Le 18 février 2026, Teba N., étudiante en première année d’économie à l’université Paris Sorbonne, a comparu devant la XVIIe chambre du Tribunal correctionnel de Paris. Elle était poursuivie pour harcèlement scolaire ayant entraîné une dégradation des conditions de vie et provocation non publique à la haine antisémite : le 15 septembre 2025, administratrice d'un groupe Instagram réunissant les étudiants de sa promotion, elle en avait exclu quatre condisciples aux prénoms ou noms juifs. Bénéficiant du soutien de 25 organisations de la mouvance islamo-gauchiste, elle a nié être antisémite. Sans convaincre.
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Le 18 février 2026, l’antisémitisme était au centre des débats de plusieurs procès en Ile-de-France. Au tribunal de Bobigny, se poursuivait le procès concernant la mort de Jérémie Cohen. Devant la Cour appel de Paris, Brahim Kassar, Tunisien âgé de 20 ans, et son frère jumeau Ismaël Kassar, expulsé récemment, étaient jugés pour avoir scié l'arbre planté en hommage à Ilan Halimi dans un jardin municipal à Epinay-sur-Seine ; ils avaient été condamnés en 2025 à une peine d’emprisonnement sans que la circonstance aggravante d’antisémitisme ait été retenue par le Tribunal correctionnel de Bobigny. Par ailleurs, la Cour d’appel de Paris jugeait aussi le négationniste Vincent Reynouard. Et devant la XVIIe chambre du Tribunal correctionnel de Paris, Teba N. devait répondre de harcèlement scolaire et provocation non publique à la haine en raison de la religion. Et ce n’était qu’une part infime de plaintes pour antisémitisme aboutissant à des procès.
« En 2025, 1 320 actes antisémites ont été recensés, soit une baisse de 16 % par rapport à l’année 2024 et soit plus de 3,5 actes antisémites par jour. Toutefois, les actes antisémites se maintiennent à un niveau historiquement élevé », surtout depuis l'agression djihadiste dans le sud d'Israël par des milliers de Gazaouis le 7 octobre 2023.
Le 15 septembre 2025, Teba N., étudiante française âgée de 18 ans, était inscrite en première année de licence d’économie à l’université Paris I Panthéon Sorbonne. Elle a créé un groupe de discussion sur Instagram destiné à ses condisciples et l’a nommé « L1 Eco Sorbonne ». Elle était l’administratrice de ce groupe d’environ 200-250 membres ; les étudiants de la promotion pouvaient rejoindre ce groupe en cliquant sur un lien. A cette date, elle a exclu sciemment quatre étudiants de sa promotion dont les profils Instagram montraient un prénom ou un nom à consonance juive ou israélienne. Quand un tiers a réadmis dans le groupe certains étudiants exclus, Teba N. les a exclus de nouveau.
Après ces exclusions, Teba N. a écrit ce message : « si il y a d’autres sionistes dans ce groupe en plus de ceux que j’ai déjà tej [jetés, Ndlr] vous pouvez d’ores et déjà le quitter on veut pas de vous ici pareil pr les racistes de manière générale ». Elle avait ajouté un drapeau palestinien.
Aux étudiants du groupe qui l’interrogeaient sur ses décisions unilatérales réitérées, Teba N. a répondu : « asso d’israel en bio mdr c moi la ouf ? » et « heureusement que j’ai dit sioniste et non juif, faut pas me faire ce que je n’ai pas dis ».
A Yasmine qui s'enquérait : « mais ma go t’es sur de ce que tu fais mm ? », Teba N. avait répondu : « moi ? certaine ». Des membres du groupe avaient discuté sur l’exclusion d’un étudiant prénommé Simon. Celui-ci avait écrit : « je m’appelle simon je suis ni juif ni sioniste faites pas d’amalgame svp ». Pas de réaction officielle de Teba N. L’étudiant prénommé Simon a été alors réintégré dans le groupe.
Philippe Baptiste, ministre de l'Enseignement supérieur, de la Recherche et de l'Espace, avait écrit sur X, ex-Twitter :
"A l’université Paris 1, des étudiants juifs exclus d’un groupe Whatsapp d’élèves sur la base de leurs noms ! J’apporte tout mon soutien à ces jeunes, victimes de l’antisémitisme que nous devons combattre partout, y compris, malheureusement, dans nos universités. Une seule ligne est possible : la tolérance zéro !Je fais confiance à l’université pour prendre des mesures disciplinaires et j’ai pour ma part demandé à la rectrice de Paris de saisir le procureur de la République au titre de l’article 40 du code de procédure pénale".
Le 17 septembre 2025, Christine Neau-Leduc, Présidente de l’université Paris I Sorbonne avait saisi la section disciplinaire de l’établissement, et, le 18 septembre 2025, avait effectué un signalement au Procureur de la République.
Le 8 octobre 2025, Teba N. avait été placée, par le juge des libertés, sous contrôle judiciaire avec interdiction de quitter le territoire français et de contacter les victimes.
Le 17 novembre 2025, cette section, constituée pour moitié d'enseignants et pour moitié d'étudiants, a rejeté les poursuites en considérant que les exclusions avaient été induites par des désaccords politiques, et non par l’appartenance religieuse, et qu'ayant été commises dans un groupe privé avant la rentrée universitaire, elles ne constituaient pas une faute disciplinaire. La section avait le choix entre plusieurs sanctions : de l’avertissement à l’exclusion. Selon le syndicat estudiantin UNI (Union nationale inter-universitaire), ces membres appartiennent souvent à la gauche, voire à l'extrême-gauche.
Christine Neau-Leduc, avait formé un recours contre cette décision devant le Tribunal administratif de Paris. « C’est le tribunal administratif qui va trancher et j’espère qu’il y aura des sanctions », a déclaré le ministre Philippe Baptiste le 17 février 2026. Il a posté sur X :
"Alors que la section disciplinaire a relaxé l’étudiante qui avait exclu des étudiants juifs d’un groupe de la promo, la décision de l'université Paris 1 Panthéon-Sorbonne de faire appel de la décision est la bonne : de tels comportements n’ont pas leur place à l’université. Cette affaire démontre l'urgence de professionnaliser ces instances. C’est ce que demandaient les présidents d'université, je m’y suis engagé, et la loi Levi-Fialaire apportera cette réponse dès le 1er mai prochain. Elle garantira que des faits d'une telle gravité soient examinés avec toute l'expertise et l'impartialité nécessaires."
Pour ces exclusions, Teba N. était poursuivie également devant la XVIIe chambre correctionnelle du Tribunal judiciaire de Paris pour harcèlement scolaire ayant entraîné une dégradation des conditions de vie (art. 222-33-2-3 et s. du Code pénal) et provocation non publique à la haine ou à la violence en raison de l’origine, l’ethnie, la nation, la race ou la religion (art. R. 625-7 et s. du Code pénal).
Sur Change, la pétition ayant demandé l’exclusion de cette étudiante avait recueilli 1.150 signatures.
Mobilisations
Dans la semaine précédant l’audience, avait circulé sur les réseaux sociaux l’affiche d’organisations, dont certaines localisées à l’université Paris I Sorbonne, qui avaient appelé à un « rassemblement devant le Tribunal de Grande instance de Paris » en soutien à la prévenue. Cette affiche exhortait à soutenir « Teba, étudiante à Paris 1 réprimée pour avoir défendu la Palestine ». Dans la partie gauche de l’affiche, se détachant d’un fond d’un drapeau palestinien, une personne, le visage partiellement dissimulé par un keffieh, levait la main droite en faisant le signe « V » de la victoire. Et sur la partie droite, les logos des associations – leur nombre augmentait au fil des jours pour atteindre 25 - appelant au rassemblement se détachaient sur un fond rouge vif : Étudiants musulmans de France (EMF) Paris Sorbonne, Comité Soutien Palestine Paris 1, Comité de soutien à la Palestine de Nanterre, Comité Palestine Solidarité Paris 4, CSRP, Fédération Syndicale Étudiante de Paris 1 (FSE), Ka Ubuntu (KU - Parti Panafricaniste et Indépendantiste Réunionnais), Le poing levé Paris 1, Les Jeunes Insoumis-es, Ligue Jeunesse Révolutionnaire, NPA Jeunes, OST, Peaux Noires Lignes Rouges (PNLR, « Collectif communiste antiraciste pour la fin de la suprématie blanche »), Solidaires étudiant-e-s syndicats de luttes, Stop répression Palestine, Syndicat Alternatif Paris 1, Union pour la reconstruction communiste (URC), Young Struggle (YS, « Organisation de jeunes socialistes – internationalistes ; Contre la violence du système capitaliste, luttons pour le socialisme‼ »), etc.
Le 16 février 2026, FSE Paris I postait sur Instagram :
« L’APPEL AU RASSEMBLEMENT EN SOUTIEN À TEBA ✊🇵🇸
Soyons nombreux et nombreuses mercredi 18 février à 12h30 devant le Tribunal de Paris, métro Porte de Clichy 🔥
Soutien à Teba et tous les réprimés pour leur soutien à la Palestine 🇵🇸🇵🇸🇵🇸PSPSPS »
Le 16 février 2026, le Collectif Nous vivrons postait sur Instagram :
« Être un étudiant juif en France en 2026…En septembre dernier, jour de la rentrée, deux étudiantes de la Sorbonne ont été harcelées et exclues du groupe whatsapp de leur promotion car elles avaient été identifiées comme juives / sionistes.C’est ça le quotidien des étudiants Juifs depuis le 7/10.Là où tous les autres étudiants auraient dû s’insurger, là où @sorbonne_univ @paris1pantheonsorbonne aurait du sanctionner pour que cela ne se reproduise jamais, ces jeunes filles ont fait face au silence et à la complicité qui va, cette semaine, même jusqu’à se transformer en manifestation de soutien à celle qui a sciemment discriminé des camarades en raison de leur identité. Pendant que la vie de la harceleuse suit son cours, celle des deux étudiantes a été durablement bouleversée.Le procès aura lieu cette semaine et cette manifestation doit être empêchée. Nous ne devons rien céder aux tentatives de diversion et d’inversion victimaire orchestrées par des syndicats étudiants qui visiblement ne représentent que certains d’entre eux.L’antisemitisme n’est pas une opinion politique. C’est un délit qui doit être puni par la loi.@laurentnunezmi @edouard_geffray @sorbonne_univ @paris1pantheonsorbonne @neuleduc.c #nousvivrons #antisemitisme #université #sorbonne »
Le 17 février 2026, FSE Paris 1 postait sur Instagram :
« ⚠️⚠️⚠️ LES SIONISTES MENACENT LE RASSEMBLEMENT POUR TEBA ⚠️⚠️⚠️Mobilisons nous largement et massivement contre cette intimidation et ce harcèlement d’une jeune étudiante de P1 pro-Palestine !SOUTENIR LA PALESTINE N’EST PAS UN CRIME 🇵🇸🇵🇸🇵🇸 »
Le 18 février 2026, vers 13 h, devant le Tribunal judiciaire d’un Paris pluvieux, un groupe d’une vingtaine d’individus, généralement vêtus de noir et les visages dissimulés, brandissaient des drapeaux palestiniens et ceux de leurs associations. Une faible mobilisation – un militant par organisation -, mais qui montrait le caractère fédérateur de la « Cause palestinienne ». A quelques mètres, des policiers surveillaient ce groupe.
La FSE Paris 1 postait sur Instagram une vidéo et des photographies en gros plan, pour éviter de révéler sa faiblesse, et montrant la mobilisation d’un groupe très réduit :« Nous étions présent.e.s au tribunal de Paris pour le rassemblement en soutien à Téba, étudiante de P1 réprimée pour avoir refusé la présence de soutiens à un génocide sur son groupe de promo 🇵🇸✊Ces attaques s’inscrivent dans un mouvement plus large de répression du mouvement étudiant et pro-palestinien. Nous rappelons que soutenir la Palestine n’est pas un crime 💥Relaxe pour Teba et pour tous.tes les réprimé.e.s ! 🚩 »
Slogans par haut parleur : « Solidarité pour les réprimés », « Soutenir la Palestine n'est pas un crime ».
Et sur les banderoles : « De P1 à Gaza, résistance » « Solidarité avec Teba et tous-tes les reprime.es », « Stop au génocide, Stop à la colonisation », « Soutenir la Palestine n'est pas un crime », « De Gaza à Paris, Vive la résistance contre l'impérialisme ».
En se dirigeant vers la salle d’audience, on s’attendait à un discours politique partial anti-israélien de la prévenue soutenue par une alliance islamo-gauchiste. Et on a eu souvent la taqiya.
Antisémitisme mal dissimulé
Au niveau de la salle d’audience, étaient postés six policiers : trois devant la salle inspectaient les sacs des spectateurs, veillaient à ce que les téléphones portables soient éteints et que nul ne prenne de photographie, et trois dans la salle. Pourtant, dans cette salle, des spectateurs pouvaient consulter leurs portables librement, une photographe professionnelle est même entrée avec son appareil.
Dans la salle d’audience, l’esquisse d’une balance fixée au mur indiquait seule que des magistrats allaient statuer dans le Tribunal.
La salle était divisée en deux : dans les rangées côté parties civiles et leurs avocats, une France plutôt âgée et juive – avec certes la présence du Président musulman de l’association C.H.A.R. (Contre la haine l’antisémitisme et le racisme) aux côtés de son vice-Président juif ; une jeune femme portait un polo noir sur lequel était inscrit « Nous vivrons » -, et dans celles, derrière la prévenue et son avocat Me Rafik Chekkat, une France Black Blanc Beur plutôt jeune.
Menue, Teba N. portait un pantalon et une veste noirs larges. Sa chevelure était cachée sous un voile islamique blanc serré qui maintenait aussi ses fines lunettes.
Une magistrate a retracé le cursus scolaire de la prévenue, « une bonne élève » qui a été scolarisée notamment dans un collège catholique privé, et est boursière.
La prévenue était bien briefée par son avocat Me Rafik Chekkat, et dévidait un discours composé d’éléments de langage (EDL) qu’elle répétait sans se lasser, sur un ton plutôt monocorde. Sa défense ? Elle n’était pas antisémite et ignorait que les deux étudiantes exclues étaient juives. Elle expliquait leur exclusion par le soutien de l'une d'elles à l'armée israélienne, et comme elle alléguait se soucier des étudiants mineurs du groupe qu’elle administrait sur Instagram : « une armée, c’est dangereux ». Elle ne voulait pas d’une étudiante qui soutenait une « armée militaire... Cela n'a rien à faire dans ce groupe... Le côté militaire est potentiellement dangereux pour des étudiants mineurs... ». Malgré ses efforts pour lisser son discours sans présenter d'aspérités risquant de se retourner contre elle, elle a déclaré : « Si cela avait été en soutien au Hamas plutôt qu’à Tsahal, j’aurais fait pareil ». Elle a dressé un parallèle entre un mouvement terroriste islamiste branche "palestinienne" des Frères musulmans et l'armée régulière d'un Etat Juif, démocratique dénommé Israël, membre de l'ONU (Organisation des Nations unies) !
Elle n'a pas "surveillé tous les profils des étudiants". L'une des trois étudiantes exclues, qui, la veille, avait parlé avec les étudiantes juives françaises, "ne savait pas qu'elles étaient juives". Donc, Teba N. ne pouvait pas non plus le savoir. "On me met dans une mauvaise posture de ce que je combats", ajoutait-elle. Et d'ajouter : "On me reproche le voile, or c'est la religion".
La phrase de Simon justifiant sa demande de réintégration en écrivant n'être ni juif ni sioniste ? "Une blague de très mauvais goût. On ne rigole pas sur le racisme et l'antisémitisme. Je n'ai pas apprécié". Le sionisme ? "C'est un courant politique militaire". Et elle évoquait "le contexte international. Je peux comprendre que cela ait pu être mal interprété... Tous les sionises ne sont pas juifs, tous les juifs ne sont pas sionistes". La prévenue a regretté la judiciarisation : elle avait présenté rapidement ses excuses, et avait souhaité un règlement amiable. Elle disait aussi avoir reçu des menaces. Son avocat, Me Rafik Chekkat, a insisté sur la précipitation à révéler les faits sans interroger sa cliente qui a reçu des "injures islamophobes, n'est pas retournée le lendemain à l'université et est restée deux mois sans aller en cours."
Une étudiante exclue suivait un compte Instagram "Soutien à Israël", et non "Soutien à l'armée israélienne". Pourquoi ne pas l'avoir contactée avant de l'exclure ? Pas de réponse de la prévenue.
Comment Teba N. savait-elle qu’une étudiante soutenait l’armée israélienne – on peut suivre un compte sur les réseaux sociaux pour s’informer, sans en partager les opinions ? « C’était indiqué sur son compte ». « Non, son compte était privé », a répliqué Me Annie Cohen, avocate d'une étudiante exclue. « Il était public », a insisté Teba N.. L’avocate a montré une copie-écran prouvant le caractère privé dudit compte. Une autre étudiante exclue mentionnait sur son compte "EEIF" (Éclaireuses Éclaireurs israélites de France), un mouvement juif scout. Teba N. aurait-elle interprété la lettre « I » comme « Israélien » ou a-t-elle sciemment exclue une Israélite de son groupe WhatsApp ? Ou les deux.
« Les plaintes de ma cliente sont toujours en cours d’instruction », feignait de s’étonner Me Rafik Chekkat qui visait le compte de SwordofSalomon ayant révélé l’identité et le visage de sa cliente. Une des trois magistrats a alors expliqué que le problème provenait du réseau social X, ex-Twitter, qui, à la différence d’Instagram, ne répondait pas aux demandes judiciaires. Elle a donc exclue tout favoritisme.
Bref, un discours victimaire de Teba N.
On observait un écart entre le registre lexical de ses propos policés et le langage pauvre, blessant, émaillé d’abréviations de ses messages écrits dans son groupe Instagram, entre son calme durant les interrogatoires et la brutalité réitérée de ses actes d’exclusion d’étudiants juifs, ou présumés tels.
A peine Me Annie Cohen-Tapia, avocate des deux étudiantes exclues et de l’association C.H.A.R., avait-elle évoqué le compte Instagram de la prévenue caractérisé par des sourates du Coran et les références à des comptes faisant l'apologie du terrorisme ou "Palestine vaincra", que Teba N. l’a interrompue en invoquant la liberté religieuse - "Etre musulmane, ce n'est pas une faute" - et l’islamophobie. Pourtant, il aurait été intéressant de qualifier l’antisémitisme – islamique ? - de la prévenue, et de connaitre les comptes qu’elle suivait, ses éventuels liens avec les associations anti-israéliennes mobilisées durant des jours en sa faveur. Selon ces dernières, elle aurait été mue par des motivations politiques radicales. .
Des magistrats semblaient non convaincus, et certains parfois atterrés par les dénis, notamment d’antisémitisme, de la prévenue.
Puis, quatre personnalités ont témoigné pour les victimes et parties civiles.
Autrice des « Nouveaux Antisémites » (2025), la journaliste Nora Bussigny a résumé les résultats de son enquête sur l’antisémitisme dans les universités. Elle a défini le sionisme en reprenant la définition de dictionnaires : mouvement d'autodétermination du peuple Juif sur la terre d'Israël. « Peut-on être antisioniste sans être antisémite ? », s'est enquis Me Rafik Chekkat qui discourait en citant Rony Brauman et l'UJFP (Union juive Française pour la Paix). « C'est possible », a répondu l’essayiste. Une réponse surprenante : elle s’est déplacée du registre objectif à celui subjectif constitué de rencontres, en semblant ignorer que l’antisionisme est par essence antisémite car il nie le droit étatique à un seul peuple : le peuple Juif. "L'antipathie pour Israël peut-elle être instrumentaliseé à des fins racistes, islamophobes ?", a poursuivi l'avocat. "Oui, de la part de parti politique d'extrême-droite", a répondu Nora Bussigny. « Puisque vous êtes là, j’en profite pour vous poser cette question : pourquoi me classez-vous dans votre dernier livre comme "avocat très militant" », a interrogé Me Rafik Chekkat. « Parce que vous êtes engagé pour la cause palestinienne », a répondu la journaliste.
Présidente de l’université Paris Sorbonne, Christine Neau-Leduc a insisté sur l’image ternie de la Sorbonne par cette affaire, le climat délétère au sein de l'université. Elle a raconté sa rencontre avec les familles "très meurtries" qui "avaient peur". Les deux étudiantes juives françaises n’ont pas pu poursuivre leur scolarité dans cette université prestigieuse. Me Rafik Chekkat a fustigé une "forme de précipitation" de la Présidente et du ministre de l'Enseignement supérieur à réagir "sans rien connaitre, avec des erreurs factuelles" (groupe WhatsApp au lieu de groupe Instagram).
Daphné Hubelé puis Yossef Murciano, respectivement Présidents de l’UEJF (Union des étudiants juifs de France) de l’université Paris 1 Sorbonne et du mouvement national, ont dressé un panorama de l’antisémitisme en milieu universitaire. Il a dénoncé "l'inversion accusatoire" pour prouver l'antisémitisme, et déploré l'inscription "Free Palestine" sur une plaque en hommage à Ilan Halimi. A titre d'exemple de l'antisémitisme en milieu universitaire, a été cité l'étudiante interdite d'entrée dans un amphi de Sciences Po. Et, à la mi-septembre 2025, l’université Panthéon-Sorbonne a annoncé avoir signalé au Procureur de la République un sondage choquant lancé le 24 août 2025, dans un groupe WhatsApp regroupant la promotion de première année de licence Economie de l’université Paris-1 Panthéon-Sorbonne : un étudiant a interrogé « Pour ou contre les juifs ? » Et si certains s’étaient indignés (« Tu as fumé la moquette ? », « Ça va pas la tête ? »), d’autres avaient répondu au sondage.
Les avocats des victimes et des parties civiles – LICRA, C.H.A.R., UEJF, la Sorbonne et Actions Avocats – ont demandé des sanctions sévère pour les discriminations antisémites - "Ce n'est pas Baptiste ou Jade à qui on a fait comprendre qu'ils n'étaient pas les bienvenus. Les étudiantes ont été ciblées par leurs noms ou prénoms juif/israélien. La justification "armée israélienne" a été fournie a posteriori. Me Annie Cohen, avocate de victimes et de C.H.A.R., a réfuté l'argument de l'avocat de Teba N. avançant la liberté d'expression de sa cliente. Or, cette dernière a privé les étudiants exclus de tout débat, de l'expression de leurs opinions sur un "sujet d'intérêt général". Teba N. n'a pas eu le moindre mot pour les étudiantes juives ayant du quitter l'université". Les avocats ont sollicité l'indemnisation du préjudice moral subi par les étudiantes exclues.
Un avocat de l’UEJF a argumenté en faveur d’une requalification juridique : le groupe Instagram étant ouvert, sans "communauté d'intérêt", avec "l'antisémitisme pour seul filtrage", il a considéré que la provocation à la haine était publique, et non privée.
Un directeur juridique de l’université a plaidé pendant environ cinq minutes pour l’université Sorbonne et a réclamé 1500 euros de frais judiciaires. A Me Rafik Chekkat qui s’en étonnait, il répondait qu’il était un cadre et que c’était le coût de son travail nocturne de préparation de l’audience.
Dans ses réquisitions implacables, la Procureure a estimé que les délits étaient constitués : pour la prévenue, "on n'a pas le droit d'être israélien car le soutien à Israël n'est pas admis". Elle a déploré son "discours rigide et victimaire qui ne se remet pas en question". Il "ne s'agit pas de réprimer une position propalestinienne", mais Teba N. a donné aux étudiants le "sentiment d'être invités à s'autocensurer". Elle a requis dix mois de prison avec sursis total, une amende de 7.000 € au vu de revenus modestes, la participation de la prévenue à un stage au Mémorial de la Shoah à Paris et l'interdiction de contact avec les deux étudiantes exclues.
Me Rafik Chekkat a plaidé longuement, et au moment de débuter un hors sujet, une magistrate lui a rappelé l’heure tardive. Cet avocat a souligné combien sa cliente n'était pas responsable du contexte général. Il a cité Hannah Arendt sur la déségrégation des Noirs, débuté des digressions sur l'accueil de Theodor Herzl auteur de L'Etat Juif. Il s'est interrogé sur la raison de la campagne médiatique et de la politisation. Il a évoqué le "risque plausible de génocide selon la Cour internationale de justice" et la notion de "débat d'intérêt général" dégagée par la Cour européenne des droits de l'homme (CEDH).
Jugement le 19 mai 2026.
« Beurgeoisie »
Que retenir de cette longue audience débutée vers 13 h 50 et achevée vers 20 h 30 ?
« 🔴 ⚖️ Aujourd’hui a lieu le procès d’une étudiante, Mme T.N., 18 ans, poursuivie pour avoir retiré d’un groupe privé Instagram qu’elle gérait une étudiante abonnée notamment au compte officiel de l’armée israélienne, ainsi que deux autres étudiantes qui la soutenaient.L’étudiante poursuivie n’avait aucune connaissance de l’origine ou de la religion des personnes retirées (deux d’entre elles sont de confession juive). Elle a toujours justifié son geste par son opposition au sionisme, au racisme, et aux crimes commis par l’armée israélienne.Elle a tenté de réintégrer les étudiantes retirées dans le groupe (l’une des trois est revenue) et de contacter l’UEJF pour dissiper tout malentendu, en vain. L’UEJF et d’autres protagonistes (dont le ministre de l’Enseignement supérieur) ont immédiatement publié des communiqués qui tronquaient les faits et accusaient l’étudiante d’antisémitisme.S’en est suivie un emballement médiatique et un torrent de publications racistes et sexistes envers l’étudiante, qui a vu son identité et sa photo divulguées par le compte « Sword of Salomon » et un appel explicite à commettre des violences envers elle.Mise à pied à titre conservatoire par l’université, traumatisée, Mme T.N. est restée deux mois chez elle. Le 13 novembre. 2025, le conseil de discipline de l’université rejetait toutes les accusations portées contre elle et l’autorisait à reprendre les cours.Mme T.N. reste poursuivie au pénal pour les faits de harcèlement scolaire et de provocation non publique à la haine ou à la discrimination. Son audience a lieu aujourd’hui à 13h30 à Paris devant la 17e chambre correctionnelle.Plusieurs associations de lutte contre l’antisémitisme se sont constituées partie civile (CHAR, LICRA, OJE…).Aucune suite n’a été donnée à ce jour aux plaintes déposées par Mme T.N. pour les faits de « doxing », menaces et cyber harcèlement. »
« 💥 Soutenir la Palestine n’est pas un crime, relaxe pour Téba !📢INTERVENTION DE LA FSE EN SOUTIEN À LA CAMARADE RÉPRIMÉE TÉBA DEVANT LE TRIBUNAL DE PARIS.Après avoir exclu de son groupe de promo des individus en soutien avec l'armée génocidaire, Téba subit le harcèlement raciste des sionistes de son université.Elle a été convoquée au tribunal de Paris hier pour son soutien à la Palestine. Cette attaque s’ajoute à une liste longue de répression contre les mouvements palestiniens au sein des universités.💥 Soutenir la Palestine n’est pas un crime, relaxe pour Téba ! »
Teba N. a été scolarisée dans de réputés établissements secondaires, public et catholique privé sous contrat. Elle a bénéficié de l’enseignement d’une République laïque, a du vraisemblablement respecter une minute de silence pour le professeur Samuel Paty, victime d’une campagne haineuse, accusé à tort de blasphème et décapité en 2020 par Abdoullakh Anzorov, réfugié russe musulman d'origine tchétchène. Durant l’audience, la prévenue a sanctuarisé l’islam : elle a refusé toute question sur des sourates du Coran, a brandi la liberté d’exercice de religions tout en ayant exclu des étudiantes juives, et s'est retranchée derrière l’accusation d’« islamophobie ». Sa pratique de l’islam – fréquentation d’une mosquée ? –, et son affiliation à un courant sunnite ou chiite, ont été occultées vraisemblablement durant l'instruction. Ce qui n’a pas permis d’éclairer l’éventuelle part de l’antisémitisme islamique dans les actes pour lesquels elle comparaissait devant le Tribunal. Car il est très rare qu'une prévenue, a fortiori étudiante en première année dans une ville qu'elle découvre, poursuivie pour antisémitisme bénéficie d'une telle mobilisation islamo-gauchiste : 25 associations, un rassemblement, etc.
Quand Teba N. a fustigé une « armée militaire » - une redondance pour souligner sa profonde réprobation mais qui prête à sourire -, on s’interroge : la France devrait-elle supprimer le ministère de la Défense et interdire le traditionnel défilé à Paris de ses armées organisé depuis 1880 le 14 juillet, jour de fête nationale ? Les parents qui amenaient leurs enfants voir ce défilé, avant que tout public en soit écarté par le Président Emmanuel Macron, étaient-ils conscients du risque encouru par leurs progénitures ? A moins que la prévenue ait stigmatisé uniquement l’Armée israélienne…
Par ses actes, par ses propos, par son comportement, par ses vêtements, cette étudiante a semblé appartenir à une contre-société apparue notamment lors du procès de N. Mickaël Pastor Alwatik devant la Cour d’assises sur les attentats islamistes de janvier 2015. Cette future membre de la « beurgeoisie » - néologisme forgé à partir de « beur » (Arabe, à l’envers) et de « bourgeoisie » - ne partage pas des valeurs de la France. Se plaindra-t-elle de discrimination à l’embauche si sa candidature à un poste ne sera pas retenue ? Acceptera-t-elle de travailler avec des collègues juifs français ou de recruter des candidats juifs français ?
L’UEJF s’est « distinguée » par des comportements affligeants : alors qu’elle avait révélé les faits litigieux en septembre 2025, elle s’est constituée partie civile… à l’audience !? Un de ses avocats et son Président national sont arrivés très en retard. Cet avocat s’est montré peu galant et dédaigneux envers ses consœurs qui ne se sont pas laissées impressionnées. Le témoignage de Yossef Murciano présentait un faible intérêt car il n’apportait guère d’éléments neufs par rapport à ceux dits par Daphné Hubelé, peu audible. Pourquoi l’UEJF se dote-t-elle depuis quelques mandats d'un Président qui n’est plus étudiant depuis des années ?
“Au départ, elle est retournée en cours et elle a ressenti une forme d’isolement, une espèce de mise à l’écart, des regards insistant. Et puis après l’apothéose, c’est lors d’un cours qu’elle a suivi où des gens derrière elle disaient que les Sionistes allaient devoir payer pour ce qu’il s’était passé. Et ça quand on l’a appris, on s’est dit qu’on devait mettre notre fille en sécurité. Ce n’était pas possible qu’elle aille en cours dans ces conditions. C’était impensable en fait”, avait expliqué la mère d'une étudiante exclue à un journaliste.
Me Annie Cohen-Tapia, avocate des deux étudiantes et de CHAR, m’a confié : « Ce qui est terrible dans ces dossiers, c’est qu’on est sans arrêt dans la victimisation des prévenus. L’étudiante prévenue a tenté tout le long de l’audience de se faire passer pour une victime. Rappelons qu’elle retourne à l’université Sorbonne sans difficulté alors que les deux étudiantes juives françaises victimes d’antisémitisme ont été extraites de l’université pour leur sécurité. Sans compter le traumatisme de leur premier jour à l’université. Le passage de l’adolescence au monde adulte a été bien cruel pour ces jeunes filles ».
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