Arte diffusera le 4 novembre 2026 à 21 h, dans le cadre du cycle Virginie Efira, « Les enfants des autres » de Rebecca Zlotowski, avec Virginie Efira et Roschdy Zem (Ali). « Rachel, 40 ans, tombe amoureuse d’Ali, père d’une fille de 5 ans, et doit composer avec son propre désir d’enfant. Rebecca Zlotowski signe un mélodrame plein de vie sur une belle-mère loin des clichés, avec une Virginie Efira plus lumineuse que jamais. »
Brigitte Bardot
« L’ami Fritz » par Jacques de Baroncelli
Léon Barsacq (1906-1969) : « Maquettes de décors de films »
« Un ami viendra ce soir » de Raymond Bernard
« L’ami Fritz » par Jacques de Baroncelli
Léon Barsacq (1906-1969) : « Maquettes de décors de films »
« Un ami viendra ce soir » de Raymond Bernard
Sami Frey
« 1940 - Main basse sur le cinéma français » de Pierre-Henri Gibert
Serge Gainsbourg (1928-1991)
« 1940 - Main basse sur le cinéma français » de Pierre-Henri Gibert
Serge Gainsbourg (1928-1991)
Gérard Oury (1919-2006)
« Charles Pathé et Léon Gaumont. Premiers géants du cinéma » par Emmanuelle Nobecourt
« Charles Pathé et Léon Gaumont. Premiers géants du cinéma » par Emmanuelle Nobecourt
Des studios Pathé-Albatros à l’Espace Albatros
Les Studios Éclair de 1907 à 2007
Tournages Paris-Berlin-Hollywood 1910-1939
Les Studios Éclair de 1907 à 2007
Tournages Paris-Berlin-Hollywood 1910-1939
« Les enfants des autres » de Rebecca Zlotowski
« Rachel, la quarantaine, professeure de français au lycée, mène à Paris une vie de célibataire active et épanouie. Elle aime sa vie : ses élèves du lycée, ses amis, ses ex, ses cours de guitare. Elle tombe amoureuse d’Ali, un homme qu’elle a rencontré à son cours de guitare. Ali est séparé de sa femme et père d’une petite fille de 5 ans, Leila. Rachel ne tarde pas à s’attacher à cette dernière, s’impliquant avec bonheur dans la vie familiale de son amant. Elle la borde, la soigne, et l’aime comme la sienne. Mais aimer les enfants des autres, c’est un risque à prendre. Elle qui, avec sa sœur cadette, a perdu sa mère il y a longtemps, se trouve bientôt confrontée à son propre désir d’enfant. »
« Avec Les enfants des autres, Rebecca Zlotowski (Grand central, Vie privée…) livre probablement son film le plus intime. »
« Bien que son titre évoque la thématique, rarement traitée, de la "belle-maternité" (le fait qu’il n’existe pas de mot pour la nommer est significatif), il apparaît avant tout comme le portrait d’une femme. Vivante, désirante, libre, Rachel se retrouve en butte aux questionnements qui surgissent au mi-temps de la vie, alors que pointe en elle le spectre de l’incomplétude. Quelle empreinte laisse-t-on derrière soi, chez les autres ? »
« Emmené par le bel allant du personnage, le film débute comme une romance sensuelle et légère, avant de ralentir, plus grave, à mesure que les doutes et les deuils font surface. Il instaure alors une forme de douceur méditative, préférant mettre en valeur la noblesse des comportements plutôt que les conflits archétypaux. »
« Aux côtés d’un Roschdy Zem parfait en amoureux attentif (et pas exempt de faiblesses), Virginie Efira emplit une fois de plus l’écran de son émouvante vitalité. »
« Un mélodrame contemporain qui réconforte, bercé par le jazz caressant de Rob, du groupe Phoenix, et émaillé d’apparitions savoureuses, comme celle de Frederick Wiseman en gynécologue. »
NOTE D'INTENTION DE LA RÉALISATRICE
REBECCA ZLOTOWSKI. Paris, le 8 juin 2022
« Rebecca Zlotowski est une scénariste et réalisatrice française née en 1980 à Paris.
Diplômée de l’Ecole Normale Supérieure et de la Fémis, agrégée de Lettres modernes, elle réalise Belle Epine (Semaine de la critique à Cannes, Prix Delluc du premier film, Prix du syndicat de la critique), Grand Central (en sélection officielle à Cannes), Planétarium, avec Natalie Portman, présenté à la Mostra de Venise, et Une fille Facile (Prix SACD à la Quinzaine des réalisateurs à Cannes). Sa mini-série, Les Sauvages, adaptée du roman de Sabri Louatah et diffusée sur Canal Plus, obtient le Prix de la meilleure série au syndicat de la critique.
Elle vit et travaille à Paris. Les Enfants des Autres est son cinquième long métrage ».
« J’ai commencé par adapter le roman de Romain Gary, Au-delà de cette limite votre ticket n’est plus valable. Un roman qui regardait en face et sans détour l’impuissance d’un homme. Mais quelque chose résistait. Non pas que je n’arrivais pas à me projeter dans cet homme qui n’arrivait plus à bander ou craignait de ne plus… Mais peut-être parce que je m’y projetais trop. Et progressivement m’est apparue ma propre impuissance, celle d’une femme de 40 ans sans enfants qui en désire un et élève en partie ceux d’un autre, ceux d’une autre.
Une belle-mère, sans être mère elle-même. Aussi banale, douloureuse et honteuse que l’impuissance masculine, cette situation n’en était pas moins le point de départ d’une histoire digne d’être racontée. Elle avait été peu racontée.
Pas même vraiment nommée. Car le lien qui peut nous unir aux enfants d’un autre, homme aimé dont on partage la vie et donc la famille, m’a semblé non seulement ne pas posséder de nom, (on parle de maternité, de paternité, pas de belle-maternité, de belle-paternité), mais aussi être orphelin de représentation.
Il y avait une sorte de trou entre la représentation du dessin animé, la méchante belle-mère des films Disney, héritière d’un monde dans lequel les femmes mouraient en couches et étaient remplacées par des « malgré-elles », des jeunes femmes mal équipées pour aimer des enfants qui n’étaient pas les leurs, des fardeaux, et de l’autre la belle-mère débordée des familles recomposées des comédies romantiques plus ou moins réussies.
Où était cette femme qui nouait un lien intime et précieux avec des enfants, les élevait une semaine sur deux pendant quelques années, sans en avoir elle-même, en acceptant de prendre le risque de devoir nécessairement s’effacer de l’équation une fois la relation amoureuse avec leur père finie ? Que faisait-on de ce lien quand il pèse sur une décision amoureuse ? Comment vivre dans la même ville que ceux qu’on a bordés, aimés, soignés, mais qui ont déjà d’autres protagonistes dans leur vie ?
J’ai voulu écrire le film de ce personnage secondaire du récit avec les outils du cinéma. Un cinéma de personnage secondaire, contre un certain cinéma de protagonistes, vivant passions et excès dans la brûlure et le conflit. Faire triompher une autre grille d’émotions : l’amitié entre hommes et femmes, la tendresse entre femmes, le dépit davantage que la trahison, la mélancolie des rendez-vous ratés avec l’existence, mais aussi l’excitation des rendez-vous réussis avec le désir, l’érotisme, la joie consolatrice. Les amours de transition, ceux qu’on vit entre deux grandes histoires, et que les américains appellent les « rebonds ». La rebond girl, le rebond boy.
J’ai pensé Les Enfants des Autres dans sa dimension mélodique, littéraire. Il faut lire pleinement tous les fondus au noir, les ouvertures à l’iris, les cieux dans lesquels les saisons passent, comme des chapitres d’un compte à rebours lancé dans la vie d’une femme, d’un couple, son désir.
J’ai beaucoup pensé à certaines études de mœurs dans lesquelles les américains ont si bien excellé, Shoot the moon d’Alan Parker, Kramer contre Kramer, Une femme Libre... Des films définitifs sur des expériences banales, collectives. Avec une forme de générosité musicale et de simplicité classique dans la construction, une modestie dans la peinture de ces relations qui se nouent, se délitent, se brisent et luttent.
Les Enfants des Autres doit quasiment tout à ses interprètes, ça n’est pas le cas de chaque film. Roschdy Zem, mon grand allié depuis Les Sauvages, Chiara Mastroianni, qui a accepté de venir pour quelques scènes car en les tournant nous nous disions qu’on déjouait la règle selon laquelle il n’y a souvent de place que pour un seul grand rôle féminin, pas deux.
Le film a surtout réparé - et j’allais dire vengé ! - le rendez-vous raté il y a des années avec Virginie Efira, qui apporte ici son « cerveau érotique », pour reprendre l’expression de la romancière Anne Berest (qui joue dans le film elle aussi). Son intelligence de jeu, sa générosité, sa dignité en faisaient l’héritière des figures de ces études de mœurs dont l’ombre planait, tutélaire, au-dessus du film : Jill Clayburgh, Meryl Streep, Diane Keaton. Des femmes qui m’émeuvent et en qui je me reconnais, pour qui la féminité n’est pas une donnée, mais leur propre invention. Démarche, diction, réactions, séduction : il n’y a pas d’en-soi de la féminité chez Virginie, mais une volonté, farouche et obstinée, de l’être. De construire la personne qu’on veut être. Et je l’ai aimée.
Par une ironie du sort, alors que je ne l’espérais plus, j’ai découvert en préparation que j’étais enceinte et j’ai tourné ce film en attendant un enfant qui est né quelques jours après la fin du mixage. J’ai eu la sensation de filmer cette lettre d’amour, de solidarité aux femmes sans enfant -des nulli-pares, comme disent les médecins - tout en n’appartenant déjà plus tout à fait à leur communauté, sans appartenir encore à l’autre.
J’ai voulu faire, avec Les Enfants des Autres, un film qui m’avait tout simplement manqué. »
ENTRETIEN AVEC VIRGINIE EFIRA
« Qu’est-ce que le titre Les Enfants des autres vous a évoqué à la lecture du scénario ?
L’idée d’un personnage peu souvent regardé au cinéma. La belle-mère, celle qui s’occupe des enfants des autres est habituellement un personnage secondaire, plutôt utilitaire. Rebecca a décidé de la mettre au premier plan. D’ausculter ce lien entre ce personnage périphérique et une famille « d’adoption », de manière centrale. Elle s’attaque en même temps à un personnage classique, mais jamais vu de cette façon là, et à la question de la féminité. Elle place Rachel au cœur de cette histoire totalement contemporaine. Elle est arrivée à faire ce que disait Flaubert : « pour qu’une chose soit intéressante, il suffit qu’elle soit regardée longtemps ». Il y a vraiment ça avec mon personnage qui n’est ni une folle, ni une originale anticonformiste. C’est quelqu’un d’assez normal, de discret, et Rebecca la regarde longuement en tant que telle. Elle la dévoile selon tous les points de vue : celui de sa libido, de ses rapports familiaux, de ses amis, de sa relation avec cette enfant d’un autre aussi, car lorsque j’évoque la réserve émouvante de Rachel, ce n’est pas juste à propos de la maternité, mais aussi de sa part féminine.
Vous avez ressenti cela dès la lecture du scénario ?
Quand je l’ai lu ce qui m’a émue ce sont des choses en creux, c’est ce que j’appelle le petit endroit, celui de ne pas avoir trop de problèmes à se mettre naturellement en retrait, derrière les autres, et en l’occurrence derrière quelqu’un, cet homme qu’elle aime et à qui elle dit en faisant cela : « prends la place ». Elle est intéressante Rachel à ne pas vouloir à tout prix la première place, celle de LA mère, à chercher à rester en retrait par rapport à elle-même et aussi par moments dans ses rapports amoureux.
Parlez-nous justement de votre partenaire de jeu, Roschdy Zem ?
C’est merveilleux ce Roschdy qui se réinvente sans cesse ! Il fait des choses dans le film qu’il n’aurait jamais fait avant. J’aime son travail depuis très longtemps. C’est quelqu’un qui a une curiosité qui fait qu’il échappe à la mode, à la certitude du moment bien encadrée. Il cherche, il ne sait pas exactement qui il est, et ça c’est merveilleux, surtout quand on voit la grande qualité de sa carrière. Il est dans un perpétuel étonnement, un émerveillement. On ne se connaissait pas vraiment, même si je voyais à travers ses rôles la force inouïe qui émane de lui. On s’est très bien entendu. Je croyais à notre couple à l’écran. Je vois aussi une manière d’être un homme, car il dégage quelque chose de tangible. C’était en correspondance avec le cinéma de Rebecca sur la façon dont elle voulait raconter son histoire. Lui et moi sommes assez concrets, ça inscrit le récit à un endroit qui n’est pas éthéré, mais organique, et peut-être que cela nous a permis d’échanger de manière fluide. Il n’y a aucun déchet égocentrique dans ce qu’il laisse. Il est assez délesté de ça. Il avait envie de plonger dans cette histoire là, d’où la mise à nue dans tous les sens du terme.
Rachel est aussi un personnage qui se met à nu dans tous les sens du terme.
La nudité au cinéma n’est pas complètement neuve en ce qui me concerne ! Mais c’est la première fois que je fais une scène nue qui est drôle, parce que le corps a des parties molles et quand on s’agite dans tous les sens, c’est amusant ! Cette scène nue n’a aucune vocation sexuelle, et du coup, c’est très divertissant à tourner, mais aussi très intimidant. J’étais nue dehors, il y a des gens qui pouvaient me voir, je ne pouvais pas par exemple me couvrir du corps de l’autre, ou de l’érotisme d’une scène comme cela m’est arrivée dans d’autres films. Ici, on est juste là, comme un petit ver tout nu, à s’agiter dans tous les sens. Oui, c’était très comique.
C’est difficile de filmer la nudité, moi ça ne m’intéresse que lorsque ça intéresse au plus haut point la réalisatrice ou le réalisateur, et donc trouver le langage particulier du corps, la façon précise de se mouvoir, ressentir qu’on est tous ensemble, dans le même film, de façon quasi religieuse, transcendée, et se dire qu’on est en train d’accomplir quelque chose qui est plus haut que nous.
Cela tient dans la direction d’acteurs de Rebecca Zlotowski ?
C’est mu par le caractère et la détermination de Rebecca. Il y a une assurance dans ce qu’elle veut voir, là où elle veut nous emmener. Elle possède une forme d’énergie qui donne envie de la suivre, de livrer plus. C’est un regard extrêmement gourmand, un encouragement systématique à aller chercher plus loin, à voir que ça avance. Elle ne pousse jamais l’acteur dans l’idée de vouloir bien faire, il s’agit plus directement de faire ! Elle est très forte à ça. Elle donne aussi des clés de cinéma, qui ne sont pas de l’ordre de la psychologie. Par exemple, la scène de la rencontre entre mon personnage et celui de Roschdy Zem, Ali, moi je voulais ajouter des tas de petits trucs, et elle a tout résumé par une image débarrassée de tout, en me disant « Je veux que ce soit comme sur un tapis roulant ». Rebecca, c’est une très grande douceur et une forme d’autorité. Et elle empêche aussi toute sacralisation du moment. Et puis quand on partage les mêmes goûts, il y a une évidence de pensée. Roschdy, moi, et elle, on travaillait en os-mose.
Comment avez-vous travaillé la silhouette de Rachel ?
Au départ sur les costumes on cherchait dans des directions opposées avec Rebecca, avant de finalement définir une silhouette commune. Quand on parlait ensemble de Rachel, on pouvait par exemple définir un geste de la main dans mes cheveux, à la façon dont une actrice comme Julia Roberts pourrait le faire dans ses films, c’est-à-dire une grande chevelure bouclée qu’il faut retenir pour dégager son visage
Et ensuite ?
Il fallait trouver un style qui m’aide à comprendre Rachel, qui est prof de français au lycée. D’abord on l’a un peu chargé de sens, puis on a enlevé beaucoup, beaucoup, de choses. Plus que le costume, Rachel c’est une manière de bouger en perpétuelle corrélation avec sa manière de penser. Il fallait trouver son niveau d’énergie. On vole toujours des choses à son metteur en scène, j’ai pris à Rebecca des petits éléments physiques révélateurs de sa rapidité de penser. Elle a sur le plateau cette assurance assez forte, marquée, que j’ai aussi d’une certaine manière, même si je parle aussi de mes complexes. Il n’y a pas l’apparence de la fragilité, ni chez elle, ni chez moi, enfin pas beaucoup. Tout cela est surtout une question de gestuelle trahissant un langage affectif, sensoriel, et pas forcément intellectuel.
Et des films aussi ?
Oui. Rebecca m’a montré des films avec Diane Keaton, ce qui m’a beaucoup inspirée, encore une fois pour l’attitude corporelle de Rachel. Il y a chez Keaton une mobilité du visage, une forme de politesse du sourire, qui est aussi dans mon personnage : la politesse du sourire, l’importance du rire également. J’ai été particulièrement marquée par Shoot the moon d’Alan Parker. C’est du cinéma américain populaire, accessible, exigeant et profond, qui maintient en permanence son propos à une certaine hauteur. Les films, c’étaient pour Rebecca et moi, des manières supplémentaires de se rejoindre, de partager un regard. Elle me laissait libre de prendre, d’utiliser, ou pas, ce que je voulais de ce que j’avais vu par exemple dans le jeu d’actrice de Diane Keaton.
Et puis il y a les films que vous avez en tête, et évidemment pour moi il y avait Claude Sautet et Romy Schneider. Je pense à Une histoire simple, où Schneider regarde les hommes avec une forme de compréhension amusée et distante, mais pas du tout dans le côté : « ces hommes, tous des salauds, mais on leur pardonnera tout », non chez Sautet comme dans Les Enfants des autres c’est plutôt un regard féminin qui ne cherche ni ne demande rien aux hommes, mais qui constate sans juger.
Et féministe aussi ?
D’une certaine façon oui. Qu’est-ce qu’un film féministe ? C’est un film qui regarde justement longtemps et bien une femme, en lui donnant une position complexe. Le film est totalement ça, véritablement ça, et d’une manière à la fois extrêmement contemporaine et qui s’adresse à tous. C’est aussi un film populaire qui traite un sujet rare et accessible sur la maternité, sur cette possibilité pour les femmes d’appartenir à ce grand lieu commun qui est celui d’être mère. On aborde aussi une période, l’idée que : si je veux être mère, je ne peux pas le décider à soixante-huit ans. C’est une réalité à laquelle aucune femme n’échappe, à laquelle il faut bien se résoudre, alors qu’est-ce qu’on en fait ?
C’est ce qui comptait le plus pour vous : aborder ce compte à rebours qui fait que passé un certain âge, une femme ne peut plus être mère ?
Pas seulement. Pour moi, plus que le rapport à la maternité, le film me percute de manière plus globale sur cette idée : qu’est-ce qui passe et qu’est-ce qui reste dans cette vie longue et courte ? Il s’agit non seulement dans le film, pour Rachel de trouver sa place, comprendre qui elle est, ce qui est quelque chose de complexe, mais aussi de trouver une place auprès d’un enfant dont on n’est pas la mère, et ça, c’est encore autre chose. Est-ce qu’on met ses deux pieds dedans ou pas ? On est en déséquilibre constant par souci permanent de respecter l’enfant. On est obligé d’attendre qu’on vous donne une place, et ensuite, c’est difficile d’oser la prendre. Rachel essaie de s’inscrire dans la vie de cette enfant, et évidemment sans jamais de rivalité entre mon personnage et celui de la mère de l’enfant. Ce n’est pas le sujet.
Quel est le sujet ?
Il y a ce grand désir organique de vouloir être mère, que Rebecca arrive à très très bien traiter. Il est complexe ce moment où il reste peu de temps. Et il y a encore une fois, ce lien tissé avec un enfant qui n’est pas le sien, qui est assez prodigieux et forcément fragile parce qu’on ne sait jamais à quel moment il peut se briser. C’est un lien toujours en suspens. Comment on fait alors pour être pleinement soi-même quand on est dans cette situation ? Quels sont vos droits après ? Comment on dit au revoir ? Comment on rentre dans l’intimité d’une famille qui n’est pas au départ la vôtre ? Rebecca arrive à rendre cette espèce d’état perpétuellement sur le qui-vive, celui d’essayer de bien faire, de tisser un lien. A titre personnel, ce lien avec un enfant qui n’est pas le vôtre, est quelque chose que j’adorais très très très fort. Je me demande même si parfois je ne choisissais pas des hommes parce qu’ils avaient des enfants. J’aimais bien voir l’homme dans cette situation-là, peut-être parce que je pensais pouvoir être utile, peut-être aussi parce que ça me mettait dans cette fameuse position de me tenir « derrière » ce lien.
Est-ce un film qui marque plus que d’autres ?
Complètement, complètement ! En le faisant et en le voyant. Rebecca va totalement au bout de ce qu’elle veut faire et elle le fait en vous laissant une liberté de propositions réelle. En découvrant le film, j’ai vu cette politesse du sourire dont je n’avais pris conscience à ce point. Je rigole tout le temps ! C’est très beau. Et puis c’est un film aussi sur le courage vu de façon extrêmement simple. Rachel n’est pas quelqu’un qui sauve des vies, elle a le courage de vivre sa vie avec une forme de dignité très limpide que je trouve belle et que l’homme qu’elle aime ne voit pas toujours. Il ne comprend pas entièrement l’investissement de Rachel par rapport à cette enfant, l’importance pour elle de cet engagement.
Et pour conclure ?
J’aime le rapport à la vie de mon personnage. J’aime comment elle circule dans la ville, comment elle lui appartient. Comment on traverse une route ? Est-ce qu’on court ou pas ? Est-ce qu’on attend au rouge ? Comment s’élance-t-on dans la vie ? J’aime ses amies qui arrivent pour manger, j’aime qu’elle soit au téléphone… Tout est fluide, extrêmement sensoriel. »
"Revoir Paris, Benedetta, Sybil, Les enfants des autres, Vie privée… : les films de Virginie Efira révèlent une actrice qui oscille entre une grande solidité terrienne et une vulnérabilité prête à tout remettre en cause en permanence. La comédienne décrypte comment elle travaille entre ces deux pôles, paradoxalement très complémentaires."
ENTRETIEN AVEC ROSCHDY ZEM
« Comment voyez-vous Ali, votre personnage ?
J’avais une vision assez proche de celle de Rebecca Zlotowski, la réalisatrice. Ali est un homme de son temps. Il arrive à un âge où il se pose des questions existentielles sur son avenir : continuer à perpétrer une descendance, ou, au contraire, arrêter, profiter de la vie. Toutes ces questions, je les connais. Je les ai traversées. Aujourd’hui nous sommes dans une ère où être un homme ce n’est plus appartenir à un schéma classique. Tout est désormais possible, quitte à ce que les choses soient perturbantes pour un esprit masculin comme celui d’Ali. Il se pose beaucoup de questions sur ce qui fait sa réalité, ses désirs, ses objectifs, contrairement à la génération de ses parents pour laquelle tout était clairement tracé. Ali est l’incarnation de tout ça, c’est un quadragénaire du 21e siècle.
Il est moderne uniquement en cela ?
Pas seulement. Il est également moderne par sa part féminine, c’est le personnage le plus féminin que j’ai eu à interpréter. Et ça c’est la modernité de la pensée de Rebecca. Dans ce film, on a le sentiment qu’on a inversé les rôles que l’on s’était habitué à voir au cinéma.
Ici, c’est l’homme qui est seul avec un enfant.
Le soir il fait à manger. Il va coucher sa petite fille… Cette image est d’ordinaire réservée aux personnages de femmes, au cinéma et dans la vie. Le film brise ce schéma, se pose en rupture avec ça. La personne qui vient s’imbriquer au sein de ce couple, c’est la femme. C’est elle qui doit s’adapter à sa situation familiale à lui.
La part féminine de votre personnage se ressent dans la façon dont il se vêt.
Oui, ça passe déjà par le choix des costumes. Il fallait choisir des costumes qui ne me grandissent pas, qui ne renforcent pas ma carrure, et même, qui m’adoucissent. C’est ce qu’on cherchait : quelque chose de très doux, de sensible, de délicat, voire de maladroit. Rebecca a tout de suite eu l’idée d’affiner un peu tout dans ma mise, surtout ne pas me faire porter de bottes à l’aspect trop massif, trop viril, ni de gros manteau, mais seulement des affaires qui décèlent quelque chose d’infiniment vulnérable chez Ali. Rebecca tenait aussi à ce que la catégorie socio professionnelle, Ali est ingénieur, soit décelable à travers le vêtement, qu’on sente le côté tangible de mon personnage. Ça lui tenait à cœur que je porte une cravate au travail. On ne m’a pas souvent vu porter la cravate…
En quoi Rebecca Zlotowski s’est-elle inspirée de vous pour construire votre personnage ?
Avec Rebecca, nous nous connaissons bien, nous avons fait ensemble la série Les Sauvages. Elle a ensuite commencé à écrire l’adaptation cinématographique du roman de Romain Gary, Au-delà de cette limite votre ticket n’est plus valable, dans lequel je devais assurer le rôle principal. Curieusement cette histoire s’est transformée en portrait plus féminin, à la première personne, et c’est devenu Les Enfants des autres, dans lequel elle a écrit le rôle d’Ali, en pensant à moi. Elle a réussi à faire un amalgame entre l’homme que je suis, et les hommes qu’elle a pu rencontrer. A travers Ali, j’ai décelé plusieurs personnalités incarnées dans un seul personnage. Rien dans ce qu’elle m’a demandé de faire, ne m’est apparu incohérent ou invraisemblable. Encore une fois Ali est le rôle qui m’a fait me poser le plus de questions. Je comprends tout ce qu’il fait, même si je ne partage pas forcément tous ses choix. Et j’aime aussi cette espèce de paradoxe de rencontrer la femme idéale tout en se posant des questions sur la viabilité de leur existence à deux.
L’intimité du couple est aussi filmée de façon très moderne, notamment dans ses moments les plus nus. Comment avez-vous interprété cela ?
La nudité, on en a parlé très rapidement. J’y ai rarement été confronté au cinéma. Je ne me sentais pas prêt. Aujourd’hui ça passe plus facilement surtout grâce au regard de Rebecca qui me confronte à toutes les facettes de mon personnage. Je me sens en confiance. La nudité c’est encore questionner cette idée de féminité de ce rôle, son abandon. La scène où on me voit nu sous la douche, c’est lui qui prend sa douche, et c’est lui qui est maté par la femme qu’il aime, et qui l’aime. Là aussi les rôles sont inversés par rapport à ce que le cinéma en général nous renvoie. J’étais heureux d’être le témoin actif de ça. J’ai l’impression de participer à un renouveau, un changement de vision au cinéma. J’étais au service de ça. Ça m’a ravi, avec le parcours qui est le mien. Les femmes prennent la place qu’elles doivent occuper dans la société. Au cinéma, en tant que réalisatrices, elles apportent autre chose. Je suis content d’être sollicité par elles. Je suis content d’en être. Elles m’emmènent dans un ailleurs auquel je n’ai jamais été confronté auparavant. Je ne suis plus par exemple ce personnage de cinéma marmoréen. Il y a même par-fois dans le film de Rebecca, des séquences où je me sens dominé sentimentalement.
Qu’apporte à Ali le fait d’être musicien ?
Ali est un musicien amateur, son métier est d’être un cadre supérieur. C’est son hobby. Sa part de solitude partagée avec les autres. La musique, ça n’a pas été évident pour moi. J’aime la guitare, j’en joue beaucoup, mais je suis très très mauvais. Avec Virginie Efira, on a dû apprendre un morceau très compliqué à jouer. On s’est entrainés longtemps, et la séquence finalement a disparu ! Mais, mine de rien, ce rapport à la musique nous a rapproché un peu plus de nos personnages, nous a permis de nous rassembler et c’est indispensable, surtout quand vous avez affaire à une actrice que vous ne connaissez absolument pas.
Comment s’est passé alors le tournage avec Virginie Efira ?
On n’est pas loin de la partenaire parfaite. On se sent bien avec elle. Elle est là pour travailler, mais aussi pour échanger avec générosité et humour, tout en étant toujours ancrée dans la réalité. C’est assez beau à voir. Sur un plateau de cinéma, elle maintient un lien très fort avec la vie réelle, ça me rassure beaucoup. Elle faisait venir sa fille à chaque fin de journée de tournage pour faire ses devoirs dans la loge. Ça me bouleverse. Je sens chez elle quelque chose auquel je suis très attaché : ce sentiment, cette conscience de vivre dans des conditions de vie privilégiées qu’induit notre métier, et ça me séduit beaucoup. C’est une partenaire de jeu exceptionnelle. Je comprends qu’elle ait du succès. Elle a et le talent, et le comportement qui va avec. Elle a un côté girl next door. Elle est comme toutes les femmes de sa génération.
Elle est aussi au service du film. Elle va jusqu’au bout, c’est ce que j’aime. Et ce qui fait sa force, c’est qu’elle ne souffre pas. Elle donne beaucoup quand elle joue, elle y laisse beaucoup d’énergie et ça c’est quelque chose auquel je suis très attaché, mais elle fixe ses limites et cette limite-là, ne pas souffrir, est essentielle pour continuer. Je fais partie de ceux qui pensent qu’il ne faut pas souffrir pour interpréter un rôle.
Qu’avez-vous découvert en voyant le film ?
Le résultat du travail effectué avec l’enfant qui joue ma fille. Quand Rebecca a choisi la petite Callie Ferreira-Goncalves, c’était une enfant très réservée, très timide. Ça m’a désarçonné. Comment allait-elle s’épanouir sur un plateau de cinéma ? La patience de Rebecca a été totalement magique et efficiente sur le plateau. Callie entre deux prises était souvent blottie dans les bras de sa maman, mais dès qu’elle tournait elle devenait très ouverte. Elle apporte au final quelque chose de magique elle aussi. Elle arrive avec toute sa fragilité et chaque moment qu’elle a donné, était comme un cadeau.
Le fait d’être père vous-même, vous a-t-il servi ?
Etre père, je le vis. Je sais que j’ai ça en moi : m’adresser à un enfant, l’aimer, le coucher, être agacé aussi par un enfant… Tout ça, je connais, alors je ne théorise pas là-dessus. Je n’en ai pas besoin. C’est ancré. C’est ma mémoire qui fait le reste.
Que pensez-vous du sujet du film autour de ces femmes de quarante ans, en quête de maternité, dont la société perçoit rarement la souffrance ?
J’étais témoin indirect de ça. Je suis très proche de Rebecca. C’est très délicat, très difficile, ce qu’on demande aux femmes. Elles doivent être parties prenantes professionnellement de la société, et fonder une famille, avoir des enfants. Ce n’est pas si simple quand on est une femme de construire une carrière accomplie, et savoir que l’épanouissement personnel et maternel n’est possible que jusqu’à un certain âge. Nous, les hommes, nous n’y pensons pas. Nous ne sommes pas du tout conscients de ça car nous ne sommes jamais confrontés à cette situation. Ce film est important car il permet de parler de tout ça. On s’aperçoit, quand on en discute autour de soi, à quel point c’est un vrai sujet, et à quel point les femmes y font face. On n’aurait pas pu réaliser cette histoire il y a vingt ans, car personne ne tenait compte de ce sujet. Je suis, j’étais témoin de ça et je l’avoue je n’aurais jamais pensé voir cette histoire au cinéma. C’est un sujet qui, en tant qu’hommes, nous échappe totalement. On n’est pas assez généreux.
Y a-t-il une phrase ou une formule que vous retenez du film ?
Une phrase je ne sais pas, mais il y a quelque chose que je trouve toujours très perturbant, c’est cette décision que mon personnage prend, mais pas pour lui, « pour la petite ». Cette formule est terrible « pour la petite ». On ne peut pas infliger ça à un enfant. C’est lui faire reposer sur ses épaules de façon incroyablement lourde, toute la responsabilité de la situation de son père. C’est un poids énorme et déplacé pour une enfant. Que va-t-elle en faire une fois qu’elle sera adulte ? Comment un père peut en articulant cette formule dire en quelques sortes à son enfant : « tu vois ce que je suis en train de faire pour toi » ?
Finalement, Ali ?
Pour moi, en tant qu’acteur et en tant qu’homme, interpréter le personnage d’Ali, c’est dix fois plus intéressant que tout ce que l’on pourrait me proposer aujourd’hui. C’est dire que les hommes actuels ne sont pas plus forts que les femmes, qu’il ne s’agit plus de se reposer sur eux les yeux fermés, car oui, on peut déconner, ne pas être à la hauteur, comme n’importe qui. Cela a toujours été le cas, mais ce film enfin le montre. »
« Les enfants des autres » de Rebecca Zlotowski
France, 2022, 1 h 39
Production : Les Films Velvet, France 3 Cinéma
Producteur : Frédéric Jouve
Scénario : Rebecca Zlotowski
Image : Georges Lechaptois
Montage : Géraldine Mangenot
Musique : ROB
Avec Virginie Efira (Rachel), Roschdy Zem (Ali), Callie Ferreira-Goncalves (Leïla), Chiara Mastroianni (Alice), Yamée Couture (Louana)
Sur Arte les 4 novembre 2026 à 21 h, 09 novembre 2026 à 13 h 30, 25 novembre 2026 à 13 h 35
Sur arte.tv du 04/11/2026 au 03/12/2026
Visuels :
© les films Velvet - George Lechaptois
© Julian Torres
France, 2026, 53 mn
Entretien mené par Olivier Père
Sur arte.tv du 13/10/2026 au 14/10/2029
Articles sur ce blog concernant :
Les citations sur le film proviennent d'Arte et du dossier de presse.






















