Citations

« Le goût de la vérité n’empêche pas la prise de parti. » (Albert Camus)
« La lucidité est la blessure la plus rapprochée du Soleil. » (René Char).
« Il faut commencer par le commencement, et le commencement de tout est le courage. » (Vladimir Jankélévitch)
« Notre métier n’est pas de faire plaisir, non plus de faire du tort. Il est de porter la plume dans la plaie. » (Albert Londres)
« Le plus difficile n'est pas de dire ce que l'on voit, mais d'accepter de voir ce que l'on voit. » (Charles Péguy)

mercredi 26 novembre 2025

« L'exode oublié des Juifs arabes » de Marcel Prins

Arte diffuse sur son site Internet « L'exode oublié des Juifs arabes » (
Een Vergeten Uittocht  ; A Forgotten Exodus), série documentaire en deux parties de Marcel Prins (2023). Des témoignages, parfois illustrés par des animations, sur l'exil d'environ un million de Juifs contraints de quitter des pays Arabes, l’Iran, la Turquie, la vieille ville de Jérusalem occupée par la (Trans)Jordanie, le Golan, la Judée, la Samarie, etc., essentiellement des années 1940 aux années 1970 et en direction d'Israël, de l'Europe, de l'Australie et de l'Amérique du nord. Lors de l'office du chabbat du 29 novembre 2025, de nombreuses synagogues rappelleront cet exode et un kaddish y sera dit. Votre présence permettra d'y avoir le minyan

Il faut bien chercher pour trouver sur les sites d’ARTE la série documentaire « L'exode oublié des Juifs arabes » réalisée par Marcel Prins, auteur aussi de livres sur les enfants juifs durant la Deuxième Guerre mondiale. ARTE n’en informe que sur son site www.arte.tv. Alors que sa programmation empathique pour les "pov' Palestiniens" est surabondante.

Rappelons que cette « chaîne franco-allemande de service public et à vocation européenne » avait refusé de diffuser les documentaires de Pierre Rehov, notamment « Le cheval de Troie » (« Trojan Horse - Israel and the War of Images », 2001), « Terre Sainte : Chrétiens en péril » sur les persécutions des chrétiens par l’Autorité palestinienne (2002), et « Les réfugiés du silence » (« Silent Exodus ») sur l'exode des Juifs ayant dû quitter les pays arabo-musulmans.

Environ un million de Juifs ont été contraints de quitter des pays arabes, l’Iran, la Turquie, la vieille ville de Jérusalem occupée par la (Trans)Jordanie, du Golan, etc., essentiellement des années 1940 aux années 1970 et en direction d'Israël, de l'Europe et de l'Amérique du nord. La valeur de leurs biens abandonnés est évaluée à 150-200 milliards de dollars. La superficie des biens dont ces Juifs ont été spoliés (100 000 km²) est cinq fois supérieure à celle de l'Etat d'Israël.

En 2014, la Knesset a choisi le 30 novembre comme Journée commémorant "l'exode oublié" ou plutôt « l'exil et l'expulsion des Juifs des États arabes et de l'Iran ». Soit le lendemain de l'adoption le 29 novembre 1947, par le vote de la résolution 181 de l'Assemblée générale de l'ONU, du plan de partage de la Palestine mandataire et le jour du début de la réaction violente annoncée d'Etats musulmans contre "leurs" Juifs ("Une guerre d'extermination et un massacre capital"). 

Depuis quelques années, cet évènement tragique est rappelé chaque année dans les synagogues soit le 30 novembre si cette date tombe un chabbat, soit le dernier chabbat avant le 30 novembre, afin qu’un Kaddish soit dit et une Azkara, ou Hazkara aient lieu à la mémoire des Juifs enterrés dans des cimetières situés dans ces pays et aux tombes souvent inaccessibles. Cette année, ce sera durant le chabbat du samedi 29 novembre 2025.

C’est ce thème qu’évoque le réalisateur néerlandais Marcel Prins dans sa série documentaire en deux parties « A Forgotten Exodus » (Een Vergeten Uittocht A Forgotten Exodus) qui a été diffusée sur NPO, chaine nationale des Pays-Bas et projetée dans des festivals cinématographiques juifs au Canada, aux Etats-Unis... Le documentariste a été interviewé par Harif, "association de Juifs originaires de la MENA" (Afrique du nord et Moyen-Orient), et défendant les droits des juifs réfugiés.

Arte a traduit de manière erronée le titre original par « L'exode oublié des Juifs arabes ». Or, ces juifs vivaient dans ces pays bien avant l'invasion Arabe musulmane, souvent depuis des millénaires, et étaient généralement des autochtones, souvent berbères, turcs ou iraniens. Ils n'étaient donc par Arabes. En outre, en Israël, des essayistes les qualifient de « mizrahi » (Orientaux, en hébreu), ce qui surprend car les juifs d'Afrique du Nord vivaient à l'ouest du monde musulman, et se définissaient plutôt comme "sépharades" pour se distinguer des "ashkénazes".

« Au début du XXᵉ siècle, environ un million de Juifs vivaient au Moyen Orient et en Afrique du Nord. Les Juifs y étaient souvent ostracisés, parfois parqués dans des quartiers vétustes où les lois du pays ne s’appliquaient pas de la même manière pour eux ». Les Etats colonisateurs européens ont libéré les juifs de la dhimmitude qui leur avait été imposée sous domination islamique.

« Cette série documentaire raconte leur exode. Après la proclamation de l’État d’Israël en 1948, les violences à leur encontre se sont intensifiées. Jusqu’à la fin des années 1970, quasiment toute la population juive a alors fui le monde arabe, la majorité d’entre eux rejoignant Israël. Raphael, Shaul, Yehuda et d'autres relatent leur histoire. »

« Huit anciens réfugiés, nés à Bagdad, Alep, Tripoli, Fès, Le Caire, Aden et Sanaa, racontent comment ils ont été contraints de fuir vers Israël alors qu'ils étaient enfants ou adolescents. Ils évoquent le changement d'atmosphère et comment ils ont été obliger de quitter leur pays natal (la plupart illégalement) en camion, en bateau ou en avion. "

"Leurs récits sont illustrés par des animations et des extraits de films rarement vus auparavant. Chez plusieurs personnes interrogées, les horreurs du 7 octobre 2023 ont ravivé le souvenir des violences et de la terreur anti-juives dans les pays Arabes. Les expériences qu'ils décrivent sont plus pertinentes que jamais".

La première partie évoque « Raphaël, Shaul, Edy et Lily, qui alors enfants, habitaient Fez, Alep ou Bagdad. » La seconde partie est consacrée à « Yehuda, Levada, Shimon, Liliana, qui, alors enfants, habitaient Sanaa, Le Caire, Aden ou Tripoli. » 

INTERVIEW DE MARCEL PRINS

« Pourquoi avez-vous choisi de traiter ce sujet ?
Marcel Prins : C'est une partie importante de l'histoire et du patrimoine juifs, et j'ai été surpris que si peu de gens connaissent cette histoire. Celle-ci est également totalement absente du discours sur le conflit israélo-palestinien. Le fait que l'énorme croissance de la population israélienne dans les années 1950 ait été principalement causée par les réfugiés mizrahim est presque totalement inconnu. Je voulais faire connaître et rendre accessibles ces histoires.

Comment avez-vous travaillé ? Avez-vous trouvé facilement des témoignages ?
Je me suis rendu dans les différents « centres » qui représentent les différents groupes : le Centre du patrimoine juif babylonien à Or Yehuda pour l'Irak, le Centre du patrimoine juif libyen également à Or Yehuda, le Centre du patrimoine juif d'Aden à Tel Aviv, etc. Ils m'ont aidé à trouver des histoires intéressantes. 

Pourquoi avez-vous choisi d'illustrer certains évènements par des scènes d'animation ?
Je voulais recréer certaines images issues de mes souvenirs d'enfance. J'avais déjà utilisé l'animation pour cela dans un autre projet (sur les Juifs cachés pendant la Seconde Guerre mondiale https://hiddenlikeannefrank.com/index.html). Je trouve que c'est un outil très intéressant, car il permet d'entrer dans une autre « dimension » de l'histoire.

Le documentaire a été réalisé pour la télévision néerlandaise et diffusé là-bas. Au début, d'autres chaînes étrangères ont manifesté beaucoup d'intérêt, mais cela s'est « arrêté » immédiatement après le 7 octobre 2023.

Comment votre documentaire a-t-il été accueilli par le public ?
J'ai reçu beaucoup de commentaires positifs de la part des gens ici en Hollande. Mais à titre personnel. Malheureusement, le film n'a finalement pas été diffusé à l'étranger. À l'exception d'Arte/Canal+.
J'ai passé un très bon moment avec Harif dans un cinéma à Londres. »


« L'exode oublié des Juifs arabes » de Marcel Prins
Pays-Bas, 2023, 2x57 min
Disponible sur arte.tv jusqu'au 20/04/2026


mardi 25 novembre 2025

« La fabuleuse histoire de l'argent » de Frédéric Wilner

Arte diffusera le 29 novembre 2025 dès 20 h 55 « La fabuleuse histoire de l'argent », série documentaire de Frédéric Wilner. « Inventée il y a 2 700 ans, étroitement liée au destin des empires et aux guerres, la monnaie a bouleversé le cours des civilisations. De la Grèce antique à l’Amérique contemporaine en passant par la Chine ancienne et la Révolution française, Frédéric Wilner (Il était une fois le musée du Louvre) décrypte la place qu’elle a joué depuis des millénaires. »

Chefs-d’œuvre de la Collection Leiden. Le siècle de Rembrandt
La collection Jonas Netter. Modigliani, Soutine et l'Aventure de Montparnasse
« Osiris, mécène juif et nationaliste français », par Dominique Jarrassé
Les Rothschild en France au XIXe siècle
« La famille Stein : la fabrique de l'art moderne » d’Elizabeth Lennard
Matisse, Cézanne, Picasso... L’aventure des Stein
À triple tour. Collection Pinault 
« La fabuleuse histoire de l'argent » de Frédéric Wilner

« D’or, d’argent, de bronze ou de papier, la monnaie raconte 2 700 ans d’histoire humaine. Instrument indispensable aux échanges marchands et symbole de pouvoir, elle fut le carburant de l’expansion des empires et a bouleversé le cours des civilisations. De cauris antiques à l’essor des premiers billets de banque et aux cryptomonnaies, cette série en quatre épisodes décrypte le rôle de l’argent dans l’histoire. »

« L'argent a bouleversé le cours des civilisations. De la toute première pièce à sa généralisation sur l’ensemble de la planète, la monnaie témoigne des grands choix des civilisations humaines, révélant les facteurs cachés derrière les destins des empires et les grands moments politiques des siècles passés. » 
« Quels que soient ses usages et ses conceptions, la monnaie, liée par sa nature aux logiques extractivistes destructrices des sols et des forêts du globe, apparaît comme inséparable de la guerre et de la prédation. »

« À travers cette fresque historique étalée sur plusieurs millénaires, la série documentaire de Frédéric Wilner (Il était une fois le musée du Louvre... ; Trois villes à la conquête du monde) décrypte l’essor d’un concept révolutionnaire, dont la matérialisation a pris d’innombrables formes. »

« Aux côtés de géologues, archéologues, historiens ou spécialistes de la métallurgie, à Alexandrie, Oxford, en Bolivie ou en France, dans d'anciennes mines antiques, sous les mers et là où la monnaie naquit, ces quatre épisodes érudits, admirablement mis en images et en musique, déroulent une implacable et singulière histoire de la puissance.

La Bible hébraïque évoque le shekel lorsque le patriarche Abraham a acheté à Hébron le terrain contenant une grotte nommée Machpéla où il voulait enterrer son épouse Sarah - l'Etat d'Israël refondé en 1948 a nommé en 1980 shekel sa monnaie nationale auparavant appelée livre israélienne. Elle a réglementé le prêt à intérêt. En Israël, des pièces de monnaie découvertes lors de fouilles archéologiques prouvent la présence juive dès l'Antiquité. "Une pièce de monnaie de Mattathias Antigonus, roi de Judée, datant de plus de 2 000 ans –, et une pièce de monnaie de l’État moderne d’Israël" portent le symbole de la Menorah, chandelier. Une autre pièce de monnaie, en bronze, datant de la révolte de Bar Kochba (vers 132 de l'ère commune) a été découverte à Jérusalem ; elle porte le nom de Jérusalem et l'inscription "2e année de la liberté d'Israël".

Se fondant principalement sur l'Évangile de saint Luc (6:34-35), l'Eglise catholique l'interdit lors du concile de Nicée sur le fondement de l'Ancien et du Nouveau Testament, puis par le capitulaire de Nimègue de Charlemagne (806) et le capitulaire d'Olonne de Lothaire (825). En 1830, elle met un terme à cette condamnation du prêt à intérêt. En 1917, le Vatican le rendu licite. 

En Occident médiéval, ce sont essentiellement les Juifs et les Lombards qui assurent ce prêt à intérêt. Les juifs devaient imposer des taux élevés pour payer les lourdes taxes auxquels ils étaient soumis. L'antisémitisme s'est nourri de cette réalité pour jeter l'opprobre sur les juifs, puis les banquiers juifs, dont la famille Rothschild accusée de dominer le monde.

Lors de la Réforme, le prêt à intérêt est légitimé théologiquement par Calvin qui a distingué "l'usure du versement d'un intérêt dans le cas d'un prêt productif servant à financer la création d'un surcroît de richesse (Lettre sur l'usure, 1545)". Une nouvelle conception qui aurait contribué à la croissance économique, à la production de richesse, au commerce.

En islam, l'usure ou « Riba » (« ribâ an-nasî'ati » signifie le surplus exigé du débiteur par rapport au délai de remboursement qui lui a été accordé". Elle est interdite aux musulmans. 

Le pouvoir de battre monnaie et d'en modifier la valeur demeure l'apanage d'un Etat souverain. L'Etat fabrique sa monnaie en lui donnant un nom, en fixant sa valeur, en l'associant à des symboles liés à son Histoire, à sa culture - sur le billet de 100 francs était imprimé le visage du dramaturge Corneille, qui lui a donné son surnom -, à son imaginaire, à sa foi (« In God We Trust » (« En Dieu nous croyons ») sur les dollars américains).

Durant la pandémie de coronavirus, le gouvernement a incité les consommateurs à payer, non en espèces, mais par cartes bancaires ou par chèques. La disparition des espèces risque d'amener le crédit social à la chinoise, où l'Etat pourrait bloquer des comptes bancaires, interdire l'achat de certains articles, etc.

Le Président américain conservateur Donald Trump s'efforce de maintenir la suprématie du dollar face aux cryptomonnaies ou bitcoins.

« Comment organiser les échanges dans un monde sans monnaie ? Les tablettes de Babylone attestent que, durant deux millénaires, un autre système a bien fonctionné. La grande rupture intervient au VIIe siècle avant J.-C. Dans le royaume de Lydie, en Asie Mineure, la première pièce de monnaie apparaît afin de préserver l’intégrité d’un territoire menacé. »

« Sous l’impulsion de rois comme Crésus, le monnayage se propage dans les cités grecques, qui trouvent là le moyen de lever des armées et de développer le commerce, en extrayant l’or et l’argent de mines gigantesques. »

« La monnaie d'Athènes, la drachme, s’impose, devenant le dollar de l’Antiquité, et transforme la mer Égée en vaste zone de libre-échange. Ironie du sort, la guerre, encore elle, finit par épuiser les réserves. Athènes capitule devant Sparte, qui, contrairement à ses voisines, ne frappe aucune monnaie. La fin de ce concept révolutionnaire ? »

« A partir du IVe siècle avant notre ère, les grands prédateurs que sont les empires vont faire de la monnaie le carburant de leur expansion. Cette nouvelle ère commence avec l’aventure d’un homme, Alexandre le Grand, qui pille l’immense trésor des Perses. »

« Ses héritiers, notamment les Ptolémée, à Alexandrie, transforment l’outil monétaire à leur profit : ils la produisent massivement et la diffusent dans toute la société. La monnaie, sur laquelle est pour la première fois figuré le visage du souverain, devient aussi un puissant outil de propagande. »

 « Plus tard, l’Empire romain, qui manque de mines sur son territoire, instaure un implacable système de pillage et de prédation, s’emparant d’immenses quantités d’or et d’argent – notamment en Gaule et dans le bassin méditerranéen – pour financer ses conquêtes. »

« Plus tard, Charlemagne s’inscrira dans une logique similaire : avec les mines de Mêle, en Charente, il produira des millions de pièces de monnaie, ravageant pour cela des forêts entières... »

« En Chine, tout commence dans les tombes de hauts personnages, il y a environ cinq mille ans - on y dépose des cauris (des petits coquillages) que l’on retrouve aujourd’hui par milliers. Ce sont les ancêtres de la monnaie chinoise, qui fait son apparition au VIIe siècle avant notre ère. »

« La différence avec l’Occident ? Ce n’est ni de l’or ni de l’argent, mais du bronze, un métal peu onéreux et que l’on peut produire en très grande quantité. Conséquence : la monnaie est abondante, ce qui favorise la prospérité de l’économie. »

« En quelques centaines d'années, du premier empereur, qui impose en 221 avant J.-C. une pièce unique à tout le pays, à la dynastie des Tang, sous laquelle la monnaie pénètre toute la société, la Chine connaît véritable une révolution monétaire. »

« Jusqu’en 1024, quand le premier billet est officiellement mis en circulation, six cents ans avant l'Occident. »

«  Comment l’Europe et l’Amérique sont-elles parvenues à une monnaie papier ? En 1688, en Angleterre, le Bill of Rights offre un statut juridique à la nouvelle banque d'Angleterre, lui donnant le privilège d'émettre des billets garantis par ses réserves d'or et d'argent. »

« En France, la Révolution accouche des assignats, un papier monnaie gagé sur les biens de l’église nationalisés. Mais elle est utilisée pour financer la guerre, provoque une hyperinflation et perd toute valeur en quelques années. »

« Après la Première Guerre mondiale, l'Allemagne, exsangue doit payer de lourdes réparations aux vainqueurs. La solution : la planche à billet, qui provoque la pire hyperinflation de l’histoire européenne. »

« Et finalement, l’invention d’une nouvelle monnaie, le premier billet libéré de toute référence à l’or et à l’argent, qui résout, comme par magie, la situation. »

« La dernière grande bascule intervient aux États-Unis, à partir de 1934, quand le système de l’étalon-or, garant de la rareté de la monnaie et associé à la prospérité américaine, est abandonné… »

« Par ici la monnaie ! »

« Essor économique, déclin, guerres, révolutions… Moteur de ruptures fondamentales, la monnaie est née des soubresauts du monde, autant qu’elle en a infléchi le cours. Retour sur trois inventions majeures qui ont changé le destin des civilisations. Par Raphaël Badache. »

« En Lydie
La première pièce
Et soudain, le troc ne suffit plus. Au VIIe siècle avant notre ère, à Sardes, capitale du royaume lydien, en Asie Mineure, le souverain Gygès affronte une menace existentielle lorsqu’un groupe de guerriers nomades venus du nord s’approche des frontières. Il doit au plus vite mobiliser ses troupes. Or il ne peut recourir à la promesse habituelle, celle de récompenser les soldats par le pillage des cités conquises, puisqu’il s’agit d’une guerre défensive. Gygès aurait alors décidé de produire de la monnaie en créant les toutes premières pièces, faites d’électrum. Un alliage d’or et d’argent, rendu possible grâce aux mines du royaume et à une petite rivière regorgeant d’or, coulant non loin de sa capitale. Le nom de ce cours d’eau est resté : le Pactole. La Lydie survécut, et le concept de monnaie s’exporta vers les cités grecques voisines.

En Chine
La création du papier-monnaie
À l’orée du XIe siècle, la Chine trace une voie nouvelle. La bascule se produit dans le Sichuan : riche, guidée par des visées séparatistes, cette province s’est attiré les foudres de l’État chinois. Désireux d’affaiblir sa puissance économique, ce dernier la prive de monnaie de bronze. Les habitants, qui ne peuvent plus commercer qu’avec des pièces de fer, lourdes et inadaptées aux échanges, doivent donc innover. Le premier papier-monnaie au monde apparaît : le jiaozi. Peu à peu, la valeur du billet se dissocie de la quantité de métaux qu’il représente et se fonde en grande partie sur la confiance des usagers. Mais le nouveau système est vite menacé par la fraude. Après divers soubresauts, la dynastie Song reprend le contrôle exclusif de l’émission et finit par instaurer de nouveaux titres officiels de paiement. Au XIIe siècle, les huizi deviennent les tout premiers billets d’État.

En France
Des billets infalsifiables
La confiance demeure le pilier du papier-monnaie, et la fraude, son ennemi le plus redoutable. À la fin du XVIIIe siècle, les révolutionnaires français vont l’expérimenter. Après la nationalisation des biens du clergé, l’Assemblée nationale décrète la fabrication de 2 milliards d’assignats. Cette monnaie papier, adossée aux biens nationaux, est vitale pour la survie du régime. Dès lors, ses adversaires lancent une contre-offensive efficace : l’impression de faux billets par dizaines de milliers, dans le but de plonger le pays dans la crise et de saper la crédibilité du nouveau pouvoir. Face à ce péril, la République met au point un arsenal de sécurité inédit. Mécaniciens, fabricants de papier et graveurs unissent leurs forces pour développer les techniques du filigrane et de la tresse, un motif imprimé sur chaque billet. Le génie déployé pour sécuriser les assignats sauve la jeune République et annonce la quête de billets infalsifiables. »


« La fabuleuse histoire de l'argent » de Frédéric Wilner
Coproduction : ARTE France, China Media Group, Iliade Productions, Les Films de l‘Odyssée, Bibliothèque nationale de France
France, 2025
Sur Arte
1ère partie (51 min) : les 29 novembre 2025 dès 20 h 55, 09 décembre 2025 à 9 h 25, 13/12/2025 à 10 h 40 
2e partie (56 min) : les 29 novembre 2025 à 21 h 45, 09 décembre 2025 à 10 h 15, 13 décembre 2025 à 10 h 40
Visuels : © DR, © Iliade Productions
3e partie (58 min) : les 29 novembre 2025 à 22 h 40, 09 décembre 2025 à 11h 10, 13 décembre 2025 à 12 h 30
Visuels : © Iliade Productions, © DR
4e partie (60 min) : les 29 novembre 2025 à 23 h 40, 14 décembre 2025 à 3 h 25
Visuels : © Iliade Productions
Sur arte.tv du 22/11/2025 au 27/07/2026


lundi 24 novembre 2025

Claude Lanzmann (1925-2018)

Journaliste et réalisateur né dans une famille juive ashkénaze, Claude Lanzmann (1925-2018) a campé une figure de l’intellectuel engagé à gauche et distingué par de nombreux Prix. Cet auteur sioniste est membre du comité de rédaction de la revue Les Temps modernes qui a publié en 1967 un numéro sur "le conflit israélo-arabe" avec l'article de Maxime Rodinson intitulé « Israël, fait colonial ? » Claude Lanzmann a produit une œuvre littéraire et cinématographique d’où émerge le documentaire Shoah (1985). Arte diffusera le 26 novembre 2025 à 22 h 35 « Je n'avais que le néant : "Shoah" par Lanzmann », documentaire de Guillaume Ribot
En salles à partir du 26 novembre 2026, Je n'avais que le néant est aussi disponible en vidéo chez Carlotta Films.

« Mon film Shoah n’est pas un film de souvenirs (les souvenirs sont choses du passé) mais par excellence un film de la mémoire au présent. Grâce à Shoah, le savoir historique change de nature, on assiste, pendant neuf heures trente, à une incarnation de la vérité, le contraire de la faculté d’aseptisation de la science, même de la science historique. Rachel Ertel, auteur de l’entrée «Shoah» dans l’Encyclopædia universalis, parle des protagonistes juifs du film, « qui se brisent submergés par la lame de fond d’une mémoire littéralement physique ». A la sortie de Shoah, un nombre non négligeable d’historiens professionnels se sentit menacés par cette lame de fond, qui questionnait leur science même. Ainsi Lucette Valensi écrit-elle, à propos d’un colloque tenu à la Sorbonne en 1992, que, face à « la force des témoins, la vérité et l’autorité de leur témoignage », la « disqualification de l’historien de métier » constitua une menace qu’elle et ses collègues furent « très près d’éprouver ». Elle ajoutait en note : « non seulement [les témoins] vivent et disent leur expérience, mais ils en fournissent des analyses, dont rien n’autorise à dire qu’elles sont inférieures à celles de l’historien. Je voudrais souligner ici non seulement la véracité des témoignages, mais leur valeur heuristique», a écrit Claude Lanzmann dans Libération (5 avril 2011)

Génocide juif/Shoah 
Né en 1925 à Bois-Colombes dans une famille juive aux grands-parents ayant immigré de Biélorussie et Lettonie en France à la fin du XIXe siècle et aux parents antiquaires commerçant avec les studios cinématographiques américains – son père est engagé volontaire lors de la Première Guerre mondiale  -, Claude Lanzmann découvre l’antisémitisme au lycée Condorcet.

A l’initiative de son père pressentant des années de persécution, il développe sa méfiance et entre dans la résistance communiste dès 1943 à Clermont-Ferrand puis dans les maquis d’Auvergne.

A la Libération, cet élève brillant reprend ses études en hypokhâgne et khâgne. Après son échec au concours de l’Ecole Normale supérieure (ENS), il étudie la philosophie à la Sorbonne et noue une solide amitié avec Jean Cau et Michel Tournier. Enseignant à la Freie Universität Berlin en secteur américain, il analyse l’antisémitisme devant ses étudiants et dénonce dans deux articles publiés en 1949 par le Berliner Zeitung l’insuffisante dénazification parmi cette université allemande.

De retour en France, il gagne sa vie comme pigiste dans la presse française alors florissante : France-Dimanche et France Soir, journaux du groupe dirigé par Pierre Lazareff, Elle, Le Monde.

Israël
Marqué par les Réflexions sur la question juive de Sartre (1947), il se rend en Israël en 1952. Année où il entre au comité de rédaction de la célèbre revue politique et culturelle publiée par les éditions Gallimard, Les Temps modernes. Il noue une histoire d’amour avec Simone de Beauvoir qui avait fondé en 1945 avec Jean-Paul Sartre cette revue de gauche.

Ce journaliste parcourt le monde, milite contre le colonialisme, la répression en Algérie – signataire du Manifeste des 121 en 1960 – et participe au numéro des Temps modernes intitulé Le conflit israélo-arabe (1967). Ce numéro marque un tournant dans la vision et l'analyse du conflit. Un pavé de 992 pages publié en mai 1967, avant la guerre des Six-jours, donc avant la conquête/libération de la Judée et de la Samarie et la réunification de Jérusalem, et composé de deux parties : l'une sur "les points de vues arabes", l'autre sur les "points de vue israéliens".

Long de 80 pages, l'article de Maxime Rodinson intitulé « Israël, fait colonial ? », précède la partie "Points de vues arabes" et se conclut ainsi : « Je crois avoir démontré dans les lignes qui précèdent que la formation de l’Etat d’Israël sur la terre palestinienne est l’aboutissement d’un processus qui s’insère parfaitement dans le grand mouvement d’expansion européo-américain des XIXe et XXe siècles pour peupler ou dominer économiquement et politiquement les autres terres. Il s’agit d’ailleurs d’un diagnostic évident et je n’ai employé tant de mots pour l’énoncer que par la faute des efforts désespérés qu’on a multipliés pour le dissimuler. Il s’agit là de faits. Pour ce qui est des termes, il me semble que celui de processus colonial convient fort bien, étant donné le parallélisme évident avec les phénomènes qu’on s’accorde à nommer ainsi ».

Traduit rapidement en arabe et en anglais, cet article diffame l'Etat Juif en le présentant à tort comme un phénomène colonial, et non dans le sillage du mouvement des nationalités du XIXe siècle comme le mouvement d'émancipation nationale visant la refondation de l'Etat Juif sur sa terre, en Eretz Israël. Rapidement traduit en arabe et en anglais, cet article influera sur des générations, à droite et à gauche, et sera inhérente au "politiquement correct". C'est Maxime Rodinson que la célèbre et réputée Encyclopaedia Universalis choisit pour écrire l’article consacré au sionisme. Il convient de souligner le succès de ce parallèle entre l'Etat Juif et le phénomène de la colonisation. Un parallèle qui délégitime la présence juive dans son berceau historique, biblique, spirituel, et nie le lien entre le peuple juif et Eretz Israël (Terre d'Israël), et notamment Jérusalem, la cité du roi David.

Claude Lanzmann dirige cette revue depuis 1986.

Dans des conditions difficiles, il réalise Pourquoi Israël (1973) et songe à un film sur le génocide Juif pendant la Deuxième Guerre mondiale. Dans le cadre d'un Cycle cinématographique intitulé "Israël, vues d’ailleurs | Paris", le Mémorial de la Shoah proposa le 19 septembre 2019, à 18 h 45, à son Auditorium Edmond J. Safra "Pourquoi Israël" documentaire réalisé par Claude Lanzmann (1973). « Par le style décapant des interviews, par le talent et la sensibilité d’un montage constamment syncopé, par la richesse des significations humaines qui rejoignent une vérité historique profonde, par le mélange enfin d’humour, de cruauté et de tendresse avec laquelle l’enquêteur promène sa caméra : ni reportage, ni film historique, tel est “Pourquoi Israël”… ». (François Furet, Le Nouvel Observateur, 1973.) Présenté par Serge Toubiana, président d’UniFrance.

En 1994, Claude Lanzmann réalise Tsahal, documentaire de cinq heures sur l’armée israélienne, ses soldats, ses armements, son éthique.

En 2008, pour le soixantième anniversaire de la refondation de l’Etat d’Israël, sort Lights and Shadows de Claude Lanzmann. Une interview d’Ehud Barak, ancien Premier ministre israélien.

"Shoah"
Frère du romancier et parolier Jacques Lanzmann, le cinéaste Claude Lanzmann raconte la genèse de « Shoah », « œuvre monumentale sur l’extermination des Juifs d’Europe » dans les camps nazis, film de neuf heures et demie diffusé pour la première fois en 1985. Claude Lanzmann impose ainsi le vocable "Shoah" pour désigner le projet génocidaire nazi ayant tué six millions de juifs. Les anglo-saxons privilégient le terme "Holocaust" signifiant un sacrifice religieux. 

« Œuvre de commande, à l’origine, du ministère des Affaires étrangères israélien, Shoah a happé douze ans de la vie de son auteur » : recherche documentaire, des survivants et des bourreaux ainsi que des témoins. A partir de 350 heures de prises de vues réalisées entre 1974 et 1981, le seul montage requiert quatre ans de travail. 

Grâce à ce matériau unique, Claude Lanzmann brosse les portraits de Maurice Rossel (Un vivant qui passe en 1997), de Yehuda Lerner (Sobibor, 14 octobre 1943, 16 heures en 2001), de Jan Karski (Le Rapport Karski en 2010) – Claude Lanzmann s’indigne du livre Jan Karski de Yannick Haenel (2010) -, de Benjamin Murmelstein (Le Dernier des injustes en 2013) et « Les quatre sœurs ».

Claude Lanzmann expliquait ainsi sa motivation à réaliser "Sobibor" : Il faut faire justice d'une double légende, celle qui veut que les Juifs se soient laissés conduire au gaz sans pressentiment ni soupçon, que leur mort ait été "douce", et cette autre selon laquelle ils n'opposèrent à leurs bourreaux aucune résistance. Sans rien dire ici des grandes révoltes, comme celle du ghetto de Varsovie, les actes de bravoures et de liberté, individuels ou collectifs, furent très nombreux dans les camps et les ghettos : insultes, malédictions, suicides, assauts désespérés. Il est vrai pourtant qu'une tradition millénaire d'exil et de persécution n'avait pas préparé les Juifs, dans leur grande masse, à l'exercice effectif de la violence, qui requiert deux préconditions indissociables : une disposition psychologique et un savoir technique, une familiarité avec les armes. C'est un officier Juif Soviétique, Alexander Petchersky, soldat de métier, à qui donc l'usage des armes n'était pas étranger, qui décida, planifia et organisa l'insurrection en à peine six semaines."

Adolescent juif déporté à Sobibor, Yehuda Lerner se procure dans l'atelier de menuiserie une hache et l'aiguise. Il "attend dans l'atelier de confection un officier allemand venu essayer une pelisse". "Ca a duré un millième de seconde. Je lui ai coupé le crâne en deux (...) J'étais un gosse, mais je considérais comme un honneur de tuer un Allemand. Avant, je n'aurais pas tué une mouche", a confié Yehuda Lerner à Claude Lanzmann, en 1979, à Jérusalem, pendant le tournage de "Shoah". 

Dans « un entretien au long cours » accordé à Adam Benzine, Claude Lanzmann « retrace les jalons de cette entreprise éreintante et essentielle, menée dans une alliance « d’urgence totale et d’extrême patience ». Une œuvre sans archive qui impose le terme hébreu « Shoah » pour désigner le génocide juif.

« Pour révéler l’ampleur et les rouages du « crime parfait » commis par les nazis, le cinéaste a arpenté quatorze pays, pistant les témoins à même de raconter la mort dans les chambres à gaz : rescapés des sonderkommandos, habitants des villages limitrophes des camps d’extermination et bourreaux ». 

Claude Lanzmann « explique ainsi comment il a remué ciel et terre pour retrouver, dans un salon de coiffure du Bronx, Abraham Bomba, qui coupait les cheveux des femmes à Treblinka, et comment, en filmant la course de ses ciseaux et en réclamant toujours plus de détails, il a réveillé la mémoire de ce témoin exceptionnel ». Une scène détournée par un réalisateur israélien dans un film diffamant l’Etat d’Israël.

Claude Lanzmann « évoque par ailleurs – non sans résistance – la dangereuse traque des criminels nazis, qu’il a fallu payer, berner et flatter pour qu’ils parlent, filmés à leur insu à l’aide d’une paluche. Mais aussi le casse-tête du montage, cinq années traversées de découragements, et la fierté sans joie ressentie au terme de cette aventure radicale. »

Il s’indigne des propos de Raymond Barre sur France Culture le 6 mars 2007.

En 2011, Claude Lanzmann consacre un numéro des Temps modernes aux Harkis et intitulé « 1962-2012, les mythes et les faits ». L’occasion de se pencher sur ceux qu’il avait dénommés à tort « les chiens de l’humaniste Papon ». Une "repentance".

Montrant des rushs inédits de Shoah, « Claude Lanzmann. Porte-parole de la Shoah », documentaire émouvant d’Adam Benzine « éclaire la création de ce chef-d’œuvre et son influence à la fois historique et cinématographique, saluée notamment par Marcel Ophüls », réalisateur en particulier du Chagrin et la pitié. 

« L’occasion également d’effleurer certains aspects de la vie de son auteur : sa jeunesse résistante, son histoire d’amour avec Simone de Beauvoir de 1952 à 1959, son affection pour Sartre, son rapport à la mort et sa vision de l’avenir ».

A l’occasion de la parution de l’ouvrage d’Éric Marty Sur Shoah de Claude Lanzmann (éd. Manucius, 2016), et de la projection du documentaire d’Adam Benzine Claude Lanzmann : Spectres of the Shoah (58 mn, ZDF/ARTE, 2016), le Mémorial de la Shoah proposa le 20 novembre 2016 à 14 h 30, Shoah 1985 : l’oeuvre de Claude Lanzmann". "Plus de 30 ans après, Shoah reste une « immense leçon de cinéma, qui est aussi une leçon politique, esthétique, philosophique, et peut-être poétique », selon les mots d’Éric Marty. Dans un documentaire nommé aux oscars, Adam Benzine propose un portrait intime de Claude Lanzmann, qui revient sur la genèse de son film. Alliant une interview du réalisateur et des images inédites du montage, il éclaire la création de ce chef d’oeuvre et son influence. Une conférence en présence de Claude Lanzmann, écrivain et réalisateur, et Éric Marty, membre de l’Institut universitaire de France (IUF), écrivain, essayiste, université Paris 7 et animée par Samuel Blumenfeld, journaliste au Monde".

Pour rendre hommage à Claude Lanzmann décédé le 5 juillet 2018, Arte diffusa le 7 juillet 2018 à 20 h 50 "Shoah" et sur son site Internet la "tétralogie bouleversante intitulée « Les quatre sœurs », [dans laquelle] Claude Lanzmann dévoile les récits de survie de quatre femmes réchappées de la destruction nazie, qu’il avait longuement interviewées pour la préparation de son film "Shoah"."

Le 12 mars 2019 à 20 h 30, le Centre Medem - Arbeter Ring rendit hommage à Claude Lanzmann, avec Jean-Jacques Moscovitz, psychanalyste. "Décédé il y a moins d’un an, Claude Lanzmann laisse derrière lui beaucoup d’images, de textes, des livres, et le monumental Shoah qui fut une étape majeure, peut-être la plus grande, dans l’expression de la destruction des juifs d’Europe."

« Je n'avais que le néant : "Shoah" par Lanzmann »
Arte diffusera le 26 novembre 2025 à 22 h 35 « Je n'avais que le néant : "Shoah" par Lanzmann », documentaire de Guillaume Ribot.

« À partir des rushes de "Shoah" non retenus au montage, Guillaume Ribot signe un documentaire aussi émouvant que rigoureux en forme de road-movie, à la hauteur de cette oeuvre monumentale qui demanda à Claude Lanzmann douze années de travail acharné. »

« Treblinka, 1978. Une main tourne l’interrupteur d’un autoradio sans âge, et la Symphonie n°7 de Beethoven monte dans l’habitacle d’une vieille voiture, tandis que la caméra se redresse vers le profil de Claude Lanzmann. »

« Une voix off accompagne ce plan-séquence introductif : "La réalisation de Shoah a été une longue et difficile bataille. Je voulais filmer mais je n’avais que le néant. Le sujet de Shoah, c’est la mort même, la radicalité de la mort […] Mais j’ai toujours tenté, pendant ces douze années de travail, de regarder sans échappatoire le noir soleil de la Shoah." 

« À partir du livre Le Lièvre de Patagonie (éd. Gallimard), mémoires du cinéaste, dont on commémore le 27 novembre 2025 le centenaire de la naissance, et de deux cent vingt heures de rushes non utilisés au montage, Guillaume Ribot éclaire le chemin qui a mené à cette œuvre-monument sur l’extermination des juifs d’Europe. »

« À partir des bobines accumulées par Claude Lanzmann – dont 180 sont des interviews de témoins, et quarante, des travellings ou des plans fixes sur les lieux et les ambiances traversés dans différents pays –, ce road-movie documentaire réalisé à quarante ans de distance dévoile les coulisses passionnantes d'une aventure de tous les instants. »

« La fragilité même du matériau, constitué en partie de ce que l’on rejette d'ordinaire au montage (mises en place technique, répétition des prises, cadres tremblants, claps, amorces de bobine, regards caméra...), met en lumière l'immense difficulté de la tâche que s’est fixée le journaliste devenu cinéaste. »

« Pionnier solitaire soutenu par sa petite équipe, il lutte pied à pied pour arracher au réel une vérité qui jusque-là s’est dérobée : celle que les anciens nazis ont appris depuis trente ans à dissimuler, et que leurs victimes ont dû enfouir au plus profond d’eux-mêmes pour pouvoir reprendre pied dans l’existence. »

« Guillaume Ribot révèle aussi et surtout un processus de création, entre convictions, intuitions et tâtonnements. Son film, à la hauteur de son intimidant sujet, permet de comprendre pourquoi il y a un "avant" et un "après" Shoah. Un film saisissant qui dévoile les coulisses de la création du film monument de Claude Lanzmann "Shoah".

« Les images utilisées dans Je n’avais que le néant – Shoah par Lanzmann sont des extraits des rushes originaux de Shoah, tournés par Claude Lanzmann et conservés par le United States Holocaust Memorial Museum (USHMM). Les séquences sélectionnées ont été numérisées en 4K à partir des interpositifs 16 mm originaux par le laboratoire Colorlab à Washington, D.C. Elles ont ensuite été restaurées et étalonnées au studio Traffic à Paris par David Haddad, sous la supervision de Guillaume Ribot. »

En salles à partir du 26 novembre, Je n'avais que le néant est aussi disponible en vidéo chez Carlotta Films.

Plusieurs fois diffusés par ARTE, le film Shoah, sorti il y a 40 ans en 1985, est disponible sur arte.tv à partir du 19 novembre 2025, à l'occasion du centenaire du cinéaste, né le 27 novembre 1925 et disparu à l'été 2018. 

Par Anouk Besnier

« À travers plus de deux cents heures de rushes inutilisés par Claude Lanzmann lors du montage de Shoah, Guillaume Ribot révèle un créateur au travail, entre convictions, intuitions et tâtonnements. Son documentaire, Je n'avais que le néant, est diffusé à l'occasion du 100e anniversaire de la naissance du cinéaste (1925-2018). Par Anouk Besnier. »

« Extorquer les confessions des tueurs 
“Il fallait apprendre à tromper les trompeurs”, estimait Claude Lanzmann. Dès le début du tournage de Shoah, qui s’étalera de 1976 à 1981, le réalisateur n’imagine pas son œuvre sans y faire entendre la parole des nazis. Il recourt ainsi à divers stratagèmes – dont la falsification de son identité – afin d’approcher l’ancien SS Franz Suchomel. Au cours d’un échange tendu et surréaliste, Claude Lanzmann, alias Claude-Marie Sorel, docteur en histoire contemporaine, affronte ce qu’il reste du monstre vieillissant du camp d’extermination de Treblinka, équipé d’un micro sous sa chemise et d’une caméra cachée : la paluche. L’appareil miniature renvoie directement l’image vers l’antenne du minibus de l’équipe de tournage, garé à proximité. Droit sur sa chaise, d’un ton assuré, Lanzmann réussit à obtenir les confessions en noir et blanc d’une des figures du nazisme, qu’il “tue par la caméra”. 

Libérer la parole par le geste 
Durant la réalisation de Shoah, Claude Lanzmann sillonne New York à la recherche d’Abraham Bomba, un ancien coiffeur déporté à Treblinka. Après plusieurs rencontres avortées, les deux hommes se retrouvent dans un salon de coiffure à Tel-Aviv, en Israël. Bien qu’il n’exerce plus, Abraham Bomba accepte de reprendre les ciseaux à la demande du cinéaste, qui est habité par une intuition : “Faire les mêmes gestes lui faciliterait le travail de parole.” Durant vingt minutes, au rythme des lames qui cliquettent, resurgit alors le souvenir traumatique de toutes les femmes à qui l'ancien déporté a dû couper les cheveux avant qu’elles n’entrent dans les chambres à gaz. 
À travers les rushes non utilisés, le réalisateur Guillaume Ribot rend aussi visibles les hésitations et les pauses derrière les témoignages. Son documentaire dévoile les claps, la répétition des prises, les indications techniques et les silences qui peuplent les récits des interlocuteurs de Claude Lanzmann. À cela s’ajoutent les plans fixes et muets où “des yeux qui ont vu” transpercent l’écran, et le spectateur avec. Impossible, par exemple, de détourner le regard d’Antek – de son vrai nom Yitzhak Zuckerman –, qui fut le commandant en second de l’insurrection du ghetto de Varsovie. Face caméra, celui qui fut érigé en symbole regrette que des centaines d’autres soient tombés dans l’oubli, et souffle sa douleur à celui qui l’écoute : “Claude, si vous pouviez lécher mon cœur, vous seriez empoisonné.” Se croyant probablement hors champ, le cinéaste, profondément affecté, pose sa tête sur la poitrine d’Antek. Dans les bras qui l’accueillent, le réalisateur aguerri apparaît alors dans toute sa vulnérabilité d’être humain. »

Entretien avec le réalisateur Guillaume Ribot
Entretien par Léa André-Sarreau, TROISCOULEURS

« Le désir de faire ce film est né de la lecture du Lièvre de Patagonie, mémoires de Claude Lanzmann publiées en 2009 chez Gallimard. Qu’y avez-vous découvert ?
Dans cet ouvrage, quatre chapitres détaillent, de l’intérieur, la réalisation de Shoah. Quand je lis ces pages, c’est une révélation.
Je comprends certains gestes de mise en scène de Claude Lanzmann. Par exemple, j’apprends que la séquence avec Abraham Bomba [ce coiffeur de profession, déporté au centre de mise à mort de Treblinka en Pologne occupée, a été contraint par les SS de couper les cheveux des femmes avant qu’elles ne soient envoyées dans les chambres à gaz] où on le voit couper des cheveux dans un salon de coiffure, a été provoquée par Lanzmann.
Le spectateur qui voit Shoah pense que tout cela est spontané [en réalité, Lanzmann a demandé à Abraham Bomba, alors retraité et installé en Israël, de reproduire les gestes de coiffage dans un salon]. Lanzmann fait surgir la parole par la reproduction du geste et advenir la vérité par la mise en scène. Sans ce geste du ciseau, Bomba ne reviendrait pas à l’essence de ce qu’il a vécu. J’ai tout de suite senti une trame narrative dans ce texte, qui dévoilait aussi l’intimité d’un cinéaste lancé à corps perdu dans une quête longue et difficile, un cinéaste pétri de doutes et de questionnements face à une tâche monumentale. À cette époque, je ne savais pas qu’il existait sur le site de l’United States Holocaust Museum l’ensemble des rushes non exploités de Shoah.

Comment avez-vous procédé pour trier et sélectionner ces 220 heures de rushes non retenus par Lanzmann dans son montage final de Shoah, qui dure près de dix heures ?
Lorsque j’ai découvert ces rushes, j’ai eu la sensation d’être face à un matériau incroyable, d’avoir un accès unique à la fabrication d’un film majeur, d’assister à ce qu’on ne voit jamais – les accidents, les à-côtés. Et puis de découvrir des séquences bouleversantes, qui ne sont pas dans Shoah, comme ce moment où Claude Lanzmann interviewe deux survivants de l’insurrection du ghetto de Varsovie et l’un d’eux, Yitzhak Zuckerman, aussi appelé Antek, lui dit : « Claude, si vous pouviez lécher mon cœur, vous seriez empoisonné ».
Lanzmann, profondément affecté, pose sa tête sur la poitrine solide d’Antek qui accueille et apaise avec bienveillance le trouble du cinéaste au cours d’un très long plan séquence. C’est cette séquence en particulier qui m’a donné l’envie de réaliser ce film.
Quelques années plus tard, pendant l’écriture du scénario, j’ai regardé l’intégralité des 220 heures chez moi, seul, selon un protocole de dérushage. Sur la timeline de mon logiciel de montage, je posais des marqueurs, des codes couleur, des notes, je retenais des plans d’amorce, des bouts d’interviews, en éliminant ce qui ne collait pas avec l’architecture de mon film. Je suis entré dans ces rushes méthodiquement, en classant les mouvements de caméra, en créant une bibliothèque de mots-clés. Je savais qu’en arrivant en salle de montage, je n’aurais plus à trier cette masse d’informations, car j’avais déjà ma narration filmique en images, un fil, un scénario visuel. Je savais ce que je voulais : montrer l’avant Shoah
J’ai ensuite pris mes différentes séquences et fait un long et approximatif bout-à-bout avant d’entamer quatre mois de montage aux côtés de la monteuse Svetlana Vaynblat, qui m’avait déjà accompagné sur mes deux précédents films. Pour faire entendre les mots de Lanzmann, j’ai sélectionné et articulé des extraits du Lièvre de Patagonie [dans le film, les extraits du livre, en voix off, sont lus par Guillaume Ribot]. Ensemble, nous avons alors commencé à les monter sur les images tournées par Lanzmann et la magie a opéré : peu à peu, on s’est retrouvé embarqués, de manière très intime, aux côtés d’un réalisateur au travail.

Vous insistez sur la mécanique de « tromperie » que Lanzmann met en place pour piéger les bourreaux : il change de nom, se fait passer pour un chercheur, les filme à leur insu. Qu’est-ce qui vous intéresse dans ce dispositif ?
« Il fallait apprendre à tromper les trompeurs » dit Lanzmann. Cette phrase est essentielle : pour obtenir la vérité d’un coupable, il faut ruser. N’oublions pas que quand Lanzmann fait Shoah, nous sommes en 1976. Si les cadres nazis avouent, ils sont condamnables par la justice. En Allemagne, il y a plusieurs procès d’après-guerre [Nuremberg en 1945, Treblinka en 1964 et 1970]. Les fonctionnaires nazis risquaient la prison, et ne voulaient pas parler. Pour faire jaillir la vérité, Lanzmann a utilisé la technologie, notamment une nouvelle caméra vidéo miniature commercialisée à partir de 1974 et surnommée « la paluche », qu’il dissimule dans un sac.
Une scène que j’adore illustre cette intimité de la traque policière.
C’est lorsque Lanzmann enlève sa chemise, et enfile un holster avec le micro HF dans une chambre d’hôtel. C’est génial, parce que dans Shoah, on ne sait pas d’où vient le son. Je m’attache à éclairer des zones d’ombre de l’enquête, à montrer les caméras cachées, à déplier son processus de mise en scène avec une certaine tension. Ce film n’est pas un making-of, mais on est au coeur de ce work in progress, de cette course à la vérité, de cet être engagé qu’est Lanzmann.

Dans votre film, vous avez respecté les choix éthiques et cinématographiques faits par Claude Lanzmann pour Shoah : pas de musique additionnelle, pas d’images d’archive, pas de commentaires ni de fondus. En quoi était-ce primordial ?
Je voulais m’inscrire dans la radicalité et l’épure de Lanzmann. Garder uniquement ses mots. J’ai beaucoup travaillé l’articulation du texte mais je n’ai moi-même rien écrit. C’est une façon de me rapprocher de sa démarche. Chez lui, c’est la parole des témoins et la mise en scène qui font revivre l’histoire, non une voix-off qui vous guide. De la même façon, j’ai refusé de relire ce qui a été écrit sur Shoah. J’ai relu, réécouté des interviews de Lanzmann, consulté ses archives personnelles et professionnelles : documents administratifs, notes de voyage, mémos historiques. Toute cette matière qu’on ne voit pas à l’écran m’a servi à construire le personnage, à donner corps à sa vision, pour éviter la théorie, créer une intimité. C’était très organique comme recherche, car j’ai eu accès à une partie de l’univers mental du Claude Lanzmann réalisateur.

Shoah est un film « monument », au poids et à l’héritage considérables. Comment composer avec un chef-d’oeuvre ?
Face à un film référence, il est tentant de « reproduire » malgré soi des séquences, de laisser se dérouler la parole précieuse et magnétique des témoins. Il faut oublier volontairement des choses.
Se dire : Shoah est là, Shoah existe. Mais je fais autre chose. Au départ, c’est un poids écrasant. Puis j’ai eu la sensation d’être au bon endroit. J’ai compris que mon projet apportait autre chose – aux gens qui ont vu Shoah, et aux gens qui ne l’ont pas vu. J’ai rapidement compris qu’il fallait que j’arrête d’être impressionné par le film (même si je le reste). Je ne pouvais être ni devant Shoah, ni derrière. Je voulais rester fidèle à l’oeuvre, sans jamais être servile, être dans la complémentarité. Construire, modestement, un pont vers Shoah. Le thème de Shoah est le génocide. Le thème de mon film, c’est le cinéma, la mise en scène et l’obsession d’un homme.

Lanzmann était aussi un intervieweur hors-pair…
Les témoins que Lanzmann a interviewés dans les années 1980 sont des gens âgés. Ils vont bientôt mourir. Ce qui explique ce besoin absolu, urgent, de recueillir la parole. Dans sa demande d’avance sur recettes au CNC, que j’ai consultée, Lanzmann explique qu’il a déjà tourné en disant : il faut vite faire ce film car les gens meurent, ou vont refuser de me parler si je reviens plus tard. Ces interviews fleuves montrent aussi l’érudition de Lanzmann sur la Shoah. Il en savait tout autant que ses interlocuteurs, ce qu’attestent ses archives personnelles. Quand il interrogeait un nazi, il savait qui étaient ses chefs, ses collaborateurs, les ordres exécutés… Quand il interrogeait une victime, Lanzmann vivait un moment fraternel et douloureux, même si on a pu lui reprocher parfois son attitude insistante face à un témoin en grande détresse émotionnelle. Mais pour lui, dans sa quête de vérité, leurs larmes étaient « précieuses comme le sang, le sceau du vrai, l’incarnation même ».

L’image, dans Shoah, est froide, légèrement sous-exposée. Dans votre film, elle est étonnamment lumineuse.
L’étalonnage est chaud, saturé de couleurs, car les rushes sont ainsi.
J’ai choisi, après réflexion, de garder ces véritables couleurs car mon film n’est pas le prolongement de Shoah. Il l’accompagne. Ce n’est pas neutre de conserver des couleurs naturellement vives – un soleil fort, de l’herbe verte – pour un tel film. Mais ces lumières et ces contrastes existent l’été en Ukraine, en Pologne ou en Russie. Je les ai tellement photographiés au cours de mes nombreux reportages à l’Est. Je me suis beaucoup questionné sur ce choix d’étalonnage.
Mais je sais désormais que j’ai fait un film de vie, même si c’est une vie entourée par la mort.

En quoi le travail d’archéologie de la mémoire de Lanzmann résonne avec votre propre travail, de photographe et de reporter ?
Lanzmann disait être un cinéaste topographe : il avait compris qu’il fallait éprouver les lieux. Je travaille depuis 1998 sur la Shoah – qui n’est pas qu’un sujet de film, mais une interrogation de vie – en tant que réalisateur [Le Cahier de Susi en 2014 ; Treblinka, Je suis le dernier Juif en 2016 ; Vie et destin du Livre noir, la destruction des Juifs d’URSS, en 2020]. J’ai des garde-fous, dans les films que je fais, car je traite d’un matériau sensible. Je ne peux pas « faire l’artiste ».
En tant que photographe, j’ai passé plusieurs années sur le terrain en Ukraine et en Biélorussie, dans les villages, les fermes [il y a notamment photographié plus de 800 témoins des fusillades massives des Juifs menées par les Einsatzgruppen durant la Seconde guerre mondiale. Ces clichés ont été publiés dans le livre Les fusillades massives des Juifs en Ukraine, 1941-1944 - La Shoah par balles et exposés au Mémorial de la Shoah à Paris. Guillaume Ribot a également publié deux autres ouvrages de photos, Chaque printemps les arbres fleurissent à Auschwitz et Camps en France : histoire d’une déportation]. Comme Lanzmann, j’ai frappé mille fois à des portes pour recueillir des témoignages, prendre en photos ceux qui ont vécu la guerre. Mon parcours m’a conduit à capter des regards qui ont vu l’horreur. Les yeux qui ont vu, je les ai vus aussi.
C’est ce qui me rend si proche de la démarche de Claude Lanzmann. »

« Shoah, dates clefs »

« 1973 Claude Lanzmann entame des recherches historiques dans le cadre de l’enquête qui mènera à Shoah.

1976 Il commence le tournage des images utilisées dans Shoah. Un tournage de cinq ans qui s’achèvera en 1981.

1980 Il entame le montage de son film, qu’il achève en 1985.

1985 Shoah sort en salles en France, le 30 avril 1985.

1986 Shoah est projeté à la Berlinale. Le film remporte le Prix FIPRESCI, ainsi que la Mention Honorable du Prix OCIC et le Prix Caligari. Le film de Claude Lanzmann a également remporté le BAFTA du Meilleur Documentaire et le Flaherty Documentary Award au Royaume-Uni. Parmi les autres distinctions figurent un César d’Honneur en France et le Prix du Meilleur Documentaire au Festival International du Film de Rotterdam.

2013 Shoah est restauré numériquement par Immagine Ritrovata à Bologne, avec le soutien du Centre National du Cinéma et de l’Image Animée, de la Fondation pour la Mémoire de la Shoah, de Why Not Productions, ainsi que la participation d’IFC Films et de The Criterion Collection. 

2023 Le film Shoah et les archives sonores
Témoins de l’histoire de Shoah (200 heures) sont inscrits depuis 2023 au Registre Mémoire du monde de l’UNESCO par l’A.C.F.L. (Association Claude et Felix Lanzmann) et le Musée Juif de Berlin. »


"Pourquoi Israël" de Claude Lanzmann 

Why Not Productions, Les films d’Aleph, 1973, 195 mn
A l'Auditorium Edmond J. Safra du Mémorial de la Shoah, le 19 septembre 2019, à 18 h 45
17, rue Geoffroy l’Asnier. 75004 Paris
Tél : + 33 (0)1 42 77 44 72
  
ZDF, 2015, 58 min
Sur Arte le 27 janvier 2016 à 22 h 40, puis le 31 janvier 2018 à 1 h

Visuels :
© David Spowart
© Adam Benzine

France, 2025, 91 min
Coproduction : ARTE France, Les Films du Poisson, Les Films Aleph, en association avec MK2
D’après « Le lièvre de Patagonie » de Claude Lanzmann © Editions Gallimard, 2009
En Sélection à la Berlinale 2025, au Telluride Film Festival 2025 et au Festival Lumière 2025
Sur arte.tv du 19/11/2025 au 25/05/2026
Au cinéma le 26 novembre 2025
En vidéo chez Carlotta Films le 18 novembre 2025
Sur Arte le 26 novembre 2025 à 22 h 35
Sur arte.tv du 19/11/2025 au 24/05/2026
Visuels © USHMM et YAD VASHEM Collection SHOAH de Claude Lanzmann

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Les citations proviennent d'Arte. Cet article a été publié le 27 janvier 2016, puis les 20 novembre 2016, 30 janvier et 6 juillet 2018, 18 septembre 2019.