Citations

« Le goût de la vérité n’empêche pas la prise de parti. » (Albert Camus)
« La lucidité est la blessure la plus rapprochée du Soleil. » (René Char).
« Il faut commencer par le commencement, et le commencement de tout est le courage. » (Vladimir Jankélévitch)
« Notre métier n’est pas de faire plaisir, non plus de faire du tort. Il est de porter la plume dans la plaie. » (Albert Londres)
« Le plus difficile n'est pas de dire ce que l'on voit, mais d'accepter de voir ce que l'on voit. » (Charles Péguy)

jeudi 24 mai 2018

« Sonderkommando. Auschwitz-Birkenau » par Emil Weiss


Arte diffusera le 23 mai 2018 à 22 h 40 « Sonderkommando. Auschwitz-Birkenau » par Emil Weiss. Grâce aux manuscrits en yiddish retrouvés dans le complexe concentrationnaire d’Auschwitz-Birkenau, ce documentaire informe sur les équipes de Sonderkommandos, dont les membres sont régulièrement tués, chargées du fonctionnement des fours crématoires et des installations annexes dans les camps nazis d’extermination. « Chargés de faire fonctionner les fours crématoires du camp d’extermination d'Auschwitz-Birkenau, de très rares déportés des "Sonderkommandos" (les "commandos spéciaux"), bravant l’anéantissement programmé, ont pu témoigner », notamment dans le procès de Rudolf Höss, SS commandant de ce complexe concentrationnaire. Emil Weiss fait résonner à nouveau leurs voix défuntes ».

Troisième volet de la série documentaire d’Emil Weiss - « Auschwitz, premiers témoignages », Criminal Doctors. Auschwitz -, « Sonderkommando. Auschwitz-Birkenau » évoque les rares déportés chargés de faire fonctionner les fours crématoires de ce camp d’extermination.

Témoigner
Lorsque l’armée Rouge pénètre dans le complexe concentrationnaire d’Auschwitz-Birkenau (Pologne), le 27 janvier 1945, elle trouve les quatre fours crématoires dynamités par les Nazis, qui ont cherché ainsi à effacer leurs crimes. 

« Dans les jours, les semaines, les mois et parfois plusieurs décennies qui ont suivi l’entrée de l'Armée Rouge », sont retrouvés « enfouis sous les cendres, autour des crématoires, plusieurs manuscrits cachés dans des emballages de fortune ».

Leurs auteurs furent des Sonderkommandos. Ces « équipes spéciales » formées de déportés Juifs sélectionnés par les SS, et contraints d’assurer « la charge du fonctionnement des crématoires ainsi que des installations annexes à l'industrie de mort conçue par les nazis : les salles de déshabillages, les chambres de gazage, les fours et les fosses d'incinérations ». Ces « auxiliaires forcés de l'extermination faisaient entrer les victimes dans la chambre à gaz, ils en évacent les cadavres, en emplissent les fours crématoires, recueillent les cendres qu'ils versent dans la Vistule » ou dans la Sole.

En novembre 1942, le nombre des membres des Sonderkommandos d’Auschwitz-Birkenau est augmenté pour brûler 100 000 corps de prisonniers Juifs, polonais et russes ayant été jetés dans des fosses communes.

« Du printemps 1942 à novembre 1944, période d’activité des installations de Birkenau, environ deux mille hommes participèrent à ces « équipes spéciales » qui étaient régulièrement exterminées ». « Témoins ultimes de l’extermination de leur peuple par la machine de mort des nazis, ils devaient mourir infailliblement au bout de quatre mois ». 


Les manuscrits retrouvés de Zalmen Gradowski, Leib Langfus et Zalmen Lewental sont écrits en yiddish. Zalmen Gradowski, un des organisateurs du soulèvement armé des Sonderkommandos du crématoire 3, en octobre 1944, fut tué avec 451 de ses compagnons ; Leib Langfus et Zalmen Lewental furent exécutés deux mois avant la libération du camp.

En plus des écrits, des Sonderkommando sont parvenus à prendre clandestinement, au péril de leur vie, en août 1944, des photographies du processus d'extermination des Juifs. Quatre photographies nous sont parvenues, floues, et ont été prises de l’intérieur de la chambre à gaz du Krematorium V, et dans le bois de bouleaux entre le Krematorium V et le Krematorium IV. Ces photographies montrent la crémation de cadavres dans une fosse d’incinération, des femmes nues marchant probablement vers la chambre à gaz du Krematorium V, une cheminée du Krematorium IV.

Seuls quelques Sonderkommandos ont survécu « aux massacres et à la faveur de la panique qui saisit les SS lors de l'évacuation du camp ». Des plus de 2 000 membres des Sonderkommando d’Auschwitz, une dizaine est vivante en 1945.

« Quatre Sonderkommandos – Szlama Dragon, Henryk Tauber, Alter Feinsilber ainsi que le médecin Miklos Nyisli – ont témoigné devant des Tribunaux juste après leur libération, auprès de la Commission d’enquête sur les crimes nazis en Pologne (1945). « Leurs témoignages livrés au moment même du déroulement des faits ou dans les semaines qui ont suivi, nous révèlent ce que les nazis voulaient cacher et effacer à tous prix : comment fut mené le processus d’extermination à Auschwitz ». 

Juif italien né en 1923 à Salonique (Grèce) dans une famille ayant fui l’Espagne au XVe siècle pour l’Italie puis la Grèce, Shlomo Venezia  est déporté en 1943 - 90% de la population juive de Salonique périra dans les camps nazis d’extermination. Shlomo Venezia est rapidement choisi pour intégrer les Sonderkommando dont les membres « devenus des automates, obéissant aux ordres en essayant de ne pas penser, pour pouvoir survivre encore quelques heures ». Il survit à la révolte armée de certains Sonderkommandos du 7 octobre 1944 dramatiquement réprimée, aux exécutions lors de la destruction des crématoires, à la « marche de la mort » après l’évacuation d’Auschwitz par crainte des Nazis informés de l’avancée des troupes Alliées. Libéré le 6 mai 1945 par les Américains alors qu’il se trouve dans un camp nazi en Autriche, il livre son témoignage en 2007 et confie que « chaque jour, il aurait préféré mourir et pourtant, chaque jour, il luttait pour survivre » (Simone Veil, préfacière du livre). A Paris, le Prix Mémoire de la Shoah 2007 de la Fondation Jacob Buchman a été remis à Shlomo Venezia (1923-2012), pour son livre SonderKommando : dans l’enfer des chambres à gaz, écrit avec Béatrice Prasquier et l’historien Marcello Pezzetti (Albin-Michel). Shlomo Venezia est l'un des derniers survivants du Sonderkommando d'Auschwitz-Birkenau.

« Comme les dépositions des survivants, ces manuscrits des Sonderkommandos, rédigés dans l’urgence et en cachette, révèlent le mode opératoire de la “solution finale", car l’angoisse de voir les nazis parvenir à effacer leur crime s’ajoutait à l’enfer vécu par leurs auxiliaires forcés. Ce qui rend ces mots soutenables, c’est le combat de leurs auteurs pour préserver leur propre humanité, exprimer leur douleur, décrire l’horreur. En arpentant aujourd’hui le camp d’Auschwitz-Birkenau, en scrutant les décombres des fours, les baraquements, les arbres qui ont poussé, Emil Weiss donne à entendre leurs voix défuntes ».

On peut regretter un horaire si matinal de diffusion de ce documentaire bouleversant. A comparer au prime time offert à la série anti-israélienne Le Serment.


« Sonderkommando Auschwitz-Birkenau  » par Emil Weiss
Sur Arte le 14 janvier à 2 h et le 28 janvier 2015 à 2 h, 23 mai 2018 à 22 h 40

Visuels : © Michkan World Productions
L’entée du camp d’extermination d’Auschwitz-Birkenau
La cour entre les crématoires 4 et 5 du camp d’extermination d’Auschwitz-Birkenau
Les baraques du camp B II à Auschwitz-Birkenau
La clôture en barbelé au camp d’Auschwitz-Birkenau
Les vestiges du crématoire II au camp d’Auschwitz-Birkenau

A lire sur ce blog :
Les citations proviennent d'Arte et de Michkan World Productions. Cet article a été publié le 13 janvier 2015.

vendredi 18 mai 2018

Raoul Hausmann. Un regard en mouvement


Le Jeu de Paume présente la rétrospective « Raoul Hausmann. Un regard en mouvement ». Raoul Hausmann (1886-1971) apparaît un artiste majeur du XXe siècle. « Fer de lance de Dada Berlin, initiateur de la poésie sonore, pionnier du collage et du photomontage, écrivain, directeur de revues, expérimentateur en tous genres et « plus grand agitateur culturel du Berlin des années 1920 » selon Franz Jung, il fut, au tournant des années 1930, un photographe passionné, prolifique, sensible et lyrique ».


Après Le Point du Jour à Cherbourg en 2017, le Jeu de Paume révèle la diversité des recherches artistiques de Raoul Hausmann (1886-1971), artiste singulier dont l’œuvre avait été jugée « dégénérée » par les Nazis.

« À partir de plus de 130 tirages d’époque, tous réalisés par Hausmann lui-même, l’exposition reconstitue une œuvre photographique demeurée longtemps méconnue ». L’œuvre photographique de Raoul Hausmann (1886-1971) « est restée longtemps sous-estimée. De cet artiste-clé du XXe siècle né à Vienne, la postérité a d’abord retenu le rôle majeur au sein de Dada Berlin, les assemblages, les collages, les photomontages, les poèmes optophonétiques, quand les vicissitudes de l’Histoire ont effacé cette autre facette, à tous égards prééminente, de son rayonnement ».

Dès 1927, Raoul Hausmann « devient pourtant un photographe prolifique, notamment lors de ses séjours sur la mer du Nord et la mer Baltique ».

En 1931, Hausmann « estime être devenu photographe. Photographe ému, flâneur magnifique, il ne cherche pas la perfection d’une image trop lisse, parfaitement ordonnée et construite, mais les interstices de liberté et l’éblouissement de ce qu’il nomme « la beauté sans beauté ». Son sens du calme est sa façon de résister, digne, debout, à la violence des temps. Cette pratique nouvelle pour lui, immédiatement absorbante, devient la clé de voûte d’une pensée globale foisonnante qui culmine jusqu’à son départ forcé en 1936 d’Ibiza où il s’était réfugié » après l’accession des nazis au pouvoir et l’incendie du Reichstag, « et où il s’était intéressé à l’architecture de l’île et à ses habitants. Au cours de cette intense décennie, il a beaucoup réfléchi à la photographie et développé une pratique profondément singulière du médium, à la fois documentaire et lyrique, indissociable d’une manière de vivre et de penser ».

La pratique de Raoul Hausmann « évolue alors. Fasciné par la pureté des maisons paysannes en forme de cubes blancs, il réalise l’inventaire photographique de ces « architectures sans architecte », populaires, à la fois anciennes et modernes, qui évoquent le « style international ». La photographie vient alors soutenir une étude anthropologique de l’habitat vernaculaire, engagée contre les racismes des années 1930. Lui-même intégré à la communauté insulaire, évoluant presque hors du temps, comme dans un « état de rêve », Hausmann réalise encore des portraits saisissants des habitants, qui sont une autre forme de son engagement ».

Hausmann « photographe étonne. Lui dont on connaît la veine acerbe et mordante de l’époque dada vise ici la pacification, la réconciliation, une forme de résistance au temps par la sérénité. À partir du milieu des années 1920, l’atmosphère de Berlin lui semblant de plus en plus oppressante, il prolonge sans cesse ses séjours dans de petits villages sur les bords de la mer du Nord et de la Baltique, qui font à la fois office de « refuges » et de « cachettes pour artistes ». Là, il photographie le sable, l’écume, les tourbières, des corps nus, les courbes des dunes, le blé, les brins d’herbe, l’anodin qui s’impose dans un éblouissement. Son attention se porte aussi sur de modestes artefacts solitaires, chaises cannées, corbeilles en osier, tous objets troués qu’il transforme en flux, voire en tourbillon de lumière. Hausmann nomme ces expérimentations « mélanographie ». Elles rendent le saisissement né de l’apparition de l’image comprise, écrit-il, comme « la dynamique d’un processus vivant ».

« L’éclatement de la guerre d’Espagne, et l’abandon presqu’immédiat du petit territoire d’Ibiza aux franquistes, marquent le début d’un exil pénible qui ne lui permettra plus de se consacrer de façon aussi assidue à la photographie. Raoul Hausmann se réfugie finalement en France, dans le Limousin ».

Au cours de cette décennie, il « produit plus d’un millier de tirages dont beaucoup furent publiés ou exposés en leur temps, avant de tomber ensuite dans l’oubli. Ces images et leur diffusion le situent dans un milieu, en Allemagne, à Paris où il est de passage en 1935, ensuite en Tchécoslovaquie (la seule rétrospective complète de son vivant a lieu à Prague, en 1937) ».

Son « oeuvre invite aussi à reconsidérer un réseau et une histoire de la photographie ».

Ses « amis avaient pour nom August Sander, Raoul Ubac, Elfriede Stegemeyer, et Lázló Moholy-Nagy, lequel ne craignait pas de déclarer à Vera Broïdo, l’une des compagnes de Hausmann : « Tout ce que je sais, je l’ai appris de Raoul. »

« À la croisée de la Nouvelle Vision et de la Nouvelle Objectivité, le travail de Raoul Hausmann se construit dans une poétique de l’écart face aux normes. À la fois expérimental et « classique », il n’aime rien tant que résoudre et dépasser les oppositions. Ses nus sublimes, sculpturaux, minéraux, s’opposent à la monstruosité du corps nazi. Ses images de plantes, d’écume, de flux de la lumière et de la matière sont autant d’images du désordre, dénuées de toute vision autoritaire. À tous égards, cette photographie, née d’un équipement minimal, sert un projet d’existence maximale ».

Hausmann « réfléchit aux usages sociaux et politiques des images, notamment à Ibiza, dans son travail sur l’architecture vernaculaire, inventaire du bâti dont l’objectif est d’invalider l’idée d’« origine » et de « race ». Ce projet autour de la notion d’habitat, au sens philosophique du terme, répond finalement, comme l’ensemble de son œuvre, à ce mot d’ordre qu’il ne perdra jamais de vue : « Edifie toi-même les limites de ton univers ».

En 1966, le Moderna Museet de Stockholm en Suède lui consacre sa première rétrospective.

Hausmann décède en 1971.

« L’oubli qui a nimbé l’œuvre de Hausmann redouble sa traversée du siècle clandestine. Lui qui fut taxé d’artiste « dégénéré » par les nazis et quitta précipitamment l’Allemagne en 1933 dut abandonner bien des clichés sur la route de ses exils pressés. Son travail photographique est, dès lors, demeuré secret, largement invisible, présumé perdu, avant que ne soit presque miraculeusement découvert, entre la fin des années 1970 et le milieu des années 1980, un fonds jusque-là inconnu dans l’appartement de sa fille à Berlin (aujourd’hui à la Berlinische Galerie) ». Les « fonds français, principalement conservés au Musée départemental d’art contemporain de Rochechouart et au Musée d’art moderne et contemporain de Saint-Étienne, ainsi qu’au Musée national d’art moderne, se sont constitués dans le même temps, et enrichis jusqu’aux années 2010. Depuis lors, son aura de photographe n’a cessé de croître ».

De « cet artiste-clé du XXe siècle, la postérité a d’abord retenu le rôle majeur au sein de Dada Berlin, les assemblages, les photomontages, les poèmes optophonétiques, quand les vicissitudes de l’Histoire ont effacé cette autre facette, à tous égards prééminente, de son rayonnement ».

Des rétrospectives comme celle au Jeu de Paume permettent de réévaluer l’œuvre prolifique d’un artiste difficilement classable.


BIOGRAPHIE

« 1886 Raoul Hausmann naît à Vienne le 12 juillet.

1900 Étudie la peinture et la sculpture.

1912 Se lie aux milieux expressionnistes, en particulier au peintre Heckel faisant partie du groupe Die Brücke ; il s’éloignera de l’expressionnisme pendant la guerre, quand Walden publiera dans sa revue Der Sturm un « Chant des chants du prussianisme ».

1915 Rencontre Hannah Höch, Hans Richter, Arthur Segal, Franz Jung, Emmy Hennings, futurs membres de Dada.
Hannah Höch devient sa compagne jusqu’en 1922.

1918 Fondation du Club Dada à Berlin : Raoul Hausmann, Johannes Baader, Franz Jung, George Grosz, Richard Huelsenbeck, Hannah Höch et les frères Herzfelde.
Hausmann est le Dadasophe. Il réalise ses premiers collages, assemblages, photomontages, et poèmes phonétiques. Le principe du photomontage (qu’il nomme klebebild, « tableau collé ») s’inspire d’une tradition populaire.

1919 Révolution spartakiste, assassinats de Rosa Luxembourg et de Karl Liebknecht à Berlin (janvier). Grande soirée Dada : poèmes phonétiques de Hausmann, qu’il nomme « automobiles d’âme ». Création de la revue Der Dada avec Baader, intense activité littéraire et éditoriale.

1920 Grande tournée Dada avec Baader et Huelsenbeck en Allemagne et en Tchécoslovaquie.

1921 Soirée « Anti-Dada et Merz » avec Schwitters à Prague. Au moment où le mouvement se disloque à Berlin, Hausmann estime que Dada se poursuit en lui : « Dada était un mot, mais l’état intellectuel et individuel compris sous ce mot pendant deux ans continuait en moi. »

1927 Premières vacances à Kampen sur l’île de Sylt ; puis à Jershoft. Vera Broïdo rejoint Raoul Hausmann et Hedwig Manckiewitz, qu’il a épousée en 1923. Hausmann débute une pratique photographique à laquelle il se consacre intensément à partir de 1930-1931. Entame parallèlement la rédaction de son livre Hylé, continuée jusque dans les années 1950.

1929 Commence à collaborer à la revue a bis z, l’organe des Artistes progressistes de Cologne ; rencontre August Sander, qui le photographie notamment en « danseur ».
Hausmann danse beaucoup dans les années 1920, de façon abstraite, solitaire, minimale, en construisant un espace géométrique impalpable, perceptible seulement dans l’instant.

1931 Prononce la conférence inaugurale de l’exposition « Fotomontage », organisée par l’artiste constructiviste César Domela à la Kunstbibliothek de Berlin.

1932 Publication de ses photographies dans des revues en Allemagne tout au long des années 1930.
Parution d’Autoportrait avec son texte « Comment voit le photographe ? » dans Das Deutsche Lichtbild 1933.

1933 27 février : incendie du Reichstag. 10 mars : Hausmann, déclaré « artiste dégénéré » par les nazis, quitte précipitemment Berlin en compagnie d’Hedwig Manckiewitz et de Vera Broïdo, qui sont juives. Le 27 mars, ils arrivent à Ibiza. 10 mai : autodafé à Berlin ; son livre Hourrah ! Hourrah ! Hourrah ! (1920) est brûlé.

1934 Vera Broïdo met fin à leur relation. Hausmann se rend à Paris, où il travaille avec Raoul Ubac. Premier article sur les maisons d’Ibiza dans la revue suisse Œuvres. Accompagné de photographies, cet article est suivi par d’autres, en 1935-1936, dans L’Architecture d’aujourd’hui, D’Ací i d’Allà, A.C.

1935 Publication de quatre photographies dans l’ouvrage collectif Formes nues. Hausmann fait breveter en Angleterre l’optophone, une machine, jamais réalisée, transformant les sons en lumières colorées, et réciproquement : « dispositif de combinaison de chiffres sur une base photoélectrique ».

1936 18 juillet : début de la guerre d’Espagne à Barcelone.
Hausmann s’engage aux côtés des Républicains à Ibiza, premier territoire abandonné aux franquistes. Octobre : arrivée à Zurich. Exposition de ses photographies d’Ibiza au Kunstgewerbemuseum.

1937 Février : Expulsé de Suisse. Mars : Figure dans « Entartete Kunst », exposition diffamatoire organisée par les nazis, à Munich, contre « l’art dégénéré. Le Musée des arts décoratifs de Prague présente une rétrospective de ses photographies. C’est la seule de son vivant. À Prague, il retrouve de nombreux opposants à Hitler, notamment son ami Franz Jung. Projette d’écrire une « nouvelle histoire de l’art ».

1938 De retour à Paris, il retrouve son ami Jean Arp et Sophie Taeuber-Arp ; il expose au premier Salon des Réalités nouvelles en 1939.

1939 Après la déclaration de guerre, Hausmann se rend à Peyrat-le-Château, en Haute-Vienne. Jusqu’en 1950, il publie des textes sur la photographie, pour la plupart d’ordre technique, dans la revue suisse Camera.

1940 Marthe Prévôt s’installe avec le couple Hausmann à Peyrat. Hausmann cherche à émigrer aux États-Unis, sans succès, malgré l’aide de Moholy-Nagy qui l’invite à enseigner à l’Institute of Design de Chicago (New Bauhaus).

1945 Isolé à Limoges, vivant dans le dénuement, il entretient, les années suivantes, une immense correspondance. Revues et informations lui parviennent du monde entier.

1946 Projette de créer une revue avec Schwitters, P.I.N. : « Nous avons besoin de tendances nouvelles en poésure et peintrie. » Hannah Höch organise, dans Berlin en ruines, l’exposition « Fotomontage » comprenant des oeuvres de Hausmann.

1953 Exposition à Sarrebrück organisée par Otto Steinert, animateur du mouvement Subjektive Fotografie.

1954 Participe à « Subjektive Fotografie II ». Exposition « Dada 1916-1923 » à la galerie Sidney Janis à New York et à toutes les rétrospectives Dada présentées en Europe à partir de 1957.

1958 Publication de Courrier Dada. À la fois récit et recueil de textes, l’ouvrage rend compte, entre autres, de l’histoire du photomontage.

1967 Rétrospective, sans photographies, au Moderna Museet de Stockholm dirigé par Pontus Hulten. Hausmann se lie d’amitié avec de jeunes artistes, Henri Chopin, Claude Viallat. En 1964-1966, il correspond, parmi eux, avec Guy Debord, George Maciunas, puis Dick Higgins.

1968 Parution de Mélanographie, avec six photographies originales.

1971 Raoul Hausmann meurt à Limoges le 1er juillet  ».

CITATIONS

« G [Werner Gräff] : La photographie, fort pratiquée ces derniers temps, de détails et de structures, par exemple la photographie d’un cristal, de sable, de pierres, de plantes, de toutes sortes de matériaux, est certes intéressante et encourage les capacités optiques, mais cette voie risque bientôt de fournir aussi peu de possibilités que toutes les autres voies explorées avec la seule intention de l’originalité.
H [Raoul Hausmann] : Mais il est une chose qui sera toujours nouvelle : la valeur d’un bout de terre, son harmonie avec le vent, les nuages, l’eau, les plantes et le soleil. Ce qui est décisif, c’est la capacité de voir l’essence réelle d’un visage, d’un paysage, d’une fleur, d’un animal…
et faire l’expérience de cette essence, cela nous semble être, de tout temps et dans toutes les circonstances, indépendant des artifices ! Ce ne sont pas des lois qui doivent fixer le choix de l’ouverture du diaphragme, des négatifs, de la vitesse de l’obturateur et le rendu fidèle des couleurs, mais un sentiment plus ou moins fort de la personnalité qui se tient derrière l’appareil photographique. »
Raoul Hausmann et Werner Gräff, « Comment voit le photographe ? », (« Wie sieht der Fotograf ? »), Das Deutsche Lichtbild 1933.
Traduction de l’allemand par François Mathieu dans Olivier Lugon (éd.), La Photographie en Allemagne.
Anthologie de textes (1919-1939), Nîmes, Jacqueline Chambon, 1997.

« Le monde a besoin de tendances nouvelles en poésure et peintrie
Les vieilles camelotes ne peuvent plus mentir […]
Nous voulons farfader le sprit, parce que nous voyons avec nos oreilles et entendons avec nos yeux […]
Le langage n’est qu’un moyen de comprendre et de ne pas comprendre
Vous préférez le langage pour comprendre des platitudes que déjà chacun connaît par coeur. Nous préférons le langage qui vous procure un sentiment nouveau pour des temps nouveaux. »
Raoul Hausmann et Kurt Schwitters, Préface pour le projet de revue PIN (Poetry Is Now, Present Inter Noumenal), 1946.

« Nous VOYONS le ciel et la terre, mais nous les voyons terminés et identiques, plus ou moins grands ou petits, plus hauts ou plus bas. Le fait que nous distinguons le haut et le bas dérive de notre sentiment inné de la gravité qui se présente dans la vie des choses, des relativités, comme force mentale, comme valeur. Comme les choses sont petites ou grandes, elles sont également disposées l’une au-dessus ou au-dessous de l’autre ! L’oeil humain évalue moralement, tandis que pour la réalité spirituelle, il n’existe ni haut ni bas, ni grand ni petit… »
« Dans un monde où nous n’aurions plus besoin d’être des dominateurs par peur, nous n’oserions plus imposer notre petit ego corporel comme juge optique des réalités spirituelles d’un monde qui n’est pas composé de limites corporelles. Nous ne pouvons pas être des photographes oppresseurs, mais des émotionnés ! »
« La vision, quand elle est créatrice, est la configuration des tensions et distensions des relations essentielles d’un corps, que ce soit homme, bête, plante, pierre, machine, partie ou entité, grand ou petit. »
Raoul Hausmann, « Nous ne sommes pas des photographes », 1921, publié dans Courrier Dada.
Nouvelle éd. de Marc Dachy, Paris, Allia, 2004 (1958).


Du 6 février au 20 mai 2018
1, place de la Concorde. 75008 Paris
Tél. : +33 1 47 03 12 50
Mardi de 11 h à 21 h. Du mercredi au dimanche de 11 h à 19 h. Fermeture le lundi.

Visuels :
Affiche
Sans titre
1931
Raoul Hausmann
© Musée départemental d’art contemporain de Rochechouart

Dune mobile
Septembre 1931
Raoul Hausmann
© ADAGP, Paris, 2018. © Berlinische Galerie – Landesmuseum für Moderne Kunst, Fotografie und Architektur/VG Bild-Kunst, Bonn

Maison paysanne (Can Rafal)
1934
Raoul Hausmann
© Musée départemental d’art contemporain de Rochechouart

Sans titre (chardon)
1932
Raoul Hausmann
© ADAGP, Paris, 2018. © Berlinische Galerie – Landesmuseum für Moderne Kunst, Fotografie und Architektur/VG Bild-Kunst, Bonn

Trois chaises
1934
Raoul Hausmann
© Musée départemental d’art contemporain de Rochechouart

Enfants de la Frise
Entre 1927 et 1933
Raoul Hausmann
© ADAGP, Paris, 2018. © Berlinische Galerie – Landesmuseum für Moderne Kunst, Fotografie und Architektur/VG Bild-Kunst, Bonn

Sans titre (Fleur de chrysanthème)
Entre 1927 et 1933
Raoul Hausmann
© ADAGP, Paris, 2018. © Berlinische Galerie – Landesmuseum für Moderne Kunst, Fotografie und Architektur/VG Bild-Kunst, Bonn

Petite Fleur en Herbe
1932
Raoul Hausmann
Photomontage.
© ADAGP, Paris, 2018. © Berlinische Galerie – Landesmuseum für Moderne Kunst, Fotografie und Architektur/VG Bild-Kunst, Bonn

Sans titre (Herbe des dunes)
vers 1931
Raoul Hausmann
© ADAGP, Paris, 2018. © Berlinische Galerie – Landesmuseum für Moderne Kunst, Fotografie und Architektur/VG Bild-Kunst, Bonn

Material der Malerei
1918
Raoul Hausmann
© Musée départemental d’art contemporain de Rochechouart

Regard dans le miroir
1930
Raoul Hausmann
© Musée départemental d’art contemporain de Rochechouart

Monsieur Mariano Ribas
1933
Raoul Hausmann
@ Musée départemental d’art contemporain de Rochechouart

Raoul Hausmann tenant sa sculpture-assemblage L’Esprit de notre temps
1967
Marthe Prévôt
© Documentation du Musée départemental d’art contemporain de Rochechouart

Le Triangle (Vera Broïdo)
Vers 1931
Raoul Hausmann
Coll. Marc Smirnow. © ADAGP, Paris, 2017

Sans titre
1931
Raoul Hausmann
© Musée départemental d’art contemporain de Rochechouart

Sans titre (Paysage de dunes)
entre 1927 et 1933
Raoul Hausmann
© ADAGP, Paris, 2018. © Berlinische Galerie – Landesmuseum für Moderne Kunst, Fotografie und Architektur/VG Bild-Kunst, Bonn

Sans titre (Vera Broïdo)
Vers 1931
Raoul Hausmann
© ADAGP, Paris, 2018. © Berlinische Galerie – Landesmuseum für Moderne Kunst, Fotografie und Architektur/VG Bild-Kunst, Bonn

Sans titre (Pied dans le sable)
vers 1931
Raoul Hausmann
© ADAGP, Paris, 2018. © Berlinische Galerie – Landesmuseum für Moderne Kunst, Fotografie und Architektur/VG Bild-Kunst, Bonn

Articles sur ce blog concernant :
Articles in English 
Les citations proviennent du dossier de presse.

jeudi 17 mai 2018

Plantu, 50 ans de dessin de presse


La BNF présente l'exposition "Plantu, 50 ans de dessin de presse". Un dessinateur talentueux, engagé, notamment via l'association Cartooning for Peace qu’il a fondée en 2006, biaisé concernant notamment le judaïsme, les Juifs et l'Etat d'Israël, et précautionneux à l'égard de l'islam. Le documentaire Caricaturistes, fantassins de la démocratie interviewe douze dessinateurs sur leur conception de leur métier et leurs luttes. Un discours partial sur l’Etat Juif visé par un appel au boycott de dessinateurs de presse. 

De la caricature à l’affiche 1850-1918
Le XXe siècle en quatre-vingts dessins de presse
TIM
« Caricaturistes, fantassins de la démocratie », de Stéphanie Valloatto
Qu’est-ce qui fait rire les Européens ?
Traits d’esprit, des images pour ne pas se prosterner

« On dit souvent qu’un dessin vaut mille mots. Mais c’est faux. Dans un article, vous pouvez préciser, ajouter des détails… », disait le dessinateur Cabu sur France-Info.

Et citant Cavanna, il expliquait : « Un dessin, c’est comme un fusil à un coup ».

« Cartoon’s diplomacy »
Un dessinateur « pense en images », affirme Plantu, célèbre dessinateur au Monde depuis 40 ans et à L’Express depuis 1991.

En mai 1991, à Tunis, Plantu a rencontré Yasser Arafat  qui a dessiné pour la première fois le drapeau israélien en vis-à-vis de celui palestinien, et a signé ce dessin de ces deux oriflammes séparés par une ligne en pointillés. En 1992, à Jérusalem (Israël), Shimon Peres a apposé sa signature au-dessous du drapeau frappé de l’étoile de David et signé ce dessin.
  
Ce double événement a du faire croire à Plantu qu’il avait favorisé à la paix au Proche-Orient. Or, Arafat ne cessa pas, surtout pas pendant la « guerre d’Oslo », à promouvoir le terrorisme contre l’Etat Juif.

« En réunissant autour d’un même croquis Arafat et Pérès, Plantu a donc posé les bases d’une nouvelle mission du dessinateur ; celle que l’agence Reuters résumera d’une formule en la qualifiant de « Cartoon’s diplomacy ». Cette diplomatie du coup de crayon, où le dessinateur n’est plus seulement un spectateur mais aussi un acteur du monde, Plantu la revendique : «Quand Yasser Arafat a souhaité me rencontrer à Tunis, explique t-il, je ne savais pas qu’il utiliserait le dessin pour reconnaître l’Etat israélien. Cela a été une surprise pour le dessinateur que je suis. J’ai compris que le dessin pouvait servir d’intermédiaire pour essayer de faire avancer les choses », a écrit Marie-Michèle Martinet dans Actualité en France (n° 35-septembre 2009), publication de la direction de la Communication et du porte-parolat sous-direction de la Communication et de la Documentation du ministère français des Affaires étrangères et européennes.

Lors du vernissage presse de la quasi-rétrospective de l’œuvre de Plantu au musée Carnavalet  a consacré une rétrospective  en 2003, j’avais interrogé le placide Plantu sur son absence de dessin sur l’enseignement de la haine dans les manuels scolaires palestiniens ou la corruption des dirigeants palestiniens, il avait éludé en évoquant pêle-mêle que ce n’était pas dans l’actualité, pas très facile à illustrer...

En 2005, le Centre culturel français à Doha (Qatar) a présenté une exposition de Plantu et du caricaturiste pakistanais Shujaat Ali d'Al Jazeera. En décembre 2010, à l'ambassade du Qatar, il prononce un discours sans évoquer les violations des droits de l'homme dans ce pays, etc. !

Lors d'une conférence sur la liberté des médias organisée par l'Organisation sur la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) à Vienne en février 2008, Plantu "s'est inquiété d'une recrudescence des tensions entre l'Occident et le monde musulman" après la publication, au nom de la liberté d'expression, de dessins sur Mahomet par dix-sept médias danois. Plantu a déclaré ; "Si on continue comme cela on va à la guerre... Nos dessins peuvent humilier les gens. On peut tuer avec. Je revendique le droit à la nuance. Il faut continuer à faire des dessins énervants, mais bien faire comprendre aux croyants que l'on s'en prend à l'intolérance et pas à leur croyance. Je ne comprends pas pourquoi ils (les dessinateurs danois) s'en prennent tant à Mahomet, l'urgence ce sont toutes les intolérances". "Pour résumer sa pensée devant les participants de la réunion de l'OSCE, Plantu a notamment projeté sur écrans géants un dessin de son collègue israélien Kichka montrant un caricaturiste pensant à haute voix "La liberté d'expression, c'est faire couler l'encre, pas le sang". Cependant, le 22 mars 2010, Le Monde Magazine avait publié le dessin de Plantu intitulé « Pédophilie : le pape prend position » et montrant le souverain pontife sodomisant un enfant qui déclare " : "Quitte à se faire enculer, autant voter dimanche !" Ce qui lui avait valu une poursuite judiciaire, par une organisation catholique, et conclue par une relaxe.

Admirateur de son collègue Naji al Ali, Plantu avait aussi participé au lancement au Centre Wallonie-Bruxelles à Paris (25-28 mars 2008) de Masarat/Palestine, « saison artistique et culturelle » dont l’exposition d’affiches prônait le boycott d’Israël. Cela n’avait pas empêché l’ambassade d’Israël en France de l’inviter à sa réception annuelle…

La journaliste Elisabeth Lévy est l’une des rares à avoir égratigner Plantu, pseudonyme de Jean Plantureux : « Il est de bon ton de dire que Plantu est le meilleur éditorialiste de France, compliment qu’il accepte généralement avec ce qu’il faut d’embarras, en rosissant légèrement. A mon avis, il est surtout le plus imperméable au réel. Le dessinateur qui officie chaque jour en « une » du Monde a sa grille de lecture, la même depuis 20 ans, et quand la majorité de la profession y a enfin renoncé, lui n’en démord pas. Qu’elle ait surtout permis de ne rien comprendre à ce qui se passait dans la société française et d’évacuer par le mépris les inquiétudes du peuple, ce n’est pas le problème de Plantu » (21 janvier 2011).

Parmi les dessins ayant suscité l’ire du BNVCA (Bureau national de vigilance contre l'antisémitisme), l’un « transforme les papillotes du rabbin en barbelés, séparant les Palestiniens des Israéliens ».

En avril 2013, le professeur Shmuel Trigano s’est livré à une analyse remarquable du dessin Ségrégation à Jérusalem de Plantu : « L’apparente condamnation du Hamas recouvre en fait une condamnation bien plus puissante d’Israël, suggérant l’idée qu’il constitue non seulement un pouvoir raciste et discriminatoire, n’excluant pas seulement les garçons et les filles en particulier mais tout un peuple, figure du genre humain ».

Sur l’affaire al-Dura, Plantu a créé un dessin « Pour Charles Enderlin » où un homme, devant une tombe illustrée d’une photo de Mohamed abrité contre son père, et surplombée par le drapeau palestinien, déclare « Tu sais fiston. Tu as encore été vu au marché, ce matin ».

En décembre 2013, Plantu  a défendu le droit à Dieudonné à jouer son spectacle controversé.

Cartooning for Peace
En 2006, Plantu a fondé Cartooning for Peace, « réseau international de dessinateurs de presse destiné à promouvoir une meilleure compréhension et un respect mutuel entre des populations de différentes cultures ou croyances, en utilisant le dessin de presse comme moyen d’expression d’un langage universel ».

« L’acte de naissance de l’initiative Dessins pour la paix / Cartooning for Peace est sans doute le séminaire « Désapprendre l’intolérance » que j’ai inauguré au siège de l’ONU, à New York, en octobre 2006 », a écrit Kofi Annan, alors Secrétaire général des Nations unies. Et d’ajouter : « J’avais alors souligné que, eu égard à l’impact de leurs oeuvres sur le public, les dessinateurs ont une responsabilité à assumer et qu’ils devaient donc absolument être associés au débat sur les moyens de promouvoir la tolérance en tant que vecteur de paix. L’humour qui les anime leur permet de prendre une certaine distance avec l’actualité, sans jamais se départir de l’objectif final qui, pour les artistes intégrés au réseau Dessins pour la paix / Cartooning for Peace, reste la promotion des principes de tolérance et de fraternité en tant que fondements de la paix. Pour être en mesure de promouvoir ces principes, ces artistes doivent jouir d’un droit essentiel inscrit à l’article 19 de la Déclaration universelle des droits de l’homme : la liberté d’expression. À l’heure où d’aucuns avancent l’idée d’un relativisme culturel à l’aune duquel devrait être pondérée la liberté d’expression, il est crucial de faire le pari que, partout dans le monde, la démocratie et l’émancipation seront toujours préférées à la dictature et à l’obscurantisme, et de rappeler qu’il n’est d’acte plus moderne que celui qui consiste à accorder la parole à ses contradicteurs, prélude indispensable à de véritables débats philosophiques… et démocratiques. En somme, il s’agit de poursuivre le combat séculaire de celui qui affirmait : « Je ne partage pas vos idées, mais je me battrai jusqu’au bout pour que vous puissiez les exprimer. »

Après des expositions – Quelle connerie la guerre ! au Forum des Halles  - et débats à New York, Genève, Bruxelles, Atlanta et Rome, a été annoncée la création de la Fondation Dessins pour la paix / Cartooning for Peace visant à « favoriser les échanges sur la liberté d’expression ainsi que la reconnaissance du travail journalistique des dessinateurs de presse. La Fondation offrira également protection et assistance juridique aux dessinateurs de presse travaillant dans des contextes difficiles et leur apportera soutien et conseils dans l’exercice de leur métier »

Hasard ? Le conflit né du refus du monde musulman, notamment arabe, de l’Etat Juif, occupe une place importante dans l’action de Cartooning for Peace qui diffuse le narratif palestinien infondé.

Permis de croquer
« Les dessins de presse nous font rire. Sans eux, nos vies seraient bien tristes. Mais c’est aussi une chose sérieuse : ils ont le pouvoir d’informer mais aussi d’offenser », a écrit Kofi Annan, Prix Nobel pour la Paix, au colloque « Désapprendre l’intolérance », à New York, le 16 octobre 2006.

En 2008-2009, dans le cadre du 60e anniversaire de la Déclaration universelle des Droits de l’Homme, organisée par la bibliothèque Forney, l’exposition  Permis de croquer. Un tour du monde du dessin de presse a été accueillie à la Bibliothèque Historique de la Ville de Paris.

Vingt-huit dessinateurs utilisaient « le dessin de presse humoristique et la caricature pour œuvrer à la paix, en fustigeant toutes les intolérances et en construisant un pont entre les peuples avec la seule arme du crayon... Riche de nombreux originaux, d’esquisses, d’inédits et de films sur la création des dessins de presse, cette exposition » a proposé « des séances de signatures, des débats et des rencontres avec les caricaturistes exposés ». Le dessin de presse et la caricature comme « moyens d’expression libre et de communication immédiate, sans barrière linguistique, sont un formidable outil au service de la tolérance et de la compréhension mutuelle entre les hommes ». Cet événement a été annoncé lors du Salon Européen de l’Education, sur le stand de la MGEN, partenaire de la manifestation, qui « a accueilli des caricaturistes de toutes nationalités proposant ainsi séances de signatures, rencontres et ateliers de dessins ».

L’album Permis de croquer réunit une sélection de 140 dessins sur les plus de 500 exposés aux thématiques récurrentes : les conflits internationaux (qui constituent de loin la préoccupation principale des artistes), les questions de tolérance liées aux pratiques culturelles ou religieuses, les caricatures des puissants, le sort de la planète, enfin la liberté d’expression ».

« On trouve toujours un prétexte pour montrer du doigt le dessinateur. Les Danois ont servi de prétextes en étant manipulés par certains imams du Proche-Orient ou d’ailleurs, qui recherchent un schisme entre l’Occident et le monde musulman. Bien entendu, aucun des dessinateurs danois n’imaginait l’importance que l’on allait donner à cette affaire. En réalité, les imams ne veulent surtout pas que l’on critique leur intolérance. Hassan Nasrallah, le chef du Hezbollah, prétend être une figure religieuse charismatique descendant du Prophète, et demande régulièrement au dessinateur libanais Stavro de ne pas le dessiner, mais Stavro continue à le faire. Au contraire du Prophète, il faut continuer à toucher les imams. Le prétexte « Prophète » leur sert à éviter toute critique de leur dérive religieuse. Ils sont très malins ; à nous d’être encore plus malins, plus subtils. Aux dessinateurs du monde arabe, je dis ceci : s’ils ne veulent pas voir Mahomet figurer sur un dessin, ils ne doivent pas dessiner un Israélien avec un nez crochu, la croix gammée, etc. Les juifs vivent cela comme un blasphème parce qu’ils connaissent les suites de ce type de caricatures dans la Shoah. Aussi je propose une trêve des blasphèmes. Un dessin de Loup montre Jésus-Christ marchant sur les eaux avec les apôtres qui nagent à côté et qui lui disent en substance : « Mais t’es con, elle est bonne ! » Les chrétiens peuvent se sentir offensés dans leur croyance, même si, pour ma part, j’adore ce genre d’humour. Il faut à tout prix éviter que les religions lancent des fatwas pour un oui ou pour un non. Si je peux continuer à critiquer Al-Qaida, les syndicats, Sarkozy, George Bush, les imams et les rabbins irresponsables, l’armée israélienne qui occupe la Palestine, alors je peux travailler. Nous pourrions vivre cette trêve des blasphèmes comme une grosse censure. Nous nous en arrangeons et nous pouvons poursuivre ainsi notre travail. La censure, j’y pense tous les jours. Mais parce que la peur est plus forte que la justice, parce que la médiatisation de cette peur est la plus forte. Alors qu’il était encore secrétaire général de l’ONU, Kofi Annan m’a proposé d’organiser une rencontre de dessinateurs de presse – de faiseurs d’images – qui ont aussi une rigueur et une responsabilité journalistique qui les engagent. À la suite de l’affaire de Mahomet, nous avons organisé une première rencontre à New York, en octobre 2006 », a écrit Frédéric Casiot, commissaire avec Plantu de l’exposition Permis de croquer.

Au prêchi-prêcha se mêle une incompréhension des problèmes ainsi qu’une ignorance historique, comme en témoignent ce parallèle entre les dessins sur Mahomet et ceux antisémites, l’allégation sur la perception comme blasphème de dessins antisémites, la diatribe sur « l’occupation israélienne de la Palestine », etc.

Le XXe siècle en quatre-vingts dessins de presse
En 2013, le Sénat  a présenté, sur les grilles du Jardin du Luxembourg, l’exposition Le XXe siècle en quatre-vingts dessins de presse réalisée à partir du livre Le XXe siècle en 2000 dessins de presse de deux journalistes - Jacques Lamalle et Patrice Lestrohan (éditions Les Arènes), avec notamment des dessins de Plantu. 

Une exposition trilingue, quasiment franco-française, biaisée, "islamiquement, politiquement et écologiquement correcte" et réécrivant l’Histoire du XXe siècle en gommant les Juifs, la Shoah, la renaissance de l’Etat d’Israël. 

Les Juifs y apparaissaient essentiellement comme conquérants. 

Fantassins de la démocratie
« La caricature est une métaphore visuelle. Ce n’est pas juste de l’information. C’est un avertissement », résume le dessinateur Jeff Danziger.

Le 19 mai 2014, le documentaire Caricaturistes, fantassins de la démocratie  de Stéphanie Valloatto a été présenté hors compétition au festival de Cannes. « Ces belles personnes sont pour moi des héros du monde moderne », considère Radu Mihaileanu, coproducteur de ce film composé d’interviews de dessinateurs, réalisateur et scénariste, français d’origine roumaine, notamment de Va, vis et deviens, Le Concert et La Source des femmes.

Le 23 mai, place de la République (Paris) en présence d’Anne Hildago, maire de Paris, le film était présenté en avant-première publique et gratuite, avant sa sortie en salles le 28 mai 2014. Le DVD est sortie en décembre 2014.

Angel Boligan (Mexique), Baki Bouckhalfa (Algérie), Baha Boukhari (« Palestine »), Jeff Danziger (Etats-Unis), Damien Glez (Burkina Faso), Nadia Khiari célèbre pour son chat dénommé Willis from Tunis (Tunisie), Michel Kichka (Belgique/Israël), Menouar Merabtèn alias Slim (Algérie), Pi San (Chine), Rayma Supran (Vénézuela), Kurt Westergaard (Danemark), Mikhail Zlatkovsky (Russie) et Lassane Zohore (Côte d'Ivoire)… Radu Mihaileanu et Plantu, président de Cartooning for Peace, « les ont rencontrés dans leurs pays respectifs. Chacun d’eux a été invité à retracer son parcours, donner les motifs de son combat, raconter les épisodes comiques ou tragiques qui ont ponctué sa carrière ».

Pour « prolonger ces entretiens », les éditions Actes Sud ont alors publié Caricaturistes. Fantassins de la démocratie  signé par Cartooning for Peace et réunissant près de 300 dessins et expliquant le « processus créatif des auteurs ».

« Grâce à ces douze lanceurs d’alerte armés seulement d’un crayon, « Caricaturistes, fantassins de la démocratie » dit bien l’état du monde d’aujourd’hui et du combat pour la démocratie toujours et partout menacée ».

Auteur du célèbre dessin sur un homme au turban en forme de bombe allumée, Kurt Westergaard explique avoir voulu dénoncer le terrorisme. Il vit sous protection policière depuis la publication des dessins sur Mahomet par un journal danois en 2006.

« Le Kremlin, c’est l’image de l’enfer, c’est le symbole du pouvoir corrompu », affirme Mikhail Zlatkovsky.

Le talent et le courage de dessinateurs se paient de violences brisant les mains pour l’un, et de leur assassinat pour les membres du comité de rédaction de Charlie Hebdo.

Cette ode aux caricaturistes et autres dessinateurs de presse, contre-pouvoir dans les régimes démocratiques et autoritaires ou totalitaires est dénuée de tout esprit critique et est « politiquement correcte ».

Aucun dessinateur n’émet le moindre doute sur la pertinence d’un de ses dessins.

« Ca n’existe pas un dessin qui ne blesse personne », reconnaît le dessinateur Michel Kichka. Peut-être, mais certains réagissent par l’indifférence, des mots ou des procédures judiciaires. D’autres par la violence, comme le révèle l’attentat islamiste contre la rédaction de Charlie Hebdo le 7 janvier 2015.

Le documentaire Caricaturistes, fantassins de la démocratie véhicule le narratif anti-israélien en montrant les images de Peres et d’Arafat signant le fameux dessin de Plantu, et par les dessinateurs Baha Boukhari (Palestine) et Michel Kichka (Belgique/Israël).

Ces « douze grands caricaturistes internationaux » sont « reconnus pour leur courage et leur engagement en faveur de la démocratie ». Vraiment ? On peut en douter en écoutant Baha Boukhari qui met sur le même plan Israël et le Hamas, omet toute attaque visant le Fatah dirigeant l’Autorité palestinienne, dénonce le « mur ». Il instrumentalise le film en se rendant avec Plantu et Kichka sur la tombe de ses grands-parents à Jérusalem. Mais, cette scène se retourne contre lui : deux générations enterrées en Israël pour ce « Palestinien ». C’est très peu pour un prétendu « peuple palestinien ».

Avec suffisance, le talentueux Michel Kichka exprime sa haine pour Ariel Sharon, et avec candeur effrayante son enthousiasme quand l’Assemblée générale de l’ONU a reconnu en novembre 2012 la « Palestine », et non comme il dit l’Autorité palestinienne, comme Etat observateur. Cette grave défaite diplomatique le réjouissait !? Comme s’il n’avait pas compris les enjeux et la nature du conflit.

 « Comme le fantassin, ce soldat d’infanterie qui avance en première ligne sur le front de bataille, le dessinateur de presse se fraye un chemin à travers l’actualité avec comme seule arme son crayon », observe Plantu.

L’auto-critique ? Aucun ne la pratique. La remise en question ? Néant. Admiratif d’un dessin de Michel Kichka montrant les ressemblances entre les extrémistes Juifs et musulmans, Plantu déclare : « Tout le monde te déteste, donc tu as réussi ton travail ». Quel dédain pour les lecteurs !

Une telle absence de remise en question mine le crédit de ces dessinateurs.

En réaction à l’assassinat  de rédacteurs de Charlie Hebdo par des terroristes islamistes, France 3 a diffusé le 9 janvier 2015 à 22 h 45 « Caricaturistes, fantassins de la démocratie  » (2014), de Stéphanie Valloatto.

 Le 19 mai 2015, Canal + diffusa ce documentaire.

Festival de la BD d'Angoulême
Le 21 janvier 2015, donc après l'attentat terroriste islamique à la rédaction de Charlie hebdo, le site Internet de l'Association des universitaires pour le respect du droit international en Palestine (AURDIP) a publié la pétition Pas de “business as usual” avec Israël ! de dessinateurs de presse exhortant Franck Bondoux, directeur du prestigieux festival international de la bande dessinée à Angoulême, à "abandonner tous liens avec la société israélienne Sodastream" - déjà ciblée par un boycott en 2014 - et "à tous les festivals, conventions, et célébrations de la bande dessinée et de l’art de la caricature auxquels nous participons, de rejeter tout partenariat, financement ou coopération avec une société israélienne ou une institution qui ne favorise pas explicitement la liberté et la justice pour les Palestiniens, ainsi que l’égalité des droits et l’égalité entre les israéliens Juifs et Palestiniens, en particulier le gouvernement israélien et ses consulats, tant qu’Israël continuera à dénier aux Palestiniens leurs droits. Aujourd’hui, la société Sodastream se vante fièrement de l’emplacement de son usine dans la colonie illégale de Maale Adumim, ce qui la rend complice du crime d’occupation militaire. Cependant, même si, grâce entre autres à la campagne de pression lancée l’an dernier, Sodastream déplace sa fabrication dans le Néguev (territoire palestinien dont les Bédouins sont menacés d’expulsion de leurs terres ancestrales par le “Plan Prawer” du gouvernement israélien), elle, comme d’autres entreprises et institutions israéliennes complices, fait partie d’un système basé sur le nettoyage ethnique de masse des communautés palestiniennes, et maintenu en place par le racisme et la discrimination. Comme d’autres entreprises israéliennes, elle contribue à l’économie d’un Etat qui a procédé à une agression militaire brutale contre la population civile dans la bande de Gaza à l’été 2014, faisant plus de 2100 morts, dont plus de 500 enfants. Nous ne pouvons pas accepter que notre art soit utilisé pour blanchir ces crimes, comme le ministère israélien des Affaires étrangères a explicitement déclaré qu’il tentera de le faire, à travers sa campagne « Brand Israël ». Angoulême, un centre d’appréciation de la bande dessinée à l’échelle internationale, ne devrait pas être utilisé de cette manière".

Ont signé cette pétition infâme et infondée : Palestine Comics Festival (Palestine), Leila Abdul Razaq (USA), Zainab Akhtar (UK), Khalid Albaih (Sudan/Qatar), Albertine (Switzerland), Hilary Allison (USA), Enzo Apicella (Italy), Serge Baeken (Belgium), Alex Baladi (Switzerland), Edd Baldry (UK/France), Edmond Baudoin (France, 3 Angoulême prizes), Kate Beaton (Canada), Alison Bechdel (USA), Sofiane Belaskri (Algeria), Faiza Benaouda (Algeria), Khalil Bendib (Algeria/USA), Peter Blegvad (USA/UK, Angoulême prize in 2014), David Brothers (USA), Paul Buhle (USA), Nicole Burton (Canada), Jennifer Camper (USA), Gilles Ciment (France, former director of the Cité internationale de la bande dessinée in Angoulême from 2007 to 2014), Rob Clough (USA), Sean T. Collins (USA), Gianluca Costantini (Italy), Jean-Luc Coudray (France, Angoulême prize in 1990), Philippe Coudray (France, Angoulême prize in 2011), Molly Crabapple (USA), Pino Creanza (Italy), Marguerite Dabaie (USA), Bira Dantas (Brazil), Eleanor Davis (USA), Marcel « Lidwine » De la Gare (France, Angoulême prize in 1999), Guy Delisle (Canada, Angoulême Prize in 2012), Dror (France), Warren Ellis (UK), Magdy El Shafee (Egypt), elchicotriste (Spain), Brigitte Findakly (France), Ganzeer (Egypt/USA), Lucile Gomez (France), Jenny Gonzalez-Blitz (USA), Graphic History Collective : Sam Bradd, Sean Carleton, Robin Folvik, Mark Leier, Trevor McKilligan, Julia Smith (Canada), Dominique Grange (France), Thierry Groensteen (France, former director of the Cité internationale de la bande dessinée in Angoulême from 1993 to 2001), Jeet Heer (Canada), Ethan Heitner (USA), Delphine Hermans (Belgium), Anaële Hermans (Belgium), Jaime Hernandez (USA), Alex Hoffman (USA), Dylan Horrocks (New Zealand, nominated in Angoulême in 2002), Igort (Italy, nominated in Angoulême in 2003), Hatem Imam (Lebanon), Jiho (France), Monica Johnson (USA), Ben Katchor (USA), Mazen Kerbaj (Lebanon), Peter Kuper (USA), Carlos Latuff (Brazil), Wilfrid Lupano (France), Rodolphe « Ohazar » Lupano (France), Lena Merhej (Lebanon), Jean-Claude Mézières (France, 2 Angoulême prizes and Grand Prix in 1984), Katie Miranda (USA), Anne Elizabeth Moore (USA), Mric (France), José Muñoz (Argentina, 3 Angoulême prizes and Grand Prix in 2007), Ernest Pignon-Ernest (France), Jeanne Puchol (France), Maël Rannou (France), Patricia Réaud (France), Helge Reumann (Switzerland), Barrack Rima (Lebanon/Belgium), Mohammad Sabaaneh (Palestine), Salgood Sam (Canada), Amitai Sandy (Israel), François Schuiten (Belgium, Grand Prix in 2002), Gabby Schulz (USA), Siné (France), Jean Solé (France), Philippe Squarzoni (France, nominated in Angoulême in 2003), Sylvain-Moizie (France, Angoulême prize in 2000 and in residence at the Cité internationale de la bande dessinée in Angoulême in 2014-2015), Tardi (France, 5 Angoulême prizes and Grand Prix in 1985), Seth Tobocman (USA), Lewis Trondheim (France, 2 Angoulême prizes and Grand Prix in 2006, creator of the Angoulême mascot), Guillaume Trouillard (France), Willem (France/Nederland, Angoulême Grand Prix in 2013), Willis From Tunis (Tunisia), Jordan Worley (USA), Wozniak (France/Poland), yAce (France), Germano Zullo (Switzerland).

Michel Kichka a répondu : "Cette année, comme l’an dernier, un appel au boycott d’Israël a été adressé au directeur du Festival de la BD d’Angoulême. Mais cette année avec une virulence et une mauvaise fois décuplée. Le directeur du festival Franc Bondoux, ils appellent au boycott de la firme israélienne Soda Stream (http://www.aurdip.fr/dessinateurs-et-travailleurs-de-l.html?lang=fr) un des sponsors du festival. Le directeur du Festival répond dans l’édition en ligne pour abonnés de Sud-Ouest. (http://www.sudouest.fr/2015/01/23/bulles-indesirables-1806534-813.php). Parmi les signataires figurent des grands auteurs dont j’apprécie énormément le travail. A lire avant de lire ma réponse. http://www.aurdip.fr/dessinateurs-et-travailleurs-de-l.html?lang=fr Ma réponse: C’est dur d’être instrumentalisé par des collègues! L’appel de l’AURDIP de 2015 a un côté malsain. Ses signataires y expriment brièvement leur chagrin et leur indignation face aux attentats contre leurs collègues de Charlie Hebdo qui pour certains sont aussi des amis. Puis ils embrayent dans la foulée, avec une indélicatesse déconcertante, pour condamner Israel de façon virulente pour ce qu’ils appellent « un nettoyage ethnique de masse ». Ils sont dans l’amalgame le plus primaire, un amalgame que mes copains de Charlie Hebdo n’auraient jamais cautionné. Un amalgame qui est l’expression de cette obsession anti-israélienne qui sert de masque au « nouvel » antisémitisme qui pousse comme de la moisissure en France et ailleurs en Europe. C’est pathétique de voir l’extrême gauche concurrencer l’extrême droite. Après les attentats de Charlie Hebdo et d’Hyper Cacher, Khalil Abu-Arafeh, mon collègue palestinien de Jérusalem-Est et moi, nous sommes fixés rendez-vous dans un hôtel calme de la ville pour partager notre douleur et notre effroi. Chacun de nous a réalisé des dessins pour soutenir la liberté d’expression et de satire. Car nous sommes Charlie, par delà nos cultures, nos croyances et nos différences. Nous sommes Charlie par delà l’occupation et le conflit. Nous sommes Charlie dans notre espoir de Paix pour laquelle nous mobilisons nos coeurs et nos crayons.. Nous sommes Charlie dans notre esprit de tolérance et de dialogue. Tout art est espace d’ouverture et de dialogue, par définition. La culture est une passerelle qui tente de relier les peuples et les idées. Luz a demandé: « Je suis Charlie. Prouvez-le! » C’est ce que nous faisons chaque jour sur cette terre de conflit que nous rêvons meilleure. Appeler au boycott c’est renoncer à ce rôle majeur de l’art, pour satisfaire un besoin puéril d’auto-satisfaction: se donner bonne conscience. Trois semaines après les massacres de Paris, je trouve ça d’un cynisme bas de gamme et d’un opportunisme pervers. Ce n’est en rien une forme d’engagement. Michel Kichka Berlin, 27.01.15 70e anniversaire de la libération d’Auschwitz".

Le 12 février 2015, à 18 h, à la galerie de l’Ancienne gare, lors de la 27e Foire internationale du livre de Jérusalem (Israël), a eu lieu la table-ronde inédite « Le dessin de presse : aux frontières de la liberté » (Press Cartoon: To the Frontiers of Liberty) avec des caricaturistes et dessinateurs israéliens - Michel Kichka, Gilad Selektar, Shay Charka, Yonathan Wachsman, Liav Zabari - et la participation exceptionnelle de Plantu, caricaturiste français pour le journal Le MondeLa rencontre en français et en hébreu (traduction simultanée) sera modérée par Galit Gaon, directrice du Musée national de la caricature et de la bande dessinée - Holon. Le 13 février 2015 à 12 h, la Cinémathèque de Jérusalem a projeté « Caricaturistes, fantassins de la démocratie », de Stéphanie Valloatto (2014, 1 h 46, version originale avec des sous-titres en anglais) "qui retrace l'aventure de Cartooning for Peace sera projeté en présence des dessinateurs de presse Plantu et Michel Kichka".

10 ans de Cartooning for Peace
Pour son dixième anniversaire, Cartooning for Peace a multiplié les événements. Le livre Le dessin de presse dans tous ses Etats, publié aux éditions Gallimard, est sorti le 15 septembre 2016 en France. Un concert de bienfaisance a été offert le 16 septembre au Victoria Hall (Genève) par l’Orchestre de la Suisse romande. Et Le Monde Festival met à l’honneur Cartooning for Peace avec une exposition et une rencontre de dessinateurs le 18 septembre à l’Opéra Bastille (Paris).

Le Monde organise dans le cadre du « Monde Festival » un débat sur le dessin de presse avec Willis from Tunis, Firoozeh Mozaffari, Michel Kichka et Louison qui illustrera le débat en direct, à l’Opéra Bastille (Amphithéâtre) le 18 septembre 2016 de 11 h à 12 h 30. Une table ronde animée par Plantu à l’occasion des 10 ans de l’association Cartooning for peace.

"Pouvoir de dénoncer. Pouvoir d’analyser. Pouvoir d’interroger la réalité qui nous entoure. Contre-pouvoir, parfois. Souvent! Dans certains régimes autoritaires, il ne fait pas bon dessiner… Les ciseaux de la censure sont là pour nous le rappeler. Et pourtant les caricaturistes, dans certains pays, font un vrai travail de résistance : ils contournent les interdits et les pressions. Et ça marche! Le dessin de presse est cette lame à double tranchant capable, dans certains contextes difficiles, de révéler les tensions et les fractures non-dites de nos sociétés, de déchaîner des passions disproportionnées, de susciter, bien malheureusement, les pires réactions… Depuis les fatwas lancées contre les caricaturistes danois en 2005, depuis les tueries de 2015, nous en savons quelque chose. Pourtant, comme Kichka aime à le rappeler, le dessin de presse, contrairement aux armes de destruction massive, est cette « arme de distraction massive » qui tantôt titille, tantôt torpille l’actualité par le trait pacifique du crayon. Par l’exagération graphique, le dessinateur réalise un travail de journaliste : il déforme la réalité pour dire la vérité. Baromètre de la liberté d’expression, exutoire de nos malaises, le pouvoir du dessin de presse n’est-il pas, avant tout, pacificateur ?"

Enseignement de la Shoah
Dans son édition du 3 novembre 2017, le quotidien "Le Monde" a publié une enquête sur "l'antisémitisme au quotidien" en France en rechignant à désigner l'antisémitisme islamique.

Il l'a illustré par un dessin de Plantu où un professeur déclare : « Moi, ça fait longtemps que je ne parle plus de la Shoah dans ma classe !», dit ce professeur tournant le dos à des élèves sagement assis derrière lui.

Ce dessin a suscité une polémique. En effet, des professeurs d'histoire et de français ont réagi sur les réseaux sociaux en indiquant qu'ils enseignaient la Shoah à leurs élèves, bien que cela soit difficile. La Shoah figure au programme des classes de troisième, dernière année de collège, et de première.

Le 7 novembre 2017, sur son blog, Michel Kichka a écrit :
"Un dessin de Plantu sur l’antisémitisme au quotidien dans des écoles a suscité beaucoup de réactions négatives à son encontre. Mais aussi des positives. Je montre ici le dessin en question suivi d’une page entière où Plantu a très clairement et très simplement expliqué son point de vue et son ressenti, riche de son expérience sur le terrain et de ses nombreuses interventions dans des écoles, avec souvent la participation de collègues, le plus souvent membres de Cartooning for Peace. Aujourd’hui le dessin de presse a aussi une mission pédagogique à remplir".
50 ans de dessins de presse
La BNF présente une exposition consacrée aux 50 ans de dessins de presse de Plantu. "Il aura réalisé des milliers de dessins, dont un bon nombre se trouve encore dans ses collections personnelles, et publiés dans de nombreux journaux. C’est à la BnF qu’il a choisi de remettre cet important fonds, véritable illustration de l’actualité française et internationale de ce demi-siècle écoulé, témoignage de la vie politique française et internationale et d’une période de bouleversements inédits. À l’occasion de cette entrée exceptionnelle dans les collections de la Bibliothèque, quelque 150 pièces, dont une centaine de dessins originaux, sont présentées dans la Galerie des donateurs. Une centaine de dessins originaux ainsi que quelques-unes de ses sculptures satiriques permettent d’apprécier différentes facettes de son travail. Ce moment permet également de saisir l’évolution graphique de Plantu, mais aussi d’apprécier son talent de sculpteur humoristique et son engagement à défendre les dessinateurs de presse du monde entier par le biais de l’association Cartooning for Peace qu’il a fondée en 2006, d’appréhender sa démarche originale de porte-parole de dessinateurs du monde entier à travers son association Cartooning for Peace."

"Après la publication de premiers dessins à la fin des années 1960, dans La Vie du Rail ou Bonne soirée, Jean Plantureux, alias Plantu, retient l’attention avec un dessin de presse sur la guerre du Vietnam, publié dans le journal Le Monde en 1972, alors qu’il n’a que 21 ans : coup d’envoi d’une longue carrière de dessinateur caricaturiste d’actualité qui a accompagné le parcours du quotidien. À ses débuts, Plantu a dessiné dans plusieurs journaux de tendances très différentes, du Pèlerin au Canard enchaîné, en passant par La Grosse Bertha ou Charlie Hebdo. À partir de 1985, André Fontaine, directeur du journal Le Monde de l’époque, décide de le publier en Une et en exclusivité : c’est ainsi qu’il devient le dessinateur attitré du célèbre quotidien du soir. En 1991, Plantu entre à l’Express où ses dessins sont publiés en pleine page, jusqu’en 2017. "

"L’exposition présente une centaine de dessins originaux, parmi lesquels des inédits, des études et croquis préparatoires, ainsi qu’une cinquantaine d’impressions couleurs. Cet ensemble permet d’apprécier différentes facettes du travail de l’artiste : son graphisme, du plus épuré au plus illustratif, ses dessins audacieux jusqu’au burlesque, facétieux jusqu’à l’insolence, émouvants jusqu’à l’hommage respectueux. On voit naître et évoluer les animaux fétiches de Plantu, la colombe et la souris, mais aussi tout un bestiaire où l’on retrouve les figures clé du monde politique d’hier et d’aujourd’hui. "

"En tant que journaliste" - ou en tant que militant ? -, Plantu observe et commente les décisions gouvernementales et les faits de société ; en tant qu’humoriste, il se joue des personnages, les transposant, en quelques traits d’une tendre cruauté, dans des univers cocasses, souvent plus révélateurs et percutants que de longs discours. Pour lui, le dessin de presse est l’art nécessaire du dérapage : il faut aller loin dans la provocation mais s’arrêter à temps, pour ne pas blesser gratuitement ou toucher à la vie privée. Critique à l’égard des choix des hommes et femmes de pouvoir, il l’est, attirant l’attention sur leurs contradictions ou leurs mensonges : sous son crayon, la planète ressemble à un gros ballon coupé en deux et asphyxié, les rapports entre les populations se soldent par des murs que l’on monte ou que l’on détruit et des ponts que l’on jette entre deux pays avec un espoir fragile. En faisant pénétrer les lecteurs dans d’improbables salles de classes, Plantu insiste avec élégance sur le rôle essentiel de la culture et de l’éducation, pour une lutte sans merci contre l’ignorance, source de violence et de barbarie."

"Il s’inquiète du recul de la démocratie dans le monde et nous présente les mille et une tribulations de Marianne, figure emblématique de la République française. Habile dessinateur, roué à toutes les astuces graphiques pour exprimer le mouvement, les sentiments et les émotions, Plantu ne cache pas son admiration pour des créateurs d’exception qui ont tissé l’imaginaire collectif, que ce soit dans le domaine de la peinture, de la sculpture, ou de la bande dessinée (Léonard de Vinci, Delacroix, Rodin, Hergé, Reiser, Goscinny et Uderzo…)."

"Il leur rend hommage, les pastichant avec bonheur pour traduire les faits de société et les manœuvres politiciennes. L’exposition complète cet ensemble avec la présentation de quelques Unes célèbres et une sélection d’albums, réunissant les dessins publiés au cours de l’année précédente ; on découvrira aussi un choix de sculptures, - juges, souris et présidents de la République (le général de Gaulle, François Mitterrand, Jacques Chirac) - ainsi que des produits dérivés illustrés par Plantu."


Des "enregistrements audiovisuels montrent l’artiste au travail, expliquant sa démarche en tant que dessinateur engagé, en prise avec ses crayons et ses feuilles pour restituer, dans la juste dérision, son sentiment à l’écoute des informations diffusées par les médias". Le dessin sur le Brexit masque les enjeux fondamentaux au fondement des choix des électeurs britanniques : souveraineté nationale, maîtrise de l'immigration, etc.


"Enfin, on pourra voir ou revoir des documents de l’association Cartooning for Peace, que Plantu a fondée en 2006, encouragé par Kofi Annan, Prix Nobel de la Paix et ancien Secrétaire général de l’ONU. L’association, qui compte aujourd’hui 162 dessinateurs de presse de tous les pays, s’est donné comme rôle de défendre la liberté d’expression à travers le dessin de presse, lors d’expositions itinérantes, de conférences et d’interventions dans les établissements scolaires".

"J’ai un ami dessinateur brésilien qui m’a dit un jour « laisse penser ton crayon ». C’est très important. Quand je réfléchis, toutes les informations que je reçois passent par l’oeil et alimentent petit cerveau. Mais au moment où je fais mon dessin, cela passe par ce que je ressens, par mes émotions. Mon boulot, c’est d’écouter mon cœur, mes tripes, et le dessin qui vient au bout de mon doigt est le produit à la fois de tout un formatage mais aussi de ma propre opinion. L’image du couple franco-belge est venue comme ça : elle ne ressemble pas à mon style. On est le 22 mars 2016, je pense à mes amis belges, au drame qu’ils vivent, et je dessine deux petits personnages dans le chagrin qui se consolent comme ils peuvent, et je les enveloppe d’un drapeau qui les protège... : J’aimerais [que les futures générations] sachent que l’on peut tout dire avec un dessin, que l’on peut libérer par le dessin quelque chose que l’on a en soi et qui s’appelle une opinion".

Le communiqué de presse et l'iconographie libre de droits pour les médias polissent l'image d'un Plantu "belle âme", consensuel, superficiel et irénique même en occultant ce qui le gêne (aucune base historique ou juridique au "peuple palestinien", corruption de l'Autorité palestinienne qui encourage le terrorisme islamiste, etc.) Silence sur les critiques adressées au dessinateur, notamment son "Je soutiens Charlie, mais". Car Plantu dessine sa "réalité" telle qu'il la perçoit au-travers d'une grille de lecture "politiquement correcte" caractérisée par son manichéisme, ses partis pris, ses ignorances, etc. Ainsi, Barack Hussein Obama, alors président des Etats-Unis, n'a pas hésité entre l'Etat d'Israël - non nommé dans son dessin - et "l'Etat palestinien" : il a multiplié les pressions sur le seul Etat juif. Ou la manifestation du 11 janvier 2018 largement boudée par des musulmans...

CITATIONS

« Le dessin de presse est un cri de colère » PLANTU (France)

« Du sang, du sang… je ne veux plus utiliser ce pot de peinture rouge… » WILLIS FROM TUNIS (Tunisie)

« Sans humour, sans satire, n’importe quelle société devient inhumaine »  ZLATKOVSKY (Russie)

« J’essaie d’avancer au plus près de la “ligne rouge” » BOLIGÁN (Mexique)

« Le caricaturiste est un philosophe graphique qui remet sans arrêt le monde en question » RAYMA (Venezuela)

« Notre temps est le meilleur et le pire de tous les temps » DANZIGER (États-Unis)

« Nous, les caricaturistes, ne sommes les amis de personne au pouvoir » KICHKA (Israël)

« Je voudrais dessiner de l’autre côté du mur, pour adresser un message à l’occupant » BOUKHARI (Palestine)

« Lors de situations dramatiques, nos dessins donnent le moral » ZOHORÉ (Côte d’Ivoire)

« Avec un petit crayon, un peu de papier, je pose les problèmes » SLIM (Algérie)

« Je dois continuer à faire ce que je veux, le gouvernement ne peut pas me tuer » PI SAN (Chine)

« Le dessin prend une force particulière, dans ce pays où la population est en partie analphabète » GLEZ (Burkina Faso)


Du 20 mars au 3 juin 2018
A la BnF / François-Mitterrand
Galerie des donateurs
Accès par l’entrée EST, face au 25 rue Émile Durkheim (marches) ou avenue de France (de plain-pied), à proximité de l’entrée du cinéma MK2-Bibliothèque, 75013 Paris.
Quai François-Mauriac, 75706 Paris Cedex 13
Téléphone : 33(0)1 53 79 59 59
Du mardi au samedi de 10 h à 19 h, dimanche de 13 h à 19 h. Fermé lundi et jours fériés
Visuels de Plantu :
« Les migrants de Paris » Feutre noir, coul. num. L’Express, 10 juin 2015. [Migrants]

« La solution » - Encre de Chine et collage sur papier,
Le Monde, 30 juin 1980 [Rapports Nord Sud]

« Ah ! J’hésite ! » - Feutre noir sur papier, coul. num.
L’Express, 21 septembre 2011 [Obama entre Israël et Palestine] La "Palestine" n'a jamais existé comme Etat indépendant, souverain, ni au Proche-Orient ni ailleurs.

« La Liberté guidant le peuple, d’après Delacroix »
Feutre noir sur papier, coul. num.
Le Monde, 10 janvier 2015
[Liberté d’expression, Je suis Charlie]

« La nouvelle tour de Babel, d’après Bruegel » Feutre noir sur papier, coul. num., L’Express, juin 2016. [Coupe d’Europe de Football]

« Brexit » - Feutres noir et couleurs sur papier, coul. num.
Le Monde, 24 février 2016.

« Mondialisation » - Feutres noir et de couleurs sur papier,
Le Monde, 30 novembre 1999. [USA, économie]

« Je suis Charlie » - Feutre noir sur papier, coul. num.,
Le Monde, 11 et 12 janvier 2015. [Marianne et les trois religions]

« Les trois religieux, d’après Sénèque »
Feutre noir sur papier, coul. num.
L’Express, 21 janvier 2015. [Les trois religions]


« Caricaturistes, fantassins de la démocratie », de Stéphanie Valloatto
EuropaCorp1, 2014, 106 minutes

Cartoonists for Peace, Caricaturistes. Fantassins de la démocratie. Préface de Plantu. Introduction de Radu Mihaileanu. Actes Sud Editions, 2014. 416 pages. ISBN : 978-2330036119
Visuels : © EuropaCorp Distribution

A lire sur ce blog :
Articles in English

Les citations proviennent des dossiers de presse et du film.
Cet article a été publié le 9 janvier, puis les 11 février et 18 mai 2015, 18 septembre 2016, 12 décembre 2017.