Le musée Marmottan Monet présente l’exposition « L’empire du sommeil ». « Cette manifestation interroge la portée symbolique et allégorique du sommeil, son importance dans l’iconographie profane et sacrée, et l’influence que les recherches scientifiques, philosophiques et psychanalytiques liées au sommeil ont eu dans le champ de l’art. »
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Le musée Marmottan Monet présente l’exposition « L’Empire du sommeil », qui « explore, pour la première fois en France, les représentations de cet état mystérieux qui occupe un tiers de notre vie et qui a nourri la création depuis l’Antiquité. Elle interroge la portée symbolique et allégorique du sommeil, son importance dans l’iconographie profane et sacrée, et l’influence que les recherches scientifiques, philosophiques et psychanalytiques liées au sommeil ont eu dans le champ de l’art. »
L’exposition « se focalise sur la période du XIXe siècle et du XXe siècle, périodes de grandes transformations sur l’imaginaire du sommeil. Le corpus d’œuvres des années 1800 à 1920 sera mis en regard d’oeuvres significatives de l’Antiquité, du Moyen Âge, des Temps Modernes et de l’époque contemporaine pour rendre compte de la permanence de certains thèmes clefs : le sommeil de l’innocent, le songe des récits bibliques, l’ambivalence du sommeil entre repos et repos éternel, l’éros du corps endormi, les rêves et cauchemars. L’exposition abordera également le mesmérisme et les troubles du sommeil par le biais d’une iconographie médicale et montrera comment certains artistes s’empareront de ces sujets. Enfin, une section de l’exposition dédiée à la chambre à coucher esquissera les us et coutumes prêtés à cet espace hautement symbolique. »
« Placée sous le commissariat de Laura Bossi, neurologue et historienne des sciences et de Sylvie Carlier, directrice des collections du musée, assistées par Anne-Sophie Luyton, attachée de conservation du musée Marmottan Monet, l’exposition montre l’étendue et la variété des thèmes iconographiques représentés par les artistes à travers les âges. En accord avec l’esprit des collections du musée, elle se concentre sur le « long dix-neuvième siècle », des Lumières à la Grande Guerre, convoquant aussi un choix d’oeuvres anciennes ou contemporaines qui éclairent la fascination du sujet et son étonnante persistance, au-delà des évolutions philosophiques et scientifiques. »
« Cent-trente oeuvres sont réunies pour l’occasion – peintures, sculptures, œuvres graphiques, objets, documents scientifiques – issues de collections privées ou de grandes institutions françaises et internationales (musée d’Orsay, musée du Louvre, musée national d’Art moderne, Petit Palais-Musée des beaux-arts de la Ville de Paris, musée des Beaux-arts de Montréal, Galerie Nationale de Prague, Palazzo Pitti-Galleria d’Arte Moderna de Florence, musée national Centre d’Art Reina Sofía de Madrid…). »
Le « parcours, composé de huit sections thématiques, propose une traversée à la fois esthétique et savante des visages du sommeil et de ses troubles. »
La Bible hébraïque relate dans La Genèse qu'Eve naît alors qu'Adam dort. Abraham, Jacob - épisode de l'échelle -, Joseph, fils de Jacob... Le sommeil et les songes ont joué un rôle important. Pour éviter la vengeance de son frère Ésaü qui n'a pas eu la bénédiction de leur père Isaac, Jacob va chercher une épouse à Haran dans la famille de sa mère Rachel. A Louz, il rêve d'une échelle entre ciel et terre ; des anges descendent et montent le long de cette échelle. Dieu se révèle à lui et lui dit : (Genèse 28:10-17)
« Je suis Dieu, le Dieu d’Abraham et le Dieu d’Isaac ton père ; la terre sur laquelle tu reposes, je la donnerai à toi et à tes descendants ; et tes descendants seront comme la poussière de la terre, et ils s’établiront vers l’ouest et vers l’est, vers le nord et vers le sud ; et par toi et tes descendants, toutes les familles sur la terre seront bénies. Vois, je suis avec toi et te protégerai là où que tu ailles, et je te ramènerai à cette terre ; car je ne te laisserai pas tant que je n'aurai pas accompli tout ce dont je viens de te parler. » Jacob se réveilla alors de son sommeil et dit : « Sûrement Dieu est présent ici et je ne le sais pas. » et il était effrayé et dit : « Il n’y a rien que la maison de Dieu et ceci est la porte du ciel. »
À son réveil, Jacob nomme le lieu Béthel (maison de Dieu, en hébreu). Le Midrach interprète ce rêve comme illustrant les exils que le peuple Juif sera contraint d'endurer avant la venue du Messie.
Joseph fait deux rêves qui signifient sa domination sur ses frères qui reconnaîtront sa suprématie. Ses frères, sauf Benjamin, le vendent et Joseph est amené en Égypt. Là, il est acheté par Potiphar, officier du roi. Grâce à son habileté, il augmente la richesse de Potiphar qui le nomme intendant. A l'instigation de l'épouse de Potiphar, il est emprisonné. Ses compagnons de cellule sont le maître-échanson et le maître-panetier de Pharaon. Un matin, chacun d'eux lui raconte son rêve. Joseph, oniromancien, interprète leurs rêves : il prédit au maître-échanson sa prochaine libération innocenté, pour retrouver sa fonction, et au maître-panetier sa mort par pendaison, dévoré par les oiseaux - ce qui se réalise quelques jours plus tard.
Trois ans plus tard, le maître-échanson conseille à Pharaon de demander à Joseph le sens de son rêve, car son entourage multiplie les interprétations. Joseph explique à Pharaon que les sept beaux épis et vaches de son premier rêve correspondent aux années d'abondance, et les sept maigres épis et vaches de son second rêve sont des années de famine. Il lui conseille de s'entourer d'un homme sage pour conduire son pays en prévision de cette famine prochaine. Pharaon le choisit à ce poste..
« Le sommeil occupe un tiers, dit-on, de notre existence, et depuis toujours il a inspiré artistes, écrivains, musiciens et philosophes. Or, cette exposition semble la première à aborder ce phénomène en France, du moins dans sa représentation formelle, artistique. Curieuse absence que nous nous proposons de réparer, tant il est vrai que la mythologie du sommeil et du rêve a toujours occupé nos pensées, depuis l’Antiquité. Songeons à Endymion, amant de Séléné, déesse de la Lune, représenté d’innombrables fois jusqu’à Girodet ou à Watts, mais aussi aux récits bibliques et évangéliques, l’ivresse de Noé, l’insomnie de Job, Jean endormi lors de la Cène, les apôtres assoupis dans le jardin des Oliviers, ou encore la Dormition de la Vierge, cet étrange état de suspension entre le sommeil et la vie éternelle », a indiqué Érik Desmazières, Membre de l’Académie des Beaux-arts, Directeur du musée Marmottan Monet.
Et Érik Desmazières d’expliquer : « Hypnos, Thanatos, Éros, dans toutes ces figures mythiques se découvre une beauté du sommeil mais aussi une ambiguïté. Au-delà de l’apparence réelle de l’homme endormi, il y a, invisible, le rêve… Derrière l’être assoupi, le tumulte et l’énigme du monde onirique, la parade des rêves mais aussi le berceau des cauchemars. Pensons au Songe de Poliphile, lien entre le monde antique et la Renaissance, au Sommeil de la raison qui engendre des monstres, aux incubes de Füssli, à la Somnambule de Courbet, à l’extravagante aventure du Gant dans les gravures de Klinger, et plus loin encore, au Noctambule de Munch ou aux rêves visionnaires du Little Nemo in Slumberland… »
« L’exposition essaie de dévoiler en huit chapitres, du « Doux sommeil » aux « Portes du rêve » et au « Sommeil troublé », ces mystères. Elle se propose à la fois de mettre au jour les représentations de cet état si particulier, si bien caché, et d’entrouvrir le labyrinthe sans fin du monde des rêves, où les artistes et les poètes laissent libre cours à leur imagination créatrice », conclut Érik Desmazières.
PARCOURS DE L’EXPOSITION
« DOUX SOMMEIL, BONHEUR PUR »
« Tous, nous dormons, même les insomniaques. Le sommeil, ce doux besoin qui occupe un tiers de notre vie, nous est nécessaire, et nous procure un grand bonheur. »
« Il apporte le repos, et l’oubli des peines de la veille. Cet état mystérieux dans lequel on « tombe » a nourri la création depuis des millénaires. Innombrables, les artistes qui nous ont laissé des portraits de leurs proches – parents, époux, amants - ou de leurs modèles endormis, au creux de la nuit ou le plus souvent le jour, pendant la sieste. C’est peut-être le sommeil des innocents – nouveau-nés, enfants, bêtes familières, chats, chiens… – qui exprime au mieux l’abandon au bonheur de l’inconscience. Mais le sommeil montre aussi un aspect ambigu, il peut évoquer la mort, la vulnérabilité, la dépossession de soi ; il impose d’abandonner la vigilance, d’accepter l’oubli, de ne plus veiller ni surveiller… »
« L’exposition explore, pour la première fois en France, les représentations diverses du sommeil et de ses troubles, en se focalisant sur le « long dix-neuvième siècle », des Lumières à la Grande Guerre. Des oeuvres plus anciennes ainsi que des oeuvres du XXe siècle sont convoquées pour montrer l’extraordinaire richesse du sujet dans la persistance de ses thèmes iconographiques. »
« FIGURES DU SOMMEIL
DANS LA BIBLE »
« Pour saisir les diverses facettes du sommeil, il faut remonter aux origines de la culture occidentale – la Bible d’abord puis la permanence des mythes antiques revisités à la Renaissance. Dans la Genèse, le sommeil appartient à la symbolique des origines : Adam est endormi lors de la création d’Eve. Noé nous rappelle les dangers du sommeil troublé par l’ivresse. Les Psaumes et le Livre de Job lient l’insomnie aux fautes et aux tourments de l’âme. Le sommeil de l’enfant Jésus est souvent représenté comme une anticipation de la Passion, et la douceur de l’iconographie de la Vierge qui observe l’Enfant endormi rejoue la douleur de la Pietà. »
« Par la foi en la Résurrection, la mort est désormais perçue comme un sommeil dont on sera réveillé – miracle de la résurrection de la fille de Jaïre. Dans l’épisode de Jean endormi durant la Dernière Cène, le sommeil exprime la confiance en Dieu et l’abandon heureux. La Dormition de la Vierge révèle que Marie s’est endormie en Dieu. »
« HYPNOS ET THANATOS : LE SOMMEIL ET LA MORT SONT FRÈRES »
« Dans la mythologie grecque, la Nuit (Nyx) engendre Hypnos (le sommeil) et Thanatos (la mort) (Klotz). C’est probablement l’atonie, la perte de force musculaire pendant le sommeil, la ressemblance extérieure des deux conditions qui ont inspiré le mythe. Hypnos est représenté comme un jeune homme ailé, parfois endormi, parfois tenant une corne emplie de l’eau du Léthé ou de jus de pavot, usé comme hypnotique depuis des millénaires. Au XIXe siècle, les portraits et photographies de cadavres sur leur lit de mort, apparemment endormis, parés pour le souvenir, rappellent cette proximité du repos éternel et du sommeil quotidien. »
« Des artistes comme Monet, et plus tard Hodler, iront jusqu’à peindre leur épouse ou leur maîtresse sur leur lit de mort. »
« LE SOMMEIL ÉROTIQUE : AMOUR DÉVOILÉ ET BELLES ENDORMIES »
« Le Roi des dieux, Zeus chez les Grecs, Jupiter chez les Romains, dévoile le corps d’Antiope endormie. La sensualité du geste sera reprise à travers les siècles depuis Rembrandt et jusqu’à Picasso. Par inversion, ce sera aussi bien Psyché dévoilant Eros endormi, ou encore Séléné, la Lune, amoureuse du bel Endymion. Voir et être vu, le regard érotique décache la nudité, féminine ou masculine. Les Vénus endormies, les nymphes de la peinture néoclassique, deviennent des demoiselles endormies, des amies surprises dans le sommeil après l’amour, ou des jeunes femmes rêvant, assoupies dans un fauteuil. Les contes de fées comme La Belle au bois dormant illustrent naïvement le pouvoir d’Eros qui tire les Belles endormies de leur sommeil enchanté, marquant le passage de l’enfance à l’âge adulte. »
LES PORTES DU RÊVE
« Depuis les temps homériques, on a tenté d’interpréter les songes dans un sens prophétique, quand même Homère, par la bouche de la sage Pénélope, mettait déjà en garde contre les songes trompeurs. »
« Si la moderne médecine du sommeil est récente, c’est au XIXe siècle qu’on entreprend une étude des rêves qui se veut scientifique, avec les oeuvres d’Alfred Maury (1861) et d’Hervey de Saint Denis (1867). La Traumdeutung (L’interprétation des rêves) de Freud paraît en 1899 et sera traduite en français en 1926. Le rêve n’est désormais plus prophétique, mais réflexif il ne nous révèle rien de notre futur mais éclaire notre passé. Le sommeil et les rêves peupleront dès lors les oeuvres des Symbolistes qui s’attachent à représenter la vie intérieure, comme Odilon Redon, Khnopff, Max Klinger, ou Kubin. Artistes et poètes évoqueront souvent la possibilité d’un sommeil créateur. »
« L’inspiration vient pendant la nuit, et la Muse impose à l’artiste le retour au travail. »
« Dans l’Apollon endormi de Lorenzo Lotto, c’est une fois le dieu solaire plongé dans le sommeil, que dansent les Muses. »
« LE SOMMEIL TROUBLÉ
QUAND LA RAISON S’ABSENTE »
« Au XVIIIe siècle, Goya, Füssli ou Blake interrogeront la face obscure des Lumières pour tenter de donner forme et crédit aux figures évanescentes des cauchemars. »
« Les Romantiques dénonceront l’emprise de la raison en explorant ce qui est désormais appelé l’inconscient, les phénomènes médiumniques, la folie, le somnambulisme. Au XIXe siècle, Charcot à la Salpêtrière expérimente l’hypnose sur les hystériques. Freud sera fasciné par l’hypnose mais l’abandonnera vite. »
« Après la Grande Guerre, les Surréalistes reprendront l’exploration du domaine nocturne et useront de l’hypnose comme un procédé « créatif ».
« De nos jours, c’est peut-être l’insomnie qui nous trouble le plus. Dans la civilisation industrielle, les rythmes du travail, la lumière artificielle, les bruits de la ville, les écrans, les excitants, s’opposent à l’endormissement. Empêché de tous côtés, le sommeil est devenu objet de désir, que l’on essaie de retrouver par tous les moyens. Parmi les drogues auxquelles on fait alors recours pour obtenir le repos, l’opium est la plus ancienne. Le pavot est souvent représenté comme symbole du sommeil et de l’oubli, et par extension, de la mort. Les Symbolistes le peignent volontiers. Plusieurs écrivains à la fin du XIXe siècle expérimentent les rêveries induites par le laudanum et le haschisch ; le tableau de Gaetano Previati montre l’ambiance « maudite » d’une fumerie. »
« AU LIT ! »
« Le mot « chambre » nous vient des Grecs (kamara), et notre « civilisation du lit » est romaine. Le lit est le meuble principal, même chez les pauvres qui dorment tous ensemble. Dans les demeures des riches, les lits se trouvent dans les pièces de réception. »
« À la fin du Moyen Âge, la chambre à coucher se constitue comme un espace privé, abrité des regards. Au XIXe siècle, la morale chrétienne dicte la conduite à tenir dans la chambre : tout doit être pudique et voilé. Chaud et douillet, le lit est un refuge et un abri. »
« Autrefois lieu de la naissance, de l’amour, de la maladie et de la mort, il garde une aura métaphysique, quand même est-il aujourd’hui remplacé par un lit anonyme d’hôpital. »
« On ne dort bien que dans son lit. Pour l’enfant, c’est dans le grand lit des parents qu’on trouve le réconfort, quand s’évanouit la peur du noir. Mais le lit peut être aussi le lieu de l’abandon et de la sensualité. Un lit défait suggère la présence de l’Autre, étrange et familière à la fois, et nous trouble. La chambre est le lieu de l’intime, et le lit une île qui nous permet de protéger et de nourrir nos rêves. »
Du 9 octobre 2025 au 1er mars 2026
2, rue Louis Boilly. 75016 Paris
Tél. : +33 (0)1 44 96 50 33
Du mardi au dimanche de 10h à 18h
Nocturne le jeudi jusqu’à 21h
Visuels :
Vues de l’exposition « L’Empire du sommeil »
Musée Marmo8an Monet
Du 9 octobre 2025 au 1er mars 2026
© Studio Christian Baraja SLB
Affiche
Anonyme
Jeune fille endormie
vers 1615-1620
Huile sur toile
67,5 x 74 cm
Budapest, Szépművészeti Múzeum / Museum of Fine Art
© Szépművészeti Múzeum/ Museum of Fine Arts, Budapest
Michael Ancher (1849 1927)
La Sieste [Middagshvil]
1890
Huile sur toile
62 x 79 cm
Skagen, Art Museums of Skagen
© Art Museums of Skagen
Eugène Delacroix (1798-1863)
Le lit défait
Vers 1824
Graphite et aquarelle sur papier
18,3 x 29,8 cm
Paris, musée national Eugene-Delacroix
© GrandPalaisRmn (musée du Louvre) / Rachel Prat
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