Citations

« Le goût de la vérité n’empêche pas la prise de parti. » (Albert Camus)
« La lucidité est la blessure la plus rapprochée du Soleil. » (René Char).
« Il faut commencer par le commencement, et le commencement de tout est le courage. » (Vladimir Jankélévitch)
« Notre métier n’est pas de faire plaisir, non plus de faire du tort. Il est de porter la plume dans la plaie. » (Albert Londres)
« Le plus difficile n'est pas de dire ce que l'on voit, mais d'accepter de voir ce que l'on voit. » (Charles Péguy)

dimanche 11 octobre 2020

« La révolte du Mahdi. Naissance du Soudan britannique » de Robert Schotter

Le Soudan est une république située au sud de l'Egypte et dont la population est majoritairement musulmane. En 1956, l'indépendance est proclamée et suivie d'une guerre civile (1955-1972). En 1983, la volonté d'imposer la charia dans le droit pénal soulève le sud du pays. 
Après le référendum d'autodétermination (9-15 janvier 2011), le Soudan du Sud a fait sécession de la République du Soudan le 9 juillet 2011. Membre de l'Organisation des Nations unies (ONU), le Soudan du sud s'oppose au Soudan sur le tracé officiel de la frontière entre les deux pays. Dès 2013, au Soudan du Sud, une guerre civile oppose les partisans du Président de la République, Salva Kiir, et ceux du Vice-président de la République, Riek Machar.


« La révolte du Mahdi. Naissance du Soudan britannique »
Arte rediffusera le 17 octobre 2020 « La révolte du Mahdi. Naissance du Soudan britannique » (Aufstand in der Wüste. Die Herrschaft des Mahdi) de Robert Schotter. « Retour sur la destinée de l’Autrichien Rudolf Slatin (1857-1932), gouverneur déchu d’une province soudanaise et artisan de sa reconquête par l'Angleterre ».
    
Au XXIe siècle, l'Etat islamique (ISIL) ébranle les influences européennes au Moyen-Orient. Au XIXe siècle, le Mahdi, "qui doit venir à la fin des temps pour amener la justice sur Terre et répandre son enseignement dans le monde entier", fonde un califat qui lui aussi affronte l'Occident.

L'Egypte pille le Soudan en mettant en esclavage ses habitants. Le vice-roi égyptien veut s'affranchir de l'autorité du pouvoir ottoman. Le projet du canal de Suez amène l'Egypte au  bord de la faillite. Pour rembourser ses dettes, l'Egypte accroît ses pillages au Soudan.

« Dans les années 1880, le sud du Soudan est le théâtre d’une rébellion menée par le très charismatique Muhammad Ahmad. Élevé au rang de mahdi (« sauveur de l’islam », "bien guidé qui fait des miracles"), ce dernier s’attaque avant tout à l’autorité coloniale européenne et aux réformes économiques introduites par les Britanniques ». 

« Sous l’impulsion de ce nouveau chef, un État théocratique aux règles strictes est instauré : toute forme d’art et toute marque d’opulence sont interdites ». 

« Pris dans ces bouleversements, le gouverneur" Rudolf Slatin (1857-1932) dont le père juif Michaël Slatin s'était converti au catholicisme. Il "rêve d'exotisme, et le Soudan le fascine. Il est venu y chercher fortune et gloire, afin de gravir les marches de l'ascension sociale". Il trouve Khartoum très cosmopolite. Il interdit la traite des esclaves vers le monde arabe. Une décision lourde de conséquences. Il déstabilise la région. 

Le Mahdi rétablit l'esclavage. Muhammad Ahmad (1844-1885) est né à Dongola, au Soudan. Il "est issu d'un milieu modeste et fait tout pour devenir une légende vivante. Il va imiter le prophète Mahomet dans plusieurs domaines". Il a été formé dans des confréries soufies influentes au Soudan. Il "s'en éloigne et les considère comme impies". En 1881, un de ses proches, calife, déclare que Muhammad Ahmad l'a guéri de sa maladie et le proclame "Mahdi". Celui-ci impose le porte d'un costume spécial gommant les différences sociales, "martèle que le djihad comme devoir religieux, renvoie les théologiens chez eux, brûle les livres sauf le Coran, interdit le pèlerinage à La Mecque".

Il se réfugie dans les monts et "constitue une armée, comme Mahomet". Il "invente beaucoup de choses : il intègre des idées non musulmanes, il réforme l'islam à son goût". Des dizaine de milliers de personnes rejoignent les rangs de son armée. Les Égyptiens sont prêts à tout pour capturer le Mahdi. On "recueille l'eau de ses ablutions comme de l'eau bénie, et on vend ces reliques".

Malgré les efforts de Charles George Gordon durant la guerre des Mahdistes, Khartoum tombe aux mains des partisans du Mahdi le 26 janvier 1885. Le Mahdi institue un État théocratique au Soudan avec pour capitale Omdurman. Il y sera enterré.

Fait prisonnier, Rudolf Slatin "doit se convertir à l’islam et est emprisonné à la cour du mahdi ». Muhammad Ahmad décède en 1885, victime du typhus ou tué par un rival.

En 1889, les sauterelles dévorent ce qui reste des récoltes faibles en raison de la sécheresse. Des millions de Soudanais meurent de faim. 

Rudolf Slatin parvient à fuir et rentre dans une Europe qui a bien changé. Il rédige ses Mémoires qui vont modifier la perception du Soudan en Europe.

La gomme arabique est recherchée par les Européens. 

Les Britanniques créent une ligne de chemin de fer pour acheminer ses soldats et prendre une revanche afin de faire oublier leur défaite à Khartoum. Ils se présentent en libérateurs luttant contre le Mal.

« Après s'être lié d’amitié avec la reine Victoria, il va conseiller les forces britanniques qui cherchent à reconquérir Khartoum et sa région ». En 1898, l'armée britannique commandée par Lord Horatio Herbert Kitchener remporte une victoire décisive sur l'État mahdiste grâce aux mitrailleuses.

Marié, père d'une fille, Rudolf Slatin participe à la reconstruction du Soudan. "A-t-il retrouvé ses deux épouses africaines ? L'Histoire ne le dit pas".

Mahdi et Ahmadinejad
Daniel Pipes a écrit "La menace mystique de Mahmoud Ahmadinejad" (New York Sun10 janvier 2006) :
"Grâce au Président iranien, Mahmoud Ahmadinejad, un nouveau terme est apparu dans le vocabulaire politique: mahdaviat.
Il s'agit, comme on pouvait s'y attendre, d'un terme technique religieux. Mahdaviat est un dérivé de mahdi, un terme arabe signifiant «le bien guidé» et désignant un personnage central de l'eschatologie islamique. Comme l'explique l'Encyclopedia of Islam, il est «le restaurateur de la religion et de la justice, celui qui régnera avant la fin des temps». Ce concept trouve son origine dans les premières années de l'Islam et, avec le temps, a été plus particulièrement associé à sa branche chiite. Alors qu'«elle n'atteignit jamais le rang d'élément essentiel dans la doctrine religieuse sunnite», poursuite l'encyclopédie, «la croyance en un mahdi de la famille du prophète devint un aspect central de la foi chiite radicale», où elle est également connue sous l'appellation de «retour du douzième imam».
Le mahdaviat désigne donc la foi en la venue du mahdi et les efforts pour préparer son retour.
Dans un reportage d'une grande qualité, Scott Peterson, de Christian Science Monitor, expose toute l'importance du mahdaviat dans les ambitions d'Ahmadinejad et explore les incidences de cette foi dans sa politique.
Par exemple, en 2004, alors qu'il était maire de Téhéran, Ahmadinejad semble avoir discrètement incité le Conseil municipal à construire une grande avenue en guise de préparation à la venue du mahdi. Une année plus tard, en tant que président, il alloua 17 millions de dollars à l'érection d'une mosquée en carrelage bleu, intimement associée au mahdaviat, à Jamkaran, au sud de la capitale. Il initia également la construction d'une ligne ferroviaire directe entre Téhéran et Jamkaran. Il aurait plongé une liste des membres de son cabinet dans un puits adjacent à la mosquée de Jamkaran pour bénéficier d'une supposée influence divine.
Il aborde fréquemment le sujet, et pas uniquement avec des Musulmans. À l'occasion de son discours aux Nations unies de septembre dernier, Ahmadinejad déconcerta les dirigeants mondiaux composant son auditoire en concluant son exposé par une prière pour la venue du mahdi: «Ô Seigneur tout-puissant, je te prie de hâter la venue du dernier dépositaire de tes secrets, le Promis, cet être humain parfait et pur qui remplira ce monde de justice et de paix.»
À son retour en Iran depuis New York, Ahmadinejad évoqua en ces termes l'effet de son discours:
"Un membre de notre groupe me dit que lorsque je commençai à dire «Au nom de Dieu, le tout-puissant, le miséricordieux», il distingua une lueur autour de moi et j'étais dés lors placé à l'intérieur de cette aura. Je l'ai senti moi aussi. J'ai senti l'atmosphère changer tout à coup et, durant ces 27 à 28 minutes, les leaders mondiaux ne clignèrent plus des yeux. (…) Et ils étaient captivés. C'était comme si une main s'étaient emparés d'eux et maintenait leurs yeux ouverts pour recevoir le message de la République islamique".
Ce que Peterson appelle l'«obsession présidentielle» du mahdaviat inspire à Ahmadinejad «une certitude qui ne laisse que peu de place au compromis. Le comblement du fossé entre riches et pauvres en Iran, le défi lancé à l'Amérique et à Israël et la création d'un programme d'armement nucléaire – toutes ses initiatives s'inscrivent dans la préparation du retour du mahdi.»
«Le mahdaviat est un code désignant la révolution [islamique iranienne], c'est l'esprit même de la révolution», indique le directeur d'un institut dédié à l'étude et à l'accélération de la venue du mahdi. «Ce type de mentalité vous rend très fort», relève Amir Mohebian, le responsable de la rubrique politique du quotidien Resalat. «Si je crois que le mahdi va arriver d'ici deux, trois, quatre ans, pourquoi agirais-je avec ménagement? C'est le moment de se montrer fort, pur et dur.» PBS relate que certains Iraniens «s'inquiètent de ce que leur nouveau président n'a aucune crainte de l'effervescence internationale, qu'il peut simplement la considérer comme un signe de Dieu».
Le mahdaviat a des implications directes et préoccupantes pour la confrontation entre l'Amérique et l'Iran, comme le déclara Hamidreza Taraghi, un supporter d'Ahmadinejad et membre de la Coalition islamique, un groupe partisan d'une ligne dure. Cela suppose en effet de considérer Washington comme le rival de Téhéran, voire comme un faux mahdi. Pour Ahmadinejad, la première priorité consiste à défier l'Amérique, et plus spécifiquement à lui opposer un modèle puissant créé sur la base de la «démocratie islamique». Hamidreza Taragui prévoit de graves problèmes, à moins que les Américains ne changent fondamentalement leur approche.
Je préfère la formulation inverse. Les plus dangereux dirigeants de l'histoire moderne sont ceux qui (comme Hitler) disposaient d'une idéologie totalitaire et d'une foi mystique en leur propre mission. Ahmadinejad remplit ces deux critères, comme le révèlent ses commentaires sur son discours aux Nations unies. Cette combinaison, ajoutée à un projet d'arsenal nucléaire, en fait un adversaire qu'il faut absolument stopper. De toute urgence".

Soudan du sud : la guerre, la faim, les rebelles
Arte rediffusa le 23 août 2017 dans le cadre d’Arte Reportage « Israël : le long de la ligne verte » (Israel: Entlang der Grünen Linie) signé par Stéphane Amar, Y. Weitzman, B. Rabinovitch et D. Jakubovitch et présenté par William Irigoyen. Le « rendez-vous du grand reportage » partial, et si représentatif de la ligne éditoriale biaisée de la chaîne publique franco-allemande.

« Dédié à l’actualité européenne et internationale, ARTE Reportage témoigne des soubresauts du monde. Des documents exceptionnels et souvent exclusifs, présentés en alternance par Andrea Fies et William Irigoyen, tous les samedis ».

Le 3 mai 2017, durant chabbat, Arte diffusa deux « documents » : l’un sur Israël, l’autre sur le Soudan du Sud.

Les Nuer « sont en guerre. Ce peuple de la haute vallée du Nil, qui a survécu à l'Empire Ottoman, aux colons Anglais et à la domination arabe au temps du Soudan uni, est aujourd'hui partie prenante du conflit qui déchire le Soudan du Sud ». 

« Assiégés par les troupes gouvernementales, encadrés par une armée rebelle qui les protège tout en les entraînant vers les plus grands dangers, les Nuer sont à nouveau menacés ». 

Des « dizaines de milliers de personnes sont déplacées ou réfugiées en Éthiopie. Mais les hommes n'ont d'autre choix que de se battre pour défendre la terre de leurs ancêtres ».

Pas un mot sur l’islamisme.


« La révolte du Mahdi. Naissance du Soudan britannique » de Robert Schotter
Allemagne, 2017, 53 min
Sur Arte les 21 octobre 2017 à 21 h 40 et 17 octobre 2020 à 21 h 45
Disponible du 16/10/2020 au 15/11/2020

Visuels
Dans les années 1880, le sud du Soudan est le théâtre d’une rébellion menée par le très charismatique Muhammad Ahmad. Élevé au rang de mahdi ("sauveur de l’islam"), ce dernier s’attaque avant tout à l’autorité coloniale européenne et aux réformes économiques introduites par les Britanniques

© Bastian Barenbrock

Articles sur ce blog concernant :
Articles in English 
Les citations sur le film sont d'Arte et du film. Cet article a été publié le 20 octobre 2017.

jeudi 8 octobre 2020

« Katarina Witt - Doubles axels et rebondissements » de Jobst Knigge

Arte diffuse sur son site Internet « Katarina Witt - Doubles axels et rebondissements » (Katarina Witt - Weltstar aus der DDR) de Jobst Knigge. « Entre glamour et surveillance politique, retour sur le parcours atypique de la championne de patinage Katarina Witt, seule Allemande de l’Est à avoir atteint le statut d’icône planétaire. » 

« Elle était "le plus beau visage du socialisme", selon le prestigieux magazine américain Time ». La perfection technique alliée à la sensibilité artistique. L'assurance sir la glace des championnes. Et un fort tempérament conquérant immédiatement le cœur du public.

« L'ascension de Katarina Witt, double championne olympique de patinage, également détentrice de quatre titres mondiaux et six couronnes européennes, s’avère indissociable du système politique qui l’a vue éclore ». 

« Née en 1965 d’une mère kinésithérapeute et d’un père agriculteur, la petite prodige de la glace, élevée à Karl-Marx-Stadt (Chemnitz aujourd’hui), bastion du sport de haut niveau en RDA, intègre une école spécialisée à 8 ans ». 

« Sous la houlette de l’illustre "Frau Müller" (Jutta, de son prénom), dame de fer en quête d’or, la fillette s’entraîne jusqu’à sept heures par jour au contact de l’élite nationale ». 

Une nomenklaturiste contrôlée
« En février 1984, à Sarajevo, sa technique et son expressivité prodigieuses, alliées à une détermination tout aussi irrésistible que son éclatant sourire, la propulsent au sommet de l’Olympe ». 

« Tandis que le chef de l’État, Erich Honecker, la décore de l’Ordre du mérite patriotique, la Stasi, qui la surveille depuis son plus jeune âge, continue de consigner ses moindres faits et gestes ».

« Forte de son statut de star internationale, la jeune femme négocie pourtant avec le régime la possibilité de travailler hors de RDA en récompense d’un second sacre olympique ».

« En 1988, à Calgary, Katarina Witt remplit sa part du contrat en remportant la très médiatique – et politique – "bataille des Carmen", sa grande rivale américaine, Debi Thomas, ayant choisi comme elle de danser sur Bizet ». 

« L’année suivante, c’est depuis Séville, où elle tourne Carmen on Ice, que Katarina Witt apprend la chute du Mur ». 

« Icône d’une République déchue, attaquée pour ses liens avec le pouvoir communiste, la patineuse se réfugie aux États-Unis, où elle enchaîne les tournées triomphales et s’affiche dans Playboy, avant de signer un come-back aux JO de Lillehammer, en 1994 ».

Elle a poursuivi une carrière de consultante sportive, d'actrice pour des séries télévisées américaines, signe des contrats publicitaires et produit ses tournées. Une business woman.

En février 2018, Nicole Schott, patineuse allemande âgée de 21 ans, a suscité l’indignation sur Twitter en ayant effectué "sa prestation chorégraphiée sur la musique du film sur la Shoah, « La Liste de Schindler » de Steven Spielberg (1993) consacré au propriétaire industriel Oskar Schindler qui avait sauvé la vie à des milliers de Juifs aux mains des nazis. Nancy Armour, chroniqueuse à USA TODAY, a écrit que : « Personne ne devrait avoir le droit de patiner sur « La Liste de Schindler ». Ariel Helwani, autre journaliste sportif, a eu le sentiment qu’il était particulièrement inapproprié de voir une athlète allemande danser sur cette musique centrée sur la Shoah. Toutefois, Schott n’est pas la première personne à danser sur cette musique au cours d’une compétition internationale. Quelques mois après la sortie du film, Katarina Witt l’avait utilisée pour son numéro, mais pas dans une compétition des Olympiades". Et le 23 février 2018, Katarina Witt a défendu Nicole Schott en rappelant avoir reçu une lettre émouvante du réalisateur américain qui avait vu son numéro

« Mêlant archives, extraits de rapports de la Stasi et témoignages de l’intéressée ("Il est clair que le sport était dévoyé. Mais tant que je bénéficiais d’excellentes conditions, je m’accommodais de la situation – à la fois complice, naïve, profiteuse", analyse-t-elle avec lucidité) et de ceux qui l’ont côtoyée (les patineurs Gabriele Seyfert, fille de Jutta Müller, et Brian Boitano, l’ancien numéro 2 du régime est-allemand Egon Krenz…), ce portrait éclaire la trajectoire fascinante de la reine des glaces de RDA, qui a raccroché les patins en 2008 ».


Allemagne, 2019
52 min
Disponible du 23/09/2020 au 22/10/2020
Visuels :
Katarina Witt en 1986
Katarina Witt et Egon Krenz
© Katarina Witt

Articles sur ce blog concernant :
Articles in English 
Les citations sur l'émission sont d'Arte.

« Être juif dans notre société » de N. N.

Arte diffusera le 11 octobre 2020, dans le cadre de « Twist », « Être juif dans notre société » (Jüdisches Leben: Wie offen ist unsere Gesellschaft?) de N. N. Après divers attentats terroristes, comment les Allemands juifs envisagent-ils leur avenir ?

« Rabbi Wolff » par Britta Wauer


TWIST  est le « nouveau magazine culturel d'ARTE ». « Chaque semaine, TWIST rencontre les artistes et les créateurs d’une métropole européenne autour d’une question liée à l’actualité ». 

« En compagnie de Bianca Hauda et Romy Strassenburg et agrémenté de rubriques ludiques et espiègles, Twist se confronte à toutes les formes d’art pour susciter le débat et sortir des sentiers battus ».

Statistiques 
La « police allemande a déclaré que 401 crimes antisémites  ont été rapportés à travers le pays dans la première moitié de l’année 2018, une hausse de 10,7 % par rapport aux 362 crimes antisémites racistes rapportés lors des six premiers mois de 2017. Les données ont également montré que la grande majorité des crimes (349) ont été perpétrés par des néo-nazis ou d’autres personnes d’extrême droite. La police a noté que parmi tous les crimes rapportés en 2018 jusqu’à présent, six étaient motivés par une « idéologie religieuse », qui comprendrait les attaques motivées par la haine anti-Israël. Mais des représentants de la communauté juive ont contesté cette affirmation, déclarant que plus d’attaques ont été menées par des extrémistes musulmans que la police ne l’a enregistré. Le plus grand nombre de crimes antisémites a été commis à Berlin (80), et le deuxième plus grand (43), a été perpétré dans la région allemande de Bavière, selon les chiffres de la police ».

« Sigmount Königsberg, un représentant des Juifs de Berlin, a déclaré mercredi au journal allemand Deutsche Welles qu’un pourcentage beaucoup plus important des incidents antisémites a été commis par des extrémistes musulmans par rapport à ce que les données de la police indiquaient. Il a également souligné que les harcèlements religieux dans les écoles jouaient un rôle important dans la montée des incidents antisémites.  « Je dirais qu’au moins cinq incidents antisémites sur dix ont des origines musulmanes. Parfois même plus, par exemple dans les écoles, le chiffre serait plutôt à huit sur dix », a-t-il déclaré au journal ».

« Il a expliqué que la police allemande classait, de manière erronée, des attaques comme venant de « droite » à cause d’un système de classification dépassé. Königsberg a noté que la police avait classé une manifestation de salafistes de 2016 comme un « incident nazi d’extrême droite » parce que les participants avaient fait des saluts nazis ».

"La chancelière Angela Merkel est la principale importatrice d'antisémites en Europe occidentale. Un résultat indirect de sa politique d'immigration de la porte ouverte [aux migrants, Ndlr] a été la croissance du parti de droite AfD, qui possède une aile extrême contenant de nombreux personnages problématiques", a analysé le Dr. Manfred Gerstenfeld le 24 août 2020.

Attentats
« Cette semaine, direction Halle, en Saxe-Anhalt, un an après l’attentat antisémite devant une synagogue qui a coûté la vie à deux personnes et traumatisé la ville, le 9 octobre 2019 », durant Yom Kippour (Jour du Grand Pardon). La solidité de la porte d'entrée de la synagogue a empêché à l'assassin d'y entrer et de perpétrer un massacre. 

D'autres attentats surviennent simultanément dans la cité. Une grenade est lancée dans le cimetière juif, localisé derrière la synagogue, et une autre vise un restaurant turc de kebab, près de la synagogue. 

Le 4 octobre 2020, durant la fête juive de Souccot, un "étudiant juif a été sévèrement blessé à la tête devant une synagogue de Hambourg. Agé de 26 ans, le jeune homme était sur le point d’y entrer quand il a été frappé à coups de pelle par un individu habillé en tenue militaire. Interpellé par les policiers chargés de protéger l’édifice, l’agresseur, un Allemand de 29 ans d’origine kazakhe, avait une croix gammée dans la poche de son pantalon".

"Selon une enquête publiée le mardi 22 septembre par le collectif Mediendienst Integration, un réseau d’experts et de journalistes indépendants travaillant sur l’immigration et l’intégration en Allemagne, « la protection des lieux communautaires juifs par la police s’est renforcée dans presque tous les Länder depuis l’attentat de Halle ». Pour 2020, plus de 20 millions d’euros ont été alloués par l’Etat fédéral afin d’améliorer la sécurité des synagogues, des cimetières et des centres communautaires juifs. Mais de l’aveu même des autorités, la concrétisation de cette politique est trop lente, notamment en raison de lenteurs bureaucratiques. « En tant que police, nous ne pouvons être satisfaits du “statu quo” auquel nous assistons », reconnaissait ainsi le vice-président de l’Office fédéral de police criminelle (BKA), le 22 septembre, après la présentation de l’enquête du collectif".

« C’est une ignominie et cela me fait honte de voir comment le racisme et l’antisémitisme s’expriment dans notre pays en ce moment », Angela Merkel, chancelière allemande"

"En mai, le rapport annuel du BKA consacré à « la criminalité à motifs politiques » indiquait que 2 032 crimes et délits à caractère antisémite avaient été recensés en Allemagne en 2019, soit une hausse de 13 % par rapport à 2018. Parmi eux, 1 838, soit une écrasante majorité, ont été commis par des individus d’extrême droite". Or, les statistiques sont manipulées. "Cette augmentation du nombre d’actes antisémites s’inscrit dans une tendance plus générale, le nombre de crimes et délits à motifs politiques ayant enregistré une hausse de 14 % entre 2018 et 2019."

« C’est une ignominie et cela me fait honte de voir comment le racisme et l’antisémitisme s’expriment dans notre pays en ce moment », avait déclaré Angela Merkel, le 15 septembre, à l’occasion du 70e anniversaire du Conseil central des juifs en Allemagne. « Il est vrai que le racisme et l’antisémitisme n’ont jamais disparu. Mais depuis quelque temps, ils sont plus visibles et plus désinhibés. Des insultes, des menaces ou des théories du complot sont ouvertement dirigées contre les citoyens juifs sur les médias sociaux. Nous ne devons jamais nous taire face à cela », avait expliqué la chancelière allemande.

« Comment la communauté juive envisage-t-elle le présent et l’avenir ? Comment les artistes ont-ils réagi ? Comment la culture peut-elle apporter son aide au combat contre l’antisémitisme, qui s’exprime désormais haut et fort ?  »


Présentation : Bianca Hauda
Allemagne, 2020, 30 min
Sur Arte le 11 octobre 2020 à 05 h 00
Disponible du 02/10/2020 au 01/01/2021

« -33 - Crucifixion de Jésus » par Denis van Waerebeke

Arte rediffusera le 11 octobre 2020, dans le cadre de « Quand l'histoire fait dates », « -33 - Crucifixion de Jésus » (Zahlen schreiben Geschichte - 33 - Die Kreuzigung Jesu) par Denis van Waerebeke 
guidé par l’historien Patric Boucheron, professeur au Collège de France, et directeur d’un livre collectif controversé : « L'Histoire mondiale de la France ». Un ouvrage controversé.
    

« -33 - Crucifixion de Jésus » par Denis van Waerebeke
 

« 33, 1492, 1789, 1945... Comment ces dates se sont-elles glissées dans notre mémoire collective ? Qui a décidé lesquelles étaient mémorables ? Comment construit-on un événement, pourquoi, pour qui, et comment finit-il par entrer dans les manuels d’histoire ? »

Série documentaire
« L’historien Patrick Boucheron revient sur quelques unes de ces dates pour découvrir en quoi elles nous aident aujourd’hui à saisir le panorama d’une histoire globale. Il revisite l’histoire à travers le prisme des grandes dates ».

« Portée par le récit face caméra, aussi savant que vivant, de Patrick Boucheron, professeur au Collège de France, cette collection documentaire met l’histoire en mouvement. »

« Des frises chronologiques animées accueillent images, documents et archives, illustrant les dix grandes dates évoquées ».

« En reconstituant, au fil d’une enquête captivante, ces événements inscrits dans les manuels scolaires, et en les replaçant dans plusieurs temporalités (au moyen des différents calendriers), la série rend ainsi sensible la manière dont l’histoire s’écrit, se date et se commémore ».

« Une approche nouvelle du sujet, où se croisent art de la narration, techniques ludiques d’animation et rigueur scientifique ».

Patrick Boucheron
Patrick Boucheron a dirigé « L'Histoire mondiale de la France ». Un best-seller controversé, critiqué notamment par Pierre Nora (« Politiquement, l’objectif est de lutter, « par une conception pluraliste de l’histoire, contre l’étrécissement identitaire qui domine aujourd’hui le débat public ») et Eric Zemmour : « En près de 800 pages et 146 dates, on ne déviera pas de la ligne du parti: tout ce qui vient de l’étranger est bon. Les invasions barbares sont des «migrations germaniques» ; la défaite des Gaulois leur permit d’entrer dans la mondialisation romaine ; les conquérants arabes étaient bien plus brillants que les minables défenseurs carolingiens ; les martyrs chrétiens de Lyon venaient d’ailleurs et saint Martin était hongrois. Les théologiens chrétiens doivent tout au grand talmudiste Rachi ; «l’honteux traité de Troyes» de 1420 (qui donnait le royaume de France à la monarchie anglaise) est une heureuse tentative de construire la paix perpétuelle par l’union des couronnes ».

Quant à Alain Finkielkraut, il a estimé : 
« Je découvre, effaré, que ni Rabelais, ni Ronsard, ni La Fontaine, ni Racine, ni Molière, ni Baudelaire, ni Verlaine, ni Proust n’y figurent. Et si Mauriac est cité, ce n’est pas pour son œuvre, c’est pour sa critique honteusement réactionnaire du féminisme. Ainsi s’éclaire le sens de « monde » pour les nouveaux historiens. Mondialiser l’histoire de France, c’est dissoudre ce qu’elle a de spécifique, son identité, son génie propre, dans le grand bain de la mixité, de la diversité, de la mobilité et du métissage. Et c’est répondre au défi islamiste par l’affirmation de notre dette envers l’Islam. De manière générale, l’Histoire mondiale de la France remplace l’identité par l’endettement. Ici doit tout à ailleurs. De la France, patrie littéraire, ce qui surnage, c’est la traduction des Mille et Une Nuits par Antoine Galland et l’audace qui a été la sienne d’ajouter au corpus original des histoires que lui avait racontées un voyageur arabe venu d’Alep.
Instructif aussi est le récit de l’invasion musulmane de 719 à Narbonne, où les cultures se sont mêlées avant que les Francs, hélas, n’arriment par la force cette ville à leur royaume. Ceux qui, en revanche, croient pouvoir mettre au crédit de la France naissante la première traduction latine du Coran par l’abbé de Cluny Pierre le Vénérable en 1143, sont avertis que cette démarche n’était pas inspirée par la curiosité mais par une volonté de dénigrement. Et peu importe le fait que l’Islam de son côté ne pouvait pas même envisager de traduire les Écritures saintes des religions antérieures à son avènement.
Nos éminents universitaires n’ont que l’Autre à la bouche et sous la plume. Ouverture est leur maître mot. Mais ils frappent d’inexistence Cioran, Ionesco, Kundera, Levinas, tous ces étrangers qui ont enrichi notre philosophie et honoré notre littérature. Car c’est à ce «notre» qu’ils veulent faire rendre l’âme...
Le dégoût de l’identité a fait place nette de la culture. Les façonniers de l’Histoire mondiale de la France sont les fossoyeurs du grand héritage français.
« Une histoire libre », dit le journal Libération pour qualifier ce bréviaire de la bien-pensance et de la soumission, cette chronique tout entière asservie aux dogmes du politiquement correct qui ne consacre pas moins de quatorze articles aux intellectuels sans jamais mentionner Raymond Aron, ni Castoriadis, ni Claude Lefort, ni aucun de ceux qui ont médité la catastrophe totalitaire et la bêtise de l’intelligence au XXe siècle…
« Histoire jubilatoire », ajoute Libération. Ce mot – le plus insupportablement bête de la doxa contemporaine – convient particulièrement mal pour une histoire acharnée à priver la France de son rayonnement et à l’amputer de ses merveilles.
Il n’y a pas de civilisation française, la France n’est rien de spécifiquement français: c’est par cette bonne nouvelle que les rédacteurs de ce qui voudrait être le Lavisse du XXIe siècle entendent apaiser la société et contribuer à résoudre la crise du vivre-ensemble.
Quelle misère! »
« Car il existe de nombreux calendriers différents dans le monde... Pas une histoire unique mais une multitudes d’histoires enchevêtrées ». 

« Alors élargissons la focale, renversons notre point de vue, et livrons-nous avec Patrick Boucheron à ce petit exercice de « fabrique de la mémoire ».

Temps chrétien
"Saisir l’histoire par les dates revient à caresser la texture même du temps. Ou plutôt les textures. Car si l’on exprime ici la datation d’événements mondiaux dans le calendrier chrétien occidental, ce n’est pas seulement par commodité, mais pour exhiber son artifice : d’où l’importance des dates de fondation (du christianisme avec l’ère de la Passion, de l’islam avec l’Hégire, des droits de l’homme avec 1789)", a déclaré Patrick Boucheron.  Quid de la fondation du judaïsme ? Un oubli ?

Le « temps chrétien commence avec la naissance du Christ, mais l’événement qui lui donne son sens et qui fait date dans son histoire est la crucifixion ». Ou sa résurrection ? Le tableaux illustrant la crucifixion indiquent "INRI, acronyme de l'expression latine "Iesvs Nazarenvs, Rex Ivdæorvm" (« Jésus le Nazaréen, roi des Juifs »), et non "Jésus le Palestinien". Ce qui résume la condamnation réclamée par le gouverneur romain Ponce Pilate.

Ce « châtiment, ordonné par le préfet romain de Judée, Ponce Pilate, constitue peut-être l’indice le moins incertain de l’existence de Jésus pour les historiens, qui le situent en 33.  Où s’est-il déroulé ? »

« Au IVe siècle, l’empereur romain Constantin, converti au christianisme, fait ériger à Jérusalem le Saint-Sépulcre, à l’emplacement supposé du tombeau du Christ ».

« Mais il semblerait que le temps se colonise plus facilement que l’espace : alors que l’idée chrétienne s’est imposée au monde au travers de son calendrier, les lieux de mémoire restent douloureusement disputés dans la ville berceau des trois monothéismes ». Non, Jérusalem est la capitale éternelle, unie et indivisible du peuple juif, son berceau historique, spirituel. Et Jésus est né à Bethléem. Aucun Etat musulman n'a choisi Jérusalem pour capitale. Les deux villes saintes de l'islam sont La Mecque et Médine. La revendication par l'islam de Jérusalem correspond à des raisons géo-politiques.

Arte propose sur son site Internet "La crucifixion - Le scandale sacré" d'Olivier Besse. "Véritable acte de torture, le supplice de la crucifixion était initialement réservé au plus méprisable des individus. Comment l'église a-t-elle réussi à en faire le plus haut symbole de la chrétienté et le châtiment d'un seul homme, Jésus, fils de Dieu ? Pourquoi a-t-il fallu attendre le XXe siècle et l'art contemporain, pour voir des artistes se réapproprier ce symbole avec force, proposant des oeuvres provocantes et scandaleuses? Sous la forme d'une enquête menée dans différents pays, ce film montrera comment l'église a détourné, à son profit et pendant des siècles, l'image de la crucifixion en utilisant toutes les ressources possibles de l'iconographie, créant ainsi la première campagne de communication réussie de l'histoire."


France, 2013, 56 minutes
Auteurs : Olivier Besse, Corinne De thoury
Producteurs : MARA FILMS, ARTE FRANCE

« -33 - Crucifixion de Jésus » par Denis van Waerebeke

France, Les Films d’ici, 2017, 27 min
Sur Arte les 17 mars 2018 à 16 h 25 et 11 octobre 2020 à 17 h 30
Disponible du 29/08/2020 au 08/04/2021

Visuels :
Que savons-nous de la vie du Christ ? Une enquête dans les sources historiques d’une histoire que racontent surtout les disciples de Jésus, plus de trente ans après sa mort. Cet écart de temps fait le récit du Royaume d’Emmanuel Carrère : en allant l’interroger, on tentera de saisir ce qui sépare une conception confessionnelle d’une conception historique d’un tel événement. On tentera de faire l’histoire de cet écart, depuis La vie de Jésus de Renan jusqu’au récent Corpus Christi.
© Les films d'Ici
© Bridgeman


Les citations viennent d'Arte. Cet article a été publié le 15 mars 2018.

mercredi 7 octobre 2020

« Le retour de la censure ? » par Philippe Truffault


Arte diffusera le 19 septembre 2020, dans le cadre de « Philosophie », « Le retour de la censure ? » (Zurück zur Zensur?) réalisé par Philippe Truffault. Pire que la censure ? L'auto-censure en démocratie. Ou la faible appétence de journalistes pour la liberté, la raison et la vérité des faits.
De la caricature à l’affiche 1850-1918
« La caricature, tout un art ! » par Laurence Thiriat

Arte programme des « entretiens philosophiques proposés par Raphaël Enthoven. Entre profondeur et légèreté, une réflexion pour penser différemment le quotidien ».

"Philosophie" donne la "parole aux penseurs de notre temps". "Des entretiens philosophiques proposés par Raphaël Enthoven. Entre profondeur et légèreté, une réflexion pour penser différemment le quotidien. Diffusée à l'antenne tous les samedis à 23 h 15, l'émission est visible en replay pendant deux mois."

« Comment préserver notre liberté de parole et de pensée ? Faut-il accepter une diminution de nos libertés au nom d’un bien commun ? Raphaël Enthoven en débat avec Riss, le directeur de "Charlie Hebdo", et le chercheur Michel Erman ». 

« Valeur cardinale de la modernité, la liberté se voit contestée sur de nombreux fronts ».

« Il conviendrait de proscrire certains discours pour ne choquer personne, certains comportements pour préserver notre santé ou celle de la planète ». 

« Faut-il accepter une diminution de nos libertés au nom d’un bien commun ? » Et ce, alors que sous la Présidence d'Emmanuel Macron, a été votée la loi anti-fake news.

« Raphaël Enthoven s’entretient avec Michel Erman, professeur de linguistique et spécialiste de Proust, auteur notamment de Aimons-nous encore la liberté ? (Plon, 2019), et le caricaturiste et auteur de BD Laurent Sourisseau, dit Riss, directeur de la publication de Charlie Hebdo, dont Une minute quarante-neuf secondes (Actes Sud, 2019) est le dernier ouvrage en date ». 

Michel Erman
Dans « Aimons-nous encore la liberté ? »  (2019), Michel Erman, écrivain et philosophe, professeur à l’université de Bourgogne, « s’interroge sur la liberté dans le monde contemporain : aujourd’hui Vladimir Nabokov pourrait-il publier Lolita ? Serge Gainsbourg chanter avec sa fille Lemon incest ? Pierre Desproges balancer sur les ondes des propos ironiquement sacrilèges ? Il est sérieusement permis d’en douter ! » « En apparence, nous aimons la liberté, particulièrement en France, mais nous la délaissons en nous laissant souvent enfermer dans des carcans.Nous avons sans doute l’impression de mener notre vie comme nous l’entendons et de poursuivre des buts rationnels mais ne serions-nous pas sous la dépendance de nouveaux pouvoirs qui se sont installés sans que l’on s’en rende compte et qui nous poussent à une forme de servitude volontaire ? Selon moi, on en dénombre quatre : le contrôle de la parole dans l’espace public et son influence sur les mœurs (qu’il ne s’agit plus de libérer comme en 68 !), l’emprise des big data à l’ère digitale (instrument de sécurisation mais aussi de contrôle), le nouveau pouvoir de la science sur les corps, ses réalités et ses fantasmes (le transhumanisme) et, enfin, les accès de religiosité qui ont tendance à substituer les inclinations théologiques au droit. Devant ces quatre pouvoirs nous abdiquons souvent notre conscience, c’est-à-dire notre liberté de jugement, au profit de ces directeurs de conscience que sont le conformisme et le besoin de croire. Or la liberté ne s’use que si l’on n’en sert pas… »

Riss
Né en 1966, Riss rejoint La Grosse Bertha en 1991 où il rencontre Charb, Luz, Cabu, Philippe Val et toute l’équipe du futur Charlie Hebdo. En juillet 1992, il participe à la reparution de Charlie Hebdo. En 2009, à la suite du départ de Philippe Val, il partage avec Charb la direction du journal. Le 7 janvier 2015, il est blessé lors de l’attentat contre Charlie Hebdo. Il devient le directeur du journal.

Dans « Une minute quarante-neuf secondes » (Actes Sud, Coédition Les Editions Rotative, 2019), Riss « raconte  une histoire collective et son atomisation instantanée ultraviolente. C’est le récit intime et raisonné d’un événement tombé dans le domaine public : l’attaque terroriste contre Charlie Hebdo le 7 janvier 2015.À travers le solitaire trajet de l’impossible retour à l’impossible normale, Riss tente de se réapproprier son propre destin, de réhabiter une vie brutalement dépeuplée, et apprivoise l’inconfortable légitimité du rescapé qui se soustrait à sa stricte condition de victime, le choc impensable du massacre idéologique, le scandale d’une rééducation qui mêle douleur, perte, deuil, révolte et rage.“Il est impossible d’écrire quoi que ce soit” : ce sont les premiers mots de ce livre, magistralement démentis, avec une probité et un courage intellectuel rares. “Comment être à la hauteur de ce qui nous est arrivé ?” : C’est l’insoluble obsession qui accompagne jour après jour son auteur. Question qui nous engage, nous autres lecteurs à qui, aussi, en un sens, Charlie Hebdo est arrivé ».


« Le retour de la censure ? » réalisé par Philippe Truffault
France, 2020, 26 min
Présentation : Raphaël Enthoven
Invités : Riss et Michel Ermann
Sur Arte le 19 septembre 2020 à 23 h 20
Disponible du 02/09/2020 au 19/11/2020

Articles sur ce blog concernant :
Les citations proviennent d'Arte.