo Festival, Gisèle Freund Portraits d'artistes à St-Germain-des-Prés à la Galerie Lucie Weill & Seligmann. Documents d’archives originaux souvent inédits - correspondances, magazines imprimés, planches contacts, publications, diapositives projetées, etc. – évoquent cette « pionnière du photojournalisme et de la photographie en couleur, et une des précurseurs du portrait d’écrivain », une artiste ayant mêlé théorie, par ses essais sociologiques et historiques, et pratique de la photographie par sa collaboration à de prestigieux magazines et agence (Magnum). 


La dernière rétrospective de la photographe Gisèle Freund remontait à 1991 au Centre Pompidou. A l’hiver 2004-2005, dans le cadre du Mois de la photo à Paris, la FNAC Italie présentait l’exposition Portraits d’écrivains de Gisèle Freund, soit une quarantaine de portraits de James Joyce, Jean Cocteau, Saint-John Perse, Jean-Paul Sartre, André Gide, Marguerite Yourcenar, Samuel Beckett, Henri Michaux, Simone de Beauvoir, Walter Benjamin, Paul Eluard, Stephan Zweig...

C’est dire tout l’intérêt de ces deux expositions – L’œil frontière est le titre d’un projet éditorial non réalisé - sur cette « pionnière dans de nombreux domaines comme celui du portrait en couleur, de la projection photographique, de l’approche sociologique de l’image ou encore de l’histoire de la photographie ».

La Fondation Pierre Bergé–Yves Saint Laurent présenta une centaine de tirages et de nombreux documents d’archives de Gisèle Freund conservés par l’IMEC (Institut Mémoires de l’édition contemporaine), soit 1 200 tirages, 1 600 négatifs, 8 200 diapositives, 1 000 contretypes, 34 boîtes d’archives personnelles et professionnelles – manuscrits, correspondances, dossiers de gestion de l’œuvre, etc. -, sa bibliothèque...

Gisèle Freund a été l'une des photographes mises à l'honneur dans l'exposition Qui a peur des femmes photographes ? 1839 à 1945 présentée en deux parties chronologiques au musée de l'Orangerie et au musée d'Orsay.

"Gisèle Freund : portrait intime d'une photographe visionnaire"
À l'occasion des Rencontres de la photographie d'Arles, ARTE diffusa le 4 juillet 2021 "Gisèle Freund : portrait intime d'une photographe visionnaire" (Gisèle Freund - Ein Leben für die Fotografie), documentaire français inédit de Teri Wehn-Damisch (2021).

Ce film a été projeté aux Rencontres de la photographie d'Arles, le 7 juillet à 22 h à la Croisière, en présence de la réalisatrice.

"Au travers d'abondantes archives, un beau portrait intime de Gisèle Freund, photographe, sociologue et écrivaine, qui a immortalisé presque toutes les grandes figures du siècle dernier et témoigné avec acuité de la condition humaine." 

"Le portrait mythique de Malraux la mèche au vent, c’est elle, comme celui, officiel, de François Mitterrand président, posant devant une bibliothèque. James Joyce, Virginia Woolf, Colette, Duras, Sartre et Beauvoir, mais aussi son ami Walter Benjamin, rencontré dans l’exil à Paris et sensible, comme elle, à la force des images… : tous ont défilé devant son objectif". 

"D’origine juive et membre d’un groupe communiste, Gisèle Freund, née à Berlin en 1908 dans la bourgeoisie éclairée, fuit l'Allemagne nazie une nuit de mai 1933 avec, dans ses bagages, des clichés des corps tuméfiés de ses camarades, pris avec un Leica offert par son père. Cette héritière de Nadar, pionnière du portrait couleur, ira aussi sillonner le monde". 

"Au fil de reportages dont elle rédige les textes, l’aventurière pose un regard aiguisé sur la condition humaine, du prolétariat du nord de l’Angleterre au petit peuple d’Argentine, leurré par l’icône Eva Perón, dont elle révèle dans Life l’indécente opulence". 

"Au Mexique, celle qui se rêve cinéaste habite chez Diego Rivera et Frida Kahlo, qui s’en éprend." 

"Rare femme ayant intégré l'agence Magnum dès sa création, cette actrice et penseuse de la photographie à l’allure Chanel a documenté les bouleversements politiques et sociaux du XXe siècle et en a immortalisé les figures les plus marquantes."
 
"Inspirée par son amitié pour celle qu’elle a rencontrée en 1983, Teri Wehn-Damisch a plongé dans les archives de Gisèle Freund, conservées à l'abbaye d'Ardenne, siège de l’Institut Mémoires de l'édition contemporaine (Imec), pour scruter avec émotion des centaines de planches-contacts." 

"À travers l’objectif de la photographe, disparue en 2000, défilent intensément les soubresauts et le tourbillon artistique et intellectuel du siècle dernier, laissant aussi émerger ses coups de cœur et blessures d’exilée." 

"De Berlin à Paris, et de Buenos Aires à Brighton, le voyage est guidé par sa voix grave et celles qui l’ont connue − sa collaboratrice Élisabeth Perolini, l'écrivaine Rauda Jamis, les historiennes de l'art Lorraine Audric et Nathalie Neumann, et la chercheuse au CNRS Monique Sicard. En forme d’hommage, le beau portrait intime d’une grande dame des images."



"Dans son "portrait intime" de Gisèle Freund, la documentariste Teri Wehn-Damisch explore un fonds d’archives méconnu pour rendre hommage à l'œuvre et à la vie extraordinaires de celle qui fut son amie. Propos recueillis par Laetitia Moller.
 
C’est votre deuxième film sur Gisèle Freund. Qu’est-ce qui vous fascine tant chez elle ?
Teri Wehn-Damisch : Je me suis sans doute reconnue en elle. Née en France, j’ai été élevée aux États-Unis, où mes parents ont été obligés de repartir en 1940 à cause de la guerre. Gisèle Freund a fui l’Allemagne pour Paris à l’âge de 25 ans. J’ai été attirée par des exilés qui, comme elle ou le photographe hongrois André Kertész, me donnaient une image mythique de la France : la beauté des rues, la liberté... Gisèle Freund a photographié toutes les personnalités littéraires de l’époque. Au début des années 1980, je lui ai proposé de réaliser un film sur elle. Elle m’a envoyé balader, avant de me mettre au défi d’adapter son ouvrage Photographie et société, peu connu à l’époque. Cela a donné naissance à mon premier documentaire et à une grande amitié entre nous.

Que racontez-vous de nouveau sur elle, près de quarante ans plus tard ?
Grâce à Clémence de Cambourg et Clémence Forestier, les deux productrices qui m’ont sollicitée pour ce projet, j’ai découvert un foisonnant fonds d’archives à l'Institut Mémoires de l’édition contemporaine (Imec), notamment les planches-contact de son travail de reporter, au Mexique, en Angleterre... Outre les portraits iconiques d’André Malraux ou de Virginia Woolf qui l’ont rendue célèbre en France, elle a très tôt réalisé des sujets dignes des plus grands photoreporters. En Allemagne, elle est d’ailleurs avant tout considérée comme une photographe politique.

Au début du film, vous expliquez que vous aviez une dette envers elle...
Au cours des années 1990, Gisèle est devenue irascible, méchante, et a fait le vide autour d’elle. Comme la plupart de ses amis, cela m’a beaucoup peinée et je ne l’ai plus vue pendant des années. Plus tard, nous avons compris que cette attitude était liée aux prémices de la maladie d’Alzheimer qui l’a finalement emportée. Profitant de son isolement, une femme a exercé une emprise sur elle et accaparé ses archives et son travail. Si nous avions été à ses côtés, cela ne serait peut-être pas arrivé.

Comment filmer des photographies ?
Il a été essentiel pour moi de trouver des dispositifs filmiques pour mettre en scène les images fixes. Avec mon cadreur et monteur Samuel Fleury, nous avons inventé des trucages – artisanaux ou de motion design – pour naviguer dans les planches-contacts et mettre les photos en mouvement. Cela les fait vivre avec une épaisseur particulière." 

« Gisèle Freund. Ce sud si lointain. Photographies d'Amérique latine »
La 
Maison de l’Amérique latine présente, en collaboration avec l’Imec (Institut Mémoires de l'édition contemporaine), l’exposition « Gisèle Freund. Ce sud si lointain. Photographies d'Amérique latine ». Le Commissaire est Juan Álvarez Márquez, et le Conseiller spécial Juan Manuel Bonet.

La Maison de l’Amérique latine « invite le public à un voyage sensible en Amérique latine à travers le regard et les photographies de Gisèle Freund (1908-2000) ».

L’exposition « emprunte son nom à un vers du poème de Luis Cernuda intitulé « J’aimerais être seul dans le sud », inclus dans son livre Un rio, un amor (1929) :
A ce sud si lointain je veux être mêlé.
La pluie là-bas n’est rien qu’une rose entr’ouverte;
Son brouillard même rit, rire blanc dans le vent.
Son ombre, sa lumière ont d’égales beautés. »

« Sous l’intitulé « Ce sud si lointain », l’exposition met en valeur un patrimoine photographique de 72 images - tirages posthumes -, pour certaines inédites, réparties entre portraits de personnalités culturelles, paysages, scènes de villages et de la vie quotidienne, réalisées principalement entre 1941 et 1954. »

« L’exposition « Ce sud si lointain » a pour ambition de révéler la place importante qu’a occupé le vaste continent américain dans la trajectoire de la photographe germano-française, renommée pour ses portraits d’écrivains du XXe siècle devenus iconiques, caractérisés par un cadrage serré et l’usage de la couleur dès 1938. »

« Les images ici sélectionnées mettent en lumière la constante capacité de Gisèle Freund à s’intéresser non seulement à l’expression d’une personne et à son visage, - « je n’ai jamais cessé de vouloir comprendre ce qui se trouve derrière un visage » -, mais aussi à « l’être humain et ce qui l’entoure », à son environnement et à sa condition. »

« C’est en 1941 que Gisèle Freund fuyant l’occupation nazie découvre pour la première fois l’Amérique latine en émigrant à Buenos Aires où elle est accueillie par une grande figure argentine des lettres, Victoria Ocampo. Depuis la capitale argentine, elle effectuera plusieurs voyages, en Patagonie et en Terre de Feu, en Uruguay, au Chili, au Pérou et en Équateur, puis au Mexique en 1947, et de 1950 à 1952. Elle réalisera de nombreux reportages pour Time Magazine et Life, pour les journaux argentins La Nación et El Hogar, et mexicain Novedades. Elle fera partie de l’agence Magnum dès sa fondation en 1947 et jusqu’en 1954. »

L’exposition « permettra d’apprécier pleinement le triple profil de Gisèle Freund, à la fois photographe, sociologue et journaliste. Celle-ci confiera en 1991 :
« J’ai pensé que la photographie était un moyen merveilleux pour que les peuples se connaissent entre eux...J’ai cru à cette utopie : la connaissance des autres, de leurs différences, comme langage de paix entre les hommes. Ma tâche était donc, pensais-je, de participer à la paix du monde à travers la photographie.»


Du 21 octobre 2022 07 janvier 2023
217, bd Saint-Germain. 75007 PARIS
Tél. : 01 49 54 75 00 
Du lundi au vendredi de 10 h à 20 h. Samedi de 14 h à 18 h

France, 2021, 52 mn
Coproduction : ARTE France, Complices Films
Sur Arte les 4 juillet 2021 à 20 h 05,  9 août 2023 à 05 h 20
Disponible du 27/06/2021 au 02/09/2021, du 02/08/2023 au 07/10/2023
Visuels :
Reportage à Brighton, 1935
Portrait de Virginia Woolf, 1939
Portrait de Frida Kahlo, 1951
Reportage au Mexique : Paysan revenant d' un pèlerinage
Reportage à Newcastle, 1935
Auto portrait au miroir (début des années 30)
Portrait d' André Malraux, 1935
© Archives Gisèle Freund / IME

Jusqu’au 29 janvier 2012
A la Fondation Pierre Bergé - Yves Saint Laurent
5, avenue Marceau. 75116 Paris
Tél : 01 44 31 64 31
Du mardi au dimanche de 11 h à 18 h

Jusqu’au 18 février 2012
A la Galerie Lucie Weill & Seligmann
6, rue Bonaparte. 75006 Paris
Tel. : +33 1 43 54 71 95
Du mardi au samedi de 11 h à 19 h


Visuels de haut en bas :
Gisèle Freund, Autoportrait 1952
Épreuve argentique noir et blanc
23,2 x 16,4 cm
Collection Galerie de France
© Gisèle Freund / IMEC / Fonds MCC-Galerie de France

Gisèle Freund photographiée par Adrienne Monnier
Paris, vers 1935
Épreuve argentique noir & blanc
25 x 28 cm
Fonds Gisèle Freund, IMEC / Fonds MCC
© Gisèle Freund / IMEC / Fonds MCC

Jean Cocteau sous l’enseigne d’un gantier
Paris, 1939
Épreuve argentique couleurs
30 x 20 cm
Collection Galerie de France
© Gisèle Freund / IMEC / Fonds MCC

James Joyce
Paris, 1939
Épreuve argentique couleurs
30 x 21 cm
Collection Famille Freund
© Gisèle Freund / IMEC / Fonds MCC

Adrienne Monnier devant sa librairie La Maison des Amis des Livres
Paris, 1936
Épreuve argentique noir et blanc
14 x 19,4 cm
Fonds Gisèle Freund, IMEC / Fonds MCC
© Gisèle Freund / IMEC / Fonds MCC

Sylvia Beach sur le seuil de sa librairie Shakespeare and Co
Paris, 1936
Épreuve argentique noir et blanc
14 x 19,4 cm
Fonds Gisèle Freund, IMEC / Fonds MCC
© Gisèle Freund / IMEC / Fonds MCC

James Joyce avec Adrienne Monnier et Sylvia Beach, à Shakespeare and Co
Paris, 1938
Épreuve argentique noir et blanc
25,6 x 36,5 cm
Collection Famille Freund
© Gisèle Freund / IMEC / Fonds MCC

André Gide sous le masque de Leopardi
Paris, 1939
Épreuve dye-transfer couleurs (portfolio édité par Harry Lunn en 1977)
30 x 20,5 cm
Fonds Gisèle Freund, IMEC / Fonds MCC
© Gisèle Freund / IMEC / Fonds MCC

Gisèle Freund sur sa terrasse rue Lakanal
Paris, 1934
Carte postale noir & blanc
10 x 6 cm
Fonds Gisèle Freund, IMEC / Fonds MCC
© Gisèle Freund / IMEC / Fonds MCC

Virginia Woolf devant la fresque de Vanessa Bell
Londres, 1939
Épreuve dye transfer couleurs (portfolio édité par Harry Lunn en 1977)
30 x 20 cm
Fonds Gisèle Freund, IMEC / Fonds MCC
© Gisèle Freund / IMEC / Fonds MCC

Jean Cocteau
Paris, 1939
Épreuve dye-transfer couleurs (portfolio édité par Harry Lunn en 1977)
30 x 20,5 cm
Fonds Gisèle Freund, IMEC / Fonds MCC
© Gisèle Freund / IMEC / Fonds MCC


Articles sur ce blog concernant :
Les citations proviennent des communiqués de presse et d'Arte.
Cet article a été publié le 22 janvier 2012, puis les 13 novembre 2015, 30 juin  2021.