Citations

« Le goût de la vérité n’empêche pas la prise de parti. » (Albert Camus)
« La lucidité est la blessure la plus rapprochée du Soleil. » (René Char).
« Il faut commencer par le commencement, et le commencement de tout est le courage. » (Vladimir Jankélévitch)
« Notre métier n’est pas de faire plaisir, non plus de faire du tort. Il est de porter la plume dans la plaie. » (Albert Londres)
« Le plus difficile n'est pas de dire ce que l'on voit, mais d'accepter de voir ce que l'on voit. » (Charles Péguy)

vendredi 12 janvier 2018

Papiers s’il vous plaît !

« Nansen, un passeport pour les apatrides » par Valentine Varela et Philippe Saada

Après la Maison de la Photographie Robert Doisneau, l’exposition Papiers s’il vous plaît !, coproduite avec La Chambre Strasbourg, est présentée au Musée Nicéphore Niépce de Chalon-sur-Saône avec des œuvres de ce musée et d’Ivan Epp, collectionneur strasbourgeois.

Le « titre sous forme d’invective de cette exposition dit bien le rapport que la matière photographique entretient avec l’ordre dès l’introduction de son utilisation dans les procédés judiciaires au milieu du 19e siècle. Nous nous soumettons tous un jour ou l’autre à cet exercice, lequel, s’il ne nous définit pas, consiste véritablement en une manifestation incontournable de notre identité officielle ».

Au fil des « époques, la photographie n’a cessé, depuis son invention, de se plier aux besoins de l’identification et du fichage, thème encore aujourd’hui d’actualité. S’appuyant sur les fonds du Musée Nicéphore Niépce, cette exposition a donc pour vocation d’offrir une entrée, forcément non exhaustive, sur le rapport ambigu de la photographie avec le rôle qu’elle endosse dès qu’il est question d’identité judiciaire ».

« De la photo d’identité au contrôle policier, du recensement militaire au fichage des migrants, la photographie offre ainsi une grille de lecture, une interprétation de l’identité. Si les normes et la répétition conduisent à une forme d’épuisement propre au procédé, elles n’en sont pas moins révélatrices de sens, exposant parfois plus et autre chose que l’attendu ».

« Entre organisation sociétale, surveillance et tentations liberticides, le procédé d’enregistrement et de classification par l’image donne à voir alors bien malgré lui - dans ses oublis, ses erreurs, et ses maladresses - un hors-champ fait de décalages, d’absurde, de fantaisie et d’imaginaire ».

L’exposition est produite par la Chambre, Strasbourg en collaboration avec le musée Nicéphore Niepce, Chalon-sur-Saône. Ses commissaires sont Emeline Dufrennoy et Anne-Céline Besson.

Tous concernés
« Que ce soit pour un permis de conduire, une carte de famille nombreuse, d’étudiant, ou même la carte vitale, nous sommes tous soumis un jour où l’autre à l’exercice de la photo d’identité. Inspirée des procédés anthropométriques créés par Bertillon, prise par un photographe professionnel ou par un photomaton, la photographie d’identité répond à un certain nombre de critères et de normes qui font d’une photo qu’elle est recevable ou non pour une utilisation officielle. Pour cet usage, si le photomaton - appareil automatisé présenté pour la première fois en 1889 à l’Exposition universelle de Paris - est dans un premier temps seulement toléré, voir refusé par l’administration, il devient bientôt le standard du genre ».

« Empreintes digitales, numéros d’immatriculation, et peut-être même bientôt informations biométriques, le visage n’en reste pas moins l’élément central de la carte d’identité, encore aujourd’hui facultative mais nécessaire pour de nombreuses situations du quotidien. N’est d’ailleurs plus désormais suspect seulement celui qui est fiché, mais aussi celui qui au contraire ne peut produire de pièce d’identité ». Ou produit une pièce d'identité où la photographie du visage en cache certains éléments distinctifs. 

En France cependant, « seul le régime de Vichy instaura l’obligation du fichage de l’ensemble de la population, étendant ainsi le contrôle des identités jusque-là réservé aux minorités considérées comme dangereuses. Un titre est par contre obligatoire pour sortir du territoire depuis 1913, à la fois dans le but de limiter la circulation entre la France et l’étranger, et pour entraver la venue d’étrangers sur le territoire national. C’est donc bien de contrôle des frontières dont il est question, dans une époque où les flux migratoires et la libre circulation redeviennent des enjeux politiques majeurs de la société ».

La photographie au service d'un système
La « photographie signalétique, encore aujourd’hui élément central de l’identification judiciaire, doit sa création à Alphonse Bertillon (1853-1914), figure emblématique de l’histoire de la police, considéré comme le créateur du premier laboratoire de police scientifique. Dans un contexte politique général de lutte contre la récidive, il met au point en 1881 à Paris le système de l’anthropométrie judiciaire, système de mesures et de codification qui fait du corps l’élément central de l’identification des personnes ».

En 1888, Alphonse Bertillon « complète son système en standardisant la photographie judiciaire « face-profil » et en codifiant tous les aspects de la prise de vue (les appareils employés, les distances du sujet avec l’appareil, les poses du sujet, la luminosité…). La qualité technique des images doit permettre d’établir des points de ressemblance précis, et garantir la réalisation d’un grand nombre d’images au quotidien ».

Triomphant à l’Exposition Universelle de Paris de 1889, le « système Bertillon, ou « bertillonnage », est rapidement utilisé en Europe, en Russie et aux Etats-Unis. Ainsi, entre 1885 et 1914, la législation contre la récidive conduira en France à ficher plus d’un demi-million d’individus. Toutefois, dès son apparition, les erreurs d’identifications de Bertillon sont dénoncées, les abus et dangers d’un tel système sont pointés ».

« Au-delà du fichage des repris de justice et des populations à risque, se pose alors la question de l’exploitation de ces fichiers, par la mise en place de techniques de reconnaissance, de bulletins, d’avis de recherche et par la diffusion de portraits auprès des forces de police et des populations ».

Les « techniques de l’identité judiciaire mises en place à la fin du 19e siècle, si elles symbolisent la modernisation de la police, deviennent rapidement l’emblème des abus du pouvoir policier, du contrôle exercé par l’Etat sur les individus et de ses possibles dérives ».

Ces « erreurs et ces imprécisions, comme la forme spécifique de la photographie d’identification constituent bientôt le support de détournements et de réinterprétations d’artistes, tels que Mac Adams, qui s’emparent des codes propres au genre pour les détourner et questionner le spectateur sur son système de représentation, le jeu des apparences et l’ambiguïté de la photographie face à la réalité ».

Matière à scandale
« Véritable phénomène culturel, l’identité judicaire bénéficie de l’intérêt enthousiaste de la presse dès sa création. Très vite, si les clichés judiciaires servent prioritairement aux besoins de l'enquête, ils ne s’en retrouvent pas moins souvent en illustration des « faits-divers » de journaux tels que Détective, Le Magasin pittoresque, L'œil de la police... Le sensationnalisme gagne la presse dès la fin du 19ème siècle et alimente les imaginaires au même titre que les romans policiers, renforçant ainsi le crédit accordé à la police scientifique ».

La « sélection d’images présentée dans cette partie correspond aux archives photographiques de la rubrique « Faits Divers » du Petit Parisien. Fondé par Louis Andrieux, député radical et procureur de la République, Le Petit Parisien, journal français publié de 1876 à 1944, fut l'un des principaux journaux sous la Troisième République. Journal politique d’information et d’influence, éditant également des feuilletons littéraires de Maupassant et Jules Verne, Le Petit Parisien commence au milieu des années 1880 à s'intéresser aux gazettes, aux potins, aux scandales et au scabreux, dans la perspective de ventes accrues. Cette tradition perdurera jusqu’à l’Occupation ».

Ici, « les phototypes traduisent à la fois le travail de constitution de banque d’images par Le Petit Parisien, notamment par le biais de photographies très précisément légendées récupérées auprès des services de police, et la mise en oeuvre des retouches, montages, annotations nécessaires à l’impression de ces photographies dans le journal ».

Utopies du contrôle
Le « portrait d’arrestation remonte aux origines de la photographie elle-même, et si certains préconisent son usage pour recenser prioritairement les criminels et attester des récidives, le fichage des populations restera quant à lui longtemps réservé aux minorités considérées comme dangereuses et ce, dans une perspective de surveillance sociale. La reconnaissance visuelle de certaines catégories de population qui inquiètent - étrangers, voyageurs, vagabonds, nomades, criminels - devient alors un nouvel enjeu pour bon nombre d'états européens ».

Selon Bertillon lui-même, le « procédé réservé aux criminels peut s’appliquer aux types « professionnels » ou « ethniques ». C’est dans ce contexte qu’est instauré en France en 1912 le système d’identification avec élaboration du carnet anthropométrique des nomades auquel participera activement Alphonse Bertillon. Pour la première fois, des populations jugées uniquement sur leur mode de vie ont l’obligation de porter un document qui les stigmatise et légitime leur exclusion de la communauté nationale ».

Ce n’est qu’en juin 2015 que « l’Assemblée Nationale votera la suppression du livret de circulation des gens du voyage qui trouve ses origines dans le système d’identification de 1912 ».

« Migrants, résidents de territoires occupés ou de colonies, prostituées… D’autres populations considérées comme à risque feront l’objet d’opérations de fichage d’ampleur, toujours à des fins de contrôle et de discipline sociales. C’est le cas par exemple des 1500 portraits d’autochtones que le Colonel Deleuze réalisera au Liban et en Syrie après la Première Guerre mondiale, dans l’ancien Empire Ottoman alors partagé entre la France et l’Angleterre. Réalisés selon un protocole strict, tirés au même format, numérotés, ces tirages montrent la systématisation du fichage des individus, la rigueur apportée à l’identification des personnes et l’importance stratégique accordée à la connaissance de la zone française en Syrie ».

Un pas de côté
C’est « pourtant dans un contexte de surveillance et de contrôle des populations que nait parfois l’acte de résistance, le pas de côté qui laisse transparaître l’individualité, la personnalité, la désapprobation derrière le constat simple de l’individu et de l’uniformisation du groupe ».

Quand Marc Garanger, « alors soldat, photographie en pleine guerre d’Algérie les femmes forcées à se dévoiler, ou quand Virxilio Vietez saisit les portraits des habitants des villages de Galice dans une Espagne franquiste pour des cartes d’identité devenues obligatoires, le procédé et la destination de ces photographies d’identité ne sont pas censés laisser de place à l’ambiguïté ou au doute quant à leur message et à leur destination ».

Pourtant, les « visages graves des modèles, les bijoux et les vêtements choisis, le jeu des regards, le geste photographique enfin, sont autant d’interstices dans lesquelles se glissent l’inattendu et une certaine forme de révélation qui transcende un système voulu comme rigide, froid, scientifique ».

De « ce système normé naît même parfois un geste décalé, fantaisiste, comme celui des services de police de la Brigade des Mœurs de Paris qui le 04 mai 1990 lors de l'arrestation précédant l'expulsion des « 800 travelos » du Bois de Boulogne réalise les portraits d'identité judiciaire de prostitués travestis, pour la plupart brésiliens, en y adjoignant un deuxième portrait, celui-ci décalé, rapproché, laissant au sujet photographié la possibilité de poser à sa guise face à l’objectif, arborant l’attitude et le regard choisi par le modèle lui-même, faisant par là même basculer le procédé dans un tout autre champs d’intention ».

Ivan Epp
Né en 1954, Ivan Epp, habite à Strasbourg.

À l’occasion de la « commémoration de la libération de Strasbourg, il débute en 1994 une collection de documents d’identité. Il se lance dans une sélection précise et rigoureuse de documents historiques (lettres de soldats, photos de famille), excluant les ouvrages, journaux ou cartes postales édités à de nombreux exemplaires. Les pièces d’identité – alsaciennes notamment – réalisées en période de guerre, lors de l’occupation et au moment de la libération répondent aux critères imposés par le collectionneur. À l’affût des ventes proposées dans la région, il acquiert ainsi des lots de documents familiaux complets couvrant parfois 2 à 3 générations ».

Il s’intéresse « à la fois documentaire et esthétique aux documents d’identité officiels ou privés (associations et entreprises) et compte dans sa collection plusieurs centaines de documents - avec photo pour la plupart -, de 1902 à nos jours ».

« Sont largement représentés dans sa collection les cartes d’identité françaises, les passeports européens mais aussi et surtout les documents d’identité alsacienne de 1910 à 1950. Il voit dans ces originaux, une photographie de la période : chacun de ces documents porte l’empreinte du régime politique et des avancées technologiques de leur époque ».


Du 14 octobre 2017 au 21 janvier 2018
Au Musée Nicéphore Niépce 
28, Quai des Messageries. 71100 Chalon-sur-Saône
Tél. : + 33 [0]3.85.48.41.98
Tous les jours sauf le mardi et les jours fériés de 9 h 30 à 11 h 45 et de 14 h à 17 h 45 

Du 19 octobre au 31 décembre 2016
A la Maison de la Photographie Robert Doisneau
1, rue de la Division du Général Leclerc. 94250 Gentilly
Tél. : +33 (0) 1 55 01 04 86
Du mercredi au vendredi de 13 h 30 à 18 h 30. Samedi et dimanche de 13 h 30 à 19 h
Entrée libre

Visuels :
Affiche
Photographies d'identité judiciaire
Anonyme, USA, années 1960. MNN 2006.172.2
© Musée Nicéphore Niépce, Chalon-sur-Saône

Instructions pour l'entretien de la machine Photomaton
Anonyme, France, années 1950. MNN 2000.4.4
© Musée Nicéphore Niépce, Chalon-sur-Saône

Bandes interchangeables pour portrait robot
Anonyme, France, années 1960. MNN 2013.16.4
© Musée Nicéphore Niépce, Chalon-sur-Saône

Fiche anthropométrique, Washington DC
Anonyme, USA, années 1960. MNN 2006.490
© Musée Nicéphore Niépce, Chalon-sur-Saône

Cartes à jouer
Anonyme, USA, 2003. MNN 2006.176
© Musée Nicéphore Niépce, Chalon-sur-Saône

Panneau publicitaire
Anonyme, France, années 1960. MNN 2000.4.3
© Musée Nicéphore Niépce, Chalon-sur-Saône

Brigade des gitans, Dijon
Anonyme, France, entre 1905 et 1910. MNN 2003.5.18
© Musée Nicéphore Niépce, Chalon-sur-Saône

Le Petit Parisien, photomontages destinés à l'édition
Anonyme, France, années 1920-1930. MNN 2012.15.1
© Musée Nicéphore Niépce, Chalon-sur-Saône

A lire sur ce blog :
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Les citations sont du dossier de presse. Cet article a été publié le 19 décembre 2016.

dimanche 7 janvier 2018

« La manifestation du 11 janvier 2015 - Martin Argyroglo », par Rémy Burkel


 La paix au bout de l’objectif est un documentaire par Rémy Burkel (2015). Retour sur la photographie de Martin Argyroglo prise à la fin de la manifestation du 11 janvier 2015 à Paris, et intitulée Le crayon guidant le peuple, par référence à La Liberté guidant le peuple, célèbre tableau (1830) du peintre Delacroix. Arte occulte notamment les assassinats antisémites du 9 janvier 2015. 


En prologue à chaque soirée du « Summer of Peace », Arte proposa Pictures for Peace, La paix au bout de l’objectif, « série documentaire dédiée aux images de guerre ou de paix qui ont marqué notre histoire récente. Saisir l'image choc qui fera le tour du monde, pour dénoncer la guerre ou célébrer l'espoir de paix : de la Seconde Guerre mondiale à nos jours, cette série documentaire décrypte les clichés qui ont marqué l'opinion publique. Willy Brandt à genoux à Varsovie, la poignée de main entre Sadate et Begin, la manifestation du 11 janvier 2015 à Paris… : douze modules courts sur des photos entrées dans les consciences ».

Liberté
Le 11 janvier 2015 à Paris, le photographe Martin Argyroglo couvre « la manifestation contre la tuerie survenue à Charlie Hebdo, pour tenter d'immortaliser l'ambiance et l'émotion de ce jour particulier ». Bref, Arte occulte notamment l’attentat terroriste islamiste de Amedy Coulibaly tuant quatre Juifs français à la supérette cacher de la porte de Vincennes, le 9 janvier 2015. Comme si, pour Arte, les manifestants n'avaient réagi que contre l’attentat des frères Chérif et Saïd Kouachi à la rédaction de Charlie Hebdo, le 7 janvier 2015. Mais c’est vrai, quand des djihadistes assassinent des Juifs, les non-Juifs ne se mobilisent pas, ne défilent pas… Et si ces trois djihadistes avaient seulement visé une cible Juive, nul doute que société française n’aurait pas réagi avec cette ampleur. Il suffit de se souvenir des rassemblements après l’assassinat d’Ilan Halimi, des victimes Juives à l’école OzarHaTorah à Toulouse, etc. Quant au meurtre de Sébastien Selam, il est « oublié » par les dirigeants communautaires.

Cette manifestation du 11 janvier 2015 réunit plus de quatre millions de personnes à Paris. Non pas la France « Black Blanc Beur », la société multiculturelle, encensée par le « politiquement correct ». Mais une France profonde, essentiellement monochrome, chrétienne, Juive et athée...

In extremis, alors que la nuit est déjà tombée, et que nombre de ses collègues sont déjà partis, convaincus d’avoir leur photo de cet événement, le photographe Martin Argyroglo cadre horizontalement, puis verticalement la scène en train de se former : il coupe la statue de la place de la République, « le meilleur moyen de créer une dynamique un peu ascensionnelle vers la statue ».

Le photographe trentenaire convoque « toute la violence révolutionnaire de la France » par sa référence, dans la composition, au tableau La Liberté guidant le peuple d'Eugène Delacroix (1830), inspiré de la révolution des « Trois Glorieuses » (27, 28, 29 juillet 1830), révolte contre les ordonnances du roi Charles X en date du 25 juillet 1830, dont l’une suspend la liberté de la presse et soumet les publications périodiques à une autorisation du gouvernement.

La photographie de Martin Argyroglo souligne les revendications de manifestants concernant la liberté d’expression menacée par les djihadistes. En témoignent la pancarte « Je suis Charlie ». Quant à la banderole contre la « barbarie », elle ne désigne pas le terrorisme islamiste.

Une image emblématique de cette manifestation populaire et polysémique ? Les slogans "Je suis Juif" étaient moins nombreux que ceux "Je suis Charlie".

Une image de paix ? Non, une image d'une Nation réagissant au djihad qui lui a été déclaré. Un sursaut inattendu, complexe, instrumentalisé, d'une France fragmentée.

Le 17 mai 2017, Canal + diffusa L'humour à mortdocumentaire de Daniel Leconte et d'Emmanuel Leconte. "Le 11 janvier 2015, des millions des personnes défilent dans les rues de Paris pour défendre la liberté d'expression. Quatre jours plus tôt, la rédaction de Charlie Hebdo était la cible d'une attaque terroriste. Douze personnes y perdaient la vie, dont les dessinateurs de presse Cabu, Wolinski, Charb, Tignous et Honoré. Le 9 janvier, les clients d'un supermarché casher étaient pris en otages. Quatre d'entre eux sont tués. Daniel et Emmanuel Leconte reviennent sur ses jours difficiles, via entre autres, des images d'archives issues de leur documentaire « C'est dur d'être aimé par des cons» qui retraçait le parcours judiciaire de Charlie Hebdo après la publication de caricatures de Mahomet..."

Arte diffusa La paix au bout de l’objectif, documentaire par Rémy Burkel (2015). 
  
La paix au bout de l’objectif, documentaire par Rémy Burkel (2015)
Arte, France, 2015, 3 min
Sur Arte le 25 juillet 2015 à 20 h 45

Visuel : © Arte

Articles sur ce blog concernant :
Articles in English
Les citations proviennent du dossier de presse. Cet article a été publié le 24 juillet 2015, puis le 16 mai 2017.

vendredi 5 janvier 2018

« Rabbi Wolff » par Britta Wauer


Arte diffusera le 9 janvier 2018 « Rabbi Wolff » (Rabbi Wolff – Ein Gentleman vor dem Herrn ; Rabbi Wolff: A Gentleman Before God), documentaire par Britta Wauer. « Un captivant portrait de William Wolff, ancien journaliste politique, devenu à l'âge de 70 ans le charismatique rabbin de la communauté juive allemande de la région de Rostock ».
    

« Dans son documentaire « Le paradis sous terre – Le cimetière juif de Weissensee », récompensé du Prix Panorama du public à la Berlinale 2011, la réalisatrice allemande Britta Wauer déambulait dans le plus grand cimetière juif d’Europe ». 

« Par la finesse de ses réflexions sur la mort, le deuil et l’au-delà, l'un des personnages de son film, le rabbin Wolff, avait charmé les spectateurs ». 

Cet « engouement a convaincu la réalisatrice de lui consacrer un documentaire à part entière ». Heureuse décision ! On découvre un personnage "atypique, un gentleman anglais", sociable, malicieux, dynamique, curieux, attentif aux autres, sincère, grand lecteur de journaux, aimant parier lors des courses hippiques, prisant la liturgie Un bon vivant.

« Né en 1927 dans une famille juive orthodoxe, William Wolff  a 6 ans lorsque les siens » - ses parents, son frère jumeau Joachim et sa sœur ainée Ruth - quittent Berlin pour s'installer » en 1933 « à Amsterdam, puis, en 1939, en Angleterre ». Un départ décidé quand la mère de Wolff a appris que la fille du tailleur local, Magda, avait épousé le ministre de la propagande de Hitler, Joseph Goebbels.

Au fil de sa scolarité, William Wolff apprend le français, la dactylographie, et la sténographie. 

Ce polyglotte – anglais, allemand, néerlandais, français, russe – est recruté par l’agence de presse Reuters. De 1944 à 1947, il travaille dans une station de Londres pour des programmes en russe et en allemand. Après avoir complété sa formation à la London School of Economics, il est employé par le Slough Observer en 1954, puis le Daily Miror.

Chargé des affaires internationales, il suit les ministres britanniques lors de leurs voyages. C’est ainsi qu’il retourne en Allemagne, dont le ministre des Affaires étrangères est Willy Brandt, pour la première fois depuis sa fuite, une trentaine d’années plus tôt.

« Après avoir été journaliste politique plusieurs décennies durant dans différents quotidiens britanniques, William Wolff  a mis un terme à sa carrière de chroniqueur pour réaliser son rêve : devenir rabbin ». 

En 1979, à la demande du rabbin Sidny Brichto, figure éminente des milieux juifs libéraux britanniques, William Wolff prend en charge la newsletter du mouvement.

En 1984, il est ordonné rabbin. Il officie dans plusieurs synagogues londoniennes où il apprend que l’Allemagne a besoin de rabbins.

En effet, pour la première fois depuis 1945, la population juive s’accroît en Allemagne en raison de l’afflux de Juifs de l’ex-Union soviétique. Au nombre de 35 000 âmes dans l’après-guerre, elle atteint 240 000 personnes pour lesquelles des synagogues sont édifiées. L’Union des Juifs progressistes en Allemagne recense environ 4 500 membres.

William Wolff se rend en 2002 dans l’ex-République démocratique d’Allemagne (RDA) pour travailler comme rabbin.
  
« La vie doit être drôle »
Désigné dans la région nord-est - Mecklembourg-Poméranie-Occidentale - de l’Allemagne à 70 ans, William Wolff veille sur les communautés juives libérales de Schwerin, Wismar et Rostock du milieu de la semaine au dernier office de samedi. 

En 2005, il est élu vice-président de la Conférence générale des rabbins, organisme libéral qui travaille parallèlement avec la Conférence rabbinique orthodoxe.

Il constate des « blessures profondes » en Allemagne, laissées par les deux dictatures : nazie, puis communiste.

Son contrat de chef rabbin de Mecklembourg-Poméranie-Occidentale a pris fin en 2015. William Wolff poursuit son activité comme volontaire.

Voyageur infatigable et souriant, ce nonagénaire « continue de partager son temps entre » cette région et Londres – il vit près de Henley-on-Thames -, « sans compter ses fréquents déplacements dans toute l’Europe » et en Israël. Son loisir annuel coûteux ? Parier lors de la Horse Race of Royal Ascot - il gagne moins souvent que la dame élégante qui l'accompagne. Sa devise : « La vie doit être drôle » (Life has to be fun).

Le rabbin Wolff, qui pratique le yoga, assure aussi le dialogue judéo-chrétien avec Hans-Jürgen Abromeit, évêque.

Son regret : n’avoir pas fondé de famille.

Britta Wauer « brosse l'émouvant portrait de ce grand témoin du XXe siècle, homme charismatique à la trajectoire atypique, devenu une figure spirituelle de la communauté juive allemande ».

Ce documentaire a été programmé dans des festivals Grande-Bretagne, en Allemagne, aux Etats-Unis… 

Infatigable, le rabbin et professeur Willy Wollf a parcouru l’Allemagne pour dédicacer son livre « Rabbi Wolff und die Dinge des Lebens » (« Rabbi Wolff and the Essence of Life: Memories and Insights».

Pourquoi une seule diffusion et à un horaire si nocturne de ce film sur un personnage si attachant ?

Ce documentaire a été rediffusé en 2020, mais trop rarement sur une demi-douzaine de jours.


« Rabbi Wolff », documentaire par Britta Wauer
Allemagne, Britzka Film, Rundfunk Berlin-Brandenburg (RBB), Arte, 2016
Sur Arte le 9 janvier 2018 à 0 h 25
Disponible du 30/11/2020 au 06/12/2020

Visuels :
Un captivant portrait de William Wolff, ex-chroniqueur, devenu le charismatique rabbin de la communauté juive allemande de la région de Rostock.
Entouré de livres: Willy Wolff dans son salon à Henley-on-Thames
Willy Wolff expose sa collection de stylos à bille devant chez lui à Henley-on-Thames, en Angleterre.
Willy Wolff avec sa petite amie Kathleen Egleton à la course de chevaux royale d'Ascot en Angleterre
Le rabbin William "Willy" Wolff à côté des rouleaux de la Torah dans la Nouvelle Synagogue Schwerin
© Uli Holz/Britzka Film

A lire sur ce blog :
Les citations sont extraites d'Arte. Cet article a été publié le 5 janvier 2018.

« La caricature, tout un art ! » par Laurence Thiriat


Arte rediffusera le 7 janvier 2018 « La caricature, tout un art ! » (Die karikatur: kunst und provokation!) par Laurence Thiriat. « À la fois symbole de liberté et instrument d'idéologies mortifères, la caricature affiche une histoire contrastée. Rétrospective, de ses balbutiements à la création de Charlie Hebdo ». Une histoire européenne de la caricature politique et sociale.

« Quel est le point commun entre la Renaissance, la Glorieuse Révolution anglaise, la révolution de Juillet, le Printemps des peuples allemand, l'affaire Dreyfus, Mai-68 et… le nazisme ? Chacune de ces périodes a été faste pour la caricature ». 

« Longtemps considéré comme mineur, cet art a profité des grandes secousses de l'histoire pour se développer, pour le meilleur, mais aussi pour le pire ». 


Un art européen

Quentin Metsys, Jérôme Bosch, Giuseppe Arcimboldo et Kunstler sont considérés comme des précurseurs des caricaturistes.

Avec l’avènement de la philosophie des Lumières et la révolution industrielle, c’est au XVIIIe siècle qu’apparaissent « les premiers grands caricaturistes, dans une Angleterre qui connaît un élan de liberté sans égal : William Hogarth, James Gillray, George Cruikshank… » Hogarth peint des tableaux réalistes (série sur la prostituée). "Prince de la caricature", Gillray produit des images de grande qualité artistique, parfois violentes et scatologiques, dans cet "art de la subversion". Il influe sur David, peintre néo-classique. George Cruikshank vise la vie culturelle britannique, en se moquant des nouvelles danses. Dans les boutiques de caricatures qui les placent dans leurs vitrines, les clients peuvent les acheter et les commenter.

En France, les « grands ciseaux de la censure » surnommée Anastasie, « parviennent à étouffer la caricature jusqu'en juillet 1830 et l'arrivée au pouvoir de Louis-Philippe ». Le « roi poire » légalise la liberté d'expression, avant de rétropédaler dès 1831. Trop tard. Des génies comme Charles Philipon et Honoré Daumier ont su s'engouffrer dans la brèche et, bravant la prison, irriguent la France et même l'Europe de leurs dessins révolutionnaires ». Le journal La Caricature devient un "organe de combat républicain". Devant ses juges, Philipon dessine le roi en poire. Les murs de Paris et de province sont couverts de poires, fruits symboles de cette lutte politique. Philipon créé aussi Le Charivari, quotidien satirique qui inspire des journaux à l'étranger. Daumier excelle dans les portraits et la critique de mœurs. Il représente le bourgeois en Robert Macaire, personnage théâtral. Il sculpte des personnages en terre, esquisses de travail modelés et expressifs.

En Allemagne, quelques dizaines de journaux satiriques, dont le Kladderadatsch, ont du succès vers le milieu du XIXe siècle. Wilhelm Scholz (1824-1893) crée une invention graphique qui se généralise en Europe : les rares cheveux de Bismarck expriment son humeur.

À la fin du XIXe siècle, la « caricature est enfin reconnue comme un genre à part entière ». La censure - Anastasie est un nom emprunté à Eugène Sue - perdure. La loi de 1881 encadre la liberté de la presse. L'affaire Dreyfus divise les caricaturistes. Antridreyfusanr, Psst... ! de Forain et Caran d'Ache s'oppose au dreyfusard Le Sifflet

C'est « aussi à partir de cette période qu'elle révèle sa face sombre, devenant un instrument privilégié de l'antisémitisme, du nationalisme et de la presse d'extrême droite ».

Hebdomadaire satirique allemand, Simplicissimus est fondé à Munich par Albert Langen et Thomas Theodor Heine en avril 1896.

En 1901, naît L'Assiette au beurre. Près de 10 000 en onze ans d'existence. Un journal ironique, sombre qui tranche dans la presse illustrée et évoque des problèmes graves français, espagnols et russes. Parmi ses collaborateurs : François/Frantisek Kupka, Félix Vallotton qui développe un style, une ligne particulière, Steilen, Jossot dont le dessin de défilé de paroissiens et d'oies sera décliné par Riss en 2011 et Cardon en 1989 dans Le Canard enchaîné fondé lors de la Première Guerre mondiale.

Le Crapouillot dénonce les violences de ce conflit. Louis Raemaekers devient le dessinateur des Alliés. Ses dessins sensibilisent les Américains à cette guerre. Les caricatures de Georges Grosz, artiste du courant expressionniste, lui valent des condamnations.

« Décriée après la Seconde Guerre mondiale », la caricature « chute brutalement avant de se relever, en France, grâce à Mai-68, comme en témoigne la création de Charlie Hebdo, né deux ans plus tard pour prendre le relais de Hara-Kiri, interdit par la censure ». Dans des médias, la photo supplante parfois le dessin satirique. L'Enragé publie en 1958 un dessin de Willem représentant le général de Gaulle s'appuyant sur des béquilles en formes du sigle "SS" !?

« Dessins – souvent animés – à l'appui, ce documentaire instructif part à la recherche des ancêtres du journal satirique. Où l'on (re)découvre les grandes dates de l'histoire européenne à travers les images inspirées de ceux qui ont forgé de leurs plumes un art majeur ». La dessinatrice Camille Besse ponctue ce documentaire.

On peut déplorer que ce documentaire occulte la condamnation de Siné, fondateur de Siné mensuel, pour antisémitisme, la caricature dans le monde musulman ou/et Arabe, ses spécificités - haine des Juifs, des chrétiens et des Noirs, prédilection pour le conspirationnisme, etc. -, ses liens avec la propagande nazie (style, thématiques).

En outre, des rédacteurs et dessinateurs de Charlie hebdo ont stigmatisé Israël. Ce qui dénote leur ignorance du conflit né du refus islamique d’un Etat Juif, et leur incapacité ou refus de saisir que c’est le même terrorisme islamiste qui tue à Jérusalem et à Paris.

En 2016, ce documentaire a été précédé de Attentats de Paris - Entretien avec Pierre Kroll  (Attentate von Paris - Gespräch mit Pierre Kroll). "On parle de crises. C'est une mutation du monde qui crée une peur entretenue par ce terrorisme", a observé Pierre Kroll, caricaturiste belge qui se produit aussi sur scène. Et d'ajouter : "A Bruxelles, on a fermé les écoles, les magasins pendant plusieurs jours. Bruxelles a été une ville morte, à l'approche des fêtes. Du jamais vu. Molenbeek est une commune à forte proportion immigrée, critiquée pour son laxisme, pour d'autres c'était un modèle du vivre-ensemble. Et on a découvert la radicalisation... Le plus gros attentat en Belgique a eu lieu contre le musée Juif et a été commis par un Français. Dans des pays comme le Maroc et la Tunisie, on vit avec des salafistes depuis longtemps. On vit comme eux. L'humour fait partie de la résilience. Je ne comprends pas comment des jeunes nés en Belgique aient envie de couper la tête. Il  y a une espèce de frustration. Un besoin de revanche pour exister... On doit pouvoir parler du sacré. Le métier de dessinateur, on l'a pratiqué pour déconner. Maintenant, c'est un métier d'intellectuel". 


« La caricature, tout un art ! » par Laurence Thiriat
2015, 54 min
Sur Arte les 5 janvier à 23 h 30 et 7 janvier 2016 à 9 h 50, 7 janvier 2018 à 17 h 35

Visuels : © Anaprod

A lire sur ce blog :
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Les citations sur le concert viennent d'Arte. Cet article a été publié le 5 janvier 2016.

« Quand Hollywood monte au front. La propagande pendant la 2ème guerre mondiale » par Peter Miller


Histoire diffusera les 5 janvier à 9 h 05, 11 janvier à 9 h 20, 17 janvier à 9 h 10, 23 janvier à 9 h 25 « Quand Hollywood monte au front. La propagande pendant la 2ème guerre mondiale » (Hollywood an die Front. US-Propaganda im Zweiten Weltkrieg ; Projections of America), documentaire en deux parties par Peter Miller. L’histoire méconnue d’une équipe de scénaristes, réalisateurs, producteurs engagés à diffuser une image positive des Etats-Unis, engagés dans la Deuxième Guerre mondiale, auprès des publics étrangers, et de contrer la propagande nazie.

« La guerre d'Hollywood 1939-1945 », par Michel Viotte
« Quand Hollywood monte au front. La propagande pendant la 2ème guerre mondiale » par Peter Miller

C’est un pan méconnu de l’effort cinématographique de guerre américain lors de la Deuxième Guerre mondiale  que montre « Quand Hollywood monte au front. La propagande pendant la 2ème guerre mondiale » (Projections of America), par Peter Miller, auteur des documentaires Jews and Baseball, An American Love Story (2010) et Sacco and Vanzetti.

Quand « le gouvernement de Roosevelt décide en 1941 de participer à la lutte contre l’Allemagne nazie, il charge l’usine à rêves Hollywood de rendre populaire l’envoi des « boys » sur les champs de bataille ».

« Pour faciliter le processus d'identification, il faut montrer ces hommes dans leur univers quotidien ». Ces « histoires de cow-boys et pétroliers, fermiers et laveurs de vitres, immigrants et écoliers capturent l’optimisme de la démocratie américaine. Ces films superbement réalisés présentaient des versions idéalisées de ce que l’Amérique pourrait être, créées par des cinéastes politiquement engagés qui voulaient changer fondamentalement l’Amérique tout en combattant la tyrannie à l’étranger ».

Ce qui les différencient de Why We Fight (Pourquoi nous combattons), série de sept films de propagande réalisés souvent par Frank Capra, sur une commande de l’administration du Président Roosevelt, de 1942 à 1945 afin d’expliquer aux soldats américains les raisons de l'engagement des États-Unis dans ce conflit et d’influer sur l’opinion publique américaine pour la convaincre de soutenir l'intervention américaine.

Idéalistes
« Au cœur du dispositif filmique se trouve Robert Riskin » (1897-1955), producteur et surtout scénariste de la majorité des œuvres de Frank Capra », souvent oscarisées : Lady for a Day (1933), It Happened One Night (1934), Mr. Deeds Goes to Town (1936), Meet John Doe (1941). Juif new-yorkais d’origine russe, scénariste ocarisé de screwball comedies (comédies loufoques), « chef de la division Outremer  de l’OWI (Office of War Information), il « réussit à mobiliser un réseau de cinéastes de sensibilité libérale (c’est-à-dire de gauche) qui se font un devoir de militer contre Hitler ». 

Les auteurs ? Le réalisateur hollywoodiens Josef von Sternberg (The Town), John O’Hara, Frances Goodrich and Albert Hackett, Ralph Bellamy, Burgess Meredith, Garson Kanin, Jean Renoir, Aaron Copland, le producteur John Houseman, l’écrivain Philip Dunne, des professionnels du documentaire : William Van Dyke, Irving Lerner, Alexandr Hackenschmied, Alexander Hammid, Roger Barlow… Si au début, les deux mondes s’opposent par leurs visions, ils apprennent à mieux se connaitre et s’apprécient. 

« Riskin était un Juif progressiste libéral, ce qui le rendait un outsider dans de nombreux lieux aux Etats-Unis. Ici, il raconte l’histoire de l’âme de l’Amérique, et définit l’esprit américain à des millions de gens vivant dans un monde occupé. Juif américain, Riskin a été profondément inquiet par ce qu’il voyait arriver dans l’Allemagne nazie et décida, bien avant que les Etats-Unis ne s’engagent dans la guerre, d’aider de quelque manière qu’il pouvait », a relevé le réalisateur Peter Miller.

« Ces réalisateurs étaient issus de la tradition documentaire progressiste de l’ère du New Deal, mais ils partageaient une vision profondément démocratique qui était exprimée dans ces courts métrages. Je suis sûr que les films de la série Projections d’Amérique se différenciaient des films conservateurs auxquels était habitué le public italien sous l’ère fasciste, et des films de propagande nazie que les publics d’Europe occupée étaient contraints de voir », a expliqué Peter Miller à Fra Noi.

« C’est ainsi que se constitue la pièce maîtresse de la campagne de propagande : les « Projections of America  », une série de vingt-six courts métrages documentaires ».

« Projetés à travers le monde, ces films présentent une Amérique des gens simples où idéalisme, liberté d’expression, art et culture occupent une place de choix ; et où la discrimination raciale n’existe pas ». 

« Pendant trois années intenses, l’Overseas Film Branch de l’OWI a produit 26 films et des douzaines de films d’actualités qui ont été traduits en 22 langues… « Swedes In America » conté par Ingrid Bergman, montrait l’expérience d’un immigrant et a été nommé pour un Academy Award du meilleur court sujet. The Window Cleaner mettait en vedette l’homme qui chaque jour escaladait l’Empire State Building avec une agilité à la Buster Keaton afin de nettoyer les fenêtres. En 1950, mon père a souffert d’un grave accident vasculaire cérébral qui l’a empêché de poursuivre son travail jusqu’à sa mort en 1955 », a confié Victoria Riskin en 2016.

« Tous ces films ont été faits par des professionnels qui savaient comment raconter une histoire. « Autobiographie d’une Jeep » est un conte adorable de vilain petit canard, l’histoire d’un modeste véhicule militaire ayant des problèmes d’estime de soi. Il incarne l’attitude « can-do » (gagnante, positive), et parle d’une voix américaine charmante, drôle et surprenante. Chaque fois que le film a été projeté en Normandie, le public criait « Vive la Jeep », a expliqué le réalisateur Peter Miller. 

Et d’ajouter : « The Cummington Story » est peut-être mon film préféré. Un groupe de réfugiés de guerre arrivent dans une ville de Nouvelle Angleterre. D’abord, les habitants de cette ville rejettent les réfugiés dont l’apparence est différente, qui parlent une langue étrangère. Puis, ils finissent par les accepter. Ils font des projets de charpenterie, jouent de la musique. Et que ces réfugiés retournent en Europe à la fin de la guerre, ces habitants de Cummington sont tristes. Le film était fait pour des publics étrangers, mais il avait aussi un message pour les Américains : les encourager à ouvrir leur cœur à ceux qui sont différents ». Ce film est signé par le documentariste de gauche Irving Lerner, dont le nom a été associé à une affaire d’espionnage, et par l’écrivain sioniste Joseph Krumgold, qui a reçu deux Newbery Medals distinguant ses romans pour enfants.

Après la chute de Mussolini, les Italiens des zones libérées par les troupes Alliées ont pu voir un film de cette série dans lequel figurait le chef d’orchestre célèbre Arturo Toscanini, qui avait quitté l’Italie fasciste pour les Etats-Unis.

« Des millions de spectateurs italiens ont afflué dans les salles de cinéma pour voir le film avec Toscanini, dans lequel ce brillant chef d’orchestre a dirigé l’Hymne des Nations de Verdi, actualisé par l’inclusion des hymnes nationaux de l’Union soviétique et des Etats-Unis. Cela ne m’a pas surpris que les publics italiens aient répondu avec enthousiasme à ce film, mais ce qui m’a particulièrement ému a été ma rencontre avec une Allemande juive qui a survécu à la guerre et se souvenait des émotions profondes qu’elle avait éprouvées en voir le film où Toscanini interprétait Verdi dans une salle de cinéma bombardée à Berlin », a déclaré Peter Miller à Fra Noi.

Ce documentaire Projections of America  « mêle  des archives souvent inédites et des entretiens avec des réalisateurs, des témoins de l’époque, des historiens et des critiques de cinéma ». Il « est passionnant de revoir leurs images plus de soixante-dix ans après ».

« L'amour en temps de guerre y a aussi sa place, puisque le documentaire évoque l'idylle de Riskin avec la star Fay Wray (héroïne de King Kong) ». Le couple s’est marié en 1942, et a eu deux enfants : Robert né en 1943, et Victoria, née en 1945, scénariste et militante des droits de l’homme. Robert Riskin a adopté Susan, née en 1936 du mariage de l’actrice avec le scénariste et cinéaste John Monk Saunders.
      
« Quand Hollywood monte au front. La propagande pendant la 2ème guerre mondiale » par Peter Miller a été distingué comme le Best Documentary au San Diego Jewish Film Festival en 2016 et reçu le Metta Media Award au Dallas VideoFest 2015.

Pourquoi Arte ne l'a-t-il diffusé que si tardivement et une seule fois ?
          
« Quand Hollywood monte au front. La propagande pendant la 2ème guerre mondiale » par Peter Miller
2014, 53 Min.
Based on an idea by Antje Boehmert & Christian Popp
Narrated by John Lithgow
Written by Peter Miller Producers Antje Boehmert, Peter Miller, Christian Popp
Editor : Amy Linton
Director of Photography : Antonio Rossi
Senior Advisor and Story Consultant : Ian Scott
Historical Advisor : Marja Roholl
Associate Producers : Jonas Schilling, Amy Linton
Commissioning Editors : ZDF/ARTE Martin Pieper, Türkân Schirmer
A Docdays Productions film
A co-production with Willow Pond Films  & ZDF In collaboration with ARTE
Distributed by PBS International
Developed with the support of MEDIA Programme of the European Union
Sur Arte le 30 août 2017 à 0 h 20
Sur Histoire les 5 janvier à 9 h 05, 11 janvier à 9 h 20, 17 janvier à 9 h 10, 23 janvier à 9 h 25

Visuels :
Le scénariste Robert Riskin a essayé avec ses films de propagande, de rapprocher la population civile de l'Europe libérée à l'"American Way of Life"
© Victoria Riskin

Extrait du film "Projections of America - A better tomorrow", 1944
© NARA/Docdays Productions

Peter Miller, Antonio Rossi
John Lithgow, narrateur

A lire sur ce blog :
Les  citations sur le documentaire sont extraites du site d'Arte. Cet article a été publié le 29 août 2017.