Citations

« Le goût de la vérité n’empêche pas la prise de parti. » (Albert Camus)
« La lucidité est la blessure la plus rapprochée du Soleil. » (René Char).
« Il faut commencer par le commencement, et le commencement de tout est le courage. » (Vladimir Jankélévitch)
« Notre métier n’est pas de faire plaisir, non plus de faire du tort. Il est de porter la plume dans la plaie. » (Albert Londres)
« Le plus difficile n'est pas de dire ce que l'on voit, mais d'accepter de voir ce que l'on voit. » (Charles Péguy)

vendredi 7 juin 2013

Interview de Bat Ye’or sur Geert Wilders et l’OCI


Cet article est republié alors que le président Barack Hussein Obama veut nommer Samantha Power, qui manque de tact et a exprimé des déclarations anti-israéliennes,  ambassadrice des Etats-Unis à l'ONU. Les organisations Juives américaines sont divisées sur Samantha Power.

Bat Ye’or, essayiste spécialiste de la dhimmitude (1) et d’Eurabia (2) , vient d’achever l’écriture d’un livre publié prochainement en Italie. Elle s’exprime sur l’interdiction d’entrée en Grande-Bretagne opposée au député néerlandais Geert Wilders et sur de récentes résolutions de l’Organisation de la conférence islamique (OCI) (3). Interview réalisée en février 2009 et republiée à l'occasion du procès intenté à Geert Wilders.


A shorter and updated version of this article was published in English by FrontPage Magazine and on that blog
Une version plus concise et actualisée de cet article a été publiée en anglais par FrontPage Magazine
Interview de Bat Ye'or sur la dhimmitude
Interview de Bat Ye’or sur Eurabia (1/2)
Interview de Bat Ye’or sur Eurabia (2/2)
Interview de Bat Ye'or sur Geert Wilders et l'OCI
Interview of Bat Ye'or about the OIC, Eurabia, Geert Wilders' Fight, President Obama's diplomacy
Interview de Bat Ye'or sur Eurabia, l'OCI et l'Alliance des civilisations
Interview de Bat Ye'or sur son livre « L’Europe et le spectre du califat »
« L’Europe et le spectre du califat » de Bat Ye’or
Le directeur du CAPE a interdit une conférence de presse de Bat Ye'or
Interview de Bat Ye'or sur le califat et l'Etat islamique/ISIS
Interview de Bat Ye’or sur les « migrants », l’Union européenne et Eurabia


Geert Wilders, député néerlandais du Parti de la liberté (PVV, droite), a réalisé le film Fitna (2008) dénonçant les liens entre l’islam et la violence. Il devait s’exprimer à la Chambre des Lords (Londres) lors d’un débat sur la liberté d’expression suivant la projection de son film. Des dirigeants musulmans avaient exprimé leur hostilité à sa venue.

Le 12 février 2009, à l’aéroport d’Heathrow, il s’est vu interdire l’entrée en Grande-Bretagne. Jacqui Smith, ministre britannique de l’Intérieur, a allégué que ses opinions « menaceraient la sécurité communautaire et donc la sécurité publique ». David Miliband, son collègue aux Affaires étrangères, a jugé ce film, qu’il n’a pas vu, « rempli de haine ».

« Les Pays-Bas estiment que M. Wilders, en tant que député néerlandais, doit pouvoir voyager librement au sein des pays de l'Union européenne », a déclaré Maxime Verhagen, son homologue néerlandais. Les médias, britanniques et néerlandais, ont protesté contre cette atteinte à la liberté d’expression…


Par rapport aux lois de son pays et aux normes européennes, Geert Wilders n’a pas enfreint la loi en usant de sa liberté d’opinion. Son film Fitna, que David Miliband a conspué sans même l’avoir vu – ce qui est un comble – reproduit des scènes et des déclarations faites par les islamistes eux- mêmes.

En outre, l’interdiction du territoire à un député européen pour délit d’opinion enfreint la légalité européenne et constitue un affront au peuple hollandais. Ceci est grave alors que l’Union européenne (UE) tente de souder une unité qui se délite.

Quant au motif invoqué : l’incitation à la haine qui menacerait la sécurité publique – le gouvernement ne s’est pas montré si sourcilleux lors des Kristallnacht (Ndlr : Nuit de cristal [5]) euro-palestiniennes où l’on criait « Mort aux Juifs », « Mort à Israël », « Fuyez lâches, Kouffar » (Ndlr : mécréants en arabe [6]). C’était bien alors des incitations à la haine et à la mort (7).

Le troisième point qui apparaît ici, concerne l’étendue de l’emprise de l’OCI sur la Grande-Bretagne, mais en fait sur toute l’Europe politique, médiatique et culturelle.

La riposte défensive d’Israël contre les attaques incessantes venant de la bande de Gaza (8) a mis en évidence un phénomène large, d’une amplitude inégalée et de type totalitaire de par son extension, sa cohérence et sa coordination émanant du fonctionnement même des institutions de l’UE.

Vous parlez des manifestations pro-Hamas ?

Pas seulement les manifestations, mais aussi les déclarations politiques, les médias, les informations biaisées, les boycotts académiques, l’hostilité envers les élèves juifs…

L’Europe palestinisée a démontré avec une extraordinaire cohésion et uniformité sa répulsion envers Israël, démocratie qui défend sa population et son territoire contre les agressions du terrorisme jihadiste (9).

Ce mouvement s’inscrit dans les réseaux UE-OCI qui, d’Etats aux ONG et organisations internationales, d’universités à des médias et publications, insufflent la dhimmitude par leurs multiples capillarités dans tous les pores de l’UE.

L’horizon de l’Europe est la dhimmitude et elle ne fonctionne qu’à l’intérieur de cette sphère.

Le 30 juin 2008, le parquet néerlandais avait annoncé que les déclarations de Geert Wilders sur les musulmans ne justifiaient aucune poursuite car elles s'inscrivaient « dans le cadre du débat public ».

Le 21 janvier 2009, la Cour d'appel d'Amsterdam, saisie par plusieurs plaignants, a ordonné au parquet de poursuivre Geert Wilders pour « haine et discrimination » : « Des croyants musulmans ont été insultés par des comparaisons de la religion musulmane avec le nazisme faites par Geert Wilders. La Cour considère que cela est si insultant pour la communauté musulmane qu'il est dans l'intérêt général de poursuivre Monsieur Wilders ».

Le 3 février, Geert Wilders annonçait sa décision de se pourvoir en cassation contre cet arrêt (10)…

Le Coran contient des versets très injurieux et violents à l’égard des juifs, des chrétiens et des païens – auxquels souvent les chrétiens sont assimilés (associateurs : mushrikûn). On ne peut simplement prétendre les ignorer car cela revient à les entériner et donc pour l’Occident judéo-chrétien à les accepter comme étant justifiés et corrects.

Si nous admettons que notre nature est satanique, nous légitimons par là même, la guerre menée contre nous et la dhimmitude dont l’objectif vise à nous ôter tout pouvoir de « nuisance », par notre subjection et notre vulnérabilité. Nous acceptons aussi la supériorité d’une religion – l’islam – sur toutes les autres, son droit à décréter le bien et le mal, et son élection divine à la gouvernance universelle.

Il est donc impératif de ne pas occulter ces accusations mais de les dénoncer, car qui ne dit mot, consent.

Par ailleurs, si les musulmans se sentent offensés par les propos de Geert Wilders, ils devraient admettre que les juifs, les chrétiens et les autres non-musulmans le sont aussi par des textes religieux qui les criminalisent et les vouent tous à l’enfer.

Or, ils ne l’admettent pas, car le Coran, à la différence de la Bible, est incréé, consubstantiel à la nature divine et ne peut par conséquent comporter d’erreurs. Ses jugements sont sans appels, soustraits à toute critique et aussi véridiques que l’est Allah. Autrement dit, nous ne devrions pas nous sentir insultés par la dénonciation de notre nature démoniaque car c’est la vérité même. Nous devrions l’admettre et nous améliorer par la conversion.

Pour en revenir à Geert Wilders, son action s’insère dans un débat religieux et politique réclamé par la majorité des Européens et refusé par leurs gouvernements et l’UE. Ces Européens ont l’impression que leurs propres gouvernements élus pour être les gardiens de leurs valeurs et de leurs libertés, les trahissent et les combattent.

Cette situation est très grave, surtout en période de récession économique et conduit à des excès.

Geert Wilders devient le héraut transfiguré de ce mécontentement généralisé. Pèlerin de la liberté et du droit, condamné à mort par une loi étrangère à l’Europe et qui révulse la conscience humaine, il se déplace de pays en pays, homme seul, désarmé, affrontant avec son seul courage les gouvernements travaillés par les pouvoirs occultes de l’OCI pour dire aux peuples : « Réveillez-vous, il est minuit moins cinq ».

Mais à voir les réactions disproportionnées à son message dans une atmosphère de chasse aux sorcières contre les musulmans libres penseurs et les intellectuels, dans les nuits rougeoyantes des Kristallnacht europalestiniennes déferlant en toute impunité sur toute l’Europe, avec ses cris de haine et de mort, il est, en fait, minuit moins une.

Quelle est la spécificité de l’OCI ?

L’OCI est une organisation transnationale faîtière qui regroupe 57 pays musulmans ou à majorité musulmane, et 1,3 milliard de musulmans.

Elle est unique dans sa conception et ses objectifs du fait qu’elle unit comme le Califat, les pouvoirs politiques, religieux et législatifs.

Son but est l’unification de l’Oummah universelle par son enracinement dans les valeurs et l’enseignement du Coran et de la Sunna.

On peut dire que l’OCI est l’antithèse de l’UE qui promeut la séparation de la politique et de la religion, la laïcité des lois, de la vie publique et des relations internationales. Comme l’UE, l’OCI comprend de nombreuses institutions, dont une Cour islamique internationale de justice et une Commission permanente des droits de l’homme fondée sur la Déclaration du Caire des droits de l’homme en islam (1990).

Ces institutions et tous les organes de l’OCI doivent se conformer aux valeurs islamiques et aux injonctions de la sharîa .

En somme, l’OCI restaure le Califat mais à l’échelle universelle.

Cette émergence du Califat explique le durcissement de la Turquie, siège du Califat durant près de cinq siècles, et dont le gouvernement islamiste actuel se doit d’obtenir sans doute une place éminente dans la direction de l’Oummah universelle.

L’OCI mène un combat pour que l’islam bénéficie d’un traitement privilégié et unique : celui d’une religion exempte de critique (11). Ceci se traduit notamment par l’adoption par des instances internationales de résolutions condamnant le blasphème (12)…

Le combat contre l’islamophobie figure dans les résolutions du programme d’action décennal fixé par l’OCI à son troisième Sommet à La Mecque en décembre 2005 (13). Ce programme fut confirmé par toutes les autres réunions ultérieures de l’OCI et fut doté d’un rayon d’action internationale, notamment en Occident.

Il vise à imposer à l’ONU et aux gouvernements occidentaux des lois assorties de sanctions sévères punissant l’islamophobie, qui fut assimilée par le Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan, à un crime contre l’humanité (14).

L’interdiction de pénétrer en Grande-Bretagne, signifiée à Geert Wilders, exprime l’adhésion du gouvernement du Premier ministre britannique Gordon Brown aux demandes de l’OCI.

Le champ de l’islamophobie ne se confine pas à la critique de l’islam, en tant que religion, mais il englobe tous les aspects de la migration musulmane en Europe, les lois sur l’asile, le statut des immigrés, leurs droits politiques, religieux, sociaux et culturels, ainsi que les mesures sécuritaires et anti-terroristes en Occident.

L’OCI s’étant attribué un droit de tutelle et de protection sur toutes les communautés musulmanes immigrées, son pouvoir d’interférence sur les lois, la politique, l’enseignement scolaire et universitaire, les programmes de recherche, et en général sur la vie des Européens, est gigantesque et multiforme.

Il faut souligner que les gouvernements de l’UE promoteurs d’une paix fondée sur le multiculturalisme et le multilatéralisme, accueillent très favorablement les ingérences de l’OCI dans tous ces domaines.

Quant au blasphème, il semble difficile de le définir concrètement. Le blasphème concerne-t-il la divinité ? La foi ? Le conglomérat de croyances et de superstitions religieuses stratifiées par les millénaires, ou les lois qui en découlent ?

On pourrait aussi juger blasphématoire la dépréciation musulmane de la Bible, assimilée à des racontars dépourvus de toute sacralité et falsifiant la vérité islamique. C’est le point de vue de Geert Wilders qui souligne pour cette raison, les difficultés d’intégration des musulmans traditionalistes dans les sociétés judéo-chrétiennes.

En Occident, compte tenu de l’indifférence religieuse, la notion de blasphème est devenue obsolète.

Or il semble bien que les pressions de l’OCI pour l’imposer à nouveau dans les instances internationales et dans la vie quotidienne des Européens, nous ramènent au Moyen-âge.

Quel est le rapport entre l’exigence du respect envers l’islam incluse dans le vocable blasphème et la dhimmitude ?

L’exigence de respect envers l’islam contenue dans la notion du blasphème constitue l’un des piliers de la dhimmitude.

Elle a déterminé un nombre considérable de lois islamiques sans équivalents en chrétienté, destinées à instaurer l’attestation de la suprématie de l’islam dans les moindres comportements quotidiens des dhimmis.

L’Europe irréligieuse peut toujours s’imaginer vivre au XXIe siècle, en fait elle évolue dans une conception stratégique UE-OCI statique datant du VIIe siècle.

Le 14 janvier 2009, les représentants des Parlements de 24 pays membres de l’OCI ont condamné à Istanbul (Turquie) l’opération militaire israélienne contre le Hamas (15) dans la bande de Gaza et demandé un cessez-le-feu immédiat…

Plus que la lutte contre l’islamophobie, le combat contre Israël occupe une place centrale dans la politique de l’OCI. D’ailleurs, l’article 21 de sa Charte (mars 2008) prévoie le transfert de Djeddah du siège actuel de l’OCI, à al-Qods, nom donné à Jérusalem par la colonisation arabe. Dans cette perspective, al-Qods a été nommé en 2009 capitale de la culture arabe (16).

L’OCI est entièrement dominée par l’esprit des Frères Musulmans, elle soutient non seulement le Hamas mais tous les autres mouvements d’insurrections musulmanes considérés comme étant des forces de résistances et de libération contre « l’occupation, l’humiliation et l’oppression » sur le modèle palestinien.

Elle soutient les combats des musulmans au sud des Philippines, dans le Cachemire « occupé », au sud de la Thaïlande, ainsi que les intérêts des minorités musulmanes dans la République de Myanmar, aux Indes, en Thrace occidentale (Grèce) et ceux des musulmans dans les Balkans, le Caucase, la Chine, le Kossovo, la « Palestine », du peuple musulman turc de Chypre, de l’Azerbaïdjan contre « l’agression arménienne ».

L’OCI, fidèle à l’interprétation jihadiste des relations internationales ne peut qualifier l’existence d’Israël et sa guerre défensive que comme une agression. D’ailleurs les termes « l’agression israélienne contre Gaza » de la presse occidentale, révèlent son inféodation à l’OCI, car la campagne « Plomb Durci » fut une riposte aux tirs incessants du Hamas. Présenter Israël comme un agresseur permanent s’intègre dans la conception jihadiste où l’infidèle est toujours l’agresseur.

La 8e Conférence islamique des ministres de l'Information (27-28 janvier 2009) s'est terminée par l'adoption de la "Déclaration de Rabat", exhortant au renforcement de l'action islamique commune dans le domaine de l'information et à une présence accrue des systèmes informationnels de l’OCI. La Déclaration dénonce « les restrictions arbitraires pratiquées par Israël à l'endroit des journalistes pour les empêcher de rendre compte des massacres et des destructions, particulièrement au cours de la dernière agression contre Gaza » (17). Une déclaration à mettre en perspective avec la Charte islamique des mass médias (Jakarta, 1980), si distincte de la Déclaration des devoirs et des droits des journalistes (1971) (18)…

Au cours du Sommet islamique à La Mecque (décembre 2005), l’OCI a émis des recommandations dont plusieurs relatives aux médias et au développement d’une stratégie médiatique avec l’adoption d’un discours intellectuel et humaniste auquel seraient associés les journalistes internationaux.

Un comité de personnalités éminentes s’appliqua à définir les objectifs et les thèmes de cette campagne. Ils proposèrent la condamnation d’expressions telles que « la guerre contre le terrorisme », « le terrorisme islamique », et préconisèrent le persiflage féroce et la dérision constante du président George W. Bush, de sa politique, des neo-cons dlr : nouveaux conservateurs) et des évangélistes. Ils recommandaient de prêcher que le terrorisme résultait de la pauvreté, de l’humiliation, du désespoir. Une autre tactique consistait à persuader les opinions occidentales que les moyens militaires ne viendraient jamais à bout du terrorisme – c’est-à-dire la guerre – mais que seuls les « dialogues », c’est-à-dire le multilatéralisme et ses concessions des traités de dhimmitude, rétabliraient la paix.

Cette thématique médiatique de l’OCI et de ses organes telle l’ISESCO (Organisation islamique internationale pour l'Education, la Culture et les Sciences [19]), fait l’objet d’une récitation propitiatoire (Ndlr : destinée à s’attirer les bonnes grâces) de politiciens et des journalistes occidentaux – en un mot, il existe une symbiose parfaite entre l’OCI et certains courants officiels de l’UE, notamment ceux affiliés aux innombrables Dialogues, Forums et Alliances qui constituent les circuits de co-gouvernance UE-OCI.

Quel est l’impact de ces résolutions de l’OCI sur l’UE ?

L’OCI et l’UE collaborent à tous les niveaux et dans tous les secteurs. Cette politique s’inscrit dans la stratégie européenne de promotion d’un ordre international fondé sur le multilatéralisme, les institutions internationales et en premier lieu sur les Nation unies.

L’OCI et ses satellites ou alliés, notamment avec l’apport des pays non alignés (20), constituant des majorités dans les organisations internationales, on peut dire que nous entrons dans l’ère du pouvoir planétaire du Califat, succès dont l’Europe peut fièrement se prévaloir, y ayant largement contribué.

Le 21 janvier 2009, le nouveau président américain a prêté serment en tant que « Barack Hussein Obama », alors que pendant sa campagne électorale, il récusait tout rappel de ses liens avec l'islam et ceux qui les évoquaient étaient discrédités. Depuis, il multiplie les souvenirs personnels le liant à la foi mahométane : « J'ai des musulmans dans ma famille, j'ai vécu en pays musulmans » (21).

Lors de son discours d’investiture, il a stupéfait en reléguant les juifs après les musulmans : « Nous sommes une nation de chrétiens, de musulmans, de juifs et d’hindous – ainsi que de non-croyants » (22). Ce qui est faux historiquement, en terme d’« héritage spirituel » et numériquement. Ce qui peut aussi peiner les Juifs américains qui ont voté à environ 75% pour lui.


Le président Barack Obama multiplie les ouvertures vers le monde musulman. Son 1er appel téléphonique a été au président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas (23). S’il s’est entouré de personnalités favorables au processus d’Oslo (24), tels Hillary Clinton, secrétaire d’Etat, et Rahm Emanuel, secrétaire général de la Maison Blanche, il a nommé des personnalités connues pour leur partialité contre Israël : l’universitaire Samantha Power (25) au Conseil national de sécurité, et George Mitchell (26), envoyé spécial au Moyen-Orient.

Le 26 janvier, il déclare à la chaîne al-Arabiya : « Il n'y a aucune raison que nous ne puissions pas restaurer le respect et le partenariat que l'Amérique avait établis avec le monde musulman il n'y a ne serait-ce que 20 ou 30 ans. Et je pense que cela va être une tâche importante » (27). Or, ce « bon vieux temps » est celui de la prise en otage des employés de l’ambassade américaine à Téhéran, l’insurrection islamiste à La Mecque qui « inspirait une vague d'attaques contre les missions des U.S.A dans huit pays à majorité musulmane » (Daniel Pipes) (28). Le 1er février 2009, le président Barack Hussein Obama a annoncé sa volonté de travailler avec l’OCI pour « un monde plus sûr » (29)…

Il insiste sur un dialogue respectueux avec l’Iran, qui exige en fait la capitulation américaine (30).

Il laisse filtrer qu'il préfère un gouvernement israélien d'union nationale pour négocier avec les Palestiniens (31). L’occasion pour l’administration américaine d’exercer des pressions sur l’Etat d’Israël afin qu’il accepte encore plus de concessions.

Le président Barack Obama maintient la présence des Etats-Unis à la conférence « Durban II » (Genève, 20-24 avril 2009) dont on craint des débordements antisémites et antiféministes, ainsi qu’une remise en cause de l’universalité des droits de l’homme (32).

Barack Obama fut élu sur son programme de rejet total de la doctrine Bush au bénéfice du multilatéralisme. On doit donc s’attendre à ce que l’Amérique entre dans les mêmes processus de concessions et d’apaisements qui transformèrent l’Europe.

Mais il est encore trop tôt pour tirer des pronostics.


Site de Bat Ye’or :


(1) http://www.dhimmitude.org

(2) Interview de Bat Ye’or sur Eurabia par Véronique Chemla


(5) La Nuit de cristal eut lieu dans la nuit du 9 au 10 novembre 1938 dans l’Allemagne du IIIe Reich, en Autriche et dans les territoires des Sudètes (ex-Tchécoslovaquie). Dans l’Allemagne du IIIe Reich, sous l’action de groupes formés de membres des SA, SS et Jeunesses hitlérienne, et de la police nazie, plus de 250 synagogues furent détruites, 7 500 commerces et entreprises dirigés par des juifs vandalisés, 91 juifs assassinés, des centaines d'autres se suicidèrent ou moururent à la suite de leurs blessures et près de 30 000 furent déportés en camp de concentration.

(6) Kafir (singulier) et Kouffar (pluriel) est un mot qui signifie en arabe mécréants.

(7) Véronique Chemla, Quand la « rue arabe » pro-palestinienne défile…
Shmuel Trigano, Journal parisien de la Guerre de Gaza, Controverses, n° 10, mars 2009, http://www.controverses.fr

Bernard-Henri Lévy, Carnets de guerre, 18 janvier 2009, http://www.lejdd.fr/cmc/international/200903/carnets-de-guerre-par-bhl_180302.html

Philip Johnston, Whatever happened to free speech?, 12 février 2009, http://www.telegraph.co.uk/comment/columnists/philipjohnston/4604985/Whatever-happened-to-free-speech.html
''Comme l'ont souligné de nombreux musulmans, il n'y a rien d'islamique dans le souhait de terroriser, de comploter pour tuer et causer de la douleur. Ces actions sont anti-islamiques'', a déclaré Jacqui Smith, ministre britannique de l'Intérieur, le 17 janvier 2008. Elle exprimait la volonté du gouvernement de ne plus parler de terrorisme islamique et de qualifier les terroristes de criminels sans motivation religieuse. Elle estimait : ''Internet n'est pas une zone de non-droit pour le gouvernement. Il nous faut prendre des mesures contre ceux qui forment ces gens vulnérables pour les besoins de l'extrémisme violent''. Elle a déclaré au Sunday Times qu'elle aurait peur de se promener la nuit à Londres. Le Times avait raillé cette confidence : ’’Les ministres de l’Intérieur sont censés instiller la peur dans le cœur des criminels, et non pas se cacher derrières les rideaux’’. (Guysen International News, 30 janvier 2008).
AFP :

(11) Le philosophe français Robert Redeker avait reçu des menaces de mort à la suite de la publication par Le Figaro du 19 septembre 2006 d’une de ses tribunes très critique à l’égard de l’islam : Face aux intimidations islamistes, que doit faire le monde libre ? Il y qualifiait le Coran de “livre d’inouïe violence” et le prophète Mahomet de “chef de guerre impitoyable, pillard, massacreur de juifs et polygame”. Sa famille et lui avaient été contraints à vivre cachés, sous protection policière. Le 19 juin 2008, le tribunal correctionnel d’Orléans a condamné à six mois de prison avec sursis et 750 euros d’amende le Français d’origine marocaine auteur de ces menaces : « Tu osé insulté notre prophètes bien aimé (...) mais sache que tous les musulmans (...) sont tes ennemis pas juste les extrémistes (...) alors maintenant coure toi ta femme et t enfants mais un jour crois moi tu va mourir ». Le parquet avait requis huit mois avec sursis.
Robert Redeker, Il faut tenter de vivre. Ed. du Seuil, 2007. ISBN : 9782020931359
Véronique Chemla et Guy Senbel, Notre liberté chérie, 6 octobre 2006

Le 25 décembre 2007, l'Assemblée générale des Nations unies a adopté par 108 voix pour, 51 contre et 25 abstentions, une résolution, présentée par le Pakistan au nom de l'OCI (Organisation de la conférence islamique), sur la lutte contre ''la diffamation des religions''. Parmi les Etats ayant voté contre figurent les Etats-Unis, des pays européens et asiatiques. Cette résolution ne cite qu’une seule religion - l’islam -, dénonce ’’l’image négative de l’islam dans les médias’’ et ’’exprime son inquiétude face à l’association fréquente et à tort de l’islam avec les violations de droits de l’homme et le terrorisme’’. (Source : Guysen International News) (44) Selon l’ACLJ, 56 418 personnes ont signé la pétition s’opposant à l’OIC,
https://www.aclj.org/petition/Default.aspx?AC=DNE0807017&SC=3359
L’European Center for Law & Justice : http://www.eclj.org/index.html


(14) Thomas Seibert, «Enmity with Islam ‘crime against humanity’», The National, 17 sept. 2008. http://www.thenational.ae/article/20080916/FOREIGN/253853817/1011/NEWS&Profile=1011

L’Arche, Dossier sur le Hamas, n° 524-525 (octobre-novembre 2001)

(16) Site de l’ALECSO (Organisation de la Ligue arabe pour l’Education, la Culture et les Sciences) : http://www.alecso.org.tn/






Michel Gurfinkiel :


(24) Véronique Chemla, Mythes et réalités du «processus de paix» : le roc des refus palestiniens
Joel Fishman et Ephraïm Karsh, La guerre d’Oslo. Ed. de Passy, 2005








(32) Gérard Fellous et Richard Prasquier, Droits humains fragilisés, Le Monde,18 décembre 2008, http://www.desinfos.com/spip.php?page=article&id_article=11984
Malka Marcovich, Les nations désunies, comment l’ONU enterre les droits de l’homme. Editions Jacob-Duvernet, 2008. 200 pages. ISBN : 978-2-84724-197-6


Articles sur ce blog concernant :

Cet article a été publié par Guysen, puis le 24 janvier 2010 sur ce blog.

jeudi 6 juin 2013

Mon interview par Radio Chalom Nitsan le 6 juin 2013


J'ai été interviewée par Radio Chalom Nitsan  (RCN), radio Juive de la Côte d'Azur le jeudi 6 juin 2013, vers 13 h 30-13 h 40. L'interview pourra être entendue pendant une semaine sur le site de ce média. Article actualisé.


Le premier thème a été le scandale lié aux plagiats commis par le grand rabbin Gilles Bernheim et sa non-détention de l’agrégation de philosophie mentionnée dans ses notices biographiques :

-          la stupéfaction exprimée par des dirigeants et journalistes communautaires est-elle réelle ou feinte ? Le 9 avril 2013, le Grand rabbin Gilles Bernheim a déclaré sur Radio Chalom que la rumeur sur « son agrégation » avait circulé lors de la campagne électorale au Grandrabbinat de France en 2008. Pourquoi ceux qui savaient se sont-ils tus, au risque d’éclabousser toute la communauté Juive française ? Comment des journalistes décideurs et le leadership communautaire familiers des arcanes du Consistoire ont-ils pu ignorer une rumeur qui a été portée à ma connaissance lors de cette campagne, alors que je n’étais pas journaliste spécialisée dans le judaïsme ? Pourquoi aucune analyse et aucun mea culpa n’ont émané de médias communautaires et des Consistoires israélites de Paris Ile-de-France et de France ? La communauté Juive institutionnalisée française risque de donner l'impression d'être une communauté "je-te-tiens-tu-me-tiens-par-la-barbichette".

-          A-t-on assisté à un « printemps Juif français » : des Juifs lambda réclamant le respect du droit et de la morale à un leadership communautaire divisé et embarrassé ? C’est symptomatique du hiatus entre une base juive française soucieuse de morale, d’éthique, de respect du droit et un leadership communautaire clivé, empêtré dans ces scandales, voire minorant la gravité des faits commis par le Grand rabbin Gilles Bernheim ;

-          des articles et des photographies sont reproduits par des médias et des organisations communautaires sans le consentement de leur auteur, sans le rémunérer, sans le créditer comme auteur. L’un de mes interlocuteurs sur RCN s’est indigné par mes propos qui « stigmatiseraient la communauté » et a déclaré que ces plagiats étaient dus à Internet, etc. J’ai répondu que je visais certains médias et certaines organisations communautaires, qu’il ne fallait pas déresponsabiliser leurs dirigeants et que les plagiats étaient commis aussi hors de la communauté. Pour preuves de mes dires, j’ai suggéré que des donateurs à des organisations communautaires françaises affichent la même exigence morale et juridique à leur égard en leur demandant s'ils ont commis des plagiats ou des contrefaçons, de s'engager à respecter le droit d'auteur, etc.

-          un modeste blog a affaibli une institution juive française incontournable et napoléonienne ;

-          le 2 juin 2013, lors des 2e assises des communautés Juives de France, le Président de la République François Hollande a fait une allusion ironique et blessante aux plagiats commis par le grand rabbin Gilles Bernheim.

 J’ai évoqué ensuite le diner du CRIF (Conseil représentatif des institutions juives de France) du 20 mars 2013 :

-          Les mêmes discours des Présidents du CRIF et de la République française répétés d’année en année. Le Président du CRIF alerte sur le niveau élevé des statistiques d’agressions antisémites, la désinformation, la diplomatie française déséquilibrée, etc. Le Président de la République répond en louant la contribution des Juifs à l’histoire de France, en soulignant le devoir de mémoire à l'égard des victimes de la Shoah, en promettant de lutter activement contre l’antisémitisme, et décline la « politique arabe de la France » ;

-          Les discours sont « islamiquement corrects » : ces fins connaisseurs de l’islam distinguent l’« islam » de « islamisme radical », et occultent l’antisémitisme et l'anitjudaïsme du Coran et de hadiths. Après les assassinats antisémites du jihadiste Mohamed Merah à Toulouse en 2012, ils n'étaient que quelques dizaines de musulmans à se rassembler place de la Bastille (Paris), dont certains brandissaient une banderole contre l'islamophobie !

-          le CRIF ne parvient pas à capitaliser sur ce diner quasi-unique en France, et à définir une stratégie d’actions plus efficaces que ce diner ou ces récents rassemblements crépusculaires : tels ces défilés-parades (Israel Day Parade) à Londres et à New York pro-Israël le 2 juin 2013 qui visent à inscrire les Juifs dans la cité d’une manière joyeuse, festive, alors qu’ils sont occultés par des expositions sur le photographe André Kertesz au Jeu de Paume, sur les jouets au Grand Palais et au musée du Moyen-âge, etc.  Le Festival de la culture Juive à Cravovie (Pologne) organise des concerts publics gratuits dans l'ancien quartier Juif. Contrairement à l'annonce publicitaire de son organisatrice Paule-Henriette Lévy, le festival des cultures juives ne "déboule" pas dans les rues de la capitale, mais se produit dans des espaces fermés. Un interlocuteur de RCN a déclaré que ces défilés ne résolvaient pas tous les problèmes. J'ai répondu que tel n'était pas leur rôle : ces parades visent à inscrire les Juifs dans la cité, à montrer une autre image des Juifs, etc. Au printemps 2002, à l'appel de la communauté française Juive institutionnalisée, des centaines de milliers de Juifs ont défilé à Paris et dans de grandes villes en soutien à l'Etat d'Israël, contre l'antisémitisme et contre le terrorisme palestinien. Ils se mobilisent moins depuis quelques années. Déception à l'égard de leur leadership communautaire ? Préoccupations personnelles et familiales ? Autres formes de soutien à Israël préférées ?

Et ces problèmes ne seront pas résolus par des dirigeants moins âgés...

 Enfin, j’ai brossé un rapide portrait d’Elie Szapiro (1939-2013), médecin devenu galeriste, libraire et expert reconnu en art judaïca, dont les obsèques ont eu lieu ce 4 juin 2013 au cimetière Montparnasse à Paris. Là, l’eulogie émouvant a été prononcé par le grand rabbin Alain Goldmann.

Elie Szapiro est né à Cahors en 1939. Il est le descendant d’une « lignée de lettrés et de rabbins » polonais – « mon grand père maternel, directeur d’une école juive à Opatov puis à Varsovie, avait une très importante bibliothèque, brûlée dans le ghetto de Varsovie où il est mort ». Ingénieur, son père Oszer est fait prisonnier en 1939 et reste prisonnier jusqu'à la fin de la Seconde Guerre mondiale, sans être dénoncé comme Juif par ses camarades. A la libération, la famille Szapiro se retrouve miraculeusement rescapée de la Shoah.

Elie Szapiro étudie la médecine à Toulouse. Là, il fonde la loge Maïmonide du B'nai B'rith.

Il se marie et s'installe à Paris. Le couple a un fils devenu haut fonctionnaire. 

Il est recruté par une firme pharmaceutique, rivale de celle où travaille son beau-père. Diplômé du Centre de perfectionnement aux affaires (CPA) dans les années 1970, il a poursuitvicette carrière brillante.

Avec son épouse Francine, et grâce à des prêts, il ouvre une galerie d'art près du musée du Moyen-âge dans le quartier Saint-Michel (Paris), puis, le succès venant, il quitte cette galerie pour une deuxième galerie Saphir d'art spécialisée dans la mode dans le XVIIe arrondissement (Espace Art/Mode), puis une troisième qui jouxte le Musée d'art et d'histoire du Judaïsme (75003) et une quatrième à Dinard (Bretagne).

Ce libraire érudit participe à la fondation des Archives Juives, puis des Journées européennes de la culture et du patrimoine Juifs-France.

C'était un homme cultivé, courtois et sioniste, un ancien édile amoureux de Dinard, un poète dont le recueil de poèmes Repaires Repris a été republié avec des illustrations de Vladimir Kara.

Au fil des décennies et de ses « chines », avec passion, patience et émotion, le couple Szapiro a sauvé de la disparition des objets alors négligés et témoins de l’histoire et de la culture juives. Ils ont organisé la vente exceptionnelle, « rare et recherchée » à Drouot Richelieu (Paris), le 23 mars 2011, de leur collection personnelle « Hébraïca-Judaïca » : près de 400 « objets et peintures qui ne sont pas sortis sur le marché depuis 30 ans ». Elie Szapiro a privilégié les manuscrits et livres, ainsi que le Midi de la France - marranes du Sud-ouest, du Comtat Venaissin et de Provence - où il a grandi.

Malgré la maladie qu’il combattait avec courage, il a aussi rédigé le catalogue de la vente aux enchères d'articles judaïca de la collection de Marc Gordon du 27 novembre 2012.

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 Cet article a été publié le 6 juin 2013 et modifié pour la dernière fois le 9 juin 2013.

vendredi 24 mai 2013

Pour la deuxième fois, la Cour d’appel de Paris reporte son délibéré dans l’affaire al-Dura

 
Le 22 mai 2013, la Cour d’appel de Paris  a annoncé sa décision de reporter son délibéré au 26 juin 2013 dans la plainte pour diffamation initiée par France 2 et Charles Enderlin, son correspondant en Israël, contre Philippe Karsenty, maire-adjoint de Neuilly et directeur de l’agence de notation des médias Media-Ratings. Au centre du délibéré : le reportage controversé de Charles Enderlin et Talal Abu Rahma, diffusé par France 2 le 30 septembre 2000, et accusant Tsahal d’avoir intentionnellement, dans la bande de Gaza, tué l’enfant dénommé Mohamed a(l)-Dura et blessé son père Jamal.


En ce 22 mai 2013 ensoleillé dans ce printemps pluvieux et froid, le hall jouxtant la salle d’audience de la Cour d’appel de Paris bruisse de commentaires sur le rapport gouvernemental israélien intitulé The France 2 Al-Durrah Report, its Consequences and Implications  (Le reportage Al-Durrah de France 2, ses conséquences et ses implications) et remis  le 19 mai 2013 par Yuval Steinitz, ministre israélien des Affaires internationales, de la Stratégie et des Renseignements, au Premier ministre Benjamin Netanyahu.

Un rapport qui conclut que ce reportage controversé est une « mise en scène ». Pour l’avoir écrit en 2004, Philippe Karsenty avait été poursuivi par France 2 et Charles Enderlin pour diffamation. Une procédure judiciaire à rebondissements, et au cours de laquelle la vision des rushes de France 2 et l’analyse de rapports médicaux sur Jamal al-Dura, conjointement à d’autres faits incontestables, ont conforté la thèse de la mise en scène des faits allégués dans ce reportage controversé et aux conséquences dramatiques.

Philippe Karsenty annonce publiquement qu’il ne répondra pas aux questions de l’AFP, et il reproche à un journaliste d’avoir relaté de manière partiale ce rapport. Un dialogue tendu s’ensuit entre ce journaliste gêné et Philippe Karsenty.

La salle d’audience de la Cour d’appel de Paris se remplit vite de journalistes de médias audiovisuels, notamment anglophones et France 3, mais peu de médias Juifs français.

Pour la troisième fois, Charles Enderlin est absent d’une audience de la procédure qu’il a initiée, avec France Télévisions, voici près de neuf ans. Il est représenté, comme le groupe audiovisuel public, par Me Bénédicte Amblard.
 
Deuxième report sans explication
La greffière de la Cour d’appel indique le report du délibéré au 26 juin 2013.

Vers 13 h 45, les trois magistrats de la Cour d’appel de Paris entrent dans la salle.

Jacques Laylavoix, président de la Cour, lit les délibérés dans plusieurs affaires.

Puis, il déclare que dans l’affaire opposant France Télévisions et Charles Enderlin à Philippe Karsenty, le « délibéré est prorogé au 26 juillet ». Sans explication.

Quelques minutes de flottement dans la salle en raison de ces deux dates distinctes.

Aussi pâle que ses bottillons aux talons hauts et fins sont écarlates, Me Bénédicte Amblard s’enquiert auprès de la greffière de la date du délibéré : 26 juin ou 26 juillet ?

Sur un ton assuré, la greffière maintient la date du 26 juin 2013, sous-entendant que le Président s’est trompé.
 
Un rapport célèbre et méconnu
Dans le hall contigu à la salle d’audience, Philippe Karsenty répond aux questions des journalistes. Aux questions de ceux-ci, on devine qu’ils n’ont souvent pas lu (entièrement) le rapport Kuperwasser. Philippe Karsenty est donc amené à faire œuvre didactique et à réfuter certains mensonges.

Sûr du triomphe prochain de la vérité, conforté par ce rapport, il indique que Christophe Bigot, « ambassadeur de France en Israël, a transmis à France Télévisions l’invitation à participer aux travaux du Comité chargé de rédiger ce rapport. France Télévisions a refusé de coopérer. Mais Nizar Faris, commandant druze de la position israélienne, a témoigné dans le rapport ». Christophe Bigot « a déclaré qu’il n’a pas à dicter la ligne de conduite de » ce groupe public audiovisuel.

Quant au Dr Yehuda David, il ne fait pas partie de la Commission. Son témoignage figure en annexe du rapport.

Jamal al-Dura « propose d’exhumer le corps de son fils ? On ignore si c’est son fils ou un autre enfant décédé, et dans quelles circonstances le décès est survenu. Même si des tests ADN démontraient un lien de parenté, ces circonstances seraient inconnues. France 2 allègue que l’enfant palestinien dont les funérailles ont été filmées serait Mohamed al-Dura. Or, il s’agit de deux enfants différents : l’hôpital de Gaza a reçu le cadavre d’un enfant palestinien à 10 heures du matin ; dans son reportage, Charles Enderlin déclare qu’il est 15 heures quand Mohamed al-Dura meurt ».

Philippe Karsenty « propose que France 2 désigne plusieurs experts afin d’examiner à Paris les cicatrices de Jamal al-Dura. En 12 ans, aucun expert médical n’a examiné ses cicatrices ! » Jamal al-Dura allègue que « 12 balles auraient touché son corps. Or, on ne voit de sang ni sur ses vêtements, ni sur son corps, ni sur le mur devant lequel il se trouve dans le reportage de France 2… » Constituée à la demande du CRIF, une première commission d'enquête a "été torpillée par Patrick de Carolis". « Richard Prasquier, président du CRIF (Conseil représentatif des institutions juives de France), a réclamé ce matin la constitution d’une commission d’enquête  » sur ce reportage controversé.

Et Philippe Karsenty d’ajouter : « Je suis la cible d’attaques ad hominem. Mais nul ne répond aux questions soulevées, nul ne se prononce sur les faits constatés par ce rapport… La personnalité de Charles Enderlin ou de Talal Abu Rahma n’est pas en cause. Seul le reportage m’intéresse. Il est bidonné. C’est une mise en scène ».

Et d’alerter : « Financé par de l’argent public, France Télévisions se plaint de n’avoir pas assez d’argent. Or, elle paie des honoraires d’avocats pour couvrir la plus grosse imposture médiatique des temps modernes. Arlette Chabot a instrumentalisé l’institution judiciaire pour faire taire les critiques. Je ne me suis pas écrasé La vérité est de mon côté. Plus le temps passe, plus j’ai de soutiens. J’ai cité mes amis dans mon article  publié par Boulevard Voltaire. On a sûrement toutes les preuves de la mise en scène ».

Pourquoi ce rapport est-il rendu public maintenant ? « Mohamed Merah a déclaré avoir tué des Juifs pour « venger les enfants palestiniens victimes d’Israël  ». Cet imaginaire est entré dans les banlieues ». Devant des journalistes incrédules, Philippe Karsenty cite le rappeur Rost  ayant évoqué en 2012, dans l’émission Salut les terriens ! de Thierry Ardisson sur Canal +, la « mort de Mohamed al-Dura ». Et c’est moi qui ai du ajouter qu’une note de bas de page en début de rapport cite Mohamed Merah. Citons Rost : "J'ai dans ma tête cette image de cet enfant palestinien, avec son père, qui était blotti contre lui, il  ya une dizaine d'années de ça, et qui se fait buter devant les caméras".

« C’est troublant qu’on puisse instrumentaliser un enfant », confie une journaliste à Philippe Karsenty. Les interrogations sur ce reportage sont effectivement perturbantes pour des journalistes, tant elles confrontent la déontologie des médias non seulement à la pratique mais à Pallywood, ce Telecittà palestinien véhiculant la haine d’Israël notamment via des blood libels (accusation diffamatoire imputant à tort aux Juifs le crime rituel d’enfant non-juif), mais aussi à l’appétit et la crédulité du public, dans le monde entier, pour ces images.
 
Une affaire politique brûlante
« Ils ont peur », chuchote une spectatrice en entendant le Président de la Cour annoncer un deuxième report.

Six heures de débats judiciaires, plus de quatre mois de réflexion… Il faudrait donc encore un mois à la Cour pour rendre son délibéré !?

Lapsus révélateur du Président de la Cour ? Annonce prématurée de la date du prochain report du délibéré ? Le lapsus du Président signifierait-il que six mois seraient nécessaires à la Cour pour statuer enfin ? Juin, juillet… Le délibéré serait rendu à la veille de vacances scolaires, alors que les médias et leurs lecteurs seront essentiellement préoccupés par les épreuves du baccalauréat, donc consacreront peu d'espace et de temps à l'arrêt de la Cour d'appel. Ouf ! On arriverait à la trêve estivale. C’était la tactique judiciaire dans les procès de membres du gang des Barbares poursuivis pour le rapt, la séquestration, la torture d’Ilan Halimi victime française Juive en 2006 du gang des Barbares dirigé par Youssouf Fofana  : les Cours d’assises des mineurs de Paris et de Créteil avaient rendu leurs verdicts peu avant les vacances respectivement d’été et d’hiver.

Comment expliquer ces reports successifs, sans motivation ? Recherche d’une stratégie pour s’extraire d’une affaire délicate à l’écho international ? Conscience, rendue plus aigue par la publication du rapport gouvernemental israélien, de l’importance de son prochain arrêt dans une affaire confinant à la « politique arabe de la France », au retentissement international, et aux effets tragiques ? Ordre du cabinet de la ministre de la Justice, Christiane Taubira, et plus particulièrement de son conseiller particulier, Me Jean-François Boutet, « un avocat à la Cour de cassation très engagé dans l’affaire al Dura et contre Philippe Karsenty, toujours en activité au sein de son cabinet, la SCP Boutet". Un cabinet qui a représenté Canal + dans le procès en cassation opposant la société Canal + à Philippe Karsenty  ? Une ingérence rendue vraisemblable aussi par le non respect du principe de neutralité de la ministre de Justice qui, en violation du droit de tout justiciable à un procès équitable, a pris une position partiale en faveur d'Anticor, association dont elle est membre du Comité de parrainage, dans le procès pénal contre Patrick Buisson dans l'affaire des sondages commandés par l'Elysée sous la présidence de Nicolas Sarkozy.

A noter qu’aurait été reporté le délibéré de la Cour de cassation dans la procédure visant à casser l’arrêt de la Cour d'appel de Paris  ayant condamné le journaliste Clément Weill-Raynal, poursuivi  par Jamal al-Dura.

Ces reports successifs augmentent la pression pesant sur la Cour d’appel de Paris. Plus celle-ci reporte la date de son délibéré, plus des faits corroborent les dires pour lesquels est jugé Philippe Karsenty, plus elle s’enferre dans une affaire politique brûlante qui n'a pas carbonisé le prévenu, mais où s’est embourbé le groupe audiovisuel public. Car l'ambassadeur de France en Israël a été clair : France Télévisions est seule responsable de son refus de collaborer pour "lever tous les doutes" sur les faits allégués par ce reportage.

La Cour d’appel de Paris relaxerait-elle Philippe Karsenty, les conséquences seraient dévastatrices pour Charles Enderlin et France Télévisions, même si la Cour n'est tenue qu'à se prononcer sur la question de la diffamation. Les plaignants envisageraient vraisemblablement un pourvoi en cassation dans l’espoir qu’une Cour d’appel autrement composée condamnerait Philippe Karsenty. Mais ce serait un pari risqué. Le temps joue en faveur du prévenu. Déjà, au sortir de l’audience du 3 avril 2013, Philippe Karsenty avait annoncé la révélation prochaine de faits majeurs. Et ce rapport gouvernemental israélien affirmant la mise en scène du reportage vient d’être rendu public…

Condamnerait-elle Philippe Karsenty pour diffamation, la Cour d’appel de Paris aurait du mal à motiver son arrêt, et risquerait de se ridiculiser.

En outre, c’est une institution judiciaire affaiblie qui va statuer. Elle est éclaboussée par le scandale du « Mur des cons », ce panneau réunissant les photographies de personnalités honnies, méprisées et injuriées par le Syndicat de la Magistrature. Un honteux « Mur des cons » révélé par le chroniqueur judiciaire de France 3, Clément Weill-Raynal, contre lequel le syndicat SNJ-CGT de France Télévisions, solidaire de Charles Enderlina réclamé des sanctions. Simple coïncidence ? Ou volonté de faire santionner celui qui a douté de la version de Charles Enderlin et du fleuron du service public audiovisuel français ?
 

jeudi 25 avril 2013

Howard Greenberg Collection


La Fondation Henri Cartier-Bresson  (HCB) présente l’exposition éponyme, coproduite avec le musée de l’Elysée à Lausanne  (Suisse), et rendant hommage à Howard Greenberg, photographe, galeriste et collectionneur newyorkais Juif. Cet artisan pionnier et majeur de l’essor du marché actuel de la photographie a constitué une collection évolutive qui comprend des maitres : Abbott, Cartier-Bresson, Frank, Friedlander, Kertész, Klein, Lange, Model, Parks, Steichen, Strand, Sudek, Weston… Une « centaine de chefs-d’œuvre, caractéristiques » de ses choix avisés, éclectiques – du pictorialisme au modernisme via la Street Photography, le photojournalisme et des clichés contemporains conçus pour la publicité, la mode et l’industrie - et « pour la première fois dévoilés au public » à Paris.


« Le bon tirage de la bonne image trouvé au bon moment ». C’est ainsi qu’Howard Greenberg définit son métier ou/et sa passion : galeriste newyorkais et collectionneur.

Des plus de 500 photographies collectionnées, la Fondation HCB expose une centaine de chefs-d’œuvre inédits et caractéristiques des choix avisés du « galeriste-collectionneur » newyorkais.

Des « modernistes de l’école tchèque (Drtikol, Rössler, Funke) aux photographes de la FSA (Lange, Evans) en passant par les humanistes (Hine, Seymour) ou les maîtres américains (Callahan, Frank, Winogrand), c’est une histoire personnelle de la photographie qui est racontée. Parmi la sélection, sont présentés des tirages d’une qualité exceptionnelle et des photographes majeurs, parfois méconnus comme Roy DeCarava, Leon Levinstein ou Ralph Eugene Meatyard ».
« Une tendance obsessionnelle pour la collection »
Howard Greenberg  est né dans une famille américaine, dont le père est un représentant de commerce en cigares et cigarettes.

Il est un « collectionneur dans l’âme » depuis l’enfance : cartes de baseball, numéros du magazine Rolling Stone.

Howard Greenberg entame des études de psychologie.

« Engagé politiquement », il doit arrêter ses études de psychologie au niveau du doctorat. Voulant éviter de combattre au Vietnam, il s’enrôle comme réserviste. Au bout d’un an, il est démobilisé.

Il visite l’Europe, en particulier la France. Un grave accident de voiture le contraint à une longue convalescence.

Pendant une année « sabbatique » aux Etats-Unis, Howard Greenberg s’intéresse, ou plutôt se passionne pour la photographie à l’automne 1970.

Il s’installe à Woodstock en septembre 1972. « Pendant cinq ans, j’étais parallèlement professeur de photo, photographe pour la ville, photographe du journal local, photographe pour artistes : j’avais appris de l’un des meilleurs spécialistes de New York comment photographier les œuvres d’art ».

Howard Greenberg s’intéresse à « l’histoire de Woodstock et à cette colonie d’artistes – la seconde plus ancienne du pays, installée dès 1902 » –.

Il découvre Eva Watson-Schütze, photographe membre de la Photo-Secession que Stieglitz avait publiée dans Camera Work.

Il apprend que Russell Lee vivait à Woodstock, se lie avec Dennis Stock, photographe de Magnum, résidant près de la ville. « Dennis est devenu l’un de mes mentors », confie Howard Greenberg à Sam Stourdzé, à New York, le 23 mai 2012.

En 1977, à Woodstock, Howard Greenberg fonde le Centre de la photographie, puis ouvre une école. Il se heurte à la méfiance de cette « communauté d’artistes » à l’égard de la photographie considérée comme une œuvre artistique.

Lectures, visites mensuelles d’expositions de photographes dans la Big Apple, notamment au « MoMA  (Musée d’art moderne) pour voir l’accrochage de la collection permanente proposé par John Szarkowski »… Tels sont les « cours » intensifs de formation de cet autodidacte.
De la Photofind Gallery à la Howard Greeenberg Gallery
En 1981, Howard Greenberg  ouvre six mois par an sa galerie de photographies, Photofind Gallery à Woodstock. Il est alors un nouvel entrant dans un marché de la photographie encore émergent, et où les galeries ont déjà fidélisé ses photographes préférés.

« L’intérêt pour la photographie est balbutiant, seules quelques galeries spécialisées sont installées à New York, quelques-unes dans le reste du monde. Ces galeries proposent principalement des œuvres du XIXe siècle et du début du XXe. Le contemporain intéressait moins, certainement parce que nous étions nous-mêmes des contemporains ! », se souvient Howard Greenberg mû par sa curiosité de l’histoire de la photographie dont les débuts ont déjà été écrites, en particulier par Beaumont Newhall.

Cependant, Newhall avait négligé « la photographie sociale, la photographie documentaire. Il avait rapidement abordé Lewis Hine et peut-être quelques autres, mais globalement, il avait laissé un manque dans l’histoire du milieu du XXe siècle. J’ai ainsi fait la connaissance de photographes étonnants que peu connaissaient à l’époque. Ce n’était pas le résultat d’une stratégie de développement économique, mais simplement le fruit de ma curiosité. J’ai ainsi découvert, un peu par accident, l’histoire de la Photo League  à travers le propriétaire d’un cinéma à Woodstock qui en avait été membre ».

Au fil de ses rencontres, Howard Greenberg expose « des photographes obscurs et inconnus dont je pensais qu’ils méritaient d’être connus. C’était osé car ils n’étaient pas faciles à vendre ! Parallèlement, je montrais donc des grands maîtres. Ainsi je faisais une exposition Alfred Stieglitz ou Margaret Bourke-White et entre les deux une exposition de Louis Faurer ou de Rosie Green (une formidable photographe de mode) ».

En 1986, Howard Greenberg déménage sa galerie de Woodstock à Soho (New York), dans un lieu « au même étage que Laurence Miller », et en la dénommant désormais par ses prénom et nom.

Puis, en 2003, il installe la Howard Greenberg Gallery dans le Fuller Building au 41 East 57th Street. Ce qui lui permet de présenter plusieurs expositions simultanées dans un espace modulable .

Howard Greenberg montre aux visiteurs de sa galerie, aux collectionneurs, le travail des grands photographes décédés et celui d’inconnus en vie. Il « expose ce qui lui tient à cœur, sans tenir compte de l’aspect commercial, le travail des grands maîtres aidant à financer le reste ». Il « utilise le même principe pour sa collection qu’il complète au gré de ses coups de cœur, de sa sensibilité sans courir après une liste de photographies idéales ».

Découvrant les photographes actifs à New York dans les années 1940 ou 1950, il sensibilise avec succès le public à ces artistes.

Dénué de tout esprit d’exclusion, Howard Greenberg déplore que des pans entiers de la photographie aient été alors minorés, méconnus. « Beaucoup ont réalisé que l’histoire de la street photography devait être écrite. Aujourd’hui, nous avons un livre sur la New York School, un autre sur la Photo League ; les figures secondaires ont eu des expositions muséales et des livres. Dans les quinze dernières années, il y a eu de grands changements. C’est vrai que j’ai souvent présenté pour la première fois au public beaucoup de ces photographes ».

« Je me suis focalisé sur la photographie du milieu du XXe siècle ; peut-être parce que je suis un humaniste, parce que j’ai une formation en psychologie, parce que je m’intéresse aux gens. La photographie que j’ai exposée, celle que j’ai collectionnée, est vraiment la photographie de gens. Cette photographie est la plus difficile à vendre. Les collectionneurs qui achètent de la photographie pour la mettre sur leurs murs ne veulent pas être sous le regard d’une image. Bien sûr, il y a des exceptions comme Diane Arbus. Mais Diane Arbus s’adresse à une marge, c’est différent. La photographie de rue, le New York style, c’est plus difficile à collectionner. Les avant-gardes ou le modernisme, c’est plus facile ; surtout le modernisme, parce que c’est du design ».

Howard Greenberg « s’affirme très vite comme l’un des piliers de la scène photographique new yorkaise ».

Grâce à son activité de galeriste, il acquiert des pièces majeures, auréolé de sa notoriété d’expert ès photographie new-yorkaise du milieu du XXe siècle.

S’il acquiert par troc sa première photographie – de Jerry Uelsmann - en 1972 et pratique des « échanges avec des photographes », il n’initie sa collection qu’en 1981.

Il se lie d’amitié avec Sid Avery, photographe de cinéma à Hollywood et collectionneur qui lui vend des photos de sa collection : la première est un tirage de Karl Struss sur une rue newyorkaise. Cet achat marque le vrai début de sa collection. Une activité en conflit parfois avec celle de galeriste.

Il est parfois contraint de vendre des clichés - Penny Picture de Walker Evans – par besoin d’argent pour sa vie familiale, pour acquérir de nouvelles œuvres, ou pour racheter des tirages de photographies dont il avait du se défaire (La Jeune femme américaine en Italie de Ruth Orkin).

Avec patience et prudence, sa collection s’est enrichie lors des 30 dernières années selon « deux approches : l’utilisation expérimentale de la photographie qui s’interroge comme médium et à l’opposé, l’utilisation documentaire, portée par sa fonction d’enregistrement du réel. Cette dualité aux apparences inconciliables, prend corps cependant au sein de cette collection, grâce à l’acuité d’un regard passionné et curieux, qui laisse une large place à la découverte des figures, longtemps négligées, de la scène new yorkaise d’après-guerre : les photographes de la Photo League  et de la New York School (Abbott, Liebling, Faurer, Friedlander, Model ) ».
L’importance du tirage
Howard Greenberg « accorde une place essentielle au tirage. Celui des Trois mineurs gallois d’Eugene Smith est ainsi entré dans sa collection lorsqu’il découvre le premier tirage utilisé pour la reproduction dans Life, un tirage d’une grande simplicité », sur papier très fin, un tirage brut à partir du négatif. C’est ce tirage qu’il privilégie pour sa force d’expression.

Dans les archives de TimeLife, il trouve un tirage de La Mort d’un soldat républicain de Capa. « Ce n’est peut-être pas le vintage absolu ». Malgré ses marques de retouches, ce « tirage fait très tôt a une vraie marque d’authenticité… [Il] parle de l’Histoire, c’est une représentation de la guerre ».

Ses motivations de collectionneur ? « La première tourne autour de la magie. C’est lié au processus photographique, c’est l’idée d’une vision mécanique. Le photographe voit la photo qu’il veut créer. Il la cherche, la voit et la restitue. La restitution, c’est le tirage... Parmi les milliards de photos qui ont été réalisées depuis 150 ans, c’est pourtant rare de se retrouver face à un morceau de papier qui vous touche profondément, qui vous emmène ailleurs. Cette émotion est simplement indescriptible, mais lorsqu’elle se produit, je tombe amoureux du tirage que je regarde. C’est ce que j’appelle la magie. C’est l’expérience de l’art. C’est transcendant, cela peut arriver quand on regarde une peinture, mais aussi quelquefois quand on regarde un tirage. Dans ma collection, il y a aussi des photos que j’appelle « hommage ». Hommage aux artistes que j’ai admirés quand j’étais jeune photographe. Ils m’ont influencé par leurs photos, parfois aussi à travers leur enseignement. Je pense à Nathan Lyon, à Van Deren Coke. Il y a aussi des grands commissaires d’exposition qui ont repoussé les frontières. J’ai eu la chance de connaître la plupart d’entre eux. Ils ont compté et ils comptent toujours.
Eclectisme
Ceux qui ont influencé Howard Greenberg ? D’abord, John Szarkowski, conservateur « génial, formidable » du MoMA, en raison de sa « façon d’appréhender la photographie, sa manière unique de la regarder, de la penser. Il était génial et m’a vraiment inspiré. Je l’ai connu à la fin de sa vie. C’était un élitiste, un intellectuel particulièrement snob… Il avait une façon particulière de vous entraîner dans une conversation, il vous mettait sur un pied d’égalité ».

Et Minor White : « En 1972, le premier jour du stage avec Jerry Uelsmann, je suis arrivé un peu plus tôt dans la ferme où se tenaient les cours. En attendant, j’ai attrapé le livre de Minor White, Mirrors Messages Manifestations, qui venait de sortir. Le peu que je connaissais de Minor White, je l’avais découvert dans le magazine Aperture, dont il était fondateur. J’ai découvert une autre dimension de la photographie et son potentiel. Minor White photographie le réel et le transforme en quelque chose de cosmique. Il a toujours laissé libre cours à son imagination et tendu vers une pure abstraction ».

Une partie de la collection d’Howard Greenberg comprend des photographies ayant « une dimension politique, plus connectée à la réalité ».

Les images qui ont fasciné Howard Greenberg ? Celle de Livia de Frederick Sommer découverte lorsqu’il débute dans la photographie : « Elle m’a laissé une impression indélébile. J’ai attendu trente ans pour pouvoir l’acquérir. C’est comme la photographie de la pomme de Caponigro, je l’ai cherchée pendant des années pour finalement la trouver il y a seulement deux ans ».

Dans sa collection, de nombreux petits formats de grandes photos car Howard Greenberg a « toujours été attiré par les petits formats… J’aime être proche, être très près, même d’une grande photo. Un petit format recèle une forme d’intimité. Déjà, quand j’étais photographe, on ne tirait plus vraiment en petit format. Les grands tirages étaient en 40 x 50 cm, le format moyen 30 x 40. Si on voulait faire des économies, on choisissait le 18 x 24, mais on tirait très rarement en plus petit. Dans les petits formats, il y a un sens de l’histoire qui m’attire. A de rares occasions, je me suis trouvé face à des images célèbres, proposées en petits formats. Je les ai tout de suite intégrées dans ma collection. J’ai un petit format de « The Critic » de Weegee ; j’ai un Robert Frank des Américains ; j’ai un petit polaroid de Helmut Newton  des quatre femmes nues. J’ai vu passer plusieurs tirages de « Pioneer » de Rodchenko, mais le tirage que j’ai gardé, c’est celui que j’ai trouvé en petit format. Chez Mondrian par Kertész  est au format carte postale. Il est petit et je l’aime dans cette taille. Mais je ne l’ai pas acheté parce qu’il était petit, je l’ai acheté parce que c’est la parfaite expression d’une photographie parfaite ».

La part importante de la mode et des VIP dans la collection d’Howard Greenberg ? « A la galerie, j’ai régulièrement organisé des expositions de photographes de mode. Mon seul critère pour les montrer, c’était de trouver des photographes qui faisaient de bonnes photos. La mode, c’était peut-être une excuse parce qu’il fallait gagner sa vie. D’ailleurs, certains photographes ont fait du journalisme, d’autres ont enseigné. William Klein  est l’exemple d’un photographe brillant qui pouvait exercer son talent dans la mode. Ces photos, je ne les vois pas comme des photographies de mode. C’est la même chose avec les célébrités. Beaucoup de photographes ont travaillé avec des gens célèbres et ont fait de bonnes photos, c’est d’ailleurs souvent leur job. Mais quelques-uns ont photographié des gens connus et réalisé des portraits mémorables. C’est ce qui m’attire. Ainsi j’ai dans la collection des portraits signés Arnold Newman, William Klein, Lillian Bassman, ou encore le portrait de Bacon par Bill Brandt. Et comme toujours, posséder le bon tirage est essentiel, parce qu’il s’agit d’images connues dont il existe énormément de tirages tardifs sur le marché ».

Les internautes peuvent acheter des photographies sur le site internet de la Howard Greenberg Gallery, lancé en 2000.

Jusqu’au 28 avril 2013
A la Fondation HCB

2, impasse Lebouis. 75014 Paris
Tel : 01 56 80 27 00
Du mardi au dimanche de 13 h à 18 h 30. Le samedi de 11 h à 18 h 45. Nocturne gratuite le mercredi de 18 h 30 à 20 h 30

Visuels :
 Henri Cartier-Bresson, Madrid, 1933
© Henri Cartier-Bresson/Magnum Photos. Courtesy Fondation HCB et Howard Greenberg Gallery

Leon Levinstein, Cinquième Avenue, ca 1959
© Howard Greenberg Gallery / Courtesy Howard Greenberg Gallery

Dorothea Lange, Cueilleur de coton saisonnier, Eloy, Arizona, 1940
© Library of Congress / Courtesy Howard Greenberg Gallery

Dorothea Lange, Migrant Mother, Nipomo, Californie, 1936
© Library of Congress / Courtesy Howard Greenberg Gallery

Ruth Orkin, Jeune femme américaine en Italie, 1951
© Ruth Orkin / Courtesy Howard Greenberg Gallery

Walker Evans, Eglise pour les noirs, Caroline du Sud, 1936
© Library of Congress / Courtesy Howard Greenberg Gallery

A lire sur ce blog :
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Les citations sont extraites du dossier de presse, et de l’entretien réalisé à New York le 23 mai 2012 par Sam Stourdzé.  

mardi 9 avril 2013

Dans l’affaire al-Dura, la Cour d’appel de Paris reporte son délibéré au 22 mai 2013


Le 3 avril 2013, la Cour d’appel de Paris  a annoncé sa décision de reporter son délibéré au 22 mai 2013 dans la plainte pour diffamation initiée par France 2 et Charles Enderlin, son correspondant en Israël, contre Philippe Karsenty, maire-adjoint de Neuilly et directeur de l’agence de notation des médias Media-Ratings. Au centre : le reportage controversé de Charles Enderlin et Talal Abu Rahma, diffusé par France 2 le 30 septembre 2000, et accusant Tsahal d’avoir intentionnellement tué l’enfant dénommé Mohamed a(l)-Dura et blessé son père Jamal.

Ce 3 avril 2013, vers 13 h 30, la salle d’audience de la Cour d’appel de Paris est ensoleillée, mais peu remplie.

Sont présents Me Bénédicte Amblard, avocate de France Télévisions et de Charles Enderlin, Philippe Karsenty, ainsi que quelques journalistes.

Pour la deuxième fois, Charles Enderlin est absent d’une audience d’une procédure qu’il a initiée, mais sera présent à Paris, à quelques jours de cette audience, pour lancer son nouveau livre. En effet, il donnera sa conférence/débat  Israël et l’irrésistible ascension du messianisme juif organisée par La Paix Maintenant , le 9 avril 2013, au cercle Bernard Lazare. Il y parlera de son nouveau livre Au nom du Temple. Israël et l’irrésistible ascension du messianisme juif (1967-2013).

Coïncidence : alors que l’arrêt de la Cour est attendu en silence, sort dans les salles de cinéma françaises Inch Allah d’Anaïs Barbeau-Lavalette, film distillant le narratif palestinien, dont deux blood libels.
 
Report sans motivation éclairante
Vers 13 h 40, les trois magistrats de la Cour d’appel de Paris entrent dans la salle.

« La Cour n’est pas en mesure de rendre son arrêt. Le délibéré est prorogé au 22 mai 2013 », déclare laconiquement Jacques Laylavoix, président de la Cour.

Six heures de débats judiciaires, plus de deux mois et demi de réflexion… A l’évidence, la Cour a conscience de l’importance de son prochain arrêt dans une affaire confinant à la « politique arabe de la France », au retentissement international, et aux effets tragiques.

Dans le hall attenant à la salle d’audience, Philippe Karsenty loue la liberté d’expression auprès des journalistes.

Placide, il déclare  : « La Cour d’appel veut plus de temps ». Elle a « conscience que l’arrêt sera décortiqué précisément... Je suis un politicien. Les journalistes sont critiques et demandent beaucoup de transparence aux hommes politiques. Et la société demande beaucoup de transparence aux journalistes. Il n’y a pas une caste de citoyens qui doit être protégée de la critique... Il est très important que les journalistes aient à rendre des comptes quand ils commettent des fautes avec des conséquences aussi importantes et aussi graves ».

Me Orly Rezlan, avocate  dans une autre procédure dans l’affaire a(l)-Dura, s’engouffre dans la salle d’audience. Las ! La Cour a déjà annoncé le report de son délibéré. Avec une ironie mordante, Philippe Karsenty interpelle l’avocate lors d’un bref échange verbal.

Quelques heures après l’annonce du report du délibéré, TéléObs titre son article Affaire Enderlin : Philippe Karsenty sera fixé fin mai. Un glissement sémantique significatif : il ne s’agit plus de l’affaire a(l)-Dura ; l’affaire est désormais dénommée curieusement du patronyme d’une partie civile, comme si Charles Enderlin devenait le prévenu.

A la différence de médias israéliens et américanophones, peu de médias français ont informé sur ce report.

Le 4 avril 2013, le CRIF (Conseil représentatif des institutions juives de France) a annoncé ce report du délibéré et publie une interview filmée de Philippe Karsenty au sortir de l’audience. Lors même que le CRIF n’a publié aucun texte sur l’audience cruciale du 16 janvier 2013. C’est si emblématique de la position paradoxale du CRIF…

Le 4 avril 2013, Times of Israel  publie une des rares interviews du physicien Nahum Shahaf, le premier à avoir mené une enquête sérieuse - analyse scrupuleuse des images, reconstitution exacte des lieux, etc. - fondamentale, devenue incontournable sur le controversé reportage a(l)-Dura, et à avoir exclu toute responsabilité israélienne dans les tirs. Souligné les invraisemblances : impact rond de balles sur le mur selon des tirs de face, alors que la position militaire israélienne est située en oblique par rapport à l’emplacement des a(l)-Dura, faible impact de poussière liée à des tirs présumés obliques, etc. Et exclu tout décès, le 30 septembre 2000, de l’enfant filmé.

Cet ancien instructeur balistique à l’université Bar Ilan songe à poursuivre Charles Enderlin et France 2 aux Etats-Unis.

Le 8 avril 2013, la Société des personnels de Libération (SCPL), qui représente les salariés au Conseil de surveillance du journal, a déploré  « que Libération ait relayé ce matin une rumeur sans fondement sur un prétendu compte en Suisse de Laurent Fabius, avec pour effet de l’accréditer. Notre travail de journaliste ne consiste pas à rendre publique une rumeur, mais à enquêter pour savoir si elle correspond à des faits. Ce travail élémentaire n’a pas été fait. Il s’agit là d’une faute déontologique grave ».

Le 11 avril 2013, Nicolas Demorand, directeur de ce quotidien, a présenté ses excuses aux lecteurs de Libération. Il a assumé la responsabilité pour des erreurs.

A méditer par Charles Enderlin et France 2…


A lire sur ce blog :

Cet article a été publié le 9 avril 2013 et modifié le 11 avril 2013.