lundi 15 juin 2026

« La belle de Gaza » de Yolande Zauberman

Arte diffusera le jeudi 18 juin 2026 à 23 h 30 « La belle de Gaza », documentaire français de Yolande Zauberman. « Yolande Zauberman clôt en beauté sa "Trilogie de la nuit" par cette rencontre intense et lumineuse avec des femmes trans à Tel-Aviv. Soumises pour la plupart à la prostitution, à l'ostracisme et à la violence des intégristes de tout bord, elles laissent la cinéaste entrer de plain-pied dans leur monde. »

Les chrétiens en "Palestine"
« Gaza, la vie » par Garry Keane 

« Après Would You Have Sex With an Arab? en 2012, puis M, César 2020 du meilleur documentaire, qui suit le retour dans sa communauté ultraorthodoxe d'un jeune homme qui y a été violé enfant, Yolande Zauberman clôt sa "Trilogie de la nuit" en Israël par cette rencontre intense et lumineuse avec des femmes trans à Tel-Aviv. »

« Certaines, comme Talleen Abu Hanna, miss Trans Israël 2016, sont palestiniennes et ont vécu leur arrivée dans la plus grande ville d'Israël comme une renaissance et une délivrance. Beaucoup sont clandestines et vivent avec la hantise de se faire expulser et, peut-être, tuer, trop loin du quartier des prostitués et de cette rue Hatnoufa qu'elles arpentent dans la lueur des phares. »

« Yolande Zauberman les aborde avec, pour sésame, la photographie de l'une d'elles, longs cheveux blonds et souliers de bal, filmée par hasard lors du tournage de M. Serait-ce le garçon venu à pied de Gaza jusqu'à la métropole israélienne pour devenir femme, dont on lui a raconté l'histoire – ou la légende ? Et comment retrouver cette "belle de Gaza", si elle existe ? »

« Fil rouge d'une quête à l'issue incertaine, tournée avant les attaques du Hamas le 7 octobre 2023 et la guerre totale infligée à la population de l'enclave palestinienne en représailles, l'image floue attrapée au vol quelques années plus tôt sert à la cinéaste d'entrée en matière pour aborder ces reines de la rue à la fois flamboyantes et fragiles. »

« Soumises pour la plupart à la prostitution, à l'ostracisme et à la violence des intégristes de tout bord, elles laissent la cinéaste entrer de plain-pied dans leur monde, jouant avec sa caméra et ses questions sans détour. »

« Rétrospectivement, cette errance nocturne trouée de lumières et de tendresse sur les traces d'un chatoyant fantôme ressemble aux lointains souvenirs d'un monde en partie détruit. »

Conversation entre Alice Diop et Yolande Zauberman
Paris, Janvier 2024

« Elles étaient une vision fugace dans la nuit.
On m’a dit que l’une d’entre elles était venue à pied de Gaza à Tel-Aviv.
Dans ma tête je l’ai appelée La Belle de Gaza. »

« ALICE DIOP Notre compagnonnage amical et artistique m’est très précieux. Voir ton film me permet de cheminer à travers ma propre pratique et d’élucider certaines zones d’ombre. Personne d’autre que toi ne procède comme tu le fais. Réfléchir à tes films, c’est réfléchir au cinéma contemporain. Peu de films donnent autant à penser pour une ou un cinéaste. Chaque fois que tu évoques avec moi un de tes projets, je ne sais jamais ce à quoi m’attendre. Je n’arrive jamais à me représenter tes films avant de les voir.
Sans doute pour toi, ces projets doivent rester de l’ordre de l’informulé avant d’être tournés. Découvrir tes films relève de la sidération. Pendant les deux ans où tu travailles, je ne comprends rien à ce que tu prépares, et lorsque j’assiste à la projection, je suis stupéfaite de ce que je vois, qui se situe précisément à l’endroit des questions qui se posent à nous, cinéastes, et nous, citoyens. Ce qui me stupéfait, c’est de constater que tu as trouvé le seul endroit habitable pour toi en ce moment, le seul endroit pour penser quelque chose du soin que tu portes à ce territoire déchiré : cette rue, avec ces femmes.

YOLANDE ZAUBERMAN Si Je suis dans le secret pendant que je tourne mes films, c’est sans doute parce que je procède de façon instinctive. Même les gens avec qui je travaille, je ne leur dis pas grand-chose. Mais j’ai dans la tête ce que je cherche et, comme en amour, j’ai le sentiment que si je formule les choses, elles vont s’évaporer.
Je commence toujours par balbutier des questions qu’un bébé poserait s’il avait la parole. Je cherche le seul endroit où je peux me placer. Pour moi, filmer est un acte amoureux. C’est aussi une danse. C’est la rencontre entre quelque chose de très ancien, certaines obsessions, et quelque chose qui s’improvise et dont il faut suivre le rythme. Je lisais récemment un texte sur Spinoza qui explique qu’on est tous faits de boue et dans cette boue, il y a une lumière – une idée vraie qui relève du miracle. Il ne croit ni aux forts ni aux faibles, juste à celui qui suit cette idée vraie.

ALICE DIOP Réalises-tu qu’il s’agit là de tous tes films ? Ils lient la boue et le soleil. Tu trouves dans La Belle de Gaza l’endroit où l’on peut se soigner et qui fait la jonction entre des corps fracassés et la lumière. Dans Would you have sex with an Arab? ou dans M, en posant des questions qui ont besoin d’être posées, tu résous quelque chose d’une tension entre la violence d’une impossibilité et la promesse d’une rencontre.

YOLANDE ZAUBERMAN La différence entre la nuit et les ténèbres, c’est que la nuit contient encore des lumières. Dans La Belle de Gaza, comme dans les deux autres films de cette trilogie de la nuit, je cherche la lumière pour repousser les ténèbres. Qu’est-ce qui peut encore nous éclairer ? Le visage d’un être aimé, celui de ces femmes, qui m’ont bouleversée.

ALICE DIOP Comment t’es-tu retrouvée là, dans cette rue ?

YOLANDE ZAUBERMAN Ces trois films sont comme des poupées russes.
Une nuit, pendant le tournage de M, j’étais en voiture avec Menahem. Soudain, on aperçoit une très belle femme trans dans la rue. Menahem sort précipitamment de la voiture et court vers elle. Mais elle s’enfuit. Il revient et dit à la caméra : « Mes parents ne veulent pas de moi, mes enfants ne veulent pas de moi, les femmes trans ne veulent pas de moi ! ». Pour intégrer cette scène, j’ai voulu filmer de dos une femme trans qui s’enfuit. Je l’ai trouvée avec deux autres filles, toutes trois arabes, dans la rue Hatnufa qui deviendra le décor principal de La Belle de Gaza. Elles ont accepté de courir pour moi.
Une fois rentrée à Paris, Sélim Nassib, mon compagnon qui prenait le son du film et parle arabe, m’apprend que l’une de ces filles lui avait dit qu’elle avait marché de Gaza à Tel Aviv. Il fallait que je la retrouve. À chacune des occasions qui m’ont été données de revenir là-bas, j’ai cherché cette Belle de Gaza. Cette recherche est devenue la colonne vertébrale du film. On était bien avant le 7 octobre et Gaza me paraissait déjà être l’enfer sur terre, une prison aux portes infranchissables. En plus, c’est le lieu où se déroule l’histoire de Samson et Dalila.

ALICE DIOP Comment relies-tu cette histoire à ton film ?

YOLANDE ZAUBERMAN Samson est juif, il est l’amant de Dalila qui est philistine – l’ancien nom des Palestiniens. Il a les cheveux longs comme ceux d’une femme, ce qui fait de lui l’homme le plus fort du monde. Son secret : ne jamais se couper les cheveux. Après une nuit d’amour, Dalila parvient à lui faire avouer d’où vient sa force et, pendant son sommeil, elle lui coupe les cheveux. Les Philistins capturent Samson et l’attachent aux colonnes du temple. Il demande à Dieu de lui rendre sa force, ne serait-ce qu’un moment, et Dieu le lui accorde. Alors Samson tire sur les cordes qui l’entravent et fait s’écrouler le temple sur les Philistins et sur lui-même. Enfant, cette histoire m’a beaucoup impressionnée. Lorsque j’ai appris selon la Bible qu’elle s’était passée à Gaza, j’ai pensé qu’il fallait prendre soin de cette ville. Cette histoire est celle d’un suicide collectif. Cela me serre le coeur depuis toujours.
La Belle de Gaza, pour moi, sort de ce mythe.

ALICE DIOP C’est là où tes films sont politiques d’une manière inattendue.
Tu cherches une femme trans palestinienne qui a quitté Gaza à pied pour rejoindre Israël. Ta recherche fait de ton film un film politique à un endroit qui déstabilise tous les fondements des représentations qu’on se fait de ce territoire, de ces gens et de ce conflit. Tout est résumé dans cette recherche.

YOLANDE ZAUBERMAN Chacun de ces trois films, quelque chose dans mon dos me poussait à les faire. Avant le cinéma, j’étais assez paralysée, un peu couarde. La caméra m’a mise debout. Mon corps, à mon grand étonnement, s’est mis en marche. J’ai l’impression que nous, les cinéastes, sommes comme des sourciers qui avancent avec leur bâton pour trouver...

ALICE DIOP Je ne suis pas sûre que tu pourrais expliquer de façon rationnelle pourquoi tu te trouves dans cette rue mais personne d’autre que toi ne peut s’y tenir, mener cette enquête, regarder ces femmes et les filmer, les accueillir, être accueillie, et peut-être soigner un peu leurs blessures.

YOLANDE ZAUBERMAN J’ai vu le film de Wim Wenders sur Anselm Kiefer qui dit : « Les mythes expliquent l’Histoire plus que toute rationalité ». Je crois à ça. Je n’essaie même pas de penser rationnellement à ce que je fais.
Mes films sont des films-miroirs, ils nous regardent. Avec la caméra, on voit encore plus ce qu’on voit. Si l’on se tient droit, au bon endroit, une danse miraculeuse s’invente d’elle-même.

ALICE DIOP Peux-tu expliquer pourquoi cela t’importe tant de te placer à l’endroit de la jonction, à l’endroit de la faille ?

YOLANDE ZAUBERMAN Parce que c’est le seul où j’arrive à être ! Je suis attirée par cette faille, je me sens comme sur la crête d’une vague ou sur un fil. Moi qui ai le vertige, je sais que je peux tomber à chaque instant. Mais je ne sais pas être ailleurs, je ne vois même plus rien si je suis ailleurs. Mon coeur n’est ouvert qu’en ces endroits - et je ne vois qu’avec mon coeur.

ALICE DIOP Est-ce parce que dans ces endroits de faille, un lien est encore possible ?

YOLANDE ZAUBERMAN D’une certaine manière, il y a quelque chose chez moi de l’enfant un peu pétrifiée qui se demandait comment faire pour réparer le monde, comment agir face à ce qu’on ne comprend pas. Quand j’étais 
en Afrique du Sud, je me disais qu’il fallait écrire une histoire du plaisir de l’Autre – dont trop de gens se coupent sans même le savoir. Moi, j’ai besoin de l’Autre. C’est lui qui me réveille. Sans lui et sans le cinéma comme fenêtre sur le monde, je serais morte.

ALICE DIOP C’est ce qui est beau. En t’écoutant, même si tes trois films ont des sujets différents, on sent que tu y cherches la même chose. Moi, qui suis pourtant beaucoup dans l’analyse, je n’ai pas envie que tu formules clairement tes intentions, mais j’ai envie de t’entendre sur tes obsessions, ton processus, ta nécessité d’être à ces endroits spécifiques. Au début de La Belle de Gaza, une femme trans juive, Israela, raconte qu’elle a vécu une histoire magnifique avec un rabbin. Elle parle de la vie de la nuit, ce moment où elle est tombée amoureuse. Il y a là toute la question de la singularité qui vient bousculer les représentations qui sont souvent des lieux communs.

YOLANDE ZAUBERMAN Tout ce que veulent ces femmes, c’est devenir elles-mêmes. C’est ce qu’on désire tous. Elles ont une hallucinante intelligence de la vie.

ALICE DIOP Leur profondeur d’analyse est saisissante. Comment vous êtes-vous choisies ? Car pour faire un film pareil, il faut un accueil réciproque.

YOLANDE ZAUBERMAN Talleen, je l’avais filmée dans M et Israela est l’agent de Talleen. Quand j’ai tourné M, Israela m’a raconté qu’elle était mariée à un rabbin à Bnei Brak, une ville juive orthodoxe, où vivait aussi Menahem. Elle avait fait sa transition à l’âge de dix-huit ans et elle a commencé à tchater avec ce rabbin via Facebook avant de se marier avec lui. Il n’a jamais réalisé qu’elle était une femme trans. Jusqu’où jour où elle a voulu divorcer. Quant à Danièle et Nathalie, ce sont elles que j’ai filmées dans la rue au moment de M. Nadine, cette fille qui chante la sourate à la fin du film, je l’ai connue avant sa transition. J’avais déjà été happée et fascinée par elle, mais elle ne voulait pas que je la filme. Un mois plus tard, elle m’a rappelée…

ALICE DIOP Mais pourquoi acceptent-elles de jouer le jeu de ton film ? Leur as-tu expliqué ce que tu cherchais ?

YOLANDE ZAUBERMAN Je cherchais La Belle de Gaza, elles ont senti que nos rencontres étaient importantes pour moi. Je crois aussi qu’être regardées comme ça est devenu précieux pour elles comme pour moi. Mais rien ne s’énonce. Je n’explique rien. C’est une danse qu’on danse ensemble.

ALICE DIOP Combien de temps filmes-tu ?

YOLANDE ZAUBERMAN Je fais ces films en plusieurs étapes. Je ne reste pas longtemps. Parce que cela pourrait poser problème dans certains endroits.
C’est très intense. Ces femmes se servent aussi de moi pour faire un parcours de vie. Toutes se transforment et le fait d’être filmées sur un temps long n’y est pas pour rien. Elles m’ouvrent à des choses inouïes. Et comme j’arrive avec un non-savoir total, elles m’expliquent tout. Mon équipe est très réduite. Mon homme, mes amis. Je filme l’intimité de ces femmes depuis mon intimité à moi.
Il n’y a rien de professionnel dans ma démarche.

ALICE DIOP Cela se sent dans ta façon de les filmer, de les regarder : tout est toi dans ces trois films. Il paraît évident que tu ne peux pas déléguer ce regard-là à un cadreur, par exemple. Pour ma part, je sais que ton film est le film dont j’ai besoin aujourd’hui pour réparer la blessure qui me traverse.
Je pense aussi qu’il doit rester à cet endroit nébuleux, car il constitue une expérience à vivre pour chacun. Toutefois, il y a une scène stupéfiante qui me reste en mémoire : celle où Nathalie, quelques jours après son opération, porte le voile, entre en religion et récite la Fatiha. Cette scène est sidérante de beauté et très effrayante aussi, car elle expose le film à de potentielles attaques. En es-tu consciente ?

YOLANDE ZAUBERMAN Nathalie a fait des cauchemars effrayants, et depuis elle est devenue religieuse mais ne regrette pas une seconde sa transition. Je ne ressens pas de crainte devant cette scène. Juste de l’émotion. Quand j’ai réalisé M, plein de gens avaient peur pour moi, pas moi. Qu’est-ce qui pourrait choquer dans tout ça ? Je ne le comprends vraiment pas.

ALICE DIOP C’est au fond le film en entier qui pourrait choquer, car il se situe à un endroit non-identifié, profondément politique, qui bouscule toutes les représentations qu’on peut se faire.

YOLANDE ZAUBERMAN Ce film, comme tous ceux que j’ai faits, parlent à des individus, rien qu’à des individus. Je sais qu’il y a des choses qui peuvent être dangereuses, mais là, je n’en ai pas l’intuition. Quand je suis partie en Afrique du Sud, une loi venait de passer, qui menaçait de seize ans de prison les gens pris avec une caméra à la main. Jamais je n’aurais pris la décision d’y aller si j’avais été au courant de cette loi. Il se trouve que j’étais déjà en chemin quand elle est passée. De la même manière, je n’aurais pas tourné La Belle de Gaza si le 7 octobre avait eu lieu. Je l’ai tourné avant, et ça a donné ce film.

ALICE DIOP J’ai vu La Belle de Gaza avant le 7 octobre, je l’ai revu peu après, et ton film m’a consolée. Ce qui est fou, c’est qu’il est traversé par ce qui se passe à Gaza sans jamais y faire référence ; ces femmes ne parlent jamais de Gaza. Pourtant, la question, jusqu’au titre, traverse tout le film de manière souterraine.

YOLANDE ZAUBERMAN : C’est le centre du film, parce que c’est l’endroit impossible. Gaza, c’est l’impensable. Une fille a fait ce trajet de l’impensé jusqu’à nous. Et je lui ai parlé sans savoir qui elle était, puis je suis partie à sa recherche. »


« La belle de Gaza » de Yolande Zauberman
France, 2023, 1 h 14
Coproduction : ARTE France Cinéma, Phobics, Unité, avec le soutien d'ARTE France 
Réalisation, scénario, image YOLANDE ZAUBERMAN
1er Assistant réalisateur STEFANO LEONE
1er assistant opérateur SIEGFRIED VIGIER
Son SELIM NASSIB
Montage RAFAEL TORRES CALDERÓN, LÉO RICHARD
Montage son PHILIPPE DESCHAMPS
Mixage XAVIER THIEULIN
Directeur de post-production ROMAIN GAILLARD
Produit par BRUNO NAHON et YOLANDE ZAUBERMAN
Producteurs associés FABRICE BIGIO, CAROLINE NATAF, THOMAS MORVAN
Une production UNITÉ, PHOBICS et ARTE FRANCE CINÉMA
Avec le soutien du CENTRE NATIONAL DU CINÉMA ET DE L’IMAGE ANIMÉE
Avec le soutien de LA RÉGION ÎLE-DE-FRANCE en partenariat avec le CNC
Avec la participation de ARTE FRANCE
En association avec COFINOVA 19
Distribution France PYRAMIDE DISTRIBUTION
Ventes Internationales PYRAMIDE INTERNATIONAL
Sur Arte  le jeudi 18 juin 2026 à 23 h 30
Sur arte.tv du 18/06/2026 au 17/07/2026


dimanche 14 juin 2026

« Éventails impressionnistes. Une donation exceptionnelle de la famille Kan »

Pour ses 40 ans, le  musée d’Orsay propose l'accrochage intitulé « Éventails impressionnistes. Une donation exceptionnelle de la famille Kan ». « Dix-sept éventails peints par Degas ou Pissarro montrent l’intérêt de peintres impressionnistes, dès les années 1850, notamment sous l’influence du japonisme, pour ce support particulier au format distinct des cadres rectangulaires, susceptible d’élargir leur clientèle. L’engouement pour cette forme artistique ralentit après 1880. 
Le monde d'Albert Kahn. La fin d'une époque
Paul Rosenberg (1881-1959)
« Une élite parisienne. Les familles de la grande bourgeoisie juive (1870-1939) » par Cyril Grange

« Pour ses 40 ans, le musée d’Orsay dévoile dans son intégralité la donation d’un ensemble de 17 éventails peints. Constituée au cours des vingt dernières années, la collection Kan d’éventails impressionnistes et postimpressionnistes est la plus importante jamais assemblée. Cette donation vient considérablement enrichir le fonds du musée d’Orsay, jusqu’alors restreint dans ce domaine. »

"L’éventail pliant, inventé au Japon au IXe siècle, est introduit en Europe par les Portugais au XVIe siècle. Il se diffuse rapidement, et devient omniprésent dans les capitales européennes comme dans les colonies avant de voir son statut se transformer de manière remarquable en France au cours des années 1870-1880. D’un accessoire principalement féminin, associé aux arts appliqués et aux espaces mondains, l’éventail devient un support d’expérimentation pour des artistes tels qu’Edgar Degas, Camille Pissarro et Paul Gauguin, qui en font un champ d’innovation formel extraordinairement fertile. Sa forme en demi-lune les invite à repenser la composition en exploitant sa ligne incurvée et l’asymétrie."

"L’intérêt particulier des impressionnistes pour ce support tient à plusieurs facteurs. L’hispanisme, très en vogue au milieu du siècle, entraîne un regain d’intérêt pour l’objet lui-même, avant que n’intervienne le japonisme, qui à partir des années 1860 privilégie des formes courbes et supports alternatifs. L’éventail offre alors une échappatoire au cadrage rectangulaire caractéristique de la peinture occidentale. Il permet aussi aux artistes qui l’adoptent d’élargir leur clientèle. Au-delà de son aspect expérimental et novateur, son potentiel décoratif est particulièrement séduisant. La vogue des éventails impressionnistes témoigne d’une rencontre singulière entre traditions décoratives, influences extra-européennes et recherches formelles. 
Séduits par ses lignes courbes et son format singulier, si différent du cadrage rectangulaire de la peinture européenne, les impressionnistes y voient aussi un moyen d’élargir leur clientèle.

"Si Degas se montre le plus expérimental, Pissarro est l'artiste qui exploitera le plus fréquemment ce nouveau support. Pour Toulouse-Lautrec, Gauguin, Pissarro, Jacques-Émile Blanche, Foujita ou Georges de Feure, "loin d’être un simple accessoire, l’éventail a été un véritable terrain d’expérimentation : sa forme en demi-lune les a invités à repenser la composition, jouer avec la courbe, embrasser l’asymétrie. »

« Cet engouement culmine en 1879 lors de la 4ème exposition impressionniste, dans laquelle Degas souhaite consacrer toute une salle à l’éventail. Degas en expose pas moins de cinq, aux côtés des six que montre Forain, et des douze de Pissarro". 

« Cet intérêt ralentit après 1880, mais il aura participé à l’imaginaire esthétique et social du XIXe siècle. Les post-impressionnistes l’ont aussi adopté, ainsi que les symbolistes, comme en témoignent les éventails de Gauguin ou de Feure de la collection Kan. »

"Bien que sa place au sein de la carrière des grands peintres soit restée relativement marginale, l’éventail possède, grâce à ce caractère expérimental, un statut à part, et joue un rôle clé dans l’histoire de l’art moderne. L’éventail sera parvenu à s’inscrire durablement dans l’imaginaire esthétique et social du XIXe siècle. Il fut repris par les post-impressionnistes et les Nabis, mais aussi par le symbolisme et l’Art Nouveau, comme en témoigne l’éventail de Georges de Feure figurant dans la collection Kan".

"Pour des raisons de conservation, une sélection de deux ou trois éventails sera présentée après le 21 juin 2026 par roulement dans le parcours permanent".

Le commissariat est assuré par Caroline Corbeau-Parsons, conservatrice arts graphiques et peinture, musée d’Orsay, et Anne Robbins, conservatrice peinture, musée d’Orsay.

QUELQUES OEUVRES COMMENTEES

Jacques-Émile Blanche
1861 – 1942
Deux jeunes filles sur une banquette
1887
Aquarelle, gouache et crayon noir sur papier
DONATION DE LA FAMILLE KAN, 2026
RF MO AG 2026 1
© Musée d'Orsay. Distr.GrandPalaisRMN

"Sur la dizaine d’éventails exécutés par Blanche, celui-ci compte parmi les trois actuellement localisés. L’anglophilie de l’artiste est ici manifeste : les deux jeunes femmes, dont son modèle favori Henriette Chabot, à gauche, sont peintes dans un intérieur typique de l’esthétisme britannique, et de Whistler en particulier. Assises sur une banquette conçue par l’architecte et designer William Godwin, les jeunes femmes en robes blanches se détachent sur un fond jaune pâle caractéristique de ce courant artistique."

Edgar Degas
1834– 1917
Deux danseuses
1878-1879
Aquarelle rehaussée de peinture argentée et dorée sur soie crème posée sur carton 
DONATION DE LA FAMILLE KAN, 2026
RF MO AG 2026 2
© Musée d'Orsay. Distr.GrandPalaisRMN

"Degas est le premier des impressionnistes à exploiter le format de l’éventail et le support de la soie, dès les années 1860. Il en exécute près d’une trentaine, pour la plupart entre 1878 et 1885. La composition de ces oeuvres joue de manière radicale sur l’asymétrie et le vide, à l’exemple de l’art japonais. Parmi ses sujets favoris figurent le ballet et le café-concert, en cohérence avec les loisirs urbains mondains traditionnellement associés à cet accessoire alors très à la mode. Féru d’expérimentation, Degas emploie ici des matériaux inattendus, comme des poudres d’or et d’argent".

Camille Pissarro
1830 – 1903
Femme portant un enfant dans un jardin
1887
Aquarelle et crayon sur papier
© Musée d'Orsay. Distr.GrandPalaisRMN
DONATION DE LA FAMILLE KAN, 2026
RF MO AG 2026 11

"Au sein de la production d’éventails de Pissarro, Femme portant un enfant dans un jardin occupe une place bien particulière, représentant non une scène rurale animée de paysans, mais un jardin foisonnant. La végétation occupe tout l’espace de l’éventail, sans ligne d’horizon, et envahit la demi-lune en un mouvement tournoyant. Au centre, l’allée du jardin elle-même se courbe, jusqu’au cercle, et semble dialoguer avec la forme de l’éventail."

Camille Pissarro
1830 – 1903
La sieste aux champs
1893
Gouache sur soie
© Musée d'Orsay. Distr.GrandPalaisRMN
DONATION DE LA FAMILLE KAN, 2026
RF MO AG 2026 15

"À partir de la fin des années 1880, les éventails de Pissarro adoptent une forme de demi-lune « pleine ». Ce format rappelle la lunette architecturale ou le tympan, supports habituels des décors peints des bâtiments publics de cette période - décors dont la plupart des impressionnistes espéraient la commande en France. Pissarro s’essaie ici, en miniature, à ce format monumental. Il offre cet éventail en cadeau de mariage à Mme Jeanne Dureau, fille de son marchand, Paul Durand-Ruel."

Henri de Toulouse-Lautrec
1864 – 1901
Éventail
Vers 1892
Aquarelle sur éventail en papier avec un support en bambou
© Musée d'Orsay. Distr.GrandPalaisRMN
DONATION DE LA FAMILLE KAN, 2026
RF MO AG 2026 16

"Les éventails d’artistes sont rarement pliés, comme en témoignent les exemples rassemblés dans cette salle, mais Toulouse-Lautrec a peint au moins deux éventails sur un support commercial vierge collé sur une structure de bambou. L’artiste a décoré cette œuvre d’une danseuse ou chanteuse de cabaret, l’un de ses thèmes de prédilection."


Du 24 mars au 21 juin 2026
Niveau 5, en salle 33
Esplanade Valéry Giscard d'Estaing, 75007 Paris
Mardi, mercredi, vendredi, samedi et dimanche 9h30 - 18h00
Tél. : 01 40 49 48 14
Jeudi 9h30 - 21h45
Visuels :
Paul Gauguin
1848–1903
Corbeille de fleurs et de fruits
1886
Gouache sur soie
© Musée d’Orsay, dist. GrandPalaisRmn
DONATION DE LA FAMILLE KAN, 2026
RF MO AG 2026 4


jeudi 11 juin 2026

Jean Ziegler (1934-2026)

Jean Ziegler (1934-2026) était un politicien, édile, altermondialiste et sociologue suisse. Rapporteur spécial auprès de l’ONU sur la question du droit à l’alimentation dans le monde, il a été vice-président du comité consultatif du Conseil des droits de l'homme des Nations unies de 2009 jusqu'à son décès. Arte diffusa « Jean Ziegler, l’optimisme de la volonté » (Jean Ziegler - Der Optimismus des Willens), documentaire de Nicolas Wadimoff. Encensé par la gauche, il a été controversé car il a soutenu des dictateurs – Fidel Castro, Robert Mugabe, Hugo Chavez, Colonel Mengistu -, a instrumentalisé sa fonction onusienne au profit de son idéologie biaisée anti-américaine, a créé le Prix Kadhafi, a soutenu le Tribunal Russell sur la Palestine… Et en plus, il s’est avéré incompétent, menteur, anti-israélien.

« Stéphane Hessel - L´homme d´un siècle » par Hans Helmut Grotjahn et Antje Starost 
« Genève n’a pas le sens de l’accueil »

Devenu célèbre dans les années 1970 par ses livres polémiques sur la Suisse, Jean Ziegler  représente une figure d’intellectuel engagé : conseiller municipal socialiste de la ville de Genève (1963-1967), membre socialiste du parlement fédéral suisse (représentant du canton de Genève) de 1967 à 1983 et de 1987 à 1999.

Mais, il a toujours, systématiquement, choisi les pires causes.

En 1970, Jean Ziegler aurait servi de médiateur entre Farouk Kaddoumi, cofondateur du Fatah et chef du département politique du mouvement terroriste Organisation de libération de la Palestine (OLP), et le conseiller fédéral Pierre Graber, chargé des Affaires étrangères. Selon lui, un accord officieux aurait épargné la Suisse du terrorisme palestinien en échange de son soutien à l’OLP pour sa reconnaissance diplomatique auprès de l’organisation onusienne à Genève. La Suisse renonçait à déposer plainte contre un suspect palestinien de l’attentat contre le vol Swissair 330 en 1970. En janvier 2016, Jean Ziegler a révélé son rôle de facilitateur « par respect et en mémoire des 47 victimes de Würenlingen et de leurs familles, qui ont droit à la vérité ». Ces allégations ont suscité le doute par le CICR (Comité international de la Croix-Rouge) et des historiens.

Jean Ziegler a soutenu des dictateurs, dont Hugo Chavez. Fidel Castro ? Lors d’une visite comme représentant onusien, Jean Ziegler a refusé de rencontrer des dissidents cubains. Collaborateur à la revue Afrique-Asie dans les années 1970 et 1980, il a défendu les interventions cubaines en Afrique. Robert Mugabe ? « Mugabe a l’histoire et la moralité avec lui ». Quant au Colonel Mengistu, Jean Ziegler l’a conseillé en 1986 en l’aidant à rédiger la constitution au parti unique. En 1993, il s’est rendu auprès de Saddam Hussein et Kim Il-sung.

Il a comparé le président américain conservateur George W. Bush à un « Pinochet assis à la Maison Blanche » !

En 1989, après l'attentat de Lockerbie (1988) fomenté par des services de renseignements libyens, Jean Ziegler a co-créé et co-dirigé le Prix Mouammar Kadhafi des droits de l’homme. Montant ? 250 000 dollars grâce à la mise en place d’un fond de dix millions de dollars abrité en Suisse. Un Prix créé pour redorer l’image de la Libye et que Jean Ziegler a présenté comme « l’anti Prix Nobel du Tiers monde ». Il alléguait que la Libye était en voie de « démocratisation » et niait le soutien de Kadhafi au terrorisme.

Ce Prix a été remis à Roger Garaudy, Louis Farrakhan, les enfants palestiniens de l’Intifada  ou le turc  Recep Tayyip Erdoğan , et en 2002 à… Jean Ziegler.

En 2010, Jean Ziegler a contribué à un livre qui louait « le colonel Kadhafi en le comparant au philosophe Jean-Jacques Rousseau » - une publication distribuée au Conseil onusien des droits de l’homme en novembre 2010 lors de discussions sur des violations de droits de l’homme par la Libye. 

En 1996, au nom de la liberté d'expression, il a d’abord soutenu Roger Garaudy, auteur négationniste des Mythes fondateurs de la politique israélienne (1995), par une lettre que Me Jacques Vergès rendit publique avec celle de l'abbé Pierre. Ensuite, Jean Ziegler a condamné « avec la plus grande fermeté toutes les entreprises et propos négationnistes visant à nier ou à relativiser le génocide du peuple juif par les nazis » et a accusé Garaudy, dans un article publié par Charlie Hebdo, d'avoir déformé la teneur de son courrier.

De 2000 à mars 2008, Jean Ziegler a été nommé rapporteur spécial pour le droit à l'alimentation du Conseil des droits de l’homme de l’Organisation des Nations unies (ONU). De 2009 à 2012, il a été membre du Comité consultatif de ce Conseil des droits de l'Homme, poste auquel il a été réélu en 2013 et en 2016. Il est vice-président de ce Comité consultatif depuis 2009.

Il est actuellement vice-président du comité consultatif du Conseil des droits de l'homme des Nations unies.

En 2001, Jean Ziegler a rédigé un rapport pour la Commission onusienne des droits de l'homme accusant Israël de mener des politiques qui « génèrent la faim et menacent les plus indigents de famine », qualifiant les soldats israéliens de « gardiens de camp de concentration » de Gaza en 2005. « En 2006, après la Guerre du Liban, Jean Ziegler  s'auto-saisit pour aller enquêter au Pays des Cèdres sur les violations du droit à l'alimentation des Libanais de la part des Israéliens, bien que 4 experts du Conseil des droits de l'homme y aient été dépêchés afin de mener une enquête officielle pour le compte de l'agence onusienne ». En 2006, il a déclaré : « Je refuse de qualifier le Hezbollah d’organisation terroriste. C’est un mouvement de résistance nationale. Je peux comprendre le Hezbollah quand il kidnappe des soldats ». Jean Ziegler est membre du comité de parrainage du tribunal Russell sur la Palestine fondé en 2009.

En 2006, 2008 et 2011, UNWatch, des organisations de droits de l’homme, des Libyens victimes de violations des droits de l’homme, des parlementaires scandinaves ont exhorté le gouvernement suisse de retirer sa nomination à Jean Ziegler à son poste au Conseil des droits de l’homme de l’ONU, d’expulser Jean Ziegler, d’enquêter sur la légalité des comptes bancaires liés au groupe genevois Nord-Sud 201 financé par la Libye et le fonds de dix millions de dollars déposés à Genève.

« Nommé une première fois en 2000 pour une durée de 3 ans, sous l'initiative de Cuba, « Rapporteur spécial pour le droit à l'alimentation » par la Commission de l'ONU pour les droits de l'homme, Jean Ziegler n'a non seulement pas « cherché le consensus » - cela ne fait pas partie de l'ADN de ce sociologue-polémiste -, bien qu'il il le prétendît, pendant les 7 ans de son mandat renouvelé, il a aussi fait la preuve de sa partialité contre les Etats-Unis, en faveur de Cuba, sinon de son incompétence  ». Il a dénoncé en 2005 un prétendu « génocide » que commettraient les Etats-Unis à Cuba, mais éprouvait une « préoccupation » envers le génocide commis par le régime de Khartom.

Il a fustigé le capitalisme occidental qui « met la planète sous le scalpel de la destruction économique organisée » dans un désir de profit maximum. Or, les statistiques prouvent un déclin de la pauvreté mondiale. En 1820, « environ 85% de la population mondiale vivaient en pauvreté absolue  – soit vivant avec moins d’un dollar par jour. En 1950, ce taux a baissé à 50%. Et aujourd’hui, il avoisine les 20%. Quant à la globalisation, le revenu global moyen per capita a quasi-doublé au cours des 35 dernières années avec le cinquième le plus pauvre de la population augmentant leur revenu plus vite que le cinquième le plus riche ».

Sur 35 pays concernés en 2004, 17 avaient souffert d'une crise en raison d'actions humaines, et non de désastres naturels. Or Jean Ziegler mit en cause 34 fois les USA, mais jamais les responsables de 14 des 17 crises alimentaires d'origine humaine, jamais les dirigeants de pays à la population affamée en raison de la politique désastreuse de leurs dirigeants. Il demeura inactif à l’égard des victimes de ces famines. Ont ainsi été délaissés le Burundi, la République Centre-africaine, la République du Congo, la République démocratique du Congo, la Côte-d'Ivoire, l'Erythrée, la Guinée, Haïti, le Liberia, la Tchétchénie, la Sierra Leone, la Somalie, la Tanzanie et l'Ouganda. 

Wikileaks a révélé que depuis les années 2000 les dirigeants du Programme alimentaire mondial (PAM), dont le Directeur exécutif du Programme alimentaire mondial (PAM), James Morris en 2002 ont alerté le Secrétaire général de l’ONU sur l’incompétence et les actions politiques de Jean Ziegler, Rapporteur spécial pour le droit à l’alimentation. Ils lui ont reproché  d’entraver la lutte onusienne contre la faim, d’avoir « contribué à aggraver la situation des affamés, d’avoir multiplié les attaques contre les Etats-Unis, Israël, les multinationales et le système capitaliste - ce qui a dissuadé les donateurs indispensables au PAM -, de « faire de la politique avec l’assistance » ce qui est « profondément immoral », d’avoir fait des déclarations « profondément immorales » et « sans scrupules », de mener une « politique clairement provocatrice ayant eu un impact négatif sur la vie de ceux qui ont faim. Les déclarations publiques de M. Ziegler et les rapports qu’il a soumis au Secrétaire général témoignent d’un sérieux manque de compréhension de l’économie et des particularités des situations alimentaires dans les régions qu’il prétend analyser au nom du Haut Commissaire », ses déclarations personnelles contre les OGM, prononcées comme s’il parlait au nom de l’ONU. Le PAM a demandé – en vain – la destitution de Jean Ziegler   de son mandat de rapporteur spécial entre 2002 et 2008. Catherine Bertini avait alerté le Secrétaire général au sujet d’une déclaration pour le moins surprenante de Ziegler : celui-ci aurait affirmé que l’aide alimentaire à la Corée du Nord était détournée par les militaires; parallèlement, il aurait approuvé le retrait d’ONG telles que Médecins sans frontières, sous prétexte que le gouvernement refusait l’accès sans restrictions aux délégués des ONG à toutes les parties du pays. Le Secrétaire général d’alors, Kofi Annan, n’a jamais répondu. En octobre 2011, son successeur, Ban Ki-moon a été saisi d’une demande de destitution immédiate de Jean Ziegler de tous ses mandats onusiens, et Ziegler est resté en place ».

Aucune des ONG célèbres – Amnesty International, etc. - n’a critiqué Jean Ziegler qui bénéficie de majorités automatiques dans les instances onusiennes en sa faveur. Seul UNWatch a consacré un dossier intitulé Les Folies Ziegler à Jean Ziegler.

Ce membre honoraire du Conseil d'Administration de la Fondation France Libertés est Chevalier des arts et des lettres de la République française (1994) et Médaille d'or du Président de la République italienne.

Selon un biographe de Tariq Ramadan, Jean Ziegler aurait joué un  rôle majeur dans l'ascension de cet islamiste.

Au début des années 2020, il a été membre du « conseil scientifique » de l'Institut La Boétie lié à La France Insoumise (LFI) et co-présidé par Jean-Luc Mélenchon et Clémence Guetté.

« Jean Ziegler, l’optimisme de la volonté »
Arte diffusa le 3 avril 2018 à 23 h « Jean Ziegler, l’optimisme de la volonté » (Jean Ziegler - Der Optimismus des Willens) par Nicolas Wadimoff. 

« Depuis plus d'un demi-siècle, il est vent debout contre le capitalisme financier. De sa rencontre avec Sartre et « Che » Guevara, au milieu des années 1960, à ses missions actuelles pour l'ONU, portrait éclairant de Jean Ziegler, le plus célèbre des altermondialistes suisses ».

« La faim, c'est le crime organisé et on peut désigner les assassins. » À l'arrière d'une voiture, Jean Ziegler, 82 ans, rassemble ses notes et nous confronte avec des photos d'enfants au visage dévoré par le noma, une maladie de la malnutrition qui fait des ravages en Afrique ». 

« Au palais des Nations, le vice-président du Comité consultatif du Conseil des droits de l'homme et ancien rapporteur spécial auprès de l'ONU sur la question du droit à l'alimentation monte au créneau contre l'avidité des « fonds vautours » qui mettent à genoux les services publics des pays endettés ». 

« À Munich, l'ancien professeur de sociologie de l'université de Genève et de la Sorbonne donne de la voix à la tribune lors d'une manifestation anti-G7 ». 

« Invité à La Havane avec son épouse Erica, il s'enthousiasme de l'organisation d'une coopérative agricole, discute avec les gens dans la rue, et loue, le temps d'une hospitalisation imprévue, le système de santé hérité du régime castriste ».

Jean Ziegler a participé aux travaux sur des déportés spoliés de leurs comptes bancaires en Suisse au profit de l'Allemagne nazie. Dans La Suisse, l'or et les morts (éditions du Seuil, 1997), Jean Ziegler explique comment les banquiers suisses ont contribué à financer la machine de guerre des nazis. « Sans les banquiers suisses, la Deuxième Guerre mondiale aurait été terminée plus tôt et des centaines de milliers d’être humains auraient eu la vie sauve. Ils ont fourni des milliards de francs suisses à Hitler, lui permettant d’acheter sur le marché mondial les matières premières stratégiques dont il avait besoin. Les profits astronomiques de la guerre ont ensuite fondé la puissance mondiale de la place financière helvétique. Des rapports de services secrets, surtout américains, récemment déclassifiés, révèlent la complicité active des banquiers suisses (marchands d’art, agent fiduciaire, bijoutiers, avocats d’affaires, etc.) qui ont recelé, « lavé » l’or que les SS avaient volé dans les banques centrales, les entreprises et les demeures privées des pays occupés, ou arrachés aux victimes des camps. Dans le même temps, le gouvernement suisse refoulait à ses frontières des dizaines de milliers de réfugiés juifs, les renvoyant parfois directement vers les bureaux SS. Jean Ziegler, l’un des meilleurs connaisseurs des rouages bancaires suisses, a mené l’enquête sur ces ahurissantes compromissions. Les documents sont accablants. Son livre – explosif, bourré de révélations et de récits à peine croyables – paraît simultanément en France et en Allemagne. »

« Nourri d'archives et d'entretiens réalisés entre 2015 et 2016, ce portrait éclairant revient sur les étapes marquantes de l'itinéraire politique du plus célèbre des altermondialistes suisses, de sa rencontre avec Sartre et « Che » Guevara, au milieu des années 1960, à ses missions actuelles pour l'ONU ». 

« Empruntant son titre à une citation du philosophe marxiste Antonio Gramsci (« Je suis pessimiste par l'intelligence et optimiste par la volonté »), le film que lui consacre le documentariste Nicolas Wadimoff, qui fut l'un de ses étudiants, ne laisse pas dans l'ombre erreurs et regrets, et met en lumière l'infatigable combat pour un monde plus juste d'un intellectuel qui, en une vingtaine d'ouvrages et plus un demi-siècle d'engagement, ne s'est pas fait que des amis ».

Ce documentaire a été présenté  le 1er décembre 2017 en ouverture de la 8e édition du Festival International du Cinéma d’Alger . C’était le deuxième documentaire du réalisateur suisse Nicolas Wadimoff diffusé en Algérie après la projection de son documentaire « Aisheen » sur la bande de Gaza, projeté lors des JCA (Journée Cinématographiques d’Alger) en 2011.


« Jean Ziegler, l’optimisme de la volonté » par Nicolas Wadimoff
France, Suisse, 2016
Sur Arte le 3 avril 2018 à 23 h

Visuels : © dreampixies 2016

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Les citations sur l'émission proviennent d'Arte. Cet article a été publié le 3 avril 2018.