Citations

« Le goût de la vérité n’empêche pas la prise de parti. » (Albert Camus)
« La lucidité est la blessure la plus rapprochée du Soleil. » (René Char).
« Il faut commencer par le commencement, et le commencement de tout est le courage. » (Vladimir Jankélévitch)
« Notre métier n’est pas de faire plaisir, non plus de faire du tort. Il est de porter la plume dans la plaie. » (Albert Londres)
« Le plus difficile n'est pas de dire ce que l'on voit, mais d'accepter de voir ce que l'on voit. » (Charles Péguy)

lundi 20 août 2018

« L’appel de Gaza. L'impossible retour de Nidal ? »


Arte diffusera le 20 août 2018, dans le cadre d’« ARTE Regards » (Re: Eine unmögliche Reise?), « L’appel de Gaza. L'impossible retour de Nidal ? » (Nidal will zurück nach Gaza). Installé en Allemagne, Nidal veut retourner voir sa famille vivant à Gaza, et avoir l'assurance de pouvoir retourner à Berlin...


« Nidal est germano-palestinien. Il a quitté Gaza à l’âge de 4 ans et n'a revu ni ses parents, ni ses dix frères et sœurs depuis. Sa famille a vécu trois guerres en quelques années. Pourquoi ne pas ajouter que les Israéliens eux aussi ont subi ces guerres causées par les tirs du Hamas ?

2007 : reporter, Nidal a perdu une jambe dans la bande de Gaza. Son véhicule a été touché par un missile, et est tombé dans un ravin. La jambe droite de Nidal est broyée dans la chute. Une prise en charge par le média auquel il collaborait assure son transfert pour être opéré en urgence dans un hôpital israélien. A 14 h, il rejoint la frontière et au point de passage. L'ambulance israélienne arrive à minuit. Pour survivre, Nidal accepte d'être amputé, de porter une prothèse. Il mène vie normale et éprouve une joie de vivre. 

2010. Nidal obtient une bourse, et part à Berlin, devenue sa ville d'adoption. "Ancien reporter, Nidal s’est construit une existence paisible à Berlin, où il tient un café ». Un "QG de la scène artistique" appelé le Bulbul Café (Café Rossignol). 

« Mais l’absence de sa famille restée à Gaza le hante et alors que la situation entre Israël et Gaza empire, il décide de vendre son café et de retourner dans sa ville natale ». Il pressent qu'une "nouvelle guerre va arriver. Si jamais il arrivait quelque chose [à ma famille], j'en aurais le cœur brisé". Nidal "vend son café du jour au lendemain". L’appartement est sous-loué pendant quelques semaines. Sa chienne sera gardée par des amis.

Il y a trois ans il pouvait encore passer par Israël. Mais depuis, les tensions entre Israéliens et Palestiniens se sont aggravées. On peut se rendre dans la bande de Gaza par Erez, si l'on dispose d'un laissez-passer spécial, ou par Rafah.

Nidal se rend à Amman, en Jordanie. Il achète des vêtements pour ses cinq sœurs. Il espère traverser la frontière vers Israël avec son passeport allemand, compte traverser les territoires disputés et rejoindre Gaza. Les douaniers jordaniens acceptent son passeport allemand. Côté israélien : problème. "Nidal doit faire demi-tour, direction la Jordanie".

A Amman, Nidal est hébergé chez des amis. Il tente d'obtenir l'autorisation d'aller dans la bande de Gaza. Mais cela risque d'être considéré comme un "retour au pays", un Aller simple. C'est un dilemme rapide pour Nidal : Israël accepte sa demande de se rendre dans la bande de Gaza et tamponne son passeport allemand. Ce qui est légal. Mais Nidal le regrette car il ne pourra plus utiliser ce passeport dans la région.

Un bus doit conduire Nidal à Gaza. Mais Nidal refuse, car il exige l'assurance de pouvoir quitter Gaza afin de retourner en Allemagne. Ironie de l'histoire : un des soldats israéliens qui l'interroge revient d'Allemagne pour effectuer son service militaire.

Retour de Nidal à Amman. "De quoi Israël a-t-il peur", s'interroge Nidal.

"Le Hamas dirige la bande de Gaza. Une fois que Nidal sera dans la bande de Gaza, vous saurez ce qu'il fera ? Si quelqu'un essayait de la manipuler ? Cela prend du temps de vérifier", explique Grisha Yakuvovich. "Pour Israël, tout est affaire de sécurité".

L'équipe du reportage décide de remettre les cadeaux à la famille de Nidal qui vit dans un quartier calme. Les parents ont 11 enfants et 18 petits-enfants. L'échange entre Nidal et sa famille se résumera à l'appel téléphonique quotidien. Les femmes portent le foulard islamique. Sept des frères et sœurs de Nidal ont des diplômes universitaires. La mère a été la seule à avoir l'autorisation de rendre visite à Nidal à Berlin. pas de travail, pas d'enseignement de qualité", déplore une sœur de Nidal. Jamal renchérit : "Les cadeaux ne nous suffisent pas. Rien ne peut remplacer la présence de Nidal. C'est triste. Mais on n'y peut rien".

Depuis 2007, un blocus économique par l'Egypte et Israël. La corruption pèse sur les Gazaouis. Comment faire pour sortir ? "On ne peut pas, à moins que sa demande soit sélectionnée par un Comité gazaoui dirigé par Isramel Khateb qui avance : "Nous avons une autorisation pour qu'il puisse entrer dans la bande de Gaza. Entrer est tout aussi difficile que sortir de la bande de Gaza".

Homosexuels, chrétiens et autres Gazaouis... Ils sont nombreux à vouloir quitter une zone sous la férule du mouvement terroriste islamiste Hamas. Selon al Jazeera, les officiers égyptiens exigeaient en 2016 jusqu'à 10 000 dollars pour remettre une autorisation pour traverser à Rafah.

Nidal revient à Berlin, chaleureusement accueilli par sa chienne :  "Ma famille m'a dit de ne pas venir car elle voulait que je rentre à Berlin. Je vais continuer à y croire et bientôt je reverrai ma famille".

Il est touchant qu'un adulte souhaite revoir sa famille, mais rien n'empêchait Nidal de se rendre dans la bande de Gaza auparavant, notamment par le côté égyptien.

Enfin, ce reportage présente des vues d'une ville gazaouie moderne, avec ses gratte-ciels. Ce qui nous épargne le misérabilisme de la propagande anti-israélienne.


Allemagne, 2018, 30 min
Sur Arte le 20 août 2018 à 13 h

Articles sur ce blog concernant :
Articles in English
Les citations proviennent d'Arte.

samedi 18 août 2018

Photos ensevelies du ghetto de Łódź – Henryk Ross

  
Le Museum of Jewish Heritage présente l’exposition Memory Unearthed. The Lodz Ghetto Photographs of Henryk Ross (Souvenirs déterrés : les photographies du ghetto de Łódź de Henryk Ross) réunissant des photographies d’Henryk Ross (1910-1991), « miraculeusement conservées », et qui « dévoilent la vie » du ghetto de Łódź (Pologne) « dans ses moments les plus intimes et les plus dramatiques ». Environ 95% des Juifs du ghetto seront assassinés lors de la Shoah (Holocaust), dans les camps d’Auschwitz et de Chelmno. Un site Internet montre ces témoignages bouleversants.

En 1939, à la veille de la Seconde Guerre mondiale, Łódź est « la plus grande ville industrielle de Pologne ». Une activité qui se concentre essentiellement sur le textile.

160 000 Juifs dans le ghetto de Łódź
« Comme dans de nombreuses villes d’Europe centrale » occupée par le IIIe Reich allemand, les nazis créent un ghetto à Łódź dès février 1940 : c’est « le premier dans l’ordre chronologique et le second, après celui de Varsovie, par l’importance numérique », a rappelé Primo Levi (1919-1987), chimiste et écrivain italien survivant d’Auschwitz.

Dans le ghetto de Łódź, sont alors enfermés 160 000 Juifs.

Dissous à l’automne 1944 – 75 000 Juifs y survivaient alors -, ce ghetto a duré plus de quatre ans, soit « la plus longue existence ».

Cette longévité s’explique par « l’importance économique du lieu organisé en camp de travail - un réseau de 117 ateliers employaient 95% des adultes - et la personnalité de son président, le doyen Haïm Rumkovski », chef du Judenrat, et personnage critiqué, controversé, placé sous l’autorité du dirigeant nazi Hans Biebow.

Le 19 janvier 1945, le ghetto a été libéré par l'Armée Rouge. Moins de 800 Juifs y survivaient alors, en se cachant parmi les ruines.

Cette exceptionnelle durée a permis que nombre de Juifs témoignent, par des écrits - Chroniques quotidiennes du ghetto de Łódź (environ 6 000 pages) rédigées par des membres du Département des archives - ou par des photographies – « troublantes images » d’Henryk Ross, rare survivant du ghetto - de leur vie quotidienne difficile.

La quasi-totalité des Juifs du ghetto sera déportée vers les camps de Chelmno et d’Auschwitz. Rumkovski sera gazé à son arrivé au complexe concentrationnaire nazi d’Auschwitz (Pologne).

Témoignages d'Henryk Ross
Juif polonais, Henryk Ross est, avec Mendel Grossman, « à partir de 1940 le photographe officiel du ghetto, chargé de faire des photographies d’identité et de propagande pour le département des statistiques ».

Parallèlement, pendant quatre ans et de manière clandestine, il réalise aussi des milliers de photographies sur la vie quotidienne dans le ghetto.

Scènes saisies à la hâte ou posées. Photos « terribles des pendaisons », de la famine et des déportations, ainsi que moments de « joie ou de bonheur : couple d’amoureux, famille unie, mère embrassant son enfant, jeunes gens se jouant de la perspective pour le plaisir du photographe ».

La quarantaine de photographies présentées au CHRD « vibrent de stupeur et d’enseignement : elles nous dévoilent la géographie du ghetto, le fonctionnement d’une société recomposée au travail et sous contrôle ; elles nous renseignent sur les mécanismes de l’extermination et nous transmettent enfin une part de cet espoir, de ce souffle vital qui « malgré tout » permet d’entretenir l’idée que la lutte pour la survie peut avoir un sens ».

Ce sont des témoignages exceptionnels, surprenant – épouvantail portant l’étoile juive -, parfois troublants – des enfants Juifs jouent aux gardiens du ghetto, transposant les relations dures infligées par les Nazis -,

Une publication intégrale tardive
Apprenant la liquidation du ghetto de Łódź ordonnée par le Reichsführer et ministre de l’Intérieur Himmler, Henryk Ross enterre tous ses tirages, négatifs et documents.

Après la libération de Łódź par les troupes de l’Armée rouge, Henryk Ross « déterre ses images » et choisit « de n’en publier que quelques-unes parmi les plus dramatiques ».

Il fait son aliyah en Israël en 1950.

Certains de ses témoignages photographiques seront publiés et montrés, notamment lors du procès d’Adolf Eichmann ». Henryk Ross « redoutait en effet de livrer une vision inattendue de ce qui fut le « mouroir de l’Europe », selon l’expression d’Oskar Rosenfeld ».

Il meurt en 1991.

En 1997, son fils donne ces photographies à une fondation privée britannique, The Archive of Modern Conflict (Londres), afin que soient diffusées toutes les photographies d’Henryk Ross, soit 6 000 clichés et négatifs.

Cent vingt de ces photographies ont été publiées par l'éditeur Chris Boot avec un commentaire de Thomas Weber et Robert Jan van Pelt, et montrées en 2005 au Centre régional d’action culturelle (CRAC) de Valence lors de l’exposition Documents inédits du ghetto de Łódź.

Actuellement, ces tirages, notamment les plus heureux des habitants Juifs du ghetto avant leur assassinat lors de la Shoah, subissent l’érosion du temps. « Comme si l’état de conservation de ces clichés faisait partie intégrante de leur histoire »…

En 2011, le Centre d’Histoire de la Résistance et de la Déportation (CHRD) a présenté l'exposition Photos ensevelies du ghetto de Łódź – Henryk Ross conçue par l’agence Vu : 41 photographies d’Henryk Ross (1910-1991), « miraculeusement conservées », et qui « dévoilent la vie » du ghetto de Łódź (Pologne) « dans ses moments les plus intimes et les plus dramatiques ».

En 2017, le Museum of Fine Arts, Boston a présenté l’exposition Memory Unearthed. The Lodz Ghetto Photographs of Henryk Ross (Souvenirs déterrés : les photographies du ghetto de Łódź de Henryk Ross) réunissant des photographies d’Henryk Ross (1910-1991).

Un site Internet montre ces témoignages bouleversants.

En 2018, le Museum of Jewish Heritage présente l’exposition Memory Unearthed. The Lodz Ghetto Photographs of Henryk Ross (Souvenirs déterrés : les photographies du ghetto de Łódź de Henryk Ross). "A living Memorial to the Holocaust".

"When Henryk Ross (1910–1991) was confined to the Lodz Ghetto in Poland in 1940, he was put to work by the Nazi regime as a bureaucratic photographer for the Jewish Administration’s Statistics department. For nearly four years, Ross used his official position as cover, endangering his own life to covertly document the lives of others. More than 160,000 Jewish people were trapped in the Lodz Ghetto—comprising the second largest Jewish ghetto population in German-occupied Europe—and thousands would be deported and murdered at Chelmno and Auschwitz. Sometimes forced to conceal his camera in his overcoat, Ross took photographs to record the horrors and complexities of life in the Lodz Ghetto and to preserve evidence of Nazi crimes. As liquidation began, Ross buried an astonishing 6,000 negatives near his home—committing to the ground, and perhaps to future generations, “some record of our tragedy.”

"Henryk Ross survived, and in March of 1945, he unearthed his work with his own hands. Almost 3,000 negatives had survived the Polish winter. Memory Unearthed: The Lodz Ghetto Photographs of Henryk Ross reveals more than 200 of Ross’s photographs, supplemented by artifacts and testimony and presented in the context of Lodz Ghetto history. The exhibition offers a rare learning experience that is also an opportunity to remember and honor the victims of Nazi atrocities.

"Like the survivor testimonies and artifacts in the Museum’s own collection, Ross’s photographs represent personal experiences of global significance. They ask us to acknowledge the complexity of life in the Lodz Ghetto—the suffering, the birthday parties and wedding celebrations, the violence written onto bodies, the shrinking of life to fit a constricted zone, the pain of separation from family members, and the human insistence on building relationships and maintaining a sense of “normal” life. Henryk Ross fought the Nazis’ vision. He committed acts of resistance to create a photographic record of a range of human experiences—from the perspective of a Jewish person deciding where to point his camera."

"Memory Unearthed: The Lodz Ghetto Photographs of Henryk Ross is made possible with lead support by R. David Sudarsky Charitable Trust. Major support has been provided by Charina Endowment Fund; Phillip Leonian and Edith Rosenbaum Leonian Charitable Trust; Salo W. and Jeannette M. Baron Foundation; and The Knapp Family Foundation. Memory Unearthed is organized by the Art Gallery of Ontario."


Du 25 février au 19 août 2018
Au Museum of Jewish Heritage — A Living Memorial to the Holocaust
Edmond J. Safra Plaza
36 Battery Place
New York, NY 10280
Phone: 646.437.4202
Du dimanche au mardi de 10 h à 18 h. Mercredi et jeudi de 10 h à 20 h. Fermé le dimanche.
Visuels :
Ghetto police escorting residents for deportation
1942-1944
35 mm cellulose nitrate negative
"Radogoszcz station from which ghetto Jews were transported to concentration camps, was situated outside the boundaries of the Lodz ghetto. The right to entry was only for workers at the station. I stole into the station with a group of railway workers. I was locked in a store from where I was able to, through a hole in the wood, photograph this deportation." -Henryk Ross

Excavating Henryk Ross’s buried box of negatives and documents in the ghetto March 1945
Positive halftone on polyester film sheet.
[This print]shows the excavation of the box containing documents and photographs of life in the Lodz Ghetto from 1940 to 1944. The excavation was attended by my wife, Stefania Ross, Zenon Goldreich with his wife, and Jacob Urbach, all of whom were in the Lodz Ghetto. We buried the box with documents and photographs in the ghetto at 12 Jagielonska Street during the final liquidation.
--Henryk Ross

The pedestrian bridge crossing Zgierska Street, the “Aryan” street that divided the ghetto into
two areas
May 1940
Gelatin silver print

Man walking in winter in the remains of the synagogue on Wolborska Street, destroyed in 1939
by the Germans 1940
Gelatin silver prints

Falling on the street from hunger
1940–44
Gelatin silver print

Du 25 mars au 30 juillet 2017
Au Museum of Fine Arts, Boston
Sites : Jeanne and Stokley Towles Gallery (Gallery 261), Catherine and Paul Buttenwieser Gallery (Gallery 262), Ives Family Gallery (Gallery 263), and Lizbeth and George Krupp Gallery (Gallery 264)
Avenue of the Arts
465 Huntington Avenue
Boston, Massachusetts 02115
Tel.: 617-267-9300
De samedi à mardi de 10 h à 17 h, de mercredi à vendredi de 10 h à 20 h

Jusqu’au 13 février 2011
Espace Berthelot
14, avenue Berthelot. 69007 Lyon
Tél. : 04 78 72 23 11
Du mercredi au vendredi de 9 h à 17 h 30
Du samedi au dimanche de 9 h 30 à 18 h
Visite commentée le 13 février 2011

Visuels de haut en bas © Exhibition Henryk Ross/ Courtesy Archive of Modern Conflict/Chris Boot Ltd/ Agence VU
Affiche : Mère embrassant son enfant, ghetto de Łódź (Pologne)
La ghettoïsation, dès le mois de mai 1940, s’accompagne de la mise au travail forcée, Łódź (Pologne)
Enfants du ghetto réunis à l’occasion d’une réception organisée par les parents des plus riches d’entre eux, Łódź (Pologne)
Scène de déportation, le « quota de Juifs du jour » est conduit à la voie de garage du chemin de fer de Marysin, ghetto de Łódź (Pologne)

A lire sur ce blog :

Les citations de l'article sont extraites du communiqué de presse.
Cet article a été publié le 11 février 2011, et republié le :
- 17 mai 2013 à l'approche de la diffusion, le 21 mai 2013, sur la chaine Histoire, d'un documentaire sur le ghetto de Łódź ;
- 17 janvier 2014. Le Mémorial de la Shoah évoqua, le 19 janvier 2014 à 124 h, deux photographes Juifs du ghetto de Łódź  : Henryk Ross et Mendel Grossmann ;
- 24 mars et 26 juillet 2017. 

vendredi 17 août 2018

« West Side Story » par Robert Wise


Arte diffusera le 19 août 2018 deux documentaires sur la comédie musicale « West Side Story » : "West Side Story - Le hit de Leonard Bernstein" (West Side Story - Bernsteins Broadway Hit) par Axel Fuhrmann, puis "James Gaffigan fête les 100 ans de Bernstein" - "Danses symphoniques de "West Side Story" (James Gaffigan feiert 100 Jahre Bernstein), par Riikka Lehtinen et Antti Lappi. « Tony, ex-leader des Jets, tombe sous le charme de Maria, la sœur du chef des Sharks, le gang rival... La transposition au New York des années 1950 de la tragédie de Shakespeare « Roméo et Juliette ». Un chef-d’œuvre de la comédie musicale, chorégraphié par Jerome Robbins, avec Natalie Wood et George Chakiris ».
En 1947, Jérome Robbins propose à Leonard Bernstein et Arthr Laurents de collaborer à une adaptation musicale de Roméo et Juliette, tragédie de William Shakespeare. Le thème ?  Le conflit entre une famille irlandaise catholique et une famille juive vivant dans le Lower East Side of Manhattan pendant la période de Pessah (Pâque juive)/Pâques. Mais tous se rendent compte que ce thème avait déjà été abordé par Abie’s Irish Rose. Ils abandonnent donc leur projet artistique.

Vers 1955, ils retravaillent ce projet artistique en choisissant l’opposition entre des jeunes d’origine irlando-polonaise à d’autres, porto-ricains.

Inspiré de Roméo et Juliette, produit par Robert E. Griffith et Harold Prince, West Side Story est créé à Broadway en 1957. L’œuvre est signée par Leonard Bernstein, Stephen Sondheim (lyrics) et Arthur Laurents (livret). Fils d’immigrants juifs russes, Jérome Robbins  est l’auteur de la chorégraphie et de la mise en scène, Oliver Smith des décors et Irene Sharaff des costumes. Par son thème tragique et social, par sa langue parlée au réalisme souvent inventé, par ses airs mémorables - Something's coming, Maria, America, Somewhere, Tonight, Jet Song, I Feel Pretty, One Hand, One Heart, Gee - et ses scènes de danse, West Side Story a bouleversé le théâtre musical américain. Un succès artistique et public : 732 représentations à New York, avant une tournée triomphante.

Film Oscarisé
Upper West Side, « New York, 1954. La bande des Jets, jeunes Blancs d'origine irlandaise et polonaise, affronte les Sharks, des immigrés porto-ricains qui empiètent sur leur territoire. Dans le West Side, la rivalité entre les deux gangs est sans bornes. Mais un soir, Riff, le chef des Jets, réussit à convaincre son ami Tony, ex-leader du groupe, de venir à un bal organisé en terrain neutre avec les Latinos. Le jeune homme tombe sous le charme de Maria, la sœur du chef des Sharks, Bernardo. Un coup de foudre qui renforce les hostilités. Les deux amoureux bravent alors les interdits pour vivre coûte que coûte leur passion ».

« Transposée dans l'univers des tensions interethniques à New York, dans les années 1950, cette adaptation de "Roméo et Juliette" marque un tournant dans l'histoire de la comédie musicale. C'est la première fois qu'une œuvre traite d'un sujet aussi sérieux que la haine raciale tout en démontant le rêve américain, tantôt avec noirceur, tantôt avec humour, notamment dans « America ».

"Une séquence emblématique dans laquelle Bernardo ironise sur les illusions d'Anita, sa flamboyante fiancée portoricaine, « amoureuse de l'oncle Sam » – tous deux récolteront un Oscar du meilleur second rôle pour leur prestation. Si leur duel survolté est devenu culte, c'est aussi pour sa scène de danse à couper le souffle qui illustre le talent de Jérôme Robbins" qui emprunte à la danse classique et moderne ainsi que le jazz, les mouvements de robes du flamenco... "La scène d'ouverture, rythmée par l'énergie communicative des danseurs, est également un ballet d'une précision folle".

"La partition de Leonard Bernstein, qui mêle jazz, classique et mambo, a contribué elle aussi à faire entrer "West Side Story" dans la légende, les grands airs comme « Maria » ou « Somewhere » devenant des classiques du genre ». Stephen Sondheim a su écrire des paroles dans des registres différents : romantisme, politique - rêve américain écorné et critique de Puerto Rico - par un style concis et incisif...

« West Side Story » est adaptée pour le cinéma dans un film réalisé par Robert Wise.

Lors de la 34e cérémonie des Oscars, le 9 avril 1962, le film est distingué par dix Oscars sur onze nominations : Art Direction (Color) - Art Direction: Boris Leven; Set Decoration: Victor A. Gangelin, Cinematography (Color) - Daniel L. Fapp, Actor in a Supporting Role - George Chakiris, Costume Design (Color) - Irene Sharaff, Actress in a Supporting Role - Rita Moreno, Directing - Robert Wise, Jerome Robbins, Best Motion Picture - Robert Wise, Producer, Music (Scoring of a Musical Picture) - Saul Chaplin, Johnny Green, Sid Ramin, Irwin Kostal, Film Editing - Thomas Stanford, Sound - Todd-AO Sound Department, Fred Hynes, Sound Director; and Samuel Goldwyn Studio Sound Department, Gordon E. Sawyer, Sound Director.

Le film figurait aussi dans la catégorie Writing (Screenplay--based on material from another medium) - Ernest Lehman.

"West Side Story - Le hit de Leonard Bernstein"
Arte diffusera le 19 août 2018 à 17 h 45 "West Side Story - Le hit de Leonard Bernstein" (West Side Story - Bernsteins Broadway Hit) par Axel Fuhrmann. "Après sa création à New York en 1957, "West Side Story" connaît rapidement un franc succès. Mêlant jazz et musique latino-américaine, l’oeuvre la plus connue de Leonard Bernstein rompt avec les codes de la comédie musicale, non seulement par sa partition contrastée, mais aussi par son propos : une histoire d’amour impossible sur fond de combats entre gangs rivaux."

Pour incarner les Sharks, Leonard Bernstein choisit le mambo, danse pratiquée par les Porto-Ricains et qu'il voit dans les boites new-yorkaises, et non une musique porto-ricaine. Le nom de Jets est une "allusion directe à la menace nucléaire" lors de la Guerre froide. Leonard Bernstein commence à écrire les paroles des chansons, mais le résultat ne s'avère pas assez satisfaisant et le musicien manque de temps. Le choix se fixe rapidement sur Stephen Sondheim, parolier et compositeur.

Les violences urbaines représentent la réalité américaine des années 1950. Le problème occupe une grande place dans la presse. Quand les auteurs travaillent sur la comédie musicale, sort sur les écrans "La Fureur de vivre" avec James Dean. En raison de la rénovation urbaine, l'action de la comédie musicale est située dans le Upper West Side. Tourner en extérieurs, en plein air, constitue un défi pour l'équipe téchnique et les danseurs.

"On tournait quelques mesures, puis d'autres mesures. A la fin, on ne savait plus où on en était. Jérome Robbins lui savait. Il avait l’œil de la mise en scène. On ne pouvait que lui faire confiance", se souvient un des danseurs du film.

"Largement inspirée du Roméo et Juliette de Shakespeare, West Side Story se hisse au rang des comédies musicales les plus jouées au monde. Toutefois, une malédiction plane sur ce succès planétaire : aucune autre œuvre du célèbre compositeur américain, y compris les plus chères à ses yeux, ne parviendra ensuite à dépasser la notoriété de cette tragédie."

En 1968, West Side Story est créé à Vienne. Un succès phénoménal. 'L'oeuvre la plus emblématique' de Leonard Bernstein. "Les mélodies sont si profondes", observe Carol Lawrence.

"James Gaffigan fête les 100 ans de Bernstein" - "Danses symphoniques de "West Side Story
Le 19 août 2018 à 18 h 40, Arte diffusera "James Gaffigan fête les 100 ans de Bernstein" - "Danses symphoniques de "West Side Story" (James Gaffigan feiert 100 Jahre Bernstein), documentaire de Riikka Lehtinen et Antti Lappi.

"Pour fêter le 100e anniversaire de la naissance de Leonard Bersnstein, l’Orchestre symphonique de la radio finlandaise interprète sous la baguette de James Gaffigan quelques-unes de ses oeuvres les plus emblématiques, dont l’ouverture de "Candide" et les "Danses symphoniques" de "West Side Story".

"Peu de compositeurs ont réussi à mêler jazz, pop, musique latino-américaine et musique classique avec autant de brio que Leonard Bernstein. À l’occasion du centième anniversaire de sa naissance, l’Orchestre symphonique de la radio finlandaise lui rend hommage et interprète sous la baguette de James Gaffigan quelques-unes des œuvres les plus emblématiques du compositeur américain, dont l’ouverture de Candide et les Danses symphoniques de West Side Story. Composée en 1961, cette suite pour orchestre qui s’inspire largement de la partition de la célèbre comédie musicale, en comporte les passages les plus marquants, tels que "Somewhere", "Mambo" ou encore "The Rumble".


Allemagne, 2018
Sur Arte le 19 août 2018 à 17 h 45
Visuels :
La première de "West SideStory" a eu lieu en 1957 au Winter Garden Theatre sur Broadway.
© New York City Library
Leonard Bernstein (joué par Patrick Jaskolka) écrit l'histoire de la comédie musicale avec un tout nouveau mélange de jazz et de musique latino-américaine. Un chef-d'œuvre est créé à partir d'un seul accord : "West SideStory".
© DokFabrik
Une des scènes de danse bien connues de l'adaptation cinématographique de "West Side Story" de 1961, réalisée par Robert Wise et Jerome Robbins.
© MGM
Eddie Verso (à gauche) et Bert Michaels (à droite) faisaient partie de la distribution de la comédie musicale "WestSide Story" de 1961.
© DokFabrik
Leonard Bernstein comme chef d'orchestre (à droite) et Stephen Sondheim au piano (à gauche) lors d'une répétition à Broadway pour "West SideStory" en 1957.
© New York City Library

"James Gaffigan fête les 100 ans de Bernstein" - "Danses symphoniques de "West Side Story" par Riikka Lehtinen et Antti Lappi
Finlande, France, 2018, 34 min
Direction musicale : James Gaffigan
Composition : Leonard Bernstein
Orchestre : Finnish Radio Symphony Orchestra
Sur Arte le 19 août 2018 à 18 h 40
Visuel :
Leonard Bernstein
Credit : © Touko Yrttimaa/YLE

« West Side Story » par Robert Wise
Etats-Unis, 1961
Auteurs : Arthur Laurents, William Shakespeare
Image : Daniel L. Fapp
Montage : Thomas Stanford
Musique : Irwin Kostal, Leonard Bernstein
Production : The Mirisch Corporation, Seven Arts Productions
Producteur : Robert Wise
Scénario : Ernest Lehman
Acteurs : Natalie Wood, Richard Beymer, Russ Tamblyn, George Chakiris, Simon Oakland, Ned Glass, William Bramley
Sur Arte le 1er janvier 2018 à 20 h 55

Visuels :

Scènes du film
Russ Tamblyn (au centre)
Natalie Wood et Rita Moreno
© MGM

Les citations sont d'Arte. Cet article a été publié le 1er janvier 2018, puis le 17 août 2018.

jeudi 16 août 2018

« Aux origines des civilisations » par Tim Lambert


Arte diffusera les 18 et 25 août 2018 « Aux origines des civilisations » (Am Anfang war das Wir  ; First Civilizations), série documentaire en quatre volets réalisée par Tim Lambert. « Une passionnante odyssée » qui accorde sa place à la spiritualité. On ne comprend pas le sens de l'ordre suivi par la série britannique. 

« En quatre volets, cette série documentaire remonte aux sources de notre civilisation », du monde moderne.

« Comme pour l'une de ses précédentes séries diffusées par ARTE, Quand Homo sapiens peupla la planète, cette série fait alterner avec fluidité des évocations historiques, par le biais de reconstitutions sobres, et des entretiens avec des chercheurs, dont de nombreux archéologues rencontrés sur leurs terrains d'investigation ». 

« Parcourant les continents et les époques, des sites archéologiques au présent survolté des mégapoles contemporaines, le spectateur voyage à travers l'espace et le temps au fil de superbes images. Une éclairante vision panoramique de la « brève histoire » de l'humanité ».

La naissance des villes
« Des collines de Turquie aux plaines d’Irak, c’est au Moyen-Orient que la civilisation a pris son essor, lorsque nos ascendants chasseurs-cueilleurs se sont regroupés pour la première fois, puis sédentarisés, donnant naissance aux premiers villages et cités du monde ». 

« Ancêtres de nos mégapoles contemporaines, les villes, reflet du besoin de société, deviendront le creuset des premières inventions et innovations – et resteront tout au long de l'histoire humaine d'incroyables accélérateurs de progrès ». 

Le « processus a commencé sur le site de Göbekli Tepe, dans le sud-est de l'Anatolie, dont les immenses et mystérieux piliers gravés, érigés il y a environ 20 000 ans, constituent le premier monument au monde ». 

« D'abord lieu de rassemblement pour différentes tribus, la zone a aussi vu naître, 10 000 ans plus tard, la culture du blé, qui va entraîner l'attachement des hommes à la terre… »

En Mésopotamie, sont créés l'alphabet, le calcul, notamment la division du temps en heures de 60 minutes dont chacune a soixante secondes. Des innovations déterminantes utilisées à ce jour.

Les premières guerres
Le "prix de la civilisation" ? La guerre selon le documentaire. Elle serait "le moteur de toute civilisation", un "facteur de progrès".

La « première phase de l’agriculture fut l’ère la plus violente de l’histoire humaine. Pour se protéger, les fermiers fortifièrent leurs villages et se rassemblèrent en de grands groupes, gages de sécurité ». 

« La Mésoamérique de l’Antiquité illustre de façon exemplaire le paradoxe au cœur de ce deuxième épisode : porteuse de destruction et de mort, la guerre a constitué aussi un vecteur civilisateur ». 

« Dans la vallée d’Oaxaca, au Mexique, où la rareté des terres fertiles a suscité rivalités et effusions de sang, fut ainsi fondée la ville-citadelle de Monte Albán, siège de l’État zapotèque, première civilisation du continent américain ». 

« Puissante et bien organisée, cette société guerrière n'en tombera pas moins face aux armées de Teotihuacan, qui se forgeront un statut de superpuissance régionale, ouvrant pour la région un véritable âge d’or. »

L'apparition des religions
« Entre religion et civilisation, le lien semble indissoluble. Il s'est tissé pour la première fois dans l'Égypte antique, civilisation à la longévité inégalée à ce jour. Toutes les sociétés postérieures ont emprunté quelque chose de son modèle ». 

« On peut aujourd'hui faire remonter l’origine de toutes les religions organisées à un unique site : Nabta Playa, dans le désert égyptien. Là, il y a huit mille ans, des éleveurs ont construit un lieu de culte, avec cercles de pierre et mégalithes, préfigurant un temple ». 

« Une fois ces ancêtres égyptiens sédentarisés, ses élites émergentes tireront aussi prétexte de la religion pour justifier leur statut. Ses souverains – les premiers pharaons – s’attribueront ensuite un pouvoir divin pour se nommer eux-mêmes "Dieux-Rois". 

« L’étape suivante verra ériger des monuments dignes d’un dieu, des pyramides à degrés de Saqqarah jusqu’à la Grande Pyramide de Gizeh, destinés aussi à créer une cohésion politique… »

« Au travers de l'exemple égyptien, ce troisième épisode montre comment la religion était – et reste en partie – le ciment social d'une civilisation ».

L'invention du commerce
« Facteur de prospérité, d'échanges et de coopération, le commerce a eu un effet civilisateur ».

« Dans l’Antiquité, la vallée de l’Indus, berceau de l'une des premières civilisations d’Asie, situé entre l’Inde et le Pakistan actuels, l'a illustré mieux que toute autre société. Elle s’est construite autour de la production de poteries et de métaux ». 

« Avec l’accroissement et l'extension géographique de la demande, des villes telles que Mohenjo-Daro ou Dholavira sont sorties de terre le long des routes commerciales pour devenir de hauts lieux d’artisanat et d’industrie ». 

« L’ingrédient clé restait la confiance, acheteur et vendeur devant s'accorder sur un juste prix ». 

« C'est dans cette vallée que des marchands ont mis au point un système de sceaux, ancêtres des codes-barres, indiquant la nature et le prix du produit, ainsi que l'identité du vendeur ». 

« Les échanges se sont ainsi progressivement étendus jusqu’au golfe Persique.


Royaume-Uni, Wall to Wall, 2018
1ère partie : La naissance des villes (Wir bauen). Sur Arte le 18 août 2018 à 20 h 50
Visuels :
La ziggourat d'Ur, Irak
"L'œil qui voit tout", Arslantepe, Turquie
Mihriban Ozbasaran à Asikli Hoyuk, Turquie
© Robin Dashwood_ Wall to Wall

2e partie : Les premières guerres (Wir kämpfen) : Sur Arte le 18 août 2018 à 21 h 45
Visuels :
Jeffrey Rose, archeologiste et consultant en séries, à Oaxaca Valley, Mexico
© Louisa Gilbert

3e partie : L'apparition des religions (Wir beten) : Sur Arte le 25 août 2018 à 20 h 50
Visuels :
Ancien pétroglyphe, Désert de l'Est, Egypte
Pyramides de Gizeh, Egypte
© Robin Dashwood_Wall to Wall Me

4e partie : L'invention du commerce (Wir handeln) : Sur Arte le 25 août 2018 à 21 h 45   
Visuels :
Un commerçant et ses marchandises (reconstitution)
© Abdelhalim Bayed_Wall to Wall
        
Articles sur ce blog concernant :
Articles in English
Les citations proviennent d'Arte.

mardi 14 août 2018

« Jésus et l’islam » de Gérard Mordillat et Jérôme Prieur


« Jésus et l’islam » (Jesus und der Islam) est une série documentaire en sept volets de Gérard Mordillat et Jérôme Prieur (2015). Une œuvre télévisuelle ennuyeuse, non didactique, « islamiquement correcte » en ce qu’elle allègue une continuité entre la Bible et le Coran, biaisée par la reprise du stéréotype erroné de « trois religions abrahamiques » et décevante par une terminologie peu rigoureuse et source de confusions. Arte rediffuse la série dès le 14 août 2018.

« -33 - Crucifixion de Jésus » par Denis van Waerebeke
« La Bible » par John Huston
« Jésus et l’islam » de Gérard Mordillat et Jérôme Prieur
« Les religions » par Sylvie Deraime
Il était plusieurs fois… et Kuehn Malvezzi House of One au 104
Lieux saints partagés. Coexistences en Europe et en Méditerranée


« Plusieurs fois par jour, un musulman pieux récite la fatiha, première sourate du Coran, qui est considérée comme la matrice de toutes les autres. Or dans cette invocation à Allah, il est fait mention de « ceux qui encourent sa colère », c’est à dire les Juifs, et de « ceux qui se sont égarés », c’est à dire les chrétiens !  » , a rappelé l'abbé Alain Arbez.

Différences
Accompagnée d’une version littéraire Jésus selon Mahomet, la série documentaire télévisuelle en sept parties « Jésus et l’islam » de Gérard Mordillat et Jérôme Prieur parait ambitieuse, mais confuse, voire ambiguë en raison de son manque de rigueur terminologique.

En effet, les mots n’ont pas le même sens en islam et dans les religions bibliques - judaïsme et christianisme -, et les personnages, bien que souvent quasi-homophones, leurs identité et rôles, s’avèrent profondément distincts : l’« Ibrâhim » du Coran est un prophète d’Allah alors que l’Abraham biblique est un patriarche, l’« Îsâ » du Coran, livre incréé, n’est pas le « Jésus » ou Yehoshua (Yahvé sauve, en hébreu), de la Bible, etc.

« Le Coran présente Abraham comme un prophète musulman. D’autres personnages de la Bible sont aussi islamisés et ressemblent peu aux originaux, d’où les conflits de Mahomet avec les Juifs de Médine qui étaient des lettrés connaissant bien la Bible. Conflits qui se terminèrent par l’expropriation, l’esclavage, les massacres et finalement l’expulsion des Juifs d’Arabie. Ces personnages aux noms bibliques sont respectés uniquement dans leur version coranique qui diverge de celle de la Bible. Celle-ci, considérée comme une falsification de la vérité coranique, n’est nullement respectée », a déclaré l’essayiste Bat Ye’or.

« Les chrétiens qui se réjouissent un peu vite de retrouver Jésus et Marie dans la religion islamique devraient y regarder à deux fois. Car cette Myriam, même si elle est vierge, est la sœur de Moïse qui a vécu 1350 ans auparavant ! Et ce Jésus appelé Issa n’est pas celui de la foi néo-testamentaire issue de la Bible : Issa ibn Myriam est un bon musulman, un prophète de l’islam dont les hadiths nous disent qu’il viendra à la fin des temps pour « briser les croix, tuer les porcs et instaurer la seule vraie religion, celle d’Allah » (Abou Dawoud). Il éliminera les juifs et les chrétiens – ainsi que toutes les autres catégories d’infidèles – pour purifier le monde de tout obstacle impur au règne d’Allah », a écrit l’abbé Alain Arbez.

Pour minorer les liens entre judaïsme et christianisme, pour « raccrocher artificiellement l’islam à la tradition biblique » (abbé Alain Arbez), par ignorance ou cynisme, dirigeants politiques, intellectuels, journalistes et autorités religieuses occidentaux préfèrent l’image rassurante, mais fausse des « trois religions abrahamiques », et soutiennent les initiatives aux slogans trompeurs : « Ce qui nous rapproche est plus important que ce qui nous sépare » ou « On se ressemble plus qu’il ne semble » (AJMF, Amitié judéo-musulmane de France).

Il en résulte une « défaite de la pensée », une confusion mentale, une duperie des Béotiens ou naïfs, une incapacité à comprendre et analyser des événements tragiques mondiaux et la spécificité de l’islam. Car si Jésus était un personnage du Coran, pourquoi la fête de Noël suscite-t-elle une telle hostilité auprès de certains musulmans ?

"Nous ne sommes pas prêts au vrai dialogue, ni l'islam très figé depuis de nombreux siècles et manquant fondamentalement de liberté, ni le christianisme dans son retard de compréhension doctrinale de l'islam par rapport au christianisme et dans son complexe d'ancien colonisateur. L'ignorance mutuelle est grande, même si on croit savoir: tous les mots ont un autre sens dans leur cohérence religieuse spécifique. L'islamologie est en déclin dans l'Université et dans les Eglises chrétiennes. Le laïcisme français (excès de laïcité) est handicapé pour comprendre les religions. Alors on se contente d'expédients géopolitiques (histoire et sociologie de l'islam), et affectifs (empathie sympathique, diplomatie, langage politiquement correct). Il y a une sorte de maladie psychologique dans laquelle nous sommes installés depuis environ 1980, après les indépendances et le Concile de Vatican II qui avaient ouvert une attitude vraiment nouvelle sur une géopolitique défavorable depuis les débuts de l'islam avec les conquêtes arabe et turque, la course barbaresque séculaire en mer méditerranée, les croisades et la colonisation", a constaté l'islamologue François Jourdan (Le Figaro, 22 janvier 2016).

Et de poursuivre : "On ne dit pas les choses... Les mots ont tous un autre sens pour l'autre. Par exemple le mot prophète (nabî en hébreu biblique et en arabe coranique) ; or le prophétisme biblique actif n'est pas du tout de même nature que le coranique passif devant Dieu. Les erreurs comme sur Abraham qui serait le premier monothéiste et donc le père d'un prétendu abrahamisme commun au judaïsme, au christianisme et à l'islam ; alors que, pour les musulmans, le premier monothéiste de l'histoire est Adam. Mais chut ! Il ne faut pas le dire! Pourtant l'islam est foncièrement adamique, « la religion de toujours », et non pas abrahamique puisque l'islam ignore totalement l'Alliance biblique faite avec Abraham et qui est la trame de l'histoire du Salut pour les juifs et les chrétiens où Dieu est Sauveur. En islam Dieu n'est pas sauveur. L'islam n'est pas une religion biblique. Et on se doit de le respecter comme tel, comme il se veut être… et en tenir compte pour la compréhension mutuelle que l'on prétend aujourd'hui afficher haut et fort pour se flatter d'être ouvert... Les conquérants musulmans sont arrivés sur des terres de vieilles et hautes civilisations (égyptienne, mésopotamienne, grecque antique, byzantine, latine). Avec le temps, ils s'y sont mis et ont poursuivi les efforts précédents notamment par la diffusion due à leurs empires arabe et turc ; mais souvent cela n'a pas été très fécond par manque de liberté fondamentale. Les grands Avicenne et Averroès sont morts en disgrâce. L'école rationalisant des Mu'tazilites (IXe siècle) a été rejetée. Cela s'est grippé notamment au XIe siècle et consacré par la « fermeture des portes de l'ijtihâd », c'est-à-dire de la réinterprétation. S'il y a eu une période relativement tolérante sous ‘Abd al Rahmân III en Andalousie, on oublie les persécutions contre les chrétiens avant, et après par les dynasties berbères almoravides et almohades, y compris contre les juifs et les musulmans eux-mêmes. Là encore les dés sont pipés : on exagère à dessein un certain passé culturel qu'on a besoin d'idéaliser aujourd'hui pour faire bonne figure. L'ignorance dont je parlais, masquée, fait qu'on se laisse berner par les apparences constamment trompeuses avec l'islam qui est un syncrétisme d'éléments païens (les djinns, la Ka‘ba), manichéens (prophétisme gnostique refaçonné hors de l'histoire réelle, avec Manî le ‘sceau des prophètes'), juifs (Noé, Abraham, Moïse, David, Jésus… mais devenus musulmans avant la lettre et ne fonctionnant pas du tout pareil: Salomon est prophète et parle avec les fourmis…), et chrétiens (Jésus a un autre nom ‘Îsâ, n'est ni mort ni ressuscité, mais parle au berceau et donne vie aux oiseaux d'argile…). La phonétique des noms fait croire qu'il s'agit de la même chose. Sans parler des axes profonds de la vision coranique de Dieu et du monde: Dieu pesant qui surplombe et gère tout, sans laisser de place réelle et autonome à ce qui n'est pas Lui (problème fondamental de manque d'altérité dû à l'hyper-transcendance divine sans l'Alliance biblique). Alors si nous avons ‘le même Dieu' chacun le voit à sa façon et, pour se rassurer, croit que l'autre le voit pareil… C'est l'incompréhension totale et la récupération permanente dans les relations mutuelles (sans le dire bien sûr: il faudrait oser décoder). Si l'on reconnaît parfois quelques différences pour paraître lucide, on est la plupart du temps (et sans le dire) sur une tout autre planète mais on se rassure mutuellement qu'on fait du ‘dialogue' et qu'on peut donc dormir tranquilles".

Et de fustiger le "dialogue de salon, faussement consensuel". "On fait accréditer que l'islam est ‘abrahamique', que ‘nous avons la même foi', que nous sommes les religions ‘du Livre', et que nous avons le ‘même' Dieu, que l'on peut prier avec les ‘mêmes' mots, que le chrétien lui aussi doit reconnaître que Muhammad est « prophète » et au sens fort "comme les prophètes bibliques" et que le Coran est ‘révélé' pour lui au sens fort « comme la Bible » alors qu'il fait pourtant tomber 4/5e de la doctrine chrétienne… Et nous nous découvrons, par ce forcing déshonnête, que «nous avons beaucoup de points communs»! C'est indéfendable. Ces approximations sont des erreurs importantes. On entretient la confusion qui arrange tout le monde: les musulmans et les non-musulmans. C'est du pacifisme: on masque les réalités de nos différences qui sont bien plus conséquentes que ce qu'on n'ose en dire, et tout cela par peur de nos différences. On croit à bon compte que nous sommes proches et que donc on peut vivre en paix, alors qu'en fait on n'a pas besoin d'avoir des choses en commun pour être en dialogue. Ce forcing est l'expression inavouée d'une peur de l'inconnu de l'autre (et du retard inavoué de connaissance que nous avons de lui et de son chemin). Par exemple, la liberté religieuse, droit de l'homme fondamental, devra remettre en cause la charia (organisation islamique de la vie, notamment en société) . Il va bien falloir en parler un jour entre nous. On en a peur : ce n'est pas « politiquement correct ». Donc, ça risque de se résoudre par le rapport de force démographique… et la violence future dans la société française. Bien sûr on n'est plus dans cette période ancienne, mais la charia est coranique, et l'islam doit supplanter toutes les autres religions (Coran 48,28; 3,19.85; et 2,286 récité dans les jardins du Vatican devant le Pape François et Shimon Pérès en juin 2014). D'ailleurs Boumédienne, Kadhafi, et Erdogan l'ont déclaré sans ambages".

Et d'analyser : "L'islam, comme Dieu, doit être victorieux et gérer le monde dans toutes ses dimensions. L'islam est globalisant. Les musulmans de Chine ou du sud des Philippines veulent faire leur Etat islamique… Ce n'est pas une dérive, mais c'est la cohérence profonde du Coran. C'est incompatible avec la liberté religieuse réelle. On le voit bien avec les musulmans qui voudraient quitter l'islam pour une autre religion ou être sans religion: dans leur propre pays islamique, c'est redoutable. De même, trois versets du Coran (60,10; 2,221; 5,5) obligent l'homme non musulman à se convertir à l'islam pour épouser une femme musulmane, y compris en France, pour que ses enfants soient musulmans. Bien sûr tout le monde n'est pas forcément pratiquant, et donc c'est une question de négociation avec pressions, y compris en France où personne ne dit rien. On a peur. Or aujourd'hui, il faut dire clairement qu'on ne peut plus bâtir une société d'une seule religion, chrétienne, juive, islamique, bouddhiste… ou athée. Cette phase de l'histoire humaine est désormais dépassée par la liberté religieuse et les droits de l'Homme. La laïcité exige non pas l'interdiction mais la discrétion de toutes les religions dans l'espace public car les autres citoyens ont le droit d'avoir un autre chemin de vie. Ce n'est pas la tendance coranique où l'islam ne se considère pas comme les autres religions et doit dominer (2,193; 3,10.110.116; 9,29.33)" .

La "couverture du numéro spécial de Charlie Hebdo commémorant les attentats du 7 janvier, tiré à un million d'exemplaires représente un Dieu en sandales, la tête ornée de l'œil de la Providence, et armé d'une kalachnikov. Il est désigné comme « l'assassin [qui] court toujours » ? " Il y a là un tour de passe-passe inavoué. Ne pouvant plus braver la violence islamique, Charlie s'en prend à la référence chrétienne pour parler de Dieu en islam. Représenter Dieu serait, pour l'islam, un horrible blasphème qui enflammerait à nouveau le monde musulman. Ils ont donc choisi de montrer un Dieu chrétien complètement déformé (car en fait pour les chrétiens, le Père a envoyé le Fils en risquant historiquement le rejet et la mort blasphématoire en croix: le Dieu chrétien n'est pas assassin, bien au contraire). Mais il faudrait que les biblistes chrétiens et juifs montrent, plus qu'ils ne le font, que la violence de Dieu dans l'Ancien Testament n'est que celle des hommes mise sur le dos de Dieu pour exprimer, par anthropomorphismes et images, que Dieu est fort contre le mal. Les chrétiens savent que Dieu est amour (1Jn 4,8.16), qu'amour et tout amour. La manipulation est toujours facile, même au nom de la liberté... Toutes les civilisations ont légitimé la violence, de manières diverses. Donc personne n'a à faire le malin sur ce sujet ni à donner de leçon. Il demeure cependant que les cohérences doctrinales des religions sont variées. Chacune voit ‘l'Ultime' (comme dans le bouddhisme sans Dieu), le divin, le sacré, Dieu, donnant sens à tout le reste: vision du monde, des autres et de soi-même, et le traitement de la violence en fait partie. C'est leur chemin de référence. Muhammad, objectivement fondateur historique de l'islam, a été chef religieux, politique et militaire: le prophète armé, reconnu comme le «beau modèle» par Dieu (33,21) ; et Dieu «prescrit» la violence dans le Coran (2,216.246) et y incite (8,17; 9,5.14.29.73.111.123; 33,61; 47,35; 48,29; 61,4; 66,9…), le Coran fait par Dieu et descendu du ciel par dictée céleste, étant considéré par les musulmans comme la référence achevée de la révélation; les biographies islamiques du fondateur de l'islam témoignent de son usage de la violence, y compris de la décapitation de plus de 700 juifs en mars 627 à Médine. Et nos amis de l'islam le justifient. Et selon la règle ultra classique de l'abrogation (2,106), ce sont les versets les derniers qui abrogent ceux qui seraient contraires ; or les derniers sont les intolérants quand Muhammad est chef politique et militaire. Ce n'est pas une dérive. Quand, avec Saint Augustin, le christianisme a suivi le juriste et penseur romain païen Cicéron (mort en 43 avant Jésus-Christ) sur l'élaboration de la guerre juste (« faire justement une guerre juste » disait-il), il n'a pas suivi l'esprit du Christ. Gandhi, lisant le Sermon sur la Montagne de Jésus (Mt 5-7), a très bien vu et compris, mieux que bien des chrétiens, que Dieu est non-violent et qu'il faut développer, désormais dans l'histoire, d'autres manières dignes de l'homme pour résoudre nos conflits. Car il s'agit bien de se défendre, mais la fin ne justifie pas les moyens, surtout ceux de demain qui seront toujours plus terriblement destructeurs. Mais les chrétiens qui ont l’Évangile dans les mains ne l'ont pas encore vraiment vu. Ces dérives viennent bien des hommes mais non de Dieu qui au contraire les pousse bien plus loin pour leur propre bonheur sur la terre. Pour en juger, il faut distinguer entre les dérives (il y en a partout), et les chemins de référence de chaque religion : leur vision de Dieu ou de l'Ultime. Au lieu de faire lâchement l'autruche, les non-musulmans devraient donc par la force de la vérité (« satyagraha » de Gandhi), aider les musulmans, gravement bridés dans leur liberté (sans les juger car ils sont nés dans ce système contraignant), à voir ces choses qui sont cachées aujourd'hui par la majorité ‘pensante' cherchant la facilité et à garder sa place. Le déni de réalité ambiant dominant est du pacifisme qui masque les problèmes à résoudre, lesquels vont durcir, grossir et exploseront plus fort dans l'avenir devant nous. Il est là le vrai dialogue de paix et de salut contre la violence, l'aide que l'on se doit entre frères vivant ensemble", conclut François Jourdan.

« Il nous faut accepter ces différences avec compétence et le courage de se dire que nous ne sommes pas pareils, et que ce n’est pas une offense que de le reconnaître, mais au contraire le respect de nos identités réelles. Le dialogue est alors possible », a estimé François Jourdan, prêtre eudiste, islamologue, docteur en théologie, en histoire des religions et en anthropologie religieuse et premier délégué du diocèse de Paris pour les relations avec l’islam (1998-2008), dans Islam et Christianisme, comprendre les différences de fond" (Editions du Toucan, 2015).

En 2013, Arte avait diffusé « Juifs & musulmans - Si loin, si proches », série documentaire « islamiquement correcte » de Karim Miské.

Auteurs des séries documentaires Corpus Christi, L’origine du christianisme et L’Apocalypse, Gérard Mordillat et Jérôme Prieur, écrivains et cinéastes, se sont attelés à la série « Jésus et l’islam » non dénuée d'ambiguïtés terminologiques : les personnages appelés dans la série et dans ses communiqués « Abraham », « Marie » et « Jésus » sont-ils les personnages bibliques ou ceux coraniques dénommés « Ibrâhim », « Maryam », « Mariam », ou « Meryem », et « ʿĪsā » ou « Aïssa » ?

Diffusée à l’approche de Noël 2015, cette série révèle les difficultés du dialogue inter-religieux avec l’islam, et de celui entre chrétiens et musulmans. Mais est-ce le même dialogue ?

Sept épisodes
Pourquoi et comment « Jésus, figure fondatrice du christianisme, occupe-t-il une place exceptionnelle dans le Coran ? À partir de cette question, Gérard Mordillat et Jérôme Prieur enquêtent sur les origines et la genèse de l’islam auprès de vingt-six des plus grands spécialistes mondiaux, y compris des chercheurs de tradition musulmane : des historiens des débuts de l’islam, des philologues, des épigraphistes, des historiens du christianisme oriental, des historiens du judaïsme rabbinique et des spécialistes de l’histoire du Coran ». Citons parmi ces chercheurs : Jacqueline Chabbi, Angelika Neuwirth, François Déroche, Christian Julien Robin, Claude Gilliot, Michael Marx, Holger Zellentin, Mehdi Azaiez, Hichem Djaït, Mohammad Ali Amir-Moezzi, Asma Hilali. Curieusement, un grand nombre de ces experts collaborent à des universités occidentales. Pourquoi n'avoir pas aussi interrogé des experts critiques, tel l'abbé Alain Arbez, le père François Jourdan ?

Les sept épisodes de « Jésus et l’islam » « prennent pour point de départ une lecture minutieuse de tous les termes de deux versets de la sourate IV du Coran, évoquant à leur manière la crucifixion de Jésus « en apparence », avant d’ouvrir peu à peu la discussion à toutes les questions que pose le texte, tant dans ses dimensions théologiques que littéraires et historiques. C’est au carrefour des trois formes du monothéisme, dans la continuité du judaïsme de Moïse et du judéo-christianisme de Jésus, que nous mène cette enquête qui cherche à reconstituer l’émergence de l’islam dans une région païenne, très marquée pourtant par les influences bibliques et la proximité des églises syriaques ».

Déjà, ce résumé laisse pantois. Religion adamique – « pacte entre Allah et Adam » -, l’islam ne s’inscrit pas dans la continuité biblique. Si dans le judaïsme ou l’islam, le monothéisme est unitaire, le christianisme est caractérisé par un monothéisme trinitaire – les chrétiens sont dénommés « associateurs » en islam. En outre, la péninsule arabique était peuplée de Juifs érudits, commerçants.

Cette série non didactique et ennuyeuse est diffusée dans un ordre peu compréhensible. La distinction entre sourates mecquoises et médinoises aurait gagné à être expliqué dès le premier épisode.

En outre, cette série révèle la difficulté de la critique du Coran : la plupart des experts interviewés se limitent à une paraphrase ou à une citation de sourates.

Elle débute par un point de désaccord majeur entre christianisme et islam. Celui-ci « n'admet pas que Jésus ait pu mourir en croix, mais préfère imaginer qu'il aurait été enlevé par Dieu (Coran, IV, 157-158) » (Rémy Brague).

Premier voletLa crucifixion selon le Coran  : « Dans la sourate IV, versets 157 et 158, le Coran, "texte sacré", relate la crucifixion de Jésus de manière très différente de la tradition chrétienne. Jésus y est crucifié « en apparence ». Ceux qui ont assisté à la scène auraient-ils été victimes d’une illusion ? Quelqu’un d’autre aurait-il été crucifié à sa place ? Jésus est-il vraiment mort sur la croix ? »

Précédés et suivis par des versets hostiles aux Juifs, ces deux versets sont post-hégire, c’est-à-dire postérieurs au départ de Mahomet, accompagnés de ses disciples, de La Mecque pour s’installer à Médine :
« 157. et à cause leur parole : « Nous avons vraiment tué le Christ, Jésus, fils de Marie, le Messager d'Allah »... Or, ils ne l'ont ni tué ni crucifié; mais ce n'était qu'un faux semblant ! Et ceux qui ont discuté sur son sujet sont vraiment dans l'incertitude : ils n'en ont aucune connaissance certaine, ils ne font que suivre des conjectures et ils ne l'ont certainement pas tué.
158. mais Allah l'a élevé vers Lui. Et Allah est Puissant et Sage  ».
Rappelons que les Juifs n’ont jamais revendiqué avoir tué Jésus, et que sa crucifixion a été une peine infligée par les Romains. Comment expliquer le récit de la crucifixion du Christ ? Sosie ou illusion collective ? Deux siècles après la mort de Mahomet, certains musulmans ont avancé, sans base textuelle, le nom d'autres individus ayant été crucifiés à la place de Jésus.

Issa est le "dernier envoyé d'Allah avant Mahomet". L'islam allègue que "les Juifs ont trahi le pacte irrévocable".

« Ce Issa n’est pas le Jésus des Évangiles. Il n’est pas mort sur la croix, nous dit le Coran. Il n’est en tout cas pas un Fils de Dieu, puisque Allah n’est pas père, et comme il n’y a pas de péché, il n’y a pas de rédemption ni de salut… Au jour de la résurrection, Issa en personne portera un témoignage d’accusation contre les juifs et les chrétiens qui ont cru à sa mort en croix (4.159). Issa « brisera la croix » - ce qui veut dire abolira le christianisme -, « tuera les porcs » - dans la culture islamique, les porcs sont associés aux chrétiens, et les singes aux Juifs. Tuer les porcs est donc une manière d’annoncer leur anéantissement - et abolira la taxe imposée aux infidèles soumis, ce qui signifie que le jihad a repris contre les juifs et les chrétiens vivant sous l’islam, et que ceux-ci devraient se convertir sous peine de mort ou d’esclavage. Telle est donc la tâche finale d’assainissement que le musulman Issa devra accomplir, lorsqu’il reviendra dans les derniers jours ! Allah détruira alors toutes les religions, à l’exception de l’islam... On peut constater à quel point l’islam est diamétralement opposé au cœur du message chrétien et des références bibliques qui le sous-tendent. Pas d’alliance, pas d’amour, pas de péché, pas de rédemption, pas de salut, mais avant tout : une loi, la charia, c’est-à-dire des règles à observer pour ne pas fâcher le souverain céleste », a précisé l’abbé Alain Arbez.

Deuxième voletLes gens du Livre : « D’après la sourate IV du Coran, « les gens du Livre » – en l’occurrence, dans le contexte, les juifs – revendiquent la mort de Jésus. Contrairement à l’Histoire, ils affirment qu’ils l’auraient crucifié. Pourquoi cette invraisemblance ? Pourquoi cette auto-accusation ? Et pourquoi le Coran polémique-t-il autant avec les juifs d’Arabie, alors qu’il se montre fidèle à la tradition biblique ? »

Cette revendication est un élément, d'origine chrétienne et vivace en Arabie au VIIe siècle, de la polémique entre Mahomet et les Juifs de son temps. Le "Coran désigne Jésus par Aissa, ibn Mariam (fils de Marie), et al-Massi, celui qui a reçu l'onction en arabe. Jésus n'est pas conçu comme le messie attendu par les Juifs."

Le "thème des Juifs assassins des prophètes est un topos courant dans la littérature chrétienne syriaque". En "se voulant le successeur de Jésus, Mahomet peut espérer rallier les chrétiens à sa cause". Le "Coran reprend la littérature anti-juive, et polémique avec les chrétiens, contre l'idée de faire de Jésus le fils de Dieu". A l'époque du Prophète, la communauté chrétienne devait être la plus importante au Moyen-Orient. Jésus est aussi un rival pour Mahomet, il est un personnage ambivalent". Le "Coran tient à condamner les Juifs. Il y a vraiment une invective contre les Juifs. Il y a une tentative de convaincre les chrétiens de rejeter leur enseignement sur le Christ".

Holger Zellentin considère le Coran comme "anti-rabbins" de son temps, et non comme antijuif. Le Coran "dénonce le mauvais enseignement qu'ils professent, le trop grand nombre de lois".

Le Coran contient des "références au Talmud et à la tradition midrashique". Un expert évoque les rapports parfois tendus entre Dieu et le peuple Juif dans la Bible pour déduire l'existence d'un "antijudaïsme biblique" dans le Coran !?

Troisième voletFils de Marie : « Le Coran accorde une place éminente à Marie, la seule femme dont il cite le nom. Pourquoi Jésus est-il toujours présenté comme « fils de Marie » ? Quelles sont les implications de cette expression, qui semble relayer « la terrible calomnie » dont Marie aurait été l’objet ? Pourquoi passe-t-elle pour être la sœur d’Aaron et de Moïse, alors qu’un millénaire les sépare ? »

L'expression "fils de Marie" véhicule l'accusation calomnieuse de fornication, d'adultère ou de prostitution portée contre elle. Il "n'y a pas de Joseph dans ce récit" coranique, alors que les Évangiles de Matthieu et de Luc mettent en scène Joseph. La naissance miraculeuse de Issa survient selon le Coran non dans "une étable, mais sous un palmier, près d'une source". La "place de Marie dans les Apocryphes, c'est le terreau du Coran". "A cette époque, en Arabie, il y avait un culte marial considérant la Vierge comme une espèce de déesse".

Myriam/Marie ? Confusion entre deux personnages bibliques ou mise en place d'"une filiation mythique" ?

Quatrième voletL’exil du Prophète : « Pourquoi l’exil de Mahomet de La Mecque à Médine (l’hégire) fonde-t-il l’ère musulmane ? Permet-il d’opérer la distinction entre les sourates mecquoises et les sourates médinoises ? Peut-on reconstituer la chronologie du Coran ? Que sait-on historiquement de Mahomet ? Ses appels au monothéisme, ses annonces de la fin des temps et du jugement divin expliquent-ils son exil de La Mecque à Médine ? »

L'Hégire marque l'avènement du Mahomet, chef politique et chef de guerre, dont la date de naissance demeure inconnu. "La Mecque était païenne... La religiosité de Mahomet et de sa tribu ? L'alliance à une divinité. La révélation se fait à La Mecque. Cette tribu rejette cette révélation, et Mahomet se réfugie à Médine", selon une chercheuse. L'exil se produit en 622. "Médine était une ville-oasis divisée en deux tribus. Ce prophète-étranger est devenu un arbitre de leurs différends qu'il a résolus par sa religion. Il a consulté l'oumma, la communauté des croyants". Un accueil si favorable ? "C'est contraire à la vraisemblance". Un chercheur perçoit l'influence de Byzance. "Mohammed appartient à une ville victorieuse contre l'Ethiopie. Il devait avoir un rayonnement personnel". L'Hégire a "peut-être été un épisode humiliant, Mohammed ayant quitté de nuit La Mecque".

L'exégèse islamique accorde une grande importance à cette distinction entre sourates mecquoises et médinoises, celles-ci étant "longues et aux thématiques de management de la communauté (juridiques, règles de vie). Avec l'émergence d'un premier Etat musulman à Médine, apparaissent les pourparlers avec les tribus Arabes et juives, la politique. Comment lire le Coran ? Les" premières sourates sont des dialogues entre Mahomet et son Dieu, les gens de La Mecque ne sont pas présents. Plus tard viennent les polémiques, les menaces". Ajoutons le classement stylistique". Le "Coran est un texte sacré, mais pas une source historique", estime une chercheuse.

Il convient de rappeler le principe islamique de l'abrogation : en cas de contradiction entre deux versets, le verset le plus récent (médinois) abroge celui qui lui est antérieur (mecquois). Et les versets plus récents sont problématiques notamment par leur appel à la violence et à la haine des Juifs.

Cinquième voletMahomet et la Bible : « Le Coran fait de nombreuses références à la Bible hébraïque et aux textes chrétiens, notamment les évangiles apocryphes. D’où Mahomet tirait-il ce savoir ? Avait-il un ou plusieurs informateurs, comme le suggère le Coran ? Alors que la Tradition musulmane insiste sur le contexte païen des débuts de l’islam, la présence de Jésus dans le Coran est-elle la trace d’influences judéo-chrétiennes ? »

Les "114 sourates du Coran ont été assemblées selon une chronologie et une logique qui nous échappent". Nous "n'avons pas de textes antérieurs au Coran en provenance d'Arabie. Il nous manque les textes religieux sur cet environnement. Nous avons des tas de sources pour la Palestine, mais rien sur la péninsule arabique". Notre "handicap est l'ignorance du contexte" du Coran, "parole révélée par Dieu en arabe pur". Le mot "Coran" n'est pas typiquement arabe, mais d'origines araméenne et syriaque.

A Médine, ville située sur un grand axe de communication, sur "l'ancienne route de l'encens", "vivaient trois tribus juives et deux tribus" polythéistes. Le Coran désigne les chrétiens sous le vocable de "Nazaréens". L'origine de ce mot ? Dans le Nouveau Testament, un passage se réfère aux disciples de Jésus comme "Nazaréens". Les "judéo-chrétiens" ont du essaimer, notamment en Syrie. Un "christianisme arabophone a existé tôt". Le "syriaque est à l'origine un dialecte araméen. Il a joué un rôle essentiel".

L'islam "a un succès considérable à ses débuts. Les gens le distinguent mal du christianisme dont il reprend des thèmes - aumône, charité -, Jésus. Ce qui explique son succès, avec la coercition".

Au début du VIIIe siècle, l'empire musulman s'étend sur de vastes territoires.

Sixième épisodeLa religion d’Abraham : « Mahomet a-t-il voulu créer une nouvelle religion ? Pourquoi l’islam se veut-il la religion d’Abraham ? Pourquoi Mahomet se situe-t-il dans la longue lignée des prophètes, juste après Jésus ? Est-ce pour cette raison que les noms de Mahomet et de Jésus apparaissent ensemble sur l’inscription du Dôme du Rocher à Jérusalem ? Pourquoi l’islam a-t-il été considéré comme une hérésie du christianisme ? »

Liée à l’ONU, l’Alliance des civilisations (ADC) « a établi un Plan de mise en œuvre (2007-2009), divisé en deux parties, Cadre Stratégique et organisationnel et un Programme d’action axé surtout sur quatre domaines : les jeunes, l’éducation, les médias, la migration… Un des projets de l’ADC intitulé Abraham’s Path (Le chemin d'Abraham) créé par l’université de Harvard consiste à élaborer « le concept d’une grande route permanente de tourisme et de pèlerinage qui suivrait les traces du prophète Abraham dans plusieurs pays du Moyen-Orient ». Cette formulation est exclusivement islamique car Abraham dans la conception judéo-chrétienne est un patriarche, il n’est pas un prophète musulman, et son itinéraire est différent de l’Abraham coranique », a indiqué l’essayiste Bat Ye’or.

Septième et dernier épisodeLe livre de l’islam: « Dans le Coran, Mahomet est présenté comme un illettré, un pur messager de la parole divine transmise par l’ange Gabriel. Mais comment le texte a-t-il pris forme ? Comment a-t-il été transmis oralement puis fixé par écrit ? Comment Mahomet peut-il être considéré comme l’auteur du Coran, ce premier monument de la littérature arabe ? »

Succès d'audience
ARTE s'est "réjoui de l’accueil réservé" à cette série dont le premier épisode diffusé en décembre 2015 en prime time a réalisé une excellente audience en réunissant 1 156 000 téléspectateurs soit 4.3 %" de part d'audience (pda) selon Mediamat/Mediametrie. "Il s’agit de la quatrième meilleure audience en nombre de téléspectateurs de l’année pour un prime time du mardi. La soirée entière composée des 3 premiers épisodes réalise également une très belle performance avec en moyenne 858 000 téléspectateurs et une pda de 3.9 %. Dans le détail, le deuxième épisode a réuni 795 000 téléspectateurs (3.3% de pda) et le troisième 616 000 (3.9 % de pda).  Le lancement de la série est également un beau succès en Allemagne avec environ 500 000 téléspectateurs en moyenne sur l’ensemble de la soirée. Les trois épisodes ont cumulé plus de 40 000 vidéos vues en France et en Allemagne".

"Par ailleurs, à 20h05, le magazine 28 minutes présenté par Elisabeth Quin a également réalisé un record d’audience avec 3 % de pda et 795 000 téléspectateurs. Il s’agit de la meilleure audience du magazine depuis son lancement. Gérard Mordillat et Jérôme Prieur en étaient les premiers invités. La seconde partie de l’émission était consacrée à la Lybie".

Un succès d'audience révélant la curiosité des téléspectateurs, vraisemblablement marqués par les attentats terroristes du 13 novembre 2015.

CFCM
Le "Conseil français du culte musulman (CFCM) a invité" ce dimanche 31 juillet 2016 "responsables de mosquées, imams et fidèles à se rendre à la messe pour exprimer leur « solidarité et compassion » après l'attentat terroriste islamiste commis au nom de l'Etat islamique (ISIL) à l'église Saint-Étienne-de-Rouvray près de Rouen.

Islamisation de Jésus
Le 25 décembre 2017, jour de Noël, BFM a publié l'article, émaillé d'erreurs, Jésus, un musulman à part selon l'islam, de Robin Verner.  Après la déjudaïsation et la palestinisation de Jésus, c'est une étape dangereuse. Or, Jésus était un juif, un Judéen.

"Inquiétantes ont été les tentatives d'islamiser Noël. La re-théologisation de Noël repose sur le postulat faux que le Jésus de la Bible est le Jésus (Isa) du Coran. Cette fusion religieuse, parfois appelée « Chrislam » progresse dans un Occident devenu bibliquement analphabète", a écrit Soeren Kern, Senior Fellow de l'Institut Gatestone de New York, le 25 décembre 2017.


« Jésus et l’islam » de Gérard Mordillat et Jérôme Prieur
ARTE FRANCE, ARCHIPEL 33, Denis Freyd, CNC, BnF, France, 2012-2014
Sur Arte 
La crucifixion selon le Coran  (Die Kreuzigung im Koran) : les 8 décembre 2015 à 20 h 55, 14 août 2018 à 22 h 40 (53 min)
Les gens du Livre  (Die Leute des Buches) : les 8 décembre 2015 à 21 h 50, 14 août 2018 à 23 h 30 (52 min)
Fils de Marie  (Der Sohn Marias) : les 8 décembre 2015 à 22 h 40, 15 août 2018 à 0 h 20 (52 min)
L’exil du Prophète  (Das Exil des Propheten) : le 9 décembre 2015 à 23 h (53 min)
Mahomet et la Bible  (Mohammed und die Bibel) : le 9 décembre 2015 à 23 h 55 (53 min)
La religion d’Abraham  (Die Religion Abrahams) : le 10 décembre 2015 à 22 h 25 (53 min)
Le livre de l’islam  (Das Buch des Islam) : le 10 décembre 2015 à 23 h 20 (52 min)  
        
Visuels : © Archipel 33/François Catonné

Articles sur ce blog concernant :
Les citations sur la série sont d'Arte et des chercheurs interviewés. Cet article a été publié le 8 décembre 2015, puis les 31 juillet 2016 et 26 décembre 2017.