Citations

« Le goût de la vérité n’empêche pas la prise de parti. » (Albert Camus)
« La lucidité est la blessure la plus rapprochée du Soleil. » (René Char).
« Il faut commencer par le commencement, et le commencement de tout est le courage. » (Vladimir Jankélévitch)
« Notre métier n’est pas de faire plaisir, non plus de faire du tort. Il est de porter la plume dans la plaie. » (Albert Londres)
« Ne demande jamais ton chemin à quelqu'un qui le connaît, car tu ne pourrais pas t'égarer ! » (Nahman de Bratslav)
« Le plus difficile n'est pas de dire ce que l'on voit, mais d'accepter de voir ce que l'on voit. » (Charles Péguy)

mercredi 8 janvier 2020

TIM (1919-2002)


Sur son site François-Mitterrand, la Bibliothèque nationale de France (BNF) a rendu hommage au dessinateur de presse, caricaturiste et sculpteur français TIM, pseudonyme de Louis Mitelberg (1919-2002). Elle présentait une sélection de son œuvre prolifique donnée par sa famille, soit 56 dessins originaux et plus d’une dizaine de carnets de cet artiste, collaborateur des plus grands journaux français et américains. L’occasion d’étudier le « processus créatif et d’apprécier toute la palette graphique » du dessinateur sur des thèmes variés. Article republié pour l'anniversaire de son décès.

De la caricature à l’affiche 1850-1918
Le XXe siècle en quatre-vingts dessins de presse
« Caricaturistes, fantassins de la démocratie », de Stéphanie Valloatto
Qu’est-ce qui fait rire les Européens ?
Traits d’esprit, des images pour ne pas se prosterner

TIM (1919-2002) est l’auteur de « milliers de dessins au crayon, à la plume, à l’encre de chine ou au pastel, des estampes et plus de deux cent cinquante carnets de croquis ».

En 2006, sa famille a donné la quasi-totalité de son œuvre graphique à la BNF qui la conserve dans son département des Estampes et de la photographie.

Une importante sélection de ce patrimoine, éclairée par des textes concis et clairs, est présentée dans le cadre de l’exposition Dessins de presse de Louis-Philippe à nos jours qui s’achèvera le 25 avril 2010, et dans la « Galerie des donateurs », nouvel espace en accès libre situé hall Ouest dédié aux dons et acquisitions remarquables de la BNF, près de l’allée Julien Caïn (1887-1974), ancien administrateur général de la Bibliothèque nationale (1930-1940, puis 1945-1964).

Une carrière internationale
TIM est né en 1919 dans une famille juive de Kaluszyn (Pologne).

Son premier dessin est publié en 1935 dans le courrier des lecteurs de l’hebdomadaire satirique Szpilki (L’épingle), à Varsovie.

Il débute des études d’architectures, mais devant la montée de l’antisémitisme, il se rend, avec l’accord de sa famille, à Paris, en novembre 1938 où il s’inscrit à l’Ecole des Beaux-Arts.

L’hebdomadaire Vendredi et le Bulletin de l’association générale des étudiants Juifs ouvrent leurs colonnes à ses œuvres graphiques.

TIM est mobilisé dans l’armée polonaise en France en 1940, et est fait prisonnier par les Allemands. Détenu au stalag IIB à Hammerstein, il parvient à s’évader, et rejoint les Forces françaises libres à Londres en août 1941. Ce qui lui vaut la Croix de Guerre, la médaille FFL et la médaille des Evadés.

« C’est l’Angleterre qui nous a sauvés dans le sens où elle nous a maintenus dans la guerre : nous avions été battus, mais pas vaincus », se souvient TIM en 2000 En témoigne son dessin d’un Churchill colossal et robuste, au maillot frappé de la date 1940, et qui avance dans l’eau en portant à bout de bras un de Gaulle maigre et mouillé, tandis qu’on aperçoit derrière eux un navire sombrer. Un dessin inspiré d’une « photographie de presse allemande ».

TIM dessine pour le britannique Daily Sketch, France d’abord (Brazzaville), Combat (Alger)… « J’ai dessiné car je ne savais pas faire autre chose. Je trouvais une extraordinaire force dans les dessins satiriques politiques », déclare TIM.

A Brazzaville, il fait la connaissance à l’été 1942 de Philippe Grumbach, qui devient son plus proche ami et dirigera L’Express, et découvre Daumier. Il s’inspire aussi des dessins de Saul Steinberg.

Dès 1945, les dessins de TIM sont publiés par Action (journal issu de la Résistance), puis Libération et à partir de 1952 par le journal communiste L’Humanité avec pour signature son nom patronymique, Mitelberg. TIM est membre du Parti communiste d’avril 1949 à mai 1958. Il rencontre alors le journaliste Jacques Derogy et les dessinateurs de presse Jean Effel et André François.

En 1958, il entre à L’Express où il signe ses dessins TIM. Il devient membre du comité éditorial de l'hebdomadaire, au côté de Raymond Aron, Jean-François Revel, Olivier Todd et Max Gallo, et dessinateur-éditorialiste en 1977.

Quand Le Monde ouvre pour la première fois en 1967 ses pages aux dessinateurs de presse, il choisit un dessin de TIM, illustré d’une phrase extraite d’une conférence du général de Gaulle évoquant quelques mois après la guerre des Six-jours, « le peuple d’élite, sûr de lui-même et dominateur » : un déporté juif amaigri dans un camp de concentration.

Cette année-là, TIM est distingué par le Prix de la caricature politique à Montréal.

Il collabore à L'Express, à L'Humanité Dimanche, au Monde, à L’Evènement du jeudi, à Time magazine, à Newsweek, au New York Times, au New Yorker…

Caricaturiste, TIM est également sculpteur : auteur en particulier du Monument aux déportés morts à Buna-Monowitz Auschwitz III au Père Lachaise (1993) et de l’Hommage au capitaine Dreyfus (1994), une commande de l’Etat, dont l’original se trouve, non dans la cour de l'École Militaire, mais dans un petit square ombragé du boulevard Raspail (Paris), et dont une copie décore la cour du Musée d’art et d’histoire du judaïsme.

TIM exerce aussi son talent comme illustrateur de romans de Kafka et de Zola (1963-1965).

Il est l’auteur d'Une certaine idée de la France (Tchou, 1969), L’Autocaricature (Stock, 1974), Une décennie dessinée préfacée par Raymond Aron (Albin Michel, 1981).

Chevalier de l’ordre de la Légion d’honneur (1985), il est mort à Paris, à 83 ans, le 7 janvier 2002.

Le musée des Arts décoratifs de Paris et le musée d’art et d’histoire du judaïsme ont présenté une rétrospective de son œuvre, respectivement en 1984 – TIM, 40 ans de politique - et en 2003, TIM, être de son temps.

Daumier, son modèle
« Nos éditoriaux ne résistent pas à l’usure du temps. Il m’arrive d’envier mon compagnon de L’Express. Il commente l’actualité et ses œuvres restent », confia Raymond Aron, rédacteur de 1977 à 1983 à L’Express auquel TIM collabora plus de 30 ans, jusqu'à sa retraite.

TIM commente avec acuité l’actualité. Croque les dirigeants de la Guerre froide : Brejnev, de Gaulle, Margaret Thatcher, le Shah d’Iran… Parodie leurs successeurs. Caricature des artistes. Saisit une situation politique.

Carnets – croquis préparatoires (« Che Pompara » pianiste ou défilant), mises au net - et dessins montrent  la finesse et la justesse du trait de TIM.

TIM adapte son trait au média. Au fil des décennies, il l'affute vers l’épure. La page blanche devient l’écrin du dessin. La plupart des dessins ne comportent aucune légende tant le propos est résumé succinctement, avec force, ironiquement ou dramatiquement, par le trait et la composition. Les images graphiques sont immédiatement « lisibles », compréhensibles du lecteur. Ainsi, cet enfant décharné marchant en s’appuyant sur un bâton. Son dos courbé ressemble à une carte de l’Afrique (L’avenir de l’Afrique sur son dos, 1967-1970).

Homme de conviction et d’engagement, TIM dialogue avec son lecteur qui connaît ses références associant histoire, peinture, littérature, actualité ou publicité : dans Eau de Chirac (v. 1974-1975), le Premier ministre Jacques Chirac adopte la pose du grand couturier Yves Saint-Laurent photographié par Jean-Louis Sieff portant ses seules lunettes.

Les dessins de TIM révèlent des réflexions ou des jugements pertinents, et ses parodies graphiques ses influences ou références picturales.

L’exposition présente, en vis-à-vis, le dessin de TIM, son inspiration et une légende explicative : le président Valéry Giscard d’Estaing, élu Président en 1974, allongé dans un lit de repos, à l’instar de Madame Récamier peinte par David (1800) – ce même tableau inspire le dessin où l’amie de Madame de Staël tourne le dos au visiteur pour regarder le poste de télévision (1970) - ; Georges Pompidou chez Maxim’s (1963) inspiré de Sem (1863-1934) caricaturiste de la Belle Epoque ; le général de Gaulle et Khrouchtchev, Joueurs de cartes (Cézanne) d’une partie aux enjeux stratégiques ; la mort de Malraux (1976) similaire au Tres de Mayo (Goya), en allusion à l’engagement de l’auteur de La Condition humaine lors de la Guerre d’Espagne ; la conversation d’un Mitterrand debout regardant hautain une Marianne assise et attentive d’après Matisse.

Ses dessins et pastiches rendent aussi hommages aux maîtres de la caricature, au premier rang desquels Honoré Daumier.

Un dessin ne semble pas fondé : celui représentant Berlusconi (1994) en descendant du fasciste Mussolini.

Jusqu’au 18 avril 2010
A la BNF François-Mitterrand
Galerie des donateurs
Quai François-Mauriac, 75013 Paris
Entrée libre
Le lundi de 14 h à 19 h, du mardi au samedi 10h à 19h, le dimanche de 13h à 19h

Visuels de haut en bas :
TIM, [François Mitterrand et Marianne, La Conversation, d’après Henri Matisse], mai 1988
BnF, Estampes et photographie
© ADAGP, Paris 2010

TIM, [La mort d’André Malraux ou le Tres de Mayo, d’après Goya] , 25 novembre 1976
BnF, Estampes et photographie
© ADAGP, Paris 2010

A lire sur ce blog :
Cet article a été publié le 14 avril 2010, puis les 7 janvier 2016, 20 janvier 2017, 20 janvier 2018 et 20 janvier 2019.

mardi 7 janvier 2020

« 64 cases pour un génie Bobby Fischer » de Liz Garbus

D’origine Juive, l’américain Robert James "Bobby" Fischer (1943-2008) triomphe du joueur d’échecs soviétique Boris Spassky lors du championnat du monde en 1972, à Reykjavík (Islande), sur fond de guerre froide. Paranoïaque, ce joueur génial a fait des déclarations anti-américaines et antisémites.  « 64 cases pour un génie Bobby Fischer » (Bobby Fischer Against the World) est réalisé par Liz Garbus (2010). Ce documentaire remarquable présente des témoignages inédits et des archives filmées rares.  A Londres, le Hampstead Theatre présente la pièce "Ravens : Spassky Vs. Fischer" de Tom Morton-Smith, dans une mise en scène d'Annabelle Comyn, avec Ronan Raftery et Robert Emms. 

1ère partie : Le renouveau des magasins de jouets (1/2)
2e partie : Le renouveau des magasins de jouets. Mises à jour (2/2)
Jeux et jouets juifs 
Art du jeu, jeu dans l’art. De Babylone à l’Occident médiéval
Des jouets et des hommes, exposition au Grand Palais
« 64 cases pour un génie Bobby Fischer » de Liz Garbus


« Les échecs abiment les maitres, tourmentent leur esprit de telle façon que la liberté intérieure des plus forts doit en souffrir », a écrit Albert Einstein.


C’est sur cette citation que s’ouvre ce documentaire passionnant dont les 88 minutes semblent illustrer ce terrible résumé en retraçant l’histoire de Bobby Fischer décrit comme « isolé, étrange, dérangé, génial et arrogant », qui a voulu être champion du monde d’échecs, remporta ce titre prestigieux et se retira des compétitions pendant 20 ans.

Des secrets familiaux
Né en 1943 à Chicago, Bobby Fischer grandit dans une famille Juive pauvre qui s’installe à Brooklyn quand il a six ans.


Regina, sa mère, est « le génie de la famille », selon Russel Tarf, beau-frère de Bobby Fischer. Polyglotte – elle parle notamment le russe -, elle cumule plusieurs emplois pour vivre - infirmière, soudeuse, opératrice télégraphiste - et elle obtiendra un doctorat en hématologie. Elle consacre aussi beaucoup de temps à son activisme en faveur du communisme. Le « FBI aurait un dossier sur elle » selon Larry Evans, quintuple champion américain.


Selon son acte de naissance, Bobby Fischer a pour père Gerhardt Fischer. Or, son père biologique s’appelle Paul Nemenyi. Celui-ci a rencontré Regina à l’université, près de Denver. Le documentaire n’explique pas les raisons pour lesquels le nom de Paul Nemenyi, Juif comme Regina, ne figure pas sur l’acte de naissance de leur fils, ni les relations entre Gerhardt et Regina Fischer, et occulte le parcours de celle-ci.


Paul Nemenyi veille comme un père sur Bobby Fischer lors de ses venues à New York. Il s’inquiète auprès des services Juifs d’aide sociale du fort intérêt de son fils pour les échecs et de l’instabilité de Regina. Celle-ci déménage régulièrement et laisse seuls ses enfants, Bobby et sa sœur Joan, toute la journée alors qu’ils ont 2-3 ans. Bobby Fischer n’apprend la vérité sur son père qu’à la mort de Paul Nemenyi. Il a alors neuf ans.


Dès l’âge de six ans, il se passionne pour le jeu d’échecs qui, « depuis le VIe siècle, passe pour être le jeu des rois, un défi intellectuel et le plus abouti des jeux de stratégie ».

Régina Fischer s’inquiète elle aussi des conséquences de cette pratique pour la santé de son fils qui à ses débuts joue seul, contre lui-même. Elle « l’emmène voir un psychiatre qui la rassure ». Elle souhaite que son fils devienne célèbre.


Anthony Saidy, maitre international d’échecs, rencontre Bobby Fischer dans leur club d’échecs dont ce dernier est le plus jeune membre. Il portraiture un enfant « sympathique, bien élevé et discret ».


L’ascension est fulgurante : Bobby Fischer devient champion des Etats-Unis à 15 ans ! Il participe à des tournois au cours desquels il joue contre 40-80 joueurs simultanément et gagne cinq dollars par échiquier. Son entourage est composé d’individus intéressés. Des médias décrivent Bobby Fischer comme « excentrique, pas comme les autres, d’un égoïsme colossal ». Dans des interviews, Bobby Fischer évoque un gouvernement américain qui « cache beaucoup ».

En 1961, Bobby Fischer et Samuel Reshevsky débutent un match en 16 parties. Juif orthodoxe né à Lodz (Pologne) en 1911, Samuel Reshevsky, enfant prodige des échecs, était un grand-maitre américain - il avait immigré aux Etats-Unis à l'âge de dix ans - et a gagné le championnat américain d'échecs huit fois. Chaque joueur gagne deux parties, sept parties sont déclarées nulles. Puis, Bobby Fischer se querelle avec Jacqueline Piatigorsky, qui organisait le match. Celui-ci s'achève prématurément.
Bobby Fischer entretient des rapports conflictuels avec sa mère. A 16 ans, il lui demande de quitter leur appartement de la place Lincoln, à Brooklyn. Ce que Regina fait. Pour le Dr Anthony Saidy, Bobby Fischer a rejeté sa mère car « elle était comme lui : déterminée, égocentrique et polarisée sur ses objectifs. Peut-être qu’en l’occurrence s’est-il détaché d’une partie de lui-même ». En 1960, Regina Fischer part en Europe pour passer son doctorat. Bobby Fischer vit désorienté dans leur appartement rempli de livres et où se promènent les cafards.


Dans les 18 mois précédant le championnat du monde d’échecs, lors des matchs entre challengers, Bobby Fischer bat les meilleurs joueurs soviétiques. « Il a aligné une série de 20 victoires consécutives. C’est unique dans les annales des échecs de haut niveau », précise le Dr Anthony Saidy. En gagnant contre Tigran Petrossian (1929-1984), ex-champion du monde, Bobby Fischer se qualifie pour affronter en finale le tenant du titre, Boris Spassky.


« Les échecs et moi sommes indissociables. Les échecs sont mon alter ego. Je me focalise sur les échecs. Je veux le titre mondial », déclare le jeune Bobby Fischer qui liste les qualités d’un bon joueur : « le talent, la patience et beaucoup de travail ».


« Les Soviétiques dominaient le monde des échecs. Et je pensais que ce serait bon pour l’Amérique et pour la démocratie qu’un Américain remporte le titre mondial », confie Henry Kissinger, conseiller à la sécurité des Etats-Unis (1969-1975).


Organisateur du « tournoi du siècle » à Reykjavik (Islande), Gudmundur Thorarinssow indique : « La force de l’URSS venait du fait qu’elle avait fait des échecs leur sport national. Ils dépensaient des sommes astronomiques pour cela. Ils avaient des centaines de grands maitres. Ils remportaient tous les tournois, toutes les olympiades d’échecs ». Ces joueurs bénéficiaient aussi d’aides financières, d’entrainements personnalisés et d’autres privilèges.


Pour « le régime communiste, le tire de champion du monde avait une importante idéologique particulière. L’Etat utilisait le jeu d’échecs comme preuve de sa supériorité intellectuelle par rapport à l’Occident considéré comme décadent », analyse Garri Kasparov, champion du monde d’échecs (1984-2000).

Le « tournoi du siècle » en 1972
La pression est donc très forte sur les deux compétiteurs dans un championnat non seulement entre deux experts, mais aussi entre deux régimes politiques, deux blocs en pleine Guerre froide, alors que les médias évoquent la guerre du Vietnam et le Watergate.


En vue de ce championnat d’un jeu cérébral, Bobby Fischer suit un entrainement physique intense pour renforcer son endurance et sa force, notamment dans la main : « Quand je serrerai la main du Russe, je veux qu’il la sente passer », confie le joueur à son entraineur, Harry Sneider. Bobby Fischer est filmé lors de ses exercices physiques, notamment en apnée et au ping pong, par Harry Benson pour Life magazine.


Les négociations entre Bobby Fischer et la Fédération internationale des échecs s’avèrent laborieuses : le challenger trouve le montant du prix insuffisant, critique le choix de l’Islande qui manquerait de l’infrastructure nécessaire et dont la taille est inversement proportionnelle à l’importance du tournoi. Une armada d’avocats négocient, mais les organisateurs ignorent jusqu’au dernier moment si Bobby Fischer viendra dans cette ile européenne.


Le 21 juin 1972, le légendaire Boris Spassky, champion en titre, arrive en Islande. Bobby Fischer vit alors à Pasadena (Californie), et il faut toute la patience du Dr Anthony Saidy pour le convaincre de se rendre à New York.


Le « début du match est reporté de 48 heures. L’URSS a le sentiment qu’on se moque de son champion ». James Derrick Slater, riche financier britannique, propose de doubler les primes (130 000 dollars).


Le 4 juillet, jour de l’indépendance américaine, Bobby Fischer, quitte les Etats-Unis pour se rendre en Islande : « Le prestige de notre pays est en jeu », dit-il.


Le tournoi se joue en 24 parties et est prévu pour durer deux mois, à raison de 5 heures par partie. Boris Spassky doit gagner 12 parties pour garder son titre ; Bobby Fischer doit remporter 12 ½ parties pour vaincre. Une victoire donne un point, une défaite zéro point, une partie nulle ½ point.


Le 11 juillet 1972, la salle accueillant la première partie est remplie par des membres du gouvernement islandais, les ambassadeurs américain et soviétique, des invités célèbres et de nombreux médias. Le match est retransmis en direct à Times Square. A 17 h, Boris Spassky s’installe à sa place et joue le premier coup (pion en d4)… en l’absence de Bobby Fischer. Si celui-ci demeurait absent pendant une heure, il perdrait par forfait. Comment expliquer cette absence du challenger américain ? Volonté de déstabiliser l’adversaire ? Aléas d’un caractère difficile ? Bobby Fischer arrive enfin en arguant d’embouteillages. Il avance son cavalier en f6, puis se plaint auprès de l’arbitre Lothar Schmid de la présence de caméras qui le dérangent. La partie se poursuit et l’on s’achemine vers une égalité quand Bobby « commet une erreur d’amateur » : s’il prend un pion, il perd un fou ! Pour le grand maitre russe d’échecs Nikolai Krogius, Bobby Fischer a entendu signifier à son adversaire qu’il « était prêt à en découdre ». Boris Spassky remporte la première partie.


De nouveau, Bobby Fischer récrimine contre le bruit des caméras qui entraveraient sa concentration, sa réflexion, et il exige leur retrait en menaçant de partir. L’organisateur du championnat refuse : l’équilibre économique de la compétition repose sur sa médiatisation. Le Dr Anthony Saidy croit que Bobby Fischer souffrait d’hyperacousie, « une maladie caractérisée par une hypersensibilité au bruit ».


Au début de la 2e partie, Bobby Fischer ne se présente pas. Il est déclaré perdant par forfait. Il est mené 2 à 0.


La 3e partie se déroule dans une autre salle, sans public, en présence d’une seule caméra de surveillance qui retransmet la partie. Boris Spassky aurait pu refuser la demande de son challenger d’un changement de salle et gagner par forfait, mais il accepte de jouer dans une arrière-salle. Pour la première fois de sa vie, Bobby Fischer choisit la défense Bénoni (« fils de ma douleur »), « une défense très risquée » qui signifie « un combat à mort ». Il place son cavalier en bord d’échiquier, au mépris du proverbe « Cavalier au bord, cavalier mort » : le joueur s’efforce de « contrôler le centre de l’échiquier » (Susan Polgár, quadruple championne du monde d’échecs). Peu joué, ce coup surprend Boris Spassky qui ne « trouve pas la bonne suite, subit le jeu », précise le Dr Anthony Saidy. Bobby Fischer remporte sa première victoire.


L’opinion publique américaine lui apporte un soutien sans faille. La pratique du jeu d’échecs connaît un engouement sans précédent en Amérique.


4e partie ? Nulle.


5e partie ? Boris Spassky abandonne. Les deux joueurs sont à égalité : 2 ½ partout.


Boris Spassky souffre des esclandres de Bobby Fischer et ne déploie pas toute la qualité de son jeu. Alertés par des lettres de mise en garde à l’égard de Bobby Fischer, les Soviétiques se méfient de tout : ils soupçonnent les chaises de cacher des câbles, l’éclairage d’avoir été trafiqué pour déstabiliser psychologiquement leur joueur. Une inspection du matériel est effectuée. On découvre… deux mouches mortes.


D’une « suave beauté » est la 6e partie. Une « symphonie de beauté paisible » (Dr Anthony Saidy). Bobby Fischer a pour habitude de débuter par le pion-roi en jouant e4. Or, il étonne par une ouverture anglaise en jouant c4. Il change de style, adopte un « jeu tranquille, très positionnel pour étouffer peu à peu les pièces de Spassky ». La fin de la partie est saluée par des applaudissements nourris des spectateurs. Et Boris Spassky se lève et applaudit Bobby Fischer. « Il est très fair play. C’est un vrai sportif », remarque Bobby Fischer.


La septième partie est ajournée.


Partie nulle dans la neuvième partie.


10e partie : victoire de Bobby Fischer. Boris Spassky reconnaît « avoir gaffé ».


11e partie : Boris Spassky gagne, réduisant l’écart à deux points.


Après la 20e partie, Bobby Fischer a 11 ½ points et Boris Spassky 8 ½.


La 21e partie est ajournée au 40e coup pour permettre aux joueurs d’analyser la position. Boris Spassky ne reprend pas la partie. Bobby Fischer devient champion du monde et a réalisé son rêve. Il se refugie dans la campagne islandaise, auprès des chevaux.


Il avoue éprouver « beaucoup de joie » et avoir « envie de continuer à jouer ». Il a du mal à concilier sa célébrité mondiale et sa vie privée à laquelle il  tient.


Ses « années sauvages »
A 29 ans, Bobby Fischer a atteint son but essentiel.


Que faire ? Accepter de jouer la finale ou renoncer à son titre ? En cas de forfait, le titre irait à Anatoli Karpov. Par peur du risque de perdre contre ce jeune joueur, Bobby Fischer multiplie les exigences, puis en 1975 il ne défend pas son titre. Le monde américain des échecs interprète son choix comme une trahison.


Bobby Fischer vit à Pasadena, dans une résidence offerte par l’Eglise universelle de Dieu dont il est membre depuis 1962. « Il commençait à perdre la tête. Il avait l’impression d’être manipulé par les Russes et avait peur du Mossad, des services secrets américains », se souvient Harry Sneider. Il quitte cette Eglise quand une de ses prophéties ne se réalise pas.


Il lit Les protocoles des sages de Sion, bien que Larry Evans le mette en garde : « C’est de la propagande antisémite qui a été notamment utilisée par Hitler ». Bobby Fischer s’intéresse aux thèses conspirationnistes et profère des propos antisémites qui incitent sa famille à s’éloigner de lui.


Bobby Fischer se renferme sur lui-même, comme « s’il était en guerre contre lui-même ».


« Dans le monde des échecs, on trouve un nombre important de joueurs talentueux qui souffrent de problèmes psychologiques », constate le journaliste David Edmonds. Quelle est la part du jeu d’échecs et des facteurs personnels dans le comportement de Bobby Fischer ? Le jeu d’échecs favorise l’abstraction et « les joueurs reformatent leurs esprits ». Selon Garry Kasparov, champion du monde d'échecs de 1985 à 2000, « le nombre théoriquement possible dans une partie d’échecs est de 10 suivi de 45 zéros ». De plus, le joueur s’efforce d’anticiper le coup de son adversaire. « Un être instable qui deviendrait un monomaniaque du jeu d’échecs court de grands risques de basculer dans un abime », analyse le Dr Anthony Saidy. Les destins de Paul Morphy (1837-1884) et de Bobby Fischer présentent des points communs : tous deux cessent de jouer aux échecs au summum de leur domination.


En 1990, Bobby Fischer réapparait à Pasadena.


A l’invitation de Zita Raycsanyi, jeune joueuse hongroise d’échecs, Bobby Fischer accepte de rejouer le match de la revanche contre Boris Spassky en 1992, à Belgrade, alors en Yougoslavie, pays communiste. Ce qui induit des poursuites américaines en raison de l’embargo décrété par le Département d’Etat américain. Cette compétition, que Bobby Fischer gagne, déçoit : le niveau du jeu demeure celui de… 1972.


En 1996, Regina Fischer meurt. Deux ans plus tard, c’est Joan qui décède d’une hémorragie cérébrale.


Bobby Fischer multiplie les déclarations hostiles aux Juifs et à son pays, notamment lorsqu’il se réjouit des attentats islamistes du 11 septembre 2001, « une nouvelle merveilleuse… Finissons-en avec les Etats-Unis. Le dicton On récolte ce qu’on a semé s’applique aux Etats-Unis ».


En 2004, Bobby Fischer est arrêté à Tokyo pour séjour irrégulier. L’Islande lui offre en 2005 la nationalité islandaise et l’asile politique.


« Je ne me considère pas comme un génie aux échecs, mais davantage comme un génie qui a choisi de jouer aux échecs ». Ainsi se définit Bobby Fischer. Mais ses tentatives dans d’autres domaines s’achèvent en échecs. Bobby Fischer ne comprend pas son manque d’inspiration pour écrire une chanson. « Tu n’as pas vécu », lui explique Larry Evans. Bobby Fischer reconnaît la pertinence de cette remarque. Alors qu’il avait une vingtaine d’année, il déclarait à un journaliste que la concentration focalisée sur le jeu d’échecs avait nui « dans une certaine mesure » à son développement personnel : « J’aurais pu être plus équilibré, plus stable. Mais que voulez-vous ? »


Bobby Fischer souffre d’hypertrophie de la prostate, refuse de se faire soigner et s’oppose à toute dyalise. Il meurt à 64 ans en 2008. « Rien ne soigne mieux que le contact humain ». Tels auraient été ses derniers mots. Près de son lit à l’hôpital, est placée une photo de sa mère et de sa sœur.


Pour Larry Evans, « son monument, ce sont les parties qu’il a jouées ».

« Fischer peut tout simplement être considéré comme le fondateur des échecs professionnels et sa domination, bien que de très courte durée, a fait de lui le plus grand de tous les temps », observe Garry Kasparov.


Dans cette version réduite, ce documentaire excellent omet d’évoquer les livres écrits par Bobby Fischer et ses inventions : son système de calcul du temps qui a été adopté et une variante du jeu d’échecs dénommée Chess960 (ou Fischer Random Chess) en 1996.

Le 8 décembre 2017 à 20 h, le Centre communautaire laïc juif (CCLJ)-David Susskind présentera "Le Prodige", film réalisé par Edward Zwick (Etats-Unis, 2015, 1 h 55 min, V.O sous-titrée), avec Tobey Maguire, Liev Schreiber, Michael Stuhlbarg, Sophie Nélisse... "L’histoire de Bobby Fischer, le prodige américain des échecs, qui à l’apogée de la guerre froide se retrouve pris entre le feu des deux superpuissances en défiant l’Empire Soviétique lors du match du siècle contre Boris Spassky. Son obsession de vaincre les Russes va peu à peu se transformer en une terrifiante lutte entre le génie et la folie de cet homme complexe qui n’a jamais cessé de fasciner le monde. Le débat s'articulera autour de la question : " Peut-on devenir un champion célèbre et ne pas devenir porteur d'enjeux politiques ?"

ADDENDUM
Le 17e Open international d'échecs de Dubaï dans les Emirats Arabes Unis, Sheikh Rashid Bin Hamdan al Maktoum Cup, s'est déroulé du 5 au 15 avril 2015.


Lors du championnat d'échecs des écoles européennes (29 juin-8 juillet 2018) à Cracovie (Pologne), Liel Levitan, écolière israélienne âgée de sept ans, a remporté la première place dans sa catégorie d'âge : elle a gagné six points sur sept matches. Elle est montée sur le podium en s'entourant fièrement du drapeau israélien. Benjamine d'une fratrie de quatre enfants, Liel a appris à jouer aux échecs dès l'âge de quatre ans. Elle est championne d'Israël dans sa catégorie et vit à Tel Haï. Toute la famille joue aux échecs.

Le championnat mondial d'échecs des écoles aura lieu en Tunisie en 2019. Mais la Tunisie n'autorisera pas les joueurs d'échecs israéliens à participer au tournoi.

L'association pro-israélienne StandWithUs a contacté la Fédération internationale d'échecs (FIDE) et lancé une pétition pour mettre un terme au boycott des joueurs israéliens par la Tunisie qui n'a aucune relation diplomatique avec l'Etat juif. La ministre israélienne de la Culture et des Sports Miri Regev avait aussi saisi la FIDE contre ce boycott planifié.


Le 25 juillet 2018, Francis Kalifat, président du CRIF (Conseil représentatif des institutions juives de France) a protesté auprès de la Fédération française des Échecs. Sur Twitter, il a écrit : "Le sport pour tous, sans considération politique et discrimination".

Le 31 juillet 2018, la Fédération tunisienne d'échecs a publié une lettre affirmant que les joueurs de tous les pays "sans exception" étaient invités à concourir au championnat mondial d'échecs à  Sousse (Tunisie) en 2019. Elle répondait ainsi à l'enquête de la Fédération internationale d'échecs (FIDE) signifiant qu'elle révoquerait les privilèges du pays hôte si la Tunisie empêchait aux Israéliens de participer à ce championnat.


A Londres, le Hampstead Theatre présente la pièce "Ravens : Spassky Vs. Fischer" de Tom Morton-Smith, dans une mise en scène d'Annabelle Comyn, avec Ronan Raftery et Robert Emms. "The Cold War is still a war. Soft power is still power. You’re out here playing by the rules … they’re out here playing to the crowd". Reykjavik, 1972. All eyes are on Iceland ahead of ‘the Match of the Century’: Boris Spassky vs. Bobby Fischer in the World Chess Championship.  Never before in chess history has a tournament attracted such global media attention.  And for the two contenders, Spassky the World Champion and the maverick superstar Fischer, the stakes have never been higher – not only the world title, but unprecedented prize money and stratospheric fame are all on the table." 


"But as the Cold War begins to heat up, each side of the Atlantic spots a major opportunity to demonstrate superiority over the other. So why hasn’t America’s knight in shining armour shown up? And why won’t Russia’s grandmaster listen to orders?  As the two superpowers prepare their opening gambits in a proxy battle of ideologies, with sport as the weapon of choice, both sides find themselves undermined by their pawns, who seem oddly unwilling to cooperate…"

"Tom Morton-Smith’s gripping psychological thriller depicts a match that became a signature event of the Cold War, exploring how two very different individuals were co-opted to stand for contrasting political systems. Tom makes his Hampstead Theatre debut following his critically acclaimed hit, Oppenheimer (RSC / West End). Annabelle Comyn is the award-winning Artistic Director of Hatch Theatre Company. Her directing credits include Asking for It (The Abbey Theatre) and Look Back in Anger (The Gate Theatre). Ravens: Spassky vs. Fischer has been kindly supported by Erin Bell & Michael Cohen."


Du 29 novembre 2019 au 18 janvier 2020
Au Hampstead Theatre
Eton Avenue, Swiss Cottage, London NW3 3EU
Tél. : Box Office : 020 7722 9301
Visuels :
Ronan Raftery (Boris Spassky) & Robert Emms (Bobby Fischer)
Buffy Davis (Fred Cramer), Philip Desmeules (Lothar Schmid), Simon Chandler (Max Euwe), Ronan Raftery (Boris Spassky), Beruce Khan (Iivo Nei), Rebecca Scroggs (Nikolai Krogius) & Gunnar Cauthery (Guðmundur Þórarinsson)

« 64 cases pour un génie Bobby Fischer » de Liz Garbus
Allemagne, 2010
88 minutes
Prévu le 4 août 2011 à 22 h 25, le documentaire sera diffusé les 6 décembre 2011 à 22 h 30 et 19 décembre 2011 à 10 h 05.
Visuels : © Harry Benson

Articles sur ce blog concernant :

Cet article a été publié les 4 août et 4 décembre 2011, 14 avril 2015, 4 décembre 2017 et 20 juillet 2018. Il a été modifié le 6 janvier 2020.

lundi 6 janvier 2020

« La révolution du 78 tours » par Dagmar Brendecke


Arte diffusera le 11 janvier 2020 « La révolution du 78 tours » (Schellack - Eine schwarze Scheibe verändert die Welt) par Dagmar Brendecke. « Comment Emil Berliner, le génial inventeur du 78-tours, a permis à un public de masse d’accéder à la musique ».
Quand en 1896 Emil Berliner (1851-1929), ingénieur juif allemand naturalisé américain américain en 1881, « a l’idée de recourir à de la gomme-laque (une résine naturelle) pour créer des supports d’enregistrement sonore, une véritable révolution à la fois technique et culturelle s'amorce ». 

« Dix ans après l’apparition du gramophone, ses 78-tours, dont la laque sera remplacée quarante ans plus tard par du vinyle, transforment les usages de toute une génération. Contrairement à leur ancêtre, le cylindre phonographique, ces nouveaux supports permettent une reproduction et une commercialisation de masse ».

Les firmes productrices de ces 78-tours se multiplient. De nouveaux métiers apparaissent. Des spécialistes peaufinent les sons.

« À travers son label discographique Berliner Gramophone, Emil Berliner va enregistrer les plus grands interprètes de son temps, à l'instar du ténor Enrico Caruso, le premier chanteur à se faire connaître internationalement grâce à ces disques ».

Dans la Russie révolutionnaire, Lénine recourt à la propagande révolutionnaire.

Des orchestres assurent leur popularité grâce aux 78-tours qui diffusent un rythme nouveau venu des Etats-Unis : le jazz.

Parmi ces orchestres, les Weintraub Syncopators dont les musiciens sont pour la plupart juifs. Lors d’une tournée hors de l’Allemagne nazie, un grand nombre choisit l’exil. Trompettiste génial des Weintraub Syncopators, Eddie Rosner (1910-1976), Allemand juif né à Berlin, assure des tournées en Europe et forme son orchestre qui devient en 1941 le premier orchestre de jazz d’Etat en Biélorussie. Après la Deuxième Guerre mondiale, Eddie Rosner aspire à retourner dans l’Allemagne. Adulé mais visé par l’antisémitisme en Union soviétique, il est interpelé à Lvov en 1946, est condamné à dix ans de camp pour « intelligence avec l’ennemi ». Au Goulag, il est repéré par le commandant du camp, Alexandre Derevianko, qui souhaitant bénéficier de concerts de jazz, lui intime l’ordre de créer un quatuor. Après la mort de Staline en 1953, Eddie Rosner est libéré en 1954. A Moscou, il se produit dans le « Big Band ». Il retourne à Berlin, brisé, ruiné.


« La révolution du 78 tours » par Dagmar Brendecke
Allemagne, 2019, 53 min
Sur Arte le 11 janvier 2020 à 03 h 20
Disponible du 04/01/2020 au 03/02/2020
Visuels :
© Library of Congress/Emile Berliner Collection
© Sammlung Jalal Aro
© Archiv Deutsche Grammophon

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Les citations sur le film proviennent d'Arte.