Yves Montand (1921-1991) était un acteur - Le Salaire de la peur d'Henri-Georges Clouzot (1953), Le Milliardaire (Let's Make Love) de George Cukor (1960), Z de Costa-Gavras (1969), La Folie des grandeurs de Gérard Oury (1971), Tout va bien de Jean-Luc Godard : (1971), César et Rosalie de Claude Sautet (1972) - et un chanteur - Dans les plaines du Far-West, Luna Park , Les feuilles mortes, Mathilda, À Paris, Clémentine, Les routiers, Grands boulevards, La bicyclette, Casse-têtes - mondialement célèbre, engagé politiquement : compagnon de route du parti communiste, défenseur des boat-people et des refuzniks, soutien au Président Allende... Arte diffusera le 16 novembre 2026 à 20 h 55 « Compartiment tueurs » de Costa-Gavras.
Né dans un milieu italien très pauvre et anti-fasciste, Yves Montand (1921-1991) était un acteur et un chanteur mondialement célèbre, engagé politiquement : compagnon de route du parti communiste, défenseur des boat-people et des refuzniks, soutien au Président Allende...
Dans les plaines du Far-West, Luna Park , Les feuilles mortes, Mathilda, À Paris, Clémentine, Les routiers, Grands boulevards, La bicyclette, Casse-têtes... Son répertoire a exprimé la vie des Français durant plusieurs décennies.
Dans sa filmographie : Le Salaire de la peur d'Henri-Georges Clouzot (1953), Le Milliardaire (Let's Make Love) de George Cukor (1960), Z de Costa-Gavras (1969), La Folie des grandeurs de Gérard Oury (1971), Tout va bien de Jean-Luc Godard : (1971), César et Rosalie de Claude Sautet (1972)...
« Ivo Livi dit Yves Montand »
Arte diffusa le 24 octobre 2022 à 23 h 20 « Ivo Livi dit Yves Montand » (Ivo Livi genannt Yves Montand), documentaire de Patrick Rotman.
« De sa Toscane natale à Broadway en passant par le Marseille de sa jeunesse, ce documentaire riche en images rares raconte par la voix de Denis Podalydès le destin d’un gamin pauvre devenu star internationale de la chanson et du cinéma : Ivo Livi dit Yves Montand. »
« Fils d’un paysan italien contraint à l’exil en raison de ses convictions communistes, Yves Montand, né Ivo Livi en 1921, grandit dans le quartier insalubre de la Cabucelle, à Marseille. Passé par l’usine et les salons de coiffure, cet admirateur de Fred Astaire fait ses armes de chanteur dans des salles miteuses de la cité phocéenne avant de conquérir l’Alcazar, puis la capitale ».
« Dans le Paris occupé, sa route croise celle d’Édith Piaf, amante et mentor qui le quittera après l’avoir mis en orbite ».
« Si ses débuts au cinéma, dans Les portes de la nuit (1946) de Marcel Carné, s’avèrent peu concluants, l’amitié nouée avec le poète Jacques Prévert, scénariste du film, lui offre deux présents éternels : la chanson "Les feuilles mortes" et sa rencontre, en 1949, avec Simone Signoret ».
« Dans la décennie qui suit, le couple, acquis au communisme, profite de sa notoriété pour porter les combats qui lui tiennent à cœur ».
« Après son triomphe à Broadway et sa parenthèse hollywoodienne marquée par le scandale de sa liaison avec Marilyn, Montand entame, au milieu des années 1960, sa mue cinématographique ».
« Sous la caméra de Costa-Gavras, de Sautet et de bien d’autres, il s’impose sur les écrans en star absolue du septième art hexagonal – tout en continuant, après avoir tourné le dos au communisme, à militer ardemment pour les droits humains. »
« Narré par Denis Podalydès, ce portrait au long cours retrace l’ascension exceptionnelle de l'acteur-chanteur, des collines toscanes au Metropolitan Opera de New York. Au fil de riches archives, qui font la part belle à son génie de la scène, ce passionnant voyage éclaire la trajectoire intime, artistique et politique d’Yves Montand, mais aussi les contradictions de cet homme aussi égocentrique que généreux, travailleur acharné au charisme inné. »
« Yves Montand entre en scène »
Arte diffusa le 26 décembre 2021 « Yves Montand entre en scène. Chansonnier par excellence » (Yves Montand) d’Yves Riou.
« À l’occasion d’un double anniversaire, les 100 ans de sa naissance et les 30 ans de sa disparition, un délicieux portrait en forme de tour de chant de celui qui fut un incomparable artiste de music-hall. »
« Avant un concert, qu’il voyait comme "un 10 000 mètres" au cours duquel on perd "entre 1,8 et 2 kilogrammes", il s’entraînait comme un athlète ».
« Issu d'une famille d'immigrés italiens, vivant dans les quartiers pauvres de Marseille, Yves Montand commence à travailler à l'usine à 11 ans. »
« Il rêve de se produire sur la scène music-hall, alors foisonnante, de la cité phocéenne. Le jour où ce timide a l'audace de solliciter une répétitrice, celle-ci lui assène qu'il mange les mots, et ne chante ni juste, ni en mesure. Yves Montand va gommer ses défauts jusqu'à séduire les salles parisiennes par son physique, sa voix et son jeu de scène ».
« À l'affût de nouveaux talents et amants, Édith Piaf le repère et lui apprend les ficelles du métier. Le jeune chanteur découvre à son contact de nouveaux auteurs comme Jacques Prévert, dont les textes l'émeuvent profondément. La rupture surviendra quand Piaf commencera à voir en lui un rival. »
« Orchestrant avec délice des archives d'interviews et surtout de concerts, à l'occasion des 100 ans de sa naissance et des 30 ans de sa disparition, cette "biographie musicale" de Montand revient sur les grandes étapes de sa vie de chanteur ».
« Retraçant la rencontre déterminante avec Simone Signoret, sa plus sagace groupie, la tournée en URSS, le triomphe américain ou la rupture avec le communisme, il rappelle aussi quel prince du music-hall il fut ».
« Travailleur acharné à l'oreille affûtée, mimant, boxant, chorégraphiant les morceaux, il s'empare de la scène avec un étourdissant mélange de combativité, de fragilité et de charme ».
« À mi-chemin entre documentaire et tour de chant, ce film permet de savourer les interprétations aux petits oignons des incontournables "Chansonnette" ou "À Paris", mais aussi de titres méconnus comme le vachard et douloureux "Mon frère", le corrosif "Chat de la voisine" ou le protestataire "Casse-têtes".
« Ivo et Jorge »
En 2021, Grasset a publié « Ivo et Jorge » de Patrick Rotman. « Presque tout oppose les deux hommes : Jorge Semprun, l’enfant de la grande bourgeoisie madrilène qui parle couramment trois langues, et Ivo Livi, dit Yves Montand, le fils d’immigré qui a quitté l’école à douze ans. Le chanteur, à la culture hétéroclite d’autodidacte est spontané, angoissé et extraverti, quand l’écrivain, pétri de littérature et de philosophie, est ténébreux et secret. Tous les deux souffrent d’une timidité pathologique. »
« Ivo et Jorge partagent la même foi rouge, celle de leur génération qui a eu vingt ans au moment de Stalingrad. Né dans une famille communiste, Montand, occupé à bâtir sa jeune carrière, ne se préoccupe pas, pendant les années noires, de politique alors que Semprun s’engage très jeune dans la résistance avant de connaître la déportation. Plus tard, il vit dix ans comme dirigeant communiste clandestin dans l’Espagne franquiste. Lorsqu’ils se rencontrent, au début des années 60, nait une profonde amitié nourrie de leurs histoires respectives, de la recherche d’un idéal perdu, d’affinités électives. »
« Ce roman vrai entrelace, en de courts chapitres écrits comme des séquences cinématographiques, les parcours hors du commun de ces deux hommes engagés qui évoluent lentement de l’illusion lyrique à la désillusion. Acteurs de leur siècle, Ivo et Jorge, l’italien et l’espagnol, condensent dans leurs vies trépidantes et romanesques les tragédies de leur temps. Patrick Rotman s’y met aussi en scène, à la première personne, comme lors d’une visite à Moscou, qui sert de fil rouge au récit, au cours de laquelle Montand se livre à un émouvant « aveu ». Ou encore à Buchenwald et à Madrid avec Jorge Semprun, prodigue en confidences et anecdotes. »
« Ivo et Jorge, le roman de deux destins croisés, incroyablement vivant et très solidement documenté, mêle réalité et fiction. Le lecteur vibre avec Semprun libérant Buchenwald, partage sa vie clandestine en Espagne, ressent le trac fou de Montand lorsqu’il monte sur scène, assiste au diner où le chanteur s’explique avec Khrouchtchev. »
« Une magnifique traversée du XXe siècle, des années 1930 jusqu’à la Perestroïka, où l’on croise notamment Simone Signoret, John Kennedy, Édith Piaf, Hemingway, Costa-Gavras, Arthur Miller et Marylin Monroe… »
« Le salaire de la peur »
Arte diffusa le 24 octobre 2022 à 20 h 50 « Le salaire de la peur » (Lohn der Angst ; The Wages of Fear) de Henri-Georges Clouzot (1953), avec Yves Montand, Véra Clouzot et Charles Vanel.
« Quatre hommes s'engagent au péril de leur vie à conduire deux camions chargés de nitroglycérine afin de souffler l’incendie d’un puits situé à quelque cinq cents kilomètres... Un suspense inébranlable, quatre personnages au bord du gouffre pour un thriller à couper le souffle, mis en scène par un Henri-Georges Clouzot au sommet de son art. »
« À Las Piedras, sorte de ville frontière à la population hybride, le travail manque. Sous le soleil, chacun noie son ennui dans l’alcool. Non loin de là, la SOC, une compagnie pétrolière américaine, fait la pluie et le beau temps des embauches. Un jour, elle réclame quatre volontaires pour conduire deux camions chargés de nitroglycérine afin de souffler l’incendie d’un puits situé à 500 kilomètres. Pour 2 000 dollars, Mario, Jo, Luigi et Bimba s'engagent dans ce voyage au péril de leur vie… »
« Thriller à couper le souffle dont William Friedkin a fait un remake enthousiaste (Le convoi de la peur), Le salaire de la peur est, avec Le corbeau, le film le moins théâtral, le plus noir et le plus cruel d’Henri-Georges Clouzot ».
« Considéré dans les années 1950 comme le Hitchcock français, le cinéaste s’offre ici le luxe d’une durée jugée à l'époque anticommerciale : plus de deux heures, avec un extraordinaire prélude à l’enfer du voyage ».
« On baigne dans l’atmosphère de la ville de Las Piedras – inventée de toutes pièces, le film ayant été tourné en Camargue. Sans ostentation, la caméra capte la chaleur, la boue, les animaux errants, la population indigène pauvre, les migrants venus fuir leur passé. Las Piedras est une ville fantôme, une prison à ciel ouvert, un enfer que chacun rêve de quitter. Dans cette première partie, Clouzot brosse à froid la psychologie des personnages : érotisme féminin refoulé, camaraderie masculine avec ses débordements sensuels, ses heurts, ses calculs. »
Palme d'or, Cannes 1953 - Ours d'or, Berlinale 1953 - Meilleur film, Bafta Awards 1955
« Avec Le Salaire de la peur, énorme succès en son temps, Clouzot réalise un récit d’aventure et de suspense « à l’américaine » justement, comparable à certains films de John Huston comme Le Trésor de la Sierra Madre, auquel le cinéaste du Corbeau apporte sa noirceur et sa cruauté habituelles », a rappelé Olivier Père.
Et Olivier Père de poursuivre : « Quatre hommes acceptent de véhiculer, au péril de leur vie, un chargement de nitroglycérine sur cinq cents kilomètres de routes défoncées. L’énorme prime de ce « quitte ou double » périlleux est le seul moyen de quitter le village d’Amérique centrale dans lequel ils ont échoué ».
« Le Salaire de la peur bénéficia d’un très gros budget qui subit des dépassements considérables en raison des conditions météorologiques (les décors latino-américains furent entièrement reconstitués en Camargue). Le film suivant de Clouzot, Les Diaboliques, perpétuera ce désir du cinéaste de rivaliser avec le cinéma américain en adaptant un roman de Boileau-Narcejac Celle qui n’était plus d’abord convoité par Hitchcock, sous la forme d’un thriller psychologique et horrifique qui connaîtra lui aussi un grand retentissement à l’étranger. Dans Le Salaire de la peur Clouzot multiplie les morceaux de bravoure et les scènes spectaculaires avec une maestria toujours aussi impressionnante », a observé Olivier Père.
Et Olivier Père d’indiquer : « Lors d’un récent sondage nous avions demandé à des amis réalisateurs du monde entier, toutes générations confondues de citer leurs films français préférés. Le Salaire de la peur fut l’un des titres qui revint le plus souvent, au côté de longs métrages de Godard, Renoir ou Eustache. »
« Preuve que ce film connut à l’époque de sa distribution une carrière internationale exceptionnelle pour une production hexagonale, et qu’il est demeuré extrêmement populaire dans de nombreux pays – c’est certainement la notoriété du film aux Etats-Unis qui incita Friedkin à en préparer une nouvelle version. Le lancement du Salaire de la peur lors du Festival de Cannes avait été triomphal, le film remportant le Grand Prix (équivalent de la Palme d’or à l’époque) et le Prix de la meilleure interprétation masculine pour Charles Vanel (formidable dans un rôle d’abord proposé à Jean Gabin qui le refusa) », a souligné Olivier Père.
Olivier Père a conclu : « Le Salaire de la peur est également notable pour l’ambiguïté de la relation entre les deux aventuriers Charles Vanel et son cadet Yves Montand, au sommet de sa force physique. Le premier développe pour le second une amitié possessive teintée de jalousie qui permit d’évoquer un sous texte homosexuel. Il n’est pas certains que l’austère Clouzot ait consciemment mis en scène un film crypto gay mais la franche camaraderie n’avait pas sa place dans l’univers d’un cinéaste qui envisageait toutes les relations humaines sous l’angle du sadomasochisme et de la torture mentale, quel que soit le sexe de ses personnages, et il se devait de pimenter un peu la rencontre entre ses deux héros par une sorte d’amour vache, un contexte de sueur, de boue, de cambouis, de tensions et d’affrontements virils favorisant de manière presque naturelle l’imagerie homo érotique du film. »
« Compartiment tueurs »
Arte diffusera le 16 novembre 2026 à 20 h 55 « Compartiment tueurs » de Costa-Gavras. Version restaurée
« Pour son premier film, polar à la fois plein de fraîcheur et de maîtrise, Costa-Gavras fait tourner la fine fleur du cinéma français (Yves Montand, Jacques Perrin, Jean-Louis Trintignant, Simone Signoret, Charles Denner, Michel Piccoli) dans un somptueux noir et blanc. Diffusé en version restaurée. »
« Une nuit d'hiver, en gare d'Avignon. Benjamine Bombat, dite "Bambi", grimpe dans le Marseille-Paris. Elle y croise tout de suite les beaux yeux de Daniel, un jeune fugueur, maladroit et sans billet. En cachette, elle l'aide à se faufiler dans son compartiment, où une place est inoccupée. Mais au matin, une fois le train à quai, Daniel découvre que l'une de leurs compagnes de voyage a été assassinée, et s'enfuit. Sous la pression du pétulant commissaire Tarquin, l'inspecteur Grazziani et son stagiaire Jean-Lou tentent de retrouver les autres occupants du compartiment, mais un tueur les précède à chaque fois. Menacés sans le savoir, Bambi et Daniel en sont bientôt les seuls survivants ».
« En préparant son premier film, Costa-Gavras propose le rôle de Daniel à Jacques Perrin et celui de Bambi à Catherine Allégret, la fille de son amie Simone Signoret. À sa grande surprise, cette dernière, comme Yves Montand, alors tous deux au faîte de leur gloire, demandent à rejoindre le casting. À leur suite, d'autres têtes d'affiche, de Jean-Louis Trintignant à Bernadette Lafont en passant par Michel Piccoli, Charles Denner, Françoise Arnoul, Pierre Mondy et même Daniel Gélin, sollicitent le cinéaste débutant, ne fût-ce que pour une apparition, acceptant tous d'être payés sur les éventuelles recettes du film. »
« C'est l'un des grands plaisirs procurés par ce polar classieux, longtemps dérobé aux regards et nouvellement restauré, que d'offrir des retrouvailles avec le gratin du cinéma français, dans la mélancolie charbonneuse d'un Paris disparu. »
« Comme le livre qui l'a inspiré, ce premier film plein de fraîcheur déploie aussi une étonnante maîtrise, applaudie à sa sortie des deux côtés de l'Atlantique. »
Meilleur film étranger 1967, NBR (Prix de la critique américaine)
« Seconde jeunesse » par Irène Berelowitch
« Resté longtemps invisible, Compartiment tueurs, classieux premier film de Costa-Gavras tout juste restauré, revient à la lumière à la faveur d'un cycle dédié au polar et de l'édition par ARTE de l'intégrale de l'œuvre.
Coups d'essai, coups de maître. En 1962, Jean-Baptiste Rossi, alias Sébastien Japrisot, signe Compartiment tueurs, un polar brillant, jouant sur les codes du genre avec une écriture incisive et cinématographique qui sera dès lors sa marque de fabrique. Deux ans après, pour son premier film, son contemporain Costa-Gavras, réfugié politique grec fraîchement diplômé de l'Idhec, l'école de cinéma française qui deviendra la Fémis en 1988, jette son dévolu sur ce roman au parfum de jeunesse, conté du point de vue de deux adolescents qui "montent" à Paris vivre leurs vies de grandes personnes et se rencontrent dans un train de nuit. L'efficacité de l'adaptation, qu'il écrit lui-même, convainc la Warner, qui apporte une partie du financement, d'ailleurs modeste, en échange des droits de distribution.
Catherine, Simone, Yves et les autres
Pour le rôle de la jeune fille, le cinéaste en herbe, ami du couple Signoret-Montand, qu'il a rencontré en travaillant comme assistant sur les plateaux, sollicite la fille de l'actrice, Catherine Allégret, âgée alors de 18 ans. À sa grande surprise, les deux stars réclament aussi des rôles, Montand hésitant cependant, engagement à gauche oblige, à accepter celui du policier chargé de l'enquête. "Et là, raconte Costa-Gavras *, tout le monde s'est mis à me téléphoner" : Michel Piccoli, Charles Denner, Jean-Louis Trintignant, mais aussi Françoise Arnoul, idole de son adolescence grecque, Bernadette Lafont et même Daniel Gélin qui, informé de ce que tous les rôles importants sont déjà pris, exige un emploi de figurant. Autant de têtes d'affiche disposées à travailler sans cachet, leur rémunération étant suspendue aux éventuelles recettes du film. Pour un débutant, c'est un coup de pouce à la fois inespéré et "terrifiant", se souvient le cinéaste. Mais le film, tourné dans un Paris hivernal dont il capte magnifiquement l'atmosphère poisseuse et sombre, se montre à la hauteur de sa distribution, et remporte un gros succès public et critique, notamment aux États-Unis.
"Trop de Chinois"
Dans la foulée, le détenteur de la franchise des James Bond, Harry Saltzman, ouvre son portefeuille de producteur : "Faites le film que vous voulez" – une offre à demi sincère seulement, puisque Costa-Gavras se voit refuser l'adaptation dont il rêve, celle de La condition humaine, de Malraux, au prétexte qu'il y a "trop de Chinois". Il propose à la place Un homme de trop, un film de guerre à suspense dessinant une typologie de la France occupée, compris bien sûr dans l'intégrale de l'œuvre en cours de publication par ARTE, et diffusé la même semaine que Compartiment tueurs.
Quant au premier opus de Costa-Gavras, c'est paradoxalement l'éclat de son générique qui va contribuer par la suite à le reléguer dans l'ombre, car comme 42 % des recettes doivent revenir aux acteurs, la Warner rechigne à le distribuer. En 1997, les droits d'auteur du cinéaste et de l'écrivain arrivent à échéance, et il disparaît totalement des écrans. Ce n'est que début 2016, après des années de discussions avec la major, qui en détient les bobines originales en Cinémascope, que KG Productions, société de l'épouse du cinéaste, parvient à acquérir les droits, ce qui ouvre le chemin de sa restauration numérique. Son noir et blanc classieux et son casting d'enfer sont à savourer à l'antenne comme en DVD.
* Dans un entretien avec le journaliste Edwy Plenel, qui figure parmi les bonus du coffret Costa-Gavras – Intégrale vol.1 / 1965-1983, disponible depuis la fin 2016. Le volume II, de neuf autres films, paraîtra à l'automne 2017. »
« Z »
Arte diffuse dès le 18 octobre 2026 sur son site Internet « Z » de Costa-Gavras.
« À l'issue d'un meeting pour la paix, Z, un député de gauche, est gravement blessé par un militant fasciste et meurt... Premier volet de la trilogie politique de Costa-Gavras (suivi par "État de siège" et "L’aveu"), ce thriller énergique sur la Grèce des colonels n’a rien perdu de son efficacité. Avec Yves Montand, Jacques Perrin, Jean-Louis Trintignant, Irène Papas et Charles Denner. »
« Début 1960, "le docteur", président d’un mouvement national pour la paix, arrive dans une ville pour y tenir un meeting. En dépit des difficultés d’organisation, des menaces de mort et d’une contre-manifestation, la réunion a lieu mais son issue est malheureuse : le docteur est gravement blessé par un militant fasciste et meurt. Sans examen préalable, le procureur de la police affirme qu’il s’agit d’un accident. Un juge d’instruction et un jeune journaliste commencent une enquête au cours de laquelle, à leur grande stupéfaction, ils comprennent que le meurtre a été organisé par la police… »
« Avec Z, Costa-Gavras adapte le roman éponyme de Vassilis Vassilikos qui retrace l’assassinat du leader de la gauche grecque Gregorios Lambrakis, planifié par la police et déguisé en accident. »
« Écrit avec Jorge Semprún, servi par une distribution remarquable – outre Montand et Trintignant, il faut voir la prestation de Charles Denner et les larmes rentrées d’Irène Papas –, Z est un film choc, un uppercut lancé à la dictature des colonels en Grèce. "Toute ressemblance avec des événements réels, avec des personnes vivantes ou mortes, n’est pas le fait du hasard. Elle est volontaire", avertit le générique. »
« En 1968, fraîchement naturalisé français, le cinéaste d’origine grecque utilise sa caméra comme une arme pour tordre le cou aux mécanismes d’une dictature qu’il connaît bien. Il décrit les manipulations de l’opinion, les intimidations des spécialistes, les opérations de purification politique. Le discours de la police emprunte la métaphore agraire selon laquelle il faut nettoyer le monde de sa mauvaise graine, le nettoyer de ses "ismes" : le communisme, le pacifisme… De bout en bout, le manichéen Z, où le mal a l’apparence du bien et le bien celle du mal, tient le spectateur en haleine... jusqu’à ce que les masques tombent. »
Meilleurs film étranger et montage (Françoise Bonnot), Oscars 1970 - Prix du jury, Cannes 1969
CITATIONS
« À L'Alcazar, le patron c'est M. Émile Audiffred. C'est à lui que je dois mes débuts. Il a été très chic pour moi. Il me disait : « Tu verras, petit, tu seras mondial à Marseille ! » Et on riait tous les deux. N'empêche que, le premier soir, j'avais un de ces tracs ». (L'Express, 1969)
« Je suis indigné de la façon qui consiste à traiter Sardou de fasciste et à se conduire soi-même comme des petits fachos... » (France Soir, 1976)
« La vraie inégalité entre individus, elle est quasiment insoluble, c'est l'intelligence. »
« Les réponses vous rendent sage, mais les questions vous rendent humain ».
« La chanson fait chanter notre mémoire. »
« Les pacifistes sont comme des moutons qui croient que les loups sont des végétariens . »
France, 2011, 114 min
Production : Kuiv, F comme Film, INA
Commentaire dit par Denis Podalydès, de la Comédie-Française
Sur Arte les 24 octobre 2022 à 23 h 20 et 27 novembre 2022 à 15 h 15
Disponible du 24/09/2022 au 21/04/2023
Visuels :
Yves Montand et Marilyn Monroe dirigé par George Cukor sur le plateau du film " Le milliardaire" (1960)
© John Bryson / Sygma / Corbis
Portrait d' Yves Montand
© Studio Roger Carlet
« Yves Montand entre en scène » d’Yves Riou
France, 2020, 43 min
Coproduction : ARTE France, INA
Commentaire dit par Émeline Bayart
Sur Arte les 26 décembre 2021 à 18 h 55 et 14 janvier 2022 à 5 h 00
Disponible du 19/12/2021 au 23/02/2022
France, Italie, 1953
Auteur : Georges Arnaud
Scénario : Henri-Georges Clouzot, Jérôme Géronimi
Production : Compagnie Industrielle et Commerciale Cinématographique, Filmsonor, Fono Roma, Vera Films
Producteurs : Raymond Borderie, Henri-Georges Clouzot
Image : Armand Thirard
Montage : Henri Rust, Madeleine Gug, Etiennette Muse
Musique : Georges Auric
Avec Yves Montand (Mario), Véra Clouzot (Linda), Folco Lulli (Luigi), William Tubbs (Bill O'Brien), Charles Vanel (M. Jo), Peter van Eyck (Bimba), Darling Légitimus (Miss Darling), Luis De Lima (Bernardo), Jo Dest (Smerloff), Darío Moreno (Hernandez)
Sur Arte les 24 octobre 2022 à 20 h 50, 11 novembre 2022 à 13 h 35
Visuels :
Yves Montand (Mario)
Charles Vanel (Jo) et Yves Montand (Mario)
Folco Lulli (Luigi) et Yves Montand (Mario)
Charles Vanel (Jo) et Yves Montand (Mario)
© TF Distribution
« Compartiment tueurs » de Costa-Gavras
France, 1965, 1 h 29mn
Scénario : Costa-Gavras
Auteur : Sébastien Japrisot
Production : PECF
Producteur : Julien Derode
Image : Jean Tournier
Montage : Christian Gaudin
Musique : Michel Magne
Avec Yves Montand (Inspecteur Graziani), Catherine Allégret (Bambi), Jacques Perrin (Daniel), Simone Signoret (Eliane Darrès), Michel Piccoli (René Cabourg), Pascale Roberts (Georgette Thomas), Pierre Mondy (Commissaire Tarquin), Claude Mann (Inspecteur Gabert), Charles Denner (Bob Vaski), Jean-Louis Trintignant (Eric Grandin), Paul Pavel (Monsieur Rivolani)
Sur Arte les 16 novembre 2026 à 20 h 55, 20 novembre 2026 à 13 h 35
Sur arte.tv du 18/10/2026 au 31/03/2027
« Z » de Costa-Gavras
Algérie, France, 1969, 122 min
Production : Reggane Films, Office National pour le Commerce et l'Industrie Cinématographique
Producteurs : Jacques Perrin, Ahmed Rachedi
Scénario : Jorge Semprún, Costa-Gavras
Auteur : Vassilis Vassilikos
Image : Raoul Coutard
Montage : Françoise Bonnot
Musique : Mikis Theodorakis
Avec Yves Montand (Z), Irène Papas (Hélène), Jean-Louis Trintignant (le juge d'instruction), Jacques Perrin (le photojournaliste), Charles Denner (Manuel), François Périer (le procureur), Bernard Fresson (Matt), Georges Géret (Nick), Renato Salvatori (Yago), Magali Noël (la soeur de Nick)
Sur arte.tv du 18/10/2026 au 31/03/2027
Articles sur ce blog concernant :
Les citations sont d'Arte. Cet article a été publié le 22 décembre 2021.




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