Citations

« Le goût de la vérité n’empêche pas la prise de parti. » (Albert Camus)
« La lucidité est la blessure la plus rapprochée du Soleil. » (René Char).
« Il faut commencer par le commencement, et le commencement de tout est le courage. » (Vladimir Jankélévitch)
« Notre métier n’est pas de faire plaisir, non plus de faire du tort. Il est de porter la plume dans la plaie. » (Albert Londres)
« Le plus difficile n'est pas de dire ce que l'on voit, mais d'accepter de voir ce que l'on voit. » (Charles Péguy)

vendredi 20 janvier 2017

« Un numéro sur ma peau » par Uriel Sinai et Dana Doron


Arte diffusera le 24 janvier 2017 « Un numéro sur ma peau » (Die Nummer, die ich trage, Numbered), documentaire israélien par Uriel Sinai, photojournaliste, et Dana Doron, médecin. Que signifie pour les survivants de la Shoah le numéro qui a été tatoué sur leur bras dans le complexe concentrationnaire nazi d’Auschwitz composé de plusieurs camps et sous-camps : Auschwitz I (camp principal), Auschwitz II (Auschwitz-Birkenau), Auschwitz III (Monowitz)... ? Quel est le sens de ce nombre pour leurs petits-enfants ? Des confusions graves dans le texte de présentation d'Arte.


« Près de 1,4 million de personnes ont été privées de leur identité à Auschwitz et dans les camps alentours : tatouées, elles n’étaient plus qu’un numéro ». Arte semble avoir confondu le nombre de déportés dans le complexe concentrationnaire nazi d’Auschwitz et celui des déportés tatoués.

En effet, le synopsis en anglais du documentaire indique : « On estime à 400 000 le nombre de détenus tatoués à Auschwitz et dans ses camps environnants ». Des numéros leur ont été tatoués sur la poitrine, puis sur leur bras gauche.

Auschwitz
Seuls ont été tatoués les déportés arrivés à Auschwitz après la sélection qui écartait ceux destinés à être assassinés immédiatement dans les chambres à gaz. Ces déportés tatoués étaient assignés à des travaux contraints pénibles.

Le mode de tatouage a évolué à Auschwitz : au début, le tatouage était marqué sur les poitrines ou les vêtements des déportés. Au vu du taux de mortalité très élevé et du prélèvements des vêtements des déportés décédés portés par d'autres déportés, les autorités d'Auschwitz ont procédé au tatouage sur l'avant-bras gauche des déportés aux fins de mieux contrôler les identités des décédés.

La date d'application de mise en application du tatouage varie selon les camps : à l'automne 1941 à Auschwitz-I, en mars 1942 à Auschwitz-II. Au printemps 1943, le tatouage a été appliqué dans tous les camps du complexe d'Auschwitz. Seuls n'ont pas été tatoués les prisonniers allemands, les prisonniers pour rééducation, des non-juifs de diverses nationalités.

Mais dès mai 1940, avant le recours au tatouage, les déportés ont été affectés par un numéro. Plusieurs séries de numéros ont été appliquées au fil des années, en fonction des déportés. Certains numéros ont été "recyclés".

En plus des 400 000 déportés affectés de numéros de séries, 30 000 déportés, amenés par la police en raison de surpopulation dans les prisons, ont été enregistrés par des numéros.

Ces numéros, ces tatouages se cumulaient avec la spoliation des déportés privés de leurs objets personnels : vêtements, photographies, valises, etc. Ces déportés étaient dépersonnalisés aussi par la mise à nu, le rasage des cheveux...

"Durant l’existence du camp, le tatouage devenait également une source d’information pour les autres prisonniers comme l’explique Primo Levi (in Si c’est un homme, p. 27) : "Certains d’entre nous se sont peu à peu familiarisés avec la funèbre science des numéros d’Auschwitz, qui résume à eux seuls les étapes de la destruction de l’Hébraïsme en Europe. Pour les anciens du camp, le numéro dit tout : la date d’arrivée au camp, le convoi dont on faisait partie, la nationalité. On traitera toujours avec respect un numéro compris entre 30.000 et 80.000 : il n’en reste que quelques centaines." Les prisonniers apprirent de fait à utiliser les numéros pour finalement redonner une identité à leurs compagnons de misère. D’autre part, Primo Levi met en lumière le respect aux "petits numéros" et de nombreux témoignages indiquent que, curieusement, cette constatation était également valable pour les SS (qui, par exemple allégeaient occasionnellement une peine au vu du "petit numéro" du prisonnier, ou choisissaient un prisonnier avec un plus grand numéro pour effectuer une tache)".

Témoignages
Vera Rosenzweig et Zoka Lévy « ont vécu l’Holocauste. Le numéro gris-bleu tatoué sur leur bras à Auschwitz leur rappelle cette époque indicible ». Pourquoi Arte a-t-il choisi de nommer la Shoah par le vocable controversé « Holocauste » ? Ce terme-ci évoque un sacrifice par le feu d’un animal dans le cadre religieux ». En l’occurrence, le génocide commis par les Nazis, leurs alliés et leurs complices ne revêt aucune dimension religieuse.

« Comment vivre avec cette mémoire dans la peau ? Est-ce un mémorial ou le symbole du triomphe sur les nazis ? » 

« Aussi divers que puissent être les destins, rares sont ceux qui l’ont fait effacer ». 

Zoka Lévy, dont le numéro A11998 a été tatoué sur elle à son arrivée à l’âge de 16 ans à Auschwitz, a confié : « Mon bras est un monument. On me demande souvent pourquoi je ne me débarrasse pas de ce tatouage. Je réponds : « Pourquoi le ferais-je ? Ce n’est pas à moi d’en avoir honte. Ceux qui m’ont marquée comme on le fait à l’égard du bétail devraient avoir honte, et les autres devraient le voir afin de ne pas oublier ».

Quant à Ruth Bondy, née à Prague dans une famille juive nombreuse, elle a choisi de faire effacer ce numéro : « J’ai perdu mon père à Dachau et ma mère à Theresienstadt. Quatre d’entre nous ont survécu à la Shoah : ma grand-mère, mon cousin, ma sœur et moi. Vingt-cinq ont été tuées ». A Birkenau, on lui a affecté le numéro 72430. « Ici, en Israël, les Juifs m’interrogent : « Qu’avez-vous fait pour demeurer en vie ? » Je peux voir de la suspicion dans leurs yeux : « Était-elle une putain ? Était-elle une Kapo ? » Après un an à avoir supporté cette suspicion, j’ai décidé de faire enlever chirurgicalement ce numéro. Je ne suis pas sentimentale à l’égard de cette cicatrice. Je ne la regrette pas… Qu’est-ce qu’un nombre ? Je n’ai pas besoin d’un nombre pour me souvenir de la Shoah ».

« Devenu code secret du coffre-fort ou mot de passe du wi-fi, il unit aujourd’hui les générations ». 

Des « portraits touchants et une formidable leçon d’espoir, éclairés par une remarquable mise en image ».

Ce documentaire a été primé dans des festivals, notamment en Italie et aux Etats-Unis.

Pourquoi Arte le diffusera-t-il après minuit ?
           
« Un numéro sur ma peau », documentaire par Uriel Sinai et Dana Doron
Hilla Medalia, Neta Zwebner-Zaibert, kNow Production, avec le soutien de Yes Docu, Makor Foundation, Israël, 2012, 55 min
Sur Arte le 24 janvier 2017 à 0 h 15

Visuels
Affiche : Originaire de Grèce, Maurice Aelion, 84 ans, tatoué à l’âge de 20 ans à Auschwitz. La photographie a été prise le 8 août 2009 à Tel Aviv, Israël.
Leur numéro tatoué sur le bras à Auschwitz, rappelle à ces survivants le temps terrible d’Auschwitz. (Enregistrement à partir du 1er juillet 2011, Ramat Gan, Israël)
Originaire d’Autriche, Leo Luster, 82 ans, montre son tatouage fait à son arrivée à Auschwitz. La photographie a été prise le 8 août 2009 à Tel Aviv, Israël.
© Uriel Sinai / Getty Images

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Les citations sont extraites d'Arte et du communiqué de presse du film.

jeudi 19 janvier 2017

"Arnold Schönberg. Peindre l'âme"


Le MAHJ (Musée d'art et d'histoire du Judaïsme) présenta l'exposition "Arnold Schönberg. Peindre l'âme" (28 septembre 2015-29 janvier 2017). L’évocation de l’activité de peintre d’Arnold Schönberg (1874-1951), de son amitié avec Vassily Kandinsky, de ses rapports complexes avec la judéité.

Arnold Schönberg. Peindre l'âme
« Moïse et Aaron » par Arnold Schönberg
« L’affaire Klimt » de Jane Chablani et Martin Smith


Élaborée « en étroite collaboration avec le centre Arnold Schönberg à Vienne, l’exposition Arnold Schönberg. Peindre l'âme éclaire, grâce à environ 300 œuvres et documents, un aspect peu connu du grand créateur viennois : son activité de peintre ». 

« Compositeur, théoricien et enseignant, poète, chef de file de l’Ecole de Vienne, inventeur du dodécaphonisme… Arnold Schönberg  (1874-1951) fut l'un des plus grands créateurs du XXe siècle. Cette liste serait incomplète sans ajouter « peintre ». 

« En effet, à partir de décembre 1908 et pendant quelques années, le musicien va pratiquer la peinture en parallèle de la composition. Il réalise une œuvre hors-norme, dans laquelle les autoportraits et portraits de ses proches voisinent avec ce qu’il intitulait des Regards – sortes de visions hallucinées –, des caricatures, des scènes de nature ou des études de décors pour ses opéras. Commencée à un moment charnière de son œuvre de compositeur, cette démarche picturale a valeur de journal. Elle permet à l’artiste d’évoquer des états d’âme qui ne trouvent pas une forme musicale et nourrissent une quête personnelle ». 

« Dans la réception de la peinture de Schönberg, Vassily Kandinsky tient une place à part. A la suite d’un concert donné en janvier 1911, Kandinsky écrivit à Schönberg à quel point il retrouvait dans sa musique les « aspirations » que lui-même avait pour sa peinture. De cette première lettre naîtra une correspondance nourrie et une amitié forte entre les deux grands créateurs qui fit du Russe le premier promoteur de la peinture du Viennois dans les cercles artistiques européens importants de l’époque ».

L’exposition du mahJ « est la première manifestation parisienne consacrée à Schönberg peintre, depuis celle organisée par le musée d’Art moderne de la ville de Paris en 1995 ».

« Bénéficiant de prêts exceptionnels, elle met en lumière, par un ensemble important de peintures et de dessins, la qualité singulière de cette production, en la situant dans son contexte artistique viennois, avec des œuvres de Richard Gerstl, Egon Schiele, Oskar Kokoschka ou Max Oppenheimer. Par un choix de travaux contemporains de Kandinsky, elle rappelle les liens entre les deux créateurs ».

Cette exposition évoque aussi « la relation tourmentée que Schönberg entretint avec sa judéité. Né et élevé dans une famille juive autrichienne, le compositeur se convertit au protestantisme en 1898. Pourtant, la montée de l’antisémitisme en Europe, tout comme la recherche spirituelle qui l’anime, amènent le compositeur dès les années 1920 à se confronter de nouveau à son identité juive ». Arnold Schönberg « revint officiellement au judaïsme à Paris en 1933, avant son exil aux Etats-Unis. De nombreuses compositions musicales et écrits de Schönberg portent la trace de cette démarche, en premier lieu son opéra inachevé Moses und Aron, ou son oratorio A Survivor from Warsaw [Un survivant de Varsovie]. L’exposition pose un regard nouveau sur le compositeur, en observant sa trajectoire, à la croisée des champs artistiques et des préoccupations politiques, culturelles et religieuses qui ont innervent son œuvre ».

L'exposition « est accompagnée d'un important programme de concerts, de rencontres, d’activités pédagogiques et d'un livret jeune public », ainsi que d'un guide écrit d'aide à la visite.

Cette exposition a pour commissaires Jean-Louis Andral, directeur du musée Picasso, Antibes, et Fanny Schulmann, conservatrice au musée d’art et d’histoire du Judaïsme.

Elle bénéficie du soutien de la Délégation interministérielle à la lutte contre le racisme et l'antisémitisme, de la direction régionale des Affaires culturelles d’Ile-de-France – ministère de la Culture et de la Communication, de la Fondation pour la Mémoire de la Shoah, de la fondation Pro mahJ et du Forum culturel autrichien, et du partenariat avec Télérama et France Musique.

Le MAHJ et le Centre Pompidou organisent un parcours croisé autour de Kandinsky et Schönberg dans les deux musées.

Un renouveau artistique viennois
Schönberg « appartient pleinement au contexte artistique et intellectuel de la capitale autrichienne au tournant du XXe siècle ».

« Autodidacte, il entre dans ce monde par l’intermédiaire de son mentor, le compositeur et chef d’orchestre Alexander von Zemlinsky (1871-1942) et par Gustav Mahler (1860-1911) ».

Les « ponts entre les différentes disciplines artistiques sont alors nombreux, et les liens complexes qui unissent ces personnalités engendrent des formes d’explorations du moi et du désir dont les répercussions sur la création sont palpables ».

Les « nombreux portraits et autoportraits qui marquent cette section montrent un monde qui se scrute et analyse sa relation à la modernité ».

La « relation complexe entre Schönberg et le peintre Richard Gerstl (1883-1908) est à ce titre emblématique, et entraîne le compositeur, à travers la peinture, vers de nouvelles formes d’expressions personnelles ».

En plus des œuvres de ces deux artistes, le MAHJ montre celles de Kokoschka, Oppenheimer, Schiele, et « évoque le contexte musical ou émerge l’apport singulier de Schönberg ».

Schönberg et Kandinsky, convergences et recherches esthétiques
En janvier 1911, Vassily Kandinsky « assiste à un concert au cours duquel sont interprétés les Quatuors à cordes, opus 7 et 10, ainsi que les Trois pièces pour piano, opus 11 de Schönberg ».

Il « transpose aussitôt ses impressions en peinture, dans la toile intitulée Impression III (Concert) ».

Les « questions que le peintre se pose sur le rapport de synesthésie entre musique et peinture l’incitent à écrire à Schönberg. Cette lettre est le point de départ d'une correspondance nourrie et d’une amitié forte entre les deux grands créateurs ».

Le « Russe sera le premier promoteur de la peinture du Viennois dans les cercles artistiques européens de l’époque, notamment à travers la participation de Schönberg à l'exposition inaugurale du groupe du Blaue Reiter [Le Cavalier bleu] en 1911 à Munich, ainsi que la publication de l'Almanach en 1912 ».

Des « prêts exceptionnels consentis par le musée national d’Art moderne mettront en lumière la façon dont les notions d’harmonie et de dissonance, d’atonalité et d’abstraction, sont abordées par ces deux créateurs ».

Le quotidien ludique d’un compositeur
Schönberg « est souvent perçu comme un théoricien austère. Pourtant, les archives du compositeur permettent de retracer un quotidien ou la dimension du jeu tient une place prépondérante, et engendre des correspondances étonnantes avec ses recherches musicales ».

« Outre ses jeux de cartes, Schönberg a inventé un jeu d’échecs à quatre joueurs, qui témoigne de son intérêt pour les exercices combinatoires ».

« Ceux-ci sont également à l’œuvre dans les nombreux objets qu’il fabrique et dont il se sert pour la composition de ses œuvres, ou dans la mise en place de la méthode dite « dodécaphonique » – à douze tons ».

« Le quotidien de Schönberg, ce sont également les multiples voyages et déplacements qui lui permettent d'affermir une position centrale dans le monde de la musique moderne. Paris voit plusieurs événements organisés en son honneur, dont un festival en 1927 ».

Judaïsme, identité et politique
Schönberg « entretient une relation complexe avec sa judéité ». 

« Né et élevé dans une famille juive autrichienne, le compositeur se convertit au protestantisme en 1898 ». 

« Si sa pratique religieuse n'est pas marquée, ses recherches artistiques sont animées par un questionnement spirituel. Cet aspect est perceptible notamment dans la correspondance avec Kandinsky. Son intérêt pour les thématiques bibliques traverse l'ensemble de son œuvre musical, de Die Jakobsleiter (1917-1922) au Kol Nidre (1938), en passant par Der biblische Weg (1926) et l'opéra inachevé Moses und Aron (1930-1932). Ce dernier est sans doute l’œuvre la plus emblématique de la relation de Schönberg au judaïsme ».

« C'est le contexte antisémite allemand et autrichien des années 1920 et 1930, qui conduit Schönberg à effectuer un retour au judaïsme. La presse, qui éreinte régulièrement ses concerts, ne manque pas de pointer son identité juive. En 1921, il est rejeté d’une station balnéaire autrichienne dans laquelle il passe des vacances. Le fameux échange épistolaire avec Kandinsky en 1923, sur fond d’accusation d’antisémitisme, le montre particulièrement sensible au climat politique menaçant qui s’installe ». 

« Démis de ses fonctions à l'Académie des arts par les nazis en 1933, il revient au judaïsme à Paris à l’Union libérale israélite de la rue Copernic , avant de s’installer aux Etats-Unis ». 

En mai 1938, il est « l’une des cibles de l’exposition « Entartete Musik » de Dusseldorf, avec ses élèves de la seconde Ecole de Vienne ». 

Aux Etats-Unis, Schönberg « tente de sensibiliser l’opinion publique au sort des populations juives en Europe. A Survivor from Warsaw, composé en 1947, rend hommage aux victimes de la Shoah ».

Autoportraits et Visions
« Comment comprendre l’impulsion qui conduit ce compositeur à pratiquer la peinture en autodidacte ? »

Schönberg « aurait débuté cette activité vers 1906 et la poursuit assidument jusqu’en 1911. S’il réalise par la suite quelques dessins et autoportraits, l’essentiel de sa production est donc circonscrit dans le temps ».

« A travers l’exploration de ses états d’âme par la peinture, Schönberg livre un aperçu particulièrement saisissant de ses questionnements à un moment charnière de sa carrière de compositeur, qui chemine vers l’abandon de la tonalité ».

La « soixantaine d’autoportraits que l’on recense dans l’œuvre de Schönberg est à cet égard symptomatique de ce désir introspectif, tandis que ses Visions se comprennent comme des paysages mentaux à la limite parfois de l’abstraction. Ces peintures sont reconnues par les proches de Schönberg comme essentielles pour comprendre sa création ».

Il « est d’ailleurs exposé à la galerie Hugo Heller en 1910 puis à Budapest en 1912. Mais, se considérant comme un amateur, Schönberg renonce bientôt à exposer, et ce pan de son travail demeure longtemps confidentiel ».


Lettre de Vassily Kandinsky à Arnold Schönberg, 18 janvier 1911

Cher Professeur !
Pardonnez-moi, je vous prie, si je vous écris sans avoir le plaisir de vous connaitre personnellement. Je viens d’assister à votre concert ici, et j’ai eu une joie réelle à l’écouter. Vous ne me connaissez certainement pas, je veux dire mes travaux bien sûr, car j’expose très peu, et à Vienne je n’ai exposé qu’une seule fois brièvement il y a déjà quelques années (Sécession). Mais nos aspirations et notre façon de penser et de sentir ont tant en commun que je me permets de vous exprimer ma sympathie.
Vous avez réalisé dans vos œuvres ce dont j’avais, dans une forme à vrai dire imprécise, un si grand désir en musique. Le destin spécifique, le cheminement autonome, la vie propre enfin des voix individuelles dans vos compositions sont justement ce que moi aussi je recherche sous une forme picturale. Actuellement, une des grandes tendances en peinture est de chercher la « nouvelle » harmonie, par des voies constructives, ou le rythme est à bâtir à partir d’une forme presque géométrique. Cette voie, je n’y aspire et ne sympathise avec elle qu’à demi. La construction, voila ce qui manquait si désespérément à la peinture ces derniers temps. Et il est bon qu’on la recherche. Seulement, c’est la manière de construire que je conçois différemment.
Je crois justement qu’on ne peut trouver notre harmonie d’aujourd’hui par des voies « géométriques », mais au contraire, par l’anti géométrique, l’antilogique le plus absolu.
Et cette voie est celle des « dissonances dans l’art » – en peinture comme en musique.
Et la dissonance picturale et musicale « d’aujourd’hui » n’est rien d’autre que la consonance de « demain ». (Il ne faut bien entendu pas exclure a priori par-là la soi-disant « harmonie » académique : on prend ce dont on a besoin sans se préoccuper de savoir ou on le prend. Et « aujourd’hui » justement, au temps de l’avènement du « libéralisme », les possibilités sont si nombreuses !).
J’ai été infiniment heureux de retrouver chez vous les mêmes pensées. Je ne regrette qu’une chose : je n’ai pas compris les deux dernières phrases de votre a?che. Malgré des efforts répétés, je n’ai pu arriver à une explication tout a fait exacte.
Je me permets de vous envoyer un dossier de mes travaux (les gravures sur bois ont presque trois ans) et j’ajoute à cette lettre quelques photographies de tableaux assez récents. Je n’en ai pas encore des tout derniers. Je serais très heureux si cela pouvait vous intéresser.
Avec toute ma sympathie et ma sincère considération.
Kandinsky

Lettre tirée de Schoenberg–Busoni. Schoenberg–Kandinsky. Correspondances, textes, Genève, Éditions Contrechamps, 1995, pp. 135-136 (les lettres de Kandinsky à Schönberg sont traduites par Daniel Haefliger).


Focus sur...

L'atonalité
« Vers 1908-1909, Arnold Schönberg s’engage avec ses Funfzehn Gedichte aus « Das Buch der hangenden Garten » [Quinze Poemes du Livre des jardins suspendus] d’après Stefan George, op. 15 et ses trois Pièces pour piano, op. 11 dans une nouvelle voie. Il adopte une technique de composition qui renonce à tout centre tonal (rejet de la distinction hiérarchique entre la « tonique » et les autres notes de la gamme) et procède à l’émancipation des dissonances. En prenant le contrepied des schématismes et des répétitions toutes faites de la composition traditionnelle, cette nouvelle conception structurelle de la musique répond aux idéaux stylistiques de l’expressionnisme.
Schönberg a refusé le terme « atonal », qui lui paraissait trop négatif. Il préférait parler de « tonalité libre » ou de musique « pantonale ».

Le dodécaphonisme
En 1921, Arnold Schönberg développe la méthode dite « des douze sons ». Cette technique de composition remet en question les rapports des notes entre elles – dans la structure à la fois verticale et horizontale de la partition, sous le signe d’une parfaite égalité des douze notes de l’échelle chromatique. A l’abandon de toute référence à la tonique, que le compositeur avait déjà opéré dans sa période atonale (ou de la tonalité libre), succède désormais un matériau de composition de base défini à l’avance : la somme chromatique d’une octave (douze intervalles) est disposée dans un ordre fixe.
C’est la suite de sons ainsi définie qui sert, en tant que séquence ou série, de fondement à l’œuvre. Cette série de base peut être exploitée de différentes façons : en récurrence (ou « forme rétrograde », la série étant prise par la fin), en renversement (appelé aussi « forme miroir ») ou en récurrence du renversement (« forme miroir du rétrograde »). Les structures sérielles ne doivent comporter aucune répétition de note ».



« 1874 13 septembre : naissance d’Arnold (Avraham en hébreu) Schönberg à Vienne, dans une famille juive de petits commerçants.
1883 Premiers essais de composition.
1891 La mort prématurée de son père en 1889 contraint Schönberg à subvenir aux besoins de sa famille ; il obtient un poste au sein de la banque privée Werner & Co, qu’il quittera en 1895 pour se consacrer exclusivement à la musique.
1895 Rencontre avec le compositeur et chef d'orchestre Alexander von Zemlinsky ; Schönberg devient membre de la société de musique Polyhymnia, ou il joue du violoncelle ; il commence à diriger des chorales ouvrières, une activité qu’il poursuivra pendant plusieurs années.
1898 Schönberg se convertit au protestantisme, en prenant pour nom de baptême Franz Walter ; il entre en contact avec des écrivains du mouvement Jung-Wien [Jeune Vienne] ; premières tentatives littéraires ; rencontre l’architecte Adolf Loos.
1899 Verklarte Nacht [La Nuit transfigurée], op. 4, sextuor à cordes inspiré par un poème de Richard Dehmel (1896).
1900-1911 Gurre-Lieder pour solistes, chœur et orchestre.
1901 Épouse Mathilde von Zemlinsky, sœur d'Alexander ; installation à Berlin ; Schönberg est engagé comme chef d’orchestre à l’Uberbrettl, un théâtre de cabaret fondé par le baron Ernst von Wolzogen.
1902 Naissance de sa fille Gertrude ; rencontre avec Richard Strauss, grâce auquel il donne des cours d’harmonie au conservatoire Stern de Berlin ; création de La Nuit transfigurée à Vienne.
1902-1903 Pelleas und Melisande [Pelléas et Mélisande], op. 5, poème symphonique d’après le texte de Maurice Maeterlinck.
1903 Richard Strauss obtient pour Schönberg une bourse de deux ans attribuée par la fondation Liszt ; retour à Vienne.
1904 Rencontre Gustav Mahler ; Anton Webern et Alban Berg deviennent élèves de Schönberg ; ils formeront l’Ecole de Vienne ; Schönberg est membre fondateur de la Vereinigungschaffender Tonkünstler [Association des musiciens créateurs], qui défend et soutient la musique moderne ; Mahler en est le président d’honneur.
1905 Schönberg dirige la création de Pelléas et Mélisande à Vienne.
1906 Symphonie de chambre, op. 9, pour quinze instruments solistes ; naissance de son fils Georg ; il fonde avec son frère Heinrich une société de musique chorale.
1907 Rencontre le peintre Richard Gerstl ; Schönberg se met à peindre avec ardeur.
1908 Quatuor à cordes n° 2, op. 10, avec voix de soprano ; sa création à Vienne déclenche un scandale considérable ; cette pièce représente une césure au sein de l’œuvre de Schönberg : l’introduction du Sprechgesang [parlé-chanté] abolit la norme traditionnelle du quatuor à cordes ; liaison de son épouse Mathilde avec Richard Gerstl ; celui-ci peint Famille Schönberg ; suicide de Gerstl.
1908-1909 Quinze Poèmes du Livre des jardins suspendus de Stefan George, op. 15, pour voix et piano ; l’idéal expressif et formel de cette période se condense dans la méthode de composition dite « atonale » ou à « tonalite libre ».
1909 Trois pièces pour piano, op. 11 ; Cinq Pièces pour orchestre, op. 16 ; Erwartung [Attente], op. 17, monodrame, dont il dessine les décors ; Schönberg invente une machine à écrire la musique qu’il fait breveter ; rencontre Oskar Kokoschka et Max Oppenheimer.
1909-1911 Intense activité picturale.
1910-1913 Die gluckliche Hand [La Main heureuse], op. 18, drame avec musique, dont il conçoit la mise en scène, les décors, les costumes et la lumière.
1910 Première exposition de peintures et de dessins à la galerie Heller, Vienne ; Schönberg donne des conférences à l’Académie impériale et royale de musique.
1911 Début de sa correspondance avec Vassily Kandinsky ; Kandinsky publie Du Spirituel dans l’art alors que Schönberg fait paraître son Traité d’harmonie ; retour à Berlin ; quatre de ses peintures sont présentées au sein de l’exposition du Blaue Reiter [Cavalier bleu] à la galerie Thannhauser à Munich.
1912 Pierrot lunaire, op. 21, pour voix parlée et cinq instrumentistes, d'après les poèmes d'Albert Giraud ; tournée avec Pelléas et Melisande, ainsi qu’avec Pierrot lunaire.
1913 Grand succès lors de la création des Gurre-Lieder à Vienne, sous la direction de Franz Schreker ; scandale lors d’un concert avec des œuvres de Webern, Berg, Schönberg et Zemlinsky à Vienne.
1914 Les Schönberg et les Kandinsky passent l’été en Bavière.
1915-1922 Die Jakobsleiter [L’Echelle de Jacob], oratorio pour huit solistes, chœur mixte et orchestre (fragment) inspiré d'August Strinberg.
1915 Retour à Vienne ; Schönberg, engagé volontaire, est incorporé dans l’armée.
1917 En décembre, Schönberg est définitivement dispensé de service militaire.
1918 Il fonde le Verein fur musikalische Privataufführungen [Société pour les exécutions musicales privées], une école de musique qui donne principalement des concerts d’œuvres contemporaines ; enseigne dans les écoles Schwarzwald, dirigées par la pédagogue réformiste Eugénie Schwarzwald ; Oskar Kokoschka et Adolf Loos font également partie du corps enseignant.
1919 Hanns Eisler et Rudolf Kolisch deviennent ses élèves.
1921-1936 La Pensée musicale. Traité de composition (fragment).
1921 A la suite de manifestations antisémites, les Schönberg quittent Mattsee, prés de Salzbourg, un lieu de villégiature où ils passaient l’été ; cet incident amène le compositeur à faire retour à son identité juive ; il développe sa technique de composition dodécaphonique.
1923 Rupture avec Vassily Kandinsky en raison de présumées tendances antisémites au Bauhaus ; mort de Mathilde Schönberg.
1924 Schönberg épouse Gertrud Bertha Kolisch, sœur de son élève, le violoniste Rudolf Kolisch ; création de l’Attente (Prague) et de La Main heureuse (Vienne) ; publication d’un recueil de textes de ses amis et compagnons artistiques à l’occasion de son cinquantième anniversaire.
1925 Schönberg est nommé directeur d’une classe de composition musicale à l’Académie des arts de Berlin, où il succède à Ferruccio Busoni.
1926 Installation à Berlin ; Schönberg devient membre du Sénat de l’Académie des arts.
1926-1929 Der biblische Weg [Le Chemin biblique], drame parlé sioniste avec esquisses scéniques ; Quatuor à cordes n° 3, op. 30 ; Variations pour Orchestre, op. 31.
1927 Séjours en France ; création de la Suite op. 29 au festival Schönberg à Paris ; dirige Pierrot lunaire à la salle Pleyel.
1928 Création des Variations pour orchestre par Wilhelm Furtwängler à la tête de la Philharmonie de Berlin.
1928-1934 Moses und Aron [Moise et Aaron], oratorio scénique ; l’œuvre restera inachevée.
1932 Naissance de sa fille Nuria Dorothea à Barcelone.
1933 Avril : mise à pied de tous les fonctionnaires d’origine juive par le régime nazi ; exclu de l’Académie des arts, Schönberg quitte définitivement Berlin.
24 juillet : il revient au judaïsme à Paris, devant Louis-Germain Levy, rabbin de l’Union libérale israélite de France ; Marc Chagall et Dimitri Mariano), le beau-fils d’Albert Einstein, sont ses témoins.
Fin juillet : la famille Schönberg part pour Arcachon, où elle séjourne jusqu’en septembre ; Schönberg y rédige des écrits sur l'identité juive et esquisse des plans pour une future politique juive ; c’est là également qu’est ébauché le projet de constitution d’un parti juif unifié.
Octobre : Schönberg s’embarque pour les Etats-Unis avec son épouse et sa fille ; il commence à donner des cours de théorie musicale et de composition au conservatoire Malkin à Boston et à New York ; il ne reviendra jamais en Europe.
1934 Pour des raisons de santé, il s’installe à Los Angeles avec sa femme et sa fille ; conférences sur la situation des juifs.
1935 Schönberg ouvre une classe privée pour six élèves, parmi lesquels John Cage ; l’université de Californie du Sud lui offre la « chaire Alchin », ou il enseigne la composition en tant que professeur invité, jusqu’en 1936.
1936 Quatuor à cordes n° 4, op. 37 ; Schönberg est nommé professeur à l’université de Californie à Los Angeles ; amitié avec George Gershwin.
1937-1948 Schönberg rédige un traité intitulé Grundlagen der musikalischen Komposition [Les Fondements de la composition musicale].
1937 Naissance de son fils Rudolf Ronald.
1938 Création de Kol Nidre, op. 39, pour récitant, chœur mixte et orchestre, sous la direction de Schönberg, à Los Angeles ; dans un manifeste visionnaire, Programme en quatre points sur la question juive, il prédit l’assassinat de sept millions de juifs par les nazis et livre un condensé de ses idées sur le peuple juif.
1939-1948 Élaboration du livre Structural Functions of Harmony [Fonctions structurelles de l’harmonie], qui sera publié après sa mort, en 1954.
1940 Enregistrement discographique de Pierrot lunaire sous la direction de Schönberg à New York.
1941 Naissance de son fils Lawrence Adam ; toute la famille obtient la nationalité américaine ; mort de son frère Heinrich à Salzbourg, des suites d’une blessure subie lors de son arrestation par la Gestapo.
1942 Ode à Napoléon, op. 41, pour récitant, piano et quatuor à cordes, d’après Byron.
1944 Âgé de soixante-dix ans, Schönberg est contraint de prendre sa retraite et quitte son poste de professeur à l’université de Californie à Los Angeles ; il continuera à donner des cours privés.
1945 Demande de bourse rejetée auprès de la fondation Guggenheim, afin de pouvoir achever Moise et Aaron, L’Echelle de Jacob et différents manuels d’enseignement.
1946 Trio a cordes, op. 45 ; crise cardiaque ; conférences à l’université de Chicago.
1947 A Survivor from Warsau [Un survivant de Varsovie], op. 46, pour récitant, chœur d’hommes et orchestre ; Schönberg est élu membre de l’American Academy of Arts and Letters ; mort de sa fille Gertrude à New York.
1948 Création d’Un survivant de Varsovie à Albuquerque, Nouveau Mexique.
Cours d’été à la Music Academy of the West à Santa Barbara, Californie.
1949 Dreimal tausend Jahre [Trois fois mille ans], op. 50A, pour chœur mixte a cappella ; Schönberg est nommé in absentia « citoyen d’honneur de la ville de Vienne » par le conseil municipal viennois.
1951 Création à Darmstadt de la « Danse autour du Veau d’or » tirée de Moïse et Aaron ;
Schönberg est nommé président honoraire de l’Académie israélienne de musique à Jérusalem ; il s’éteint le 13 juillet à Los Angeles ».


Du 28 septembre 2016 au 29 janvier 2017
Hotel de Saint-Aignan
71, rue du Temple. 75003 Paris
Tél. : 01 53 01 86 65
Mardi, jeudi, vendredi de 11 h a 18 h. Mercredi de 11 h a 21 h. Samedi et dimanche de 10 h a 19 h

Visuels 
Arnold Schönberg
Autoportrait, 1919
Encre de Chine sur papier, 41 x 28 cm
© Vienne, Centre Arnold Schönberg © Belmont Music Publishers/ Paris, ADAGP, 2016

Max Oppenheimer
Portrait d'Arnold Schönberg, 1909
Huile sur toile, 94,5 x 96,5 cm
© Berlin, Jüdisches Museum - Photo Jens Ziehe

Arnold Schönberg
Mains, 1910
Huile sur toile, 33,4 x 22 cm
© Vienne, Centre Arnold Schönberg © Belmont Music Publishers/ Paris, ADAGP, 2016

Arnold Schönberg
Gustav Mahler, 1910
Huile sur carton, 45,6 x 44,5 cm
© Vienne, Centre Arnold Schönberg © Belmont Music Publishers/ Paris, ADAGP, 2016

Vassily Kandinsky
Impression V (Parc), 1911
Huile sur toile, 106 x 157, 5 cm
© Paris, Centre Pompidou, MNAM-CCI dist. RMNGrand-Palais/Bernard Prévost

Arnold Schönberg
Regard, vers 1910
Huile sur carton, 31,5 x 28 cm
© Vienne, Centre Arnold Schönberg © Belmont Music Publishers/ Paris, ADAGP, 2016

Arnold Schönberg
Autoportrait bleu, 1910
Huile sur contreplaqué, 31,1 x 22,9 cm
© Vienne, Centre Arnold Schönberg © Belmont Music Publishers/ Paris, ADAGP, 2016

Richard Fisch
Arnold Schönberg posant devant ses peintures
Los Angeles, 1948
© Vienne, Centre Arnold Schönberg

Arnold Schönberg
Regard bleu, 1910
Huile sur carton, 20 x 23 cm
© Vienne, Centre Arnold Schönberg © Belmont Music Publishers/ Paris, ADAGP, 2016

Arnold Schönberg,
Suite, op. 29, pour clarinette, viole, violoncelle,
clarinette basse et petite clarinette
1924-1926
© Vienne, Centre Arnold Schönberg © Belmont Music Publishers/ Paris, ADAGP, 2016

Richard Gerstl
Famille Schönberg, 1907
Huile sur toile, 110 x 89 cm
© Vienne, Museum Moderner Kunst Stiftung Ludwig

Arnold Schönberg
Paysage nocturne [III], 1911
Huile sur contreplaqué, 21 x 20 cm
© Vienne, Centre Arnold Schönberg © Belmont Music Publishers/ Paris, ADAGP, 2016

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Les citations sont extraites du dossier de presse.

mercredi 18 janvier 2017

« M. Kaplan », par Álvaro Brechner


Arte diffusera le 18 janvier 2017 « M. Kaplan » (Señor Kaplan), par Álvaro Brechner. « Au soir de sa vie, un septuagénaire en mal de reconnaissance se met en tête d’enlever un homme qu’il prend pour un ancien nazi. Une savoureuse comédie riche en quiproquos et rebondissements qui traite avec beaucoup d’humour de sujets sérieux, tels que le passage du temps et l’accomplissement personnel ».


« Quelle trace vais-je laisser après ma mort ? À près de 80 ans, Jacobo Kaplan, Juif polonais envoyé en Amérique latine par ses parents pendant la Seconde Guerre mondiale, est tiraillé par des questionnements existentiels. Lorsqu’il apprend qu’un vieil Allemand tenant une gargote de plage est appelé « le nazi » par les jeunes du coin, Jacobo y voit l’occasion de s’illustrer enfin : à l’instar de Simon Wiesenthal, il monte donc une opération commando avec l’aide de Wilson Contreras, ancien policier pas très net… »

Et son objectif est de capturer cet Allemand âgé comme l'avait fait un commando israélien pour kidnapper Eichmann et l'amener en Israël afin de restituer à la communauté juive sa dignité.

Péripéties rocambolesques
Né en 1976 à Montevideo (Uruguay), Álvaro Brechner a étudié les médias en Uruguay et en Espagne (Barcelone).

A 23 ans, il a reçu le Prix national de Littérature du ministère uruguayen de la culture.

Depuis 2000, il vit en Espagne "où il a réalisé plusieurs documentaires pour History Channel, Odyssey, TVE. Il a également réalisé trois courts-métrages qui lui ont valu 50 prix dans plus de 140 festivals, particulièrement à Clermont-Ferrand, Londres, Tampere, St Pétersbourg et Los Angeles".

Son premier film, Mal Día Para Pescar (Bad day to go fishing) a été présenté dans des festivals célèbres, tel le festival du film à Cannes en 2009. Il a reçu plus de trente prix dans le monde et a été sélectionné par l'Uruguay pour les Oscar en 2010.


Deuxième long métrage de Álvaro Brechner, « M. Kaplan » est inspiré de El salmo de Kaplan, du romancier colombien Marcelo Schwartz.


Le projet cinématographique a été développé via le programme TorinoFilmLab Script&Pitch en 2010. 

Distingué par des Prix dans de nombreux festivals internationaux – Meilleur film ibéro-américain aux Premios Goya (2014), 100 000 € de récompense à la production -, le « deuxième film du réalisateur uruguayen Álvaro Brechner traite avec beaucoup d’humour de sujets sérieux, tels que le passage du temps et l’accomplissement personnel ». 

« Ce film est surtout le combat de deux hommes afin de se faire respecter, pour que leur dignité leur soit reconnue. On est respecté par autrui seulement quand on se respecte... Le fait que le personnage principal se prénomme Jacobo lui fait penser que c’est un signe particulier, qu’il est destiné à quelque chose de grand… Je me rends compte de la rapidité avec laquelle le temps passe et du temps très proche où nous serons oubliés... Je finis toujours par traiter du même thème : cette idée de ce à quoi un homme croit et ce qu'un homme souhaite croire. La fantaisie et l'imagination sont des parties de notre réalité. Elles n'en sont pas étrangères », a déclaré Álvaro Brechner à Variety.

Et de préciser : « M. Kaplan a un lien avec le cinéma italien des années 1960, ce mélange de drame et de comédie. Il est aussi apparenté au buddy movie (film de copains, ou film reposant sur un tandem de personnages, Nda) ».

« À travers ses aventures rocambolesques, l’équipe formée par Jacobo Kaplan et son acolyte rappelle le duo mythique Don Quichotte/Sancho Panza, à ceci près que le spectateur n’est ici jamais au bout de ses surprises ».

Alors pourquoi Arte diffusera-t-elle ce film en troisième partie de soirée ?

CITATIONS DU REALISATEUR

"Mon grand-père, Jaime Brechner, naquit en Pologne le 6 janvier 1912. En 1938, il laissa derrière lui sa maison et sa famille pour s'enfuir vers l'Amérique du Sud, un endroit où rien n'était familier et où il avait l'occasion de démarrer une nouvelle vie. Ses parents et sa sœur restèrent. Il ne les revit jamais plus. Un siècle plus tard, alors que mon premier film était projeté à Varsovie, je saisissais l'occasion pour me rendre à Sosnowiec, sa ville natale. J'étais ému par l'expérience, mais rien de ce que j'ai trouvé n'était assimilable à quelque chose comme étant essentiel à mon identité personnelle ou à ma culture.

Sur le chemin du retour, en rentrant chez moi, j'étais remué par cette révélation. Pour un homme qui avait toujours été intéressé à explorer les sujets concernant la création de nos identités comme moyen de survivre, ce fut une sensation inattendue. Je n'avais jamais  réfléchi là-dessus. Le fait qu'un jour nous mourrons et qu'après quelques décennies, il ne restera que peu de choses de nous dans le monde, quoi que nous fassions. Nous sommes nés, nous prenons quelques photos et nous mourons. Mais qui se souviendra de nous après? Quelle différence aurons-nous fait ? Notre vie sera-t-elle d'une façon ou d'une autre « spéciale »?

J'ai toujours ressenti un intérêt spécial pour l'histoire des nazis qui s'enfuirent en Amérique latine, en particulier le cas de l'un des plus célèbres responsables, Adolf Eichmann. Eichmann fut démasqué, alors qu'il vivait en Argentine sous une fausse identité, et fut capturé dans une opération risquée, compliquée et quasiment impossible. Au cours des dernières années, j'ai fait des recherches et j'ai rencontré des experts sur ce sujet.
En contradiction avec les paroles de la chanson de Serge Gainsbourg «SS en Uruguay», à Montevideo, la communauté juive est complètement intégrée dans toutes les activités du pays. Les éclats antisémites y sont extrêmement rares. Pour beaucoup de Juifs, la plus grande menace à laquelle ils sont confrontés vient du danger existentiel de s'assimiler dans la société séculière locale, sans préserver leur propre culture et leurs traditions.
C'est de cette manière que j'ai commencé à combiner mes propres souvenirs très réels de mon grand-père avec une série d'événements de fiction, créant le personnage de Jacob Kaplan : un patriarche sans patriarcat. Un Don Quichotte « Schlemazle » (malchanceux – NDT) qui, à 75 ans, trouve une dernière chance de réaliser quelque chose d'exceptionnel et de plonger dans une aventure qui va porter sa vie à des hauteurs sans précédent.

Un des grands défis, pour Mr Kaplan, était le ton, je vois la vie comme un mélange de comédie et de drame, deux faces d'une même pièce. Même dans le plus triste des contextes et dans les plus tristes circonstances, user de l'humour peut nous donner la force de persévérer et de trouver la lumière.
Peut-être est-ce pour cela que j'ai toujours été attiré vers des personnages possédant une mentalité donquichottesque, dont les envies d'aventures épiques s'opposent aux absurdes circonstances de la réalité.
Les hommes qui utilisent leur imagination fertile comme un outil de survie dans une existence quotidienne ennuyeuse, en le faisant, ils trouvent une manière de se venger de la mort et de l'oubli.
Mr Kaplan est un film qui étudie le rôle de la personne âgée, la perte de son identité confrontée à la continuité de la tradition, à la préservation de sa propre dignité, la chance de laisser sa marque à jamais en réalisant ses rêves les plus fous. Une histoire sur des hommes, sur ce que l'on croit et ce que l'on aimerait croire. Avant tout, le film est la lutte de deux hommes qui veulent être respectés, que leur dignité soit reconnue. L'histoire des deux est intéressante: nous pensons souvent que le respect est atteint quand on est respecté par les autres, alors qu'en fait le respect n'est atteint seulement lorsqu'on se respecte soi-même.
Et ce combat est pour tous les deux. Comme dans le cas de Mal dia para pescar, c'est le genre de film de copains que j'adore, des films comme Scarecrow, l'idée de deux personnages qui vont monter une alliance, avec un objectif commun. Et l'idée n'est pas tant d'atteindre cet objectif, c'est l'aventure qu'il implique, le chemin pour y parvenir, le vivre ensemble et comment les deux, avec une foi mutuelle vis-à-vis de l'autre, sente le respect et se sentent respectés.
A travers des personnages qui montrent leurs contradictions et leur fragilité dans la recherche d'une amitié et de respect de soi-même, mon but était de croquer ces moments petits et grands qui font de notre périple à travers ce monde quelque chose de ridicule, cependant souvent toujours fascinant".
      

« M. Kaplan » par Álvaro Brechner
Baobab Films, Espagne, Uruguay, Allemagne, 2014, 93 min
Auteur : Marco Schwartz
Image : Álvaro Gutiérrez
Montage : Nacho Ruiz Capillas
Musique : Mikel Salas
Production : Razor Film Produktion GmbH, Expresso Films, Baobab Films, Salado Media, ZDF/ARTE
Producteur/-trice : Mariana Secco, Álvaro Brechner
Scénario :Álvaro Brechner
Avec Hector Noguera, Néstor Guzzini, Rolf Becker, Nidia Telles, Nuria Fló, Leonor Svarcas
Sur Arte le 18 janvier 2017 à 23 h 40

Visuels : © Alvaro Gutiérrez

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Les citations sont d'Arte et du dossier de presse du film.

Jacques Canetti, 50 ans de chansons, 50 ans de passion

 Né dans une famille Juive sépharade en Bulgarie, directeur artistique à la radio (Radio Cité) et dans des firmes discographiques (Polydor, Philips, Fontana), producteur, directeur du mythique cabaret parisien Les trois baudets, Jacques Canetti (1909-1997) a fondé le premier label indépendant de disques, et a été un incontournable découvreur de chanteurs talentueux, souvent auteurs-compositeurs-interprètes – Jacques Brel, Georges Brassens, Serge Gainsbourg, Guy Béart - de la variété francophone à textes. Les éditions Jacques Canetti ont sorti deux coffrets d'Introuvables composés de raretés, enregistrées entre 1964 et 1981, du label Jacques Canetti. Le 17 janvier 2017 à 19 h, le Farband proposera la conférence "Georges, Jacques et Elias Canetti : trois frères, trois visionnaires, trois destins", avec Françoise Canetti, directrice de l'agence Canetti Conseil et du label Production Jacques Canetti et des Editions musicales Jacques Canetti. "Georges, Jacques et Elias Canetti ont marqué le siècle, chacun dans son domaine : littérature, culture science".


« Le talent ne s'insuffle pas, mais il peut se détecter avec de la chance et de l'intuition. Je ne suis qu'un catalyseur. Et je donne de la confiance aux artistes, c'est épanouissant », déclarait Jacques Canetti.

La remise du Prix Georges, Jacques et Elias Canetti a offert à l’Institut Pasteur l’occasion de rendre hommage à Jacques Canetti, figure méconnue, mais influente pendant 50 ans dans l’histoire de la chanson française. L’Institut Pasteur a présenté l’exposition itinérante éponyme honorant Jacques Canetti (1909-1997).

« On cherche jeune homme aimant la musique »
Nissim Jacques Canetti est né en 1909 à Roustchouk (Bulgarie) dans une famille Juive sépharade et polyglotte (allemand, judéo-espagnol) de commerçants aisés.

Jacques Elias et Mathilde, née Arditti, Canetti ont trois fils qui se distingueront chacun dans un domaine particulier.


L’ainé, Elias Canetti (1905-1994) s’épanouit dans la littérature comme écrivain - Die Blendung (Auto-da-Fé), Masse und Macht - et dramaturge - Die Befristeten (1956) -. Germanophone, Elias Canetti reçoit le Prix Nobel de littérature en 1981.

Jacques Canetti s’illustre dans la chanson française.


Georges Canetti (1911-1971) est célèbre pour ses études sur la tuberculose – sa mère meurt de tuberculose -, dont il est aussi atteint dès 1934. Brillant chercheur, célèbre biologiste, Georges Canetti devient professeur et vice président du conseil d’administration de l’Institut Pasteur. Il innove en associant plusieurs antibiotiques, ce qui réduit la durée du traitement antituberculeux, et découvre une mycobactérie. Il est nommé expert à l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) à Genève (Suisse) en 1958. En 1977, Elias Canetti lui dédie Die gerettete Zunge. Geschichte einer Jugend (La langue sauvée - Histoire d'une jeunesse).

Un de leurs cousins est le peintre Georges Arditi.

En 1911, la famille Canetti émigre à Londres (Angleterre) pour collaborer avec la branche familiale qui y vit.

En 1912, Jacques Elias Canetti décède. La famille Canetti s’installe à Vienne (Autriche), puis en 1916 à Zurich (Suisse), avant de revenir à Vienne et de se rendre à Paris en 1926.

Les enfants Canetti fréquentent des lycées parisiens prestigieux. Leur mère a de très hautes ambitions pour eux. Passionné de musique, Jacques Canetti poursuit des études commerciales à HEC.


Agé de 20 ans, il répond à une annonce publiée par Paris Soir et débute ainsi chez Polydor, qui représente en France la célèbre firme discographique Deutsche Gramophon. Sa fonction est modeste : il écrit les étiquettes des disques et fiches biographiques pour les catalogues. Repéré pour ses qualités, il enregistre des disques de musique classique – Maurice Ravel assiste à l’enregistrement de son Boléro – et de variétés.

Parallèlement, Jacques Canetti devient correspondant en France de l’hebdomadaire britannique Melody Maker.

Féru de jazz, il invite Duke Ellington (1931) à Paris et Louis Armstrong (1934) à Lausanne – c’est leurs premières tournée ou enregistrement discographique –. Il crée aussi le premier orchestre de musiciens noirs de jazz.

En 1933, il « enregistre les premières chansons de Marlène Dietrich… en français » (Assez et Moi j’m’ennuie)

En 1935, il est recruté par Radio-Cité, station de radio parisienne propriétaire de Marcel Bleustein. Il y exerce la fonction de directeur artistique. Présente Jazz Hot. Crée des concepts radiophoniques qui perdurent, tels le radio crochet publicitaire (Le Music hall des jeunes), des annonces publicitaires encadrant des bulletins d’informations ou le jingle. Fait découvrir au public enthousiasmé la jeune Edith Piaf, qui enregistre des chansons pour Polydor, Charles Trénet, Lucienne Delyle (Sur les quais du vieux Paris) et des chansonniers.


Jacques Canetti acquiert la nationalité française en 1938.

En 1939, ce polyglotte est mobilisé dans les télécommunications.

Il subit les persécutions antisémites du régime de Vichy.  

Avec l’aide de la comédienne Françoise Rosay, il fuit Paris en 1942 pour la zone libre où il organise avec elle des spectacles et des tournées dans le Sud de la France et en Afrique du Nord.

En 1942, il se réfugie en Algérie où il travaille comme directeur artistique à Radio-Alger et fonde à Alger avec le chansonnier Pierre-Jean Vaillard, Georges Bernardet et Christian Vebel le théâtre des Trois-Anes. « Il organise avec eux des tournées de l’Algérie à l’Égypte pour soutenir l’action de René Capitan, qui représentait la France Libre et le Général de Gaulle en Afrique du Nord », précise sa fille, Françoise Canetti.

Un producteur influent
En 1945, Jacques Canetti retourne à Paris où il associe en 1947 la production artistique pour une firme discographique à la direction d’une salle de spectacles. 


Son choix se porte sur les Trois Baudets, ancien dancing situé face au Chat Noirdans le quartier de la butte Montmartre, sur la rive droite de la capitale. Un petit théâtre laboratoire de 247 places. 

Là, lors de l’âge d’or des auteurs-compositeurs-interprètes et de la chanson à texte, Jacques Canetti présente des artistes devenus légendaires, notamment Georges Brassens qui le surnommait "Socrate", et en 1954 le belge Jacques Brel découvert sur une maquette qu'il avait reçue. Son épouse est très active à ses côtés.

Brel, « Un jeune homme correct et timide »
"Jacques Brel, alors inconnu du public, m’a fait parvenir une maquette de disque. Je l’ai écouté un soir de mai 1953 à minuit aux Trois Baudets. J’ai tellement été impressionné que j’ai téléphoné sur le champ à Bruxelles pour faire dire à Brel que je voulais le voir dans les plus bref délais. Il vint. Jeune homme correct et timide. Pas question d’habiter à Paris, il était employé chez son père, industriel cartonnier et venait de se marier. J’étais très accroché par les quatre chansons que Brel avait enregistrées sur un souple et que l’on m’avait envoyées à son insu. Longue et amicale discussion. Mon enthousiasme finit par convaincre Brel; il arrive fin septembre 1953 à Paris. Représailles immédiates de sa famille qui lui coupe les vivres. Jacques Brel interprète quatre chansons : La haine, Le grand Jacques, Sur la place, Il peut pleuvoir. Tous les thèmes bréliens étaient déjà là avec, en sous-jacence, l’espoir, le lyrisme, l’aspiration désespérée au grand amour. De 1953 à 1958, je l’ai fait passer dans mon petit théâtre des Trois Baudets dans six spectacles à toutes les places imaginables" se souvenait Jacques Canetti.

Et d'ajouter : La carrière de Jacques Brel "dans le disque mit du temps à démarrer. Il fallut attendre que sa chanson Quand on n’a que l’amour, que je lui fis enregistrer,  obtienne le Grand Prix du Disque pour que Philips abandonne son attitude hésitante. Les choses changèrent à partir de 1958, toutes ces chansons auxquelles personne n’avait cru devinrent des classiques. Brel était sans cesse préoccupé par le problème de la musique. Il a essayé tous les arrangeurs : André Grassi, André Popp, Michel Legrand, avant de se fixer sur François Rauber et Gérard Jouanest. Il prit la décision de quitter Philips en 1962, en même temps que moi. Mon dernier service aura été de confier la suite de sa carrière au plus doux et plus patient des Marouani : Charley. Comme pour Brassens et Guy Béart, l’ensemble de son oeuvre enregistrée reste le témoignage précieux et impérissable d’une grande époque du music-hall français.*

Après avoir entendu une maquette de Jacques Brel, Jacques Canetti le réveille en pleine nuit, et lui propose de le rencontrer à Paris. Une rencontre décisive : Jacques Brel décide alors d'abandonner son poste stable d'entrepreneur en Belgique, pour entamer en 1953 une carrière d'auteur-compositeur-interprète. Quand on n'a que l'amour en 1958 marque le démarrage réel de sa carrière par ce succès public. En 1967, Jacques Brel assène à Jacques Canetti : : « Vous avez eu le mérite de me sortir de mon trou, mais, en somme, vous m'avez dit ce qui était probablement évident et, comme vous étiez Canetti, cela m'a donné l'élan nécessaire pour faire ce que j'avais envie de faire dans mon for intérieur. [...] C'est vous qui devez me dire merci ! J'ai fait honneur à votre réputation de découvreur ». Ce qui poussait Jacques Brel : "Le besoin d'être aimé".


Auteurs-compositeurs-interprètes
De Boris Vian à Anne Sylvestre, en passant par Raymond Devos, Pierre Roche et Charles Aznavour, Serge Gainsbourg, Philippe Clay, Isabelle Aubret, les Frères Jacques Ils sont repérés à leurs débuts, encadrés, encouragés et produits par Jacques Canetti, attaché à des chansons éternelles, de qualité, dans deux domaines alors essentiels : les disques et la scène, à une époque où la télévision publique est balbutiante.


« Le Théâtre des Trois Baudets devient "le" lieu où s’épanouit une nouvelle chanson : celle des Auteurs-Compositeurs-Interprètes (les "ACI"). Une formule originale : une première partie avec cinq-six "ACI" ou humoristes inconnus, et une seconde partie composée d’une courte pièce de théâtre avec des textes de Boris Vian, Pierre Daninos ou François Billetdoux … Ainsi, dans une même soirée Henri Salvador, Félix Leclerc, Pierre Dac, Francis Blanche et toute l'équipe de La Rose Rouge – Rosy Varte, Michel Roux et Yves Robert – étaient sur scène. Ou encore Jean Yanne et Raymond Devos que mon père avait encouragé à interpréter ses propres textes », rappelle Françoise Canetti.

Henri Salvador
"En 1948, Henri Salvador est déjà très connu. Artiste complet, musicien, chanteur, fantaisiste, compositeur, il s’est déjà produit « Chez Carrère », a participé à l’orchestre de Ray Ventura et connu la gloire au Brésil. Après les premières tentatives infructueuses dans mon Théâtre des Trois Baudets, je le programme du 13 au 21 mai 1948 dans le spectacle Ici l’on rit qui connut un grand succès. Il y présente pour la première fois un tour de chant solo", se souvient Jacques Canetti dans le coffret « Mes 50 ans de chansons françaises ».

Et d'ajouter : "Puis je lui fais enregistrer Le loup, la biche et le chevalier, Maladie d’Amour et Clopin clopant qui obtiennent en 1949 le Grand Prix du Disque. Quelques années plus tard, de retour des Etats-Unis avec Michel Legrand, je rapporte dans mes bagages un style de musique encore inconnu en France ; le rock n’roll. Boris Vian est chargé de « franciser » quatre chansons qui seront chantées par Henri Salvador sur des arrangements de Michel Legrand, et pour faire plus américain, le trio décide de prendre des pseudonymes. Un 45 tours EP est gravé: Henry Cording and his Original Rock and Roll Boys. Les chansons sont signées « Vernon Sinclair  », alias Boris Vian, Michel Legrand devient « Big Mike »  et Henri Salvador, « Henry Cording ». 

Guy Béart
"En 1956, Béatrice Moulin me recommanda d’aller écouter Guy Béart au petit restaurant de la Colombe de Belaine et Michel Valette dans lequel j’ai entendu beaucoup d’inconnus de talent. Je me souviens parfaitement de cette première soirée : Guy Béart chantait fort mal des chansons superbes. Je le croyais paralysé par le trac, alors qu’il n’en était rien, dans cette ambiance si amicale", se souvenait Jacques Canetti. Très intéressé par cet auteur, il l'invite à le retrouver le lendemain à son bureau de l’avenue Franklin Roosevelt. 

Et d'ajouter : Guy Béart "était encore ingénieur des Ponts et Chaussées, mais je ne le savais pas. Il réussit à se libérer et arriva, flanqué de sa guitare et porteur d’une vingtaine de textes. Notre rencontre fut détendue, confiante. Déjà se dessinait une amitié réciproque et ces moments furent décisifs pour toute la suite de nos relations. A cette époque, Guy Béart ne savait trop quelle route emprunter : Jacques Grello (dont je constatais une fois de plus le goût très sûr) lui avait conseillé de persévérer quoi qu’il arrivât dans la chanson. C’était bien mon avis! Guy Béart inconnu me rendait doublement heureux : d’un côté quelqu’un à aider, d’un autre des risques à prendre. Voici que je nageais dans mes propres eaux! Mais il y avait un problème majeur : il n’avait qu’un « filet » de voix, un timbre encore plus voilé que celui de Mouloudji, un registre des plus réduits. En revanche, les textes étaient éblouissants de recherche, de poésie, de fraîcheur, éclatants de style et d’idées nouvelles, les thèmes musicaux simples, très bien harmonisés, faciles à retenir. Au début de 1957, malgré les déboires de Guy aux Trois Baudets, j’étais pleinement confiant dans le lancement de son disque accompagné de deux préfaces : une de Pierre MacOrlan, et cette autre de Brassens : « Encore un qui s’approche d’une guitare et qui ne finira jamais à l’Opéra, et qui ne sait pas faire l’acrobate sur la place publique. Encore un qui ne parle tout à fait de la pluie et du beau temps. Bref un poète, un chrétien pas très catholique et qu’on donne à manger aux lions. Que les oreilles ouvertes aux quatre vents aillent écouter autre chose, mais pour ceux qui ont cinq minutes à perdre, pour ceux qui veulent prendre des vacances dans la lune et sortir de leurs habitudes, voici Guy Béart enchanté de faire leur connaissance qui les entraîne vers des horizons sans gares ni garages et bon voyage. » Ce disque exceptionnel par le choix et la qualité des chansons fut réalisé avec quelques-uns de ses amis. On y entend les voix de Michel Valette, Jacques Grello et celles d’autres copains reprenant les refrains de Qu’on est bien dans les bras, Le Quidam, Il y a plus d’un an, L’agent double, Chandernagor et Bal chez Temporel, ce dernier texte étant d’André Hardellet. L’enregistrement n’avait pas été facile. Dès que Guy poussait un peu sa voix, elle devenait pratiquement inaudible. Homme prévoyant et organisé, Guy s’était confectionné une pancarte qu’il attachait à son cou et sur laquelle on pouvait lire : « Veuillez ne pas me parler… je ne pourrais pas vous répondre. » Je rapporte cette anecdote de la pancarte, parce qu’elle fit le tour de toute la maison : pendant quelque temps on s’adressa à Guy en langage de sourds-muets ! Le Grand Prix du Disque précipita les événements : Juliette Gréco, toujours attentive aux jeunes inconnus de talent, incorpora à son microsillon « New Style » cinq chansons de Béart. Patachou, à son tour, donna une très belle version de Temporel et de Poste restante. Sur un texte de René Fallet, Guy composa La Gambille, air principal de Charmants garçons, film interprété par Zizi Jeanmaire. Ensuite il y eut Eau vive, chanson au thème très pur, très folklorique qu’il m’a jouée pour la première fois, au début de 1958 dans sa loge des Trois Baudets. François Villiers, venu au théâtre afin d’y trouver une idée de chanson pour le film L’eau vive tiré du roman de Jean Giono, s’adressa à Guy. Jamais je n’aurais pensé que ce thème musical si simple obtiendrait une telle popularité. Guy Béart participa évidemment à de nombreuses représentations de Festival du Disque, notamment avec Raymond Devos et Catherine Sauvage. Mais ce fut sans grande joie. Il m’est difficile d’émettre une opinion sur la phobie qu’il avait du public. Bien qu’il prétende le contraire, je le crois animé par un désir d’exhibition sans lequel il n’y a pas de carrière d’artiste. Quand un auteur-artiste arrive à un tant soit peu de notoriété, et que ses chansons prennent plus d’importance que son rôle d’interprète, je comprends alors que la confrontation avec le public n’apporte plus de satisfaction. Dans le cas de Guy Béart, comme dans celui de Brel ou de Brassens, « l’exhibitionnisme de la scène » est effectivement dépassé, mais il demeure cependant. Brassens a limité ses apparitions, Brel a fui, Béart a choisi le récital à un rythme irrégulier parce qu’il ne s’adresse plus qu’à un public averti. Mais un public de connaisseurs est toujours un public ! Ses trois récitals que j’ai vus successivement au Vieux Colombier, à la Comédie des Champs-Élysées et même au Carré Thorigny m’ont paru des modèles du genre. Guy Béart, que je considère comme un homme intelligent et supérieurement doué pour son métier, prépare minutieusement chacun de ses disques. Depuis son départ de chez Philips, il est son propre producteur et sait magnifiquement organiser et promouvoir ses émissions de télévision. Je n’ai pas été surpris par ailleurs d’apprendre qu’il avait réussi à obtenir à son profit la résiliation d’un contrat d’édition que j’avais eu toutes les peines du monde à lui faire signer avec Tutti peu de temps avant mon propre départ de Philips en 1962. Les années 1961 à 1965 ont été, pour les auteurs-compositeurs, une période de pénitence. Guy Béart a réussi à s’en prévaloir comme d’un préjudice moral pour se faire restituer toutes les grandes chansons de ses débuts. Ce jugement, qu’il a su gagner contre une société très puissante, maîtresse de contrats habilement rédigés, prouve l’habileté du grand joueur d’échecs Guy Béart".

Cabaret/Disque/Tournée
« Il y en eut bien d’autres : Georges Brassens, Jacques Brel, Guy Béart, Boris Vian, Félix Leclerc, Bobby Lapointe, Anne Sylvestre, Jean Yanne, Mouloudji, Catherine Sauvage, Serge Gainsbourg, etc. La chanson a pris ses lettres de noblesse en étant ‘’engagée’’ dans son temps. Aujourd’hui, cette formule est banale. À l’époque, Boris Vian se faisait huer par les anciens d’Indochine avec Le DéserteurGeorges Brassens était interdit d’antenne avec Le Gorille », précise Françoise Canetti.


Ainsi, au théâtre des Trois Baudets, se succèdent des humoristes – Robert Lamoureux, Darry Cowl, les comédiens Philippe Noiret et Jean-Pierre Darras - et des chanteurs (quasi-) débutants : Félix Leclerc, découvert lors d’un séjour au Québec en 1951, Francis Lemarque, Ricet-Barrier, Lény Escudéro, Maurice Fanon, etc.

Jacques Canetti organise aussi les tournées à l'étranger d'artistes consacrés, tels les illustres Maurice Chevalier et Yves Montand. 

Yves Montand
"C’est à Marseille, en 1942, que j’ai vu Yves Montand sur scène pour la première fois. Six ans plus tard je le retrouvais au Théâtre de l’Étoile, dans un tour de chant triomphal réglé avec le concours d’Édith Piaf. Elle nous présenta l’un à l’autre dans sa loge. Sourires, compliments, banalités. Bien entendu, j’ai glissé à Yves mon désir de l’enregistrer, au moins dans les chansons de Pré­vert. Son contrat avec la firme Odéon l’en empêchait. Les choses prirent leur temps. Son silence dura jusqu’en 1958", se souvenait Jacques Canetti.

Et il ajoutait : "En février, Bob Castella, pianiste et homme de confiance d’Yves Montand, m’appela : « Yves voudrait vous voir… Il y a du nouveau…  Le contrat d’Yves avec Odéon vient à expiration. » Nous nous sommes alors rencontrés à plusieurs reprises et un jour, Yves me proposa de me charger de ses récitals. De septembre 1958 à la fin 1968, j’organisai plus de 500 présentations d’Yves Montand à travers toute la France, mais aussi dans le monde et entre autres ses récitals à New-York, au Henry Miller Theater et sa tournée au Japon. Le premier disque que nous avons fait ensemble fut le premier enregistrement public réalisé au Théâtre de l’Etoile en 1958. Quant au plus beau disque que nous ayons enregistré, je pense qu’il s’agit de Montand chante Prévert. Montand m’a fait découvrir la véritable signification du mot « clan ». C’est en effet à un « clan » d’auteurs et de compositeurs auxquels il s’adressait quand il recherchait de nouvelles chansons : Francis Lemarque, Eddy Marnay, Jean Dréjac, René Rouzeaud, Philippe Mareuil, Philippe-Gérard, Georges Lieferman, Norbert Glantzberg, Émile Stern et bien entendu, Jacques Prévert. Il discutait longtemps les textes, dont il a souvent donné le « départ ». Quelle que soit l’in­fluence de son entourage : c’est toujours lui qui décidait en dernière analyse. Il est d’ailleurs intéressant de noter que la plupart des chansons qu’il a créées sont devenues des classiques, car il a eu l’intelligence et l’instinct de choisir des thèmes qui ne se démodent pas". (Extrait du livre et du coffret « Mes 50 ans de chansons françaises »)

Arte diffusera les 15 mai à 22 h 50 et 12 juin 2016 à 17 h 30 Yves Montand, l'ombre au tableau (Yves Montand. Charme, Chanson und Schauspiel), documentaire de 60 minutes. dimanche 15 mai à 22 h 50 (2015, 60 min).  "Vingt-cinq ans après sa mort, Karl Zéro et Daisy d'Errata offrent un portrait fouillé et touchant d'Yves Montand, interrogeant les multiples facettes, glorieuses ou pathétiques, et les fêlures de la star".

Le "timbre profond des "Feuilles mortes", l'air d'enfant vieilli de César et Rosalie, le cabotin sublime du Milliardaire... : dans la chanson comme au cinéma, Yves Montand a été immensément populaire, dépassant son statut de saltimbanque pour devenir, au côté de sa femme Simone Signoret, l'icône de toute une génération. Pourtant, rien n'aura été facile pour l'acteur, né Ivo Livi, disparu il y a un peu moins de 25 ans, le 9 novembre 1991, à l'âge de 70 ans. Celui qui a débuté au cabaret, repéré puis épaulé par Édith Piaf, aura passé sa vie à frôler le scandale amoureux tout en fonçant tête baissée dans tous les combats de son temps, quitte à se fourvoyer, du communisme encore stalinien au libéralisme bon teint".

"Pour ce deuxième opus de leur collection après Charles Trenet, l'ombre au tableau, Karl Zéro et Daisy d'Errata interrogent les multiples facettes, glorieuses ou pathétiques, et les fêlures de la star Yves Montand. Le couple de réalisateurs met en évidence les grandes lignes de fuite d'une existence et d'une personnalité complexes, que la célébrité a longtemps dérobées aux regards, à travers de nombreuses archives, pour certaines inédites ou oubliées, mais aussi des entretiens approfondis avec ses proches : Jean-Louis Livi, son neveu, le cinéaste Costa-Gavras, qui lui a donné ses rôles politiques les plus marquants, de L'aveu à Z, Bernard Kouchner, qui fut à la fois un compagnon politique et un ami, et l'animateur Benjamin Castaldi, fils de Catherine Allégret. Il évoque les attouchements dont cette dernière, fille de Simone Signoret, a dit avoir été victime, toute petite, de la part de son beau-père. Entre ombres et lumière, un portrait sans concession et pourtant émouvant".

Tournées et Philips
Pour des salles de spectacles, Jacques Canetti monte des spectacles de music-hall variés pour les tournées estivales Radio Programme avec des artistes placés en première - lever de rideau, vedette anglaise - et deuxième parties – vedette américaine précédant la vedette principale - des tours de chant selon leur degré d’expérience et leur notoriété. Là, les artistes ont ainsi la faculté de s’aguerrir et de tester leurs nouvelles chansons avant une rentrée parisienne.

De 1948 à 1962, Jacques Canetti constitue, en tant que directeur artistique chez Philips « le plus beau catalogue de chansons françaises » où figurent aussi Zizi Jeanmaire, Dario Moreno et Michel Legrand. 

Le premier disque enregistré pour cette firme célèbre : celui de Juliette Gréco.

Les vagues rock’n’roll et yéyé s’avèrent difficiles à traverser pour nombre d’artistes. De plus, le succès croissant de la télévision fragilise les cabarets. En outre, l’activité discographique s’industrialise, recourt davantage au marketing et gère désormais différemment les carrières d’artistes, débutants ou confirmés.

Les Productions Jacques Canetti
En 1962-1963, Jacques Canetti démissionne de Philips et lance le premier label français indépendant, Les Productions Jacques Canetti, que dirige depuis 1997 sa fille Françoise Canetti. Jacques Canetti vend aussi les Trois Baudets.


Comme les meilleurs chanteurs avaient signé, sous son influence, des contrats avec Philips, Jacques Canetti cherche de nouveaux talents. Il découvre  et promeut les jeunes Jacques Higelin et Brigitte Fontaine.


Il encourage des comédiens à enregistrer des chansons et poèmes mis en musique. 

Ainsi, Jeanne Moreau, qui avait chanté Le Tourbillon de la vie dans Jules et Jim de François Truffaut, interprète des chansons de Serge Rezvani (J'ai la mémoire qui flanche), et Serge Reggiani enregistre un disque de chansons de Boris Vian. 

Jacques Canetti grave aussi des pièces de théâtre -  La Voix humaine de Jean Cocteau par Simone Signoret - et poèmes lus par des comédiens : Arletty prête sa voix à ceux de son ami Jacques Prévert. Jacques Canetti constitue ainsi des équipes artistiques et un patrimoine musical national de grande valeur afin de le faire connaitre du plus grand nombre par un medium populaire et pérenne : le disque.

« Détecter, expérimenter et révéler : la démarche d’une vie pour Jacques Canetti ! Ce « révélateur » de talents a accompagné les artistes en qui il croyait. Ils avaient du talent, Jacques Canetti leur a donné du temps et de la confiance pour grandir et s’imposer. Il aimait "explorer les sentiers nouveaux, découvrir de jeunes talents. Il a amené la chanson au Théâtre nationale populaire de Vilar", explique sa fille.

Photos, affiches cultes, archives inédites ont été réunies par Françoise Canetti, sa fille, pour retracer ce parcours musical original, exceptionnel et un brin nostalgique. « Une balade musicale dans les coulisses de la chanson française ».


Créé en 2006, à la suite de la donation à l’Institut Pasteur des correspondances des frères Canetti entre 1938 et 1952 - Le livre Lettres à Georges paru fin 2009 chez Albin Michel réunit cette correspondance. -, le prix Georges, Jacques et Elias Canetti encourage les travaux de chercheurs de l’Institut Pasteur sur les maladies infectieuses, en particulier la tuberculose. 

Il a récompensé cinq chercheurs pasteuriens qui se sont illustrés par leurs travaux sur la tuberculose. Il a été remis à l’Institut Pasteur le 27 septembre 2011 par le Pr Alice Dautry, directrice générale de l’Institut Pasteur, lors de l’inauguration de cette exposition intéressante qui contribue à remettre à l’honneur un patrimoine français musical remarquable.

Le 21 septembre 2014, France 2 a consacré à Henri Salvador, qui a enregistré certains de ses plus grands succès - Le loup, la biche et le chevalier, Maladie d’Amour et Clopin clopant - pour la firme discographique dirigée par Jacques Canetti, l'émission Un jour, un destin, à 23 h 20.

Arte diffusa les 15 mai à 22 h 50 et 12 juin 2016 à 17 h 30 Yves Montand, l'ombre au tableau (Yves Montand. Charme, Chanson und Schauspiel).

Jusqu’au 28 octobre 2011
25, rue de Docteur Roux. 75015 Paris
Tél. : +33 (0)1 45 68 80 00
Du lundi au vendredi de 14 h à 17 h 30

Du 16 novembre au 16 décembre 2011
Place Paul Eluard, 59282 Douchy-les-Mines
Tél : 03 27 21 44 70
Le mardi de 14 h à 18 h, les mercredi et samedi de 10 h à 12 h et de 14 h à 18 h, les jeudi et le vendredi de 16 h à 18 h

Du 6 mars au 14 avril 2012
A la Bibliothèque Francophone Multimédia de Limoges

Visuels :
 Le portrait de Elias Canetti
© Raphael Sorin
Le portrait de Georges Canetti
© Institut Pasteur

Le portrait de Jacques Canetti
© Agence Enguerant

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- Monde arabe/Islam
Shoah (Holocaust)

Cet article a été publié les 19 octobre 2011, 21 septembre 2014, 26 avril et 22 septembre 2015 : Guy Béart (1930-2015) a été enterré le 21 septembre 2015, et 15 mars 2016 - le 15 mars 2016, France 2 consacre sa soirée à Jacques Brel -.