Citations

« Le goût de la vérité n’empêche pas la prise de parti. » (Albert Camus)
« La lucidité est la blessure la plus rapprochée du Soleil. » (René Char).
« Il faut commencer par le commencement, et le commencement de tout est le courage. » (Vladimir Jankélévitch)
« Notre métier n’est pas de faire plaisir, non plus de faire du tort. Il est de porter la plume dans la plaie. » (Albert Londres)
« Le plus difficile n'est pas de dire ce que l'on voit, mais d'accepter de voir ce que l'on voit. » (Charles Péguy)

mercredi 17 août 2016

« Le Film Maudit - Jud Süss » par Oskar Roehler


Joseph Süss Oppenheimer (1698-1738) est un célèbre Juif de cour en Allemagne. Son destin tragique inspire des pamphlets antisémites. Des romanciers juifs allemands réhabiliteront dans des romans historiques. Publié en 1925, Le Juif Süss, roman historique de Lion Feuchtwanger, connait un grand succès, surtout hors d'Allemagne. Il inspire le film éponyme de Lothar Mendes en 1934. Sous le IIIe Reich, à l'initiative de Goebbels, Veit Harlan trahit ce roman en réalisant en 1940 un film de propagande antisémite. Arte diffusera le 17 août 2016 « Le Film Maudit - Jud Süss » (Jud Süss - Film Ohne Gewissen), par Oskar Roehler.

Commerçants, fournisseurs aux armées ou financiers, des Juifs sont invités à conseiller princes et ducs allemands, et à financer leurs dépenses, leurs armées dans une Europe menacée par les Turcs et divisée en dynasties royales aux alliances variables.

Ces Juifs de cour (Hofjuden ou Hoffaktor) participent à la modernisation économique et financière des États allemands, notamment en instituant une administration fiscale.

Joseph Süss Oppenheimer
Fils d’un négociant, Joseph Süss Oppenheimer (1698-1738) est un célèbre Juif de cour, dont le rang s’avère similaire à celui d’un noble dans l’Allemagne morcelée en petits Etats du XVIIIe siècle. Pour le duc du Wurtemberg, Charles-Alexandre, il agit afin d’abolir les privilèges du Parlement et renforcer le pouvoir du duc, renfloue les caisses ducales, s’enrichit dans la banque et l’industrie de la porcelaine et mène un train de vie fastueux tout en devenant impopulaire. Arrêté après le décès prématuré du duc, spolié, il est condamné à mort et pendu devant une foule de 12 000 spectateurs. Il meurt en prononçant le début de la prière juive Shema Israël (Ecoute Israël).

Son destin tragique a un fort écho en Allemagne. Dès la première moitié du XVIIIe siècle, des pamphlets puis une nouvelle de Wilhelm Hauff en 1827 ont présenté de manière négative le Juif Süss en comploteur, sans scrupule.

Des romanciers juifs – Marcus Lehmann en 1872, Salomon Kohn en 1886 – et l’historien Manfred Zimmermann dans sa thèse ont alors montré sous un jour favorable Süss.

Né dans une famille bavaroise juive assimilée, Lion Feuchtwanger s’est distancé du judaïsme. Il s’est intéressé dès 1916 à Süss. Sur ce « Juif de cour », il a créé une pièce de théâtre dramatique interprétée à Munich en octobre 1917. Une œuvre mal accueillie par la critique.

En 1925, est publié Le Juif Süss, roman historique de Lion Feuchtwanger.

Un best-seller international qui retrace le parcours de Joseph Süss Oppenheimer dans l’Allemagne du XVIIIe siècle. Petit-fils de rabbin, financier brillant et doté d’un sens aigu de la politique, Süss Oppenheimer devient en 1732 le conseiller du futur duc de Würtemberg, le prince Charles-Alexandre. Impopulaire, ce « Juif de cour » vit dans le luxe et protège ses coreligionnaires. Épris de la fille de Süss, le prince la mène au suicide. Süss se venge ; ce qui précipite sa chute. Après le décès du prince, Süss Oppenheimer est accusé de tous les maux, et emprisonné. Il redécouvre le judaïsme, refuse de se convertir – ce qui aurait pu lui sauver la vie - et est pendu en place publique. Ses coreligionnaires parviennent à l’enterrer selon les règles du judaïsme. Dans son roman, Lion Feuchtwanger insiste sur l’humanité du Juif Süss.

Ce roman est adapté par deux dramaturges : Ashley Dukes en 1929 à Londres, et Paul Kornfeld en 1930. Historienne allemande du judaïsme, Selma Stern rédige une biographie de Joseph Süss Oppenheimer. Un livre brûlé lors d’autodafés par les Nazis en 1933.

En 1934, Lothar Mendes (1894-1974), qui a débuté une carrière d’acteur à Berlin dans la troupe de Max Reinhardt, réalise un film britannique philosémite inspiré du livre de Lion Feuchtwanger.

Un film interprété par  Conrad Veidt, évoquant l’antisémitisme de l’Allemagne nazie et distribué aux Etats-Unis sous le titre Power-Juif Süss.

Ce personnage historique a aussi inspiré Jacques Kraemer, auteur de la pièce de théâtre La Véridique histoire de Joseph Süss Oppenheimer dit Le Juif Süss (1981), Detlev Glanert auteur de l’opéra Joseph Süß monté pour la première fois en 1999 à Brême.

Film nazi
Hitler souhaite l’équivalent nazi du Cuirassé Potemkine (1925), chef d’œuvre d’Eisenstein.

Quatre films de propagande antisémite sont tournés dans les studios de Babelsberg : Robert und Bertram de Hanz Heinz Zertlett en 1939, Die Rothschild Aktien von Waterloo d'Erich Waschneck, Jud Süss de Veit Harlan et Der ewige Jude de Fritz Hippler en 1940.

Ministre du IIIe Reich à l’Éducation du peuple et à la Propagande, Joseph Goebbels avait vu le film britannique si favorable au Juif Süss.

Dès 1938, il a reçu la proposition du scénariste Ludwig Metzger d’adapter le roman de Feuchtwanger.

En 1939, le script est élaboré par plusieurs individus, dont Eberhard Wolfgang Möller, qui travaille dans le ministère dirigé par Goebbels. Ce ministère est chargé de soutenir le discours du Führer annonçant sa volonté de tuer les Juifs. Et ce, dans un contexte marqué par l’invasion de la Pologne, où vivent plus de trois millions de Juifs, par l’Allemagne hitlérienne.

C’est cette histoire tragique que les Nazis vont détourner pour produire en 1940 – année de sortie du Dictateur, de Charlie Chaplin - un film antisémite, de propagande doté d’un budget élevé : deux millions de reichsmark.

La réalisation en est confiée à Veit Harlan (1899-1964) qui lit attentivement le roman pour mieux crédibiliser l’intrigue. Il dispose d’une excellente équipe technique.

Dans ce film nazi réalisé sous le contrôle de Goebbels – il visionne quotidiennement  tous les rushes -, le Juif Süss présente les stéréotypes judéophobes physiques - nez important, allure sale – et moraux - cupidité, cruauté, fourberie, perversion sexuelle – dans trois personnages juifs.

Comédien autrichien, vedette du cinéma nazi, Ferdinand Marian interprète le Juif Süss. Un rôle qui propulse sa carrière. Kristina Söderbaum incarne le principal personnage féminin.

Le film de 92 minutes reçoit un accueil enthousiaste, notamment d’Antonioni, lors du festival de Venise, dans l’Italie fasciste du Duce Mussolini. Le Lion d’Or lui est remis.

En Europe sous joug nazi, le film Jud Süß est vu par plus de 20 millions de spectateurs et induit une recette totale de 6,2 millions de marks en Allemagne. Il est distribué en France en 1941 où il est vu par un million de spectateurs payants jusqu’en 1944. Il suscite quelques réactions hostiles.

En 1941, Lion Feuchtwanger rend publique sa lettre ouverte aux États-Unis à Werner Krauß, Heinrich George et Eugen Klöpfer. Il s’interroge sur les raisons ayant présidé à la trahison de son livre.

La Suisse interdit à la fois les deux films intitulés Le Juif Süss, celui de Lothar Mendès et celui de Veit Harlan.

En 1943, le Prix de la UFA est remis à Veit Harlan.

A la Libération, il est interdit en Occident. Quasiment toutes les copies sont détruites.

Jugé à deux reprises, Veit Harlan avance avoir travaillé sous contrainte. Une commission de dénazification le « blanchit » en 1948. Harlan reprend sa carrière dès 1950.

Les autres collaborateurs du film reprennent eux aussi le chemin des studios…

Le monde arabe en diffuse quelques copies du film antisémite dans les années 1960 et par une entreprise de la République démocratique allemande (RDA) sous l’orbite soviétique dans le cadre d’une politique anti-israélienne.

Dès 1955, la projection du film est autorisée en République fédérale allemande (RFA) sous influence occidentale et dès 1990 dans l’Allemagne réunifiée, en particulier lors de colloques sur le nazisme.

« Le Film maudit »
« À l'hiver 1939, Joseph Goebbels cherche l'interprète principal du Juif Süss, film de Veit Harlan retraçant la chute de Joseph Süss Oppenheimer, conseiller financier du duc de Wurtemberg exécuté en 1738. Le ministre de la Propagande du IIIe Reich jette son dévolu sur l'acteur non juif Ferdinand Marian, qui présente selon lui de parfaits « traits sémites ». Marié à Anna, qui a renoncé à la comédie pour dissimuler ses origines juives, Marian refuse le rôle au risque de voir sa carrière anéantie. Mais les menaces et les pièges de Goebbels ont bientôt raison de sa volonté ». Le comédien Marian s’efforce d’atténuer, voire de contredire la thèse haineuse du film.

« L'ascension et la déchéance de Ferdinand Marian, acteur autrichien choisi par Goebbels pour tenir le rôle-titre du film de propagande nazi « Le juif Süss ». Prenant ses libertés avec l'histoire - la figure d'Anna symbolisant le sort des artistes juifs sous le IIIe Reich - pour mieux sonder la vérité du personnage, Oskar Roehler (Les particules élémentaires) retrace la descente aux enfers de Ferdinand Marian, de son dilemme moral initial à sa mort, dans l'oubli et l'alcool, en août 1946 ».

Un « biopic saisissant, servi par un impeccable trio d'acteurs (Tobias Moretti, Moritz Bleibtreu, Martina Gedeck) et une palette aux couleurs désaturées, se fondant dans l'esthétique du cinéma d'alors ».

Présenté à la Berlinale 2010, ce film a suscité une vive polémique en raison de ses libertés avec l’Histoire. Un film en compétition sifflé lors de sa projection de presse. Parmi les reproches adressés aux auteurs du film : Ferdinand Marian a continué à tourné des films après le Juif Süss, et notamment Les Aventures fantastiques du baron Munchhausen (1942), et est mort non par suicide mais lors d’un accident de voiture en 1946 et son avenir n’était pas obéré par sa carrière sous le IIIe Reich ; son épouse n’avait pas d’origines juives mais avait été la compagne de Julius Gellner (1899-1983), célèbre metteur en scène juif. « Elle avait eu un premier mari juif et Goebbels faisait pression sur elle pour cette raison. Si nous lui avons donné une ascendance juive, c'était pour illustrer les pressions exercées sur les acteurs », s'est défendu Klaus Richter.
 

« Le Film Maudit - Jud Süss » par Oskar Roehler
Autriche, Allemagne, Clasart Film- und Fernsehproduktion, Novotny & Novotny Filmproduktion, Tele München Fernseh Produktionsgesellschaft, Tara Film, Lotus-Film, Ulrich Seidl Film Produktion, ARD, Arte, 2010, 101 min
Auteur : Friedrich Knilli
Image : Carl-Friedrich Koschnick
Montage : Bettina Böhler
Musique : Martin Todsharow
Producteur/-trice : Franz Novotny, Markus Zimmer
Scénario : Klaus Richter, Oskar Roehler, Franz Novotny, Michael Esser
Avec Tobias Moretti, Moritz Bleibtreu, Martina Gedeck, Justus von Dohnányi, Armin Rohde, Anna Unterberger, Heribert Sasse
Sur Arte le 17 août 2016 à 20 h 55

Visuels : © ARD/Degeto

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Les citations non sourcées sont d'Arte.

lundi 8 août 2016

« Lise Meitner, mère de la bombe atomique » de Wolf von Truchsess et Andreas G. Wagner


Arte a rediffusé « Lise Meitner, mère de la bombe atomique » (Lise Meitner - Die Mutter der Atombombe), documentaire (2012) de Wolf von Truchsess et Andreas G. Wagner. Viennoise Juive, devenue physicienne en dépit du sexisme des milieux universitaires des années 1900 et indéfectible pacifiste, surnommée par Albert Einstein la « Marie Curie allemande », Else (« Lise ») Meitner (7 novembre 1878-27 octobre 1968) a découvert en 1938 la fission nucléaire. En 2016, le Japon a commémoré le 71e anniversaire de l'explosion de la bombe atomique, le 6 août 1945, à Hiroshima, causant 140 000 morts. Le 9 août, les pilotes américains ont largué une bombe à plutonium "Fat Man" sur Nagasaki, causant 60 à 80 000 morts. Le 15 août 1645, le Japon impérial capitulait.


La vie de Lise Meitner illustre le sexisme du Prix Nobel, l’antisémitisme nazi qui a privé l’Allemagne d’une des plus grandes physicienne et les croyances erronées de pacifistes.

Les travaux scientifiques de Lise Meitner auraient dû lui valoir le prix Nobel.

La « Marie Curie allemande »
Elise (« Lise ») Meitner est née en 1878 à Vienne, alors dans l’empire austro-hongrois, dans une famille Juive nombreuse. Son père, Philip Meitner, est l’un des premiers avocats Juifs autrichiens, et un libre penseur, membre de la bourgeoisie libérale. Les enfants Meitner grandissent dans un milieu cultivé, stimulés à poursuivre leurs études.  Lise Meitner apprend le piano, s'intéresse aux mathématiques et aux sciences, et  cultive son indépendance d'esprit et sa capacité d'étonnement.

La scolarité des filles s’achevait lorsqu’elles avaient 14 ans. Le Gymnasium (lycée) leur était interdit, tout comme les cours de mathématiques et physique.

Les femmes sont admises à l’université en 1897. Avec deux autres jeunes filles, Lise Meitner prépare pendant deux ans l’examen final de l’enseignement secondaire, la Matura, afin de s’y présenter en candidate externe et de pouvoir étudier à l’université. En 1901, elle entre à l’Université de Vienne. Elle est mue par "la soif de connaissance, et la recherche de la vérité".

Devenue en 1906 la deuxième femme docteur de l’université de Vienne, elle obtient l’autorisation de travailler à Berlin aux côtés de Max Planck à une époque où les laboratoires prussiens étaient interdits aux femmes.

Après une année d’études de physique, chimie, mathématiques et botanique, Lise Meitner se spécialise en physique. Elle suit les cours du célèbre physicien théoricien Ludwig Boltzmann qui l'encourage. Malade, cet universitaire se suicide en 1906.

En 1905, Franz-Serafin Exner, physicien expérimentateur aux travaux pionniers sur la radioactivité, dirige le doctorat de Lise Meitner sur les équations de Maxwell. Lise Meinter soutient en décembre 1905 son mémoire sur la conduction de la chaleur dans les solides inhomogènes. Composé de Boltzmann et Exner, le jury lui décerne la mention summa cum laude, et son diplôme lui est remis en février 1906.

Grâce à Paul Ehrenfest, ancien étudiant de Boltzmann, Lise Meitner lit les articles de Lord Rayleigh, notamment celui sur un effet d’optique inexpliqué. Elle découvre l’explication et ouvre, par ses recherches, de nouvelles pistes.

Elle s’initie aux procédures expérimentales pour étudier la radioactivité auprès de Stefan Meyer, assistant à l’Institut Boltzmann. Elle s’intéresse particulièrement à l’absorption des rayonnements alpha et bêta dans les métaux.

Toute carrière académique lui étant interdite, Lise Meitner s’installe à Berlin en 1907. Là, le professeur Max Planck l’autorise à suivre ses cours. Elle travaille dans le laboratoire de Heinrich Rubens, professeur de physique expérimentale. Et évolue dans un vivier de scientifiques et Prix Nobel.

Elle se lie d’amitié avec le jeune chimiste Otto Hahn, assistant à l'institut dirigé par Emil Fischer. Tous deux collaboreront durant 30 ans. Spécialiste de la radioactivité, le tandem gagne une reconnaissance internationale. Il se complète : Lise Meitner, théoricienne, Otto Hahn expert en chimie analytique.

En 1911, est créée la société Kaiser-Wilhelm pour l’avancement des sciences (KWG), un organisme composé de plusieurs instituts de recherche. Lise Meitner y rejoint Otto Hahn qui dirige le département de chimie.

Lors de la Première guerre mondiale, tandis qu'Otto Hahn conçoit des gaz de combat, Lise Meitner s’engage comme infirmière dans un hôpital militaire, radiologue sur le front de l’Est. "La science est ma patrie", déclare-t-elle.

En 1916, elle retourne poursuivre ses recherches à Berlin.

L’année suivante, elle est nommé directrice du département de physique du KWI-C.

Les travaux de Meitner et Hahn concernent la radioactivité : découverte d’isotopes, du protactinium (1918). Lise Meitner effectue des recherches en physique nucléaire, découvre la transition non-radiative, mesure la masse du neutron, étudie les réactions nucléaires artificielles, veille à la construction d’un accélérateur de particules, etc.

En 1934, elle conçoit un programme avec Otto Hann et Fritz Strassmann qui aboutira en 1938 à la fission nucléaire.

En 1933, Otto Frisch, scientifique et neveu de Lise Meitner, est contraint de fuir l’Allemagne nazie qui écarte les Juifs de la fonction publique, puis de la KWG financée par des capitaux privés et publics. Parmi les rares scientifiques Juifs tolérés par les Nazis : Lise Meitner protégée par sa nationalité autrichienne jusqu’à l’Anschluss (annexion de l’Autriche par l’Allemagne) en mars 1938.

La physicienne est contrainte de quitter l’Allemagne en juillet 1938. Cette apatride se réfugie aux Pays-Bas, puis en Suède dont elle obtiendra la nationalité en 1949.

De son exil suédois, par des correspondances et des rencontres, elle aide Otto Hahn à comprendre et à théoriser la fission nucléaire, la fission des noyaux lourds – une découverte fondamentale qui vaudra à ce scientifique le Prix Nobel de chimie en 1944. Sexisme ou antisémitisme ? Aucune indication ne mentionne Lise Meitner.

Avec son neveu Otto Frisch, elle présente la première explication théorique de la fission nucléaire.

Par conviction pacifiste et éthique, Lise Meitner refuse de rejoindre les scientifiques qui participent au projet Manhattan pour réaliser l’arme nucléaire destinée à exploser en Allemagne. En juillet 1945, la première bombe atomique américaine est testée dans le Nouveau Mexique.

La scientifique est horrifiée en 1945 par le bombardement atomique d’Hiroshima et de Nagasaki, « application militaire de ses découvertes théoriques ». Elle évoquera auprès d'Otto Hahn ce "cauchemar permanent" constitué par la bombe atomique. 


Après la Seconde Guerre mondiale, Lise Meitner écrit à Hahn : “Vous avez tous travaillé pour l'Allemagne nazie. Et vous avez tenté d'offrir seulement une résistance passive. Certainement, pour acheter votre conscience, vous avez aidé ici et là une personne persécutée, mais des millions d'êtres humains innocents ont été autorisés à être assassinés sans qu'aucune sorte de protestation n'ait été émise … [On dit que] d'abord vous avez trahi vos amis, ensuite vos enfants dans le sens où vous les avez laissés risquer leur vie dans une guerre criminelle – et finalement vous avez trahi l'Allemagne elle-même, parce que la guerre était déjà presque désespérée, vous ne vous êtes pas armé contre la destruction insensée de l'Allemagne”.

Installée en Angleterre en 1960, Lise Meitner n'est jamais retournée en Allemagne. 

Elle survit de trois mois à la mort d'Otto Hahn (1879-1968) et décède le 27 octobre 1968. 

Elle est toujours demeurée opposée à l’arme nucléaire.

Pourtant, c’est l’arme nucléaire américaine qui a permis la paix en Europe après la Seconde Guerre mondiale grâce au parapluie nucléaire américain.

Synthétisé en 1982 par des scientifiques allemands, l'élément 109 a été nommé "meitnérium" en hommage à Lise Meitner. Des cratères sur la Lune ou sur Vénus portent le nom de cette scientifique.

En 2014, le Japon a commémoré le 69e anniversaire de l'explosion de la bombe atomique Little Boy larguée par le bombardier B-29 Enola Gay, le 6 août 1945, à Hiroshima, causant 140 000 morts. 

En 2016, le Japon a commémoré le 71e anniversaire de l'explosion de la bombe atomique, le 6 août 1945, à Hiroshima.


de Wolf von Truchsess et Andreas G. Wagner
Allemagne, 2012, 52 mn
Diffusions les :
-   2 février 2013 à 20 h 50,  5 février 2013 à 10 h 25 et  9 février 2013 à 11 h 25 ;
8 mars 2014 à 12 h 25.

Visuels : © Jürgen Herrmann

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Cet article a été publié le 1er février 2013 et republié le :
- 6 août 2013 car le Japon commémorait le 68e anniversaire de l'explosion de la bombe atomique, le 6 août 1945, à Hiroshima, causant 140 000 morts. Le 15 août 1645, le Japon impérial capitulait ;
- 28 octobre 2013 ;
- 7 mars, 6 août et 27 octobre 2014, 6 août 2015.

Madame Grès, la couture à l’œuvre


Après la programmation du musée Galliera, musée de la mode de la Ville de Paris, hors les murs au musée Bourdelle de cette « première rétrospective parisienne » dédiée à Madame Grès (1903-1993), le musée de la mode (MoMu) d'Anvers présente l'exposition Madame Grès, mode sculpturale. Plus de 80 pièces – robes, jupes, tailleurs, capes et manteaux –, une centaine d’esquisses griffonnées de la main de Madame Grès et de croquis de modèles originaux ainsi qu’une soixantaine de photographies sur 55 ans de carrière soulignent le talent de cette grande dame de la haute couture experte en drapés à l’antique, robes sculpturales à la ligne épurée, souvent en jersey et avec un nombre réduit de coutures. Le musée des Arts décoratifs présente l'exposition Fashion Forward. Trois siècles de mode (1715-2016).

Fashion Forward, 3 siècles de Mode (1715-2016)
Anatomie d’une collection

« Je voulais être sculpteur. Pour moi, c’est la même chose de travailler le tissu ou la pierre », déclarait Madame Grès, « maître de la couture vu par ses pairs comme le génie tutélaire de la profession » avec Cristóbal Balenciaga.

Transformés en musée, les anciens ateliers du sculpteur Antoine Bourdelle (1861-1929) offrent aux robes de Madame Grès un écrin idoine favorisant des résonnances avec les sculptures de cet artiste.

De Germaine Krebs à Madame Grès
Née Germaine Krebs, Madame Grès a préservé le mystère sur ses origines – petite bourgeoisie parisienne - pour mieux forger sa légende.

Elle aurait appris en trois mois les bases de la couture auprès d’une première d’atelier d’une grande maison de couture de la capitale.

Entrée vers 1924 comme aide modéliste, elle devient deuxième modéliste, puis première modéliste à la maison Prémet, place Vendôme.

Vers 1930, elle « vend ses toiles, prototypes de modèles, aux plus grands acheteurs des maisons de commissions travaillant pour l’Europe et les Etats-Unis d’Amérique ».

En 1933, Germaine Krebs, surnommée dans le métier « Mademoiselle Alix », ouvre avec Julie Barton la maison « Alix Barton » rue de Miromesnil, à Paris. Dès la collection de l’été 1933, elle présente sa « grammaire stylistique » consistant à « draper à plat la silhouette avec le moins de coutures possibles » et en utilisant tout le lé de « tissus de la nouveauté » : jersey, jersey de soie artificielle, mohair, satin ciré, crin de nylon... Des créations fluides qui confèrent souplesse au vêtement et soulignent le naturel des mouvements de la femme.

En 1934, grâce à l’appui de financiers, Germain Krebs ouvre la maison « Alix » au 83 rue du faubourg Saint-Honoré. Un lieu admirablement bien situé : à l’angle de l’avenue Matignon, au-dessus de la galerie Bernheim-jeune. Les créations de mademoiselle Alix, puis de Madame Grès, séduisent une clientèle composée d’actrices et de femmes du monde, dans le monde entier : Greta Garbo, Marlene Dietrich, Arletty, la Begum, les princesses de Bourbon-Parme, la duchesse de Windsor, Edith Piaf, Jackie Kennedy, la princesse Grace de Monaco, Barbra Streisand, Delphine Seyrig...

Louis Jouvet fait appel à Alix pour créer les costumes de La guerre de Troie n’aura pas lieu, pièce de théâtre de Jean Giraudoux créée à l’Athénée en 1935. Le style de mademoiselle Alix est salué par Vogue Paris.

Consécrations : au Pavillon de l’élégance de l’exposition internationale de Paris en 1937, Mademoiselle Alix conçoit le drapé habillant une statue ; au Pavillon français de l’exposition internationale de New York en 1939, elle montre une œuvre en plâtre représentant un corps drapé d’une robe.

En 1937, elle épouse Serge Anatolievitch Czerefkow, peintre connu sous le nom de Grès. Le couple a une fille, Anne, en 1939. Madame Grès adopte le turban en jersey.


« L’extrême complexité du savoir-faire »
En juin 1940, elle fuit Paris vers la Haute-Garonne, lieu des ateliers de la maison Alix, avec sa fille ; son mari se trouve à Tahiti.

Cette couturière revient à Paris avec le soutien de Lucien Lelong, président de la Chambre syndicale de la couture parisienne. Elle vend ses parts dans la maison Alix et fonde en 1942 sa griffe qu’elle dénomme « Grès », pseudonyme d’artiste de son époux, anagramme du prénom de celui-ci et roche sédimentaire à base de sable dont elle prise la couleur. Elle installe ses salons blancs, ses ateliers et ses bureaux au 1, rue de la Paix. A chaque défilé, elle ferme à double tour sa maison. Un moyen de favoriser le recueillement de l’assistance huppée.

Sous l’Occupation, Madame Grès est dénoncée comme Juive, alors qu’elle est catholique.

En janvier 1944, à la demande des autorités allemandes d’occupation, la maison Grès est fermée « à titre d’exemple ». Elle rouvre en mars 1944 à la « condition d’abandonner le drapé, trop coûteux en tissu » en une période de pénuries.

En 1945, Madame Grès « habille des figurines du Théâtre de la mode – vitrine des métiers d’art français – qui fera le tour du monde ».

« Pour qu’une robe puisse survivre d’une époque à la suivante, il faut qu’elle soit empreinte d’une extrême pureté », observe cette perfectionniste qui affectionne les beiges et blancs ainsi que les « tonalités éteintes », et rarement des couleurs vives. Pour ses robes de cocktail ou du soir, elle a conscience que les lignes simples rehaussent la complexité de drapés intemporels, antiques sans historicisme, cachant, suggérant et dévoilant sensuellement des parties du corps (décolletés dans le dos ou asymétriques) et photographiés notamment par Richard Avedon.

Le « pli Grès » ? Une « succession de plis plats pris dans le droit fil tous les 3 cm. D’une profondeur constante de 1,5 cm, ces plis » sont patiemment épinglés sur le modèle par Madame Grès, « sont cousus à l’envers » par les « drapeuses » et dépassent de 2 mm à l’endroit ». Entre 13 et 21 mètres linéaires de jersey sont nécessaires pour le bas de robes drapées.

Les créations de Madame Grès sont portées par Maria Casarès dans Les dames du bois de Boulogne, film de Robert Bresson (1945) et Sylvana Mangano dans Ulysse de Mario Camerini avec Kirk Douglas.

Dans les années 1950, Madame Grès expérimente le prêt-à-porter sous la signature de Grès Boutique (1951), « Grès spécial » (1958-1962), etc. Dès l’automne-hiver 1958-1959, elle « produit des vêtements de ville griffés « Grès spécial » : une ligne née de son union avec d’autres couturiers de renom comme Lanvin ou Nina Ricci au sein de l’association Prêt-à-porter Création qui organise des actions de promotion jusqu’en 1962.

En 1959, peu après son voyage en Inde avec un « groupe d’études pour réorganiser la production locale », elle innove en lançant son parfum Cabochard au nom osé, composé d’essences d’avant-garde (chypré-vert) et décoré d’un nœud de velours gris. Un succès mondial.

Dans les années 1970, la vogue rétro – style années 1930 – refait découvrir Madame Grès guidée par le minimalisme. Elue en 1972 présidente de la Chambre syndicale de la couture parisienne, Madame Grès assume cette fonction jusqu’en 1989.

Célébrée par des rétrospectives et par ses pairs – Hubert de Givenchy, Yves Saint-Laurent, Alber Elbaz -, Madame Grès est distinguée comme officier de la Légion d’Honneur (1949) et commandeur des Arts et Lettres (1983), reçoit le premier Dé d’or de la couture (1976) créé par Cartier avec lequel elle lance une ligne de joaillerie en 1979, est honorée à New York, La Haye…

A 82 ans, The designer’s designer « atteint son but : une robe sans couture, réalisée dans un jersey de laine tubulaire en quatre coups de ciseaux : l’ourlet, l’encolure et les deux emmanchures ».

En 1984, Bernard Tapie rachète la maison Grès. Après des différends, une liquidation, il la vend à Jacques Estérel en 1987. La situation financière de la maison périclite (loyers impayés). En 1987, le contenu de tous les étages de la maison Grès est saccagé ou vidé. L’année suivante, la maison est rachetée par la société japonaise Yagi Tsusho Limited et, peu après, Madame Grès se retire définitivement du monde de la haute couture.

Elle décède en 1993, dans le dénuement. Son décès est rendu public en 1994.

Manquent à cette exposition qui n’est pas une vraie rétrospective les tenues de plage et de piscine – dès sa première collection été 1933 pour Alix Barton - et des robes en mousseline conçues par Madame Grès.


Jusqu'au 10 février 2013
Nationalestraat 28. 2000 Antwerpen 2000 Anvers
T +32 3 470 27 70 T +32 3 470 27 70
Du lundi au vendredi de 10 h à 12 h et de 14 h à 16 h
Jusqu’au 28 août 2011
18, rue Antoine Bourdelle, 75015 Paris
Tél. : 01 49 54 73 73
Du mardi au dimanche de 10 h à 18 h sauf jours fériés


Visuels de haut en bas :
Christian Bérard. Dessin pour Alix, octobre 1937.
Publié dans Vogue Paris.
© Christian Bérard / ADAGP, Paris 2011

Boris Lipnitzki, 1933. Essayage d’un modèle Alix Barton sur mannequin par Mademoiselle Alix.
© Boris Lipnitzki / Roger-Viollet

Archives Grès. Robe de jour Alix n°31 P/E 1938. Gouache et mine de plomb sur papier.
Collection Galliera. Photo D.R.

Boris Lipnitzki, 1935. Modèle Alix, novembre 1935.
© Boris Lipnitzki / Roger-Viollet

Eugène Rubin vers 1946. Madame Grès posant à côté de son modèle.
© Eugène Rubin / FNAC / Centre national des arts plastiques – ministère de la Culture et de la Communication, Paris

Henry Clarke, 1954. Grès, Robe du soir, 1954.
Jersey et faille de soie blancs.
Photo publiée dans Vogue France.
© Henry Clarke / Galliera / ADAGP, Paris 2011

Archives Grès. Robe de cocktail n°102 P/E 1956. Crayon et encre de chine sur calque.
Collection Galliera. Photo D.R.


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Cet article a été publié le 14 août 2011, puis les 6 février 2013 et 9 avril 2016.

lundi 1 août 2016

« Scarface » de Howard Hawks


Arte diffusera le 1er août 2016 « Scarface » (Scarface: The Shame of the Nation, 1932), de Howard Hawks et Richard Rosson avec Paul Muni, comédien ayant débuté dans le théâtre yiddish. « Directement inspiré de la vie d'Al Capone et d'une rare audace pour l'époque, « Scarface » retrace « l'ascension et la chute d'un gangster amoral durant la prohibition. Un classique du film de gangsters dont Brian De Palma donnera une version « gore » cinquante ans plus tard ». 


« Chicago, dans les années 1920, en pleine prohibition. Tony Camonte, un jeune et ambitieux gangster, tue son patron, « Big Louis », et rejoint le gang du sud de la ville contrôlé par Lovo dont il devient le garde du corps. Aidé de son ami Rinaldo, il gravit rapidement les échelons de l'organisation. Mais Tony a une faiblesse : sa sœur Cesca, dont il est amoureux et qu'il veut à tout prix protéger des autres hommes... »

Fascination criminelle
En 1931, d’autres films - Little Caesar, de Mevyn LeRoy avec Edward G. Robinson, Douglas Fairbanks, Jr. et Glenda Farrell, et The Public Enemy, de William A. Wellman avec James Cagney, Jean Harlow, Edward Woods et Joan Blondell ont représenté des gangsters. 

Scarface est adapté en onze jours par Ben Hecht du roman Scarface (1929) de Armitage Trail et dont la trame est l’ascension puis la chute d’Al Capone (1899-1947) surnommé Scarface. Ainsi, Tony Camonte, le personnage incarné par Paul Muni, a le visage balafré, comme Al Capone. Celui-ci a fait tuer le chef du gang concurrent chez un fleuriste en 1924. Et le film reproduit la scène…

Le film est perçu pour sa valeur documentaire sur la guerre entre gangs rivaux, italiens contre irlandais, pour contrôler Chicago pendant la Prohibition (1919-1933) – interdiction de ventes de boissons alcoolisées. Une guerre marquée par le massacre de la Saint-Valentin.

« Audacieux et d'une rare violence pour l'époque, Scarface  de Howard Hawks mit plus de deux ans à sortir en salles, retardé par les menaces du « milieu » et surtout par la censure ». 

« Accusant le film de faire l’apologie du gangstérisme, l'industrie cinématographique imposa en effet au réalisateur et à son producteur de nombreuses modifications (l'adjonction d'un sous-titre « La honte de la nation » et de cartons moralisateurs, une fin remodelée, des coupes...) »

« Il est vrai que décrire l'ascension et la chute d'une figure de la pègre, d'un personnage veule, cynique, amoral et amoureux de sa sœur, il fallait oser. Car les gangsters ont ici l'air d'enfants ignorants qui passent leur temps à jouer. Parmi eux, Tony Camonte le balafré flirte avec la figure du héros glamour, séduisant et protecteur ». 

« Au moment où Al Capone - dont Howard Hawks s'est inspiré - purge une peine de prison, pas étonnant que cette vision fascinée de la criminalité ait suscité un scandale ».

Paul Muni (1895-1967) est né Meshilem Meier Weisenfreun, à Lviv (Galicie) dans une famille juive de comédiens itinérants d’origine austro-hongroise. En 1902, sa famille émigre aux Etats-Unis. Âgé de douze ans, Paul Muni débute dans le théâtre yiddish. Il interprète ses premiers rôles à Broadway en 1927 – The Four Walls – et pour le cinéma en 1929 (The Vaillant de William K. Howard). Avec Scarface et Je suis un évadé de Mervyn LeRoy, Paul Muni  accède au vedettariat. 

Il excelle dans les rôles de composition pour lesquelles son art du maquillage et sa technique de placement de voix font merveille : films biographiques - Docteur Socrate, La Vie de Louis Pasteur, La Vie d’Émile Zola, Juarez, réalisés par William Dieterle – ou romancés sur un registre dramatique : Visages d'Orient ou La Terre chinoise (The Good Earth) signé par Sidney Franklin,Victor Fleming, Gustav Machatý et Sam Wood (1937) et adapté du best-seller de Pearl Buck La Terre chinoise. Son interprétation de Pasteur lui vaut en 1936 l’Oscar du meilleur acteur et la Coupe Volpi pour la meilleure interprétation masculine. Des problèmes de santé l’amènent à mettre un terme à sa carrière vers 1959.

« Bien que méconnu de la nouvelle génération qui lui préfère la version de Brian De Palma » en 1983 avec Al Pacino, Scarface « fit la renommée de son réalisateur et réserve des scènes inoubliables, maintes fois pastichées par la suite : la pièce de monnaie que fait sauter Rinaldo » incarné par George Raft, « l'éphéméride mitraillée... À déguster sans remords ! »

En 1994, ce classique a été inscrit sur le Registre national du film américain par la Library of Congress pour être « culturellement, historiquement, ou esthétiquement signifiant ».

« Scarface » de Howard Hawks
United Artists, The Caddo Company, Howard Hughes, 1932, 90 min
Auteur : Armitage Trail
Image : Lee Garmes, L. William O'Connell
Montage : Edward Curtiss
Musique : Adolph Tandler, Gus Arnheim
Scénario: Ben Hecht, Seton I. Miller, John Lee Mahin, W. R. Burnett, Fred Pasley
Avec Paul Muni, Ann Dvorak, Karen Morley, George Raft, Boris Karloff
Sur Arte le 1er août 2016 à 22 h 35

Visuels : © 1932 Universal Studios

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