Citations

« Le goût de la vérité n’empêche pas la prise de parti. » (Albert Camus)
« La lucidité est la blessure la plus rapprochée du Soleil. » (René Char).
« Il faut commencer par le commencement, et le commencement de tout est le courage. » (Vladimir Jankélévitch)
« Notre métier n’est pas de faire plaisir, non plus de faire du tort. Il est de porter la plume dans la plaie. » (Albert Londres)
« Le plus difficile n'est pas de dire ce que l'on voit, mais d'accepter de voir ce que l'on voit. » (Charles Péguy)

mardi 4 septembre 2018

« L’œuvre de Bat Ye’or et sa réception. Jusqu’où la contradiction est-elle possible ? »


Le 9 mars 2018, Sciences Po a accueilli une journée d'étude de sciences politiques consacrée aux femmes contre le totalitarisme, à l'initiative de Marc Crapez, chercheur associé au Sophiapol de Paris Nanterre, et placée sous la présidence d’honneur de Jean Leca, les présidences de séances par Armelle Le Bras-Chopard et Guy Hermet et un épilogue par Blandine Kriegel. Cette journée d'étude était organisée par le CEVIPOF (Sciences Po) et Sophiapol (Université Paris-Nanterre), et était soutenue par la Fondation de la France Libre. Dans son numéro de juin 2018, la Revue de la Fondation de la France Libre publie les communications des participants, dont un résumé de la mienne intitulée « L’œuvre de Bat Ye’or et sa réception. Jusqu’où la contradiction est-elle possible ? ». Je publie mon résumé suivi de l'intégralité de ma conférence.

« Elles l’ont combattu. Femmes contre le totalitarisme au XXe siècle » par Marc Crapez

Résumé

Bat Ye’or est une essayiste née dans une famille juive bourgeoise en Egypte. Traduits en plusieurs langues, réédités régulièrement, ses livres ont innové dans les thèmes abordés et l’angle d’étude, ainsi que la terminologie popularisée : la dhimmitude, statut des dhimmis (non-musulmans) sous domination islamique après avoir été vaincus par le djihad, Eurabia, l’Europe et le spectre du califat.

La publication de l'« Autobiographie politique. De la découverte du dhimmi à Eurabia » par Bat Ye’or (Les Provinciales) offre l’opportunité d’une réflexion sur l’accueil complexe d’une œuvre singulière aux échos récurrents dans l’actualité depuis 47 ans, et non « politiquement correcte » dans des démocraties à la doxa quasi-exclusive, ainsi que sur les stratégies déployées par des médias et des universitaires pour marginaliser, voire exclure les voix discordantes, et les voies suivies par « celui qui crie dans le désert » (Vox clamantis in deserto, Esaïe 40:3).

Bat Ye’or est née Gisèle Orebi en Egypte dans une famille juive bourgeoise cairote.

Enfant, elle a vu l’adhésion enthousiaste de foules égyptiennes au nazisme.

Elle a été marquée par les pogroms dès l’après-guerre et les lois antijuives, à l’instar de celles nazies, adoptées dans les années 1950 par l’Egypte de Nasser, pour ruiner et spolier les Juifs ostracisés.

Réfugiée apatride à Londres en 1957, cette étudiante épouse en 1959 David G. Littman, condisciple juif britannique, qui va étudier avec elle la condition des « juifs d’Islam ».

Depuis 1970, Bat Ye’or, nom de plume de Gisèle Littman, a construit une œuvre centrée sur deux thèmes liés, cohérents : la dhimmitude, vocable qu’elle a forgé pour désigner un « processus complexe et dynamique d’islamisation », et depuis 2002 Eurabia, continent euro-arabe en formation, et le califat auquel aspire l’OCI (Organisation de la Coopération islamique) influente auprès de l’Union européenne (UE) et des Nations unies. Elle est aussi une intellectuelle engagée dans la défense des droits des Juifs contraints de fuir, essentiellement des années 1940 aux années 1970, le monde arabe, la Turquie, l’Iran, la partie de Jérusalem conquise par la (Trans)Jordanie.

Il peut sembler surprenant d’inclure dans cette Journée sur les « Femmes contre le totalitarisme », l’accueil de l’œuvre de Bat Ye’or dans des démocraties.

Le vocable « totalitarisme » s’avère plastique : l’historienne Malka Malkovitch a écrit en 2008 l’article « Du dialogue à l'Alliance des civilisations, le totalitarisme de demain  ». Certains parlent du totalitarisme de l’Union européenne et du totalitarisme islamiste, d’autres de « soft totalitarisme » pour fustiger une transparence jugée excessive à l’égard des politiciens. Et une doxa « politiquement ou islamiquement correcte » intimide/délégitime une parole déviante, telle celle de Bat Ye’or.

Œuvre sur 47 ans
L’œuvre de Bat Ye’or est constituée de sept livres traduits en plusieurs langues, régulièrement réédités, à la diffusion internationale, ainsi que de multiples articles, dans des revues savantes, célèbres, de nombreuses conférences et interviews qui ont popularisé ses analyses.

De la fin des années 1970 aux années 1990, Bat Ye’or a décrit la condition des dhimmis, indigènes non musulmans sous domination islamique après avoir été vaincus par le djihad.

En 1971, parait son livre Les Juifs en Egypte. Aperçu sur 3000 ans d’histoire. Ce livre brisait le cliché d’un islam tolérant à l’égard des Juifs en énonçant » pour la première fois les servitudes de la dhimma », tout en évoquant l’antisémitisme musulman. De plus, son auteur y affirmait « que les juifs et les chrétiens avaient eu le même statut », osait « parler d’un sionisme en Egypte », « citait les noms allemands et arabes des nazis réfugiés dans ce pays dans l’après-guerre et leurs fonctions dans le gouvernement égyptien, les émeutes et les lois anti-juives décrétées en 1948 ». C’est l’esquisse de son œuvre et de l’accueil de ses futurs livres. Le Congrès juif mondial (CJM) et des médias juifs apprécient cette brochure, qui suscite l’ire « d’anciens communistes juifs anti-israéliens, d’origine égyptienne, réfugiés en France ». Hava Lazarus-Yafeh, professeur à l’université hébraïque de Jérusalem, est indignée par la teneur du livre et par l’auteur : de quel droit une non-universitaire ose-t-elle parler des « Juifs d’islam » ? Des Juifs ashkénazes étaient convaincus que les Juifs avaient été victimes du seul antisémitisme existant, celui chrétien, et des sépharades étaient méprisés et leur histoire ignorée.

Puis, ont été publiés ses livres sur les dhimmis – Le Dhimmi, profil de l’opprimé en Orient et en Afrique du Nord depuis la conquête arabe (1980) – 7 ans pour trouver un éditeur -, Les Chrétientés d’Orient entre jihad et dhimmitude (1991), Face au danger intégriste juifs et chrétiens sous l’islam (1994). Sur trois continents, sur treize siècles, ces livres offrent une synthèse et des analyses à partir de témoignages de contemporains des dhimmis, indigènes non musulmans - juifs, chrétiens ou autres -, vaincus par le djihad, sous domination islamique, et « décimés par l’esclavage et le génocide ». Un chapitre évoque l’Etat d’Israël construit par les anciens dhimmis juifs.

Bat Ye’or humanise les dhimmis et réfute la pertinence de poncifs, comme les « minorités ethno-religieuses protégées », défendus par d’illustres universitaires, dont Bernard Lewis (« citoyens de seconde zone »), Mark Cohen (« C’était pire dans l’Occident médiéval chrétien ») et Fernand Braudel qui atténue le conflit entre l’islam et la chrétienté. Tous propagent, comme les médias et les manuels scolaires, le mythe al-Andalus de la « tolérance islamique », de la coexistence pacifique interreligieuse sous domination islamique. Un mythe inventé au XIXe siècle.

Bat Ye’or invite les musulmans à examiner leur histoire, à mettre fin au djihad, à établir des relations d’égalité avec les non-musulmans, dans un objectif de paix.

Elle  ose dire, dans une Europe diabolisée par son passé colonisateur, qu’elle « a libéré le dhimmi de son asservissement ».

Bat Ye’or anticipait des réactions vives. Aussi avait-elle parfois substitué au mot « islamique » le vocable « Arabe » pour « adoucir la violence théologique islamique ».

Elle découvre que certains travestissent « l’Histoire pour l’adapter à l’idéologie ». L’alternance politique en Israël - arrivée au pouvoir de Menahem Begin du Likoud, grâce au vote des Sépharades - incite des universitaires israéliens à demander à Bat Ye’or de renoncer à ses analyses pour ne pas « renforcer le camp de Begin » diabolisé.

Bat Ye’or reçoit le soutien d’éminents universitaires, historiens des Juifs : prof. Haïm Zeev Hirschberg, Dr Eliezer Bashan, de Robert Wistrich, Martin Gilbert, Annie Kriegel.

Elle affronte l’opposition de Marek et Clara Halter, de George Steiner, de l’establishment israélien qui, dans sa quête d’une paix avec les Arabes, nie l’antisémitisme islamique.

Du Dhimmi aux Chrétientés d’Orient, André Chouraqui évolue de l’hostilité au soutien. Idem pour Léon Poliakov.

La presse est généralement louangeuse : nationale - Le Figaro, Le Monde par Jean-Pierre Péroncel-Hugoz puis Jacques Ellul, Le Journal de Genève, belge, suisse, etc. -, juive, catholique, israélienne, sauf article dans The New York Times Book Review (1986) qui classe Bat Ye’or parmi les « extrémistes de droite ». Sur Les Chrétiens, certains concluent des articles élogieux en écrivant que les immigrés musulmans en Europe expérimentent un statut de dhimmis !?

L’intérêt des médias, des universitaires et du public pour Le Dhimmi s’explique par le sujet, par l’angle, et surtout le contexte : une époque où l’islam, ses dogmes et son histoire étaient peu connus, dissimulés par le mythe al-Andalus. La France, l’Angleterre et surtout l’Allemagne étaient les plus hostiles à ses thèses : le fait de casser le mythe al-Andalus choquait. Le discours était beaucoup plus ouvert et libre en Italie et aux Etats-Unis où le « politiquement correct » n’y existait pas.

Tant que le dhimmi était seulement le juif méritant son destin, l’alliance islamo-chrétienne pouvait être scellée, mais quand le dhimmi est chrétien, cela soulève des questions… Des chrétiens d’Orient nient la dhimmitude : ils sont atteints selon Bat Ye’or du « syndrome dhimmi ». Mais la soutiennent une autre partie des chrétiens, notamment l’Ambassade chrétienne à Jérusalem, les Coptes égyptiens et les chrétiens maronites proches de Béchir Gémayel, pro-Israéliens, choqués par le comportement des terroristes palestiniens au Liban, et abandonnés par l’Europe.

Bat Ye’or est invitée par le Congrès américain pour évoquer les chrétiens persécutés, par des professeurs d’universités américaines ou britanniques.

Quant aux spectateurs musulmans de ses conférences, certains sont des opposants virulents, d’autres partagent ses analyses.

Au fil des décennies, des difficultés surgissent provenant du milieu universitaire. Quant Bat Ye’or, de passage à Paris, téléphone à Esther Benbassa pour lui proposer une rencontre, cette historienne oppose un refus courroucé et apeuré : « Mais tu ne te rends pas compte ! Si Bruno Étienne, mon directeur de thèse, me voyait avec toi ! »

Vers 1991, Jacques Ellul se confie auprès de Bat Ye’or : « l’atmosphère de censure, de peur à l’université, dans les médias lui rappelait les années de l’Occupation ».

En 1994, « Politique internationale » refuse une interview de Bat Ye’or par Paul Giniewski sur le retour de l’islam en Europe. L’article est publié par Midstream, revue new-yorkaise.

Bat Ye’or est « désinvitée » de conférences, insultée.

Depuis 2002, Bat Ye’or analyse Eurabia (2006), un continent euro-arabe émergent voulant devenir une grande puissance à l’égale des Etats-Unis, « une civilisation méditerranéenne qui réconcilierait l’islam et la chrétienté, remplacerait Israël par la « Palestine », apporterait en Europe les bienfaits et les lumières de l’islam par la fusion démographique, politique, culturelle, économique et sociale des deux rives de la Méditerranée ».

Bat Ye’or  affronte « le Grand Déni » ou « le Grand mensonge » qui s’est mis en place surtout dans les années 1990. Ce « grand mensonge » est « une conception construite d’a priori culturels et politiques, d’axiomes réfractaires à la discussion et imposés par les politiques, les universitaires sanctuarisant et louant l’islam tolérant, favorisant le rapprochement islamo-chrétien au détriment, en lieu et place du dialogue judéo-chrétien initié par Vatican II (1963), niant les racines juives et chrétiennes de l’Europe, fondé sur le mythe al-Andalus. Eurabia a cédé aux diktats de l’OPEP (Organisation des pays exportateurs de pétrole), de la Ligue Arabe et de l’OCI, par crainte du terrorisme, par haine antisémite, en substituant une « Palestine démocratique, laïque », ultime « avatar » de ce mythe, à l’Etat d’Israël. Eurabia résulte de la conjonction d’anciens nazis - Walter Hallstein (1901-1982), premier président de la Commission de la CEE -, de collaborateurs français et du mouvement arabe dirigés par le grand mufti de Jérusalem Hadj Amin al-Husseini. S’impose le « Principe d’inversion » - le djihad est une « guerre défensive » - qui « attribue une culpabilité axiomatique au dar al harb » (domaine de la guerre).

Bat Ye’or est souvent délégitimée par les Mainstream médias (MSM), dénoncée comme « complotiste » ou « islamophobe ». Ce qui explique que des organisations comme le CRIF (Conseil représentatif des institutions juives de France) ne l’invitent pas à leurs colloques. Par crainte d’être atteintes par la même opprobre.

Mais des musulmanes comme Ayaan Hirsi Ali – « Le problème, c’est le prophète et le Coran » (2005) - ou Wafa Sultan jugent l’islam plus sévèrement que Bat Ye’or.

Pour contrer sa relative ostracisation et populariser ses analyses, Bat Ye'or a créé des sites Internet : Dhimmi.org et dhimmitude.org, accordé des interviews sur Internet en français et en anglais.

En 2010, est publié L’Europe et le spectre du califat. Bat Ye’or évoquait le dessin de l’OCI d’établir son califat, une gouvernance islamique mondiale à la fois politique, religieuse et législative.

Le Quai d’Orsay a interdit  la conférence de presse de Bat Ye’or au CAPE (Centre d’accueil de la presse française) à Paris. Alors qu’il ne s’était pas opposé à celles d’antisémites notoires.

En décembre 2010, lors des Assises internationales sur l’islamisation  à Paris, des spectateurs criaient « Dhimmi ! », « Traître ! » lors de la diffusion d’un montage vidéo de commentaires de politiciens critiques à l’égard du vote suisse opposé à la construction de minarets (2009). Ce qui prouve la diffusion des analyses de Bat Ye’or malgré une chape de plomb.

La couverture médiatique en France du livre a été restreinte.

En 2011, après les attentats terroristes commis par Anders Breivik en Norvège, Bat Ye’or a été diffamée : parmi les noms cités par le terroriste, figurait le sien.

En 2014, c’est l’Etat islamique (ISIL, ISIS, Islamic State of Iraq and al-Sham) qui a proclamé le califat, et a illustré ses écrits sur la dhimmitude.

En 2015, Michel Houellebecq a cité Bat Ye’or dans son roman « Soumission » (p. 157).

Alors que l’Europe « politiquement correcte » refuse de débattre des analyses de Bat Ye’or, la New York Public Library a recueilli les archives du couple Littman.

En 2018, l’Autobiographie politique, de la découverte de la dhimmitude à Eurabia, de Bat Ye’or est plus couverte par les médias nationaux, tel L’Express.

Mais Le Monde lui a consacré un long article sans aborder le fond, en donnant la parole à des adversaires, et en recourant à la terminologie des islamistes : « Égérie des nouveaux croisés ». Dans un contexte de craintes d’attentats terroristes islamistes, de retour de terroristes de l’Etat islamique, d’immigration élevée en Europe depuis 2015.

Paradoxes
La Croix vient de publier un article sur la conférence du 5 février 2018 à Paris au cours de laquelle a été présentée  une tribune internationale adressée au grand imam d’al Azhar l’appelant à « repenser » le Pacte de Médine en ce qui concerne la dhimmitude : « Pourquoi la dhimmitude n’est plus islamique et quelle place pour l’intérêt général dans la doctrine musulmane ? » La Croix ne définit pas la dhimmitude. Comme si le mot était connu, ou n’était dicible que par un érudit musulman et sans nommer Bat Ye’or.

Parmi les commémorations en 2019 listées dans la première sélection officielle, figurait la prise de Narbonne par les musulmans en 719. Dans Les Chrétientés d’Orient (p. 328), Bat Ye’or a publié le témoignage d’Ibn al-Athîr sur le jihad par l’armée envoyée par Hichâm,  prince d’Espagne. La France osera-t-elle évoquer la dhimmitude ? Comment va réagir l’« islamiquement correct » ?

Cette page a disparu du site Internet et aucun événement ne s'est déroulé pour rappeler la prise de Narbonne par les musulmans. 
              

lundi 3 septembre 2018

Unité, dynamisme, convivialité et antisémitisme à Créteil


La communauté Juive de Créteil (Val-de-Marne) s’est développée depuis 1962. Essentiellement séfarade, forte de 22 000 âmes, elle offre une large gamme de services à ses composantes, consistoriale ou Loubavitch, du plus jeune âge aux seniors. Implication dans la vie locale, fin maillage par une quinzaine d’oratoires de proximité, aliyah de jeunes et sites Internet la caractérisent. Article rédigé au printemps 2007 et actualisé. Le 3 septembre 2018 auront lieu les Assises de la communauté Juive de Créteil. L'occasion d'informer les fidèles sur le fonctionnement de la communauté.
Tout débute vers 1962-1963 avec l’arrivée de juifs Français d’Algérie attirés par les logements prévus par leur administration.

Nombreuses synagogues
Ces Juifs se réunissent pendant quatre ans dans une cave de 20 m², puis dans une salle municipale.

Devant l’essor de la communauté, une synagogue consistoriale est inaugurée en 1971, sur un terrain de 2 700 m². Au premier niveau du bâtiment : la synagogue d’une contenance de 500 personnes et une salle de prières pour 200 fidèles, et, au sous-sol, un mikvé (bain rituel juif) dont les travaux de rénovation se sont achevés en mai 2007. Jouxtant la synagogue, le centre communautaire a été inauguré le 28 février 1994. Ce lieu communautaire organise des cours d’hébreu et des conférences.

« Nous accueillons 700 à 800 fidèles pour Kippour. Chaque année, nous célébrons une centaine de bars/bats mitzva (cérémonie marquant la majorité religieuse à 13 ans pour le jeune Juif) et une vingtaine de mariages », estime Michaël Dahan, premier ministre officiant à la synagogue du 8 mai 1945, principal lieu cultuel. Il dirige le Talmud Torah dont les sept classes comptent 80 à 100 élèves.

« Il y a une quinzaine de synagogues à Créteil dont la moitié sont d’obédience consistoriale . Nous sommes à la troisième génération de Juifs venus d’Afrique du Nord. La communauté Juive est socio-économiquement bigarrée : professions libérales, commerçants, artisans, ouvriers… », observe le Rabbin Alain Salomon Senior.

En 1968, « de jeunes Loubavitch  se sont réunis dans cette synagogue. En 1994, nous avons fondé notre synagogue de 950 m², dotée d’un mikvé. Nous comptons une cinquantaine de familles plus des sympathisants. Pour shabbat, nous recevons 250 à 300 fidèles, et environ 1 500 pour Simha Torah. Nous proposons des cours de pensée juive et de Talmud et, aux enfants, diverses activités : une grande fête pour Pourim, le centre aéré en juillet », indique le rav Haïm Mellul, du Beth Habad Loubavtch de Créteil.

Quant au rav Charbit, il réunit sa communauté dans un oratoire au nord de Créteil.

Unité, source d’efficience
« Nous avons noué des partenariats avec des institutions - Ozar HaTorah, Beth Hamidrach de Bonneuil-Kehilat, Collel Avrehim - pour coordonner nos efforts et parler d’une voix unie aux autorités publiques », explique Me André Benayoun, alors président de l’Association culturelle israélite de Créteil  (ACIC) dont dépendent neuf oratoires qui attirent chacun 90 à 100 fidèles.

L’ACIP dialogue avec les représentants du culte catholique et a participé à la pose de la première pierre de la mosquée en octobre 2006.

« La communauté représente 22 % de la population cristolienne. C’est la première en Ile-de-France. De nombreux Juifs de Sarcelles la quittent pour s’installer à Créteil. Nous inscrivons nos relations avec les autorités municipales dans la citoyenneté », résume Me Benayoun qui liste les atouts de Créteil  : tissu dense de PME-PMI, hôpitaux, grand choix universitaire, qualité de vie, logements accessibles à la propriété, siège de la préfecture du Val-de-Marne, réseau dense de transports en commun, etc.

Ajoutons le groupe Ozar HaTorah qui, installé depuis 1971, forme près de 1 200 élèves, de la maternelle au lycée, et des mouvements Juifs de jeunesse actifs (EEIF, UEJF).

Un sionisme marqué
Près de la station de métro, protégé par un système de vidéo surveillance, le centre communautaire met à la disposition de l’Agence juive (AJPI) une permanence hebdomadaire répondant à une forte demande. « En 2006, plus d’une centaine de cristoliens ont fait leur aliyah. La motivation est la volonté de vivre son identité en Israël. Et beaucoup de jeunes préfèrent étudier en Israël », constate Me Benayoun.

« L’aliyah s’explique par l’idéalisme, la dimension éducative, le souci pour l’avenir des enfants et le désir d’un épanouissement personnel », précise le rabbin de Créteil, Alain Salomon Senior.

« Une communauté bigarrée »
« Le bonheur se construit », observe-t-il. Aussi, il veille à l’accompagnement spirituel et psychologique des (futurs) mariés.

« Environ 10 % de la communauté est pauvre. Il y a beaucoup de familles (re)composées avec des drames. Nous usons de mesures partielles pour les aider, mais nous avons besoin de professionnels pour les accompagner », confie le président de l’ACIC.

A l’initiative de celle-ci, gérée par la Fondation CASIP-COJASOR, la maison de retraite médicalisée Avot « Claude Kelman »  a ouvert ses portes en 2002 aux aînés du Val-de-Marne.

En direction des plus jeunes, l’ACIC créera en 2007 une aumônerie pour les collèges laïcs car « certains élèves sont en manque de repères » et une crèche aux 60 berceaux.
   
Le 25 octobre 2010, s’est ouvert le procès en appel de 17 des 25 condamnés dans l’affaire du gang des Barbares devant la Cour d’assises des mineurs de Créteil (banlieue au Sud-Est de Paris).

Agressions antisémites dans un appartement
Le 24 mai 2014 au soir, deux jeunes Français Juifs portant kippa ont été tabassés par deux Maghrébins près d’une synagogue de cette ville de la banlieue sud-est de Paris. Un rassemblement a eu lieu le 26 mai 2014 devant la principale synagogue de Créteil. La justice a prononcé un non lieu.

Le 1er décembre 2014, vers midi, à Créteil trois individus jeunes cagoulés, gantés, armés d'un pistolet automatique et d'un fusil à pompe canon scié ont braqué un jeune couple, Jonathan et son amie, âgés respectivement de 21 ans et 19 ans, dans l'appartement d'une famille Juive française en criant des insultes antisémites : "Ils sont où les vieux Juifs ?", "Dis-nous où tu caches l'argent ? ", "Vous, les Juifs, vous avez toujours de l'argent". Ils ont fouillé l'appartement, ont dérobé des bijoux, ordinateurs, téléphones portables et carte bancaire, ont affirmé avoir surveillé la famille, dont le père porte la kippa. La jeune fille a été violée. Il semblerait que ces trois individus ont pris Samuel, frère cadet de l'homme frappé, pour le patron d'un magasin de vêtements d'un centre commercial. Originaires de la commune voisine de Bonneuil-sur-Marne, ces malfaiteurs ont "extorqué le code de la carte bancaire du jeune homme et retiré 480 euros en liquide dans un distributeur à proximité".

Vers 16 heures, la brigade anticriminalité de Créteil a repéré trois suspects âgés de 18 à 20 ans dans une voiture stationnée à Bonneuil-sur-Marne. Elle a interpellé deux d'entre eux avec les bijoux volés quelques heures auparavant et placés en garde à vue. Le troisième, âgé de 18 ans d’origine africaine, a pris la fuite, puis s'est rendu le 2 décembre au commissariat de police. L’un des prévenus vit dans une rue adjacente à celle où le couple a été ligoté, menacé, volé, et la jeune fille violée.

Le 3 décembre 2014, le Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF) a déclaré être choqué « par l’agression antisémite sauvage, avec braquage et agression sexuelle, d’un couple de jeunes Juifs, mardi 2 décembre 2014, à Créteil. Il demande que les agresseurs soient présentés immédiatement devant la justice. L’antisémitisme ne cesse de faire des ravages dans notre pays : les préjugés antisémites sont de plus en plus forts et de plus en plus préoccupants comme l’a révélé l’étude récente Fondapol/Ifop sur l’antisémitisme en France. Un plan spécifique d’urgence doit être mis en place avec des moyens judiciaires et policiers sans précédent pour inverser cette tendance. Le CRIF adresse son soutien aux victimes et à leurs familles ».  

"Si la lutte contre l'antisémitisme est réellement une cause nationale, il devient urgent de s'en donner les moyens", a estimé Joël Mergui, président des Consistoire israélites de France et de Paris Ile-de-France.

Ministre de l’Intérieur, Bernard Cazeneuve, a exprimé « son indignation » et rappelé « sa détermination et celle du gouvernement à lutter sans relâche contre toute forme de racisme et d’antisémitisme ».

Placés en garde à vue, les trois agresseurs, ont été déférés au parquet le 3 décembre 2014.

Le 12/13, journal télévisé de France 3, a utilisé le conditionnel pour évoquer le viol de la jeune fille ("aurait été violée") et diffusé un reportage s'attardant sur des indices - façade de l'immeuble,  numéro de l'appartement identifiable par sa mezouza, etc. - permettant de trouver aisément, par Google, l'adresse du domicile de cette famille. Ce qui accroît le danger pesant sur les membres de cette famille qui a porté plainte pour agression antisémite. On n'a pas le souvenir d'un reportage similaire sur des agresseurs, violeurs. Le caractère antisémite a été affirmé par le ministre de l'Intérieur. "Je ne qualifie pas ça proprement de caractère antisémite... Parce qu'en écoutant des médias et des propos dans tous les réseaux sociaux, cela n'a plus de sens. Aujourd'hui, peut-être c'est fashion d'avoir toujours un caractère antisémite. C'et un fait divers. Certes, c'est une famille Juive qui a été touchée", a déclaré Albert  Elharrar, président de la communauté Juive de Créteil, à France 3. Bref, ce serait un "crime crapuleux" résume la journaliste. On est stupéfait devant la conduite de ce dirigeant communautaire qui a eu le temps de d'entendre des médias et de lire les "propos dans tous les réseaux sociaux", et sur ce double fondement hautement faible, se permet de nier la parole des victimes, et d'asséner de manière injustifiée qu'il s'agirait d'un simple "fait divers". Volonté de ne pas déplaire à des édiles locaux ?

Deux individus ont été mis en examen par un juge d'instruction de Créteil pour « vol avec arme, extorsion accompagnée de violences et à raison de l’appartenance religieuse de la victime, séquestration et viol en réunion », et « association de malfaiteurs », un troisième "a été poursuivi pour sa participation au repérage des lieux" et sa complicité. Selon un enquêteur cité par Libération, il s'agirait de « deux Blacks et un Nord-Africain connus pour vols, violences et trafic de stups ». Mais dont les noms sont précieusement maintenus cachés.

Le mode opératoire de cette agression est similaire à celui dont a été victime Simon, septuagénaire Juif français de Créteil, le 10 novembre 2014, dans un appartement du même quartier tranquille de la Pointe du Lac. "J'ai entendu sonner. J'ai ouvert la porte et il y avait un Black. Il m'a demandé un peu de sucre. Donc je lui en ai donné. Dix minutes après, ils sont revenus à trois. Ils ont sonné et puis ils ont poussé la porte vers moi d'un seul coup. Je suis tombé et ils se sont mis à me tabasser : coups de pied, coups de poing", a confié Simon, sur Europe 1. Le 10 novembre 2014, un des suspects avait demandé du sucre à la famille agressée le 3 décembre 2014. Une demande parue suspecte à Samuel qui avait déposé une main courante au commissariat de police. Les trois prévenus sont aussi poursuivis pour « violences en réunion sur une personne vulnérable et à raison de l’appartenance religieuse de la victime ». Un quatrième suspect est toujours recherché par la police pour sa participation à l'agression contre Simon.

Avocate du couple victime, Me Séverine Benayoun a déclaré que « cette agression crapuleuse à mobile antisémite fait penser à l’affaire Ilan Halimi, il y a huit ans ».

Le 4 décembre 2014, le Premier ministre Manuel Valls a tweeté : « L'horreur de Créteil est la démonstration immonde que la lutte contre l'antisémitisme est un combat de tous les jours. Soutien à la famille ». Son message a été retweeté 243 fois.

Puis, à l'Elysée, le Président de la République François Hollande a fustigé « la violence insupportable » de cette agression antisémite : « Quand il se passe de tels drames, de telles tragédies, ce n'est pas la famille simplement qui est blessée, agressée, c'est ce que la France porte de plus grand, de meilleur qui se trouve blessé, abîmé ».

Les trois suspects emprisonnés "s'appellent Ladji, Yacine et Omar et habitent tous dans le même périmètre à Créteil, à moins de 200 m de leurs victimes, ou dans la ville voisine de Bonneuil-sur-Marne. Ils sont âgés de 18 à 20 ans et sont tous plus ou moins connus de la police pour de petits délits et une affaire de drogue. Ils contestent les faits. C'est le plus jeune qui a effectué les repérages, le 10 novembre dernier. C'est lui qui sonne à la porte des victimes en demandant du sucre. Le jeune homme a été formellement reconnu".

Leur avocate, Me Marie Dosé, s'indigne que la qualification antisémite ait été retenue, et dénonce la communication du ministre de l'Intérieur dès le 3 décembre au matin : "Parler d'acte antisémite, que les victimes le fasse dans les médias, c'est très bien. Mais que le ministère de l'Intérieur en parle trop vite, alors même que la justice n'en est pas saisie, c'est choquant. Dans une démocratie, dans une république, la séparation des pouvoirs existe. Ce ne sont pas les médias ou l'exploitation des faits divers qui doivent faire l'institution judiciaire. Je considère que la justice n'a pas été rendue sereinement. On est ici dans l'exploitation d'un faits divers que je ne m'explique pas. La pression qui est exercée à ce moment-là sur le magistrat instructeur ne peut pas garantir son indépendance".

Grand rabbin de France, Haïm Korsia a déclaré au Figaro (4 décembre 2014) : "Le côté horrible de cette agression est sa préméditation. Ce n'est pas un crime d'opportunité. Il a été pensé et réfléchi. Cet acte a été mûri à travers une haine profondément ancrée dans la longueur du temps. C'est donc un acte très lourd qui pose la question de la cohabitation dans un même espace de personnes différentes. C'est une insulte à ce qu'est la France! Il y a deux victimes mais c'est notre rêve collectif dans son ensemble qui est agressé et comme percuté. Somme-nous si mauvais pour ne pas être capable d'enseigner le respect de l'autre! Il nous faut prendre collectivement conscience de notre échec. Mais ce n'est pas parce que nous voyons de tels actes antisémites que la société est antisémite. Le corps social est encore révulsé par ce qui se passe. Il y a donc une note d'espoir. Il faut que nous allions ensemble les uns vers les autres et que l'on encourage le dialogue entre les religions. Il nous faut surtout réinvestir la question de la communauté nationale. J'observe des comportements. Jamais je ne désignerai une communauté ou une autre! Enfermer quelqu'un dans une partie de son identité revient à le nier. Cela conduit aussi à la destruction de l'idée que nous formons une communauté nationale. Dès que vous massifiez l'humanité, vous uniformisez et vous entrez dans une forme de racisme. Or le rêve de la France est de former une communauté nationale dans le respect des diversités et des appartenances religieuses de chacun. Le cap a été franchi avec Ilan Halimi. C'est le même scénario, la même insupportable thèse. Franchir le cap commence quand quelqu'un se fait insulter de sale Juif, de sale Noir, de sale Arabe ou de sale autre. Quand on dénie à quelqu'un le fait d'être un citoyen en pleine égalité. Ce qui est gravissime c'est la haine. Ce n'est pas le nombre des victimes qui fait l'horreur du crime mais c'est la haine. L'alerte est donc permanente. Il faut sans cesse travailler pour faire de la France un lieu d'intelligence, de partage, de respect, et combattre contre ceux qui ne veulent pas de cela". Le grand rabbin de France "politiquement correct" n'indique pas la teneur de ce dialogue entre les religions, omet les insultes contre les Français ou les chrétiens et semble ignorer le refus par la France de ses racines judéo-chrétiennes. Ces réticences à désigner l'origine et la nature de l'antisémitisme choque.

Le 4 décembre 2014, Me Alain Jakubowicz, président de la LICRA (Ligue internationale contre le racisme et l'antisémitisme), a déclaré sur Europe 1 (vers 55 minutes) : « Il y a un lien, […] entre les propos de Zemmour, ceux de Soral, ceux de Dieudonné. Ils arment, d’une certaine façon, bien sûr, les mains de gens qui sont faibles, qui sont dans la difficulté... Les Juifs sont présumés avoir plus de l'argent... Ils sont potentiellement plus victimes. L'étude publiée par Fondapol montre que ces poncifs sont particulièrement présents dans les banlieues, au sein de la communauté musulmane. Il ne faut pas jeter l'anathème ». Il a préconisé d'agir par l'éducation, exhorté à un "plan Marshall", un combat au niveau de l'Etat. Il a souligné que la chancelière Angela Merkel a "mis trente millions d'euros pour régler ces problèmes de racisme et d'antisémitisme... Ces criminels sont nos enfants, les enfants de la République".

La  communauté Juive cristolienne organise un « rassemblement républicain et communautaire de toute confession, pour dire non à l’antisémitisme, cancer de notre société », le 7 décembre 2014, à 11 h, dans le quartier du port de Créteil. Un quartier longtemps « symbole de la coexistence pacifique de toutes les composantes de la Cité ».

A Créteil vivent environ 25 000 Français Juifs, la plus importante communauté Juive francilienne, et une des plus importantes communautés musulmanes de la région parisienne.

Le 7 décembre 2014, à l'appel notamment du CRIF, plusieurs milliers de personnes se sont rassemblées à Créteil, en présence notamment de Bernard Cazeneuve, ministre de l'Intérieur et chargé des Cultes, et de dirigeants communautaires. Roger Cukierman, président du CRIF, a prévenu : "Si l'État ne fait pas de cette cause nationale une ardente obligation, les Juifs partiront en masse et la France tombera entre les mains soit de la charia, soit du Front national". Il a alerté :  "Les Juifs se sentent en danger, certains quittent déjà la France". Malgré les exhortations du CRIF, les gouvernements socialistes refusent de faire de la lutte contre l'antisémitisme une cause nationale. Le 28 novembre 2014, Manuel Valls, Premier ministre, a déclaré la lutte contre le dérèglement climatique grande cause nationale pour 2015. En 2014, l'engagement associatif est la grande cause nationale. La lutte contre l'illettrisme a été la grande cause nationale en 2013.

Bernard Cazeneuve a souligné l'impératif d'ériger la lutte contre le racisme et l'antisémitisme en "cause nationale". Il a affirmé "connaître le sentiment d'inquiétude qui traverse la communauté juive de France" face à l'antisémitisme, "véritable pathologie sociale... Ce crime (...) n'est pas un simple fait divers. Derrière ce crime, il n'y a pas seulement un acte lâche, crapuleux et antisémite. Derrière ce crime, il y a un mal qui ronge la République et que nous devons combattre à tout prix. Nous devons faire de la lutte contre le racisme et l'antisémitisme une cause nationale en y associant toutes les administrations intéressées (...), les préfectures, les élus, les associations, les représentants des différents cultes. La République vous défendra de toutes ses forces parce que, sans vous, elle ne serait plus la République. La République vous protégera toujours contre des actes et des paroles qui portent atteinte au socle même des valeurs qui la fondent". Et de rappeler que les actes et menaces antisémites ont augmenté "de plus de 100 % au cours des dix premiers mois de l'année. Plus de 930 affaires ont fait l'objet de poursuites" au premier semestre 2014, et de stigmatiser des "prêcheurs de haine" sur Internet qui induit "un sentiment d'impunité qui résulte de l'anonymat sur la Toile." Le ministre a "donné instruction aux préfets de signaler aux procureurs de la République tous les actes et toutes les paroles racistes et antisémites afin qu'aucun ne demeure impuni". Il a également pointé la nécessaire vigilance face aux "prêcheurs de haine" qui prospèrent sur internet.

Les "500 000 à 600 000 juifs de France forment la première communauté juive d'Europe et la troisième au monde, derrière Israël et les États-Unis. Mais, pour la première fois, la France est devenue en 2013 le premier pays d'émigration vers Israël avec 4 566 migrants, un phénomène dû à une économie française en berne et un climat d'"antisémitisme décomplexé", selon des responsables juifs". L'AFP a relativisé la gravité de l'antisémitisme en France : "La Commission nationale consultative des droits de l'homme (CNCDH, autorité indépendante créée par le gouvernement) a relevé "une baisse de la tolérance" en 2013 concernant les juifs, "pour la première fois" depuis 1990. Elle souligne la persistance d'"un certain nombre de clichés", en particulier par rapport à l'argent. La France connaît un climat de crispation identitaire plus général : les actes visant les musulmans sont eux aussi en hausse de 12 % de janvier à septembre 2014, selon l'Observatoire national contre l'islamophobie".

Le Premier ministre Manuel Valls a déploré la faible indignation nationale suscitée par cette agression antisémite.

Le 1er décembre 2014, à Créteil trois jeunes cagoulés et armés ont braqué un couple Juif français - Laurine et son compagnon Jonathan, jeune gendarme en reconversion - dans un appartement en criant des insultes antisémites - "Les juifs, ça met pas l'argent à la banque" -, en menaçant de les "buter" et violant la jeune femme. Deux individus ont été mis en examen par un juge d'instruction de Créteil pour « vol avec arme, extorsion accompagnée de violences et à raison de l’appartenance religieuse de la victime, séquestration et viol en réunion », et « association de malfaiteurs », un troisième "a été poursuivi pour sa participation au repérage des lieux" et sa complicité. 

Le 23 février 2017, le directeur des Relations internationales du Centre Simon Wiesenthal, Shimon Samuels," exprimait sa rage envers le magistrat instructeur chargé de l’affaire de Créteil : il a rejeté le caractère antisémite de l’agression perpétrée en 2014 contre un couple juif, et décidé de classer l’affaire. Leur crime était de toute évidence récidiviste car, un mois auparavant, ils avaient agressé un vieil homme juif, identifiable à sa tenue vestimentaire, dans la même banlieue parisienne. Leur avocat de la défense a triomphalement déclaré : « Je ne puis me réjouir du rejet de l’accusation d’antisémitisme, car l’antisémitisme n’a jamais existé… Ce sont les médias qui ont échafaudé toute cette affaire. »

M. Samuels indiquait que « la nature clairement antisémite de cet acte et le viol avaient choqué la communauté juive à un tel point qu’il en avait résulté, en 2014, une proposition de loi « pour que la lutte contre l’antisémitisme et le racisme devienne cause nationale ». Le Centre priait instamment le ministre de la Justice, Jean-Jacques Urvoas, de veiller à ce que cette affaire soit rouverte. Il lui rappelait le long laps de temps qui s’était écoulé avant que l’enlèvement et l’assassinat d’Ilan Halimi, en 2006, aient été déclarés comme antisémites, bien que les auteurs du crime aient affirmé avoir choisi une victime juive parce que, là aussi, « les Juifs avaient de l’argent ». « Cette affaire à elle seule aurait dû créé un antécédent… L’attaque de l’Hyper Cacher, en 2015, qui avait causé la mort de quatre Juifs, avait bien été classée comme antisémite… Monsieur le Ministre, faut-il qu’un Juif qui a été assassiné l’ait été en tant que Juif pour que le crime soit reconnu comme antisémite ? Le viol, la violence et l’attaque à main armée perpétrés contre des Juifs en tant que Juifs ne sont-ils pas suffisants ? », concluait M. Samuels.

En juin 2017, après avoir refusé de retenir le caractère antisémite de l'agression, le juge d'instruction a retenu contre les cinq prévenus, dont l'un est en fuite, la circonstance aggravante de « discrimination de la victime en raison de son appartenance réelle ou supposée à une religion ».

« Les juifs, ça met pas l'argent à la banque », « les juifs, ça a de l'argent »: si l'instruction n'a permis d'attribuer ces « propos haineux (...) sans ambiguïtés » qu'à un seul des agresseurs - celui en fuite -, ceux-ci « doivent être assumés par l'ensemble des auteurs au titre de la co-action », écrit le juge d'instruction, a rapporté une source proche du dossier à l'AFP. 
"L'ordonnance de renvoi du juge, qui avait d'abord écarté la qualification antisémite de l'agression au terme de son instruction, est conforme aux réquisitions du parquet de Créteil, qui avait demandé son rétablissement. Tous les agresseurs sont poursuivis pour vol ou tentative de vol, extorsion et séquestration avec arme, ou complicité. Deux d'entre eux sont également poursuivis pour le viol de la jeune femme, l'un comme auteur, l'autre comme complice". 
"La circonstance antisémite n'a pas lieu d'être. Les revirements successifs des magistrats instructeurs et du parquet démontrent la fragilité de l'analyse juridique du dossier. Celui-ci a été instrumentalisé politiquement, maintenant il est temps de faire du droit", a dit à l'AFP Marie Dosé, avocate de l'un des hommes mis en examen, qui a fait appel du renvoi.  
"Cette qualification antisémite ne pouvait qu'être retenue. Pour les victimes, c'était absolument essentiel", a considéré Alain Jakubowicz, président de la Ligue internationale contre le racisme et l'antisémitisme (Licra), interrogé par l'AFP.  

En juin 2018, lors du procès, les prévenus ont nié tout antisémitisme. 
"Une enfance "un peu dure", des petites amies juives... Devant les assises, les deux hommes jugés pour une agression antisémite à Créteil en 2014 nient tout racisme et accablent un troisième accusé en fuite, dont l'ombre a plané mercredi sur les débats. "Je ne suis pas raciste, je suis tout sauf ça. Je ne suis pas raciste du tout", a répété Abdou Salam K., jeune homme athlétique âgé aujourd'hui de 26 ans, qui projetait d'intégrer l'armée. La mère de son enfant, né six mois avant le violent cambriolage chez Jonathan et Laurine, est juive, raconte-t-il à la cour. "Un ami à elle a voulu me tester, il a dit qu'il emmènerait mon fils chez le rabbin", continue celui qui se dit musulman pratiquant. "Ça ne me dérangerait pas" mais "c'est le petit qui doit choisir sa religion". Lui et ses co-accusés sont jugés pour avoir violemment agressé en 2014 dans leur appartement de Créteil Jonathan, un jeune homme juif, et sa compagne, qui sera violée par l'un d'eux. Le verdict est attendu le 6 juillet. M. Salam  et le deuxième agresseur présumé présent à ses côtés dans le box l'assurent: c'est un troisième homme, Houssame H., qui a fui vers l'Algérie quelques jours après les faits, qui a tenu des propos antisémites pendant le cambriolage. "Les Juifs, ça ne met pas l'argent à la banque", "les Juifs, vous êtes là, vous tuez nos petits frères", aurait-il dit. Dans l'appartement, il aurait été le plus violent et véhément d'après ses victimes. Outre les propos antisémites qu'il tenait en s'amusant à laisser tomber des couteaux sur le dos de Jonathan ligoté au sol, c'est lui qui amènera la dimension sexuelle à l'agression en suggérant qu'un de ses complices "prenne" la jeune femme, peu avant son viol. Le viol, Ladje H., 21 ans, le conteste "à 1.000%", avait-il dit mardi à l'ouverture du procès, les mains fermement appuyées sur le box. En 2015, il a été découvert in extremis, pendu au grillage de sa cellule, à 30 cm du sol. "Je m'étais fait tabasser, c'était trop dur, le bruit que ça a fait cette histoire", explique-t-il, le regard cette fois baissé. "Je suis accusé de viol alors que c'est pas moi". Grand, fin et "baraqué" comme dit le président, le jeune homme est issu d'une famille malienne polygame - 17 frères et soeurs- et a été éduqué à la dure. Il est envoyé pendant deux ans en école coranique au Mali pour apprendre "à être droit" à ses 12 ans, et à son retour, sa mère le laissera dormir sur le palier quand il rentre après l'heure du couvre-feu décrétée par ses parents. Lui non plus n'est "pas raciste", prévient-il, mais la directrice de bâtiment de sa prison, "d'origine juive", "s'acharne" sur lui. Comment le sait-il ? "Des autres détenus qui sont là depuis longtemps me l'ont dit". Et puis : "Je l'ai vu dans son regard, maintenant je reconnais", ajoute-t-il sous le regard atterré de l'avocate de la Licra, partie civile, qui l'interroge. Les trois accusés viennent de la même cité de Bonneuil-sur-Marne. De Ladje, avec qui il n'échange aucun regard dans le box, Abdou Salam dit : "Je pensais que c'était un ami mais je me suis trompé". Ce fils d'un diplomate sénégalais, qu'il connaît peu - lui n'est arrivé en France qu'à ses 18 ans - assure qu'il s'est "laissé entraîner". 

"Le "caractère foncièrement antisémite" de la "sélection des victimes" ne fait aucun doute, avait asséné l'avocate générale dans ses réquisitions: "ils ont vu le rond" (la kippa) sur la tête du père de la victime, "vu la Mercedes noire" qu'il conduisait, et en ont conclu qu'ils étaient juifs et avaient de l'argent."

"Avocat des victimes, David-Olivier Kaminski y a vu "un point de plus dans les statistiques de l'antisémitisme", évoquant dans sa plaidoirie les récents meurtres - pas encore jugés - de deux femmes juives, Sarah Halimi et Mireille Knoll, et l'assassinat d'Ilan Halimi, jeune juif enlevé et tué en 2006 après trois semaines de tortures".

"Ils ne sont pas antisémites, ils sont ignorants", s'est emportée l'avocate d'un des agresseurs, Marie Dosé, qui a longuement dénoncé "une qualification antisémite décidée au niveau ministériel" moins de 48 heures après les faits. Aux enquêteurs, l'ex-petite amie, juive, de Ladje Haidara était venue soutenir qu'il l'avait "assez fréquentée" pour savoir que les juifs n'ont pas tous "de l'argent". Le jour des faits, Houssame Hatri s'était amusé à lâcher des couteaux sur le dos de Jonathan: "pour mes frères en Palestine", avait-il dit avant de jeter au sol les symboles juifs et d'émettre l'idée de les "gazer" à la lacrymogène avant de partir. "Une peur" et "une humiliation supplémentaire", dira l'avocate générale, notant la menace omniprésente d'armes, dont Jonathan sentira "le métal dans sa bouche".

"Humiliation" également selon les parties civiles: le viol de la jeune femme, 19 ans à l'époque. A elle aussi, Houssame Hatri a demandé si elle était juive. "Je suis rien" a-t-elle répondu. "Tu as déjà trompé ton copain?" lui demandera-t-il plus tard. Isolée dans la chambre, pieds et poings liés, elle l'entendra ensuite dire à un autre agresseur : "Tu veux la baiser sa copine?". Un homme entrera dans la chambre et lui infligera des caresses sur les seins et deux pénétrations digitales. "On viole parce qu'on punit, parce qu'on n'a pas trouvé assez de fric, parce que les juifs finalement, ça n'en a pas tant que ça", avait affirmé l'avocate générale. Pendant une heure dans sa plaidoirie, la défense a détricoté les arguments avancés sur la culpabilité de Ladje Haidara, qui a toujours nié les faits. Sans convaincre ni l'avocate générale, ni la cour."

Le "crime était antisémite, a dit la cour. Les agresseurs d'un homme juif et de sa compagne, violée lors de ce cambriolage armé à Créteil en 2014, ont été condamnés" le 6 juillet 2018 "à des peines allant jusqu'à 16 ans de prison. Droits dans le box, Abdou Salam Koita, 26 ans, et Ladje Haidara, 23 ans et reconnu coupable du viol, écoutent le verdict sans ciller. Le troisième agresseur, Houssame Hatri, 22 ans, auteur selon les victimes des propos haineux tenus pendant le cambriolage, est en fuite. Tous trois ont été condamnés à respectivement 8, 13 et 16 ans de réclusion criminelle, des peines moins sévères que celles demandées par l'avocate générale (10, pas inférieure à 15, et 20 ans). Deux complices, jugés en même temps devant les assises du Val-de-Marne, écopent de cinq et six ans de prison".

Croix gammées
Le 3 janvier 2018, des croix gammées peintes en rouge ont été découvertes "sur les volets métalliques de deux magasins casher du centre commercial Kennedy – Hypercacher et Promo et Destock –", puis  à l’aube du 9 janvier 2018 Promo et Destock a été incendié.

Assises de la communauté
La Commission administrative "convie à assister aux Assises de la communauté Juive de Créteil. Ce rendez-vous communautaire exceptionnel permet à chaque fidèle de comprendre le fonctionnement de sa Communauté, consistoriale, et de trouver des réponses à ses interrogations ou faire des propositions. Rendez-vous le lundi 3 Septembre 2018, de 20 h à 22 h 30, au Centre Communautaire Kiryat El de Créteil (situé Rue du Huit Mai 1945, à Créteil) pour y participer." 

Le 31 août 2018, sur Radio JAlbert Elharrar, président de la communauté juive de Créteil, a évoqué "l'aliyah interne" - départ des Juifs cristoliens, notamment les jeunes, vers Neuilly, Levallois-Perret ou Saint-Mandé - et l'immigration en Israël, marquée par le retour de cinq famille. Et de souligner le "besoin de ressources. Lundi soir 3 septembre, ce sera une soirée publique. Chaque responsable va présenter ses actions sociales, comptables, etc., puis ce sera les questions/réponses. Que chacun cristolien invite des Juifs qui ne fréquentent pas la synagogue. La vie à Créteil demeure intense. Une quinzaine d'oratoires seront ouverts pour les fêtes" de Tichri.


Articles sur ce blog concernant :
Affaire al-Dura/Israël
Aviation/Mode/Sports
Culture
France
Il ou elle a dit...
Judaïsme/Juifs
Monde arabe/Islam

Cet article a été publié en une version plus concise dans Osmose au printemps 2007. Il a été publié sur ce blog le 26 mai 2014, puis les 2 décembre 2014 et 5 juillet 2017, 15 février 2018.