Citations

« Le goût de la vérité n’empêche pas la prise de parti. » (Albert Camus)
« La lucidité est la blessure la plus rapprochée du Soleil. » (René Char).
« Il faut commencer par le commencement, et le commencement de tout est le courage. » (Vladimir Jankélévitch)
« Notre métier n’est pas de faire plaisir, non plus de faire du tort. Il est de porter la plume dans la plaie. » (Albert Londres)
« Le plus difficile n'est pas de dire ce que l'on voit, mais d'accepter de voir ce que l'on voit. » (Charles Péguy)

jeudi 2 août 2018

« Tabloïds. Splendeur et décadence de la presse à scandale » de Jean-Baptiste Péretié


« Tabloïds. Splendeur et décadence de la presse à scandale » (Tratsch Und Totschlag. Aufstieg und Niedergang der Skandalpresse) est un documentaire de Jean-Baptiste Péretié. Le « récit de l'irrésistible ascension des tabloïds, avant leur chute et leur résurrection sur Internet. Une enquête éclairante menée sur un ton décalé ». Le 30 juillet 2018, a été annoncé un plan de suppression de postes - la moitié de la rédaction - au tabloïd américain "The Daily News" dont la ligne éditoriale est anti-Trump.

« Corps sans tête dans bar à nibars », « Des abeilles tueuses foncent vers le Nord »... : racheté en 1976 par Rupert Murdoch, le roi de la presse tabloïd, le New York Post s'est rendu célèbre par ses unes racoleuses, à l'instar de ses cousins britanniques The Sun et News of the world, deux autres titres du magnat australien ».

Fleet Street
Les journalistes de ces deux journaux du groupe Murdoch fréquentent les pubs de Fleet Street à la recherche de potins et scoops.  En page 3, des femmes aux seins nus illustrent des articles à la teneur inventée. The Sun se placent du côté des progressistes, de ceux aimant "se marrer, les belles femmes et le sexe". Bref, du "fun pour oublier les soucis". En quelques années, le journal moribond est acheté et lu par des millions de lecteurs.

Une formule exportée aux Etats-Unis et appliquée au New York Post, journal plus politique. Rédacteur en chef, Kelvin McKenzie se voit intimer l'ordre par Murdoch de modérer le ton du journal. Pour The Sun, il a inventé la "malédiction de la photographie du garçon en pleurs" en tablant sur la crédulité des lecteurs. Il a organisé une manifestation anti-Delors en mobilisant les Britanniques.

Titres racoleurs
Le National Enquirer bénéficie d'une armada de gens payés pour leurs tuyaux. Il a publié la photographie de Presley mort et a couvert le procès d'O.J. Simpson, célèbre sportif accusé d'avoir tué son épouse et le compagnon de cette dernière. "Briser le mythe", c'est aussi le but du tabloïd.

« Exploitant le voyeurisme de ses lecteurs et abusant de leur crédulité, la presse à scandale s'est surtout développée dans les pays anglo-saxons, où le droit en la matière est moins strict qu'ailleurs. Avec, toujours, la même recette éprouvée : « Seins nus, chien, enfant, un des Kennedy », comme le résume avec humour un journaliste. Soit un savant dosage de faits-divers montés en épingle, de sexe extraconjugal et d'histoires abracadabrantes, - la (sur)vie cachée d'Elvis Presley, un vieil homme habitant avec un alligator, etc. »

« Comptant au sommet de leur succès plusieurs millions de lecteurs chacun, et ayant inspiré d'autres tabloïds plus soft dans le reste du monde, y compris en France (Voici, Closer, etc.), ces titres ont périclité ces trente dernières années après avoir choqué l'opinion, en poussant trop loin leurs méthodes : paparazzis charognards à la mort de Lady Di en 1997, écoutes téléphoniques des stars" et de politiciens - Tony Blair - "en 2011 ayant entraîné la fermeture de News of the world ». Lady Di ? "Une garantie de vente hors pair", confie un journaliste du Bild. Michael Leshay, paparazzi, a conscience de la précarité de son job

Fasciné par le Daily Mirror, Axel Springer crée le Bild, journal anti-communiste et "pétri de sensationnalisme", qui tire à plusieurs millions d'exemplaires. Dans les années 1990, Bild publie les photos du prince Charles nu. Ce que n'osaient pas faire les tabloids britanniques.

Les « tabloïds sont morts, vive la culture tabloïde à l'ère d'Internet (trash TV, sextape, revenge porn, etc.) ! Celle-ci triomphe désormais sur tous les écrans où chacun peut exposer ses petits secrets ». Avec des coûts de production moins élevés et une rapidité d'action accrue.

Dès les années 1980, des émissions télévisuelles ont estompé la ligne départageant le privé du public. Tout un chacun est invité à s’épancher devant la caméra sur son intimité. Parallèlement, des vedettes ont accepté la publication de faits relevant de leur vie personnelle, voire négocié, parfois financièrement, leurs modalités de divulgation. Leurs agents téléphonent aux tabloïds pour obtenir des articles. Des inconnus accèdent à une célébrité éphémère.

C’est Closer qui a révélé la relation entre le Président de la République François Hollande et l’actrice Julie Gayet, en publiant en janvier 2014 les photographies du Président la rejoignant, casqué, sur une moto, dans un appartement près de l’Elysée. Ce qui a soulevé des interrogations sur la sécurité dont bénéficiait le chef de l’Etat. « C'est probablement le plus gros coup du magazine en dix ans. C'est l'histoire qui a suscité le plus de reprises, c'est clairement ce qui a assis la notoriété de Closer », a déclaré Laurence Pieau, la directrice de la rédaction de Closer, en 2015. Dès fin 2014, Closer a publié des interviews de politiciens. « C'est une façon de réaffirmer la spécificité de notre magazine en terme de peopolisation. Les hommes et femmes politiques font partie depuis 2006 de l'univers de Closer. Comme l'ont très bien dit Jean-Luc Mélenchon, Nathalie Kosciusko-Morizet ou Bruno Le Maire, c'est l'occasion de toucher un autre lectorat, de parler au plus grand nombre. Nous sommes, par exemple, leaders chez les femmes de moins de 50 ans. La presse people permet de toucher des lecteurs et lectrices qui sont aussi des électeurs », a observé Laurence Pieau. 

Quant à Voici, il a publié en novembre 2014 des photographies prises du Président dialoguant dans les jardins de l’Elysée avec la comédienne. De nouveau, la sécurité du Président a suscité des questionnements. Des faits que les mainstream média avaient maintenus secrets ou ignoraient.

Le 23 juillet 2016, dans un article sur le tireur dans un centre commercial de Munich (Allemagne), Closer a allégué à tort  que ce terroriste serait un "Germano-Israélien", alors qu'il est germano-iranien. Le magazine a rectifié, mais quel lapsus révélateur notamment d'un déni de la réalité ! Bilan de l'attentat : neuf morts et seize blessés.

« Documenté et émaillé de témoignages édifiants de rédacteurs en chef lucides et cyniques, de paparazzis désenchantés et de celui, touchant", de la chanteuse Gennifer Flowers, qui "affirme avoir été la maîtresse de Bill Clinton, ce film décrypte un phénomène en constante évolution ». Pour Gennifer Flowers, Clinton "jouait avec son esprit et son corps". En 1992, elle a négocié avec le Star le tarif pour ses révélations sur sa relation de douze ans avec le gouverneur. Sa vie est bouleversée. Gennifer Flowers pose pour Penthouse. Interviewé lors d'une émission télévisée sérieuse, Bill Clinton, assis près de son épouse Hillary, nie. Éhontément.

Arte diffusa les 24 et 31 juillet 2016, dans le cadre du Summer of Scandals, « Tabloids. Splendeur et décadence de la presse à scandale » (Tratsch Und Totschlag. Aufstieg und Niedergang der Skandalpresse).

Le 30 juillet 2018, a été annoncé un plan de suppression de postes - la moitié de la rédaction - au tabloïd américain "The Daily News" dont la ligne éditoriale est anti-Trump.

Vers la mi-juillet 2018, le tabloïd italien Chi a publié les photos de Marion Maréchal et de son compagnon Vicenzo Sofo pendant des vacances sur une plage italienne. Âgé de 32 ans, Vicenzo Sofo "est un militant depuis 2009 à la Ligue du Nord (extrême droite) du ministre italien de l'Intérieur, Matteo Salvini, et fondateur du think tank « Il Talebano ».

Selon le tabloïd britannique The Mirror, le Prince William, deuxième dans l’ordre de succession au trône du Royaume-Uni, a été si ému par sa récente visite officielle en Israël et dans les territoires contrôlés par l’Autorité palestinienne qu’il envisagerait de faire de « la paix au Moyen-Orient la mission de toute sa vie ».


Quark Productions, Arte, 2012, 73 min
Sur Arte les 24 juillet à 22 h 15 et 31 juillet 2016 à 2 h 15
Visuels : © Quark Productions

Articles sur ce blog concernant :
Articles in English
Les citations sont extraites du site d'Arte. Cet article a été publié le 24 juillet 2016.

mercredi 1 août 2018

Josef Koudelka


Josef Koudelka est un photographe né en Tchécoslovaquie en 1938. Arte diffusera le 7 août 2018 à 1 h 30 « Koudelka Shooting Holy Land » par Gilad Baram. « Le réalisateur israélien Gilad Baram a suivi le célèbre photographe Josef Koudelka en Palestine pour livrer de bouleversantes images du mur de séparation ».


Josef Koudelka est né en Moravie, alors en Tchécoslovaquie, en 1938.

Ingénieur aéronautique, il s’oriente vers la photographie à la fin des années 1960. Une activité qui lui prend tout son temps.

« 22 août 1968 : un bras s’avance dans l’image. La montre à son poignet indique l’heure. La veille, les chars de l’Armée rouge sont entrés dans Prague. Un rendez-vous a été fixé pour une manifestation de contestation. Mais il s’agit là d’un piège fomenté par Moscou. Le peuple de Prague est heureusement averti à temps. À l’heure dite la place est vide. À ce moment là commence pour Koudelka un lent compte à rebours qui l’amènera bientôt à quitter son pays natal ».

En 1968, Koudelka « photographie l’invasion soviétique de la Tchécoslovaquie. Il publie ses clichés sous le pseudonyme P.P. (Prague Photographer) et se voit décerner anonymement le prix Robert Capa pour ses images ».

Exils
En 1970, Josef Koudelka fuit la Tchécoslovaquie communiste. 

Les « mois d’hiver, il habite à Londres puis à Paris. Le reste du temps, il est sur les routes d’Europe  à traquer les hasards ». 

Au cours des années 1970 et 1980, il crée « ses images les plus enchantées qui composeront le livre Exils publié par Robert Delpire en 1988 ». 

Les « mois d’hiver, il habite à Londres puis à Paris. Le reste du temps, il est sur les routes d’Europe à traquer les hasards ». 

Apatride, il obtient l’asile politique en Grande-Bretagne.

Josef Koudelka rejoint Magnum Photos.

En 1975 est édité son livre Gitans.

Au cours des années 1970 et 1980, Josef Koudelka crée « ses images les plus enchantées » de sa série Exils. Ses clichés seront montrées à Paris en 1988, puis rassemblées dans un livre devenu « référence de la bibliophilie photographique ».

Lors d’une exposition dans les locaux du Centre au Palais de Tokyo, le Centre national de la photographie édite la première édition d’Exils en 1988. 

« Quarante ans après avoir quitté son pays natal, un nombre important de ses photographies, accompagnées de textes de référence, est publié sous le titre Invasion Prague 68 ». 

Puis Koudelka publie dix recueils de photographies panoramiques sur la relation entre l’homme contemporain et le paysage, notamment Black Triangle (1994), Chaos (1999), Lime (2012) et Wall (2013). 

C'est à l'invitation du photographe Frédéric Brenner que Josef Koudelka se rend, en tenant à payer ses frais professionnels, en Israël et dans les territoires disputés afin de photographier la barrière de sécurité anti-terroristes. Et ce, dans le cadre du projet My Place.

De 2008 à 2012, il séjourne à huit reprises dans cette région proche-orientale. Josef Koudelka y rencontre Gilad Baram. Il ne semble pas avoir compris la situation au Proche-Orient sur laquelle il a plaqué une grille d'analyse non pertinente, et en niant toute efficacité à cette barrière qui a contribué à réduire considérablement le nombre d'attentats terroristes commis par les islamikazes lors de l'Intifada II.

« Koudelka Shooting Holy Land »
Arte diffusera le 7 août 2018 à 1 h 30 « Koudelka Shooting Holy Land » par Gilad Baram. « Le réalisateur israélien Gilad Baram a suivi le célèbre photographe Josef Koudelka en Palestine pour livrer de bouleversantes images du mur de séparation ». La "Palestine" n'existe pas.

« Après avoir grandi derrière le rideau de fer, le photographe tchèque Josef Koudelka devient célèbre grâce à ses emblématiques photos de l’invasion de Prague par les troupes du pacte de Varsovie, en 1968 ». Déjà, l’évocation du mur de Berlin.

« Près de cinquante ans plus tard, il découvre, profondément ému, le mur de neuf mètres de haut construit par Israël en Cisjordanie ». Temporaire, cette barrière de sécurité anti-terroriste n’est un mur que sur une part infime (3%) de son tracé d’environ 720 km. Pour l’essentiel, il s’agit d’une clôture de barbelés. La partie murale a été édifiée dans les zones où il était possible aux snipers palestiniens de tirer sur des cibles israéliennes.

L'efficacité de cette barrière pour réduire le nombre d’attentats terroristes islamistes palestiniens a été démontrée : « les statistiques montrent une nette corrélation entre l’édification de la clôture et le déclin du nombre d’attentats terroristes à partir des régions voisines des tronçons achevés. Entre 2002 et 2003, les données statistiques indiquent une chute de 30% du nombre des attentats perpétrés. De même, le nombre des victimes assassinées par des terroristes a diminué de 50% en 2003, par rapport à l’année précédente. Dans les régions où la clôture est édifiée, le nombre des victimes assassinées par des terroristes est passé de 46 en 2003 à 0 en 2004. D’avril à décembre 2002, 17 attentats-suicides à la bombe ont été perpétrés en Israël, provenant du nord de la Cisjordanie (Samarie). Par contre, depuis le début de la construction de la clôture, durant toute l’année 2003, 5 attentats-suicides seulement émanaient de cette région. Aucun déclin n’a été enregistré dans le nombre des attentats perpétrés à partir de la région où la construction de la clôture antiterroriste n’a pas encore commencé, c’est-à-dire la partie sud de la Cisjordanie (Judée)  ».

« Démarre alors un projet photographique de plus de quatre ans dans la région, au cours duquel le chasseur d’images est confronté à la dure réalité du conflit israélo-palestinien ». Il s’agit d’une guerre causée par le refus du monde arabe ou/et musulman d’un Etat Juif.

Curieusement, Josef Koudelka ne s'est pas intéressé aux autres murs érigés en Europe, en Afrique, etc.

Né en 1981 à Hadera (Israël), Gilad Baram est un documentariste et photographe.

« D’un site spectaculaire à l’autre, le réalisateur Gilad Baram , alors assistant de Josef Koudelka qui, pour la première fois, a accepté d'être filmé, l’a suivi durant son voyage en Terre sainte » ou en Eretz Israël (Terre d’Israël).

Avec Adam Kaplan, il a aussi réalisé « The Disappeared » (2018).
    
Distinctions
Le MOMA et le Centre international de la photographie à New York, la Hayward Gallery de Londres, le Stedelijk Museum d’Amsterdam ou le Palais de Tokyo à Paris ont exposé les photographies de Josef Koudelka. 

Cet artiste a été distingué par le prix Nadar (1978), le Grand Prix national de la photographie (1989), le Grand Prix Cartier-Bresson (1991), le Prix international de la photographie de la fondation Hasselblad (1992) et la médaille du Mérite de la République tchèque (2002). 

En 2012, il a été nommé commandeur de l’Ordre des Arts et des Lettres par le ministère de la Culture et de la communication. 

Il partage sa vie entre Paris et Prague.

Josef Koudelka. La fabrique d’exils
En 2016, Josef Koudelka a donné au Centre Pompidou toutes les photographies de sa série Exils, soit 75 photographies.


Le Centre Pompidou a présenté, dans le cadre du Mois de la Photo du Grand Paris 2017, l’exposition Josef Koudelka. La fabrique d’exils.

Quatre-vingt photographies invitent « à comprendre comment a été conçu le projet Exils, éclairant ainsi pour la première fois la « fabrique » de » cette série. « Être un exilé oblige de repartir de zéro. C’est une chance qui m’était donnée », a déclaré le photographe Josef Koudelka, qui a quitté sa Tchécoslovaquie natale en 1970.

La Galerie de photographies réunit « trente-cinq images parmi les plus emblématiques de cette série, accompagnées de nombreux inédits tirés pour l’occasion », des œuvres jamais montrées et tirées « pour l’occasion et les planches sur lesquelles le photographe a organisé ses tirages par forme ou par thème afin de les sélectionner. Elle est complétée d’une extraordinaire série » d’autoportraits inédits réalisés par Koudelka lors de ses voyages. 

L’exposition « présente également pour la première fois les planches sur lesquelles le photographe collait ses images, selon une organisation formelle ou thématique ». 

On « avait d’Exils une idée lacunaire et parcellaire, par images isolées. La présente exposition donne de la série une vision beaucoup plus complexe. Elle permet de mieux comprendre l’élaboration du projet, c’est-à-dire la fabrique d’Exils ». 

« Dans les années 1970 et 1980, durant le printemps et l’été, Josef Koudelka parcourt les chemins d’Europe. L’hiver, il s’arrête à Londres, puis à Paris pour développer, tirer et éditer ses photographies ». 

Il « n’a pas de domicile fixe, ne possède rien et ne s’attache pas. Toujours accompagné de son sac de couchage qu’il porte en bandoulière comme ses appareils photographiques, il dort ici et là, chez des amis, à l’agence Magnum ou à la belle étoile ». 

« À force de photographier les gitans, il en est lui-même devenu un ». 

« Ces années d’Exils correspondent pour lui à l’appropriation progressive d’une forme d’expérience du monde qui est celle des gens du voyage. Le nomadisme permanent n’est plus seulement un sujet pour lui, il est devenu son mode de vie ». 

« Cette évolution le conduit à être de plus en plus présent dans ses images. Il n’hésite pas à introduire régulièrement dans son cadre : son ombre, sa main ou ses pieds ». 

Il « poussera même l’expérience plus loin en se photographiant le soir au coucher ou le matin au réveil en tenant l’appareil à bout de bras ou en le posant à terre ». 

Ces « images avaient été tenues secrètes jusqu’à présent. » 

« Sélectionnées par le commissaire de l’exposition, ces épreuves de travail qui n’ont jamais fait l’objet d’un tirage d’exposition sont présentées ici pour la première fois ».


CITATIONS DE L’ARTISTE


« Être un exilé oblige de repartir de zéro. C’est une chance qui m’était donnée. » 

« C’est en quittant la Tchécoslovaquie que j’ai découvert le monde. Ce que je voulais surtout c’était voyager pour pouvoir photographier. Je ne voulais pas avoir ce que les gens appellent un “ chez soi ”. 
Je ne voulais pas avoir à revenir quelque part. J’avais besoin de savoir que rien ne m’attendait nulle part, je devais être là où j’étais, et si je ne trouvais plus rien à photographier, il était temps de partir ailleurs. » 

« Je savais que je n’avais pas besoin de grand chose pour vivre et photographier - juste de quoi manger et une bonne nuit de sommeil. J’ai appris à dormir partout, dans n’importe quelles circonstances. 
Ma règle était : “ Ne t’inquiète pas de savoir où tu vas dormir ; jusqu’à présent, tu as toujours dormi quelque part et tu dormiras à nouveau ce soir ”» 

« On ne revient jamais d’exil. »

EXTRAITS DU CATALOGUE

LA BELLE ÉTOILE, PAR CLÉMENT CHÉROUX 
« Prague, place Venceslas, 22 août 1968 : un bras s’avance dans l’image. La montre à son poignet indique l’heure. L’avant-bras ne se dresse pas verticalement comme dans les habituelles représentations révolutionnaires teintées de rouge. Il est tendu à l’horizontale parallèlement au bord bas de l’image. 
Le poing est cependant fermé, comme s’il s’agissait de protester avec l’arme du temps. Dans les jours qui ont précédé, les chars des armées du pacte de Varsovie sont entrés dans la ville au son stridulant des chenilles sur le pavé. La rumeur d’une manifestation de contestation s’est rapidement répandue. 
Un rendez-vous a été fixé sur la place, sous la statue équestre du saint patron de la République tchèque, en contrebas du Musée national. Mais il s’agissait là d’un piège fomenté par quelques agents provocateurs à la solde de Moscou afin de déclencher un incident qui permettrait de justifier l’invasion. Heureusement, le peuple de Prague a été averti à temps. À l’heure dite, la place est à peu près déserte, comme en témoigne l’image. Cette photographie de Josef Koudelka fait chronologiquement partie de sa série Invasion 68 dans laquelle il montre la ferveur résistante de ses compatriotes face à la détermination de l’Armée rouge à mater dans le sang l’élan démocratique du Printemps de Prague. Mais c’est aussi la première image de son livre Exils, publié vingt ans plus tard, en 1988, par Robert Delpire. De cette image devenue icône, Koudelka dit d’ailleurs que « c’est la photographie symbolique d’Exils ». Comme si ce jour d’août 1968, peut-être à cet instant précis, avait commencé un lent compte à rebours qui allait conduire le photographe à quitter son pays natal. En 1970, à la faveur d’un voyage à l’étranger, Koudelka décide en effet de ne pas retourner en Tchécoslovaquie. Commencent alors pour lui des années d’exil passées sur les chemins du monde à traquer les hasards 
[...] 
L’état latent d’inquiétante étrangeté qui innerve chacune des images d’Exils donne sa très grande homogénéité à la série. Durant les phases préparatoires à l’édition du livre, Koudelka a cherché à comprendre cette cohérence. Sur des feuilles cartonnées, il a commencé à associer les photographies selon leur composition ou leur thématique, puis les a ensuite réunies dans ce qu’il appelle un « katalog », comme s’il s’agissait là d’un répertoire méticuleusement ordonnancé. Celui-ci rassemble en effet des assortiments de matières, des bouquets de silhouettes, et quelques habitudes de composition. 
Il rend visible une manière singulière de couper les corps ou de les organiser dans le cadre. Par ces rapprochements, Koudelka crée des sortes de polyptyques qui forment des continuités. À l’horizontale ou à la verticale, ces images mises bout à bout annoncent explicitement les formats panoramiques des décennies suivantes. Publié en 1988, puis réédité en 1997 et en 2014, Exils ne conservera cependant rien de ces associations d’idées et de formes. Dans le livre, les images sont publiées une à une, isolées en page de droite avec un large espace blanc en vis-à-vis. Ce choix, qui estompe les possibles mises en relation, s’explique de diverses manières. L’époque est à la picture story : une séquence d’images qui raconte une histoire. La plupart des photographes de Magnum la pratiquent. Koudelka a rejoint l’agence en 1971, mais se distingue de la plupart de ses membres en ne réalisant aucune commande, c’est-à-dire en travaillant exclusivement pour lui-même. Par ailleurs, la date à laquelle Exils est publié correspond à un moment où la photographie cherche sa légitimité au sein de l’art. Il importe alors de se distinguer du reportage et d’une forme de sérialité inhérente à la photographie. Le modèle imposé par le monde de l’art est celui du chef-d’oeuvre, c’est-à-dire d’une image isolée, sans légende, abstraite de toute contingence utilitaire et même documentaire. Ces arguments contextuels expliquent pour partie l’autonomisation des photographies d’Exils. À travers les trois éditions successives du livre, on a finalment d’Exils une perception largement atomisée et parcellaire. La série apparaît en effet comme une succession d’images indépendantes. Réalisés à l’occasion de la donation par Josef Koudelka des soixante-quinze photographies d’Exils aux collections du Centre Pompidou, le présent ouvrage et l’exposition qu’il accompagne ont pour ambition de donner de cette série une vision plus complète et complexe. Grâce au minutieux travail d’enquête réalisé par Michel Frizot, il est désormais possible de mieux comprendre la genèse de la série ainsi que ses conditions de production. En publiant et en exposant quelques-unes des planches du katalog, en reconstituant certaines associations d’images et en y associant des inédits, l’enjeu est bien ici de mettre en évidence des récurrences de formes et de sujets, c’est-à-dire des manières de faire image. Il ne s’agit évidemment pas de raconter des histoires comme dans les picture stories des repoters, mais bien plutôt de cerner plus explicitement ce qui constitue le style du photographe. Le présent projet montre en somme qu’il existe une véritable cosmologie Koudelka avec des planètes, quelques satellites et des pluies d’étoiles. Certaines images gravitent autour d’autres, entrent dans leur champ d’attraction, ou se trouvent irradiées par leur lumière stellaire. La lucidité nous pousse à accepter de ne connaître qu’une part infime de notre univers. Il en va au fond exactement de même pour l’oeuvre de Koudelka. 
Les corpus les plus connus ont certes été publiés puis réédités. Mais une part importante de l’archive du photographe reste méconnue. De cet univers-là, on ne soupçonne encore que les premiers confins. 
Le voyage d’exploration commence à peine ».

« Koudelka Shooting Holy Land » par Gilad Baram 
Allemagne, Brésil, République tchèque, 2015
Sur Arte le 7 août 2018 à 1 h 30

Du 22 février au 22 mai 2017
Galerie de photographies, Forum -1
75191 Paris Cedex 04 
Tél. : 00 33 (0)1 44 78 12 33 
Tous les jours, sauf le mardi de 11h à 21h 

Visuels 
JOSEF KOUDELKA
Invasion, Prague, 1968
Épreuve gélatino-argentique
50 x 60 cm
Collection Centre Pompidou, Paris
Don de l’artiste en 2016
© Josef Koudelka / Magnum Photos
© Centre Pompidou / Dist. RMN-GP

JOSEF KOUDELKA
France, 1980
Épreuve gélatino-argentique
50 x 60 cm
Collection Centre Pompidou, Paris
Don de l’artiste 2016
© Josef Koudelka / Magnum Photos
© Centre Pompidou / Dist. RMN-GP

JOSEF KOUDELKA
Irlande, 1972
Épreuve gélatino-argentique
50 x 60 cm
Collection Centre Pompidou, Paris
Don de l’artiste 2016
© Josef Koudelka / Magnum Photos
© Centre Pompidou / Dist. RMN-GP

JOSEF KOUDELKA
Irlande, 1976
Épreuve gélatino-argentique
50 x 60 cm
Collection Centre Pompidou, Paris
Don de l’artiste en 2016
© Josef Koudelka / Magnum Photos
© Centre Pompidou / Dist. RMN-GP

Articles sur ce blog concernant :
Les citations sont extraites du communiqué de presse. Cet article a été publié le 27 avril 2017.

Réaction de Michaël Blum, journaliste à Actualité juive hebdo, à mon article sur les médias français Juifs (6/11)

Je publie la réaction de Michaël Blum, journaliste à Actualité juive, hebdomadaire incontournable de la communauté française et pour « le bureau de Jérusalem de l’AFP  » (Agence France Presse), agence controversée en raison de sa couverture du conflit au Proche-Orient, à mon article Un paysage médiatique Juif français contrasté. Ensuite, figure ma réponse. J’espère que ma réponse n’entrainera pas de vaine polémique. En juin 2018, le Département promotion de l'Alya de l'Organisation sioniste mondiale (OSM) a organisé des conférences de Michael Blum dans la proche banlieue de Paris : à Levallois-Perret, à Boulogne-Billancourt.
9e partie : Laurent-David Samama, ancien rédacteur en chef de L’Arche
10e partie : Karen Taieb, journaliste médicale sur RCJ
11e partie : L'Arche, magazine du FSJU

Le 3 mars 2013 à 9 h 27, j’ai signalé notamment sur Facebook la republication de mon article sur les médias Juifs français dans lequel j’ai écrit sur Michaël Blum :
« Actualité juive  a couvert les principaux rebondissements de cette affaire [al-Dura] en étant divisée. Le 18 novembre 2004, après la conférence de presse au siège de France Télévisions, la journaliste de cet hebdomadaire est restée silencieuse alors que j'interpelais Arlette Chabot, alors directrice de l'information de France 2, sur l'absence de sang sur les vêtements de Jamal al-Dura supposé avoir été blessé par balles, etc. Michaël Blum, un de ses correspondants en Israël, soutient à ce jour Charles Enderlin : "Il n’y a pas eu de mise en scène d’Enderlin et les soldats de Tsahal n’ont pas tué Mohamed Al Dura". Or, Clément Weill-Raynal, chroniqueur judiciaire, a enquêté sur les blessures de Jamal al-Dura et a exprimé des doutes sur l'authenticité des faits allégués par ce reportage controversé. Actualité juive et Clément Weill-Raynal ont été assignés en justice par Jamal al-Dura. « J’aurais aimé continuer [d’enquêter]. Les poursuites judiciaires ont fait qu’il y a moins d’articles sur cette affaire dans Actualité juive. C’est peut-être le but recherché… », a déploré Clément Weill-Raynal devant la XVIIe chambre du Tribunal de Grande instance de Paris, le 8 février 2011. Ce Tribunal les a condamnés, et la Cour d'appel de Paris a confirmé la condamnation du journaliste pour sa réponse à un droit de réponse de Charles Enderlin…
Michael Blum est le correspondant en Israël [d’Actualité juive hebdo] et de... l'AFP. Celle-ci est très critiquée pour sa couverture biaisée, en particulier son registre lexical partial : "colonies" au lieu de localités en Judée et en Samarie, etc. Le 25 avril 2013, l'article de Michael Blum Quelques questions aux candidats de la 8e circonscription a suscité une polémique sur Internet. Un des candidats, Jonathan Simon-Sellem, lui a vivement répondu. Le 1er juillet 2013, l’article Danny Danon, un jeune loup de droite qui prend du poids au Likoud  de Michaël Blum pour l'AFP a induit le 2 juillet 2013 l'indignation de Jonathan Simon-Sellem sur Facebook : "Comment peux-tu utiliser des mots comme "ultra-sioniste", "colonisation", etc. Sais-tu que les médias français n'attendent que ça pour taper sur le pays que tu dis aimer et défendre ? »
Le 3 mars 2013 à 10 h 29, Michaël Blum a commenté  sur Facebook cette republication :
« Je suis trés surpris de cet article qui n'est pas une étude sérieuse des médias juifs français mais un catalogue de critiques de votre part, toute personne ayant des opinions différentes de la votre étant épinglé, ce qui démontre que votre analyse est biaisée.

En ce qui me concerne, vous me reprochez de "soutenir" Enderlin citant mon statut FB ou j'affirme pourtant que les soldats de Tsahal n'ont pas tué le petit al Dura, ce qui est pourtant la thése de Charles Enderlin, dois je comprendre que toute personne ne soutenant pas Karsenty ne peut pas trouver grace à vos yeux ? tout comme de nombreux responsables israéliens, notamment du Shin Beth et de Tsahal, je ne crois pas qu'il y ait eu mise en scéne, c'est mon droit.

Vous n'aimez pas que je sois journaliste à la fois pour Actu J et pour l'AFP, ce que je ne comprends pas mais surtout je n'arrive pas à comprendre en quoi le fait que Jonathan Sellem (pas Selam comme vous l'écrivez) publie un statut FB contre moi est interessant ? Pourqui citer JSS et pas Danny Danon lui même qui a apprécié ce portrait de lui ? Avez vous lu beaucoup d'articles sur ces élections au Likoud dans la presse juive ?

Vous citez parfois des inconnus pour justifier une critique contre tel ou tel média, vous qualifiez le militant d'extrême droite Meir Ben Hayoun de "journaliste", vous portez de graves accusations mensongères contre ma collégue Caroll Azoulay, vous dénigrez certains médias sans vous pencher plus de 2 lignes sur d'autres (la campagne d’Hamodia pour Meyer Habib  ne vous a pas choqué ? ainsi que le fait que ce journal ne publie pas de photos de femmes ou appelle à ne pas voter pour le rabbin Amsellem lors des dernières élections, pourtant trés apprécié du public francophone ?), vous reprochez à la presse juive française de ne pas inviter Moshé Feiglin mais pas de boycotter la gauche israélienne dont on n'entend jamais la voix dans ces même médias, il est temps de vous remettre en question au lieu de republier encore une fois ce même papier en laissant vos accusations gratuites se diffuser sur la toile. »

Ma réponse à Michaël Blum :
Je regrette que vous n’argumentiez pas vos allégations. Pourquoi ne publieriez-vous pas une « étude sérieuse des médias juifs français » ? Nous pourrions alors comparer la vôtre et la mienne.

Mon article n’est pas constitué uniquement de mes critiques – certaines positives, d’autres négatives -, mais contient aussi des analyses, des perspectives historiques, etc.

Je n’épingle personne parce qu’il/elle exprime une opinion différente de la mienne. Je constate des pratiques journalistiques surprenantes, des allégations infondées ou inexactes et j’étaye mes affirmations par des arguments.

Concernant l’affaire al-Dura, comment pouvez-vous à la fois récuser l’idée de « mise en scène d’Enderlin » et affirmer que « les soldats de Tsahal n’ont pas tué Mohamed Al Dura » ? Je rappelle le commentaire off de Charles Enderlin, correspondant de France 2 à Jérusalem, sur des images signées par le cameraman palestinien Talal Abu Rahma, lors de la diffusion du reportage controversé au JT de France 2 le 30 septembre 2000 : « 15 heures. Tout vient de basculer près de l’implantation de Netzarim dans la bande de Gaza... Ici, Jamal et son fils Mohamed sont la cible de tirs venus de la position israélienne... Mohamed a 12 ans. Son père tente de le protéger... Il fait des signes... Mais une nouvelle rafale... Mohamed est mort et son père gravement blessé ». Charles Enderlin maintient à ce jour son commentaire.

Il ne s’agit pas de « trouver grâce à mes yeux ». Mais, je peine à comprendre votre position : vous niez toute « mise en scène d’Enderlin », alors sur quels faits vous fondez-vous pour contredire le commentaire off de Charles Enderlin et affirmer que « les soldats de Tsahal n'ont pas tué Mohamed Al Dura » ?

Je ne citerai qu’un seul fait : le 19 mai 2013, Yuval Steinitz, ministre israélien des Affaires internationales, de la Stratégie et des Renseignements a remis au Premier ministre Benjamin Netanyahu le rapport du Government Review Committee (Comité gouvernemental d’examen) de 43 pages intitulé The France 2 Al-Durrah Report, its Consequences and Implications  (Le reportage Al-Durrah de France 2, ses conséquences et ses implications). Ce rapport, qui exprime la position officielle du gouvernement israélien, affirme que le reportage est une « mise en scène ». Benjamin Netanyahu a alors déclaré : « Il est important de concentrer notre attention sur cet incident qui a diffamé Israël. C’est une manifestation de la campagne actuelle, mensongère, déligitimant l’Etat d’Israël. Il n’y a qu’un moyen pour contrer ces mensonges : dire la vérité. Seule la vérité peut prévaloir sur les mensonges ». Et Yuval Steinitz a renchéri : « L’affaire al-Dura est un blood libel (accusation diffamatoire et fausse selon laquelle les Juifs commettraient des crimes rituels) moderne contre l’Etat d’Israël, en plus d’autres blood libels comme les allégations d’un prétendu massacre à Jénine. Le reportage de France 2 était entièrement sans fondement ».

Quel dommage que vous ne citiez pas les noms de ces « nombreux responsables israéliens, notamment du Shin Beth et de Tsahal » ne croyant pas à l’idée de mise en scène ! Je vous rappelle que tout fonctionnaire, du Shin Beth, de Tsahal et de tout autre organisme public, est soumis à un devoir de respect à l'égard de sa hiérarchie. Il doit suivre désormais cette ligne définie par le gouvernement israélien issu d'élections démocratiques.

Sur l’accusation de blood libel, je vous invite à lire mon interview de Richard Landes.

Je ne me place pas sur un terrain affectif. Votre situation journalistique – Actualité Juive et AFP - est exceptionnelle parmi les médias Juifs français. Dans votre compte Facebook, vous ne mentionnez curieusement que votre collaboration controversée à l’AFP, en omettant celle pour Actualité juive hebdo. Pourquoi ?

Vous alléguez sur Facebook qu'un rabbin vous aurait "poussé à travailler à l'AFP" (sic), mais vous n'en donnez pas le nom.

Clément Weill-Raynal, votre collègue dans cet hebdomadaire, a rédigé l’étude remarquable  L’Agence France Presse : le récit contre les faits (2002), ainsi présentée dans L’Observatoire du monde Juif : « L’Agence France Presse, troisième agence de presse mondiale, respecte-t-elle ses obligations « d’exactitude, d’équilibre et d’objectivité » que la loi lui impose, ou au contraire viole-telle ce principe en fournissant à ses abonnés une information partisane ? Dans l’impossibilité d’examiner de manière exhaustive la totalité des dépêches consacrées, depuis maintenant plus d’un an, à ces événements, nous nous en sommes tenu à une lecture attentive des dépêches diffusées sur le fil de l’AFP lors des épisodes essentiels de l’intifada. Nous nous sommes attachés à relever un certain nombre d’approximations, d’omissions qui – à notre sens – témoignent de la volonté de favoriser le plus souvent le camp palestinien en faisant retomber sur le seul camp israélien la responsabilité de la vague de violence ». Qu’en pensez-vous ?

Fondateur en 2008 du webzine populaire JSSNews, Jonathan-Simon Sellem – mea culpa, j’ai rectifié mon erreur - est un ancien journaliste. Il porte donc sur votre article et sur votre registre lexical un regard de professionnel, et ses arguments me semblent fondés. Jonathan-Simon Sellem a aussi été candidat à l’élection législative partielle dans la 8e circonscription des Français de l’étranger ; au premier tour, il a reçu 14,8% des suffrages exprimés en Israël, et 6,7% sur toute la circonscription. Il n’est donc pas un inconnu. Et notamment pas un inconnu pour vous : vous lui aviez proposé de collaborer en 2012 à JSSNews, et vous avez rédigé le 25 avril 2013 un article partial évoquant sa candidature et épargnant Valérie Hoffenberg de toute remarque sur sa biographie  ou sa tolérance d’un dessin par un lycéen palestinien gommant l’Etat d’Israël absorbé dans une « Palestine ». Ce qui vous a valu une réponse cinglante de Jonathan-Simon Sellem le 28 avril 2013.

Danny Danon aurait apprécié votre article ?! Et alors ? J’ai une opinion différente. Danny Danon apprécie-t-il votre registre lexical ? Utilisez-vous les termes « colonies » et « colons », historiquement, terminologiquement et juridiquement inexacts, quand vous écrivez pour Actualité juive ?

Meir Ben Hayoun a écrit des articles pendant deux ans pour Aroutz 7. Il a donc été journaliste.

Vous alléguez que j’aurais porté « de graves accusations mensongères contre [votre] collégue Caroll Azoulay ». D’une part, vous n’exprimez aucune sollicitude à l’égard de votre collègue Clément Weill-Raynal condamné par la justice française dans l’affaire al-Dura. Pourquoi ?

D’autre part, j’ai écrit dans mon article cité qu’en 2012 et en 2013, [Caroll Azoulay] a été la "conseillère en communication et en presse" (Communication and press advisor) de Valérie Hoffenberg, candidate UMP (Union pour un mouvement populaire) lors des élections législatives françaises dans la 8e circonscription des Français établis hors de France. Et elle a signé des articles en 2013 sur la candidate Valérie Hoffenberg.

J’ai cité notamment ces deux exemples de conflits d’intérêts :
« Dans son n° 1252 (25 avril 2013), Actualité juive hebdo a publié l'article de Caroll Azoulay titré "J.F. Copé et C. Goasguen en Israël", illustré par une photographie de ces politiciens entourant Valérie Hoffenberg, et publié sur un fond coloré pour bien le distinguer des autres articles. Dans son n° 1256 (30 mai 2013), ce journal a publié la longue interview de Claude Brightman, qui dirige le Collège académique de Netanya ayant remis, lors de la campagne électorale pour ces élections partielles, un "diplôme honoris causa" à cet ancien Président de la République. Claude Brightman a alors déclaré à Caroll Azoulay : "En octobre dernier, j'ai transmis cette invitation relayée par la vice-présidente des Amis français du campus francophone, Valérie Hoffenberg". Or, cet article "oublie" d'indiquer que Claude Brightman soutient la candidate Valérie Hoffenberg et est une des responsables de sa campagne électorale en 2013 ».
J’ai posé en particulier ces questions :
« Actualité juive hebdo en était-il informé [de ce conflit d’intérêt] ? En tout cas, les lecteurs ne l'ont pas été. Ne serait-il pas temps que ce journal leur donne enfin cette information et veille avec plus de rigueur au respect de la déontologie journalistique, gage de crédibilité ? » J’ai ainsi conclu : « Dans son n°1258 (13 juin 2013), Actualité juive hebdo a publié l'article Meyer Habib élu député signé par Caroll Azoulay. Quel dommage que ces informations intéressantes sur la campagne électorale de ce candidat élu député UDI (Union des démocrates et indépendants) aient été portées à la connaissance des lecteurs de cet hebdomadaire... après son élection » !
Le 12 juin 2013, j’ai écrit sur Facebook à Michel Azoulay, époux de Caroll Azoulay : « Vous avez assuré les relations publiques de Valérie Hoffenberg lors de sa campagne électorale pour l'élection législative en 2012. Pourquoi ? »

Le 14 juin 2013, Michel Azoulay m’a répondu sur Facebook  : « Je n'ai JAMAIS assuré les relations publiques de Mme Hoffenberg. Ce travail a été effectué par mon épouse dans le cadre d'une mission précise ».

Le 15 juin 2013, je lui ai rappelé notamment :
« Votre épouse et vous multipliez les conflits d’intérêts : communication ou journalisme, vous n’avez pas choisi. Et vous n’en informez pas les lecteurs des journaux auxquels vous collaborez. Pourquoi ? Vous êtes « directeur administratif et commercial du Petitjournal.com/TelAviv », tout en dirigeant le « département évènementiel pour les entreprises françaises désireuses de s'implanter en Israël » de French Projection, l’agence de communication dont vous êtes directeur associé. Quand on lit sur Petitjournal.com/TelAviv, un article sur la « circulation des capitaux entre la France et Israël  » signé par un avocat qui donne son numéro de téléphone et son e-mail, on se pose des questions. Pour « Actualité juive », Caroll Azoulay a notamment signé un article sur une réunion politique de la candidate Valérie Hoffenberg lors de la campagne électorale législative en 2013 dans la 8e circonscription, sans informer les lecteurs qu’elle était en même temps « conseillère en communication et en presse » ("Communication and press advisor) » de cette candidate Valérie Hoffenberg. Pourquoi ?  Caroll Azoulay assure cette fonction de « conseillère en communication et en presse » pour la société French Projection qu’elle dirige avec vous. Pourquoi tous deux n’en informez-vous pas les lecteurs d’« Actualité juive » et du Petitjournal/Tel Aviv ? »
Ni Caroll Azoulay ni Michel Azoulay n’ont donc démenti mes dires, et Michel Azoulay a reconnu le rôle de Caroll Azoulay comme « conseillère en communication et en presse » de la candidate Valérie Hoffenberg. La véracité des faits relatés dans mon article est donc établie.

Il est tout de même curieux que Caroll Azoulay allègue sur ses profils Lindekin et Yatedo avoir cessé de collaborer à Actualité juive depuis 2010.

Comment se fait-il que vous ne soyez pas au courant de cette double casquette de Caroll Azoulay, alors que vous habitez tous deux en Israël et collaborez au même hebdomadaire ? Pourquoi n’avez-vous pas couvert cette campagne électorale à la place de Caroll Azoulay ? Qui a décidé de confier à Caroll Azoulay la couverture de cette campagne électorale ? Pourquoi n’écrivez-vous pas un article dans Actualité juive pour y indiquer ce que vous mentionnez sur la « campagne d’Hamodia pour Meyer Habib  » ?

Je ne lis qu’épisodiquement Hamodia. Je n’ai pas suivi sa couverture de cette élection. J’ai transmis vos remarques à Daniel Haïk, rédacteur en chef de cet hebdomadaire proche du courant Harédim – ce qui explique sa ligne éditoriale. Il n’a pas souhaité vous répondre.

Politiciens - notamment Colette Avital -, journalistes - dont Daniel Ben-Simon -, anciens ambassadeurs – tel Nissim Zvili - et universitaires de la gauche israélienne n’ont jamais été boycottés par ces médias Juifs français, et sont au contraire souvent invités. On pourrait espérer plus de pluralisme dans des médias d’institutions Juives françaises, tels L’Arche et RCJ liés au FSJU, que dans Hamodia.

Selon Meir Ben Hayoun et JSS News, vous avez été journaliste pour Hamodia sous pseudonyme. Pourquoi ne l’indiquez-vous pas ?

Addendum :
Dans sa  dépêche pour l'AFP publiée ce 7 octobre 2013, Michael Blum a omis d'indiquer la tentative d'assassinat de ce leader spirituel par le terroriste Salah Hamouri. Pourquoi ?

Sur Facebook, Michael Blum a répondu qu'il ne s'agit pas d'un "oubli, mais d'un choix" et qu'il peut "donner encore 10 infos importantes sur lui que je n'ai pas mises dans mon papier, c'est à mes patrons que j'explique mes choix".

J'ai répondu : "Un journaliste ne doit pas seulement des explications à son employeur, mais en doit aussi à ses lecteurs. Vous me faites penser à la réplique de Talal Abu Rahma évoquant ses "secrets" pour éviter de répondre à une question dérangeante d'Esther Schapira. Vous êtes aussi cachottier : vous ne donnez pas le nom du prétendu rabbin qui vous aurait demandé de travailler pour l'AFP, vous gardez "10 infos importantes"... Avec vous, pas de risque de "Wikileaks"... Pour Actu J, distillerez-vous vos "10 infos importantes" et citerez-vous la tentative d'assassinat par Salah Hamouri ? Les lecteurs ont droit à être informés".

Michael Blum a écrit : "Je pense que la bio du Rav Ovadia Yossef mérite plusieurs ouvrages donc quand on écrit 500 mots, on choisit ce qu'on veut mettre et l'affaire Hamouri est une affaire française et je n'écris pas pour la France mais pour la presse mondiale".

J'ai rappelé : "Le travail du journaliste consiste à sélectionner les informations les plus importantes pour les inclure dans son article ou sa dépêche, dans les contraintes imposées à tout journaliste : nombre de feuillets, date de remise du papier, etc. Vous avez choisi ce que vous vouliez mettre et avez sciemment occulté l'affaire Hamouri. "L'affaire Hamouri, une affaire française" !? Vous plaisantez !? Dois-je vous rappeler que l'attentat a été préparé et devait avoir lieu en Israël ? Dois-je vous rappeler que les plus hautes autorités politiques de l'Etat ainsi que divers élus locaux français ont rencontré en Israël la famille du terroriste, et ont fait pression sur le Premier ministre Netanyahu et le Président Peres pour la libération de Salah Hamouri ? J'écris pour informer les lecteurs qui se trouvent dans le monde entier, et parmi eux des journalistes".

Michael Blum a concédé : "l'affaire Hamouri, une affaire franco-israélienne donc n'interressant qu'une partie minime du lectorat de l'AFP".

J'ai écrit : "Un progrès : c'est donc "une affaire franco-israélienne". Vous oubliez le FPLP. Sur quels éléments vous fondez-vous pour alléguer que cette affaire, si largement couverte par la presse française, et les autres agences de presse internationale, n'intéresserait "qu'une partie minime du lectorat de l'AFP"?"

Michael Blum a répliqué : "c'est un choix éditorial, la prochaine fois, je vous consulterai..."

J'ai conclu : "Vous êtes incapable d'expliquer votre "choix éditorial". J'arrête. Je n'ai pas de temps à perdre".

Soulagé, Michael Blum a écrit : "ah, ben voila, une sage décision..."

Cette omission volontaire occulte le terrorisme palestinien d'un "Franco-palestinien" soutenu par les plus hautes autorités politiques et des "intellectuels" français. Un silence gardé aussi par Actualité juive hebdo dans son dossier en hommage à cet éminent rabbin.

Le blog de Michael Blum n'est pas actualisé depuis janvier 2014.

En juin 2018, le Département promotion de l'Alya de l'Organisation sioniste mondiale (OSM) a organisé des conférences de Michael Blum dans la proche banlieue de Paris : à Levallois-Perret, à Boulogne-Billancourt. Les communautés juives de ces deux villes ont vu affluer des Juifs ayant du quitter des environnements hostiles dans d'autres villes de la petite ou grande ceinture de Paris, ou la capitale en raison du coût élevé du logement. A l'Espace communautaire de la Synagogue de Boulogne Billancourt, le thème de la "conférence exceptionnelle" était : "Israël, les Juifs de France, une double réussite". Curieusement, la page Facebook annonçant l’événement évoque les "70 ans de la Création de l'Etat d'Israel", alors qu'il s'agit de la re-création de cet Etat.

A Levallois-Perret, selon un spectateur, la teneur de la conférence, suivie d'un buffet, était banale. Le modérateur était Jean-Charles Zerbib, délégué de l'OSM pour la France. Interrogé sur les carences en hasbara de l'Etat d'Israël, Michael Blum botte en touche en soulignant le rôle en la matière de la diaspora juive. La partialité avérée de l'AFP ? Le journaliste insiste sur la faculté pour les médias de modifier les dépêches de l'agence de presse. L'affaire al-Dura est brièvement évoquée, et sans citer Philippe Karsenty. Selon ce spectateur, le public a faiblement applaudit un orateur semblant mal à l'aise.

L'entrée de la conférence était libre. Qui a payé les frais de cette tournée ? Quels critères ont présidé au choix de Michaël Blum ?

J'ai intérrogé Jean-Charles Zerbib, et je publierai sa réponse dès réception.

A lire sur ce blog :
Articles in English

Cet article a été publié le 4 juillet 2013. Il a été modifié le 31 juillet 2018.