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jeudi 29 décembre 2016

Des responsables d'organisations juives française et l'Etat d'Israël


Absence de réaction en 2009 devant une carte représentant la "Palestine" englobant l'Etat d'Israël, rencontre avec l'antisémite révisionniste Mahmoud Abbas (Abou Mazen) en 2010, soutien non inconditionnel à cet Etat, interrogations sur la nécessité de la reconnaissance d'Israël comme un Etat Juif par les Palestiniens, repères sionistes mouvants, voire perdus, adhésion au narratif anti-israélien, refus de rencontrer Naftali Bennett, ministre israélien, défense des droits des "Arabes Palestiniens", absence de condamnation de la France après son vote stigmatisant les "colonies" au Conseil de sécurité de l'ONU... C'est aussi dans le rapport à l'Etat d'Israël que des dirigeants communautaires s'avèrent souvent problématiques. En plus des trois articles infra sur Pierre BesnainouRoger Fajnzylberg et Gil Taieb, d'autres articles étofferont cette série sur un leadership communautaire français problématique, et à laquelle sera adjointe une série sur des intellectuels français Juifs problématiques, tel Jacques Attali
Gil Taieb, vice-président du CRIF et du FSJU, membre du Conseil du Consistoire de Paris Ile-de-France, etc.
Des dirigeants communautaires français problématiques et l'Etat d'Israël

Manque de stratégie, absence de constance dans leur ligne d'actions, attitude "politiquement correcte", réticences à défendre systématiquement l'Etat d'Israël, perte de repères sionistes induisant une confusion idéologique, spirituelle et mentale... Tout cela contribue à expliquer des actes problématiques de dirigeants et d'organisations communautaires français.

« Dessine-moi la Palestine… »
En 2009, alors directrice de l’American Jewish Committee (AJC, cette organisation américaine Juive est dirigée par David Harris)-France, Valérie Hoffenberg, est nommée, par le Président Nicolas Sarkozy, Représentante spéciale de la France pour la dimension économique, culturelle, commerciale, éducative et environnementale du processus de paix au Proche-Orient.

Premier événement majeur de son action : Construire la paix, les jeunes Israéliens et Palestiniens s’engagent (19-23 septembre 2010). Agés de 15 à 18 ans, encadrés par l’organisation Kids Creating Peace, 22 Israéliens et Arabes palestiniens, venant d’Israël et des territoires disputés, ont présenté à Paris leur vague « plan de paix » en présence d’invités politiques, diplomatiques et communautaires célèbres et dans des lieux prestigieux : Assemblée nationale - le député Jean-François Copé (UMP) a assisté brièvement à la séance -, ministère de l'Education nationaleministère des Affaires étrangères, UNESCO, mairie du XVIe arrondissement de Paris dont le maire est Claude Goasguen, lycée Janson de Sailly, etc.

Une série de rencontres verbeuses déclinant en modèle pour Israéliens et Palestiniens la paix entre la France et l’Allemagne depuis 1945. 

Réunis en un « patchwork » qualifié de « chef d’œuvre » par Valérie Hoffenberg, les dessins de ces jeunes ont été exposés le 21 septembre 2010, 9e Journée internationale de la paix, lors d’une cérémonie au siège du ministère français des Affaires étrangères.

Valérie Hoffenberg y a salué les VIP présents : les ambassadeurs d’Israël – Daniel Shek - et d’Egypte, le représentant de l’Autorité palestinienne à Paris Hael Al Fahoum, des diplomates français et des responsables du ministère israélien de l’Education. 

Assistaient aussi à cette cérémonie la fine fleur de la communauté Juive française institutionnalisée, dont l’OSE (Œuvre de Secours aux Enfants [1]), une des partenaires/sponsors du Peace Plan et une des organisations françaises Juives majeures, présidée par Jean-François Guthmann et dont le directeur général était alors Roger Fajnzylberg, bref délégué général de la Fondation OSE-MES (Mémoire Enfance Solidarité) abritée par la Fondation du judaïsme français (FJF)

On trouve le nom de Roger Fajnzylberg dans un appel de Confluences publié dans Le Monde (7 novembre 1996) "grâce aux contributions des signataires". Promu par les Amis de La Paix Maintenant, cet appel s'indigne des "déclarations d'intransigeance de M. Netanyahou et son souhait affiché d'imposer la paix dans l'annexion...  la tentative de créer une situation irréversible par le renforcement des implantations ou la judaïsation de Jérusalem-Est". Curieusement, cet appel partial n'évoque pas l'enseignement de la haine d'Israël dans les manuels scolaires palestiniens, les victimes en Israël du terrorisme palestinien soutenu par l'Autorité palestinienne, etc.


L’un de ces dessins d'adolescents en 2010 était particulièrement éloquent : la « Peace » (Paix) était illustrée par une carte d’Israël aux couleurs du drapeau palestinien et surplombée par le drapeau français.

C’est la Palestine souhaitée par Mahmoud Abbas (Abou Mazen), par l’OLP (Organisation de libération de la Palestine) et par le Hamas.


 Celle qui apparaît dans le logo figurant sur les sites Internet de la délégation de la Palestine aux Nations unies ou de la mission de Palestine en France - ce titre "mission" correspond au rehaussement de cette représentation diplomatique voulu par la France.

Nul n’a manifesté alors la moindre surprise ou indignation devant ce dessin d’un « ambassadeur de paix ». Indifférence dédaigneuse à l’égard de dessins de jeunes ? Approbation tacite de cette « Peace », si conforme à la "politique arabe" de la France  ? Myopie ? Naïveté ? Incompétence ? Indulgence ? Cynisme ? Souhait de ne pas s’aliéner la Représentante nommée par le Président Sarkozy ? Cécité par fascination du mot « paix » ?

Rencontre avec le révisionniste Abbas
Dans sa thèse soutenue en Union soviétique (1982) et dans son livre (1984), Mahmoud Abbas (Abou Mazen) a allégué de manière infondée que les Juifs sionistes auraient été complices des Nazis dans la commission de la Shoah, dont il doutait du nombre de victimes Juives. 

Des mensonges largement diffusés par l'Autorité palestinienne qui persiste à diffuser des émissions négationnistes, à nier dans ses manuels scolaires la Shoah et à refuser d'évoquer l'alliance et la complicité entre le grand mufti de Jérusalem al-Husseini et Hitler dans la Solution finale. 

C'est pourtant ce révisionniste, cet antisémite, cet ennemi de l'Etat Juif, qu'ont rencontré, lors de sa visite en France en septembre 2010, de nombreux dirigeants communautaires français, dont Richard Prasquier, alors président du CRIF (Conseil représentatif des institutions juives de France) le 27 septembre 2010,  Eric de Rothschild, président du Mémorial de la Shoah, Arielle Schwab, alors présidente de l’Union des Etudiants Juifs de France (UEJF), Nicole Guedj, ancienne secrétaire d’Etat de Chirac, René Sirat, ancien Grand Rabbin de France, et des personnalités Juives françaises : les journalistes Jean-Pierre Elkabbach et Ruth Elkrief, Valérie Hoffenberg et Simone Rodan-Benzaquen, deux déléguées successives de l’American Jewish Commitee (AJC) à Paris, et le professeur à l’Ecole Polytechnique Alain Finkielkraut. Sans apparemment évoquer cette thèse révisionniste. 

Cette rencontre avait soulevé une polémique. Le 28 septembre 2010, Richard Prasquier publiait sur le site Internet du CRIF un texte relatant "quelques moments significatifs" de sa rencontre d'"une heure et quart dans la suite [d'Abbas/Mazen] à l'hôtel Meurice le lundi 27 septembre 2010". Les trois thèmes développés par Richard Prasquier : "la reconnaissance de la centralité de Jérusalem dans la spiritualité juive, la reconnaissance d'Israël comme Etat du peuple juif et le remplacement de la culture de la haine par une éducation au respect". Rien sur le révisionnisme de l'Autorité palestinienne, et de son président !? Il faut croire que cet article n'avait pas éteint la controverse, puisque le 7 octobre 2010, le Comité directeur du CRIF avait soutenu cette rencontre de son président. Et ce, à l'unanimité. Mazette !

Des ministres israéliens rencontrent Abbas, alors pourquoi pas des dirigeants communautaires français, me direz-vous ? Doit-on imiter les gouvernements israéliens quand ils commettent des fautes politiques et cèdent à diverses pressions ? Aucune contrainte ne pesait sur ces dirigeants communautaires français en 2010.

Quant à l'UEJF, elle a déclaré l20 octobre 2014 à propos de l'essai d'Eric Zemmour, Le suicide français : "L’apologie du régime de Vichy et la contestation des crimes de l’Occupation procèdent d’une confusion des valeurs permanentes". Rencontrer Abbas/Mazen ne relevait-il pas aussi d'une confusion des valeurs et d'une faute stratégique ? 

Soutien inconditionnel à Israël ?
En mai 2013, Roger Cukierman, élu président du CRIF le 23 mai 2013, a déclaré que "même si nous soutiendrons toujours Israël, nous devons adopter un profil bas sinon les gens continuerons à nous voir comme l'arrière-salle de l'ambassade d'Israël, et nous perdrons toute crédibilité en France". Une idée exprimée aussi par le candidat François Guguenheim lors de la campagne électorale pour la présidence du CRIF en mai 2013.

Une position réitérée le 9 décembre 2013, auprès de journalistes, par Roger Cukierman qui veut "changer l'image du Crif, casser l'impression d'une institution fermée sur elle-même, composée de fachos sionistes, défendant inconditionnellement l'Etat d'Israël. Cette image ne correspond pas à la réalité... Il faut cesser d'apparaitre comme la deuxième ambassade d'Israël en France, car cela nuit à notre combat contre l'antisémitisme ». Bref, de la comm', un souci d'image...

Le 19 décembre 2013, rappelant que les statuts du CRIF prévoient la défense de l'État d'Israël, Me Gilles-William Goldnadel, président de l'association France-Israël, lui répondait via des médias communautaires : "Il s'agit, ni plus ni moins que d'une capitulation intellectuelle et morale dont nos adversaires vont pouvoir exulter et les amis d’Israël désespérer tout aussi légitimement. par hypothèse intellectuelle absurde, s'il fallait pour des raisons tactiques s'asseoir sur les principes pour sauver l'essentiel, j'écris ici, que cette tactique serait mauvaise... Car le Moloch du terrorisme intellectuel qui s'acharne sur Israël et les juifs ne se contente pas de demi-mesures. Dans ces mêmes colonnes, la semaine dernière, mon ami Alain Finkielkraut reconnaissait : « Les juifs, de plus en plus, doivent s'excuser d'Israël, quoi qu'ils disent et quoi qu'ils fassent, et cela ne suffit jamais. Je suis sans cesse ramené à ma défense d'Israël, critiqué moi-même pour ma défense d'Israël alors que je suis signataire de J Call… Cela ne suffit pas. Au fond, viendra le jour où, pour que les juifs redeviennent acceptables, il faudra qu'ils se désolidarisent solennellement d'Israël »... Tous les actes et discours d'antisémitisme perpétrés contre la communauté juive de France ont pour toile de fond la détestation de l'État du peuple juif ».

Reconnaissance d'Israël comme Etat Juif
Alors que, lors de la conférence de l'AIPAC du 4 mars 2014, le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahu a insisté pour que Mahmoud Abbas reconnaisse l'Etat d'Israël en tant qu'Etat Juif, Roger Cukierman a déclaré le 14 mars 2014, sur Radio J, qu'il estimait secondaire cette reconnaissance par l'Autorité palestinienne.  Pour le président du CRIF, "le vrai débat, c'est le problème des frontières, c'est Jérusalem". 

Le 25 mars 2014, à quelques jours de la fin de son mandat de huit ans à la présidence du FSJU (Fonds social juif unifié), Pierre Besnainou  s'est opposé, sur RCJ, radio de la fréquence Juive francilienne soutenue par le FSJU, à ce que le Premier ministre israélien mette la reconnaissance d'Israël en tant qu'Etat Juif "comme condition préalable". 

Proche de Shimon Peres, il a interrogé : "Cela changerait-il quoi que ce soit pour moi qu'Abbas reconnaisse l'Etat Juif ?", et a insisté : "Sans Etat palestinien, l'Etat d'Israël ne peut pas et ne sera pas être un Etat Juif". 

Ainsi que l'a souligné le journaliste David Hazony, "accepter l'Etat Juif, c'est créer les conditions minimales d'une fin du conflit. C'est le problème central" quand des foules arabes ont tué des Juifs désarmés, notamment à Hébron (1929), quand les Etats Arabes ont refusé le plan de partition onusien de la Palestine mandataire (1947) créant en particulier un Etat Juif, quand en 1964 l'OLP fut créée pour "éliminer le sionisme en Palestine", quand après la guerre des Six-jours (1967) huit Etats arabes ont déclaré le "triple Non" de Kartoum, etc. Et "c'est là le défi d'Israël : en reconnaissant la légitimité d'Israël, l'islam acceptera le principe de l'égalité des hommes et des peuples et abolira le jihâd et la condition de dhimmi. Et s'il le fait pour les Juifs, il le fera pour les Chrétiens et le reste de l'humanité" (Bat Ye'or). 

Sur ce clivage entre l'Etat d'Israël et le leadership communautaire, se greffe un fossé croissant entre celui-ci et les Français Juifs lambda qui, informés, savent d'une part à quel point il est crucial que les "Arabes palestiniens" et, au-delà, les mondes arabe et/ou musulman reconnaissent au plus tôt, et non pas en fin de négociation, l'Etat d'Israël en tant qu'Etat Juif, et d'autre part que les négociations actuelles n'amèneront à aucune paix, car elles ne sont qu'une des batailles de la "guerre d'Oslo".

"Trop extrémiste" 
Le 31 octobre 2014, JSSNews publiait l'article Sacha Reingewirtz, Président de l’UEJF, humilie les Juifs de France. Il alléguait que ce dirigeant communautaire aurait refusé fin septembre 2014 de rencontrer Naftali Bennett, ministre israélien de l'Economie, de l'Industrie et de l'Emploi et chargé de la Diaspora, président du parti sioniste religieux Habayit Hayehudi (Foyer Juif), lors de sa récente visite à Paris. Naftali Bennett aurait souhaité rencontrer des représentants des étudiants français Juifs pour évoquer des problèmes cruciaux, tels les équivalences de diplômes ou l'antisémitisme sur des campus. Le motif de ce refus ? L'UEJF (Union des étudiants Juifs de France) aurait considéré Naftali Bennett comme « trop extrémiste ». Or, d'une part, cet épithète "extrémiste" est infondé, et surtout, d'autre part, une organisation d'étudiants Juifs français doit être neutre et respecter la démocratie israélienne. 

Curieusement, l'UEJF n'a pas répondu par un communiqué aux graves accusations de JSSNews. 

C'est sur Twitter que Sacha Reingewirtz, président de l'UEJF, a choisi de réagir le 31 octobre 2014. 

A 17 h, il twittait : "Mon soutien à Israël est connu.Je ne me laisserai pas impressionner par ceux qui se prétendent plus sioniste en mode chasse aux sorcières !"

A 17 h 04, il postait : "Je me bats sur tout les fronts, notamment dans les campus où nous emmenons des israéliens face à ceux qui dénigrent ou salissent Israël".

Et à 17 h 05, il ajoutait ; "Il n'y a rien d'humiliant à ne pas organiser des conférences pour Naftali Bennett. Chabbat Chalom à tous !" 

Certes, ce n'est pas "humiliant", mais c'est une faute gravissime. Organiser une telle conférence relevait du devoir de l'UEJF afin de permettre un débat instructif à maints égards pour ce ministre et les étudiants français Juifs. 

Le 2 novembre 2014, JSSNew publiait l'article Boycott d’un ministre israélien par l’UEJF: les étudiants réclament la démission de Sacha Reingewirtz. Il rectifiait  - il s'agissait d'une conférence, et non d'une rencontre - et mettait en cause le bureau exécutif de l’UEJF. Et de résumer : "Les deux seules personnes à qui l’UEJF refuse de parler sont Marine Le Pen et Dieudonné M’Bala M’Bala".

Le 5 novembre 2014, Sacha Reingewirtz signait l'article Etudiants Sionistes Juifs de France ! sur un blog du Times of Israel. Il y écrivait : "Le soutien à la démocratie israélienne est un combat de chaque instant pour les étudiants juifs de France". Il listait ensuite les combats de l'UEJF sur des campus universitaires contre les antisionistes, rappelait la présence de membres de l'UEJF en Israël lors de l'opération Bordure protectrice. Il concluait : "Nous rencontrons tout le monde en Israël, et surtout ceux avec qui nous ne sommes pas d’accord. Je n’ai jamais refusé de voir un ministre israélien, et je rencontrerai les politiques de droite comme de gauche lors de mon prochain déplacement en Israël en décembre. Nous n’avons de leçon de sionisme à recevoir de personne. Les juifs n’ont certainement pas besoin d’une police de la pensée dans cette période de crise. Je dénonce la violence qui a été exprimée contre mon organisation et nos militants qui mènent jour après jour une lutte sans merci sur le terrain contre le boycott d’Israël dans les campus. A quoi jouent ceux qui font leurs choux gras de cette non-affaire, si ce n’est ajouter à la difficulté de la situation des juifs de France le malheur de la désunion ? Plus que jamais, nous devons nous retrouver autour de valeurs communes, et nous rassembler face aux menaces. En commémorant la mort du Premier ministre Rabin, assassiné il y a 19 ans, nous devons nous rappeler que la haine intestine est funeste aux défenseurs d’Israël". 

La critique, ce n'et pas la haine. Comment un sioniste peut-il organiser une conférence sur les droits des Palestiniens, et aucune sur les droits des Israéliens, des Juifs en Eretz Israël ?

Sacha Reingewirtz a éludé le point dérangeant, pour un panégyrique. Lamentable. Il n'a pas refusé de rencontrer Naftali Bennett ?! Alors que s'est-il passé ? Nous ne méritons pas une explication ?! N'est-ce pas le propre d'un ardent défenseur de la démocratie de rendre compte des actions entreprises dans le cadre de ses fonctions ? Sur Facebook, Sacha Reingewirtz et l'UEJF publient des photos sur la stèle à la mémoire des victimes du génocide à l'égard des Tutsis et Hutus modérés, sur le comédien Jacques Weber ou sur la ministre française de la Justice Christiane Taubira, et aucune sur cette rencontre avec Naftali Bennett. Pourquoi ?

C'est au pure player Alliance.fr (5 novembre 2014) et à Actualité juive hebdo (6 novembre 2014), qui, souffre de problèmes de distribution et n'a pas jugé utile de publier son article sur son site Internet, que Sacha Reingewirtz, "choqué", "abasourdi" par la violence de la polémique, a réservé ses explications. Il leur a indiqué n'avoir pas été invité par l'ambassade d'Israël en France à le rencontrer avec d'autres dirigeants communautaires - une faute de cette ambassade problématique ou une mise en cause injustifiée de l'ambassade par l'UEJF ? - et il a ajouté : "Lorsqu'on nous a demandé de lui organiser une conférence, j'ai simplement répondu que nous ne pouvions pas le faire à ce moment-là. On reçoit des dizaines de demandes d'organisation de conférences et il s'avère que, selon le contexte et le timing, il n'est pas toujours possible de les accepter" et "l’UEJF n’est pas un prestataire de conférence". Et de conclure que l'UEJF rencontre des ministres israéliens de tous bords, et prochainement le député israélien Yoni Chetboun du même parti que Bennett, en France et en Israël. La rencontre de l'UEJF avec le président Abbas/Mazen ? Y "étaient présents tous les dirigeants des institutions juives dont le président du CRIF", répond Sacha Reingewirtz à Alliance.fr. Quand bien même tous les autres dirigeants communautaires français l'auraient rencontré - or, je n'ai pas trouvé dans les médias mention de représentants du Consistoire de France, de SIONA ou du BNVCA, lors de cette rencontre -, ce n'est pas une raison. Et Sacha Reingewirtz d'alerter sur le danger d'"une police de la pensée". Mais la cette "police de la pensée" existe déjà dans les médias et conférences de la communauté juive institutionnalisée, notamment dans ceux de l'UEJF : nul orateur ne parle de "territoires disputés", de la conférence de San Rémo en 1920, etc.

Quand même ! L'UEJF a trouvé le temps d'annoncer sur Facebook le 30 octobre 2014 une conférence sur les droits des palestiniens à Sciences Po, lieu célèbre très demandé, le 5 novembre 2014, et n'a pas eu la réactivité pour organiser une conférence avec Naftali Bennett dans ce lieu, au Centre Edmond Fleg, dans une synagogue parisienne ou de proche banlieue !? C'est d'autant plus surprenant que la plupart de ces lieux communautaires sont vides en semaine, et auraient accueilli avec honneur un ministre israélien.

Pourquoi l'UEJF et son président ont-ils choisi cette communication tardive, insuffisante et piètre ? Un communiqué de presse dès la publication du premier article de JSSNews aurait mis un terme rapidement à la polémique.

Las ! Le 9 novembre 2014, JSSNews a persisté et signé dans l 'article Les mensonges de Sacha Reingewirtz sont-ils nés de l’esprit du « gourou » de l’UEJF, Judith Cohen-Solal ?. Et de citer un courriel de "la présidente de l’UEJF de l’Université Descartes (Salomé Choukroun) [expliquant] que la raison pour laquelle cette rencontre n’a pas été organisée, « c’est parce qu’il (ndlr/ Naftali Bennett) est d’extrême droite et que le message que porte son parti va à l’encontre des valeurs que portent l’UEJF. » Salomé Choukroun, Présidente de section de l’UEJF, sait de quoi elle parle quand elle justifie la décision prise par Sacha Reingewirtz… Ce dernier a donc menti en affirmant que « c’était un problème de temps, un problème organisationnel. Refuser d’organiser une conférence sur la reconnaissance des diplômes entre la France et Israël, quand on est l’UEJF, est, me semble t’il étrange… D’autant que l’organisation des étudiants amis d’Israël de HEC, elle, est partie à la rencontre de Naftali Bennett (et a accepté cette demande de rencontre organisée par l’Agence Juive sans réfléchir)".

Selon le cabinet du ministre cité par JSSNews, “l’ambassade d’Israel en France a bien expliqué au Président ce que voulait le ministre. Ne pas parler politique, mais uniquement des diplômes et de l’antisémitisme sur les campus.” Et notre source d’ajouter: “Et Monsieur Sacha Reingewirtz a refusé de rencontrer Monsieur Naftali Bennett sans prendre le moindre délais de réflexion. Cela a été un non ferme et définitif. Monsieur le ministre était très déçu de savoir qu’une organisation d’étudiants juifs qui se disent sionistes refuse de rencontrer un ministre de l’Etat d’Israël à cause d’un désaccord politique. Enfin, ce proche du Ministre ajoute : “Il faut que Monsieur Reingewirtz réalise l’énormité de ce qu’il dit. D’un côté, il refuse d’organiser une conférence avec Monsieur le ministre pour évoquer les sujets qui inquiètent les étudiants Juifs de France, et de l’autre il se dit prêt à rencontrer le ministre en privé à l’Ambassade pour parler politique… Tout ça alors que son bureau exécutif affirme ne pas avoir voulu nous rencontrer parce que nous n’étions pas politiquement corrects. Il faut croire qu’il est embrouillé dans sa tête. Il s’embourbe.” 

JSSNews citait Chloë, "une responsable du bureau de l’UEJF [qui] dans un échange de mail avec d’autres présidents" écrit : "Il me semble compliqué d’expliquer que nous ne voulons pas le recevoir car nous ne partageons pas ses opinions tout en étant reçu, comme j’ai pu l’être durant mes Universités d’été, par un membre du Fatah pour qui la terre d’Israël n’existait que sous le nom de Palestine". 

Selon JSSNews, la quinquagénaire Judith Cohen-Solal, surnommée “le gourou”, joue un rôle occulte mais déterminant dans le formatage des dirigeants de l'UEJF et leur alignement sur la ligne politique du parti travailliste et de La Paix Maintenant.

Finalement, le 13 novembre 2014, le CRIF publiait ce communiqué :
"Nous sommes atterrés par les attaques lancées depuis plusieurs semaines par un site populaire au sein de la communauté juive à l'encontre de l'UEJF et ses dirigeants.
Notre priorité doit être le combat de la haine antisémite et le soutien à Israël. Le déferlement de haine contre des organisations juives ne fait qu'apporter des armes à nos vrais adversaires.
Les attaques contre une institution juive déshonorent leurs auteurs dans une période où l'union de tous est nécessaire autour des valeurs du judaïsme et du sionisme".
Dernière question : est-il vrai que l'UEJF a mené, sans les prévenir, des étudiants français Juifs à la Moukata, à Ramallah, pour y rencontrer le terroriste Yasser Arafat, dont le mentor si admiré était le grand mufti de Jérusalem al-Husseini, allié d'Hitler dans la Shoah ?  

Le long silence des médias et organisations communautaires à propos de ce scandale surprend. Comme d'habitude, cette occultation n'a pas permis d'éviter une affaire qui laissera des traces.

La perméabilité à cette "rumeur" révèle une image relativement dégradée de l'UEJF.

Je ne m'associe pas à une "chasse aux sorcières". Le 1er avril 2014, lors d'une conférence de l'UEJF, après que Guy Konopnicki a refusé de m'adresser la parole en prétextant que j'écrivais des "mensonges" sur les "salariés de l'ambassade d'Israël en France" qui "ne soutenaient pas comme je l'affirmais une exposition anti-israélienne" et m'a qualifiée d'"emmerdeuse", Sacha Reingewirtz m'a présentée ses excuses, et a eu des mots qui m'ont touchée. Il bénéficie de qualités morales pour diriger autrement, sans tutelle, et sur une voie sioniste efficace, l'UEJF. Un autre membre de l'UEJF m'a témoigné aussi de son soutien à l'issue de cette conférence et je l'en remercie publiquement. 

Force est de constater que, depuis quelques décennies, l'UEJF est ancrée à gauche, rencontre à Ramallah des personnalités palestiniennes hostiles à l'Etat d'Israël, défend souvent le narratif palestinien en prônant la solution à deux Etats - le "peuple palestinien" est une invention de la propagande arabe, l'Etat-nation est une aberration pour l'islam fondé sur l’oumma ou communauté des croyants aspirant au califat, l'OLP et le Hamas visent la destruction de l'Etat Juif -, etc.

C'est d'autant plus grave que d'anciens présidents de l'UEJF occupent des postes stratégiques de la communauté française Juive institutionnalisée : Yonathan Arfivice-président du CRIFancien conseiller de Richard Prasquier lors de son second mandat à la présidence du CRIF et secrétaire général adjoint de l'OSE dès le mandat de Roger Fajnzylberg,  Raphaël Haddad, coordinateur de la convention du CRIF du 13 janvier 2013 qui, dans un premier temps, avait "oublié" de mentionner Philippe Karsenty dans le programme de la convention du CRIF Demain les Juifs de France du 20 novembre 2011, etc. 

Et certains ont des engagements politiques, tel Patrick Klugman, Conseiller socialiste de Paris.

Les droits des Palestiniens
La conférence exceptionnelle, et en anglais, Droit des Palestiniens, perspectives juridiques et droits de l'homme, a été accueillie le 4 novembre 2014, à l'Espace Rachi-Guy de Rothschild, c'est-à-dire au siège du FSJU, du CRIF et d'autres organisations Juives françaises importantes. 


Et le 5 novembre 2014, c'est l'UEJF qui a organisé, au prestigieux Sciences Po, une conférence identique, avec les trois mêmes orateurs - Christy Anastas, Eli Hazan et Calev Myers - sur les droits des palestiniens (Palestinian Rights).

Le 17 juillet 2013, Calev Myers, un des trois orateurs de cette conférence, avait suggéré : "Nous avons besoin d'arrêter de nous disputer sur les droits du peuple Juif et commencer un nouveau discours public fondé entièrement sur les droits de l'homme des Palestiniens" (We need to stop quarreling about the rights of the Jewish people and begin a new public discourse, based entirely on the human rights of the Palestinians"). 

Quelle faute stratégique ! Il faut au contraire affirmer les droits du peuple Juif, souvent ignorés ou méconnus y compris parmi les Juifs français. Si les Juifs et l'Etat d'Israël ne le font pas, qui le fera ? Et de quels droits de l'homme des Palestiniens s'agit-il : le droit à un Etat ? le droit au retour en Israël ? 

Certes, la propagande arabe ou/et islamique est remarquablement faite et a bénéficié des expertises nazie et communiste, mais elle réussit d'autant plus aisément que l'histoire du peuple Juif et d'Eretz Israël est souvent occultée par les autorités politiques israéliennes et communautaires françaises. N'oublions pas les alliés et les relais, en particulier parmi les Juifs, de cette propagande anti-israélienne - idiots utiles, naïfs, ignares, cupides, lâches -, qui contribuent à sa diffusion auprès du public visé. 

Soulignons qu'une conférence similaire, mais sur les droits des Juifs ou des Israéliens en Eretz Israël, est inconcevable à l'Institut du monde arabe (Paris) ou à la Grande mosquée de Paris. Une conférence de Bat Ye'or sur le califat, ou la dhimmitude est inenvisageable à l'Espace Rachi.

Cette conférence sur les droits des Palestiniens marque un tournant majeur. Un infléchissement qui éloigne encore davantage ces organisations et leurs dirigeants des Juifs lambdas sionistes. C'est d'autant plus choquant qu'en cet automne 2014, l'Etat d'Israël déploie de multiples actions diplomatiques contre la reconnaissance unilatérale de la "Palestine" notamment par des pays européens - France, Grande-Bretagne, Suède, etc - et, plus généralement, à l'ONU. 

Aliyah
En 2004, quand Ariel Sharon, alors Premier ministre, avait tenu le discours classique des dirigeants sionistes en invitant les Français Juifs à faire leur aliyah "aussi vite que possible" pour "fuir antisémitisme des plus sauvages", la communauté française Juive institutionnalisée, à l'unisson du quai d'Orsay jugeant ces "propos inacceptables" et du parti socialiste, s'était récriée : l'immigration vers Israël est « une affaire d'ordre strictement privé ». "Haïm Korsia, le représentant du Grand Rabbin [de France] Joseph Sitruk, a déclaré que la question du départ des juifs de France « ne se pose pas» car, pour lui, parler de « juifs de France, cela ne veut rien dire, il y a des citoyens français qui sont juifs comme d’autres ont une autre religion ». Richard Prasquier, membre du bureau exécutif du Crif (Conseil représentatif des institutions juives de France) a affirmé que l’appel à l’immigration lancé par Ariel Sharon jetait « de l’huile sur le feu de façon inacceptable ». Patrick Klugman, ancien président de l’Union des étudiants juifs de France (UEJF) et vice-président de SOS Racisme, a estimé que le Premier ministre israélien était «très mal informé de ce qui se passe en France». Quant à Théo Klein, le vice-président du Crif, il a conclu sous forme de message à Ariel Sharon : « Qu’il laisse la communauté juive française réagir sur les problèmes qui la concernent ».

Un comportement du leadership communautaire à mettre en parallèle avec le leur en 2002, quand ils s'indignaient des déclarations de leurs homologues américains inquiets devant l'inaction des autorités politiques françaises réticentes à lutter contre la résurgence brutale, à des niveaux inédits, du nombre d'actes antisémites, et quand ils défendaient les dirigeants politiques nationaux.

Un comportement de ces dirigeants qui évoque aussi, d'une certaine manière, celui de la communauté Juive vénézuélienne. Le 24 décembre 2005, le président vénézuélien, alors Hugo Chavez, avait tenu des propos antisémites - "Le monde appartient à tous mais une minorité, les descendants de ceux qui ont crucifié le Christ, s'est emparée des richesses mondiales... Une minorité s'est appropriée l'or, l'argent, les minéraux, les bonnes terres et le pétrole de la planète. Cette minorité a concentré toutes les richesses dans ses mains" - lors de son discours de Noël. Une allusion à peine voilée aux Juifs dénoncée et condamnée par le Centre Simon Wiesenthal (CSW), le 6 janvier 2006.  Las, la Confédération des associations israélites du Venezuela (CAIV) a déploré que le CSW ne l'a contactée avant de publier son communiqué, et a déclaré que ces propos du chef de l'Etat avaient été mal cités. L'American Jewish Committee et l'Americain Jewish Congress ont alors volé dans les plumes du CSW. Le 12 novembre 2006, lors d'une réunion du Congrès Juif mondial (WJC) à Paris, le président de la CAIV présentait un diaporama sur les actes antisémites au Venezuela et la collusion des autorités vénézuéliennes avec l'Iran et les mouvements terroristes islamistes, et exhortait ses homologues américains et européens à le soutenir.

Depuis cette déclaration d'Ariel Sharon, nombre de dirigeants communautaires ont fait leur aliyah : Pierre Besnainou, Jo Zrihen, ancien vice-président du CRIF et du FSJU devenu en Israël le président de la Fédération israélienne francophone (FIF), René-Samuel Sirat, ancien grand rabbin de France, etc.

Et en janvier et février 2014, l'Agence juive a recensé 854 Français olim, contre 274 en 2013 à la même période, soit une augmentation de 312%, et évalue à 8 000 le nombre des olim de France en 2014.

Le discours de ces leaders communautaires a évolué en dix ans : ils s'immiscent désormais dans les motivations de leurs coreligionnaires faisant leur aliyah. Si Gil Taieb, vice-président du CRIF et du FSJU entre moultes fonctions communautaires, a confié au  Jerusalem Post (6 octobre 2014) songer à faire son aliyah, il a déconseillé aux Français Juifs une aliyah de fuite. Un discours exprimé aussi par Ariel Goldmann, président du FSJU, Roger Cukierman, Gil Taieb, etc. Certes, l'aliyah est aussi un déracinement culturel douloureux. Pourtant, la plupart des Israéliens ont fait leur aliyah en fuyant des pays antisémites, musulmans ou chrétiens. Et ils ont surmonté les difficultés pour contribuer à la construction de leur pays. 

A l'été 2014, alors que défilaient la "rue islamique" et ses alliés pro-Hamas, un Français Juif m'a confié : "Le capitaine est le dernier à quitter son navire. Or, nos dirigeants communautaires ont déjà fait leur aliyah, vivent entre la France et Israël où ils ont un pied-à-terre... C'est du jamais vu ! Et qui va s'occuper de nous, les Juifs pauvres ?" 

Blood libel
Le 30 septembre 2000, le JT de 20 h de France 2 diffusait un reportage de Charles Enderlin, correspondant de la chaîne publique à Jérusalem (Israël), sur des images du militant palestinien Talal Abu Rahma. Charles Enderlin alléguait que des tirs israéliens avaient ciblé Jamal al-Dura et son fils Mohamed, et mortellement atteint ce dernier. Ces images sont devenues rapidement l'icône médiatique de l'Intifada II. Les dirigeants communautaires français ont combattu par intermittences dans ce blood libel (accusation de crime rituel) crucial : depuis 2000, tous les assassins musulmans de Français Juifs ont évoqué les "soldats-israéliens-tueurs-d'enfants-palestiniens".

Le 25 février 2015, le projet Aladin et l'UNESCO ont organisé au siège de l'organisation onusienne la conférence-débat "L’avenir du vivre ensemble face à la montée de l’extrémisme violent. Perspectives d’Europe et du Monde Arabe. Ensemble contre l’intolérance". Aucun orateur n'était chrétien, hindou, etc. Le sociologue Edgar Morin figurait parmi les orateurs listés dans l'invitation à cet événement. *

Lors de la seconde table-ronde,  Mohamed Moussaoui, président d’honneur, Conseil français du culte musulman (CFCM), s'est lancé dans une diatribe anti-israélienne sous prétexte d'exhorter ses coreligionnaires à ne pas tuer les Juifs en France : "L'antisémitisme est aujourd'hui chez un certain nombre de jeunes Français [musulmans] dont on voit l'expression émerger à l'occasion d'atrocités du conflit israélo-palestinienCeux qui mettent en avant la défense de la cause palestinienne, qui est juste, ceux qui veulent défendre les jeunes enfants [palestiniens] tués dans ces territoires, qui une cause juste, ne peuvent pas le faire en tuant des enfants juifs en France... Malheureusement, cette cause palestinienne est instrumentalisée par des jeunes. Tout acte de violence contre les Juifs français est inexcusable, inacceptable, condamnable sans réserve. De surcroît, ces actions nuisent à la cause palestinienne, compliquent les choses".

Aucun des orateurs n'a réagi devant ce blood libel enrobé dans un long discours visant à écarter toute critique de l'islam : ni son "ami" Moché Lewin, directeur exécutif de la Conférence des rabbins européens, ni Armand Abecassis, philosophe. Ni les responsables du projet Aladin, ni André Azoulay, conseiller du Roi du Maroc, membre fondateur du Projet Aladin, ni Eric de Rothschild, président du Mémorial de la Shoah, ni Irina Bokova, directrice générale de l'Unesco, ni Jean-François Guthmann, président de l'OSE...

Boycotts d'Israël
Patrick Klugman est un ancien président de l'UEJF. Il est adjoint socialiste à la maire de Paris, Chargé des Relations Internationales et de la Francophonie Conseiller de Paris. Il demeure membre du Comité directeur du CRIF et porte-parole du CRIF. Il soutient JCall.

Vice-présidente du parti Les Républicains, Nathalie Kosciusko-Morizet a présenté au Conseil de Paris un vœu contre le BDS (Boycott Désinvestissement Sanction) visant l'Etat d'Israël. Et ce, peu après l'action du BDS contre Tel Aviv sur Scène, le 13 août 2015.

Le 28 septembre 2015, une majorité de conseillers de Paris ont voté contre ce vœu présenté par l’opposition au sein de cet organe. Parmi les opposants à ce vœu : Patrick Klugman, qui était présent à la cérémonie au cours de laquelle Anne Hidalgo, maire de Paris, a remis à Mahmoud Abbas (Abou Mazen), "président" de la "Palestine", la médaille Grand Vermeil de Paris, en vantant "un homme d'État exceptionnel" qui n'a "jamais eu d'autre fin que le paix", et n'a "jamais employé d'autre moyen que la légalité internationale" (sic).

Le 2 octobre 2015, critiqué par certains, Patrick Klugman a réagi sur son compte Facebook par plusieurs messages dont l'un adressé "aux imbéciles" évoquant la tribune Le boycott d'Israël est une arme indigne publiée dans Le Monde voici cinq ans, signée en particulier par Anne Hidalgo et lui :
"[Au sujet du rejet d'un voeu nous demandant de condamner ce que nous condamnons depuis toujours]
- le vendredi 25 septembre 2015, la Ville de Paris au prétexte de cette navrante affaire d'agendas rappelait dans un communiqué "qu'à l’heure où les appels visant à isoler Israël du concert des nations se multiplient, la ville de Paris tient à rappeler son opposition constante au boycott illégal d’Israël et à réitérer son engagement en faveur d’une solution négociée entre deux états dans des frontières sures et reconnues".
- le 8 septembre mon collègue Jean-Louis Missika concluait au nom de Paris un accord à Tel-Aviv d'échange entre les incubateurs de nos deux villes en présence d'Emmanuel Macron.
- le 18 mai 2015, la ville de Paris concluait un accord d'amitiés inédit avec l'association des collectivités locales d'Israel, à Jérusalem, en présence de son maire Nir Barkat, justement pour dénoncer la suspension d'accord d'amitiés de collectivités locales françaises.
- le 13 août 2015, il n'a échappé à aucun être humain en âge de savoir lire et/ ou ayant accès à la presse écrite et/ou à l'électricité qu'en accueillant Tel-Aviv sur Seine sur Paris Plage, nous nous sommes à nouveau publiquement opposé au BDS et à tous ceux qui voulaient contraindre Paris à annuler cette opération.
Cette position publique, constante et jamais démentie, Anne Hidalgo a tenu à la rappeler à Jérusalem au mois de mai dernier, en face de leaders palestiniens ou encore devant le Président Abbas la semaine passée.
Comme elle l'écrivait justement, à nouveau, dans le Monde cet été: "Au Moyen-Orient comme ailleurs, la doctrine de Paris est intangible : elle consiste à encourager plutôt qu’à réprimander, à échanger plutôt qu’à boycotter, à dialoguer plutôt qu’à excommunier et de ce fait, à voyager tant en Israël qu’en Palestine et à entretenir des liens avec tous ceux qui œuvrent au rapprochement".
Voilà pourquoi, lorsque la droite parisienne, qui a réussi l'exploit de ne pas dire un seul mot sur Tel-Aviv sur Seine, a déposé un voeu demandant à la vile de Paris de condamner ce qu'elle a toujours condamné dans le seul but de s'en attribuer le mérite sans avoir à en supporter le coût, je m'y suis opposé au motif de sa parfaite inutilité. J'ai tenu à faire valoir ma position tout en rappelant notre profond rejet du boycott, de sorte qu'il n'y ait aucune ambiguïté...
On ne peut pas parler, penser ou concevoir la vie qu'en fonction du conflit israélo palestinien.
1. À Paris, nous avons une politique très engagée et active sur ce sujet fondée sur la clarté vis à de chacune des deux parties...
2. Les militants pro israéliens ou pro palestiniens ont une capacité sans pareil et qu'ils partagent, pour dégoûter qui que ce soit de faire quoi que ce soit à ce propos. Ils sont mal tombés avec moi.
3. Mes Convictions sur le conflit sont publiques depuis plus de 15 ans. Je ne me suis jamais renié ni jamais contredit. Il est inutile de me traiter de girouette, de vendu, d'opportuniste ou je ne sais quoi : je n'ai pas bougé d'un pouce depuis tout ce temps. Pour résumer, je suis intransigeant dans ma dénonciation du boycott ou de toute forme radicale d'antisionisme pour bien en connaître les logiques sous jacentes. Je n'ai jamais été dupe des errances du leadership Palestinien, ni manqué de condamner certaines factions (Hamas...) en ce qu'elles sont d'essence raciste et terroriste.
4.Ceci ne m'empêche nullement de reconnaître le fait national Palestinien et d'être un fervent partisan de la création d'un Etat palestinien aux côtés (et non à la place d'Israël) qui seul pourrait garantir le droit à l'autodétermination du Peuple Palestinien et le caractère juif et démocratique de l'Etat d'Israël. Ceci m'amène à penser comme un grand nombre d'Israéliens que la colonisation est un non sens juridique, politique et économique qui mène le pays à sa perte à brève échéance".

Pourtant sa collègue socialiste, Karen Taieb, a voté "pour" ce vœu. Le site Internet du CRIF a publié son communiqué le 8 octobre 2015 : elle y expliquait que "ne pas voter ce voeu contre le BDS, c’est laisser imaginer à ce mouvement anti-israelien, une victoire... Le boycott est interdit et nous devons sans cesse le rappeler".

Ancien ambassadeur d'Israël en France, Daniel Shek, qui n'avait pas réagi à la carte de la "Palestine" décrite supra, a soutenu sur Facebook le 4 octobre 2015 Patrick Klugman et Anne Hidalgo.

"Le Conseil de Paris vote des vœux sur à peu près n’importe quoi. Le vœu de NKM portait sur le BDS, qui je le rappelle est une association contraire à la loi nationale et internationale.Je ne vois pas pourquoi le Conseil de Paris lorsqu’il s’agit d’Israël, ne voterait pas un vœu, qu’il vienne de n' importe quel rang. En réalité, Patrick Klugman et Anne Hidalgo ne voulaient pas faire de peine à leurs alliés communistes et Verts, et ne voulaient pas faire de peine à la communauté musulmane parce que les élections régionales approchent", a déclaré Claude Goasguen le député et maire du XVIe arrondissement de Paris (Les Républicains), le 7 octobre 2015.

La Confédération des Juifs de France et des Amis d'Israël (CJFAI) a lancé une pétition afin de demander à Roger Cukierman, président du CRIF, le départ de Patrick Klugman :
"Dans l’édition du Vendredi 2 Octobre 2015, vous avez vous-même déclaré que le C.R.I.F est intervenu à plusieurs reprises au cours des dernières semaines pour exprimer son étonnement auprès de la Mairie concernant:
•   la justification de la Maire de Paris, distinguant Tel-Aviv comme ville progressiste du reste
d’Israël, suite à l’opération  Tel-Aviv sur Seine – largement soutenue par le C.R.I.F, notamment sur les réseaux
sociaux,
•   l’invitation de Mahmoud Abbas à la Mairie de Paris, auquel le C.R.I.F, invité, avait décidé de ne pas participer, Roger Cukierman a critiqué l’invitation de Mahmoud Abbas en qualité de Président
de Palestine, avec les honneurs réservés aux Chefs d’États.  Mahmoud Abbas est en effet Président de l’Autorité palestinienne, institution créée dans le cadre des Accords d’Oslo, et pas d’un État souverain reconnu par les nations.
•   Le refus de voter le vœu d’interdire le BDS présenté par le Groupe Les Républicains.  Roger Cukierman a notamment déclaré que le respect de la loi interdisant le boycott aurait dû prendre
le pas sur des considérations purement politiciennes".
Et d'ajouter : nous "ne pouvons admettre que, monsieur Patrick Klugman puisse rester membre du C.R.I.F sans dénaturer le combat du C.R.I.F. "

Cette pétition a revêtu des dizaines de milliers de signatures en quelques jours.

Résolution 2334 du Conseil de sécurité
Le 23 décembre 2016, le Conseil de sécurité de l'ONU a adopté par 14 voix favorables la résolution 2334 stigmatisant les "colonies" israéliennes. La France a voté Pour, et les Etats-Unis se sont abstenus.

François Delattre, représentant permanent de la France auprès des Nations unies Conseil de sécurité, a ainsi expliqué le vote de la France :
"Au cours de la dernière décennie, la colonisation israélienne a connu une accélération incontestable qui n’a fait qu’attiser les tensions sur le terrain et l’exaspération de la communauté internationale. La colonisation, qui est illégale au regard du droit international, procède d’une politique délibérée. Cette politique vise à mettre les populations comme la communauté internationale devant un fait accompli, en Cisjordanie comme à Jérusalem-Est. Elle se décline sous de multiples facettes : expansion des colonies au-delà de la ligne verte, y-compris à Jérusalem-Est, annexion de facto de la zone C, transferts forcés de populations, démolitions d’habitations et de structures palestiniennes, restrictions aux accès et mouvements, construction du mur au-delà de la ligne de 1967. Cette politique n’est pas seulement illégale au regard du droit international ; elle met aussi en péril la perspective de la création d’un Etat palestinien viable et indépendant, qui est le meilleur gage de la sécurité d’Israël et d’une solution durable à ce conflit...
La Résolution 2334 réitère avec force sa condamnation de tout acte de terrorisme, de l’incitation à la violence et de toute attaque délibérée des populations civiles. Elle en appelle à l’Autorité palestinienne pour continuer à mettre tout en œuvre pour décourager les entreprises terroristes...
Après l’importante réunion ministérielle du 3 juin dernier, la France a décidé d’organiser le 15 janvier prochain à Paris une conférence internationale dont l’objectif sera de présenter la contribution de la communauté internationale à la relance d’un processus de négociation et à la conclusion et la mise en œuvre d’un accord de paix - étant entendu, chacun le sait, que seuls les Israéliens et les Palestiniens seront en mesure de conclure la paix directement".
Il est choquant que la France stigmatise la prétendue "colonisation" juive en Judée et en Samarie. Et ce, alors que l'ONU a inscrit la Polynésie française et la Nouvelle Calédonie sur sa liste des Territoires non autonomesUne liste qui ne désigne pas la "Cisjordanie", les hauteurs du Golan, la Galilée ou "Jérusalem-Est" comme "territoires non autonomes".

Le 26 décembre 2016, lors d'une réunion de son parti Yisrael Beytenu, Avigdor Liberman, ministre israélien de la Défense a déclaré, que la France va organiser "une version moderne du procès Dreyfus" lors de la conférence sur le Moyen-Orient du 15 janvier 2017 à Paris : "La seule différence est que cette fois, au lieu d'avoir un Juif comme accusé, il y aura toute la nation et l'Etat d'Israël. Il ne s'agit pas d'une conférence de paix, mais d'un tribunal contre l'État d'Israël. C'est une conférence dont l'unique rôle est de miner la sécurité d'Israël et de ternir sa réputation".

Et de critiquer le timing : cinq jours avant le serment du Président élu Donald Trump et "avec des élections prochaines en France, ce n'est pas le moment pour un sommet de la paix. [Les votes récents de la France à l'ONU] ajoutent au climat difficile qui existe en France contre les Juifs". 

Évoquant les attentats terroristes islamistes récents, Avigdor Liberman s'est aussi interrogé : "Peut-être est-il temps de dire aux Juifs de France : "Ce n'est pas votre pays, ce n'est pas votre terre. Quittez la France et venez en Israël". C'est la seule réponse à ce complot [la conférence]... Si vous voulez rester juifs et que vos enfants et petits-enfants restent juifs, quittez la France et faites votre aliyah en Israël".

Le 27 décembre 2016, le CRIF, qui n'a publié aucun communiqué sur cette résolution, a estimé que "les propos tenus par Avigdor Liberman sont excessifs et inexacts historiquement et rappelle que les Juifs sont en France depuis plus de 2000 ans et qu'ils ont acquis la pleine citoyenneté en 1791".

Il a regretté "que ces déclarations maladroites puissent faire le jeu des antisémites de tous bords et participent à la désinformation sur l'attachement des Français juifs à la République. Pour Francis Kalifat,  président du Crif, a mission du Crif reste de veiller à ce que les Juifs continuent de vivre pleinement leur judaïsme et leur identité en France dans la sécurité et la sérénité". C'est la première fois que le CRIF évoque une prétendue mission de veiller "à ce que les Juifs vivent pleinement leur judaïsme" : le judaïsme relève du Consistoire israélite de France...

Sammy Ghozlan, président du BNVCA (Bureau national de vigilance contre l'antisémitisme), a qualifié les propos du ministre israélien d'"exagérés" : "La conférence française n'est pas un tribunal visant à juger et punir Israël. Les autorités françaises espèrent réunir les deux parties en vue d'une solution de paix. C'est vrai que les Français ont fait plus qu'essayer de faire dialoguer les deux parties, et ont pris une position partiale afin d'essayer de forcer à une solution. Cependant, ce n'est pas un tribunal, comme nous l'avons vu à l'ONU ces derniers jours, et la comparaison avec le procès Dreyfus n'est pas adéquate. De nombreux Français juifs, leurs parents ou leurs grands-parents sont arrivés en France afin de fuir l'antisémitisme et les rejets de leurs pays d'origines, en Europe, en Afrique du nord ou ailleurs. C'est à eux de décider si et quand ils partiront. Ils ont assez d'expérience pour prendre cette décision eux-mêmes, au bon moment. Un nombre considérable de Français juifs ont emménagé dans des grandes villes, où ils se sentent plus en sécurité. D'autres ont quitté la France pour les Etats-Unis, le Canada et bien sûr Israël". Sammy Ghozlan a omis d'indiquer qu'il a fait son aliyah.

Avigdor Liberman a raison : la France qui, par ses votes à l'Unesco, a nié les liens entre les Juifs et Eretz Israël, et poursuit sa désastreuse "politique arabe", s'acharnera de nouveau sur Israël lors de cette prétendue "conférence pour la paix", ce qui minera davantage la fragile condition juive en France. Et les Français juifs s'interrogent depuis plus de 16 ans sur leur avenir dans leur pays. N'oublions pas que le journaliste Theodor Herzl a nourri sa réflexion sur le sionisme politique moderne, la re-fondation de l'Etat d'Israël, lors de l'affaire Dreyfus.

"Pour les Juifs français c’est un terrible coup que l’Etat leur assène. L’identité juive qui était née au lendemain de Vichy, qui s’était relevée au lendemain de l’abandon de l’Algérie, cette identité qui avait retrouvé sa place en France, en assumant les conséquences de l’exclusion à laquelle Vichy l’avait vouée et qui l’avait compensée dans une identification symbolique et idéologique à la résurgence de l’Etat juif, cette identité est bien close. Vous savez où est son avenir !", a dit le professeur Shmuel Triganol lors de sa chronique sur Radio J le 30 décembre 2016.

Les réprobations sélectives de dirigeants d'organisations françaises juives révèlent leur dépendance à l'égard des autorités politiques hexagonales, leur instrumentalisation par ces autorités et leur refus de dénoncer les attaques d'institutions françaises contre leurs coreligionnaires : spoliations, affaire al-Dura... Ainsi que leur défense de plus en plus réduite et efficace d'Israël, donc des Français juifs.

Absence de communiqué de presse du CRIF sur cette résolution anti-israélienne adoptée, notamment grâce au vote de la France, par le Conseil de sécurité des Nations unies, communiqué de presse du CRIF condamnant les propos du ministre israélien Liberman... Délégué interministériel chargé de la lutte contre le racisme et l'antisémitisme (DILCRA), Gilles Clavreul s'en réjouissait sur Twitter.

Conférence de Paris
Le 15 janvier 2017, se tiendra à Paris le Sommet pour la paix au Moyen-Orient.

Le 30 décembre 2016, la Conférence des Présidents, qui représente 50 associations juives américaines, a exhorté le Président François Hollande à annuler, ou du moins à reporter ce Sommet, et les dirigeants américains à ne pas participer à ce Sommet "mal conçu, au timing erroné", et "risquant de fragiliser" le processus de paix.

Le CRIF a appelé, avec le FSJU et le Consistoire de France à un "grand rassemblement de solidarité avec Israël et avec Jérusalem" le 15 janvier 2017, à 14 h 30, devant l'ambassade d'Israël en France.


Articles sur ce blog concernant :
Articles in English
En plus de passages neufs, cet article réunit des passages extraits d'articles déjà publiés sur ce blog. Il a été publié le 3 novembre 2014, puis le 29 décembre 2016. 

lundi 26 décembre 2016

Benjamin Katz


Le Musée d’Art moderne de la Ville de Paris propose une exposition réunissant 70 photographies  de Benjamin Katz, galeriste puis depuis les années 1970 photographe d’artistes contemporains, tels Keith Haring et Dennis Hopper. Une sélection parmi plus de 200 photographies qui ont enrichi récemment les collections du Musée d’Art moderne grâce à la générosité de la Société des Amis du musée.


Dans le cadre de Paris Photo et d’une acquisition récente d’œuvres du photographe Benjamin Katz, le Musée d’Art moderne de la Ville de Paris présente une rétrospective, dont la commissaire est Emmanuelle de l’Ecotais, rendant hommage à ce photographe belge qui vit à Cologne (Allemagne).

Ces photographies constituent « un ensemble représentatif et un témoignage unique de la vie artistique des années 1970 à nos jours : avec notamment des séries importantes sur des artistes de la collection, comme Eugène Leroy, Georg Baselitz ou Niele Toroni ou des portraits isolés comme ceux de Josef Beuys, Andy Warhol ou d’André Kertész que Benjamin Katz considérait comme un modèle ».

Curieusement, le communiqué de presse de l'exposition omet d'indiquer la judéité de Benjamin Katz.

Témoin d’artistes
Benjamin Katz est né à Anvers (Belgique) en 1939, dans une famille de Juifs berlinois ayant fui l’Allemagne nazie.

Benjamin Katz est élevé dans son pays natal.

Pendant la Deuxième Guerre mondiale, son père est mort dans un camp en France.

En 1956, sa mère et lui se rendent à Berlin. Là, Benjamin Katz entre à l’Académie des Beaux-arts.

En 1963, quatre ans après le décès de sa mère, il crée avec Michael Werner la Galerie Werner & Katz qu’il dirige jusqu’en 1969. La galerie est inaugurée par une exposition de peintures et de dessins de Georg Baselitz. Scandale ! Jugés immoraux, deux tableaux de cet artistes sont saisis par la justice.

Les associés se séparent, et Benjamin Katz continue son activité de galeriste et de commissaire d'expositions pour divers musées.

Il se fixe à Cologne en 1972, puis dès 1976, il photographie « ses amis à l’aide d’un simple boîtier n’exigeant aucune connaissance technique particulière ».

« Progressivement, il photographiera avec un Reflex toute la scène artistique rhénane, notamment les ateliers de Georg Baselitz, Jörg Immendorff, Markus Lüpertz, A.R Penck ou Gerhard Richter ».

« Procédant avec discrétion, sans flash ni mise en scène particulière, il nous donne ainsi accès aux coulisses de la création ».

« Avec patience et bienveillance, en prenant le temps et le soin de disparaître dans l’espace intime des artistes, Benjamin Katz enregistre les gestes dansants de Penck devant sa toile, ou Baselitz  armé de sa tronçonneuse partant à l’assaut d’une immense sculpture ».

« Certaines images sont empreintes d’humour, comme celle où Sigmar Polke cherche dans une poubelle les matériaux pour une éventuelle et future composition ».

Benjamin Katz est « non seulement un témoin considérable de la scène artistique internationale de ces quarante dernières années, il est aussi un grand photographe qui a su se rapprocher des plus grands artistes sans rien perdre de son sens de l’instantané, de la composition et de la lumière ».

La première exposition de ce portraitiste remonte à 1985, à Cologne.

Benjamin Katz a aussi enseigné la photographie en 2006-2008 à Düsseldorf.

D’une production abondante, le Musée d’Art moderne a sélectionné quelques dizaines de photographies en noir et blanc d’artistes tels Georg Baselitz, Keith Haring, James Lee Byars, A.R. Penck et Sigmar Polke. Des artistes au travail, dans l’environnement familier de l’atelier - Eugène Leroy dans son atelier à Wasquehal, Gerhard Richter dans son atelier en train de réaliser "Die Kerze“ (La bougie) en 1983 -, saisis dans leur travail d’affrontement de la matière – Baselitz sculptant le bois -, ou s'amusant avec l'oeuvre d'un autre artiste, tels A. R. Penck et James Lee Byars tenant la main d'une sculpture de Baselitz exposée à la Galerie Michael Werner, à Cologne, en 1983. Ce qui révèle la confiance qu’il a su inspirer à ces artistes ayant accepté d’être photographiés dans l’intimité de la création, la discrétion dont il a su faire preuve pour ne pas les gêner et la complicité pour qu'ils se prêtent à des mises en scènes.


Du 30 septembre au 31 décembre 2016
11, avenue du Président Wilson. 75116 Paris
Tél. : +33 (0)1 53 67 40 00

Visuels :
Couverture du livre Souvenirs
Josef Beuys à la galerie Heinz Holtmann,
Cologne, 31.10.1980
23,8 x 30,3 cm
© ADAGP, Paris 2016

Denis Hopper devant une peinture de Roy Lichtenstein « M-maybe » (1965),
Musée Ludwig, Cologne, 28.03.1992
17, 6 x 12,5 cm
© ADAGP, Paris 2016

Gerhard Richter dans son atelier en train de réaliser "Die Kerze“ (La bougie),
Cologne, 1983
40,4 x 30,5 cm
© ADAGP, Paris 2016

Les citations sont extraites du communiqué de presse.

« Tu choisiras le rire… » de Moïse Rahmani


Republié en 2012 dans une édition revue et augmentée, « Tu choisiras le rire… » de Moïse Rahmani, livre de détente, constitue un dérivatif en ces temps de crise. Un florilège d'histoires drôles que l'on parcourt avec plaisir. En complément de la pièce "Pour en finir avec la question juive" de Jean-Claude Grumberg, le Théâtre Le Public à Bruxelles accueille, du 8 novembre au 31 décembre 2016, l'exposition "L’Humour Juif" qui présente une partie de la collection du Musée Juif de Belgique.


Anecdotes, proverbes, superstitions et traditions juives sont classés par thèmes – religion, mères juives, antisémitisme, affaires -, et sont puisés dans les patrimoines judéo-espagnols, yiddish et judéo-arabe. Son auteur, Moïse Rahmani, est nourri de deux de ces cultures, et a écrit de nombreux livres dont Juifs du Congo, la confiance et l’espoir.

Jouant sur des stéréotypes, les blagues sont inégales, et suscitent souvent le sourire. Un exemple : « Dieu ne pouvait pas être partout, alors il a créé la mère » (dicton judéo-alsacien).

Préfacé par le journaliste Alain Vincenot et doté d’un lexique, ce livre est illustré de dessins de Richard Kennisgman.

L'humour juif
En complément de la pièce "Pour en finir avec la question juive" de Jean-Claude Grumberg, le Théâtre Le Public à Bruxelles accueille, du 8 novembre au 31 décembre 2016, l'exposition "L’Humour Juif" qui présente une partie de la collection du Musée Juif de Belgique.

"L’humour juif ? Tout le monde le connaît, peut-être sans le savoir. De Woody Allen à Rabbi Jacob en passant par "La vérité si je mens", Groucho Marx et Elie Kakou, l’humour juif, c’est d’abord rire de soi, rire de sa religion, tourner en dérision les quolibets antisémites. Rencontrez la mère juive, le shlimazel (malchanceux), les rabbins friands de démonstrations absurdes, la jeune juive désespérément en quête d’un mari, le Juif dur en affaires et bien d’autres figures comiques qui nous sont familières à tous. L’humour juif, c’est rire à gorge déployée de l’absurdité de la vie pour vivre de plus belle".


Moïse Rahmani, Tu choisiras le rire…. Editions Pascal, 2008. 2e édition revue et augmentée, Institut sépharade européen, 2012. 255 pages. ISBN : 2350190560  15 euros.

Articles sur ce blog concernant :

Cet article avait été commandé, mais non publié, par L'Arche.
Cet article a été publié sur ce blog le 1er septembre 2012 à l'approche de la Journée européenne de la culture et du patrimoine Juifs consacrée ce 2 septembre 2012 à l'humour Juif, puis le :
- 23 septembre 2015 ;
- 3 septembre 2016. Arte diffusa l'émission Qu'est-ce qui fait rire les Européens ? sans mentionner l'humour Juif. Lors de la Journée Européenne de la Culture Juive, le 4 septembre 2016, lCentre culturel israélite d'Antibes évoquera l'humour juif et la chanson.

dimanche 11 décembre 2016

Quelle est la différence entre le bien et le mal ?


Dans le cadre de l’émission dominicale Philosophie sur Arte, Raphaël Enthoven explora, avec Laurence Hansen-Love le bien et le mal, « les deux pôles symétriques qui bornent notre morale ». Ces deux philosophes ont évoqué notamment Vladimir Jankélévitch (1903-1985). Le Théâtre du Lucernaire présente Vladimir Jankélévitch. La vie est une géniale improvisation, dans une mise en scène de Bruno Abraham-Kremer et Corine Juresco, avec Bruno Abraham-Kremer.

Quelle est la différence entre le bien et le mal ?

Crime et châtiment

« Une conscience morale sensible ». C’est ainsi que Laurence Hansen-Love , professeure de philosophie, définit Vladimir Jankélévitch (1903-1985), philosophe et musicologue français né dans une famille d’intellectuels Juifs originaires de l’empire russe tsariste : son père Samuel figure parmi les premiers traducteurs d’œuvres de Sigmund Freud, de Hegel et Schelling. Élève brillant, normalien, premier à l’agrégation de philosophie en 1926, Vladimir Jankélévitch choisit dès janvier 1940 la clandestinité à Toulouse et s’engage dans la résistance. A la Libération, il enseigne à la Faculté de Lille, puis à la Sorbonne. Sa pensée morale s’exprime dans ses ouvrages majeurs Le Traité des vertus, Le je-ne-sais-quoi et le presque-rien, et La Mort. Et elle invite à développer une pensée personnelle, critique. Ainsi, lors d’un numéro d’Apostrophes en 1980, Vladimir Jankélévitch racontait entendre les étudiants, lors d’examens oraux, lui citer les positions de tel ou tel philosophe par exemple sur la mort. Et Vladimir Jankélévitch les interrogeait : « Et Monsieur X, qu’est-ce qu’il en pense de la mort ? Il n’est pas concerné par la mort ? »

Selon Vladimir Jankélévitch , « on ne fait jamais assez de bien, mais toujours le mal une fois de trop. Ne faut-il pas plutôt penser que le bien et le mal sont les deux pôles, les deux points de repères qui nous permettent de situer nos actions ? » « Le sommeil du Juste, c’est l’insomnie », déclarait Romain Gary cité par l’animateur de l’émission.

Raphaël Enthoven et Laurence Hansen-Love, exploraient « les deux pôles symétriques qui bornent notre morale ». Ils évoquèrent la Genèse, le jardin d'Eden...

Avec l’olivier, le grenadier et la vigne, le figuier est un des arbres bibliques. Pour certains sages du Talmud, la figue est le « fruit défendu  » de la Bible hébraïque. « De l’arbre de la connaissance du bien et du mal, tu n’en mangeras pas. Car du jour où tu en mangeras, sûrement tu mourras » (Genèse 2, 17), avait intimé Dieu. La source de cette interprétation ? Un autre verset (3, 7) de la Genèse : après avoir goûté le fruit défendu, Adam et Ève, nus, « se cousent des tuniques avec des feuilles de figuier » pour couvrir leurs corps. Interprétant des versets différents, d’autres sages du Talmud privilégient soit la vigne soit le blé comme « fruit défendu ». Alors pourquoi l’iconographie représente-t-elle traditionnellement ce « fruit défendu » par une pomme ? Rabbin du Mouvement Juif libéral de France (MJLF), Delphine Horvilleur précise que la Vulgate, traduction en latin de la Bible à la fin du IVe siècle, a traduit cet arbre en « lignum scientiae boni et mali ». Or, mali a un double sens : mal et pomme.

"Ce qui est interdit c'est la connaissance qui ne semble pas compatible avec la religion", considère Laurence Hansen-Love qui estime "extrême la punition pour avoir croqué un fruit. Le mal n'existe pas en réalité, mais comme jugement que l'on porte". Une "sortie du Paradis nécessaire pour devenir humains" ou "place l'Homme en situation de responsabilité".

Le génocide programmé des Arméniens pose "la question du caractère absolu du mal. Le mal absolu n'a aucune excuse. Son danger n'est-il pas de risquer de nous priver de réfléchir à son sujet ?"

La racine du mal ? Le mal n'est-il pas accru par la bonne conscience de celui qui l'a commis ? Ces questions et d'autres alimentaient la conversation philosophique parcourue par des citations de Saint-Augustin, Rousseau, la comtesse de Ségur et Rémi Brague.

Le Théâtre du Lucernaire présente Vladimir Jankélévitch. La vie est une géniale improvisation, dans une mise en scène de Bruno Abraham-Kremer et Corine Juresco, avec Bruno Abraham-Kremer.

« On peut, après tout, vivre sans je-ne-sais-quoi, comme on peut vivre sans philosophie, sans musique, sans joie et sans amour. Mais pas si bien... Seul compte l’exemple que le philosophe donne par sa vie et dans ses actes », a constaté Vladimir Jankélévitch.

"Ils ont 20 ans en 1923 et sont élèves à Normale Sup, lorsque débute cet échange de lettres qui durera 60 ans : depuis leurs premières " disputes " philosophiques, en passant par la rencontre avec Bergson, la montée du fascisme, la guerre, la libération, mai 68, les premiers ordinateurs... ses réflexions sur le pardon et les crimes imprescriptibles de la Shoah. Une traversée du XXème siècle, éclairée par un esprit libre, visionnaire, et plein d’humour. "Seul compte l'exemple que le philosophe donne par sa vie et dans ses actes." Oui, Jankélévitch, était bien ce grand philosophe, musicien, professeur de Morale, recherchant "l'accord parfait" entre ses idées et ses actes. Plus que jamais, il nous aide à vivre".

"Écouter la correspondance de « Janké », comme l’appelaient ses élèves, c’est plonger dans l’intimité d’un grand penseur, traverser à ses côtés tout le XXe siècle, avec ses ombres et ses lumières, en partageant son amitié épistolaire avec Louis Beauduc. Ils ont 20 ans en 1923, et sont élèves à Normale Sup, lorsque débute cet échange de lettres qui durera 60 ans. Toute une vie en lettres, depuis ses premiers élans philosophiques, jusqu’à la puissance de sa maturité, avec pour ultime preuve de sa liberté d’esprit le retournement qu’il opère à 77 ans : Lui qui plaçait plus haut que tout la culture allemande, mais qui avait rompu avec l’Allemagne après la seconde guerre mondiale et les crimes de la Shoah, inaugure une « ère nouvelle » en répondant à la lettre d’un jeune professeur allemand, qu’il invitera chez lui. « Seul compte l’exemple que le philosophe donne par sa vie et dans ses actes. » Oui, Jankélévitch, philosophe, musicien, professeur de Morale, recherchait « l’accord parfait » entre ses idées et ses actes. Plus que jamais, il nous aide à vivre. Il est urgent de continuer à l’écouter", ont expliqué Bruno Abraham-Kremer et Corine Juresco.

"Avec Vladimir Jankélévitch, je retrouve ce que j’aime passionnément dans l’être humain, une adéquation parfaite entre les idées et les actes, une pensée en mouvement, une vitalité, un humour, une liberté de penser le monde sans préjugés, refusant toutes les chapelles intellectuelles de son temps. Un appel à notre intelligence, une invitation à devenir « l’acteur » de notre vie, à ne jamais désespérer de l’homme", a déclaré Bruno Abraham-Kremer.

Vladimir Jankélévitch, Auteur 

1903 Naissance à Bourges de parents juifs russes. Son père fut le premier traducteur en français de Freud. 
1922-26 E.N.S A l’agrégation de Philo, il est reçu premier, Beauduc deuxième.
1931 Henri Bergson, Paris Alcan, préfacé par Bergson lui-même.
1927-39 Il enseigne à Prague, en khâgne à Lyon et dans les facs de Toulouse et de Lille.
1936 L’Ironie, Paris, Alcan.
1938 Premier livre sur la musique : Gabriel Fauré et ses mélodies, Paris, Plon.
1939-45 Mobilisé, puis blessé, il est révoqué de l’université, comme « non-Français à titre originaire », par le régime de Vichy. Il entre dans la clandestinité et la Résistance à Toulouse où il s’est réfugié avec sa famille.
1942 Le mensonge et Le Nocturne, Lyon, Confluences. Publiés grâce à d’anciens étudiants de Lyon. Après la guerre, il affirme sa volonté de rompre avec la langue et la culture allemande.
1947 Mariage à Alger ; sa fille Sophie naîtra en 1953.
1949 Le Traité des Vertus, Paris, Bordas.
1951-1978 Titulaire de la Chaire de Philosophie morale à la Sorbonne. Il se consacre tout entier à la Philosophie (écrits et enseignement), et à la Musique (musicologue et musicien).
1954 Philosophie première : introduction à une philosophie du « presque », Paris, PUF.
1957 Le Je-ne-sais-quoi et le presque-rien, Paris, PUF.
1960 Le Pur et l’Impur, Paris, Flammarion.
1965 L’imprescriptible dans le journal Le Monde. Texte où il se veut garant de la mémoire de ceux qui ont été exterminés et ne sont plus là pour se défendre.
1966 La Mort, Paris, Flammarion.
1967 Le Pardon, Paris, Flammarion.
1974 L’Irréversible et la nostalgie, Paris, Flammarion.
1985 Vladimir Jankélévitch meurt à l’âge de 82 ans.
     
Quelle est la différence entre le bien et le mal ?  (Was ist der Unterschied zwischen Gut und Böse? )
Réalisation de Philippe Truffault
2016, 27 min
Sur Arte les 17 janvier à 12 h 30 et 18 janvier 2016 à 4 h 15

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Les citations sont d'Arte. Cet article a été publié le 16 janvier 2016.

samedi 10 décembre 2016

« Les demoiselles du swing », de Maurizio Zaccaro

Arte diffusa « Les demoiselles du swing  » (Le ragazze dello swing), film  en deux parties  de Maurizio Zaccaro (2010), les 17 et 23 décembre 2013. L’histoire romancée du trio Lescano composé de trois sœurs Juives néerlandaises - Alexandra (1910-1987), Judith (1913-2007) et Catharina (Kitty) Leschan dite Lescano (1919-1965). Un groupe vocal pratiquant la close harmony, association sophistiquée et virtuose d’harmonies de swing et jazz -, et à la carrière fulgurante dans l’Italie fasciste du duce Benito Mussolini. Le 11 décembre 2016 à 14 h 30, à l’occasion de la parution de « L’Italie et la Shoah. Le fascisme et les Juifs, les Italiens et la persécution antijuive » (n° 204 Revue d’histoire de la Shoah, mars 2016), le Mémorial de la Shoah propose la conférence L’Italie et la Shoah animée par Georges Bensoussan, responsable éditorial, Mémorial de la Shoah, en présence de Laura Fontana, correspondante pour l’Italie du Mémorial de la Shoah et codirectrice du numéro de la RHS sur l’Italie, Fanny Levin Gallina, historienne, et Ilaria Pavan, historienne, Scuola Normale Superiore de Pisa. "L’histoire de la Shoah en Italie semble encore marginale. À tort, car elle met en lumière, entre autres, le réseau des camps d’internement créés par le Duce, la coopération avec l’occupant allemand dans la mise en place de la Solution finale, les rapports complexes entre les Juifs italiens et le fascisme, comme l’attitude de la société italienne face à leur déportation". Cet "événement étant complet à l’auditorium, les places restantes sont en salle de retransmission".



Autant de chansons  interprétées par le Trio Lescano  qui de 1936 à 1943 a créé en Italie une révolution musicale en important le swing américain interdit par le régime fasciste de Mussolini.

Le trio Lescano a pratiqué la close harmony, technique restrictive, mais sophistiquée, de chant dans lequel toutes les voix, sauf la basse, demeurent dans une seule octave - chaque chanteur peut utiliser une octave différente. La close harmony a été utilisée par des groupes célèbres : quatuors Barbershop, les Andrews Sisters, Simon et Garfunkel et les Beach Boys.

Bach, George Gershwin et Glenn Miller dans Moonlight Serenade ont eu recours à la close harmony instrumentale, "arrangement des notes d'un accord sur un intervalle réduit".

« Les trois grâces du microphone »
Composé de trois sœurs néerlandaises Juives - Alexandra (1910-1987), Judith (1913-2007) et Catharina (Kitty) Leschan (1919-1965) -, le trio Lescano a connu un succès fulgurant, avant de retomber dans l'oubli dans les années 1950.

Ces trois artistes sont nées d’Alexander Leschan, contorsionniste hongrois né en 1877 à Budapest, et d’Eva de Leeuwe, chanteuse d’opéra néerlandaise Juive née à Amsterdam en 1892 et dont le père David de Leeuwe était violoniste. Elles grandissent aux Pays-Bas, où deux d’entre elles forment un ballet acrobatique dénommé The Sunday Sisters avant de créer un trio vocal avec la benjamine.

Arrivées en Italie vers 1935, elles sont découvertes dans un cirque près de Vérone par le chef d’orchestre, pianiste et compositeur Carlo Prato (1909-1949). Elles italianisent leurs prénoms et noms en Alessandra, Giuditta et Caterinetta (Caterina) Lescano, et créent le trio vocal des soeurs Lescano  (Trio Vocale Sorelle Lescano).

Sous la direction de Carlo Prato qui est aussi directeur artistique de la radio EIAR (Ente Italiano per le Audizioni Radiofoniche), elles signent un contrat avec la firme discographique Parlophon. Enregistré avec l’orchestre de l’EIAR, leur premier disque  Guarany Guaranà sort le 22 février 1936.

Le trio Lescano devient populaire et célèbre, et est invité lors de l’inauguration de la future télévision italienne. En 1940, il joue aussi dans un numéro musical intégré dans le film de Giacomo Gentilomo Ecco la radio !

En 1942, le trio Lescano acquiert la nationalité italienne et est surnommé “les soeurs qui ont matérialisé le mystère de la trinité divine”.

En 1943, les trois sœurs Lescano sont arrêtées par la milice après un spectacle à Gênes, emprisonnées, interdites de programmation par toutes les radios, et soupçonnées d’espionnage : leurs chansons auraient contenu des messages codés destinés aux Alliés. En 1985, Alexandra a déclaré lors d’une interview que le trio aurait été dénoncé par les sœurs Codevilla du trio Capinere, qui auraient été jalouses de leur succès, et que les sœurs Lescano avaient été contraintes, en raison de leur connaissance de la langue allemande, de faire les interprètes lors des interrogatoires des partisans emprisonnés. Cependant, Virgilio Zanolla a affirmé, au terme de ses recherches, que le trio Lescano  s’est produit après la date présumée de leur arrestation, et a expliqué qu’Alexandra a pu transformer une convocation au commissariat de police en arrestation par son souhait de ne pas paraitre s’être compromise avec le régime fasciste.

Le 1er septembre 1945, le trio Lescano  fait ses adieux à son public italien à la radio.

Deux ans plus tard, deux des trois sœurs s’installent en Amérique du Sud où elles poursuivent leur carrière artistique - Kitty est remplacée par Maria Bria – jusqu’au milieu des années 1950. A la dissolution du trio, les interprètes exercent d’autres métiers.

En 2008, un documentaire  intitulé Tulip Time: The Rise and Fall of the Trio Lescano  a évoqué l’histoire de ce trio vocal. Il a été présenté pour la première fois au festival du film juif à San Francisco le 30 juillet 2008.

« Les demoiselles du swing  » (Le ragazze dello swing), minisérie télévisée italienne de Maurizio Zaccaro, est inspirée librement de Le regine dell swing. Il Trio Lescano: una storia fra cronaca e costume, livre du journaliste Gabriele Eschenazi  (Einaudi, 2010), auteur aussi de Ebrei invisibili (Mondadori, 1995 et 2004).

Résumé de l'intrigue brodée sur une histoire qui méritait un meilleur traitement : « Turin, 1935. Respectivement employées à la plonge et au vestiaire dans un restaurant en vogue de la ville, deux jeunes sœurs d’origine néerlandaise, Alexandra et Judith Leschan, rêvent de music-hall et courent les auditions. Engagées dans une modeste troupe dirigée par Gennaro Fiore, elles sont remarquées par imprésario Canapa qui, surfant sur la mode du swing qui fait rage aux États-Unis, pressent le potentiel de ce trio – une troisième sœur, Kitty, a quitté les Pays-Bas avec leur mère pour les rejoindre – et décide de lancer les trois ravissantes jeunes femmes sous le nom de Trio Lescano. Le succès est tel que le pouvoir fasciste s’intéresse vite à elles… Remarquées par Mussolini et ses sbires, les sœurs acceptent finalement de participer à un grand concert en l’honneur des dirigeants fascistes. Mais en 1938, alors que les lois antijuives sont promulguées, on découvre qu'elles sont juives. Grâce à leur popularité et à leurs appuis dans le gouvernement, les sœurs tentent de poursuivre leur carrière tant bien que mal quand la guerre est déclarée et que la chasse aux juifs commence. Amoureuse d’un pianiste juif, Funaro, Alexandra tente en vain de sauver son amant en se donnant à Parisi, un dignitaire fasciste. Soupçonnées un temps d’espionnage pour le compte des Alliés, les sœurs sont relâchées et, grâce au fidèle Gennaro elles parviennent à trouver refuge avec leur mère dans la montagne…  »
  

  « Les demoiselles du swing », de Maurizio Zaccaro
Italie, 2010
Sur Arte :
1ère partie  (107 minutes) : les 17 décembre à 20 h 50 et 23 décembre 2013 à 0 h 35
2e partie  (105 minutes) : les 17 décembre à 22 h 35 et 23 décembre 2013 à 02 h 20
Scénario : Maurizio Zaccaro, Laura Ippoliti
Avec : Andrea Osvart (Alexandra Leschan), Lotte Verbeek (Judith Leschan), Elise Schaap (Kitty Leschan), Giuseppe Battiston (Pier Maria Canapa Canapone), Sylvia Kristel (Eva de Leeuw), Gianni Ferreri (Gennaro Fiore), Sergio Assisi (Ernesto Parisi), Maurizio Marchetti (Mario Ferrante), Marina Massironi (Aldina)
Image : Fabio Olmi
Costumes : Simonetta Leoncini
Montage : Babak Karimi ~ Musique : Teho Teardo ~ Production : RAI Fiction

« Le mystère Atlit Yam. 10 000 ans sous les mers » de Jean Bergeron


Arte rediffusera les 9 et 20 décembre 2016 « Le mystère Atlit Yam. 10 000 ans sous les mers », documentaire  de Jean Bergeron (2012). L’histoire de la découverte par des archéologues sous-marins d’une cité datant de l’âge de pierre – de -6900 à -6300 ans avant l’ère commune - engloutie entre huit et douze mètres, située à 200-400 mètres de la ville d’Atlit, au sud de Haïfa.


Jean Bergeron relate l’histoire d’une fouille archéologique sous-marine exceptionnelle, qui “a permis de découvrir la plus ancienne cité de l’âge de pierre engloutie au large d'Israël”. 

En 1984, “sur la côte du Levant, Ehud Galili, archéologue de l'Autorité israélienne des Antiquités  et plongeur émérite, a découvert par 10 mètres de fond une structure inhabituelle, dégagée du sable par une forte tempête". 

Comment "expliquer sa présence à 400 mètres au large des côtes israéliennes ? Les premières fouilles ont révélé que ce site archéologique, baptisé Atlit Yam (“Atlit-sur-Mer” en hébreu) en raison de la proximité de la ville du même nom, était une cité de l’âge de pierre”. 

Remontant à plus de neuf mille ans, cette cité, qui “s’étendait alors sur plus de 40 000 mètres carrés, a été submergée par la mer”, voici environ six millénaires, “à la suite de la fonte des glaciers”. 

Menées pendant vingt-cinq ans, ces fouilles archéologiques ont révélé le site préhistorique le plus important et “le mieux préservé jamais localisé le long de la côte méditerranéenne. Les archéologues ont découvert des maisons, plusieurs dizaines de corps, le plus ancien puits bordé de pierres jamais retrouvé, des restes de filets, des artefacts, un autel de pierres dressées semblable à celui de Stonehenge, ainsi que les traces d'ADN les mieux préservées de la préhistoire. Atlit Yam fut sans doute l'une des plus anciennes communautés d'agriculteurs et d'éleveurs connues à ce jour, capable de tirer profit des ressources de la mer”.

Les découvertes ? Des cas de malaria et de tuberculose humains. Des garçons pouvaient vivre jusqu’à 50 ans. Ce qui était alors remarquable. Les fibres de lin pouvaient être filées en filets ou en vêtements.

C'est le début de la domestication des chèvres. Tous les animaux du puits exploré sont domestiques.

Quant aux morts ? Il étaient enterrés à l’intérieur des habitations, puis leurs crânes étaient déterrés. On ajoutait des perruques sur ces crânes que l'on plaçait au centre du village. Les "premiers vestiges du culte des ancêtres".


Alpha-Zoulou Films, Arte, 2012, 50 min
Sur Arte les 16 janvier à 22 h 25, 18 janvier à 6 h 15, 23 janvier à 9 h 50 et 27 janvier 2015 à 16 h 25,  9 décembre à 16 h 25 et 20 décembre 2016 à 16 h 20 

Visuels : © ZED 
Près du petit village d’Atlit, des plongeurs ont trouvés des ruines d’une cité néolithique d’il y a 9000 ans
En 1984, Ehud Glili a trouvé un amoncellement de pierre spécial devant la côte d’Israël
Un modèle du port des Phéniciens à Atlit
Esquisse d’un autel en pierre

Articles sur ce blog concernant :

Les citations proviennent du site d'Arte. Cet article a été publié le 17 janvier 2015.