Citations

« Le goût de la vérité n’empêche pas la prise de parti. » (Albert Camus)
« La lucidité est la blessure la plus rapprochée du Soleil. » (René Char).
« Il faut commencer par le commencement, et le commencement de tout est le courage. » (Vladimir Jankélévitch)
« Notre métier n’est pas de faire plaisir, non plus de faire du tort. Il est de porter la plume dans la plaie. » (Albert Londres)
« Le plus difficile n'est pas de dire ce que l'on voit, mais d'accepter de voir ce que l'on voit. » (Charles Péguy)

lundi 23 février 2026

« L’empire du sommeil »

Le musée Marmottan Monet présente l’exposition « L’empire du sommeil ». « Cette manifestation interroge la portée symbolique et allégorique du sommeil, son importance dans l’iconographie profane et sacrée, et l’influence que les recherches scientifiques, philosophiques et psychanalytiques liées au sommeil ont eu dans le champ de l’art. »

Une problématique Fondation Casip-Cojasor 
L’affaire Krief, exemple d’antisémitisme d’Etat (version courte)

Le musée Marmottan Monet présente l’exposition « L’Empire du sommeil », qui « explore, pour la première fois en France, les représentations de cet état mystérieux qui occupe un tiers de notre vie et qui a nourri la création depuis l’Antiquité. Elle interroge la portée symbolique et allégorique du sommeil, son importance dans l’iconographie profane et sacrée, et l’influence que les recherches scientifiques, philosophiques et psychanalytiques liées au sommeil ont eu dans le champ de l’art. »

L’exposition « se focalise sur la période du XIXe siècle et du XXe siècle, périodes de grandes transformations sur l’imaginaire du sommeil. Le corpus d’œuvres des années 1800 à 1920 sera mis en regard d’oeuvres significatives de l’Antiquité, du Moyen Âge, des Temps Modernes et de l’époque contemporaine pour rendre compte de la permanence de certains thèmes clefs : le sommeil de l’innocent, le songe des récits bibliques, l’ambivalence du sommeil entre repos et repos éternel, l’éros du corps endormi, les rêves et cauchemars. L’exposition abordera également le mesmérisme et les troubles du sommeil par le biais d’une iconographie médicale et montrera comment certains artistes s’empareront de ces sujets. Enfin, une section de l’exposition dédiée à la chambre à coucher esquissera les us et coutumes prêtés à cet espace hautement symbolique. »

« Placée sous le commissariat de Laura Bossi, neurologue et historienne des sciences et de Sylvie Carlier, directrice des collections du musée, assistées par Anne-Sophie Luyton, attachée de conservation du musée Marmottan Monet, l’exposition montre l’étendue et la variété des thèmes iconographiques représentés par les artistes à travers les âges. En accord avec l’esprit des collections du musée, elle se concentre sur le « long dix-neuvième siècle », des Lumières à la Grande Guerre, convoquant aussi un choix d’oeuvres anciennes ou contemporaines qui éclairent la fascination du sujet et son étonnante persistance, au-delà des évolutions philosophiques et scientifiques. »

« Cent-trente oeuvres sont réunies pour l’occasion – peintures, sculptures, œuvres graphiques, objets, documents scientifiques – issues de collections privées ou de grandes institutions françaises et internationales (musée d’Orsay, musée du Louvre, musée national d’Art moderne, Petit Palais-Musée des beaux-arts de la Ville de Paris, musée des Beaux-arts de Montréal, Galerie Nationale de Prague, Palazzo Pitti-Galleria d’Arte Moderna de Florence, musée national Centre d’Art Reina Sofía de Madrid…). »
Le « parcours, composé de huit sections thématiques, propose une traversée à la fois esthétique et savante des visages du sommeil et de ses troubles. »

La Bible hébraïque relate dans La Genèse qu'Eve naît alors qu'Adam dort. Abraham, Jacob - épisode de l'échelle -, Joseph, fils de Jacob...  Le sommeil et les songes ont joué un rôle important. Pour éviter la vengeance de son frère Ésaü qui n'a pas eu la bénédiction de leur père Isaac, Jacob va chercher une épouse à Haran dans la famille de sa mère Rachel. A Louz, il rêve d'une échelle entre ciel et terre ; des anges descendent et montent le long de cette échelle. Dieu se révèle à lui et lui dit : (Genèse 28:10-17)
« Je suis Dieu, le Dieu d’Abraham et le Dieu d’Isaac ton père ; la terre sur laquelle tu reposes, je la donnerai à toi et à tes descendants ; et tes descendants seront comme la poussière de la terre, et ils s’établiront vers l’ouest et vers l’est, vers le nord et vers le sud ; et par toi et tes descendants, toutes les familles sur la terre seront bénies. Vois, je suis avec toi et te protégerai là où que tu ailles, et je te ramènerai à cette terre ; car je ne te laisserai pas tant que je n'aurai pas accompli tout ce dont je viens de te parler. » Jacob se réveilla alors de son sommeil et dit : « Sûrement Dieu est présent ici et je ne le sais pas. » et il était effrayé et dit : « Il n’y a rien que la maison de Dieu et ceci est la porte du ciel. » 
À son réveil, Jacob nomme le lieu Béthel (maison de Dieu, en hébreu). Le Midrach interprète ce rêve comme illustrant les exils que le peuple Juif sera contraint d'endurer avant la venue du Messie. 

Joseph fait deux rêves qui signifient sa domination sur ses frères qui reconnaîtront sa suprématie. Ses frères, sauf Benjamin, le vendent et Joseph est amené en Égypt. Là, il est acheté par Potiphar, officier du roi. Grâce à son habileté, il augmente la richesse de Potiphar qui le nomme intendant. A l'instigation de l'épouse de Potiphar, il est emprisonné. Ses compagnons de cellule sont le maître-échanson et le maître-panetier de Pharaon. Un matin, chacun d'eux lui raconte son rêve. Joseph, oniromancien, interprète leurs rêves : il prédit au maître-échanson sa prochaine libération innocenté, pour retrouver sa fonction, et au maître-panetier sa mort par pendaison, dévoré par les oiseaux - ce qui se réalise quelques jours plus tard.

Trois ans plus tard, le maître-échanson conseille à Pharaon de demander à Joseph le sens de son rêve, car son entourage multiplie les interprétations. Joseph explique à Pharaon que les sept beaux épis et vaches de son premier rêve correspondent aux années d'abondance, et les sept maigres épis et vaches de son second rêve sont des années de famine. Il lui conseille de s'entourer d'un homme sage pour conduire son pays en prévision de cette famine prochaine. Pharaon le choisit à ce poste..

« Le sommeil occupe un tiers, dit-on, de notre existence, et depuis toujours il a inspiré artistes, écrivains, musiciens et philosophes. Or, cette exposition semble la première à aborder ce phénomène en France, du moins dans sa représentation formelle, artistique. Curieuse absence que nous nous proposons de réparer, tant il est vrai que la mythologie du sommeil et du rêve a toujours occupé nos pensées, depuis l’Antiquité. Songeons à Endymion, amant de Séléné, déesse de la Lune, représenté d’innombrables fois jusqu’à Girodet ou à Watts, mais aussi aux récits bibliques et évangéliques, l’ivresse de Noé, l’insomnie de Job, Jean endormi lors de la Cène, les apôtres assoupis dans le jardin des Oliviers, ou encore la Dormition de la Vierge, cet étrange état de suspension entre le sommeil et la vie éternelle », a indiqué Érik Desmazières, Membre de l’Académie des Beaux-arts, Directeur du musée Marmottan Monet. 

Et Érik Desmazières d’expliquer : « Hypnos, Thanatos, Éros, dans toutes ces figures mythiques se découvre une beauté du sommeil mais aussi une ambiguïté. Au-delà de l’apparence réelle de l’homme endormi, il y a, invisible, le rêve… Derrière l’être assoupi, le tumulte et l’énigme du monde onirique, la parade des rêves mais aussi le berceau des cauchemars. Pensons au Songe de Poliphile, lien entre le monde antique et la Renaissance, au Sommeil de la raison qui engendre des monstres, aux incubes de Füssli, à la Somnambule de Courbet, à l’extravagante aventure du Gant dans les gravures de Klinger, et plus loin encore, au Noctambule de Munch ou aux rêves visionnaires du Little Nemo in Slumberland… »

« L’exposition essaie de dévoiler en huit chapitres, du « Doux sommeil » aux « Portes du rêve » et au « Sommeil troublé », ces mystères. Elle se propose à la fois de mettre au jour les représentations de cet état si particulier, si bien caché, et d’entrouvrir le labyrinthe sans fin du monde des rêves, où les artistes et les poètes laissent libre cours à leur imagination créatrice », conclut Érik Desmazières. 

PARCOURS DE L’EXPOSITION

« DOUX SOMMEIL, BONHEUR PUR »
« Tous, nous dormons, même les insomniaques. Le sommeil, ce doux besoin qui occupe un tiers de notre vie, nous est nécessaire, et nous procure un grand bonheur. »

« Il apporte le repos, et l’oubli des peines de la veille. Cet état mystérieux dans lequel on « tombe » a nourri la création depuis des millénaires. Innombrables, les artistes qui nous ont laissé des portraits de leurs proches – parents, époux, amants - ou de leurs modèles endormis, au creux de la nuit ou le plus souvent le jour, pendant la sieste. C’est peut-être le sommeil des innocents – nouveau-nés, enfants, bêtes familières, chats, chiens… – qui exprime au mieux l’abandon au bonheur de l’inconscience. Mais le sommeil montre aussi un aspect ambigu, il peut évoquer la mort, la vulnérabilité, la dépossession de soi ; il impose d’abandonner la vigilance, d’accepter l’oubli, de ne plus veiller ni surveiller… »

« L’exposition explore, pour la première fois en France, les représentations diverses du sommeil et de ses troubles, en se focalisant sur le « long dix-neuvième siècle », des Lumières à la Grande Guerre. Des oeuvres plus anciennes ainsi que des oeuvres du XXe siècle sont convoquées pour montrer l’extraordinaire richesse du sujet dans la persistance de ses thèmes iconographiques. »

« FIGURES DU SOMMEIL 
DANS LA BIBLE »
« Pour saisir les diverses facettes du sommeil, il faut remonter aux origines de la culture occidentale – la Bible d’abord puis la permanence des mythes antiques revisités à la Renaissance. Dans la Genèse, le sommeil appartient à la symbolique des origines : Adam est endormi lors de la création d’Eve. Noé nous rappelle les dangers du sommeil troublé par l’ivresse. Les Psaumes et le Livre de Job lient l’insomnie aux fautes et aux tourments de l’âme. Le sommeil de l’enfant Jésus est souvent représenté comme une anticipation de la Passion, et la douceur de l’iconographie de la Vierge qui observe l’Enfant endormi rejoue la douleur de la Pietà. »

« Par la foi en la Résurrection, la mort est désormais perçue comme un sommeil dont on sera réveillé – miracle de la résurrection de la fille de Jaïre. Dans l’épisode de Jean endormi durant la Dernière Cène, le sommeil exprime la confiance en Dieu et l’abandon heureux. La Dormition de la Vierge révèle que Marie s’est endormie en Dieu. »

« HYPNOS ET THANATOS : LE SOMMEIL ET LA MORT SONT FRÈRES »
« Dans la mythologie grecque, la Nuit (Nyx) engendre Hypnos (le sommeil) et Thanatos (la mort) (Klotz). C’est probablement l’atonie, la perte de force musculaire pendant le sommeil, la ressemblance extérieure des deux conditions qui ont inspiré le mythe. Hypnos est représenté comme un jeune homme ailé, parfois endormi, parfois tenant une corne emplie de l’eau du Léthé ou de jus de pavot, usé comme hypnotique depuis des millénaires. Au XIXe siècle, les portraits et photographies de cadavres sur leur lit de mort, apparemment endormis, parés pour le souvenir, rappellent cette proximité du repos éternel et du sommeil quotidien. »

« Des artistes comme Monet, et plus tard Hodler, iront jusqu’à peindre leur épouse ou leur maîtresse sur leur lit de mort. »

« LE SOMMEIL ÉROTIQUE : AMOUR DÉVOILÉ ET BELLES ENDORMIES »
« Le Roi des dieux, Zeus chez les Grecs, Jupiter chez les Romains, dévoile le corps d’Antiope endormie. La sensualité du geste sera reprise à travers les siècles depuis Rembrandt et jusqu’à Picasso. Par inversion, ce sera aussi bien Psyché dévoilant Eros endormi, ou encore Séléné, la Lune, amoureuse du bel Endymion. Voir et être vu, le regard érotique décache la nudité, féminine ou masculine. Les Vénus endormies, les nymphes de la peinture néoclassique, deviennent des demoiselles endormies, des amies surprises dans le sommeil après l’amour, ou des jeunes femmes rêvant, assoupies dans un fauteuil. Les contes de fées comme La Belle au bois dormant illustrent naïvement le pouvoir d’Eros qui tire les Belles endormies de leur sommeil enchanté, marquant le passage de l’enfance à l’âge adulte. »

LES PORTES DU RÊVE
« Depuis les temps homériques, on a tenté d’interpréter les songes dans un sens prophétique, quand même Homère, par la bouche de la sage Pénélope, mettait déjà en garde contre les songes trompeurs. »

« Si la moderne médecine du sommeil est récente, c’est au XIXe siècle qu’on entreprend une étude des rêves qui se veut scientifique, avec les oeuvres d’Alfred Maury (1861) et d’Hervey de Saint Denis (1867). La Traumdeutung (L’interprétation des rêves) de Freud paraît en 1899 et sera traduite en français en 1926. Le rêve n’est désormais plus prophétique, mais réflexif il ne nous révèle rien de notre futur mais éclaire notre passé. Le sommeil et les rêves peupleront dès lors les oeuvres des Symbolistes qui s’attachent à représenter la vie intérieure, comme Odilon Redon, Khnopff, Max Klinger, ou Kubin. Artistes et poètes évoqueront souvent la possibilité d’un sommeil créateur. »

« L’inspiration vient pendant la nuit, et la Muse impose à l’artiste le retour au travail. »

« Dans l’Apollon endormi de Lorenzo Lotto, c’est une fois le dieu solaire plongé dans le sommeil, que dansent les Muses. »

« LE SOMMEIL TROUBLÉ
QUAND LA RAISON S’ABSENTE »
« Au XVIIIe siècle, Goya, Füssli ou Blake interrogeront la face obscure des Lumières pour tenter de donner forme et crédit aux figures évanescentes des cauchemars. »

« Les Romantiques dénonceront l’emprise de la raison en explorant ce qui est désormais appelé l’inconscient, les phénomènes médiumniques, la folie, le somnambulisme. Au XIXe siècle, Charcot à la Salpêtrière expérimente l’hypnose sur les hystériques. Freud sera fasciné par l’hypnose mais l’abandonnera vite. » 

« Après la Grande Guerre, les Surréalistes reprendront l’exploration du domaine nocturne et useront de l’hypnose comme un procédé « créatif ».

« De nos jours, c’est peut-être l’insomnie qui nous trouble le plus. Dans la civilisation industrielle, les rythmes du travail, la lumière artificielle, les bruits de la ville, les écrans, les excitants, s’opposent à l’endormissement. Empêché de tous côtés, le sommeil est devenu objet de désir, que l’on essaie de retrouver par tous les moyens. Parmi les drogues auxquelles on fait alors recours pour obtenir le repos, l’opium est la plus ancienne. Le pavot est souvent représenté comme symbole du sommeil et de l’oubli, et par extension, de la mort. Les Symbolistes le peignent volontiers. Plusieurs écrivains à la fin du XIXe siècle expérimentent les rêveries induites par le laudanum et le haschisch ; le tableau de Gaetano Previati montre l’ambiance « maudite » d’une fumerie. »

« AU LIT ! »
« Le mot « chambre » nous vient des Grecs (kamara), et notre « civilisation du lit » est romaine. Le lit est le meuble principal, même chez les pauvres qui dorment tous ensemble. Dans les demeures des riches, les lits se trouvent dans les pièces de réception. »

« À la fin du Moyen Âge, la chambre à coucher se constitue comme un espace privé, abrité des regards. Au XIXe siècle, la morale chrétienne dicte la conduite à tenir dans la chambre : tout doit être pudique et voilé. Chaud et douillet, le lit est un refuge et un abri. »

« Autrefois lieu de la naissance, de l’amour, de la maladie et de la mort, il garde une aura métaphysique, quand même est-il aujourd’hui remplacé par un lit anonyme d’hôpital. »

« On ne dort bien que dans son lit. Pour l’enfant, c’est dans le grand lit des parents qu’on trouve le réconfort, quand s’évanouit la peur du noir. Mais le lit peut être aussi le lieu de l’abandon et de la sensualité. Un lit défait suggère la présence de l’Autre, étrange et familière à la fois, et nous trouble. La chambre est le lieu de l’intime, et le lit une île qui nous permet de protéger et de nourrir nos rêves. »


Du 9 octobre 2025 au 1er mars 2026
2, rue Louis Boilly. 75016 Paris
Tél. :  +33 (0)1 44 96 50 33
Du mardi au dimanche de 10h à 18h
Nocturne le jeudi jusqu’à 21h
Visuels :
Vues de l’exposition « L’Empire du sommeil »
Musée Marmo8an Monet
Du 9 octobre 2025 au 1er mars 2026
© Studio Christian Baraja SLB

Affiche 
Anonyme
Jeune fille endormie
vers 1615-1620
Huile sur toile
67,5 x 74 cm
Budapest, Szépművészeti Múzeum / Museum of Fine Art
© Szépművészeti Múzeum/ Museum of Fine Arts, Budapest

Michael Ancher (1849 1927)
La Sieste [Middagshvil]
1890
Huile sur toile
62 x 79 cm
Skagen, Art Museums of Skagen
© Art Museums of Skagen

Eugène Delacroix (1798-1863)
Le lit défait
Vers 1824
Graphite et aquarelle sur papier
18,3 x 29,8 cm
Paris, musée national Eugene-Delacroix
© GrandPalaisRmn (musée du Louvre) / Rachel Prat


Articles sur ce blog concernant :
Les citations proviennent du dossier de presse. 

dimanche 22 février 2026

Interview de Guershon Nduwa, Président de la Fraternité judéo-noire

Ancien éducateur spécialisé, Guershon Nduwa dirigeait la Fraternité judéo-noire qu’il a fondée en 2007 et était secrétaire général du CRAN (Conseil représentatif des associations noires) dont il a été longtemps demeuré membre. Originaire du Congo, ce voyageur polyglotte, ouvert à autrui, a évoqué dans cette interview de 2011 la situation des Juifs Noirs en France. Il souhaitait ouvrir une synagogue pour les juifs noirs à Paris ou en région parisienne. Il avait été aidé par Claude Barouch, alors Président de l'Union des patrons et professionnels juifs français (UPJF). Il a été victime en mars 2025 d'un AVC (Accident vasculaire cérébral) hémorragique et est décédé le 19 février 2026 vers 18 h. 


Présentez-nous la Fraternité judéo-noire (FJN)…

Créée en 2007, la FJN regroupe des Juifs, Blancs et Noirs. Ensemble, nous agissons contre l’antisémitisme et pour la défense d’Israël. Nous avons ainsi organisé un rassemblement à Paris en soutien à l’otage franco-israélien Guilad Shalit.

Les Juifs Noirs sont généralement évalués à moins de 5% de l’ensemble des Juifs de France soit 250 familles en région parisienne selon la journaliste Olivia Cattan.

Ce sont des Juifs par filiation ou par conversion.

Cette population juive est composée essentiellement de Français, dont ceux d’Outre-mer, et de Juifs étrangers de souche non européenne, dont les migrants sub-sahariens ainsi que leurs descendants nés dans l’hexagone et des Juifs israéliens.

Elle révèle des Juifs venant d’autres univers, qui ne sont ni Ashkénazes, ni Sépharades (1).

Elle est très hétérogène, mais unie par son Judaïsme, par son souci de l’unité du peuple Juif et son attachement à l’Etat d’Israël.

Elle aspire à une plus grande reconnaissance en France.

La FJN est aussi représentée dans les continents européen, américain et africain.

Nous venons d’établir un partenariat avec une communauté juive de Kampala (Ouganda). Celle-ci fabrique des modèles de kippot qui peuvent être customisées, personnalisées soit par le logo de la FJN, soit par le prénom et le nom d’un bar-mitsva (Nda : âgé de 13 ans, le bar-mitsva atteint sa majorité religieuse), d’une bat-mitsva (Nda : âgée de 12 ans, la bat-mitsva atteint sa majorité religieuse) ou d’un marié. Nous les vendons au prix de 5 euros par kippa. Une partie du produit de la vente va à nos coreligionnaires ougandais, et l’autre finance nos activités.

Comment les Juifs Noirs sont-ils perçus en France, par les communautés Juives et Noires ?

Nous sommes en quelque sorte un pont entre les communautés Juive et Noire en France.

Une des contributions majeures de FJN est de rendre possible une meilleure articulation des luttes contre l’antisémitisme et contre le racisme.

La FJN instaure aussi un lien de discussions, concertations sur des préoccupations qui demandent à être partagées ou sur des points de vue relatifs à des questions d’intérêt public. Ce qui fait que nos deux peuples comprennent notre message.

Vous avez organisé un dîner-débat cacher le 9 janvier 2011 à Paris…

Cette manifestation s’inscrit dans la mission et les objectifs de notre association.

En effet, nous entendons ainsi inaugurer une forme d’activité à vocation éducative, plus conviviale, à l’instar d’autres activités que nous avons organisées depuis la création de FJN, tel notre premier colloque le 6 juillet 2008.

Nous avons choisi comme thème de cette première soirée à l’aube de cette nouvelle année : la contribution exemplaire des Juifs et du judaïsme à la promotion de la diversité aux États-Unis.

Nous avons l'honneur que des experts éminents aient accepté notre invitation : le professeur Edward Kaplan, notre premier invité d’honneur, introduira le sujet. Sont conviés comme intervenants : le professeur Laurence Mordekhai Thomas (Université Syracuse, États-Unis), le professeur Elikia M’Bokolo (École des Hautes Études en Sciences Sociales, Paris) et le professeur Shmuel Trigano (Paris X-Nanterre).

Nos orateurs et nos convives dialogueront sur la manière dont les Juifs américains ont fait avancer une cause d’intérêt public nationale, primordiale dans ce pays, celle des droits civiques pour les Noirs américains (civil rights movement).

Comment s'est déroulée l'année 2011 pour la FJN ?

Depuis un an, la FJN est passée à une étape superieure. Après les phases d'information et d'installation aux niveaux national et international, nous sommes dans la phase d'actions qui légitiment notre présence avec la venue du député israélien Shlomo Molla comme président honoraire de la FJN et aussi de LizBen Agha (coordinatrice de la communauté juive nigériane) comme vice-présidente honoraire.

Notre lien avec l'Etat d'Israël s'est renforcé par des actions concertées.

Nous sommes des interlocuteurs valables pour la question juive noire. Nous prévoyons des voyages pour rencontrer des personnalités réligieuses et politiques en Israël dans les prochains mois


Dans une ambiance conviviable, nous organisons notre 2e diner-débat, à vocation aussi éducative, en partenariat avec la Maison de la diaspora haïtienne, sur le thème : L’identité Juive, l’identité d’un peuple

L'invité d’honneur en est le professeur Ephraim Isaac, doyen de l’université de Harvard, chef du Département d’études africaines et afro-américaines et chef du Département des langues sémites dans cette prestigieuse université américaine.

Sont aussi conviés comme principaux intervenants Georges Loinger, doyen des résistants Juifs de France, le professeur Elikia M’Bokolo, le grand-rabbin de Johannesbourg (Afrique du Sud), et Angie Brooks, conférencière et Education conseillère en éducation à la Kana Foundation.(Londres).


Addendum :

Laurence Mordekhai Thomas n'a pu assister à ce dîner-débat en 2011.
Extraits vidéo et photos de ce diner en 2011 sur le site de la FJN
Lors du diner du 8 janvier 2012, Guershon Nduwa s'est vu remettre un exemplaire de la nouvelle édition du Siddour Kol Hanechama. La prédédente édition de ce livre en 2003, qui n'est plus commercialisée, "présentait ainsi la bénédiction méchané habriot que l’on doit réciter soi-disant  : "En voyant un Noir, une personne dont le physique est anormal de naissance ou bien en voyant un éléphant ou un singe". La nouvelle édition ne contient pas cette phrase blessante.


(1) Lors de la conférence du 9 janvier 2011, le professeur Shmuel Trigano a indiqué que les Juifs Noirs étaient des Juifs sépharades : la distinction Ashkénazes/Sépharades est liée à une application de la Halakha (loi juive) généralement plus rigoureuse par les Juifs Ashkénazes.

Vidéo de la FJN lors du rassemblement à la mémoire de Sébastien Selam en novembre 2012.


Diner de la FJN
Le 8 janvier 2012 à 18 h
4, rue Lamartine, 75009 Paris
Menu cacher beth din de Paris (20 euros)
Inscription et pré-paiement obligatoires : contact@fjn-123.fr, 0977612899 (ligne fixe) ou 0667699267

Le 9 janvier 2011
8, rue Georges Bernard Shaw, 75015 Paris. Entrée rue Dessaix, côté de la Poste
De 19 h à 22 h
Inscription obligatoire : contact@fjn-123.fr
Buffet dinatoire cacher Beth Din de Paris
Entrée, payable sur place : 5 € ou plus

Le documentaire Etre Juif et Noir en France de Annick N'Guessan a été diffusé ce 25 février 2014 à Paris.

Articles sur ce blog concernant :

Article publié le 3 janvier 2011, puis les 29 janvier 2013 à l'approche de la conférence de Guershon Nduwa sur les Juifs africains au sud Sahara, le 30 janvier 2013, à 16 h 15, au 19, rue du Pont-aux-Choux 75003 Paris, 25 février 2014, 16 mars 2025 - Toute personne ayant des informations sur ses proches est invitée à se manifester afin de les prévenir de l'état de santé de Guershon Nduwa. Il a été modifié le 16 janvier 2012.

vendredi 20 février 2026

Focus de Causeur sur l’affaire al-Dura

Vingt-cinq ans après la diffusion le 30 septembre 2000 par le JT de 20 h de France 2 du « reportage » controversé sur la « mort de Mohamed al-Dura » prétendument causée par des tirs ciblés de soldats israéliens selon Charles Enderlin, correspondant de France 2 à Jérusalem (Israël) et son fixer ou cameraman palestinien Talal Abu Rahma, le mensuel Causeur consacre, dans son n° 142 de février 2026, un focus passionnant sur ce blood libel. Intitulé « Affaire al-Durah, 25 ans après qui a tué la vérité ? » et sous-titré « Comment France 2 a diffusé une intox antisémite », ce focus réunit des éclairages par le principal activiste Philippe Karsenty, des journalistes Elisabeth Lévy et Claude Askolovitch, le documentariste Michaël Prazan, des avocats Me Aude Weill-Raynal et Me Gilles-William Goldnadel, et le politiste Pierre-André Taguieff. Une affaire grave évoquée aussi par le Dr Richard Prasquier, Président d'honneur du CRIF (Conseil représentatif des institutions juives de France). Et ce, dans le contexte de la commission d’enquête  parlementaire « sur la neutralité, le fonctionnement et le financement de l’audiovisuel public » où se distingue le député Charles Alloncle (Union des droites pour la République, UDR).

La justice française se prononcera sur les images controversées de « la mort de Mohamed al-Dura »

Un expert balistique estime « sérieuse » la possibilité d’une « mise en scène » de la « mort » de « Mohamed » al-Dura

France 2 et Charles Enderlin n’expliquent pas à la Cour d’appel de Paris les incohérences et contradictions relatives à l’incident al-Dura

Affaire al-Dura : les rushes de France 2 en exclusivité sur Youtube

La Cour d’appel de Paris a relaxé Philippe Karsenty dans l’affaire al-Dura

L’arrêt de la Cour d’appel de Paris relaxant Philippe Karsenty tance sévèrement France 2 et Charles Enderlin

Le CRIF demande une commission d’enquête indépendante composée d’experts afin d’établir la vérité dans l’affaire al-Dura

Une réunion sur l’affaire al-Dura calamiteuse pour France 2


C’est un 25e anniversaire qui ne passera finalement pas inaperçu.

Le 30 septembre 2025 à 
à 10h32, Mediapart a diffusé l'interview de Jamal al-Dura intitulée "Jamal al-Dura : « Le sang de Mohammed n’en finit pas de couler » et signée par Gwenaelle Lenoir. Pourquoi ce regain d'intérêt pour l'affaire al-Dura ? Pour tenter d'effacer le souvenir des fakes, notamment sur "la famine dans la bande de Gaza" ? Pour renforcer l'image diffamant Israël et ses soldats présentés faussement comme "tueurs d'enfants" depuis des décennies, notamment auprès de la génération née en 2000 (génération Z ou Gen Z) ?

En ce mois de février 2026, le mensuel Causeur a l’initiative pertinente de présenter les analyses d’experts divers pour analyser ce film court, mondialement connu, qui soulève des questions essentielles sur la pratique et l’éthique des journalistes, sur la diffamation durable d’Israël par Pallywood (néologisme forgé par l’historien Richard Landes), sur l’incitation à la haine des juifs par un « blood libel » (accusation fausse portée contre les Juifs accusés de tuer un enfant non-juif pour utiliser son sang dans la fabrication de matzot pour Pessah) diffusé le 30 septembre 2000, au début de l’Intifada II déclenchée par Yasser Arafat, par le JT de 20 h du fleuron du secteur audiovisuel public français, sur l’inaction d’organisations juives françaises – Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF) sauf sous les mandats de son Président Richard Prasquier, des Consistoires de France et de Paris Île-de-France -, sur la justice française, sur la persévérance de Philippe Karsenty, sur le rôle de rares intellectuels…

Le 30 septembre 2000, France 2 diffusait un reportage commenté par Charles Enderlin qui attribuait la « mort de Mohamed al-Dura » à des « tirs venus de la position israélienne » au carrefour de Netzarim (bande de Gaza). Le 21 mai 2008, l’arrêt de la Cour d’appel de Paris a souligné les invraisemblances et incohérences de ces images devenues emblématiques de l’Intifada II. Pour établir les faits survenus ce 30 septembre 2000 à ce carrefour, le CRIF (Conseil représentatif des institutions juives de France) a réitéré lors d’une conférence de presse le 2 juillet 2008, en présence d'Elisabeth Lévy et de Gil Mihaely, respectivement directrice de la rédaction et directeur de la publication de Causeur, sa demande de constitution d’une commission indépendante d’experts. Une demande adressée au Président de la République Nicolas Sarkozy et accueillie froidement par France 2 qui en entrava le fonctionnement.

Au sommaire  du numéro 142  de Causeur, six articles sur dix-sept pages.

Le focus s’ouvre par « L’heure des pro-pal » d’Élisabeth Lévy. La directrice de la rédaction du magazine rappelle le contexte de diffusion du film, les positions fermes de Charles Enderlin et Talal Abu Rahma, et les premiers doutes, puis elle introduit les cinq autres articles. Elle est persuadée que « Charles Enderlin s’est fait balader par son caméraman et ses images made in Pallywood, et qu’ensuite, plutôt que de reconnaître une erreur, il a joué les vierges outragées. C’est certainement à l’insu de son plein gré qu’il a donné un écho mondial à des images trompeuses, alimentant le feu antijuif. C’est volontairement qu’il a ensuite préféré sa réputation à la vérité ». Charles Enderlin s’est peut-être obstiné pour d’autres raisons : volonté de façonner sa statue de sage visionnaire ignoré, pour le malheur d’Israël, par des politiciens, écriture de l’Histoire du conflit à l’aune de son idéologie gauchiste. Le « cas Al-Durah est doublement paradigmatique. Tout d’abord, il « accommode à la sauce de l’information planétaire » le « blood libel » dont on connait l’effet létal pour les juifs. De plus, c’est un « cas d’école du fonctionnement du parti des Médias ». Elle conclut en défiant les députés de demander à une « commission indépendante de se prononcer sur l’authenticité du reportage al-Durah ».

Interrogé par Gil Mihaely dans « Le plus grand faux antisémite de notre génération », Philippe Karsenty, Ancien maire-adjoint (UMP, puis LR) de Neuilly, porte-parole du Comité Trump France, affirme que « la mort de Mohamed al-Dura » est une mise en scène, et l’icône médiatique est devenue une référence à ce jour. Il liste les incohérences dans ce « reportage de 48 secondes », les saynètes de guerre simulée tournée au carrefour de Netzarim devenu un studio de cinéma à ciel ouvert constituant les 18 minutes de rushes fournies par France 2. Il rend hommage à tous ceux qui ont œuvré à faire connaître la vérité. Des images « qui validaient le récit idéologique » de France 2. Il exprime sa surprise de découvrir la pétition en soutien à Charles Enderlin, peu après sa victoire devant la Cour d’appel de Paris en 2008. S’il salue Richard Prasquier, seul Président du CRIF à l’avoir soutenu et à avoir agi pour faire éclater la  vérité, il déplore le soutien constant de l’UEJF à France 2.

Dans « L'héritage du libelle de sang », le documentariste Michaël Prazan Propos explique à Élisabeth Lévy et Jean-Baptiste Roques que « l’affaire Al-Durah, qui a réactivé le mythe du juif tueur d’enfants, s’inscrit dans la continuité de l’antisémitisme chrétien et du nazisme », et a réactivé « un antisémitisme ancestral, plurimillénaire, intériorisé par bon nombre de nos contemporains, qui n’attend qu’un prétexte pour se réveiller
… A présent, la propagande djihadiste se déverse à jet ininterrompu sur les écrans de millions d’internautes dans le monde » et nourri l’antisémitisme auquel contribue « l’idéologie décolonialiste ». Et de citer la conférence de l’ONU contre le racisme à Durban en 2001. Le premier « libelle de sang » date de l’an 38 à Alexandrie, alors dans l’empire romain : « un certain Apion, de culture hellénistique, déclenche une émeute antijuive en relayant dans son ouvrage Les Egyptiaques une rumeur de crime rituel… Un demi-siècle plus tard, le fameux historien Flavius Josèphe rédigera un Contre Apion ». Dans l’Occident chrétiens médiéval, cette accusation de crime rituel se fonde notamment sur un passage de l’Évangile appelé « libelle de sang » dans lequel la foule juive lance à Ponce Pilate au sujet du Christ : « Que son sang soit sur nous, et sur nos enfants ! » Angleterre, France, Espagne, puis Espagne sont les lieux de massacres de juifs causés par ces accusations fausses… Durant la Peste noire au XIVe siècle, la plupart des « 350 pogroms recensés sur l’ensemble du continent sont provoqués par une accusation de crime rituelle – « six papes doivent condamner les persécutions ». Dès le XVe siècle, la « rumeur fusionne avec la légende d’origine roumaine, le mythe de Dracula ». Celui-ci est repris par Edouard Drumont et les Nazis : « métaphore du juif aux dents pointues qui suce le sang des jeunes victimes, et à travers celle-ci le sang des nations. En 1946, le pogrom de Kielce (Pologne) est induit par cette rumeur de crime rituel, et est commis par des chrétiens mécontents de revoir des juifs rescapés de la Shoah vouloir reprendre possession de leurs maisons. Dans l’entre-deux guerres, « l’accusation de crime rituel s’exporte en Iran et en Égypte par l’intermédiaire des professeurs allemands acquis à l’antisémitisme nazi officiant dans les écoles d’ingénieurs, et par la propagande des médias allemands qui y étaient implantés ». Quid de la propagande nazie de Radio Berlin, par le grand mufti de Jérusalem, en direction du monde Arabe ? Michaël Prazan cite les caricatures montrant Ariel Sharon « manger des enfants » durant la Première Intifada, ou Benyamin Netanyahou « avec des dents de vampire dégoulinant de sang » - cette image apparaissait dans l’affiche visible le 20 février 2025 dans la bande de Gaza. Il exhorte à « contrer cette réécriture de l’Histoire ».

Dans « Un jugmeent, quatre arrêts. Cinq raisons de ne pas croire France 2  », Mes Aude Weill-Raynal et Gilles-William Goldnadel relatent la chronologie, du Tribunal à la Cour de cassation, de la procédure judiciaire initiée par France 2 et Charles Enderlin contre Philippe Karsenty poursuivi pour diffamation, et non diffusion d’une fausse information. « A la lumière de ce qui précède, on peut se demander si la justice est, d’une part légitime et d’autre part compétente, pour authentifier un reportage controversé. A l’arrivée, les contraintes drastiques de la loi sur la diffamation, qui exige de celui qui allègue de faits d’en avoir détenu la preuve préalablement, conduisent le juge à conclure que s’il a eu raison trop tôt, c’est qu’il avait tort. Faut-il en conclure que le formalisme juridique auquel doivent se soumettre les juges peut faire échec à la vérité historique démontrée par d’autres moyens ? Ne devrait-on pas plutôt se tourner vers des analyses d’images, balistiques, médico-légales et biométriques ? Plus de vingt-cinq ans après la diffusion du reportage et plus de douze ans après la fin de cette épopée judiciaire, il est temps que des experts soient invités à se prononcer sur ces images sans que France Télévisions puisse exciper d’une quelconque autorité de la chose jugée pour les en empêcher. »

« Je ne sais rien de Mohamed al-Dura, sinon que cet enfant est mort à 12 ans contre le corps blessé de son père, le 30 septembre 2000 à Gaza, dans un échange de tirs entre forces palestiniennes et l’armée israélienne, au moment où se défaisait la paix d’Oslo ». Ainsi débute l’article « Le visage de la Palestine » de Claude Askolovitch, « Juif de gauche et sioniste blessé ». Comme le procès intenté par Jamal al-Dura, « père de Mohamed al-Dura », contre le Dr Yehuda David et le journaliste Clément Weill-Raynal a révélé les contradictions sur « les blessures » listées dans les dossiers médicaux de Jamal al-Dura examiné par des médecins dans des hôpitaux palestinien, puis jordanien, on peut raisonnablement rassurer notre confrère : Mohamed al-Dura était vivant à la fin du tournage de ces images en 2000.

« Inventeur du concept d’islamo-gauchisme », le politiste, historien des idées et philosophe Pierre-André Taguieff considère, dans son article « Il était une fois Pallywood », les « images trompeuses du « petit Mohamed » comme s’apparentant aux « Protocoles des Sages de Sion » et à l’affaire Dreyfus ». Un « étendard mythique de la guerre médiatique contre Israël et les Juifs ». Un « mythe politique sloganisé, intégré dans les appels au djihad ». Une icône médiatique « à forte charge émotionnelle » et « résistant aux démentis ». Le politologue déplore « une raison des médias qui n’a rien à envier à la raison d’État », et considère que l’affaire Al-Durah « reste un cas d’école sur la responsabilité journalistique et sur la puissance des images dans la construction de mythes politiques contemporains ». Pourtant, c’est le texte dit en voix off par Charles Enderlin qui me semble jouer un rôle essentiel car il offre l’interprétation de ces images.

Sur son site Internet, Causeur publie l'article « Affaire Al-Durah: mais où est passé le colonel Picquart ? » signé par Eric Verrax. "Cette contribution s’étonne de l’écart entre le courage du colonel Picquart (1854-1914) dans l’Affaire Dreyfus et l’absence totale de remise en question actuelle autour de l’affaire Al-Durah. Aucun responsable politique n’a osé jusqu’à aujourd’hui contester publiquement la version médiatique officielle, sans doute par crainte de l’ostracisme."

Dans sa chronique radiophonique du 15 février 2026, Richard Prasquier considère que « cette histoire est emblématique de la guerre des mots et des images qui est menée contre Israël, guerre  où la manipulation des médias s’est révélée unes  une arme  redoutable contre laquelle  Israël aujourd’hui encore n’a pas trouvé de parade efficace... Charles Enderlin bénéficia d’un réseau considérable et puissant de solidarité amicale et surtout professionnelle. Ceux qui y auraient dérogé y risquaient leur carrière. Le poids de la télévision publique  en imposait alors à tous ceux qui travaillaient avec les médias, y compris aux décideurs politiques qui ne voyaient pas l’intérêt de s’engager dans un combat à l’issue douteuse et dans une polémique pleine de traquenards. » 

Dans le réseau de Charles Enderlin : Delphine Horvilleur, travaillait alors auprès du correspondant de France 2 à Jérusalem. Elle est demeurée toujours silencieuse dans l'affaire al-Dura Elle a été "ordonnée rabbin au Hebrew Union College en 2008, et est depuis lors rabbin au MJLF (JEM) à Paris". Dans son article « Gaza/Israël : Aimer (vraiment) son prochain, ne plus se taire » publié le 7 mai 2025 - le 7 mai 1945 l'Allemagne nazie avait capitulé - par Tenoua, revue de JEM dont elle est directrice de la rédaction depuis 2009, Delphine Horvilleur a écrit :
« Sur les murs de ma synagogue sont gravés quelques mots, tirés d’un des versets les plus célèbres (et les moins bien compris) de la Bible : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même ».
L’adage, à la manière d’une « tarte à la crème », énonce la bonne conscience des religions monothéistes : on s’en gargarise comme pour se convaincre qu’au fond, on ne se veut que du bien... 
Le phénomène n’est pas propre aux religions. Tendez l’oreille vers tant de discours actuels, polarisés à l’extrême. La méfiance est radicale vis à vis du « salaud » d’en face. Et c’est particulièrement vrai quand il s’agit de débattre du Proche‐Orient.
Très vite, chacun défend son « prochain » (et uniquement lui !), et la parole se censure… On se tait pour éviter de fournir la moindre munition au « camp » d’en face. Toute autocritique menace l’union sacrée, se fait traîtrise ou, pire, carburant pour un ennemi qui cherche à nous détruire. Alors Chut… taisons‐nous plutôt que de faire le jeu d’une quelconque récupération. Il en va de la sécurité de nos idées ou de nos enfants.
Moi‐même, j’ai ressenti souvent cette injonction au silence...
Je me suis tue mais, aujourd’hui, il me semble urgent de reprendre la parole. Je veux parler, au nom de « l’amour du prochain » ou plutôt de ce que ce verset biblique (si mal traduit) en dit vraiment.
Il est écrit : « Si tu sais adresser des reproches à ton prochain » et alors : « tu aimeras ton prochain comme toi-même ». Cet amour n’a rien d’inconditionnel ou d’aveugle. Il implique au contraire, dans la Bible, d’ouvrir les yeux d’un proche sur ses fautes, et de tendre dans sa direction un miroir pour qu’il s’observe.
C’est donc précisément par amour d’Israël que je parle aujourd’hui. Par la force de ce qui me relie à ce pays qui m’est si proche, et où vivent tant de mes prochains. Par la douleur de le voir s’égarer dans une déroute politique et une faillite morale. Par la tragédie endurée par les Gazaouis, et le traumatisme de toute une région.
Comme beaucoup d’autres Juifs, je veux dire que mon amour de ce pays n’est pas celui d’une promesse messianique, d’un cadastre de propriétaire ou d’une sanctification de la terre. Il est un rêve de survie pour un peuple que personne n’a su ou voulu protéger et il est le refus absolu de l’annihilation d’un autre peuple pour le réaliser. Il est la conviction, déjà énoncée par ses fondateurs, que cet État doit être à la hauteur d’une histoire ancestrale et, selon les termes de sa déclaration d’Indépendance, « tendre la main » à tous les pays voisins et à leurs peuples.
Cet amour d’Israël consiste aujourd’hui à l’appeler à un sursaut de conscience…
Il consiste à soutenir ceux qui savent que la Démocratie est la seule fidélité au projet sioniste.
Soutenir ceux qui refusent toute politique suprémaciste et raciste qui trahit violemment notre Histoire.
Soutenir ceux qui ouvrent leurs yeux et leurs cœurs à la souffrance terrible des enfants de Gaza.
Soutenir ceux qui savent que seuls le retour des otages et la fin des combats sauveront l’âme de cette nation.
Soutenir ceux qui savent que, sans avenir pour le peuple palestinien, il n’y en a aucun pour le peuple israélien.
Soutenir ceux qui savent qu’on n’apaise aucune douleur, et qu’on ne venge aucun mort, en affamant des innocents ou en condamnant des enfants.
C’est seulement par ce soutien que s’énonce un véritable amour du prochain. Pas comme une promesse niaise et inconditionnelle, mais comme une exigence morale qui doit préserver l’humanité de chacun d’entre nous, et permettre au « prochain humain », c’est-à-dire une génération à naître, de connaître autre chose que la haine. »

Le 8 mai 2025, la journaliste Anne Sinclair a écrit sur Instagram : "Les Juifs n'affament pas les enfants". 

L'aide humanitaire gratuite arrive dans la bande de Gaza et est, selon un rapport de l'ONU en 2025, volée par les mouvements djihadistes ("acteurs armés"), dont le Hamas. Selon les statistiques de l'ONU, du 19 mai au 31 juillet 2025, "𝟖𝟓% de l'aide collectée par l'ONU a été 𝐢𝐧𝐭𝐞𝐫𝐜𝐞𝐩𝐭é𝐞 (= volée ou "auto-distribuée") à Gaza et n'est 𝐩𝐚𝐬 𝐚𝐫𝐫𝐢𝐯é𝐞 à 𝐝𝐞𝐬𝐭𝐢𝐧𝐚𝐭𝐢𝐨𝐧. Seuls 68.5% de l'aide contrôlée par Israël et transférée à Gaza a été 𝐜𝐨𝐥𝐥𝐞𝐜𝐭é𝐞 par l'ONU."

Selon les statistiques de la CIA (Central Intelligence Agency) World Factbook disponibles en 2025, la population à Gaza a augmenté durant la guerre menée par Israël après l'agression djihadiste du 7 octobre 2023 : 1.997.328 (2022), 2.098.389 (2023) et 2.141643 (2024). Ces statistiques indiquent un taux d'accroissement de 2,06% entre 2023 et 2024. Par comparaison, le taux d'accroissement aux Etats-Unis pour la même période est de seulement 0.98%.

La première "exigence morale" consiste à dire la vérité, à faire preuve d'honnêteté intellectuelle  - il n'y a pas d'enfants gazaouis condamnés ni "d'annihilation d'un peuple" par Israël -, et, surtout "par amour de son prochain", à ne pas exprimer de blood libel. A quelques mois du 25e anniversaire de la diffusion des images sur "Mohamed al-Dura", la rabbin Delphine Horvilleur et Anne Sinclair ont porté une grave accusation contre Israël. Or, Israël n'affame pas, ne condamne pas des enfants.

Richard Prasquier poursuit : « Moins de deux semaines après le reportage de France II, distribué dans le monde entier, deux réservistes israéliens, Vadim Norzhich et Yossi Avrahami, entrèrent par erreur dans Ramallah et furent arrêtés par la police palestinienne. La foule envahit le poste de police et procéda à un lynchage absolument épouvantable . Un des assassins parut à la fenêtre montrant sous les applaudissements ses mains rouges du sang des deux malheureux. Plusieurs reporters présents tentèrent de filmer la scène, mais leurs caméras furent confisquées. Les journalistes d’une radio privée italienne parvinrent néanmoins à cacher leur matériel et leur film permit au monde de voir l’horrible apparition. Que se passa-t-il ?  Rien. Aucune manifestation. En fait il y eut bien une protestation, et elle fut honteuse, ce fut  celle du responsable de la RAI, la chaine publique italienne, Riccardo Cristiano. Il publia un communiqué suivant lequel il ne fallait pas confondre  la RAI avec l’autre chaine italienne et que lui, par déontologie professionnelle, ne se serait jamais permis de diffuser de telles images car elles pouvaient nuire à l’Autorité palestinienne ». Les mains rougies du sang des soldats israéliens avaient été brandies par un assassin sous les acclamations de joie des Palestiniens. Elles sont devenues le signe de la haine génocidaire d'Israël.
 
A noter que Yonathan Arfi, Président du CRIF depuis 2022, demeure inactif dans l’affaire al-Dura, comme il l’a été durant sa présidence de l’UEJF (2003-2005). Il n'en a pas parlé lors de son discours prononcé durant le 40e dîner du CRIF le 19 février 2026.

Espérons que la commission d’enquête sur la neutralité, le fonctionnement et le financement de l’audiovisuel public, créée le 28 octobre 2025, à l’Assemblée nationale, auditionnera Philippe Karsenty afin de compléter son futur rapport. Les auditions depuis l'automne 2025 ont révélé les réticences de journalistes de France 2 et de Radio France à reconnaitre leur partialité et leurs biais idéologiques, souvent gauchistes, dans le traitement de l'information.


Causeur, n° 142, Février 2026. 82 pages. 6,50 €