Citations

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« La lucidité est la blessure la plus rapprochée du Soleil. » (René Char).
« Il faut commencer par le commencement, et le commencement de tout est le courage. » (Vladimir Jankélévitch)
« Notre métier n’est pas de faire plaisir, non plus de faire du tort. Il est de porter la plume dans la plaie. » (Albert Londres)
« Le plus difficile n'est pas de dire ce que l'on voit, mais d'accepter de voir ce que l'on voit. » (Charles Péguy)

mardi 26 mars 2019

« Sigmaringen, le dernier refuge » par Serge Moati


Arte rediffusera le 26 mars 2019 à 20 h 50 « Sigmaringen, le dernier refuge » (Sigmaringen, Hauptstadt Frankreichs), docufiction réalisée par Serge Moati. « En septembre 1944, sur ordre de Hitler, le gouvernement de Vichy est exilé à Sigmaringen, en Allemagne. Serge Moati retrace les derniers combats de la collaboration française dans un ambitieux documentaire-fiction ».

« Après les débarquements de juin en Normandie et d'août en Provence, l'heure de la reconquête a sonné pour la France libre ».

« Acclamé par les Parisiens, le 26 août 1944, le général de Gaulle descend les Champs-Élysées ».

Le Führer Adolf Hitler « exfiltre » au château de Morvillars, près de Belfort, le maréchal Philippe Pétain et son gouvernement. Et ce, en songeant à la victoire militaire qu’il espère sur les Alliés, tant sur le front à l’Est que sur les fronts à l’Ouest.

Les tensions entre d’une part le maréchal Pétain et Pierre Laval, vice-président du Conseil des ministres (juillet-décembre 1940) et chef du gouvernement (1942-1944) du régime de Vichy, et d’autre part les Nazis incitent ces derniers à chercher une solution à l’apparente légalité, en jouant sur les divisions et rivalités entre Français : Fernand de Brinon, journaliste, politicien et délégué général du gouvernement français dans les territoires occupés (1940-1944), arrivé à Sigmaringen, Marcel Déat - fondateur en 1941 du Rassemblement national populaire, parti « socialiste et européen » pro-occupant nazi et ministre du Travail et de la Solidarité nationale (mars-août 1944) - à Nancy favorable à un gouvernement « national-révolutionnaire » pro-allemand, Jacques Doriot et ses affidés du PPF (Parti populaire français) vivant à Neustadt an der Weinstraße dans le Palatinat près du gauleiter Josef Bürckel avançant l’idée d’un gouvernement révolutionnaire et anti-communiste.

Le 1er septembre 1944, la « Commission gouvernementale française pour la défense des intérêts nationaux » est proclamée.

Après les avancées des Alliés, les Allemands nazis transfèrent le 7 septembre 1944 Pétain, Laval et leurs proches en Allemagne.

Le 8 septembre 1944, « de l'autre côté du Rhin, la France de la collaboration prend ses quartiers dans le château de Sigmaringen, dont Hitler a chassé la famille princière des Hohenzollern ».

Située dans le sud-ouest de l’Allemagne, dans l’actuel land du Bade-Wurtemberg, sur le Danube, « devenue « territoire français », la petite ville souabe héberge, sur instruction du Führer, la « pseudo-capitale » de la France en exil » qui se dote de fanfares, journaux, timbres, « Radio-Patrie »…

A Sigmaringen, se retrouvent un millier de Français collaborateurs, dont une centaine de dirigeants du régime de Vichy – arrivé le 8 septembre 1944, le maréchal Pétain refuse de se rendre aux séances de la Commission, Pierre Laval, etc. -, plusieurs centaines de membres de la Milice française et de membres des partis collaborationnistes, la rédaction de l’hebdomadaire collaborationniste et antisémite Je suis partout – ses directeurs ont été Robert Brasillach puis  Pierre-Antoine Cousteau -, le membre de l’Académie française, ministre de l'Éducation nationale et de la Jeunesse (1942-1944) et conseiller municipal de Paris surnommé « gestapette » Abel Bonnard, l’écrivain et médecin Louis-Ferdinand Céline – celui-ci évoque son séjour dans D'un château l'autre (1957) -, l'acteur Robert Le Vigan, l'écrivain, journaliste et critique cinématographique Lucien Rebatet, des attentistes et leurs proches. Soit plus de deux mille civils français.

« Convaincue que le Reich peut encore gagner la guerre, la colonie française poursuit ses combats au service d'une « France allemande ». Réunis dans l'immense bâtisse à tourelles, les membres de la Commission gouvernementale, que préside Fernand de Brinon, s'acharnent à jouer un simulacre de pouvoir » en feignant d’assurer la continuité du régime de Vichy exilé dans cette enclave française au sein du IIIe Reich.

Rappelons que le 10 septembre 1944, est formé le gouvernement de Charles de Gaulle à Paris.

Si le maréchal Pétain, ses ministres et leurs familles résident dans le château de Sigmaringen, les autres habitent dans les écoles et gymnases, dans des hôtels - le Bären, le Löwen -, chez les Allemands…

Présidée par Fernand de Brinon, la Commission a pour secrétaire d'État à l'Intérieur Joseph Darnand, pour commissaire à l'Information Jean Luchaire, pour commissaire aux prisonniers de guerre français Général Eugène Bridoux, et pour ministre du Travail Marcel Déat.

Joseph Darnand part rapidement combattre en Italie, où il est fait prisonnier.

Pour sa part, Jean Luchaire lance le quotidien La France qui est publié jusqu’au 13 mars 1945 et vise le lectorat local.

Le général Eugène Bridoux fait des apparitions épisodiques aux séances de la Commission.

Quant à Marcel Déat, il fait publier par La France ses décrets et place dans le champ de son « ministère » la situation des travailleurs du STO (Service du travail obligatoire) et des prisonniers français en Allemagne.

Jacques Doriot ? Le 8 janvier 1945, il fonde le « Comité de libération française », et le 23 février 1945 il est mortellement touché lors du mitraillage de la voiture du conseiller d'ambassade Struve qui le convoyait.

Les victoires militaires du général de Lattre – libération de Colmar le 9 février 1945 – suscitent la panique chez les exilés à Sigmaringen.

Le 21 avril 1945, le 1er corps d'armée français du général Béthouart atteint Donaueschingen, à 60 km de Sigmaringen. Ce général reçoit l’ordre du général de Lattre de s’emparer de Sigmaringen au plus tôt.

En raison des avancées des troupes Alliées, les Allemands nazis amènent à l’aube le maréchal Pétain, son épouse et certains de ses collaborateurs vers Wangen, à l'est du lac de Constance.

Le 23 avril 1945 marque la fin de cette « Commission gouvernementale française pour la défense des intérêts nationaux ».

L’Armée française s’empare aisément de Sigmaringen  où s’opposent à elle des Allemands et d’anciens miliciens.

Le maréchal Pétain entre en Suisse le 24 avril 1945 et est remis aux autorités françaises à Vallorbe le 26 avril 1945.

N’ayant pas obtenu l’asile en Suisse, Pierre Laval fuit en Espagne où l est interné pendant trois mois et, le 2 août 1945, il est remis au gouvernement provisoire français présidé par le général de Gaulle.

Arrêté par les troupes américaines près d’Innsbruck, Fernand de Brinon est remis aux autorités françaises, amené en France en mai 1945. Condamné à mort en mars 1947, il est exécuté le 7 avril à la prison de Fresnes.

Le nord de l’Italie s’avère la destination d’autres Français.

Jean Luchaire rejoint Merano (Alpes italiennes). Il se rend à la police militaire américaine, mais il n’est pas incarcéré. Reconnu par des agents français, il est emprisonné à Milan, puis ramené en France en juillet 1945. Condamné à mort le 23 janvier 1946, il est fusillé le 22 février 1946 au fort de Montrouge.

Après avoir traqué les résistants italiens, Joseph Darnand est arrêté le 25 juin 1945 par les Britanniques, et remis peu après aux autorités françaises. Condamné à mort le 3 octobre 1945, il est fusillé au fort de Châtillon le 10 octobre 1945.

Quant au général Bridoux, il est arrêté par les troupes américaines en mai 1945 et conduit en France. Détenu au fort de Montrouge, il est conduit à l’hôpital du Val-de-Grâce dont il s’échappe. Il fuit en Espagne où il décède en 1955. La Haute cour de justice l’avait condamné à mort en 1948.

Avec l’aide de membres de l’Eglise italienne, Marcel Déat se cache dans la péninsule italienne où il meurt en 1955.

« Vichy en terre nazie »
« Dans un documentaire-fiction passionnant, Serge Moati éclaire le dernier acte de cette odieuse tragédie que fut la collaboration. Ce film raconte, de septembre 1944 à avril 1945, les huit mois de querelles et d'errements des derniers zélateurs de la collaboration ».

« Guidé par les souvenirs d'un jeune officier de santé affecté auprès du maréchal Pétain, Serge Moati construit un récit haletant, ponctué de scènes de fiction dans lesquelles les principales figures de ce Vichy en terre nazie – comme Fernand de Brinon, sa secrétaire Jacqueline, Joseph Darnand et Jean Luchaire – sont incarnées par des comédiens, le médecin étant campé par Pierre Hancisse, de la Comédie-Française ».

« Par un montage fluide et harmonieux d'archives, de décryptages d’historiens (Bénédicte Vergez-Chaignon, Jean-Paul Cointet, Otto Becker), de dialogues rapportés par des mémorialistes et mis en scène, et de témoignages d'Allemands, dont celui du prince de Hohenzollern, Serge Moati signe un film passionnant, ancré dans le décor même de ce « château de la trahison », comme le surnommeront les troupes de la « France, enfin libre ».

La "docufiction" m'a déconcertée par les contrastes entre des archives intéressantes et des scènes "fictives" faibles.

Propos recueillis auprès de Serge Moati par Christine Guillemeau pour Arte

« Cette page noire me fascine et m’horrifie. Faisant partie d’un réseau socialo-gaulliste, mon père, résistant, a été déporté. Il se trouve que celui qui l’a arrêté, Georges Guilbaud (*) a poursuivi ses œuvres à Sigmaringen, où il a été ambassadeur auprès de la République de Salo. J’ai découvert cela il y a une dizaine d’années, en écrivant Villa Jasmin, un roman inspiré de l’histoire de ma famille. À partir de là, j’ai commencé à m’intéresser à Sigmaringen. À tenter de chercher des réponses à ces questions : comment ces Français, qui ont cru jusqu’au bout à la victoire hitlérienne, ont-ils pu vivre reclus dans cet incroyable château, perché au-dessus du Danube ? Comment ont-ils pu aller jusqu’au bout de leur folie, de leur haine des gaullistes, des communistes, et des juifs pour servir leurs maîtres nazis ? Il ne faut pas oublier que des Waffen-SS français ont poussé jusqu’à Berlin, en avril 1945, pour défendre le bunker d’Hitler… »

« J’ai lu des dizaines d’ouvrages sur cette période, et l’un d’eux, Philippe Pétain, le prisonnier de Sigmaringen, m’a inspiré pour la dramaturgie du film. Préfacé par Jacques Isorni, l’avocat du maréchal à son procès, ce livre de souvenirs est écrit par G. T. Schillmans, un jeune médecin prisonnier, libéré d’un stalag pour remplacer, au chevet de Pétain, le docteur Ménétrel, qui a été arrêté. Ce jeune homme décrit bien l’atmosphère au sein de la colonie d’exilés français. Il nous ressemble. Il est notre regard sur ce funeste microcosme ».

« J’aime ce genre [docufiction] car il permet de rendre l’histoire plus accessible en l’incarnant. Pour mon « casting », j’ai cherché bien sûr une ressemblance physique... Mais c’est surtout le talent de tous ces comédiens qui m’a retenu. C’est une tragi-comédie sur la fin d’un monde. Un épisode très méconnu de notre histoire. Un personnage m’intrigue, celui de Jacqueline, la secrétaire du « Président » de Brinon, qu’interprète Julie Debazac. Cette femme, que certains soupçonnent d’avoir été une taupe du Deuxième Bureau de la France libre, a disparu sans laisser de traces, après la guerre. Le médecin et elle ont été au cœur de cet enfer ».

Avant les repérages, j’avais peur du lieu, empli pour moi de fantômes. Une fois sur place, j’ai trouvé le château magnifique et impressionnant. J’ai été touché par la courtoisie du prince de Hohenzollern dont la famille a été chassée de son château du jour au lendemain par les nazis. J’ai eu la chance de tourner avec une équipe franco-allemande formidable. Et le soir, nous partagions, comédiens et techniciens, des moments joyeux sur les lieux mêmes où s’est passée cette terrible histoire ».

(*) délégué à l’information de Pétain en Tunisie, chargé de « mission spéciale »
    

« Sigmaringen, le dernier refuge » par Serge Moati
Arte France, Belvédère Productions, Filmtank, 2017, 78 Min.
Scénario : Serge Moati et Aude Vassallo
Avec Pierre Hancisse, de la Comédie-Française (le jeune docteur), Christophe Odent (Fernand de Brinon), Julie Debazac (la secrétaire de Brinon), Bernard Blancan (Joseph Darnand), Thomas Chabrol (Jean Luchaire)
Sur Arte les 29 août 2017 à 20 h 50, 26 mars 2019 à 20 h 50

Visuels 
Le château de Hohenzollern – Sigmaringen vu du Danube
© Serge Moati et Gérard de Battista

Jacqueline, la secrétaire de Brinon (Julie Debazac)
Le jeune docteur (Pierre Hancisse)
Serge Moati (réalisateur)
© Victor Moati

A lire sur ce blog :
Les  citations sont extraites du site d'Arte. Cet article a été publié le 28 août 2017.

lundi 25 mars 2019

« La France sans les juifs. Emancipation, extermination, expulsion » par Danny Trom


Chercheur au CNRS, Danny Trom étudie dans « La France sans les juifs. Emancipation, extermination, expulsion » les raisons de l’émigration juive d’Europe, notamment de France, dans le cadre de la construction européenne délitant des Etats-nations souverains et vitupérant la politique de l’Etat d’Israël, et dans l’indifférence, voire le soulagement général. Le 25 mars 2019, de 19 h 30 à 21 h 30, l’Institut Elie Wiesel organisera la conférence de Danny Trom intitulée « Existe-t-il une tradition politique juive ? » Signature en fin de soirée. Le 20 juin 2019, à 20 h, l'Espace Rachi accueillera la conférence exceptionnelle "Hors d'Israël, point de salut ?avec notamment Danny Trom.

« Chasser les juifs pour régner » par Juliette Sibon 
Antisémitismes de France 
« La France sans les juifs. Emancipation, extermination, expulsion » par Danny Trom
« La condition juive en France. La tentation de l’entre soi » par Dominique Schnapper, Chantal Bordes-Benayoun et Freddy Raphaël
Un sondage français biaisé sur l’évolution de la relation à l’autre
Interview de Maitre Axel Metzker, avocat de la famille Selam
Le procès du gang des Barbares devant la Cour d'assises des mineurs de Paris (1/5)
Spoliations de Français juifs : l’affaire Krief (version longue)

Chercheur au CNRS, Danny Trom « développe une approche de l’expérience des collectifs politiques modernes, à la croisée de la sociologie et de la théorie politique ».

A un siècle de distance, c’est lors de la dernière décennie de la fin du XXe siècle que le « problème juif » a resurgi en Europe, notamment en France. Et ce, non pas malgré la Shoah, mais parce qu’il « y a des juifs en France, parce qu’il y en a encore ».

C’est sur ce constat tragique que s’ouvre le livre « La France sans les juifs. Emancipation, extermination, expulsion » de Danny Trom. Un titre sans verbe. Mais avec un triptyque de substantifs qui claquent comme autant d'injonctions intemporelles ou d'impératifs inéluctables. Manque la spoliation. Un oubli d'autant plus grave que le "gouvernement des juges" en signe les actes.

L’auteur y désigne les juifs avec un "j" minuscule. Un choix typographique ayant un sens : Danny Tromp désigne non le peuple Juif, mais les individus juifs ayant conclu depuis des siècles une « alliance verticale » avec le pouvoir politique, royal puis républicain.

« Les juifs ne furent jamais un acteur politique en Europe… Leur mode d’existence les en exemptait... L’alliance royale selon laquelle le pouvoir politique leur accordait protection, leur suffisait ». Avec la Révolution française, et la République, une nouvelle transaction est imposée aux juifs qui l’acceptent : « leur dépolitisation ou neutralisation en tant que peuple en échange de la citoyenneté conférée à chaque individu juif » et d'une sécurité assurée.

C’est sur ce terreau d’un Etat-nation souverain que les citoyens Israélites, puis Français juifs se sont enracinés. Mais ce terreau a subi des secousses profondes - détestation par des élites de l'Etat-nation, haine de soi associée à une repentance d'une France sélective dans ses mea culpa, récusation des racines judéo-chrétiennes de l'Europe, etc. - qui ont influé négativement sur la condition juive. Et on assiste à un effondrement de la condition juive et à l'effacement des Juifs en France, et dans l'ensemble de l'Europe au début du XXIe siècle.

Les « juifs importent en Europe en tant qu’ils ont disparu et parce que leur destruction a été une condition de l’édification de l’Europe. Après l’épisode nazi et la collaboration d’Etat en France, la défiance à l’égard de l’Etat moderne… prit résolument le dessus. La construction européenne vint signer le début de la fin de l’Etat-nation souverain et aucune instance crédible ne vient s’y substituer pour fonder une nouvelle alliance. Il n’est dans la nature ni dans le pouvoir d’une technostructure [européenne] d’accorder ce genre de protection ».

Dans ce cadre, l’attachement des juifs européens, en particulier français, à l’Etat d’Israël comme Etat-nation, semble un « anachronisme décevant pour les porteurs d’une Europe illimitée » géographiquement, une « pratique unilatérale déclarée révolue... Que le scandale cesse et l’esprit de l’Europe parviendra à sa complétude, pensent-ils ». Alors pourquoi ce soutien de l'Union européenne (UE) à la création d'un "Etat palestinien" ? Parce que cet Etat terroriste détruirait l'Etat-nation Juif ?

« Aujourd’hui une guerre d’un autre genre est déclarée contre les juifs en France, donc contre le reste des juifs en Europe ». Mais l'auteur n'indique pas tous ceux qui ont déclaré cette guerre aux Juifs.

Évoquant les migrations internes en France - déménagements loin de cités ou quartiers hostiles - et l’émigration des juifs de l’hexagone - alors que le dicton affirmait « Heureux comme Dieu en France », Danny Trom souligne la particularité juive : « Les juifs sont un opérateur de l’entremêlement de la France et de la République ».

Il alerte sur « l’éclosion d’un antisémitisme désormais actif, attribuable à une génération d’enfants immigrés ou d’origine immigrée - mais pas exclusivement… Les juifs ne sont pas poussés à la sortie par quelques islamistes fanatiques mais par le terreau sur lequel ils prospèrent…. Il s’est développé en France, dans des territoires géographiques mais également dans des territoires de la pensée, une culture du ressentiment à l’égard des juifs qui n’a rien à voir avec l’islam… Pour le cerner de manière imagée, il est constitué de toutes les déclinaisons possibles du slogan « deux poids, deux mesures »… Mais quel est ce bien que les juifs ont confisqué ?... On ne pourra pas restaurer la quiétude des juifs parce que la parole et l’agitation plébéienne s’est installée depuis longtemps ».

Et l’auteur s’interroge : s’achemine-t-on vers « l’ère de l’émancipation de la France des juifs ? Une émigration de masse ». Ce départ suscite une indifférence, « un soulagement maladroitement dissimulé ».

Danny Trom considère que 1948 - refondation de l'Etat d'Israël - et 1967 - guerre des Six-Jours - constituent deux césures différentes pour les juifs européens. Il le démontre en analysant les réactions de Raymond Aron, politologue, philosophe, sociologue et journaliste français juif athée, défenseur du libéralisme, affirmant en 1967, lors de la Guerre des Six-jours, « Ce petit Etat  [Israël] qui n’est pas le mien, s’il venait à disparaître, m’ôterait jusqu’à l’envie de vivre », et de la philosophe et journaliste juive née en Allemagne et vivant aux Etats-Unis, Hannah Arendt, tous deux inquiets et bouleversés par le risque de destruction de cet Etat-nation. Il se focalise sur ce que représente pour les juifs français l'Etat juif et l'influence de cet Etat-nation sur la condition juive.

Ce sociologue et politologue démonte la « fable de la construction européenne » visant à « bâtir un Empire prospère, mais pacifique… L’Europe s’édifie sur le consentement et la paix, dit la fable. En réalité, elle s’édifie d’abord sur la défaite et sur le crime », la Shoah. Mais Danny Trom n’évoque pas ce que doit l’Union européenne aux « cercles intellectuels et politiques issus de la Révolution nationale » (Antonin Cohen), à ces "pères fondateurs" admirateurs de régimes autoritaires ou attentistes (Robert Schuman et Jean Monnet) ainsi que de juristes sous le IIIe Reich d’Hitler (Walter Hallstein, premier président de la Commission de la Communauté économique européenne) ou Eurabia décrit par l’essayiste Bat Ye’or.

Et si cette construction européenne ne visait qu'à réédifier pacifiquement "l'Europe allemande" forgée par le IIIe Reich belliciste et libérée par des Etats-nations, dont les Etats-Unis, en 1944-1945 ? D'où cette accélération fédéraliste dès la présidence Mitterrand, cette monnaie commune dénommée euro et consacrant la surévaluation d'une économie germanique hégémonique et cette haine des élites politiques européennes envers ces "populistes" ou souverainistes attachés à leur Nation, pays, Histoire. Une Europe nazie qui a voulu exterminer le peuple juif. Et une Union européenne à la diplomatie anti-israélienne et rechignant à lutter contre la haine des juifs.

Répliques
"L’hémorragie ne se voit pas beaucoup parce que les Juifs partent en quelque sorte un par un. Mais, depuis 2000, cela fait une partie importante de la communauté. La question n’est pas quantitative. Les juifs ont perdu leur quiétude en France. On ne trouvera pas une seule personne qui se dit juive qui n’ait pas songé qu’elle serait amenée à se poser cette question. C’et une question d’actualité. Elle est devenue notre actualité. La France sans les juifs, c’est rentré dans l’imagination de tous », a déclaré Danny Trom, chargé de recherches au CNRS et auteur de La France sans les Juifs - l'auteur a enlevé le point d'interrogation dans son titre -, dans Répliques, émission animée par Alain Finkielkraut sur France Culture le 2 mars 2019.

Et d'ajouter : « On n’est pas dans la situation des années 1930. L’antisémitisme vient de la société et pas de l’Etat qui n’a pas voulu voir que les dominés peuvent être acteurs de violences antisémites et la parole de l’Etat, du pouvoir, qui devait être une parole d’autorité, n’était pas entendue. Dans la société, les corps intermédiaires n’ont pas joué leur rôle. La régulation sociale ne s’est pas faite ; l’ascension sociale n’a pas eu lieu. L’Etat tente de reprendre la main, mais il n’est pas entendu. Pire, quand il dit les choses avec force, il semble [accréditer l’idée] que les juifs dominent la République. Le rituel de réassurance des juifs n’a pas d’impact dans la société car on est dans une situation de défiance énorme à l’égard de l’Etat, des élites. L’Etat est débordé. On est dans une démocratie libérale ; il y a des limites ».

On peut regretter que Danny Trom n'ait pas tiré toutes les conséquences de ses analyses : la construction européenne résulte de décisions politiques nationales, l'affaire al-Dura, icône médiatique de l'Intifada II déclenchée par Arafat en 2000, a été diffusée par le fleuron du service public audiovisuel français qui n'a jamais présenté de rectificatif ou d'excuse, les appels aux boycotts d'Israël ne font jamais l'objet de poursuites du parquet parisien placé sous l'autorité du ministère de la Justice, un "gouvernement des juges", composés d'agents publics rémunérés par l'Etat, ruine et spolie des Français juifs, donc nul besoin de lois antisémites n'est nécessaire, etc. Etc. Etc.

Le 11 avril 2019 à 18 h, à la Librairie Les Cahiers de Colette, Danny Trom présenta son livre et l'a dédicacé.

Le 20 juin 2019, à 20 h, l'Espace Rachi accueillera "la conférence exceptionnelle "Hors d'Israël, point de salut ?avec Danny Trom, checheur en sociologie politique au CNRS et à l'EHESS, auteur des livres " Persévérance du fait juif" (Seuil, EHESS, Gallimard), excellent ouvrage où l'auteur fait une théorie politique de la survie du peuple juif à partir de la Méguila Esther, et "La France sans les Juifs" (PUF) où le titre est assez explicite. Le Rav Julien Darmon, chercheur en sociologie politique et auteur de "L'Esprit de la kabbale" (Albin Michel), viendra étayer ce que nous disent les textes millénaires. Avishag Zafrani, philosophe, auteure de "Le défi du nihilisme, Ernst Bloch et Hans Jonas" (Hermann), la finesse de son esprit de synthèse mettra en lumière les divergences entre nos deux intervenants. Une conférence organisée par POL'ETHIQUE à l’occasion de la parution du quatrième numéro de la revue de pensée juive L’Éclaireur édité par les EEIF et avec le soutien de NOE pour la jeunesse.

 "Y a t-il encore une solution politique juive pour les juifs en France et plus largement en diaspora ? Que nous dit la tradition sur le fait de vivre en diaspora? Est-elle encouragée ou bien sceptique ? Le sionisme politique et la naissance de l’Etat d’Israël donnent l’impression d’un réinvestissement moderne du politique par le peuple juif, après une longue éclipse remontant aux débuts de l’exil. Cette vision oublie qu’il existe bel et bien une pensée et une pratique politiques ininterrompues, notamment théorisées dans les commentaires traditionnels du Livre d’Esther. Mais alors, l’Etat hébreu rompt-il avec la conception traditionnelle du pouvoir ou en est-il le prolongement ?"

"Par ailleurs, la naissance d’Israël et le fait qu’un Juif sur deux y réside aujourd’hui a induit une sorte de prédominance reléguant la diaspora à un « réservoir » d’immigrants potentiels. Or le peuple juif dans son ensemble n’a-t-il pas tout à perdre si la diaspora renonce à jouer un rôle actif dans le devenir de l’être juif ? Comment la pensée juive appréhende le politique et comment repenser les relations entre Israël et la diaspora."


Danny Trom, « La France sans les juifs ». PUF, collection Emancipations, 2019. 160 pages. ISBN : 978-2-13-081540

Le 25 mars 2019, de 19 h 30 à 21 h 30
A l’Institut Elie Wiesel
119 rue La Fayette, 75010 Paris

Le 11 avril 2019 à 18 h
A la Librairie Les Cahiers de Colette
23/25, rue Rambuteau. 75004 Paris
Danny Trom viendra présenter son livre La France sans les juifs.

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Les citations proviennent du livre.

mercredi 20 mars 2019

« Portraits de femmes de la Bible par 32 artistes contemporains »


 Le livre « Portraits de femmes de la Bible par 32 artistes contemporains  » résulte d'une commande de Patrick Amsellem, d’Echo international, en 2004Article republié en ce jour du jeûne d'Esther, de la fête juive de Pourim (14 Adar) 5779.  

« Saviv saviv / סביב סביב » de Carole Benzaken

Les personnages et les récits de la Bible ont inspiré de nombreux peintres, graveurs et sculpteurs renommés. Botticelli, Dürer, Michel-Ange, Raphaël, Le Tintoret, Véronèse, Rubens, Poussin, Van Dyck, Rembrandt, Chassériau, Picabia, Klimt, Picasso… La liste de ces maîtres est longue.

Depuis plus d’un siècle, les artistes ont délaissé les thèmes bibliques. Vraisemblablement par osmose avec la sécularisation de sociétés occidentales et le rejet de la figuration au profit d'un art  abstrait conceptuel.

C’est donc une initiative originale qu’a eue Patrick Amsellem, d’Echo international. Il a demandé en 2004 à des artistes – dessinateurs, peintres, sculpteurs - de créer une œuvre inspirée des femmes de la Bible afin de « mettre en exergue leur modernité. Discrètes ou mises en avant, ces femmes restent étroitement liées à l’histoire politique et religieuse du peuple d’Israël. Elles ne sont pas décrites dans l’Ancien Testament de façon dépréciative tant sur le plan spirituel, moral qu’intellectuel », écrit-il.

Il s’est donc adressé à trente-deux artistes de toutes générations, aux disciplines artistiques et aux styles différents, et aux origines variées : certains sont européens, d’autres argentins, israélien, africains et japonais.

Il leur a laissé « carte blanche » pour traiter de Lilith, Eve, Sarah, Rébecca, Rachel et Léa, Tsippora, Déborah, Dalila, Bethsabée, Esther, Judith et Suzanne. Ces treize figures ne sont pas toutes des héroïnes juives. Elles constituent une gamme de sentiments et de situations éternels : « Femme aimante, amoureuse, amante, épouse, mère, femme démon, sœur, prophétesse, reine, patriote, femme politique, poétesse, salvatrice, guerrière, courtisane, séductrice, veuve ou encore femme stérile demandant à donner la vie... »

Esther
Pourim "rappelle la délivrance de la communauté juive exilée en Perse (vers - 520), grâce au courage d'Esther et de son cousin Mardochée pour contrecarrer le décret d'extermination d'Aman. Le mot Pourim est un mot perse qui signifie " tirage au sort ", car Aman tira au sort la date du 14 adar pour exterminer les Juifs. 

Par reconnaissance à l’Éternel, les Juifs se réjouissent en accomplissant quatre mitsvot (prescriptions de la Torah) lors de la fête de Pourim marquée aussi par le jeûne d'Esther (11 Adar) :
- la lecture de la méguilat (Livre) d'Esther le soir et le matin ; 
- le repas de Pourim (michté) ;
- l'envoi de mets entre voisins, michloah manot ;
- les dons aux pauvres (matanot laévionim)".

Oeuvres
Le résultat ou plutôt les résultats de cette « commande » ? Surprenants, parfois déroutants (« Lilith et Eve » de Christophe Pillet, « Esther » de Carole Benzaken), rarement classiques (« Déborah » de Valérie Favre, « Rébecca » de Fabio Rieti).

Les œuvres : huile, acrylique ou technique mixte sur toile, création par logiciel, sculpture en verre et pierre, pastel, photo et texte, polyptique, etc. Elles ont été mises en vente lors de l’exposition les réunissant en février 2005 à la Galerie Nikki Diana Marquardt, place des Vosges à Paris.

Aucun artiste n’est intimidé par cette manière indirecte de se confronter à ses illustres aînés. Henri Cueco rend hommage à Rembrandt en peignant Bethsabée. D’autres créateurs intègrent la femme de la Bible dans leurs univers. Ainsi Marc Goldstain, fidèle au réalisme urbain, dépeint « Rébecca aux Fontaines du Parc André Citroën ».

Parfois, l’artiste retient un élément emblématique. Monique Frydman s’intéresse aux prénoms de l’épouse d’Abraham : « Sara-Saraï-Sarah », symboles d’étapes fondatrices. Quant à Philippe Favier, il retient le palmier pour évoquer « Déborah ».

Sur Lilith, sont proposées plusieurs visions : celle onirique de Ricardo Mosner, celle pleine d’assurance et aux couleurs vives de l’Israélienne Alona Harpaz et celle démultipliée de Orlan qui se réfère aussi à la Vénus de Botticelli.

Ce livre bilingue (français/anglais), beau et clair a accompagné l’exposition en 2005 à la Galerie Nikki Diana Marquardt. Patrick Amsellem et Philippe Goury ont rédigé les récits concis des femmes de la Bible. Anne Deroy a écrit de courtes biographies des artistes.

Une réserve : il manque un sommaire à cet ouvrage non paginé.

Ruth n'est pas illustrée. Le Livre de Ruth est lu lors de la fête juive de Chavouot (3 juin au soir au 5 juin 2014 au soir ; 23 mai au soir-25 mai 2015, 6 et 7 Sivan 5775) au cours de laquelle sont célébrés le don de la Torah sur le mont Sinaï et le début de la saison de la moisson du blé.

Le 21 juin 2017 à 20 h 30, le Cercle d'études de judaïsme Benno Gross à Tel Aviv a proposé le cours de Gabriel Abensour "Les femmes du Talmud, trois juives, trois opinions" ; "Après avoir consacré 4 cours aux figures rabbiniques du Talmud et à leurs controverses si actuelles, nous consacrerons ce dernier cours à trois figures féminines du Talmud, Rahel, Brouria et Yalta. À travers elles, c’est trois approches différentes du féminin que nous découvrirons, trois façons d’envisager les rapports hommes/femmes au sein du judaïsme. Deux fois par mois retrouvez Gabriel Abensour autour du texte d‘un grand débat talmudique pour une étude interactive dont l’objectif est de comprendre tant sur le fond que sur la forme le fonctionnement de la “makhloket”.



« Portraits de femmes de la Bible par 32 artistes contemporains ». Préface de Patrick Amsellem. Ed. Paris Musées-Echo International-Tiempo, 2004. 100 pages. ISBN : 2-87900-878-6

Visuels :

Ce rouleau d'Esther de 1746 est conservé par la Bibliothèque Gottfried Wilhelm Leibniz de Hanovre. L'artiste de ce rouleau est Wolf Leib Katz Poppers, scribe Juifs et  illustrateur né à Hildesheim.
Rouleau manuscrit dans un étui en bois, avec un cahier explicatif signé Falk Wiesemann, Taschen. Edition multilingue: allemand, anglais, français, hébreu. 642 x 33,5 cm, 194 pages. 

Articles sur ce blog concernant :
Cet article a été publié en février 2005 par L'Arche, et le 27 juillet 2011, puis le :
- 30 janvier 2013 - après l'intervention sur Radio J, le 27 janvier 2013, de Nina s'indignant de l'absence des femmes à la tribune des orateurs lors du colloque de l'UPJF le 13 janvier 2013 ;
- 28 décembre 2013. Josy Eisenberg évoquera la femme de Loth le 29 décembre 2013 sur France 2 ;
- 2 juin 2014.
-  en ce jour du jeûne d'Esther (11 Adar, 21 février 2013, 4 mars 2015), veille de la fête juive de Pourim 5775 ;
- 22 mai 2015. A l'approche de la fête juive de Chavouot (23 mai au soir-25 mai 2015, 6 et 7 Sivan 5775) qui rappelle le don oral de la Torah, sur le mont Sinaï, au peuple Juif ;
- 12 mars et 20 juin 2017, 27 février 2018 à l'approche du jeûne d'Esther, de la fête juive de Pourim (14 Adar) 5778.   

mardi 19 mars 2019

« Les évadés de Rawa Ruska, témoins de la Shoah » par Chochana Boukhobza


Toute l'Histoire rediffusera le 21 mars 2019 à 18 h 43 « Les évadés de Rawa Ruska, témoins de la Shoah », documentaire bouleversant par Chochana Boukhobza. Au camp nazi disciplinaire de Rawa Ruska, ville située en Galicie ukrainienne près de la frontière polonaise, étaient envoyés des soldats, généralement français, détenus comme prisonniers de guerre ayant tenté de s’évader ou ayant commis des actes de sabotage. 


Dès 1940, des « soldats français, enfermés dans des camps de prisonniers en Allemagne, s'évadent pour tenter de rejoindre la France ». La Convention de Genève reconnait aux prisonniers de guerre le droit de s'évader.

« Plusieurs fois repris, 25 000 d'entre eux sont alors envoyés dans un camp de répression à l'Est, situé à Rawa Ruska, en Galicie » ukrainienne. Forte de 30 000 habitants, cette ville est « située à la frontière entre l’Ukraine et la Pologne, à quelques kilomètres des lieux de l’extermination nazis », le « Judenkreiss » (Triangle de la mort). Cette cité se trouve dans un angle d’un triangle dont le sommet a pour nom Treblinka. Dans l’angle opposé, vers l’ouest : le camp d’Auschwitz. Cette région ukrainienne s'avère une des principales zones d’extermination des Juifs européens, par les Einsatzgruppen.

Les Ukrainiens accueillent avec joie les Allemands après leur rupture du pacte germano-soviétique et leur offensive vers l'Est. A Lwów, les Allemands découvrent dans les prisons des cadavres d'Ukrainiens, et ils désignent à la vindicte populaire les Juifs comme boucs-émissaires. Les Ukrainiens provoquent un pogrom.

Dans ce camp, avant l’arrivée des militaires français, la quasi-totalité des officiers et soldats russes y étaient morts de faim, de froid, et de mauvais traitements. Les Juifs portaient les cadavres de Russes dans les fosses communes.

Les "fortes têtes" sont affectés au Stalag 325 du camp de répression à Rawa Ruska. En juillet 1942, devant l'insistance de la Croix-Rouge à visiter ce Stalag, les dirigeants du camp envoient des détenus dans des sous-camps, améliorent la présentation du camp, etc. Ce Stalag sera démantelé en janvier 1943. Les prisonniers sont envoyés en Poméranie ou chargés de déblayer les ruines de villes bombardées par les Alliés. Les tentatives d'évasion se poursuivent. Un des prisonniers alerte par un rapport sur la Shoah.

Le camp n'était pas illuminé le soir. Pour se débarrasser des poux, des prisonniers français utilisent le chlore. Si celui-ci s'avère efficace contre les poux, il brûle les cordes vocales des prisonniers. Près d'une centaine de prisonniers empruntent un tunnel pour s'évader. Ils sont traqués : certains sont abattus par les Nazis, d'autres parviennent à Varsovie et, avec l'aide de la Croix-Rouge, rejoignent Paris par train. D'autres encore, repris et ramenés au camp.

Certains militaires travaillent avec des Juifs dans les travaux imposés par les Nazis dans la ville. Les Nazis leur ordonnaient de casser les pierres tombales, les stèles en pierre des cimetières juifs pour construire une route.

Dans cette région, ces soldats « sont bientôt confrontés à l'extermination de la population juive par la Waffen SS et les milices ukrainiennes ». Certains voient les exécutions de Juifs au bord d'excavations, creusées par les Juifs avant d'être fusillés, et transformées en fosses communes.

Parmi ces militaires français prisonniers : Claudius Desbois, le grand-père du père Patrick Desbois qui a fondé Yahad-in Unum, association qui interviewe les témoins de la "Shoah par balles", cherche les lieux où ont été assassinés les Juifs et collecte les preuves de ces pans d'Histoire longtemps ignorés ou minorés. "À l'initiative de l'association Yahad-in Unum Rava-Rouska, ville d'Ukraine située à proximité de la frontière polonaise, constitue un lieu emblématique des violences nazies à l'Est. Elle présente la singularité d'avoir rassemblé sur son sol des prisonniers de guerre soviétiques, des détenus français d'un camp de représailles et une population juive. Entre 1941 et 1943, plus de 10 000 Juifs de Rava-Rouska ont été assassinés. Une partie d'entre eux fut déportée et gazée à Belzec, une autre fut fusillée à Rava-Rouska. L'extermination des Juifs par fusillade dans les villes et villages des victimes la « Shoah par balles » constitue un volet peu connu de l'histoire de la Shoah. Rava-Rouska occupe une place à part dans les recherches de Yahad-in Unum : elle est le lieu originel du travail de collecte de témoignages engagé voici dix ans. L'enquête menée sous forme de plusieurs missions réalisées entre 2004 et 2012 a bénéficié d'un apport archivistique conséquent, en particulier du rapport de la Commission d'enquête soviétique de 1944 établissant l'ampleur des crimes nazis sur la base d'exhumations médico-légales et de dépositions de témoins. La confrontation entre ces sources et les données recueillies sur le terrain a permis de documenter, à partir d'une étude de cas, l'entreprise génocidaire nazie telle qu'elle s'est incarnée dans les massacres de masse en Galicie orientale".

Témoignages à Nuremberg
Lors du procès de Nuremberg, le camp de Rawa Ruska, est évoqué comme lieu où ont été commis des crimes de guerre et des crimes contre l'humanité.

A l’audience du 13 février 1946 de ce procès des criminels nazis, le Colonel Polrovky fait la déposition suivante :
« Lors de l’audience du 29 janvier 1946, le témoin Paul Roser (prisonnier de guerre français) fut interrogé. Il a indiqué comment, en quatre mois de temps, sur 10 000 Russes qu’il avait vus, prisonniers de guerre dans le camp allemand de la ville de Rawa-Ruska, il ne resta que 2 000 hommes en vie [...] Ce camp fut organisé´ par les Allemands dans les baraquements à` proximité´ du chemin de fer. Des barbelés l’entouraient [...]. Les Allemands y avaient rassemblé´ de 12 000 à` 15 000 hommes. On les nourrissait avec des pommes de terre gelées et non épluchées. On les gardait dans des baraquements non chauffés pendant l’hiver... Les prisonniers de guerre étaient amené´s tous les jours sous escorte au travail de 4 à 5 heures le matin jusqu’à 10 heures du soir. Exténués, affamés, transis, ils étaient entassés dans des baraquements dont on avait pris soin de laisser tout le jour les portes et les fenêtres ouvertes, afin que le froid pénétrât dans les baraques et que l’on y gelât. Au matin, sous la surveillance des soldats allemands, les prisonniers eux-mêmes devaient transporter des centaines de cadavres avec des tracteurs, jusqu’au bois de Volkovitchski, où` ces cadavres étaient entassés dans des fosses préparées à` l’avance. Au moment où` les prisonniers étaient emmenés au travail, les Allemands postaient à la porte de sortie une troupe de soldats armés de fusils et de pieux. Les prisonniers, qui se mouvaient difficilement par suite de la faim et du froid, étaient poursuivis a` coup de pieux à la tête ou encore transpercés à` coup de baïonnette. »
Lors de l’audience du 29 janvier 1946, l’aspirant Paul Roser a déclaré :
« Nous étions obsédés parce que nous savions tout ce qui se passait autour de nous. Les Allemands avaient transformé´ la région de Lemberg Rawa-Ruska en une espèce d’énorme ghetto. On avait emmené´dans cette région, où` les Israélites étaient déjà nombreux, des Juifs de tous les pays d’Europe. Tous les jours, pendant cinq mois, sauf une interruption de six semaines environ, en août et septembre 1942, nous avons vu passer à 150 mètres de notre camp, un, deux, quelquefois trois convois de wagons de marchandises, dans lesquels étaient empilés hommes, femmes et enfants. Un jour, une voix venue de ces wagons nous cria : ‘‘Je suis de Paris, nous allons à la boucherie’’. Très souvent, des camarades qui sortaient du camp pour aller travailler trouvaient des cadavres le long de la voie ferrée. Nous savions vaguement à l’époque que ces trains s’arrêtaient à` Belzec, lieu situé à` 17 kilomètres de notre camp, et que là` on procédait à l’exécution de ces malheureux par des moyens que j’ignore. Une nuit en juillet 1942, nous avons entendu des rafales de mitraillette toute la nuit, des hurlements de femmes, d’enfants. Le lendemain matin, des bandes de soldats allemands parcouraient les seigles, au bord de notre camp, la baïonnette basse, et cherchant des gens cachés. Ceux de nos camarades qui sont sortis ce jour-là pour le travail nous ont rapporté avoir vu des morts partout en ville, dans les ruisseaux, dans les granges, dans les maisons. Par la suite, certains de nos gardiens, qui avaient participé à l’opération, nous ont complaisamment expliqué que 2 000 Juifs avaient été exécutés, cette nuit-là, sous le prétexte que deux SS avaient été assassinés dans la région. »
« Huit rescapés, aujourd'hui centenaires, évoquent cette page dramatique et traumatisante de leur histoire personnelle, et témoignent de l'enfer qu'ils ont vécu au sein du camp disciplinaire de Rawa Ruska ».

Née à Sfax (Tunisie), Chochana Boukhobza est une romancière et réalisatrice française juive. Sa famille a subi les persécutions du régime de Vichy et de l'occupant nazi. En 1975, élève du lycée Yabné (Paris), Chochana Boukhobza avait recopié sur des "cartes les noms, prénoms, âge des Juifs raflés sur le sol de France et qui étaient morts dans les camps d’internement, des Juifs exécutés sur le sol de France pour avoir résisté à Pétain, des Juifs expédiés à Auschwitz au seul prétexte qu’ils étaient Juifs. Pour ceux qui avaient été envoyés à Auschwitz, on ajoutait la date de leur déportation, le numéro de leur convoi et leur numéro de matricule qui leur avait été attribué à Drancy ou à Compiègne". Un travail effectué à la demande de Serge Klarsfeld qui préparait son « Mémorial de la déportation des Juifs de France ».  Son roman « Un été à Jérusalem »  a reçu le Prix Méditerranée 1986, et « Le Cri », a été finaliste du Prix Fémina 1987. Son documentaire « Les petits héros du ghetto de Varsovie » évoquait l’histoire de 18 enfants juifs, âgés de 6 ans à 15 ans, qui étaient parvenus à survivre dans la zone aryenne de la ville polonaise, après la liquidation du ghetto.

Son documentaire « Les évadés de Rawa Ruska, témoins de la Shoah » relate « l’histoire des détenus du camp disciplinaire de Rawa Ruska, qui était destiné aux prisonniers de guerre ayant tenté de s’évader », dont Raymond Dunand, Alain Fournier et Henri Brisson.
      

Les Films d’ici, avec la participation du Centre national du cinéma et de l’image animée, du Ministère de la défense, Secrétariat général pour l’administration, Direction de la mémoire, du patrimoine et des archives, de France 3, avec le soutien de la Fondation pour la Mémoire de la Shoah et de la Fondation CARAC, 2015, 62 min
Sur France 3 les 9 février à 23 h 15 et 25 février 2017 à 2 h 30, 1er mars 2018 à 2 h 45
Sur Toute l'Histoire les 10 mars 2019 20 h 45, 13 mars 2019 à 7 h 53, 15 mars 2019 à 22 h 32, 21 mars 2019 à 18 h 43

Visuels : © Les Films d'ici

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Les citations sont extraites du dossier de presse. Cet article a été publié le 9 février 2017, puis le 28 février 2018.