Citations

« Le goût de la vérité n’empêche pas la prise de parti. » (Albert Camus)
« La lucidité est la blessure la plus rapprochée du Soleil. » (René Char).
« Il faut commencer par le commencement, et le commencement de tout est le courage. » (Vladimir Jankélévitch)
« Notre métier n’est pas de faire plaisir, non plus de faire du tort. Il est de porter la plume dans la plaie. » (Albert Londres)
« Le plus difficile n'est pas de dire ce que l'on voit, mais d'accepter de voir ce que l'on voit. » (Charles Péguy)

mercredi 5 août 2015

« Oriana Fallaci », par Marco Turco


« Oriana Fallaci », par Marco Turco sort en France le 5 août 2015. De la vie de cette célèbre journaliste féministe, correspondante de guerre, portraitiste, et intervieweuse italienne courageuse et audacieuse, ce film, un biopic, se focalise sur quelques conflits couverts par (Indochine, Grèce) et des reportages (Indochine, Grèce, Iran) et deux amours marquants. Est occulté son dernier combat, dans lequel cette femme de gauche critiquait « avec rage et passion », l’islam, défendait l’Occident et soutenait de manière indéfectible l’Etat d’Israël et les Juifs avec ardeur. Le Mémorial de la Shoah propose l'exposition Femmes en résistance.
Cinéma et politique, presse écrite et photographie, démocratie contre dictature, ayatollah contre les femmes, amours et féminisme, solitude et combats, prise de conscience précoce du statut inférieur de la femme sous l'islam et athéisme… Oriana Fallaci, film de Marco Turco, entre-mêle habilement ces thématiques.

Des artistes italiens à la condition des femmes dans le monde en particulier musulman, des états d’âmes des soldats américains lors la guerre du Vietnam à l’interview avec l’ayatollah Khomeiny, en passant par la Grèce sous la dictature des colonels contre laquelle combattait le poète et politicien Aléxandros Panagoúlis (1939–1976) avec lequel Oriana Fallaci vit l'amour de sa vie… C’est le parcours retenu par Marco Turco dans un hommage à Oriana Fallaci (1929-2006).

Des faits marquants, révélateurs du tempérament de la journaliste Oriana Fallaci. Sans celle-ci, sans son livre, sans ce film, combien de personnes, hors les Grecs, se souviendraient encore d'Aléxandros Panagoúlis ? Même l'ayatollah Khomeiny semble oublié de l'opinion publique façonnée par politicards, experts et journalistes afin d'accepter l'accord, pourtant dangereux, sur le programme nucléaire militaire iranien négocié entre d'une part les Etats-Unis, la Grande-Bretagne, la France, l'Allemagne, la Russie et la Chine (P5+1) et d'autre part l'Iran, conclu le 14 juillet 2015, à Vienne (Autriche).

En contrepoint, ce bon film, bien interprété, offre un personnage plus jeune de journaliste, aussi féministe qu’Oriana Fallaci, aussi passionnée par ce métier, mais ayant opté pour des choix personnels opposés - mariage, volonté de fonder une famille, etc. – tout en voulant tout concilier.

Courageuse
On peut regretter que ce film occulte la dimension historique d’Oriana Fallaci, bigger than life.

Une vie qui parcourt les deux-tiers du XXe siècle et l’aube du XXIe siècle, mandatée par les plus grands magazines : Il Corriere della Sera, Le Nouvel Observateur, Der Stern, Life, Look, New York Times Magazine, The Washington Post, The New Republic

Une intervieweuse hors pair, osant poser toutes les questions, même celles qui fâchent ses interlocuteurs : dirigeants politiques - shah d’Iran, Willy Brandt, Lech Wałesa, Ariel Sharon, colonel Kadhafi, Yasser Arafat, Zulfikar Ali Bhutto, Indira Gandhi, archevêque Makarios III, Golda Meir, Nguyen Van Thieu, Haïlé Sélassié -, conseiller (Henry Kissinger), stars - Gina Lollobrigida, Marcello Mastroianni, Orson Welles, Sammy Davis Jr, Arthur Miller, Federico Fellini, Anna Magnani, Paul Newman, Sean Connery, Alfred Hitchcock -, etc.

Une journaliste essayiste, titulaire d’un doctorat de Lettres au Columbia College de Chicago, mondialement célèbre, primée - Prix Saint-Vincent du journalisme, Prix Bancarella en 1971 pour La vie, la guerre et puis rien, Prix Viareggio en 1979 pour Un homme, Prix Antibes en 1993 pour Inchallah -, enseignant dans les universités de Yale, Harvard et Columbia, et aux livres édités dans 31 pays, « traduits en 26 langues » et vendus à des dizaines de millions d’exemplaires.

Une Italienne née dans une famille florentine anti-fasciste et résistante dès l’âge de 14 ans. Une polyglotte qui a couvert, au risque de sa vie – nombreuses blessures (Mexique), arrestation en Hongrie - les conflits et révolutions majeurs du XXe siècle : guerre civile au Liban, guerre du Koweït, guerre au Vietnam...

Une intellectuelle de gauche septuagénaire, défendant les Juifs et l’Etat d’Israël, indignée par l'antisémitisme, choquée par les attentats islamistes du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis – elle partageait sa vie entre l’Italie et New York - qui se lance dans un combat contre l’islam et l’islamisme, ainsi que contre ceux détruisant la civilisation occidentale. Ce qui lui vaut des procès, notamment du MRAP (Mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples), des menaces de mort, etc.

Ses combats et ses  derniers essais best-sellers - La Rage et l‘Orgueil, La Force de la raison, Interview de Fallaci par elle-même et l'Apocalypse - seraient-ils possibles en 2015 ? On peut en douter.

En ce 5 août 2015, de grands médias nationaux ont occulté la sortie du film. Pour Charles Enderlin, dans l'affaire al-Dura, ils ont été des centaines de journalistes à apporter leur soutien. Pour informer les auditeurs et téléspectateurs de la sortie de Oriana Fallaci, de Marco Turco, ils sont si rares. Et ceux qui critiquent le film le descendent en flammes. Certains s'interrogeant : comment Oriana Fallaci a-t-elle pu devenir "islamophobe" ? Tous cachent sa défense des Juifs et d'Israël :

"Je trouve honteux que presque toute la gauche oublie aujourd'hui la contribution que les Juifs ont apportée à la lutte antifasciste (il y a vingt ans, cette gauche a toléré qu'une manifestation syndicale dépose un cercueil, avertissement maffieux, devant la synagogue de Rome). Qu'elle oublie Carlo et Nello Rossi, par exemple, et Leone Ginzburg, Umberto Terracini, Leo Valiani, Emilio Sereni, et des femmes comme mon amie Anna Maria Enriquez Agnoletti fusillée à Florence le 12 juin 1944, et les 75 des 335 qui ont été tués aux Fosses Ardeatines et tous les autres morts sous la torture, au combat ou devant des pelotons d'exécution (amis et maîtres de mon enfance et de mon adolescence). Je trouve honteux aussi que, par la faute de la gauche et surtout par la faute de la gauche, les Juifs aient de nouveau peur dans les villes d'Italie -- cette gauche qui ouvre ses congrès en applaudissant le représentant de l'OLP en Italie, le chef des Palestiniens qui cherchent la destruction d'Israël. Et dans les villes de France, de Hollande, d'Allemagne et du Danemark.
Je trouve honteux que tant d'Italiens et tant d'Européens aient pris pour porte-étendard "monsieur" Arafat. Cette nullité qui joue les Mussolini grâce aux sous que lui verse la famille royale Séoudite; ce mégalomane qui croit pouvoir passer à la postérité comme le George Washington de la Palestine. Cet illettré qui, lorsque je l'ai interviewé, n'était pas capable de faire une phrase complète ou de produire un discours articulé. (De sorte que pour publier l'interview j'ai dû prendre sur moi de tout composer et tout écrire; j'en étais arrivée à la conclusion que, par rapport à lui, Khadafi faisait figure de génie). Cet espèce de faux guerrier qui se promène toujours en uniforme, comme Pinochet, sans jamais se mettre en civil, mais qui n'a jamais participé à aucune bataille. La guerre, il la fait faire par les autres, il l'a toujours fait faire par les autres. C'est-à-dire par tous ces pauvres gens qui croient en lui. Cet espèce d'incapable pompeux qui en récitant son rôle de chef d'État a fait capoter les accords de Camp David et la médiation de Clinton : "Non-non-non-je-veux-Jérusalem-en-entier-pour-moi". Ce perpétuel menteur qui n'a des accents de vérité que pour nier le droit à l'existence d'Israël (il ne le dit qu'en privé) et qui se contredit toutes les cinq secondes, comme je le raconte dans mon livre. Qui joue toujours le double jeu et serait capable de mentir même pour vous dire quelle heure il est.
Je trouve cela honteux et j'y vois la naissance d'un nouveau fascisme, d'un nouveau nazisme. Un fascisme et un nazisme d'autant plus pernicieux et répugnants qu'ils sont répandus par des gens qui font les belles âmes, les progressistes, les communistes, les pacifistes, les catholiques et les chrétiens en général, qui ont le toupet de traiter de bellicistes ceux qui comme moi crient la vérité. Je le sais, et voici ce que j'ai à dire. Moi, je n'ai jamais été tendre envers ce Sharon tragique et shakespearien (qui m'avait dit avec une certaine tristesse, en 1982, lors d'une interview : "Je sais bien que vous êtes venue me voir pour ajouter un scalp à votre collection". Je me suis souvent disputée avec les Israéliens et j'ai défendu les Palestiniens dans le passé. Peut-être même plus qu'ils ne le méritaient. Mais je suis du côté d'Israël, je suis du côté des Juifs. Je suis de leur côté comme je l'étais quand j'étais jeune au temps où je combattais avec eux et où les Anne-Larie mouraient fusillées. Je défends leur droit à exister, à se défendre, à ne pas se laisser exterminer une seconde fois. L'antisémitisme de tous ces Italiens et tous ces Européens me dégoûte, et j'ai honte de cette honte qui déshonore mon pays et l'Europe". (La Honte de l'Europe, 2002)

« Oriana Fallaci », par Marco Turco
2014 - Italie – 1 h 50
Scénaristes : Stefano Rulli, Sandro Petraglia, Fidel Signorile et Marco Turco
Musique : Teho Teardo
Avec : Vittoria Puccini, Vinicio March ioni, Francesca Agostini, Stéphane Freiss

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Cet article a été publié le 5 août 2015.

lundi 3 août 2015

« Six amis en quête de liberté. Destins croisés de Budapest à Manhattan » par Thomas Ammann


Arte a diffusé « Six amis en quête de liberté. Destins croisés de Budapest à Manhattan » (Die Mission der Genies, Der Kampf um die Freiheit - 6 Freunde und ihre Mission, Sechs Freunde und ihre Mission, Six Geniuses from Budapest), documentaire de Thomas Ammann. L’itinéraire de six Hongrois Juifs exilés, brillant dans les sciences, la politique et l'art : Robert Capa, Michael Curtiz, John von Neumann, Leo Szilard, Edward Teller et Eugene Wigner. Arte diffuse sur son site Internet le numéro de Pictures for Peace sur la célèbre photographie de Robert Capa lors du débarquement allié en Normandie, le 6 juin 1944.

Maurice Cohen, peintre et mathématicien
« John von Neumann. Prophète du XXIe siècle », par Philippe Calderon
« Six amis en quête de liberté. Destins croisés de Budapest à Manhattan » par Thomas Ammann

Le point commun entre Robert Capa, Michael Curtiz, John von Neumann, Leo Szilard, Edward Teller et Eugene Wigner ? Ils ont « grandi dans le même quartier" de Budapest, "deuxième métropole du tolérant empire austro-hongrois après Vienne", fréquenté les cafés, espaces de dialogues et de rencontres, été marqués par la Première Guerre mondiale et la République des conseils du communiste Béla Kun, été victimes de l'antisémitisme ou de l'autoritarisme du régime autoritaire de l'amiral Horthy, puis fait des études à Berlin ou à Vienne, surtout la ville allemande dynamique et réputée pour ses instituts. Ils "ont voulu lutter contre le totalitarisme d’Horthy et celui d’Hitler, avant d’émigrer aux États-Unis via Paris ou Londres ».

Ce documentaire « revient sur le parcours de ces six amis qui, de par leur engagement, ont connu un destin hors du commun, ont dû fuir leur pays natal avant de marquer l’histoire du XXe siècle ». Amis ? peut-être pas. Mais tous ont excellé dans leurs domaines, et représentent ces Juifs cultivés, souvent germanophones, issus d’une Mitteleuropa disparue.

Né à Budapest, Mihaly Kertesz Kaminer (1886-1962) étudie à l’Académie royale de théâtre et d’art et débute comme acteur et réalisateur en 1912. Il sert dans l’Armée austro-hongroise lors de la Première Guerre mondiale, et reprend son activité de réalisateur en 1915. Il quitte la Hongrie en 1919 et s’installe à Vienne où il dirige notamment Sodom und Gomorrha (1922). Il se rend à Hollywood en 1926 et, devenu Michael Curtiz, réalise de nombreux films dont Captain Blood (1935), The Adventures of Robin Hood (1938), le célébrissime Casablanca (1942) qui évoque la résistance au nazisme et lui vaut l’Oscar du meilleur réalisateur, Yankee Doodle Dandy (1942) avec James Cagney, Mildred Pierce (1945) avec Joan Crawford, White Christmas (1954) avec Bing Crosby et Danny Kaye, King Creole (1958) dont la vedette est Elvis Presley... Il contribue à l’European Film Fund afin d’aider à l’insertion des réfugiés européens dans l’industrie cinématographique américaine. Une partie de sa famille est tuée dans le camp d'Auschwitz.

Endre Ernö Friedmann (1913-1954), militant de gauche, fuit la Hongrie de l’amiral Horthy pour Berlin.
Là, il débute comme photographe pour une agence de presse et étudie les sciences politiques.
A l’avènement du nazisme, il se réfugie à Paris où il rencontre de jeunes photographes talentueux : Henri Cartier-Bresson, David Seymon dit Chim, André Kertész, Gerda Taro...
Il devient célèbre en adoptant en 1935 le pseudonyme « Robert Capa ».
Il cofonde l’agence Alliance-Photo, puis en 1947, avec David Seymour, Henri Cartier-Bresson, William Vandivert et George Rodger, la coopérative photographique Magnum.
Le Front populaire, la Guerre d’Espagne, la guerre sino-japonaise, le Tour de France, la Seconde Guerre mondiale, l’Union soviétique, la recréation de l’Etat d’Israël en 1948, Hollywood, la mode, la guerre d’Indochine…  Capa a donné « ses lettres de noblesse au photoreportage de guerre » et a tout couvert, en noir et blanc ou en couleurs.
Le 6 juin 1944, Robert Capa est le seul photographe présent à Omaha Beach lors du débarquement allié qu’il couvre pour Life.  Il "débarque en Normandie aux côtés des forces alliées. Après une erreur de développement, seuls onze de ses clichés seront exploitables et entreront dans la légende". Ces clichés sont flous. Et pourtant, ils offrent une vision précise de cet événement historique.

János Neumann Margittai (1903-1957), ou John von Neumann, est né à Budapest. Cet ancien enfant prodige est major de promotion de l’université de Budapest dont il est docteur en mathématiques, et de l’Ecole polytechnique fédérale de Zurich dont il est diplômé en génie chimique. A Göttingen, il collabore avec Robert Oppenheimer sous la direction de David Hilbert. Dès 1930, il enseigne à Princeton, puis les mathématiques dès 1933 à la faculté de l'Institute for Advanced Study. Il devient un génial mathématicien - il invente les principes de base de l’ordinateur – et physicien et a contribué à la mécanique quantique, l’analyse fonctionnelle, la théorie des ensembles, l’informatique – architecture de l’ordinateur -, les sciences économiques, etc. Il participe aussi aux programmes militaires américains. Il travaille sur le projet Manhattan – il assiste à des essais sur la bombe A dans l’océan Pacifique -, et au développement de la bombe H. Anticommuniste, il est consultant pour la CIA et la Rand Corporation, et contribue à élaborer la guerre froide et la destruction mutuelle assurée (Mutually Assured Destruction, MAD). Arte diffusera le 4 août 2015 John von Neumann, prophète du XXIe siècle, de Philippe Calderon.

Leó Szilárd (1898-1964) est un physicien nucléaire né à Budapest. Distingué en 1916 par le Eötvös Prize, prix de mathématiques, il sert dans l’armée austro-hongroise lors de la Première Guerre mondiale, mais, atteint de la grippe espagnole, il doit être hospitalisé. Il poursuit ses études d’ingénieur en Hongrie, puis à l’Institut de technologique de Berlin-Charlottenburg où il suit des cours de physiques d’Einstein et Planck. Docteur en physique de l’université Humboldt de Berlin, il enseigne, travaille sur des inventions techniques et dépose un brevet pour un cyclotron. Il se rend à Londres en 1933 et conçoit l’idée de la réaction nucléaire en chaine sur laquelle il dépose un brevet. En 1938, il poursuit ses recherches à l’université Columbia à New York. Il écrit un projet de lettre au président Franklin Roosevelt pour alerter sur les recherches menées par l’Allemagne nazie sur les armes nucléaires et inciter les Etats-Unis à développer un programme visant à leur production. En août 1939, il demande à son ami Albert Einstein de signer cette lettre qui aboutit à la création du Projet Manhattan. Szilárd continue à travailler sur ce projet à l’université de Chicago où, avec Fermi, il participe à la construction du premier “réacteur neutronique”, une “pile atomique” à l’uranium et au graphite. Naturalisé américain en 1943, il est convaincu que la seule menace de l’arme nucléaire contraindrait le IIIe Reich et le Japon impérial à se rendre, et est écarté du projet Manhattan par son supérieur, le général Leslie Groves. Après les bombardements atomiques à Hiroshima et Nagazaki, il fonde en 1946 avec Einstein le Comité d’urgence des scientifiques atomistes. En 1947, Szilárd s’intéresse à la biologie moléculaire, travaille avec Aaron Novick. En 1962, il cofonde le Council for a Livable World qui prône le désarmement nucléaire.


Edward Teller (1908-2003), en hongrois Ede Teller. Marqué par l’effervescence politique en Hongrie après le premier conflit mondial, et afin d’éviter le numerus clausus antisémite à l’université, il étudie la physique à l’université de Karlsruhe et Leipzig. Grâce à l’International Rescue Committee, ce diplômé en ingénierie chimique se réfugie en Angleterre, puis au Danemark, puis il émigre aux Etats-Unis en 1935 où il est professeur de physique à l’université George Washington. Citoyen américain en 1941, il participe au sein du Laboratoire national à Los Alamos à la construction de la bombe A, puis de la bombe H (à hydrogène). Il a témoigné contre Julius Robert Oppenheimer (1904-1967), ancien directeur scientifique du Projet Manhattan à Los Alamos. Ce qui conduit à son ostracisation par une grande partie des scientifiques. Teller a conseillé l’Etat d’Israël sur les questions nucléaires pendant plusieurs décennies et a enseigné à l’université de Tel-Aviv. Partisan de l'arme nucléaire et anticommuniste, il soutient dans les années 1980 le projet du président Ronald Reagan, l’Initiative de défense stratégique (IDS).

Eugene Wigner  (1902-1995), alias Jenö Pal Wigner, étudie à l’université technique de Berlin, et enseigne à Princeton en 1930. Naturalisé américain en 1937, il est l’un des cinq scientifiques à informer en 1939 le président Rooservel sur l’usage militaire possible de l’énergie atomique. Lors de la Seconde Guerre mondiale, il participe à la conception des réacteurs au plutonium. Il reçoit en 1963 le Prix Nobel de physique pour ses travaux sur la théorie de la mécanique quantique. Avec Maria Goeppert-Mayer et Hans Daniel Jensen, il est distingué par le Prix Noble de physique  en 1963 pour leurs travaux sur « la théorie du noyau atomique et des particules élémentaires, particulièrement grâce à la découverte et à l'application de principes fondamentaux de symétrie ».


« Six amis en quête de liberté. Destins croisés de Budapest à Manhattan » par Thomas Ammann
Allemagne, 2013, 1 h 30 mn
Sur Arte le 18 décembre 2013 à 0 h 25

Visuels : © MDR/Prounen Film
Robert Capa
1944, Omaha Beach, le soldat
© Arte

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Cet article a été publié le 15 décembre 2013.

jeudi 23 juillet 2015

« La paix au bout de l’objectif. La photo de Gary Hershorn », par Rémy Burkel


Arte diffusera le 26 juillet 2015, dans le cadre de Pictures for Peace, La paix au bout de l’objectif, documentaire « palestiniennement correct » par Rémy Burkel (2015). Retour sur la photographie de Gary Hershorn, saisissant le 13 septembre 1993, à la Maison Blanche, la poignée de main historique et symbolique entre Yitzhak Rabin, Premier ministre israélien, et Yasser Arafat, président de l’OLP, sous l’autorité souriante de Bill Clinton, alors Président des Etats-Unis, lors d’une cérémonie télévisée habilement mise en scène.

Arte propose Pictures for Peace, La paix au bout de l’objectif, « série documentaire dédiée aux images de guerre ou de paix qui ont marqué notre histoire récente. Saisir l'image choc qui fera le tour du monde, pour dénoncer la guerre ou célébrer l'espoir de paix : de la Seconde Guerre mondiale à nos jours, cette série documentaire décrypte les clichés qui ont marqué l'opinion publique. Willy Brandt à genoux à Varsovie, la poignée de main entre Sadate et Begin, la manifestation du 11 janvier 2015 à Paris… : douze modules courts sur des photos entrées dans les consciences ».

Poignée de main iconique
Le 13 septembre 1993, Gary Hershorn, photographe sportif canadien, est mandaté par Reuters pour couvrir, à la Maison-Blanche (Washington), la signature des accords d’Oslo en présence de Bill Clinton, alors Président des Etats-Unis.

Idéalement bien placé – sur la plate-forme face à la scène -, habile dans le changement rapide d’objectifs et de lentilles, il capte « la poignée de main historique entre Yasser Arafat » et d’un Yitzhak Rabin surmontant sa réticence », respectivement Président du comité exécutif de l'OLP (Organisation de libération de la Palestine) et Premier ministre travailliste israélien, le 13 septembre 1993, à Washington. Une poignée de main acceptée par Rabin pour éviter l’accolade et la bise familières à Arafat, et répétée par Rabin et Clinton dans le rôle d’Arafat, qui au départ voulait arborer un revolver

L'assistance était composée de politiciens, diplomates, d'artistes, tel Theodore Bikel, etc.

Une signature  qui a mis en porte-à-faux les dirigeants d’organisations Juives de diaspora qui désignaient jusqu’en 1993 Arafat sous les vocables de « terroriste », d’« assassin », et qui a privé les gouvernements israéliens successifs d’arguments pertinents lors des votes par des instances onusiennes sur l’admission de la « Palestine »… Un acte qui a embourbé les dirigeants politiques israéliens dans un abîme tragique de faux-semblants.

Un cliché symbolique visant à personnaliser un conflit en deux personnes qui se sont combattues, se réconcilient publiquement, sont séparés et rapprochés par un médiateur faiseur de paix. Une image très prisée des médias et de l'opinion publique, et qui revêt un aspect christique - le Christ accueillant au geste ample, ouvert - par Bill Clinton, debout derrière la table, entouré des membres des délégations d'Israël et de l'OLP.

Précédente poignée de main historique, modèle et matrice de celle de 1993 : celle de Menahem Begin, alors Premier ministre israélien, avec Anouar Sadate, président égyptien, en présence de Jimmy Carter, alors président des Etats-Unis, en mars 1979, sur la pelouse de la Maison Blanche, lors de la signature du traité de paix.

Près de 22 ans après cet événement, Arte véhicule le double mythe infondé selon lequel ces accords visaient à résoudre le « conflit israélo-palestinien » et à instaurer la paix. 

Or, ainsi que l’ont démontré Joël Fishman et Ephraïm Karsh dans leur essai, La Guerre d’Oslo, la Déclaration de principes, résultant des négociations menées à Oslo (Norvège), signée à Washington, le 13 septembre 1993, en présence de Yitzhak Rabin, de Yasser Arafat, et de Bill Clinton, fixe des modalités de négociations pour mettre un terme au conflit et prévoit une autonomie palestinienne temporaire de cinq ans.

Non ratifiés par l'OLP, les accords d’Oslo appliquent la « stratégie par étapes » adoptée en 1974 par l’OLP :
« Les Palestiniens recevront tout territoire qu’Israël leur remettra, puis l’utiliseront comme tremplin pour procéder à d’autres gains territoriaux jusqu’à ce qu’ils obtiennent la « libération totale de la Palestine », la liquidation de l’Etat juif ». 
Ce qu’énonce Yasser Arafat dès le 13 septembre 1993 dans un discours préenregistré et diffusé par la télévision jordanienne, et ce qu’il répète malgré les réactions de colère des dirigeants politiques israéliens.

Curieusement, Arte omet de citer la photo, prise trois mois après celle de Gary Hershon, montrant de dos deux enfants, l'un arborant une kippa, l'autre un keffieh, et mains posées sur l'épaule de l'autre. Pris par la journaliste américaine Ricki Rosen, ce cliché a été mis en scène, et a pour acteurs deux jeunes amis israéliens Juifs, Zvi Shapiro et Zemer Aloni.

Lors de la Deuxième guerre du Liban en 2006, des bloggeurs, dont Charles Johnson de Little Green Footballs, ont relevé que Adnan Hajj, photographe en free lance de Reuters, avait manipulé des photographies de cette guerre : recours à des logiciels de retouches de clichés pour assombrir ou dupliquer des fumées, etc. Reuters a vérifié ces dires, et retiré de sa base de données 920 photographies de Hajj. Gary Hershorn, alors rédacteur en chef des photos pour l’Amérique de Nord, a rappelé les normes de Reuters.


Arte, 2015, 4 min
Sur Arte le 26 juillet 2015 à 20 h 43

Visuel : © AP Photo/Ron Edmonds 


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Les citations proviennent du dossier de presse.

mardi 21 juillet 2015

« Nous, réfugiés palestiniens ... » d’Agnès Merlet, "L'oeil" de Christina Malkoun, les "Lettres" d'Atiq Rahimi et « Moukhaïam - La petite Palestine » de Didier Kassaï


Deux documentaires biaisés, dont Gaza-Parkour : les Palestiniens volants de Carmen Butta, sur les Palestiniens en quelques jours, la mise en avant sur le site Internet du cliché de dessins et graffitis dans le camp de réfugiés palestiniens à Burj El Barajneh (Liban) représentant en particulier la carte de l'Etat d'Israël aux couleurs du drapeau palestinien, la diffusion d'un reportage sur le pétrole exploré par Israël et dont une partie est revendiquée par les Palestiniens... La chaîne franco-allemande Arte se surpasse et gâte ses téléspectateurs.

Et ce, en pleine Intifada diplomatique du président Mahmoud Abbas (Abou Mazen) visant à faire reconnaître la « Palestine », notamment par des Etats européens. 

Evidemment, c’est fortuit. Comme d’habitude…

Un « projet-évènement »
« Cinquante-deux millions. C'est le nombre d’êtres humains qui sont contraints à vivre sur une terre qui n’est pas la leur. Sous la tente, la tôle ou la tuile, ces errants trouvent souvent refuge dans des camps - et il n’y en jamais eu autant qu’actuellement ».

De septembre à décembre 2014, Arte diffuse la série bimédia documentaire  Réfugiés. Un nouveau regard sur les camps dans quatre pays.

Cette série d’Arte Reportage associe, pour chaque numéro, les regards croisés d’un réalisateur de fiction, non documentariste, d’un écrivain, d’un photographe et d’un dessinateur. « Quatre mois, quatre destinations, seize regards de cinéastes, de photographes, d'écrivains et de dessinateurs de bande dessinée ». Plus fort encore, l’Internaute peut sur le web « incarner l'envoyé spécial d'ARTE et réaliser son propre reportage ».

A l’initiative de ce « projet-évènement » : Marco Nassivera, directeur de l'information d’ARTE, et le cinéaste Régis Wargnier, et « la précieuse collaboration du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés  » (UNHCR ).

De septembre à décembre 2014, cette série « raconte les camps de réfugiés ». Vaste programme réduit à quatre camps. L'Arte ne fournit aucune explication sur le choix des quatre pays.

Burj El Barajneh ("Tour des tours, en arabe")
Septembre 2014 : le Népal  avec Let my people go, de Régis Warnier, des planches de Nicolas Wild  et des photos de Martin Middlebrook.

Octobre 2014 : le Kurdistan irakien avec Le temps perdu, film de Pierre Schoeller, Cinq jours au camp de Kawergosk avec l’écrivain Laurent Gaudé, les ateliers dessin des enfants de Kawergosk de Reinhard Kleist et de photographie dirigé par Reza.

Décembre 2014 : le Tchad.

Novembre 2014 :  le Liban est évoqué en ce mois de novembre 2014 avec les incontournables « réfugiés palestiniens » filmés par Agnès Merlet, dessinés dans « Moukhaïam - La petite Palestine  », BD-reportage de Didier Kassaï, dessinateur originaire de Centrafrique et ayant vécu dans un camp à Bangui, Mot pour mot, lettres de Atiq Rahimi, écrivain originaire d’Afghanistan et auteur de Syngué Sabour. Pierre de patience (Prix Goncourt 2008), l’œil de la photographe libanaise et directrice artistique de l’édition arabe de l’hebdomadaire Elle, Christina Malkoun .

Quoi de commun entre tous ces réfugiés d'Asie et d'Afrique ? C'est au téléspectateur de deviner.

Seuls les réfugiés palestiniens bénéficient d'une organisation onusiens spécifique, l'UNRWA. En outre, les réfugiés palestiniens ayant fui l'Iran et s'entassaient dans des camps en Jordanie relevaient de l'UNHCR.

A la différence des réfugiés palestiniens au Liban, aucun des  réfugiés ayant fui le Bhoutan ou la Syrie n'aspire à la destruction de l'Etat qu'ils ont quitté.

Après les réfugiés bhoutanais dans le camps de Beldangi (Népal), les kurdes syriens en Irak, réfugiés au Tchad, voici donc les « réfugiés palestiniens » du camp de Burj El Barajneh situé dans la banlieue au sud de Beyrouth (Liban).

Dans la série bi-média d’Arte Reportage, Arte a diffusé le 15 novembre 2014 et rediffusera « Nous, réfugiés palestiniens... » (Wir Flüchtlinge aus Palästina), documentaire biaisé d’Agnès Merlet présenté par Rue 89. Et l’un des plus consultés du site Internet d’Arte.

Réalisatrice quinquagénaire notamment d’Artemisia (1997), Agnès Merlet  « a sillonné pendant 7 jours les ruelles du camp de réfugiés de Burj El Barajneh, au Liban. Elle y a notamment suivi un jeune Palestinien au destin improbable. Guidée par le hasard des rencontres, elle raconte en pointillés la vacuité du quotidien des réfugiés. Son film interroge la vie de ces exilés qui, dans un proverbe à l’humour désespéré, résument leur sort : « Notre passé est une tragédie, notre présent est un calvaire, heureusement nous n’avons pas d’avenir ».

Né à Sidon (Liban), Maher Younes, jeune dalleur, est encore un « réfugié palestinien ». Car, exception mondiale : le statut de réfugié palestinien est transmissible. Maher Younes surnomme le camp la “tombe des vivants. C’est comme une prison. C’est une tombe à ciel ouvert. On y survit tous ensemble. Il y a des Syriens, des Bangladais. Il y a des gens de partout ici”. Pourquoi ?

Um Zaher représente “le courage de la femme palestinienne” : cachant ses cheveux sous un foulard islamique noir, elle arbore avec ostentation un chèche à l’imprimé similaire à celui du keffieh palestinien et au dessin représentant la mosquée al-Aqsa. Agnès Merlet ne lui demande même pas de traduire les mots en arabe ornant son chèche.

La guerre des camps ? Non expliquée.

Un Arabe âgé souhaite que "la Palestine revienne aux Palestiniens". Donc, l'éradication de l'Etat Juif.

La responsabilité des Etats arabes, notamment du Liban qui a limité les professions que les Arabes palestiniens peuvent exercer, de l'UNRWA, de ces réfugiés, des pays européens, etc. dans cette situation ? Silence.

On ne sait ce qui qualifie le plus ces quatre regards ? L'ignorance ? La naïveté ? Le manque de curiosité ? Une conception minimaliste de leur mission ?

L'oeil de Christina Malkoun
Arte a diffusé le 22 novembre 2014 à 18 h 35 « Œil pour œil », le regard de la photographe libanaise Christina Malkoun. Celle-ci a multiplié les clichés en noir et blanc d’immeubles libanais inachevés, avec des légendes parfois édulcorées.

"Beyrouth, c’est la ville de Christina Malkoun : elle y travaille comme directrice artistique de l’édition arabe du magazine Elle. Situé dans la banlieue sud de la capitale libanaise, le camp de Burj el-Barajneh n’est pas un donc pas une terre inconnue pour la photographe. Tantôt reporter, tantôt artiste multimédia, son travail comporte de multiples facettes. Christina Malkoun a cette fois-ci posé son œil sur les réfugiés palestiniens de Burj el-Barajneh. Ses images racontent les destinées de ses habitants, les stigmates de la guerre, les courtes joies du quotidien… et une ville de cubes posés les uns sur les autres. En attendant une autre vie".

Le site Internet d'Arte reportage présente les photographies de Christina Malkoun en quatre portfolios correspondant au camp - "Vue globale du camp de Burj el-Barajneh : immeubles en béton à moitié construits, citernes d’eau, toits en aluminium pour se protéger de la pluie", à la jeunesse  - un garçon amateur de football porte un Tshirt à l'effigie du Qatar -, à la vieillesse et le handicap.

Christina Malkoun a multiplié les clichés dramatiques en noir et blanc, en couleurs pour exprimer la joie, souvent alourdis de symboles et de métaphores, avec des légendes parfois édulcorées.

Exemples : "Un éleveur fait voler ses pigeons autour du drapeau palestinien". Les pigeons symbolisent la liberté, l'absence d'entraves à laquelle aspire cet éleveur palestinien.

Une même photo prise à deux moments différents : "Deux prises de vue, à deux jours d’intervalles. La première avec le seul drapeau national palestinien... " et "... la seconde avec le drapeau du parti chiite libanais Hezbollah à ses côtés. Il fut un temps où les deux drapeaux se querellaient". Le Hezbollah est un mouvement terroriste islamiste. Pourquoi cette querelle ?

Le camp ? Des immeubles libanais inachevés, un réseau dense de câbles électriques pendants, des citernes d'eau.

Le noir et blanc aux contrastes accentuées dramatise : "Ce réfugié vit ici depuis 1948, l’année de la création du camp. Il tient à son keffieh pour ne pas oublier qui il est. "On retournera vivre sur notre terre un jour, mais quand je ne serai plus là", annonce-t-il" -

Lettres d'Atiq Rahimi

Arte diffusa les 29 novembre  à 18 h 35 et 1er décembre 2014 "Burj El Barajneh, Atiq Rahimi en toutes lettres". Cet écrivain afghan raconte de manière biaisée le camp palestinien de Burj El Barajneh au Liban

"L’exil et le quotidien d’un réfugié, Atiq Rahimi sait ce que c'est. A 20 ans, il a quitté l’Afghanistan, fuyant la guerre civile et l’occupation soviétique. C’est dans la langue de son pays d’accueil, la France, qu’il écrit "Syngué Sabour. Pierre de patience", prix Goncourt 2008. Ce récit d’un huis-clos entre une femme afghane et son mari dans le coma - alors que dehors se joue une guerre - est un roman sur une parole qui se libère. Il est adapté au cinéma en 2013, réalisé par Atiq Rahimi lui-même et magistralement interprété par Golshifteh Farahani. Romancier, réalisateur, observateur, le Franco-Afghan déambule dans les rues de Burj el-Barajneh, où il est difficile de voir le ciel. De ses promenades et de ses rencontres, il en a ramené" cinq lettres biaisées de son séjour bref dans le camp de Burj El Barajneh.

Dans sa deuxième lettre, Atiq Rahimi réécrit l'Histoire, car la quasi-totalité des "réfugiés" ont quitté leurs foyers en suivant les injonctions de leurs dirigeants et par peur : "Construit entre 1947 et 1948 pour héberger provisoirement ceux qui étaient chassés de leurs foyers et de leurs terres, ce camp reste identique, me disent ceux qui l’ont connu à sa création, même si trois générations sont nées après. Trois générations en exil, ici, à la Tour des tours, où le temps est éternellement suspendu ; l’espace, infiniment clos.
Je te laisse, ma chère levantine, méditer sur ce dont rêvent ces trente mille exilés, avant que tu ne me demandes, comme cette poétesse afghane :
"Que choisir 
Une tombe familiale en terre natale 
Ou une geôle étrangère en terre d’asile ?"

La troisième lettre s'achève sur le constat du refus de la réalité : "À quoi aspire Zobaïda Elnatour, qui, depuis l’âge de 28 ans, vit dans l’errance. Elle a aujourd’hui 94 ans !
Elle dit qu’elle est vieille, vieille comme sa terre, dont elle ne rêve plus. Elle la chante, elle la lamente. Elle l’a chantée pour ses enfants, ses petits-enfants, ses arrière-petits-enfants, tous nés ici, dans la Tour des tours ! Elle ne rêve plus, Zobaïda. Elle attend. "J’attends la mort", dit-elle. Elle se demande si on peut l’enterrer dans son village, en Palestine, et avec ses chagrins. Elle ne veut pas les laisser ici, à ses enfants".

Atiq Rahimi évoque la responsabilité des dirigeants libanais dans sa quatrième lettre : "Séquestrés, sans avenir, sans passé… Suspendus dans le temps, gisants dans l’espace".

« Puis, d’une voix intérieure tremblante, se dit désespérément que si les Palestiniens s’abîment dans cette errance, c’est pour qu’ils éprouvent la souffrance des enfants errants d’Abraham ! Son exil à la Tour des tours, ou ailleurs, est donc une fatalité, et non pas un enjeu géopolitique. Ce destin, il faut le définir comme châtiment. Il faut que le monde musulman et arabe se remette en question, ainsi que les Israéliens », a écrit Atiq Rahimi dans sa cinquième et dernière lettre. Un parallèle aberrant entre les Juifs et les Palestiniens. Mais une injonction rare aux mondes arabe et musulman de "se remettre en question".

Et de conclure : "Cette sagesse ne l’empêche de reprendre son oud, et de chanter une ode pour son peuple. Que le vent emporte sa voix au-delà des frontières : 
"Palestinien, Palestinien, Palestinien 
Que veux dire être Palestinien ? 
Ça veut dire que je suis la bannière de notre nation 
Je suis le cœur qui bat de notre arabité
 Je suis l'eau et l'âme de notre cause 
Un fedayin* de toute patrie arabe 
Et tout Arabe dans cet univers vit dans mes veines.
 Je suis terre et lieu Peuple et entité 
Je suis patrie de toutes les patries 
Une patrie au présent, dans l'actuel 
Et aucune autre patrie ne m'intéresse.
 Je suis le soleil des jours 
La lune des rêves La mer des mélodies 
Je suis colombe et paix 
Les oiseaux du Paradis sifflent chantent mes éloges 
Palestinien, Palestinien, Palestinien.
Note de la rédaction : les fedayin sont de petits groupes de commandos palestiniens qui ne reconnaissent pas Israël et s'y opposent par les armes. Nés dans les années 70, ils sont à l'origine de mouvements comme le Hamas ou le Jihad islamique palestinien". Et aussi de l 'OLP, du Fatah,..
Finalement, Atiq Rahimi enracine la "Cause palestinienne" dans l'arabité, la centralise dans ce chaos arabe en la connotant de violence militaire.

« Moukhaïam - La petite Palestine  » de Didier Kassaï
"Alors qu’il venait de survivre aux heures noires de la Centrafrique, Didier Kassaï a embarqué pour le Liban. Impossible pour lui de ne pas comparer le camp de Burj el-Barajneh avec celui qu’il a fréquenté à Bangui - et pourtant, rien n’est pareil. Illustrateur, caricaturiste, cet autodidacte a sorti son premier album personnel L’Odyssée de Mongou en 2008, qui sera suivi cette année de Tempête sur Bangui, publié chez La Boîte à Bulles, et de Pousse-pousse, chez L’Harmattan BD. Pour ARTE Reportage, Didier Kassaï s’est perdu dans les dédales du camp de Burj el-Barajneh, avec l’objectif de raconter le quotidien des réfugiés palestiniens, bouleversé par l’arrivée des réfugiés syriens".


Le racisme anti-noir des Arabes, notamment des Arabes originaires de la Palestine mandataire ? Silence.

« Moukhaïam - La petite Palestine  », BD-reportage de Didier Kassaï, est choquante par son discours anti-israélien.

Une adolescente est présentée comme artiste. Que peint-elle ? Une colombe de la paix près d'une Palestine quadrillant l'Etat d'Israël. Ou plutôt la carte de l'Etat Juif revêtue du quadrillage ornant les keffiehs palestiniens.

Le dessin final de cette BD signifie que la victoire de ces réfugiés aboutit à la "Palestine" englobant l'Etat d'Israël. La colombe blanche symbole de paix regarde vers "INTIFADA".

"Le pétrole de la discorde"
Le 29 novembre 2014 est la Journée internationale de solidarité avec la Palestine célébrée à l'ONU, et marquée par des manifestations, telle celle à Paris.

Participation à cette Journée ? Arte a diffusé le 29 novembre 2014 le reportage partial Le pétrole de la discorde, sur les gisements de pétrole explorés légalement par l'industrie israélienne.

"En Israël, l’industrie pétrolière est l’une des plus secrètes du pays. Les caméras de télévision sont interdites sur les sites d’extraction. Peut-être parce que les cuves de pétrole brut et les tours de forage ne sont qu’à une centaine de mètres des territoires palestiniens ? Selon les géologues palestiniens 85 % des gisements exploités par Israël se trouveraient en dehors de ses frontières. Les Palestiniens voient d’un mauvais œil les forages israéliens. L’or noir, synonyme d’essor économique, se trouve sur leurs terres. Leur gouvernement tente de faire reconnaître l’illégalité des forages israéliens qui jouxtent la frontière : la valeur de ce gisement de pétrole est estimée à 255 milliards de dollars. L’exploitation des ressources palestiniennes constitue aujourd’hui un élément à part entière de l’économie mondiale. Après l’eau, la terre et les minéraux, les Palestiniens redoutent d’être mis devant le fait accompli sans percevoir des revenus dont ils estiment pouvoir bénéficier en toute légitimité".

Un gisement pétrolifère dont la valeur est estimée à 255 milliards de dollars. "On s'est déjà fait voler l'eau, la terre, les minéraux. On ne va pas se faire voler le pétrole", disent les Palestiniens cités par le présentateur William Irigoyen, qui déplore la mauvaise volonté des autorités israéliennes. "Ce qui intéresse les colons, c'est l'argent. Nous pillons les ressources palestiniennes", déclare Dror Etkes, membre de La Paix Maintenant. Les "Juifs voleurs", un cliché antisémite. A ce gisement pétrolifère, Abdallah Abdallah, géologue palestinien, ajoute un demi-milliard de dollars d'un gisement de gaz. Exemple de mensonges : un Palestinien allègue que les Palestiniens payent l'électricité consommée aux Israéliens. Or, la Compagnie israélienne d'électricité a lancé en mai 2014 des poursuites judiciaires contre une entreprise palestinienne à qui elle réclame le remboursement de sa dette d'environ 315 millions d'eurosLe reportage est essentiellement consacré à l'eau, mais au lieu de présenter la gabegie d'eau par l'Autorité palestinienne, il préfère accabler à tort les Israéliens, Ahava, etc. à propos des "territoires occupés".

  « Nous, réfugiés palestiniens... » d’Agnès Merlet
France, 2014, 52 minutes 
Diffusions sur Arte les 15 novembre 2014 à 18 h 35 et 17 novembre 2014 à 6 h 50,  les 18 juillet à 18 h 50 et 22 juillet 2015 à 1 h 10
"Œil pour œil", avec Christina Malkoun, le 22 novembre 2014
"Burj El Barajneh, Atiq Rahimi en toutes lettres", "Mot pour mot" avec Atiq Rahimi, les 29 novembre  à 18 h 35 et 1er décembre 2014 

Visuels : © Arte/Christina Malkoun, © Atiq Rahimi, © Didier Kassaï
Il pointe du doigt un derrick israélien
 © Arte


Les citations proviennent du site Internet d'Arte.
Cet article a été publié les 14 et 21 novembre 2014.