Citations

« Le goût de la vérité n’empêche pas la prise de parti. » (Albert Camus)
« La lucidité est la blessure la plus rapprochée du Soleil. » (René Char).
« Il faut commencer par le commencement, et le commencement de tout est le courage. » (Vladimir Jankélévitch)
« Notre métier n’est pas de faire plaisir, non plus de faire du tort. Il est de porter la plume dans la plaie. » (Albert Londres)
« Le plus difficile n'est pas de dire ce que l'on voit, mais d'accepter de voir ce que l'on voit. » (Charles Péguy)

samedi 28 juillet 2012

Le directeur du CAPE a interdit une conférence de presse de Bat Ye’or

Cet article est republié à l'occasion de la désignation le 23 juillet 2012, au quai d'Orsay, par Laurent Fabius, ministre français des Affaires étrangères, de l'envoyé spécial de la France auprès de l'OCI, Louis Blin, consul général de France à Djeddah (Arabie saoudite), où siègle l'OCI. M. Fabius a déclaré : « Ce qui portera notre représentation au niveau de celle de nos partenaires proches. La France souhaite en effet suivre vos travaux assidûment et accompagner le développement d’une organisation qui a su trouver sa place par le dialogue avec le reste du monde ». Cette décision a été annoncée lors de l'« Iftar [Nda : diner rompant le jeûne lors du mois du Ramadan] en l’honneur des ambassadeurs des États membres de l’Organisation de la coopération islamique ». Seule la Syrie n'était pas invitée à ce diner initié par Bernard Kouchner, alors ministre français des Affaires étrangères et interrompu quelques années. Pour Laurent Fabius, ce diner « permet à la France de marquer, en ce début de Ramadan, notre intérêt et notre estime pour le monde musulman». Dalil Boubakeur, recteur de la grande mosquée de Paris, a décliné l'invitation à cette soirée. Les responsables du CFCM (Conseil français du culte musulman) étaient présents à ce diner.

François Descoueyte, directeur du CAPE (Centre d’accueil de la presse étrangère) à Paris, a interdit la conférence de presse de l'essayiste Bat Ye’or prévue au CAPE, le 22 novembre 2010. Ultime motif invoqué par François Descoueyte : les liens du CAPE avec le Quai d’Orsay. Le 20 novembre 2010, Dominique Lunel, qui assure l'interface entre la communauté juive française et le secrétaire général de l'Elysée Claude Guéant, a remis mon article à Claude Guéant qui en a pris acte.
Le CAPE a été créé en 2000 par Nina Mitz, François Rivareau, Anne Gazeau Secret, Bertrand Valero, actuel porte-parole du Quai d'Orsay, et le journaliste Ruggero de Pas, son président actuel.

Installé à la Maison de Radio France jusqu’en septembre 2008, c’est « le lieu d'accueil, d'orientation, de réunion et de rencontre de la presse française et étrangère à Paris ».

Un financement public
Le CAPE est aussi « un Groupement d'Intérêt Public » dont le Conseil d’administration comprend, outre divers ministères, des associations de journalistes - dont l’APE (Association de la presse étrangère) et le CPA (Club de la presse arabe) -, l’Agence française de développement, Radio France et RFI.

Implanté depuis plus de deux ans au Grand Palais, le CAPE peut se targuer d’une belle réussite.

Quelques chiffres en attestent pour 2009 : 163 conférences de presse, 343 intervenants dont des chefs d’Etat et de gouvernement, des ministres français et étrangers, des élus européens, nationaux et locaux, des personnalités religieuses et universitaires, des entrepreneurs, des ambassadeurs, des membres d’organisations internationales et d’ONG, des syndicalistes…

Le directeur du CAPE est nommé par le ministère français des Affaires étrangères qui subventionne le Centre. Depuis plusieurs mois, cet honneur a échu à François Descoueyte, ancien ambassadeur.

L’image de Bat Ye’or
Le 8 novembre, j’ai proposé une conférence de presse au CAPE sur le thème L’Europe face à la stratégie de l’OCI (Organisation de la conférence islamique) : enjeux et perspectives. L’oratrice : l'essayiste Bat Ye’or, auteur de L'Europe et le spectre du califat (Ed. Les Provinciales).

L’actualité ? La série de consultations politiques entre la France et l'OCI, dont la première a eu lieu le 5 octobre 2010 au Quai d'Orsay, et la déclaration récente, d'Abdelwahab Meddeb, professeur à l'université Paris X-Nanterre et animateur à France-Culture, évoquant le lobbying de l'OCI aux Nations unies.

Le CAPE donne un premier accord. Une date est fixée : le 22 novembre 2010.

Patatras ! Le 10 novembre 2010, le CAPE annonce que cette conférence n’aura pas lieu.

La journaliste Luisa Pace, qui avait accepté d'être la modératrice de cette conférence,  insiste auprès du directeur du CAPE en changeant le titre qui devient Le dialogue entre l’Europe et l’OCI. Nouveau refus.

Quelles raisons ont été évoquées pour refuser la conférence de Bat Ye’or ? Bat Ye’or serait une « extrémiste », et « d’extrême-droite ». Elle aurait même « participé au complot ayant fomenté l’assassinat de Yitzhak Rabin » !

« Je suis une journaliste. Je réalise des enquêtes. J’ai cherché sur Internet des preuves de ces allégations. Je n’en ai pas trouvé », résume Luisa Pace, la journaliste qui devait animer la conférence de presse.

Un journaliste israélien persifle : « Cela fait des années qu’on cherche en Israël des preuves d’un complot. On n’a rien trouvé. Si le CAPE a des preuves, qu’il en informe Israël ».

Qui décide au CAPE ?
Le 17 novembre 2010 au CAPE, quand j’ai interrogé François Descoueyte, il a d’abord allégué qu’en quelques jours, deux conférences de presse sur deux livres auraient traité du même sujet : la conférence de David G. Littman et Paul B. Fenton La condition juive sous l’islam au Maghreb : une histoire occultée, et celle de Bat Ye’or. Mauvais prétexte : Bat Ye’or évoque l’OCI, absente du livre des deux premiers auteurs.

Puis, François Descoueyte a allégué l’absence d’actualité du sujet de la conférence de Bat Ye’or.

Ensuite, il a avancé l’avis négatif de trois personnalités extérieures au CAPE sur cette conférence. Lesquelles ? François Descoueyte répond, en se contredisant : « deux attachées de presse du CAPE » et lui.

Est-ce à ces deux attachées de presse de décider quelle conférence de presse doit avoir lieu au CAPE et de censurer a priori une essayiste mondialement connue ?

Par sa réponse, François Descoueyte, directeur du CAPE, ministre plénipotentiaire de première classe, ancien ambassadeur de France en Australie et en république de Corée, et ancien directeur d'Asie et d'Océanie au Quai d’Orsay, a placé à égalité avec lui deux jeunes attachées de presse ! Ou plutôt, il a volontairement rogné son pouvoir décisionnaire de directeur du CAPE en le partageant avec deux attachées de presse. François Descoueyte serait minoritaire dans un élément majeur de sa fonction directoriale. Et il a fait primer deux attachées de presse sur le secrétaire général du CAPE, Christian Habonneau, estimé de tous, nommé par le ministère de l’Economie et qui, dans l’organigramme du CAPE, est leur supérieur hiérarchique. Du jamais vu. Le monde à l’envers !

Rappelons qu’une attachée de presse assure les relations de presse d’un évènement : rédaction du communiqué ou dossier de presse et relations avec les journalistes.

Et sur avis de ces deux attachées de presse, François Descoueyte a refusé la conférence de Bat Ye’or, qui, invitée par Lord Edward Leigh, membre du parlement britannique à Londres, a prononcé une conférence sur les droits de l'homme dans une des salles de la Chambre des Communes (Grande-Bretagne) et a été entendue en mai 1997 lors d'une séance sur la persécution religieuses au Moyen-Orient organisée par le sous-comité des Affaires du Proche-Orient et d'Asie méridionale au sein du Comité sénatorial sur les Relations étrangères au sein du Congrès américain. Une essayiste qui a confié à la demande du bibliothécaire de la Section Juive au sein de la New York Public Library, tous les manuscrits de ses livres, ses articles, ses correspondances avec diverses personnalités et les archives fondant sa documentation à cette prestigieuse bibliothèque américaine.

Sur les avis de deux attachées de presse, François Descoueyte a interdit la conférence de presse d’une essayiste qui n'a jamais été poursuivie, ni a fortiori condamnée par les tribunaux, en France ou à l'étranger, et dont les livres et articles sont publiés par des éditeurs et revues renommés. Et en six langues.

Sur les avis de deux attachées de presse, François Descoueyte a censuré a priori une essayiste, libre de s’exprimer notamment en Amérique, en Europe - interview sur France 24 - , qu’aucun mouvement politique ou qu’aucune ONG n'ont jamais qualifié d'« extrémiste » ou d'être d’« extrême-droite ».

Et pourtant, François Descoueyte a pris le temps de lire sur Internet les articles publiés par les sites de Bat Ye’or et mes interview de Bat Ye’or sur mon site.

Le lien avec le Quai d’Orsay
« Il y a 50 lieux à Paris où vous pouvez faire une conférence », répétait François Descoueyte.

C’est la première fois que j'entendais un directeur de salle promouvoir la concurrence. C’est d’autant plus surprenant que le CAPE affronte une baisse des subventions publiques, fait rémunérer ses services et que le refus de prestation de service est interdit, « sauf motif légitime » (article L122-1 du Code de la consommation).

François Descoueyte a semblé ignorer que le CAPE est unique, incomparable : par ses missions, par son image, par son emplacement prestigieux, par ses services, par ses fichiers, etc. Ce n’est pas par hasard que le Club de la presse arabe s’y montre si dynamique.

Poussé dans ses ultimes retranchements, François Descoueyte a avancé les liens du CAPE avec le Quai d’Orsay…

C’est donc au nom de la liberté d’expression et des liens avec le Quai d’Orsay qu’ont pu s’exprimer au CAPE Tarik Ramadan le 14 novembre 2003, Dieudonné M'Bala M'Bala le 2 juillet 2004, Ali Daamouch, responsable des Relations extérieures au Hezbollah, le 6 juin 2005, Ali Ahani, ambassadeur de la république islamique d'Iran les 11 octobre 2006 et 7 décembre 2007, et Tamimi Tayssir, « grand mufti d'al-Quds, juge suprême de Palestine », le 7 mai 2010…

Certains de ces orateurs ont tenu des propos extrémistes, hostiles à l’Etat juif. François Descoueyte a trouvé cela « regrettable », voire « condamnable ». Et d’ajouter que les auteurs de tels propos « ne sont pas alors réinvités ».

Il y aurait donc deux poids/deux mesures. D’une part, des orateurs jouissant de toute liberté d’expression au CAPE. D’autre part, Bat Ye’or, cible d’une interdiction a priori consécutive à la censure du Quai d’Orsay ou/et à l’autocensure d’une diplomate appréhendant probablement la réaction de son ministère. Rappelons que Philippe Karsenty n'avait pas pu tenir la conférence de presse sur l'affaire al-Dura prévue en 2009 au CAPE : celui-ci l'avait annulée trois jours avant sa tenue.

En nommant François Descoueyte, le quai d’Orsay n’a peut-être pas placé la personne idoine.

Décrédibilisé, cet espace subventionné par l'argent public risque de devenir le lieu de rencontres conformes à la doxa française, en particulier à sa « politique arabe », et interdit à ceux la critiquant et défendant l’Etat d’Israël. Un lieu d’où seraient interdits comme orateurs les journalistes, diplomates ou universitaires américains ou israéliens dont les analyses ne reflètent pas les positions de la diplomatie française.

A ceux qui doutaient de la pertinence des analyses de Bat Ye’or, François Descoueyte a fourni une preuve indubitable. « Je suis surprise qu’une petite personne comme moi suscite une telle crainte », a persiflé Bat Ye’or.

Fait rare, ce 17 novembre 2010, François Descoueyte a assisté à toute la conférence de David G. Littman et Paul B. Fenton devant un public composé notamment de Bat Ye’or. Une conférence qui a commencé avec plus de 30 minutes de retard en raison d’une erreur de programmation du CAPE.

Une conférence au cours de laquelle le nom de Bat Ye’or a été prononcé, tant cette essayiste est incontournable.

Sauf au CAPE en tant qu’oratrice.

Le 20 novembre 2010, Dominique Lunel, qui assure l'interface entre la communauté juive française et le secrétaire général de l'Elysée Claude Guéant, a transmis mon article à Claude Guéant qui en a pris acte.

Radio J diffusera le mercredi 23 novembre et le samedi 27 novembre 2010 mon interview par Michel Zerbib, directeur de l'information de cette radio juive francilienne, notamment sur ce refus du directeur du CAPE.

Radio Chalom Nitsan m'interviewera le jeudi 25 novembre vers 13 h sur ce refus du directeur du CAPE, sur l'exposition anti-israélienne Gaza 2010 de Kai Wiedenhöfer au musée d'art moderne (MAM)  de la ville de Paris, et sur l'adoption récente de résolutions anti-israéliennes par l'UNESCO (Organisation des Nations unies pour l'éducation, la science et la culture).

Mon interview (environ 25 minutes) notamment par José Gimenez, lors de l'émission Israël d'hier et d'aujourd'hui de Radio Chalom Nitsan peut être écoutée sur le site de la radio pendant une semaine.

Le 28 novembre, l'essayiste et journaliste Michel Gurfinkiel a évoqué ces faits dans sa chronique sur RCJ et sur son site.

Le 3 décembre 2010, Me Gilles-William Goldnadel, président de l'association France-Israël, a évoqué ce refus dans sa chronique sur Radio J et sur son blog.

Bat Ye’or, L’Europe et le spectre du califat. Editions Les Provinciales, 2010. 215 pages. 18 euros. ISBN : 978-2-912833-22-8


Livre de Michel Gurfinkiel
« Un devoir de mémoire »


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Cet article a été publié pour la première fois le 19 novembre 2010 et modifié le 4 mars 2012.
Il a été republié le 4 mars 2012 à l'approche de la conférence de presse au CAPE intitulée L'eau révélatrice d'une nouvelle fracture au Moyen-Orient avec Jean Glavany, ancien ministre socialiste, député, rapporteur de la mission d'information parlementaire sur la géopolitique de l'eau et co-auteur d'un rapport controversé et partial sur La géopolitique de l'eau, et Michel Morzière, responsable de la coordination Israel-territoire occupé à la section française d'Amnesty International. Les salles ne manquent pourtant pas à l'Assemblée nationale pour une conférence de presse...

vendredi 15 juin 2012

Edmond Jabès. L’exil en partage


La Bibliothèque nationale de France (BnF) célèbre en son site François-Mitterrand le centenaire de la naissance du poète Edmond Jabès (1912-1991). Né dans une famille Juive polyglotte, cet intellectuel est contraint à fuir l’Egypte nassérienne antisémite pour se réfugier en France. Cet auteur exigeant, rigoureux et généreux a produit une œuvre protéiforme – poésie, aphorismes, maximes, etc. - en langue française, centrée autour d’interrogations sur l’exil, l’hospitalité, l’identité, la judaïté tragiquement marquée par la Shoah.



« J’ai quitté une terre qui n’était pas la mienne, pour une autre qui, non plus, ne l’est pas. Je me suis réfugié dans un vocable d’encre, ayant le livre pour espace », a écrit Edmond Jabès dans Un étranger avec, sous le bras, un livre de petit format (1989).

Un poète en exil
Edmond Jabès est né en 1912 au Caire (Egypte), dans une famille Juive francophone et de nationalité italienne sans avoir vécu dans la péninsule italienne.

Il écrit et publie dès 1929. Il fonde avec Georges Henein une maison d’édition sensible au surréalisme, La Part du sable.

En 1930, il débute sa correspondance avec Max Jacob, poète français Juif converti au catholicisme. Une amitié se noue entre le poète célèbre et Edmond Jabès, élève de ses leçons de poésie, notamment lors de leur rencontre à Paris en 1935 : « Fais-en moins, et serre davantage. Le nombre de pages ne compte pas, mais la qualité et la densité ».

Il se lie aussi avec la poétesse Andrée Chédid.

Cet agent de change publie en 1945 sa correspondance avec Max Jacob.

En 1957, l’antisémitisme dans l’Egypte dirigée par Nasser et la guerre du canal de Suez obligent la famille Jabès à fuir ce pays pour la France. Dans cette épreuve, Edmond Jabès prend alors conscience de son judaïsme. Il obtient la nationalité française en 1967.

Publié en 1959, Je bâtis ma demeure d’Edmond Jabès réunit ses poèmes et aphorismes rédigés de 1943 à 1957.

Les souvenirs et images d’Egypte – Le Caire, désert - nourrissent de manière importante ce poète exilé. Cette culture orientale imprègnent imprègne et inspire son œuvre questionnée par le « silence de Dieu » lors de cette indicible Shoah.

Débuté en 1959 et édité par Gallimard en 1963, Le Livre des Questions « marque un infléchissement dans son écriture : il mêle poésie, intrigue, paroles de rabbins, questionnement sur Dieu, mais aussi sur la condition des juifs, et surtout sur la Shoah, dont l’horreur l’a profondément marqué ».

Edmond Jabès se lie d’amitié avec d’autres intellectuels : Jean Grenier et Gabriel Bounoure dès la période égyptienne, puis après l’arrivée à Paris, René Char, Michel Leiris, Jacques Derrida, Maurice Blanchot, Paul Celan ou Emmanuel Levinas.

Edmond Jabès travaille aussi avec des artistes, parmi lesquels Antoni Tàpies, Olivier Debré, Eduardo Chillida, Jean Degottex qui illustrent certains de ses ouvrages.

Ses écrits sont publiés par La Nouvelle Revuefrançaise (Gallimard).

Primé par de nombreux Prix – Prix des Critiques (1970), Prix des Arts, des Lettres et des Sciences de la Fondation du judaïsme français (1982) -, Edmond Jabès participe à des colloques et donne des conférences aux Etats-Unis, en Israël et en Europe.

« Ma langue maternelle est une langue étrangère. Grâce à elle, je suis de plain-pied avec mon étrangeté », écrit Edmond Jabès dans Le Livre du dialogue (1984).

En 1987, le compositeur Luigi Nono compose une partition sur Le petit livre de la subversion hors de soupçon (1982, Gallimard).


Dans son œuvre poétique, notamment Je bâtis ma demeure (1959), Edmond Jabès « questionne la place de l’étranger, ainsi que la figure du Juif, qu’il considère comme « l’autre » par excellence, toujours en exil ».

La singularité de son œuvre, qui a influencé notamment Jacques Derrida et marqué Paul Auster, a été soulignée par René Char.

Il donne ses manuscrits à la BNF en 1990. Un fonds complété par celui de ses filles et dont l’exposition présente « une centaine de documents, manuscrits, livres, photographies, mais aussi dessins et œuvres d’artistes proches du poète ». Le visiteur peut donc apprécier les états successifs de la création littéraire et de la réflexion de cet auteur-dessinateur, ainsi que les œuvres d’artistes inspirés par ses poèmes.

 « L’entrée à la BnF grâce à un don de ses filles du dernier manuscrit auquel Jabès travaillait avant sa mort, Le Livre de l’Hospitalité (1991), invite à prendre comme fil directeur de l’exposition les thèmes de l’exil et de l’hospitalité si souvent abordés par ce poète exigeant et généreux, dont l’œuvre apparaît toujours aussi actuelle ».



« J’ai d’abord cru que j’étais écrivain, puis je me suis rendu compte que j’étais juif, puis je n’ai plus distingué en moi l’écrivain du juif, car l’un et l’autre ne sont que le tourment d’une antique parole » (Cahier de Yukel)


« Il n'y aura jamais assez d'heures pour venir à bout de la mémoire ».


« Venir au monde en poète, c'est être dans le monde autrement qu'en y résidant ».


« Rien n'est donné. Tout est à prendre - à apprendre
Quoique tu fasses, c'est toi que tu espères sauver. C'est toi que tu perds ».


« L'Egypte, Le Caire, le désert, c'est tout le paysage de mon enfance ; à peine mes yeux ouverts, c'est, avec le visage des êtres qui me sont chers, ce qui s'est présenté à ma vue. J'en ai été profondément marqué. Tant de souvenirs gisent au fond de mes écrits. Je continue de vivre avec et ce vécu échappe au temps. »


« Tu parles toujours à partir d’un silence contre lequel tu te briseras.
Il n’y aura jamais eu, derrière et devant nous, que le même silence.
Le premier ».


« Je crois à la mission de l'écrivain. Il la reçoit du verbe qui porte en lui sa souffrance et son espoir. Il interroge les mots qui l'interrogent, il accompagne les mots qui l'accompagnent.

« Les paroles m'écartèlent ».


« Mon exil de syllabe en syllabe m’a conduit à Dieu ».


« Les mots sont des fenêtres, des portes entrouvertes dans l’espace ; je les devine à la pression de nos paumes sur elles, aux empreintes qu’elles y ont laissées ». (Le livre des questions)

« Le désert, c'est le vide avec sa poussière. Au cœur de cet univers pulvérisé, dans son absence intolérable, seul le vide conserve sa présence ; non plus comme vide, mais comme respiration du ciel et du sable ».

« Auschwitz est, dans mes livres, non point uniquement en tant que summum de l'horreur, mais comme faillite de notre culture »


« L'incertitude de Dieu est pareille au flux et au reflux de la mer. Elle engendre la parole par laquelle l'homme proclame sa certitude ». (Le livre des questions).


Jusqu’au 17 juin 2012
Quai François-Mauriac, 75017 Paris
Galerie des donateurs
Du mardi au samedi de 10 h à 19 h, dimanche de 13 h >19h, le lundi 14 h à19 h
Entrée libre

Visuels :
Edmond Jabès, 1990
© Jean Marc de Samie


Edmond Jabès,
manuscrit autographe,
Le Livre du partage,
BnF, département des Manuscrits


Edmond Jabès, Ca suit son cours,
éditions Fata Morgana, 1975, p. 38-39, illustration d’Antoni Tapies
© Fondation Antoni Tapies,
Barcelone / ADAGP, Paris 2012
BnF, Arsenal


Edmond Jabès, Les pieds en l’air,
poèmes précédés d’une lettre de Max Jacob,
Couverture et illustrations de Mayo –Editions : La Semaine Egyptienne, Le Caire, Alexandrie, 1934
BnF, département des Manuscrits


Edmond Jabès,
La mémoire et la main
éditions Fata Morgana, 1987
double page avec un dessin d’Eduardo Chillida à droite
© Zabalaga -Leku, ADAGP, Paris 2012
BnF, département des Manuscrits



Edmond Jabès, manuscrit autographe :
Le Livre des Questions, Le Retour au livre, vol 2
BnF, département des Manuscrits


Edmond Jabès, dessin
Le Livre du partage,
BnF, département des Manuscrits


Edmond Jabès,
manuscrit autographe,
Le Livre du partage,
BnF, département des Manuscrits


Edmond Jabès, Les Mots tracent, Paris,
Librairie Les pas perdus, 1951
Couverture de Max Ernst,
Collection « L’Âge d’or » dirigée par Henri Parisot
© ADAGP, 2012
BnF, département des Manuscrits


Robert Groborne
Une Lecture du Livre des Ressemblances d’Edmond Jabès, notes manuscrites
1984, éditions Aencrages and co.
© ADAGP, 2012
BnF, Arsenal


Edmond Jabès,
manuscrit autographe du Livre des Questions I
BnF, département des Manuscrits


Articles sur ce blog concernant :

Les citations sont extraites du communiqué de presse.

mercredi 30 mai 2012

Réaction de Philippe Meyer au passage sur Information juive dans mon article sur les médias français Juifs (2/10)


Je publie la réaction, qui n'est pas un droit de réponse, de Philippe Meyer, gérant de la SARL et directeur de la publication Information juive, au passage sur ce mensuel dans mon article Un paysage médiatique Juif français contrasté. Ensuite, figure ma réponse. Philippe Meyer et moi ne souhaitons pas nous engager dans une polémique sans fin.


5e partie : La réaction de Alain Granat, directeur de Jewpop 
6e partie : La réaction de Michaël Blum, journaliste à Actualité juive hebdo et à l’AFP
7e partie : La réaction de Michel/Meir Azoulay pour Carole Azoulay, journaliste à Actualité juive hebdo
8e partie : L'affaire al-Dura ? Une  conspiration selon Jean Corcos et Rudy Reichstadt
9e partie : Laurent-David Samama, ancien rédacteur en chef de L’Arche
10e partie : Karen Taieb, journaliste médicale sur RCJ
11e partie : L'Arche, magazine du FSJU

Philippe Meyer écrit :
« A propos du mensuel Information Juive que vous mentionnez et dont je suis le directeur de la publication, je tenais à apporter les rectifications suivantes.

1. Le journal Information Juive, le plus ancien et l’un des plus prestigieux de la presse juive française, n’est pas à proprement parlé le « mensuel du Consistoire israélite de France ». Il a certes tissé des liens historiques étroits avec le Consistoire depuis des décennies, et continue de le faire, mais il s’agit d’un organe de presse qui a conservé une ligne éditoriale indépendante. Information Juive n’est pas « le » journal du Consistoire, mais le mensuel de l’ensemble des communautés juives auxquelles il s’adresse en priorité. Le journal a pour vocation de traiter avec rigueur, objectivité et diversité, l’ensemble des sujets de débat qui traversent la communauté juive, grâce à des entretiens et des analyses de spécialistes, de plumes prestigieuses et de personnalités de premier plan.
2. Vous parlez d’une « audience limitée ». Le tirage actuel est de plusieurs milliers d’exemplaires à travers les principales communautés sur l’ensemble du territoire, vendus essentiellement par abonnement à des lecteurs fidèles depuis de nombreuses années et beaucoup de nouveaux abonnés, et présents dans de nombreux kiosques. Ce tirage est comparable à l’ensemble des supports de presse de la communauté juive qui n’ont pas subi les dommages de la crise de la presse en France et qui ont récemment disparu. Information Juive maintient et augmente son audience malgré un contexte des plus difficile. Il s’agit aujourd’hui du SEUL mensuel de la communauté juive ayant survécu à cette crise et proposant à tous ses lecteurs une version papier. Il est diffusé à l’ensemble des décideurs de la communauté juive en France, et au-delà aux principaux acteurs de la communauté nationale.
3. Concernant sa supposée« insuffisante modernisation », je tenais à vous rappeler si vous l’ignorez que le mensuel a lancé voilà quelques années une nouvelle formule entièrement modernisée et voilà quelques mois un nouveau site internet ainsi qu’une page Facebook qui fait état d’une fréquentation très élevée.
4. Quant à l’ « intégration dans la communication du Consistoire », au-delà de l’indépendance éditoriale du journal mentionnée plus haut, les synergies avec la communication du Consistoire sont importantes et tant le Président, le Grand Rabbin de France, que le Grand Rabbin de Paris s’y expriment régulièrement. Par ailleurs, le journal fait état tous les mois dans un feuillet spécial des principaux événements émaillant la vie de l’institution consistoriale et de celle des communautés juives de notre pays. Si vous trouvez que ces liens sont « insuffisants », je serais intéressé de recevoir vos propositions en la matière. Enfin, notre mensuel ouvre tous les mois ses colonnes aux différents Présidents de communautés afin qu’ils puissent y présenter leurs actions et leurs projets, et aux principaux acteurs de la communauté juive afin qu’ils y intègrent leurs réflexions et leurs analyses de fond alimentant ainsi les grands débats d’idées qui traversent la communauté.

Merci de prendre en compte ces précisions qui manquaient dans les quelques lignes assez incomplètes que vous avez consacrées au journal ».

Mes réponses à Philippe Meyer :
Je maintiens ce que j’ai écrit dans mon article.

1.    Vous comparez Information juive aux autres médias de la communauté française Juive. L'un des problèmes soulevés dans mon article est le faible écho - et c'est un euphémisme - de ces médias parmi les médias nationaux non communautaires et dans la Nation.

 On peine à discerner des articles sur le Consistoire israélite de France témoignant de cette « indépendance ». Ce Consistoire est donc parfait. Tant mieux.

En outre, L'e-mail de l'administration d'Information juive est infoj@consistoire.org, son siège  est à la même adresse que celui du Consistoire de Paris, etc.
Le compte-rendu du dîner du CRIF ne présente aucune critique sur le discours de Nicolas Sarkozy, alors Président de la République. Or, celui-ci n’a notamment pas su parler aux Français Juifs ! (n° 319, Février 2012)
Qui finance Information juive ? Quel est le montant de son budget ? Quelle est la part des abonnements et des numéros vendus dans les neufs kiosques parisiens de sa diffusion ? Combien de lecteurs ?

Un souvenir. En 2010, j’ai tenté de contacter la rédaction de ce mensuel. J’ai du m’y prendre à plusieurs reprises car mon appel téléphonique se baladait d’une personne à l’autre, ou je ne trouvais aucun interlocuteur quels que soient le jour de la semaine ou l’heure d’appel.

Un bon journal se fait avec des journalistes, secrétaire de rédaction et maquettistes compétents, et pas forcément avec des « plumes prestigieuses et des personnalités de premier plan ».

A quels débats traversant la communauté juive faites-vous allusion ? La communauté française Juive est inquiète sur son avenir, sur les déclins de la France, sur l’islamisation de la France, etc. Quand en avez-vous parlé ? Comment et avec quelles « plumes prestigieuses » ?

2.      Un tirage de « plusieurs milliers d’exemplaires » pour les « principales communautés sur l’ensemble du territoire ». Est-ce satisfaisant au regard des 500 000-600 000 âmes Juives ? Quelle est la part des numéros vendus et de ceux donnés ?

Combien lisent ce mensuel parmi tous ceux qui le reçoivent ?

Je n’ai jamais entendu des amis ou relations évoquer Information juive parmi leurs lectures de presse.

Aucun des Internautes ayant réagi à mon article n’en conteste la pertinence. Et je n’ai pas publié une réaction par crainte qu’elle soit jugée diffamatoire. Aucun des commentaires n’évoque Information juive. Cela ne vous inquiète pas ?

Information juive publie sur son site Internet les archives de ses numéros en un format aisé à consulter. Mais depuis quand ?
Le site Internet de ce média n’est pas suffisamment dissocié de la version papier du mensuel, etc.

De plus, le journal n’a pas de compte Twitter.
3.      Certes Information juive a modernisé sa maquette en 2007.

Mais ce lifting ne supplée pas de graves carences : maquette manquant de dynamisme, insuffisance de (bons) journalistes – les écrivains et rabbins ne connaissent pas les ficelles du métier journalistique -, trop longues tribunes délayant des idées déjà lues ailleurs, rubriques du sommaire parfois mal hiérarchisées, mauvais timing dans la publication d’articles – article sur le vote Juif américain dans le numéro de mai 2012, au lieu du numéro d’octobre ou de novembre 2012, juste avant l’élection présidentielle -, choix perfectible d’experts – Nicole Bacharan écrit sur L’électorat juif et la présidentielle américaine, mais elle n’est pas spécialiste des Juifs américains, à la différence de André Kaspi ou FrançoiseS. Ouzan tous deux auteurs de livres d’histoire sur nos coreligionnaires d’outre-Atlantique - etc.

Quelle est la statistique indiquant une « fréquentation très élevée » sur FaceBook ?

4.      Vous ne voulez tout de même pas avoir gratuitement mes propositions de journaliste, alors que l’imprimeur, l’administratrice, etc. d’Information juive sont payés ?

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mardi 29 mai 2012

« Une discipline du chaos » d’Abraham Palatnik



La galerie Denise René rive gauche présente l’exposition éponyme de ce peintre brésilien. Né en 1928 dans une famille Juive d’origine russe, Abraham Palatnik est un peintre et sculpteur pionnier dans les arts technologiques, l’art (optico)cinétique et l’art cinéchromatique (kinechromatic art). Cet industriel et inventeur a développé une esthétique moderne de la lumière et du mouvement, une « peinture géométrique », et s’est intéressé au design de meubles.


« L’artiste sert à discipliner le chaos perceptif. Je continue à croire au lien entre la perception et l’intuition. Sans elle, la nature ne serait rien d’autre qu’un chaos », a déclaré Abraham Palatnik.

 
Précurseur de l’art technologique
Abraham Polotnik est né en 1928 dans une famille juive ayant fui la Russie pour le Brésil en 1912.

A Natal, la parentèle Polotnik s’active dans le commerce et l’industrie, produisant des meubles, du sucre, etc.

Les Polotnik font leur aliyah alors qu’Abraham a quatre ans.

Le jeune Abraham Polotnik étudie la mécanique et la physique tout en se spécialisant dans les moteurs à explosion, ainsi que le dessin, la peinture et l’esthétique. Son art est alors figuratif : (auto)portraits, paysages, etc. « Ses dessins au graphite ont une ligne souple, fluide presque lyrique. Sur ses dessins au fusain où figurent ses camarades de l'atelier, le trait noir est ferme, solide, réaliste, parfois à tendance expressionniste. Sa peinture est dépouillée de tout élément superflu ou rhétorique », écrit .

Fin 1947, Abraham Polotnik s’installe à Rio de Janeiro.

Deux faits déterminantes bouleversent sa vie : il se lie d’amitié avec Mário Pedrosa et rend visite à son ami Mavignier, animateur dans un atelier de peinture, au service de thérapie de rééducation de l’hôpital psychiatrique Dom Pedro II créé en 1945 par Nise da Silveira.

Intellectuel célèbre et engagé, Pedrosa s’intéresse à l’art des schizophrènes. Chez lui, c’est le rendez-vous des artistes et hommes politiques. « Nous arrivions à faire fuir les politiciens avec nos conversations sur l'art. Pedrosa parlait beaucoup de la psychologie de la forme dans la Gestalt. Mais il ne faisait pas que parler, il écoutait beaucoup aussi. Notre but était de comprendre la nature des processus de création ainsi que la fonction de l'artiste. J'en suis arrivé à la conclusion que l'artiste sert à discipliner le chaos perceptif. Je continue à croire au lien entre la perception et l'intuition. Sans cela, la nature ne serait rien d'autre qu'un chaos », a déclaré Palatnik à Wilson Coutinho (Jornal do Brasil, 5 décembre 1981).

A l’hôpital psychiatrique Dom Pedro II, c’est le choc artistique – découverte de l’art de malades mentaux - ébranlant profondément ses convictions et l’enseignement esthétique qui lui avait été prodigué ! « En découvrant la production de certains des internés, mon bel édifice de certitudes s'est effondré. Je savais parfaitement manier les pinceaux et les couleurs, je croyais maîtriser mes connaissances, et tout à coup, je m'apercevais que ces personnes, qui n'avaient jamais étudié ni suivi la moindre formation, étaient capables de produire des œuvres possédant un langage complexe et profond », se souvient-il. Et d’ajouter : « La cohérence était présente chez Diniz, Carlos et Emygdio ; la poésie chez Raphaël et Isaac. Les images et le langage fusionnaient. Les principaux éléments figuratifs et de couleur n'obéissaient dans leur composition à aucun critère académique ; en vérité, ils étaient régis par d'autres codes reliés à de puissantes forces provenant de l'inconscient ».

« Lumino-cinétisme » (ciné-chromatisme)
Pendant deux ans (1949-1950), Palatnik cesse de peindre et se consacre à la fabrication de d’appareils cinéchromatiques. Son but : « Donner à l’art pictural le pouvoir de la lumière et du mouvement dans le temps et dans l’espace ». « Sur un écran en plastique dressé devant ses appareils, il projette des couleurs et des formes animées par des moteurs électriques, qui produisent un ensemble chromatique lumineux et rythmique ».

A la 1ère Biennale de São Paulo (1951), son appareil cinéchromatique Azul e roxo em primeiro movimento (Bleu et violet en premier mouvement) déconcerte, mais est distinguée par un jury international. La critique est plutôt enthousiaste par cet appareil inspiré du kaléidoscope et qui déploie une gamme subtile de nuances chromatiques.

Le terme cinéchromatique est forgé par Pedrosa. Dans un article publié par Tribuna da Imprensa (1951), Pedrosa évoque le « dynamisme plastique chromatique » de Palatnik qui a substitué la lumière artificielle à la gouache et a conçu « l’authentique art du futur ».

En 1959, avec une vingtaine d’appareils cinéchromatiques fabriqués, dont l’un présenté au Musée d’art moderne de Rio de Janeiro en 1960, Palatnik s’est imposé dans cette nouvelle voie artistique.

Remarqué à la Biennale de Venise (1964) pour sa « machine à peindre », Abraham Palatnik est invité à exposer en Europe, aux Etats-Unis et en Israël ; il est l’un des artistes de l’exposition collective sur l’art cinétique Mouvement 2 à la Galerie Denise René dans une présentation de Jean Cassou. Une exposition itinérante présentée aussi au Musée d’art moderne de Tel-Aviv.

En 1966, la Kunst-Licht-Kunst, exposition d’art cinétique au Musée d'Art de la ville d'Eindhoven (Allemagne), sélectionne des œuvres d’Abraham Palatnik. Dans le catalogue de l’exposition, Frank Popper évoque les « mobiles lumineux » de Palatnik en soulignant le caractère poétique de ses recherches.

Parallèlement à ses « appareils », cet artiste brésilien primé effectue des « recherches sur de nouveaux supports et matériaux, tant dans le domaine de ce qu'on pourrait appeler la peinture de caractère abstrait et géométrique, que dans celui du design de meubles ». Des œuvres exposées notamment dans les expositions du Groupe Frente au Musée d’art moderne de Rio de Janeiro (1955).

De plus, après six mois de recherches, Abraham Palatnik invente en 1952 une machine coupant la dure coque de la noix du palmier babassou sans altérer la saveur de l’amande qu’elle contient. Ce qui permet d’éviter une huile rendue amère par la violence des coups portés sur cette coque d’une noix essentielle à l’activité agricole du Nord-est brésilien. Cet inventeur conçoit dans la firme de son père une solution « économique et moins polluante pour l'emballage d'une poudre destinée aux plombages dentaires ».

Cet artiste s’intéresse aussi aux « possibilités esthétiques des champs magnétiques » invitant le spectateur à participer de manière ludique.

En 1964, il « crée les premiers " objets cinétiques ", qui sont constitués de tiges ou de fils métalliques comportant à leurs extrémités des plaques et des disques de bois de couleurs variées, actionnés lentement et silencieusement par des moteurs ou des électroaimants ». Un art dont les précurseurs se nomment Gabo et Calder.

Ondes de couleurs
Abraham Palatnik évolue en créant aussi des « séries de progressions ou reliefs progressifs, qui sont chacune identifiées par un matériau spécifique » : le bois dans les années 1950, le carton, le polyester dans les années 1970, les cordes sur toiles dans les années 1980, et le mélange de plâtre et de colle dans les années 1990. La galerie Denise René présente ses Jacaranda, « réalisés à partir de chutes de marqueterie de bois, ses « reliefs progressifs » en carton, ou la série des W, peintures les plus récentes de lʼartiste. Son œuvre interpelle sans cesse les sens à travers des couleurs ondulatoires, des lamelles de matériaux superposés et des axes verticaux dynamiques qui créent des effets cinétiques ».

« Pour inventer quelque chose, il faut posséder un comportement anticonformiste. Je pense que les industries devraient inviter des plasticiens, parce qu'ils possèdent un potentiel perceptif capable de résoudre d'innombrables problèmes… Je continue à parier sur l'intuition, bien que mon travail exige toujours des calculs mathématiques », a déclaré Abraham Palatnik à Wilson Coutinho (Jornal do Brasil, 5 décembre 1981).


Marjolaine Beuzard, « Abraham Palatnik. Une discipline du chaos ». Galerie Denise René, 2012.

Jusqu’au 2 juin 2012
Tél. : 01 42 22 77 57
Du mardi au samedi de 10 h à 13 h et de 14 h à 19 h

 
Visuels : © Galerie Denise René
Affiche
W-310
2009
25,5 x 49,4

Carton
1970
66 x 47,5 cm rose gris

Jocaranda
1972
31,7 x 27,3 cm

W-29 bleu
2004
82,5 x 96 cm


Les citations sans mention sont de Frederico Morais, traduites du portugais par Catherine Tresgots. Texte publié en portugais dans Abraham Palatnik : Retrospectiva, exposition organisé en 1999 au ITAU Cultural, Sao Paulo, Brésil. pp. 9-19.

 

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