Citations

« Le goût de la vérité n’empêche pas la prise de parti. » (Albert Camus)
« La lucidité est la blessure la plus rapprochée du Soleil. » (René Char).
« Il faut commencer par le commencement, et le commencement de tout est le courage. » (Vladimir Jankélévitch)
« Notre métier n’est pas de faire plaisir, non plus de faire du tort. Il est de porter la plume dans la plaie. » (Albert Londres)
« Ne demande jamais ton chemin à quelqu'un qui le connaît, car tu ne pourrais pas t'égarer ! » (Nahman de Bratslav)
« Le plus difficile n'est pas de dire ce que l'on voit, mais d'accepter de voir ce que l'on voit. » (Charles Péguy)

jeudi 6 septembre 2012

« Mumu » de Joël Séria



France 3 diffusera le 6 septembre 2012, à 23 h 01, le film français Mumu de Joël Séria(2010).  L’histoire de Mumu, surnom de l’institutrice d’une école catholique de la France rurale de 1947, dont les élèves sont particulièrement difficiles. Parmi ceux-ci, Roger, un garçon de 11 ans, mal aimé de ses parents… Un bon film, sensible, et remarquablement interprété.

1947, Roger, élève dissipé âgé de 11 ans, vient d’être renvoyé de son école. Ce qui provoque la violente fureur de son père (Dominique Pinon).

Roger évite de justesse d’aller en maison de correction. Une dernière chance lui est donnée : il est amené dans l’école catholique Saint-Eugène, dans le Poitou. Là, il fait connaissance avec l’institutrice Mumu et le directeur de l’école, un curé bonhomme (Jean-François Balmer), un pion faible dénommé Saucisse (Bruno Lochet) et ses condisciples.

Les jours se suivent, marqués par les solidarités, les amitiés et les bagarres entre élèves, l’enseignement de Mumu qui discerne le potentiel scolaire de Roger, l’attente des parents pour passer un week-end en famille...

Des sentiments éternels
En partie autobiographique, le film porte le surnom de l’institutrice sévère, revêche, autoritaire par nécessité, originale, cachant sa tendresse, compréhensive, remarquablement incarnée par Sylvie Testud. Sa voix basse gronde, sa violence, verbale et physique, déborde à l’égard des mauvais élèves. Ses dictées où elle souligne les redoublements de consonnes ou les pluriels rappelleront des souvenirs à plus d’un…

« La plus vache » du département, cette institutrice est intraitable sur les efforts et le travail qu’elle exige de ses élèves, et pour leur bien. L’école est leur voie de secours vers une vie d’adulte responsable, la voie de leur émancipation, leur ascenseur social.

Ce long métrage est aussi le portrait d’enfants sensibles, cherchant l’affection de leurs parents, la chaleur du foyer familial, l’attention tendre de leurs proches. Il est souvent conté par un enfant, Roger dit « Brasse coulée », qui souffre d’être négligé par ses parents.

C’est également le tableau d’une France provinciale et rurale, magnifique, encore marquée par la guerre, l’Occupation, la haine des « Boches » - insulte favorite de Mumu à l’encontre de mauvais élèves -, l’amitié entre « copains de captivité », le rôle de l’église catholique…


Mumu de Joël Séria (2010)
Avec Sylvie Testud, Jean-François Balmer, Bruno Lochet, Dominique Pinon, Balthazar Dejean de la Bâtie, Valentin Ferey, Héléna Noguerra, Prune Lichtle, Antoine de Caunes
1 h 35. Sortie en France le 24 mars 2010

Le 5 septembre 2012 sur France 3 à 23 h 01





Articles sur ce blog concernant :


Cet article a été publié pour la première fois le 22 mars 2010.

vendredi 10 août 2012

"Ici", "Jérusalem plomb durci" et "J'ai soif"


Trois événements culturels israéliens ont suscité la controverse. Les deux premiers sont promus par la problématique ambassade d'Israël en France, notamment via son e-zine Coolturël. La  galerie Michel Rein a présenté l’exposition Ici, politique et problématique dont la commissaire est Marie Shek : six vidéos d’artistes israéliens sur « l’espace ». Le festival d'Avignon a présenté deux spectacles controversés : Jérusalem plomb durci et J'ai soif.

L'actualité culturelle israélienne en France est dense cet été. Et parfois, on le regrette.

Là-bas et Ici
Marie Shek a conçu deux expositions « en parallèle » : Là-bas, à la Maison européenne de la photographie (6 juin-15 juillet 2012) et Ici à la galerie Michel Rein (5 juin-28 juillet 2012). Paradoxe : Ici vise à « montrer des « ailleurs » construits par les artistes ».

Dans ces deux espaces, il s’agit de montrer des vidéos d’artistes israéliens : Nira Peleg (67 Bows, 2006), Sigalit Landau (Azkelon, 2011), Nir Evron (A Free Moment, 2011), Rona Yefman (Pippi Longstocking, 2008), Yael Bartana (Trembling Time, 2001), Talya Keinan (Last Watch, 2010), Tom Pnini (Volcano Demo, 2009), Daniel Landau (Not Very Nice People, 2010), Tamir Zadok (Gaza Canal, 2010) à la MEP ; Maayan Amir & Ruti Sela, Joseph Dadoune (Ofakim), Nir Evron, Raafat Hattab (Bidun), Nira Pereg (G-spotting), Public Movement créé par Omer Krieger et Dana Yahalomi en 2006 (Promotional Video) à la galerie Michel Rein.

On peine à comprendre le choix des vidéos dans l’une ou l’autre exposition.

Quant à l’art, il est souvent occulté ou teinté par un parti pris politique partial.

Qu’un artiste engage politiquement sa création, pourquoi pas ! Mais ce qui gêne dans l’exposition Ici est l’écart entre les visées de l’exposition – « s’interroger sur cette fonction hétéropologique de l’art en lui donnant accès à ces lieux qui expriment une contestation à la fois mythique et réelle de tous les espaces et particulièrement de celui dans lequel nous vivons » - et la réalité : des messages aberrants, et parfois choquants.

Exemples. Joseph Dadoune s’intéresse à Ofakim, ville fondée dans le désert, en voie de désindustrialisation et touchée par le chômage. Dans Ofakim, il « travaille sur le rêve de cette jeunesse abandonnée : dix adolescents dans une procession macabre transportent un missile de l’usine « Of-Ar » (lieu d’un projet architectural de réhabilitation d’une ancienne usine de textile en centre culturel) vers Gaza, d’où il sera lancé ». De jeunes Israéliens livrent aux terroristes Gazaouis les missiles destinés à tuer des Israéliens !? Ils se punissent mortellement pour des problèmes économiques !?

« Dans Bidun (sans titre), Raafat Hattab, un artiste arabe israélien se met en scène en train d’arroser un olivier, de cueillir ses fruits et de prendre soin du carré de terre au milieu duquel il est planté. Une bande-son accompagne cette activité paisible et reprend une chanson libanaise dont le refrain est : je quitte cette place. Lorsque la caméra s’éloigne, le spectateur réalise que l’arbre entretenu est au milieu de la place Yitzhak Rabin à Tel-Aviv, lieu hautement symbolique puisqu’il s’agit de l’ancienne place des rois où le premier ministre israélien fut assassiné en 1995 lors d’une manifestation pour la paix. Raafat Hattab veut continuer à entretenir l’arbre, symbole de son exil sous le regard indifférent des autres habitants ». Selon le blog Lunettes rouges, « la figure de l'homme s'évanouit, devient un fantôme, un 'présent-absent', un exilé, un épuré ». Raafat Hattab, un exilé ? Non, ce jeune artiste a la nationalité israélienne et vit en Israël. Tel-Aviv est une ville créée par les Juifs sionistes sur du sable. Quant au symbole de l’olivier, il est instrumentalisé à des fins propagandistes : faire perdurer le statut de réfugié palestinien de générations en générations, stigmatiser l’indifférence des Israéliens, détruire l’Etat d’Israël pour mettre fin à son « exil ».

N’y a-t-il aucun vidéaste pour s’intéresser à d’autres thématiques : les victimes du terrorisme islamiste, les Israéliens déracinés de la bande de Gaza, l’exode d’environ un million de Juifs contraints de fuir les pays arabes ou/et musulmans, etc. ?

De manière surprenante, cette exposition est soutenue par la Fondation Entreprise Ricard et promue, comme celle du MEP, par l’ambassade d’Israël en France. De nombreux artistes israéliens n’ayant pas l’heur d’être cités par cette ambassade, on peut s’interroger sur les critères de sélection de manifestations artistiques par cette représentation diplomatique problématique.

J'ai interrogé la Ville de Paris et la MEP sur la légalité de soutenir par des fonds publics cette exposition partiale Là-bas et sur la nécessité de respecter le principe de neutralité d'un service public culturel.

J'ai également contacté la Fondation Entreprise Ricard et la galerie Michel Rein.

Jérusalem plomb durci
Adossée à l'e-zine Coolturël, la newsletter culturelle de cette ambassade en juillet 2012 s’avère un festival : le West-Eastern Diwan Orchestra créé par Daniel Barenboïm et Edward Saïd à Versailles, les expositions de ces vidéastes israéliens à Paris, Amos Gitaï à Arles, ainsi que Ruth Rosenthal et Xavier Klaine pour Jérusalem plomb durci à Avignon.

Présentation de Jérusalem plomb durci : en 2009 et 2010, à Jérusalem, Ruth Rosenthal et Xavier Klaine « ont récolté des images et des sons en parcourant célébrations mémorielles et nationales, afin de donner leur vision de la société israélienne et témoigner de « sa fuite en avant ».

Une « dictature émotionnelle » dont Jérusalem plomb durci, performance de théâtre documentaire, démonte les mécanismes » (sic).

Notons que Jérusalem plomb durci est un spectacle d'une heure conçu par Winter Family, "artistes associés au 104 (Cent quatre), établissement culturel de la Ville de Paris" et dont la tournée inclut la France et l'Allemagne.

Le 27 juillet 2012, le Dr. Shimon Samuels, le directeur des relations internationales du Centre Simon Wiesenthal (CSW), Richard Odier, président du (CSW)-France, ont écrit à Aurélie Filippetti, ministre française de la Culture. Ils ont exprimé « les graves inquiétudes des adhérents français de notre Centre devant l'utilisation du prestigieux Festival d'Avignon 2012 comme une plateforme pour la délégitimisation de l'État d'Israël et comme un catalyseur de haine à l'encontre des Juifs de France à qui l'État hébreu est cher ».

Et de préciser : « Le 16 juillet, au cours du spectacle multimedia Jérusalem - Plomb Durci une série de résolutions des Nations unies (depuis 1952) rendant Israël responsable de tous les maux du Moyen-Orient et au-delà, le présentant en outre comme une entité illégale et délinquante fut méthodiquement et délibérément projetée. Aucune mention ne fut faite du terrorisme et des agressions dont Israël est victime depuis sa fondation ainsi que ses citoyens et la diaspora Juive. Aucune mention non plus des auteurs et des porteurs de ces résolutions de l'ONU : Kaddafi, Assad père et fils et d'autres dictateurs dont les pays président et dirigent le Comité des droits de l'Homme et d'autres agences de l'ONU.

Le CSW a ajouté : « Le Festival d'Avignon, ses parrains et ses mécènes - principalement votre Ministère - ont soutenu, cet été, un déchaînement de haine qui, selon la 'Définition de travail de l'Agence des droits fondamentaux de l'Union européenne' est un facteur contribuant à l'antisémitisme. En effet, il est ironique de constater qu'à Avignon, une ville dont la culture bénéficie largement de sa communauté juive depuis le Moyen-âge, on viole les mesures prises par le Conseil de l'Europe contre la discrimination ethnique, religieuse et nationale. Jérusalem –Plomb Durci conforte, en outre, la judéophobie de ceux pour qui le terroriste Mohammed Mera est une icône et qui encourage des atrocités telles que celle de Toulouse ».

Le CSW a exhorté la Ministre, « à condamner aujourd'hui publiquement la présentation de Jérusalem - Plomb Durci au Festival d'Avignon, de lancer une enquête sur les responsables et de prendre les mesures disciplinaires appropriées en les privant, si une telle programmation est prévue pour le Festival d'Avignon 2013, de toute subvention gouvernementale. De telles mesures seraient dans l'esprit de l'engagement pris par le Président Hollande cette semaine, au cours des commémorations qui marquèrent le 70e anniversaire de la Rafle du Vel d'Hiv, de lutter « avec la plus grande détermination » contre l'antisémitisme. De telles mesures aideraient nos adhérents à décider de leur éventuelle participation ou contribution au Festival ».

Le 6 août 2012, le Bureau national de vigilance contre l'antisémitisme (BNVCA) a écrit au Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou et au ministre israélien des Affaires étrangers Avigdor Lieberman à propos de Jérusalem plomb durci (du "7 au 28 juillet 2012" à Avignon).

Le BNVC a attiré l'attention sur les agissements d'Israéliens qui agissent « de manière machiavélique au détriment d’une minorité Juive qui subit l’antisémitisme par la propagande pro palestinienne sous la houlette d’Israéliens ».

Et d'ajouter :
« Nous ne pouvons plus supporter que les intellectuels israéliens et certains universitaires, viennent régler leur comptes politiques en France sur le dos des Juifs... [et] au détriment d’une communauté installée en France depuis des siècles...

Nous vous saisissons afin d’intervenir pour mettre un terme à de tels agissements. Nous vous demandons d’enquêter pour savoir si des fonds israéliens ont subventionné cette pièce et de prendre des mesures qui s’imposent par la loi... Nous vous demandons d’ordonner aux représentants officiels d’Israël en France d’être réactifs et de protester contre de tels comportements. On ne voudrait pas avoir la triste tâche d’agir auprès des tribunaux contre des Israéliens ".

Ce spectacle a presque occulté un autre spectable controversé, J'ai soif.

J'ai soif
En 2012, le festival off d'Avignon a aussi présenté J'ai soif, un spectable du Théâtre du Balcon jugé "pernicieux" par Guila Clara Kessous, artiste de l'UNESCO pour la paix, comédienne et essayiste, sur Judaïques FM, le 26 juillet 2012.

Monté par le théâtre du Balcon dirigé par Serge Barbuscia, ce spectacle mêle des citations de Si c'était un homme de Primo Levi, livre célèbre évoquant l'univers concentrationnaire nazi et la Shoah, et l'interprétation par la pianiste Susanna Tiertant des Sept dernières paroles du Christ en croix de Joseph Haydn.

Dès 2010, la LICRA (Ligue internationale contre le racisme et l'antisémitisme) avait alerté sur les dangers de dérive de ce genre de spectacle.

Réactions israéliennes
Pour des artistes israéliens, une carrière internationale couronnée d'éventuels prix est-elle conditionnée par la réalisation d'œuvres politiquement contestataires, au discours ancré à gauche, voire gauchiste et avec le soutien public, israélien, français ou de tout autre pays ? Le ministère israélien va-t-il réagir à cette promotion numérique ?

Selon Haaretz (15 août 2012) le ministère israélien des Affaires étrangères a mis à jour son Guide des réseaux sociaux destiné à ses représentations diplomatiques dans le monde. à la suite de tweets et messages sur Facebook publiés par des diplomates israéliens. Il les a invitées à la neutralité et à la prudence : " Quelle est la différence entre un briefing de presse et un tweet ? En ce qui vous concerne, il n'y a acune différence", écrit Yoram Murad, directeur du département de la diplomatie digitale au sein du ministère israélien des Affaires étrangères, aux diplomates israéliens en Israël et à l'étranger.

Il a particulièrement souligné l'importance de Twitter, considéré par des journalistes comme la source première d'informations. Ce Guide vise à inciter les diplomates israéliens à ouvrir des comptes sur Twitter et Facebook, de leur indiquer les consignes à adopter et les écueils à éviter afin d'informer et d'influer sur l'opinion publique via ces réseaux sociaux.

Haaretz cite de récents tweets et textes édités sur Facebook par des diplomates israéliens et qu'il juge "embarrassants", par exemple les tweets de l'ambassade d'Israël à Dublin lors de la venue de Haneen Zoabi, députée Arabe israélienne (parti Balad). Lors d'interviews à des médias et de conférences en Irlande, Haneen Zoabi a allégué que l'Etat d'Israël était "raciste" et "non démocratique". Pour contrer les allégations fausses de cette parlementaire, cette ambassade a réagi le 7 août 2012, sur Twitter, en diffusant une vidéo montrant Haneen Zoabi sur le Marvi Marmara, en mai 2010, avec des terroristes armés de la flottille voulant forcer le blocus maritime et légal de la bande de Gaza organisée par le mouvement terroriste IHH, en rappelant les hautes fonctions exercées par sa parentèle - un de ses oncles est maire de Nazareth et vice-ministre de la Santé, un autre juge à la Cour suprême - et par des statistiques démontrant l'absence de racisme de l'Etat Juif. Un exemple à suivre pour l'ambassade d'Israël en France ?

Jusqu’au 28 juillet 2012
42, rue de Turenne, 75003 Paris
Tél. : 01 42 72 68 13
Du mardi au samedi de 11 h à 19 h
Visuels :
Vue d’exposition Ici, galerie Michel Rein, Paris, crédit photo : Aurélien Mole, courtesy des artistes et galerie Michel Rein, Paris.

Maayan Amir et Ruti Sela, Extras, 2012, 0:50 sec loop, édition 1/5, courtesy de l’artiste

Joseph Dadoune, Ofakim, 2010, 14:47 min loop, édition 1/5, courtesy de l’artiste

Raafat Hattab, Bidun Enwan(sans titre), 2009, 4:06 min loop, édition 2/4, courtesy de l’artiste

Articles sur ce blog concernant :
Articles in English

Cet article a été publié le 20 juillet 2012 et modifié le 26 août 2012.

samedi 28 juillet 2012

Le directeur du CAPE a interdit une conférence de presse de Bat Ye’or

Cet article est republié à l'occasion de la désignation le 23 juillet 2012, au quai d'Orsay, par Laurent Fabius, ministre français des Affaires étrangères, de l'envoyé spécial de la France auprès de l'OCI, Louis Blin, consul général de France à Djeddah (Arabie saoudite), où siègle l'OCI. M. Fabius a déclaré : « Ce qui portera notre représentation au niveau de celle de nos partenaires proches. La France souhaite en effet suivre vos travaux assidûment et accompagner le développement d’une organisation qui a su trouver sa place par le dialogue avec le reste du monde ». Cette décision a été annoncée lors de l'« Iftar [Nda : diner rompant le jeûne lors du mois du Ramadan] en l’honneur des ambassadeurs des États membres de l’Organisation de la coopération islamique ». Seule la Syrie n'était pas invitée à ce diner initié par Bernard Kouchner, alors ministre français des Affaires étrangères et interrompu quelques années. Pour Laurent Fabius, ce diner « permet à la France de marquer, en ce début de Ramadan, notre intérêt et notre estime pour le monde musulman». Dalil Boubakeur, recteur de la grande mosquée de Paris, a décliné l'invitation à cette soirée. Les responsables du CFCM (Conseil français du culte musulman) étaient présents à ce diner.

François Descoueyte, directeur du CAPE (Centre d’accueil de la presse étrangère) à Paris, a interdit la conférence de presse de l'essayiste Bat Ye’or prévue au CAPE, le 22 novembre 2010. Ultime motif invoqué par François Descoueyte : les liens du CAPE avec le Quai d’Orsay. Le 20 novembre 2010, Dominique Lunel, qui assure l'interface entre la communauté juive française et le secrétaire général de l'Elysée Claude Guéant, a remis mon article à Claude Guéant qui en a pris acte.
Le CAPE a été créé en 2000 par Nina Mitz, François Rivareau, Anne Gazeau Secret, Bertrand Valero, actuel porte-parole du Quai d'Orsay, et le journaliste Ruggero de Pas, son président actuel.

Installé à la Maison de Radio France jusqu’en septembre 2008, c’est « le lieu d'accueil, d'orientation, de réunion et de rencontre de la presse française et étrangère à Paris ».

Un financement public
Le CAPE est aussi « un Groupement d'Intérêt Public » dont le Conseil d’administration comprend, outre divers ministères, des associations de journalistes - dont l’APE (Association de la presse étrangère) et le CPA (Club de la presse arabe) -, l’Agence française de développement, Radio France et RFI.

Implanté depuis plus de deux ans au Grand Palais, le CAPE peut se targuer d’une belle réussite.

Quelques chiffres en attestent pour 2009 : 163 conférences de presse, 343 intervenants dont des chefs d’Etat et de gouvernement, des ministres français et étrangers, des élus européens, nationaux et locaux, des personnalités religieuses et universitaires, des entrepreneurs, des ambassadeurs, des membres d’organisations internationales et d’ONG, des syndicalistes…

Le directeur du CAPE est nommé par le ministère français des Affaires étrangères qui subventionne le Centre. Depuis plusieurs mois, cet honneur a échu à François Descoueyte, ancien ambassadeur.

L’image de Bat Ye’or
Le 8 novembre, j’ai proposé une conférence de presse au CAPE sur le thème L’Europe face à la stratégie de l’OCI (Organisation de la conférence islamique) : enjeux et perspectives. L’oratrice : l'essayiste Bat Ye’or, auteur de L'Europe et le spectre du califat (Ed. Les Provinciales).

L’actualité ? La série de consultations politiques entre la France et l'OCI, dont la première a eu lieu le 5 octobre 2010 au Quai d'Orsay, et la déclaration récente, d'Abdelwahab Meddeb, professeur à l'université Paris X-Nanterre et animateur à France-Culture, évoquant le lobbying de l'OCI aux Nations unies.

Le CAPE donne un premier accord. Une date est fixée : le 22 novembre 2010.

Patatras ! Le 10 novembre 2010, le CAPE annonce que cette conférence n’aura pas lieu.

La journaliste Luisa Pace, qui avait accepté d'être la modératrice de cette conférence,  insiste auprès du directeur du CAPE en changeant le titre qui devient Le dialogue entre l’Europe et l’OCI. Nouveau refus.

Quelles raisons ont été évoquées pour refuser la conférence de Bat Ye’or ? Bat Ye’or serait une « extrémiste », et « d’extrême-droite ». Elle aurait même « participé au complot ayant fomenté l’assassinat de Yitzhak Rabin » !

« Je suis une journaliste. Je réalise des enquêtes. J’ai cherché sur Internet des preuves de ces allégations. Je n’en ai pas trouvé », résume Luisa Pace, la journaliste qui devait animer la conférence de presse.

Un journaliste israélien persifle : « Cela fait des années qu’on cherche en Israël des preuves d’un complot. On n’a rien trouvé. Si le CAPE a des preuves, qu’il en informe Israël ».

Qui décide au CAPE ?
Le 17 novembre 2010 au CAPE, quand j’ai interrogé François Descoueyte, il a d’abord allégué qu’en quelques jours, deux conférences de presse sur deux livres auraient traité du même sujet : la conférence de David G. Littman et Paul B. Fenton La condition juive sous l’islam au Maghreb : une histoire occultée, et celle de Bat Ye’or. Mauvais prétexte : Bat Ye’or évoque l’OCI, absente du livre des deux premiers auteurs.

Puis, François Descoueyte a allégué l’absence d’actualité du sujet de la conférence de Bat Ye’or.

Ensuite, il a avancé l’avis négatif de trois personnalités extérieures au CAPE sur cette conférence. Lesquelles ? François Descoueyte répond, en se contredisant : « deux attachées de presse du CAPE » et lui.

Est-ce à ces deux attachées de presse de décider quelle conférence de presse doit avoir lieu au CAPE et de censurer a priori une essayiste mondialement connue ?

Par sa réponse, François Descoueyte, directeur du CAPE, ministre plénipotentiaire de première classe, ancien ambassadeur de France en Australie et en république de Corée, et ancien directeur d'Asie et d'Océanie au Quai d’Orsay, a placé à égalité avec lui deux jeunes attachées de presse ! Ou plutôt, il a volontairement rogné son pouvoir décisionnaire de directeur du CAPE en le partageant avec deux attachées de presse. François Descoueyte serait minoritaire dans un élément majeur de sa fonction directoriale. Et il a fait primer deux attachées de presse sur le secrétaire général du CAPE, Christian Habonneau, estimé de tous, nommé par le ministère de l’Economie et qui, dans l’organigramme du CAPE, est leur supérieur hiérarchique. Du jamais vu. Le monde à l’envers !

Rappelons qu’une attachée de presse assure les relations de presse d’un évènement : rédaction du communiqué ou dossier de presse et relations avec les journalistes.

Et sur avis de ces deux attachées de presse, François Descoueyte a refusé la conférence de Bat Ye’or, qui, invitée par Lord Edward Leigh, membre du parlement britannique à Londres, a prononcé une conférence sur les droits de l'homme dans une des salles de la Chambre des Communes (Grande-Bretagne) et a été entendue en mai 1997 lors d'une séance sur la persécution religieuses au Moyen-Orient organisée par le sous-comité des Affaires du Proche-Orient et d'Asie méridionale au sein du Comité sénatorial sur les Relations étrangères au sein du Congrès américain. Une essayiste qui a confié à la demande du bibliothécaire de la Section Juive au sein de la New York Public Library, tous les manuscrits de ses livres, ses articles, ses correspondances avec diverses personnalités et les archives fondant sa documentation à cette prestigieuse bibliothèque américaine.

Sur les avis de deux attachées de presse, François Descoueyte a interdit la conférence de presse d’une essayiste qui n'a jamais été poursuivie, ni a fortiori condamnée par les tribunaux, en France ou à l'étranger, et dont les livres et articles sont publiés par des éditeurs et revues renommés. Et en six langues.

Sur les avis de deux attachées de presse, François Descoueyte a censuré a priori une essayiste, libre de s’exprimer notamment en Amérique, en Europe - interview sur France 24 - , qu’aucun mouvement politique ou qu’aucune ONG n'ont jamais qualifié d'« extrémiste » ou d'être d’« extrême-droite ».

Et pourtant, François Descoueyte a pris le temps de lire sur Internet les articles publiés par les sites de Bat Ye’or et mes interview de Bat Ye’or sur mon site.

Le lien avec le Quai d’Orsay
« Il y a 50 lieux à Paris où vous pouvez faire une conférence », répétait François Descoueyte.

C’est la première fois que j'entendais un directeur de salle promouvoir la concurrence. C’est d’autant plus surprenant que le CAPE affronte une baisse des subventions publiques, fait rémunérer ses services et que le refus de prestation de service est interdit, « sauf motif légitime » (article L122-1 du Code de la consommation).

François Descoueyte a semblé ignorer que le CAPE est unique, incomparable : par ses missions, par son image, par son emplacement prestigieux, par ses services, par ses fichiers, etc. Ce n’est pas par hasard que le Club de la presse arabe s’y montre si dynamique.

Poussé dans ses ultimes retranchements, François Descoueyte a avancé les liens du CAPE avec le Quai d’Orsay…

C’est donc au nom de la liberté d’expression et des liens avec le Quai d’Orsay qu’ont pu s’exprimer au CAPE Tarik Ramadan le 14 novembre 2003, Dieudonné M'Bala M'Bala le 2 juillet 2004, Ali Daamouch, responsable des Relations extérieures au Hezbollah, le 6 juin 2005, Ali Ahani, ambassadeur de la république islamique d'Iran les 11 octobre 2006 et 7 décembre 2007, et Tamimi Tayssir, « grand mufti d'al-Quds, juge suprême de Palestine », le 7 mai 2010…

Certains de ces orateurs ont tenu des propos extrémistes, hostiles à l’Etat juif. François Descoueyte a trouvé cela « regrettable », voire « condamnable ». Et d’ajouter que les auteurs de tels propos « ne sont pas alors réinvités ».

Il y aurait donc deux poids/deux mesures. D’une part, des orateurs jouissant de toute liberté d’expression au CAPE. D’autre part, Bat Ye’or, cible d’une interdiction a priori consécutive à la censure du Quai d’Orsay ou/et à l’autocensure d’une diplomate appréhendant probablement la réaction de son ministère. Rappelons que Philippe Karsenty n'avait pas pu tenir la conférence de presse sur l'affaire al-Dura prévue en 2009 au CAPE : celui-ci l'avait annulée trois jours avant sa tenue.

En nommant François Descoueyte, le quai d’Orsay n’a peut-être pas placé la personne idoine.

Décrédibilisé, cet espace subventionné par l'argent public risque de devenir le lieu de rencontres conformes à la doxa française, en particulier à sa « politique arabe », et interdit à ceux la critiquant et défendant l’Etat d’Israël. Un lieu d’où seraient interdits comme orateurs les journalistes, diplomates ou universitaires américains ou israéliens dont les analyses ne reflètent pas les positions de la diplomatie française.

A ceux qui doutaient de la pertinence des analyses de Bat Ye’or, François Descoueyte a fourni une preuve indubitable. « Je suis surprise qu’une petite personne comme moi suscite une telle crainte », a persiflé Bat Ye’or.

Fait rare, ce 17 novembre 2010, François Descoueyte a assisté à toute la conférence de David G. Littman et Paul B. Fenton devant un public composé notamment de Bat Ye’or. Une conférence qui a commencé avec plus de 30 minutes de retard en raison d’une erreur de programmation du CAPE.

Une conférence au cours de laquelle le nom de Bat Ye’or a été prononcé, tant cette essayiste est incontournable.

Sauf au CAPE en tant qu’oratrice.

Le 20 novembre 2010, Dominique Lunel, qui assure l'interface entre la communauté juive française et le secrétaire général de l'Elysée Claude Guéant, a transmis mon article à Claude Guéant qui en a pris acte.

Radio J diffusera le mercredi 23 novembre et le samedi 27 novembre 2010 mon interview par Michel Zerbib, directeur de l'information de cette radio juive francilienne, notamment sur ce refus du directeur du CAPE.

Radio Chalom Nitsan m'interviewera le jeudi 25 novembre vers 13 h sur ce refus du directeur du CAPE, sur l'exposition anti-israélienne Gaza 2010 de Kai Wiedenhöfer au musée d'art moderne (MAM)  de la ville de Paris, et sur l'adoption récente de résolutions anti-israéliennes par l'UNESCO (Organisation des Nations unies pour l'éducation, la science et la culture).

Mon interview (environ 25 minutes) notamment par José Gimenez, lors de l'émission Israël d'hier et d'aujourd'hui de Radio Chalom Nitsan peut être écoutée sur le site de la radio pendant une semaine.

Le 28 novembre, l'essayiste et journaliste Michel Gurfinkiel a évoqué ces faits dans sa chronique sur RCJ et sur son site.

Le 3 décembre 2010, Me Gilles-William Goldnadel, président de l'association France-Israël, a évoqué ce refus dans sa chronique sur Radio J et sur son blog.

Bat Ye’or, L’Europe et le spectre du califat. Editions Les Provinciales, 2010. 215 pages. 18 euros. ISBN : 978-2-912833-22-8


Livre de Michel Gurfinkiel
« Un devoir de mémoire »


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Cet article a été publié pour la première fois le 19 novembre 2010 et modifié le 4 mars 2012.
Il a été republié le 4 mars 2012 à l'approche de la conférence de presse au CAPE intitulée L'eau révélatrice d'une nouvelle fracture au Moyen-Orient avec Jean Glavany, ancien ministre socialiste, député, rapporteur de la mission d'information parlementaire sur la géopolitique de l'eau et co-auteur d'un rapport controversé et partial sur La géopolitique de l'eau, et Michel Morzière, responsable de la coordination Israel-territoire occupé à la section française d'Amnesty International. Les salles ne manquent pourtant pas à l'Assemblée nationale pour une conférence de presse...

vendredi 15 juin 2012

Edmond Jabès. L’exil en partage


La Bibliothèque nationale de France (BnF) célèbre en son site François-Mitterrand le centenaire de la naissance du poète Edmond Jabès (1912-1991). Né dans une famille Juive polyglotte, cet intellectuel est contraint à fuir l’Egypte nassérienne antisémite pour se réfugier en France. Cet auteur exigeant, rigoureux et généreux a produit une œuvre protéiforme – poésie, aphorismes, maximes, etc. - en langue française, centrée autour d’interrogations sur l’exil, l’hospitalité, l’identité, la judaïté tragiquement marquée par la Shoah.



« J’ai quitté une terre qui n’était pas la mienne, pour une autre qui, non plus, ne l’est pas. Je me suis réfugié dans un vocable d’encre, ayant le livre pour espace », a écrit Edmond Jabès dans Un étranger avec, sous le bras, un livre de petit format (1989).

Un poète en exil
Edmond Jabès est né en 1912 au Caire (Egypte), dans une famille Juive francophone et de nationalité italienne sans avoir vécu dans la péninsule italienne.

Il écrit et publie dès 1929. Il fonde avec Georges Henein une maison d’édition sensible au surréalisme, La Part du sable.

En 1930, il débute sa correspondance avec Max Jacob, poète français Juif converti au catholicisme. Une amitié se noue entre le poète célèbre et Edmond Jabès, élève de ses leçons de poésie, notamment lors de leur rencontre à Paris en 1935 : « Fais-en moins, et serre davantage. Le nombre de pages ne compte pas, mais la qualité et la densité ».

Il se lie aussi avec la poétesse Andrée Chédid.

Cet agent de change publie en 1945 sa correspondance avec Max Jacob.

En 1957, l’antisémitisme dans l’Egypte dirigée par Nasser et la guerre du canal de Suez obligent la famille Jabès à fuir ce pays pour la France. Dans cette épreuve, Edmond Jabès prend alors conscience de son judaïsme. Il obtient la nationalité française en 1967.

Publié en 1959, Je bâtis ma demeure d’Edmond Jabès réunit ses poèmes et aphorismes rédigés de 1943 à 1957.

Les souvenirs et images d’Egypte – Le Caire, désert - nourrissent de manière importante ce poète exilé. Cette culture orientale imprègnent imprègne et inspire son œuvre questionnée par le « silence de Dieu » lors de cette indicible Shoah.

Débuté en 1959 et édité par Gallimard en 1963, Le Livre des Questions « marque un infléchissement dans son écriture : il mêle poésie, intrigue, paroles de rabbins, questionnement sur Dieu, mais aussi sur la condition des juifs, et surtout sur la Shoah, dont l’horreur l’a profondément marqué ».

Edmond Jabès se lie d’amitié avec d’autres intellectuels : Jean Grenier et Gabriel Bounoure dès la période égyptienne, puis après l’arrivée à Paris, René Char, Michel Leiris, Jacques Derrida, Maurice Blanchot, Paul Celan ou Emmanuel Levinas.

Edmond Jabès travaille aussi avec des artistes, parmi lesquels Antoni Tàpies, Olivier Debré, Eduardo Chillida, Jean Degottex qui illustrent certains de ses ouvrages.

Ses écrits sont publiés par La Nouvelle Revuefrançaise (Gallimard).

Primé par de nombreux Prix – Prix des Critiques (1970), Prix des Arts, des Lettres et des Sciences de la Fondation du judaïsme français (1982) -, Edmond Jabès participe à des colloques et donne des conférences aux Etats-Unis, en Israël et en Europe.

« Ma langue maternelle est une langue étrangère. Grâce à elle, je suis de plain-pied avec mon étrangeté », écrit Edmond Jabès dans Le Livre du dialogue (1984).

En 1987, le compositeur Luigi Nono compose une partition sur Le petit livre de la subversion hors de soupçon (1982, Gallimard).


Dans son œuvre poétique, notamment Je bâtis ma demeure (1959), Edmond Jabès « questionne la place de l’étranger, ainsi que la figure du Juif, qu’il considère comme « l’autre » par excellence, toujours en exil ».

La singularité de son œuvre, qui a influencé notamment Jacques Derrida et marqué Paul Auster, a été soulignée par René Char.

Il donne ses manuscrits à la BNF en 1990. Un fonds complété par celui de ses filles et dont l’exposition présente « une centaine de documents, manuscrits, livres, photographies, mais aussi dessins et œuvres d’artistes proches du poète ». Le visiteur peut donc apprécier les états successifs de la création littéraire et de la réflexion de cet auteur-dessinateur, ainsi que les œuvres d’artistes inspirés par ses poèmes.

 « L’entrée à la BnF grâce à un don de ses filles du dernier manuscrit auquel Jabès travaillait avant sa mort, Le Livre de l’Hospitalité (1991), invite à prendre comme fil directeur de l’exposition les thèmes de l’exil et de l’hospitalité si souvent abordés par ce poète exigeant et généreux, dont l’œuvre apparaît toujours aussi actuelle ».



« J’ai d’abord cru que j’étais écrivain, puis je me suis rendu compte que j’étais juif, puis je n’ai plus distingué en moi l’écrivain du juif, car l’un et l’autre ne sont que le tourment d’une antique parole » (Cahier de Yukel)


« Il n'y aura jamais assez d'heures pour venir à bout de la mémoire ».


« Venir au monde en poète, c'est être dans le monde autrement qu'en y résidant ».


« Rien n'est donné. Tout est à prendre - à apprendre
Quoique tu fasses, c'est toi que tu espères sauver. C'est toi que tu perds ».


« L'Egypte, Le Caire, le désert, c'est tout le paysage de mon enfance ; à peine mes yeux ouverts, c'est, avec le visage des êtres qui me sont chers, ce qui s'est présenté à ma vue. J'en ai été profondément marqué. Tant de souvenirs gisent au fond de mes écrits. Je continue de vivre avec et ce vécu échappe au temps. »


« Tu parles toujours à partir d’un silence contre lequel tu te briseras.
Il n’y aura jamais eu, derrière et devant nous, que le même silence.
Le premier ».


« Je crois à la mission de l'écrivain. Il la reçoit du verbe qui porte en lui sa souffrance et son espoir. Il interroge les mots qui l'interrogent, il accompagne les mots qui l'accompagnent.

« Les paroles m'écartèlent ».


« Mon exil de syllabe en syllabe m’a conduit à Dieu ».


« Les mots sont des fenêtres, des portes entrouvertes dans l’espace ; je les devine à la pression de nos paumes sur elles, aux empreintes qu’elles y ont laissées ». (Le livre des questions)

« Le désert, c'est le vide avec sa poussière. Au cœur de cet univers pulvérisé, dans son absence intolérable, seul le vide conserve sa présence ; non plus comme vide, mais comme respiration du ciel et du sable ».

« Auschwitz est, dans mes livres, non point uniquement en tant que summum de l'horreur, mais comme faillite de notre culture »


« L'incertitude de Dieu est pareille au flux et au reflux de la mer. Elle engendre la parole par laquelle l'homme proclame sa certitude ». (Le livre des questions).


Jusqu’au 17 juin 2012
Quai François-Mauriac, 75017 Paris
Galerie des donateurs
Du mardi au samedi de 10 h à 19 h, dimanche de 13 h >19h, le lundi 14 h à19 h
Entrée libre

Visuels :
Edmond Jabès, 1990
© Jean Marc de Samie


Edmond Jabès,
manuscrit autographe,
Le Livre du partage,
BnF, département des Manuscrits


Edmond Jabès, Ca suit son cours,
éditions Fata Morgana, 1975, p. 38-39, illustration d’Antoni Tapies
© Fondation Antoni Tapies,
Barcelone / ADAGP, Paris 2012
BnF, Arsenal


Edmond Jabès, Les pieds en l’air,
poèmes précédés d’une lettre de Max Jacob,
Couverture et illustrations de Mayo –Editions : La Semaine Egyptienne, Le Caire, Alexandrie, 1934
BnF, département des Manuscrits


Edmond Jabès,
La mémoire et la main
éditions Fata Morgana, 1987
double page avec un dessin d’Eduardo Chillida à droite
© Zabalaga -Leku, ADAGP, Paris 2012
BnF, département des Manuscrits



Edmond Jabès, manuscrit autographe :
Le Livre des Questions, Le Retour au livre, vol 2
BnF, département des Manuscrits


Edmond Jabès, dessin
Le Livre du partage,
BnF, département des Manuscrits


Edmond Jabès,
manuscrit autographe,
Le Livre du partage,
BnF, département des Manuscrits


Edmond Jabès, Les Mots tracent, Paris,
Librairie Les pas perdus, 1951
Couverture de Max Ernst,
Collection « L’Âge d’or » dirigée par Henri Parisot
© ADAGP, 2012
BnF, département des Manuscrits


Robert Groborne
Une Lecture du Livre des Ressemblances d’Edmond Jabès, notes manuscrites
1984, éditions Aencrages and co.
© ADAGP, 2012
BnF, Arsenal


Edmond Jabès,
manuscrit autographe du Livre des Questions I
BnF, département des Manuscrits


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