Citations

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« Notre métier n’est pas de faire plaisir, non plus de faire du tort. Il est de porter la plume dans la plaie. » (Albert Londres)
« Le plus difficile n'est pas de dire ce que l'on voit, mais d'accepter de voir ce que l'on voit » (Charles Péguy).

dimanche 22 novembre 2015

Disparité et convivialité à Aulnay-sous-bois

Remontant aux années 1920, l’histoire de la communauté d’Aulnay-sous-bois  est cyclique - après un essor dans les années 1920, la communauté aulnaysienne majoritairement ashkénaze, est décimée par la Shoah, puis se développe dès les années 1960 par l’afflux de juifs d’Afrique du Nord - et marquée par la topographie. Dotée de deux synagogues – non consistoriale (ACIA Beth Mosché) et consistoriale (Beth Yaacov) -, essentiellement sépharade, elle présente une réalité nuancée – moins de 1 500 Juifs sur 80 300 habitants -, sans pôle Juif, éducatif ou commercial, susceptible de renforcer son dynamisme. Reportage effectué au printemps 2007. Dans la nuit du 11 au 12 juillet 2014, trois cocktails Molotov ont endommagé la porte de la synagogue aulnaysienne  ACIA Beth Mosché. La famille de Hasna Aït Boulahcen, proche de ceux ayant mené les attentats terroristes islamistes à Paris et à Saint-Denis et présentée peut-être à tort comme la première femme islamikaze en France, vit à Aulnay-sous-bois.

Installée à Aulnay-sous-bois, ville de la banlieue nord de Paris, la communauté française Juive aulnaysienne naît avec l’arrivée de Juifs immigrés à Paris au début du XXe siècle.

Dans l’entre-deux guerres, ces immigrants installés dans la capitale française se rendent, le dimanche ou à la belle saison, et grâce aux trains et tramways, notamment près du canal de l’Ourcq, y apprécier le bon air, se distraire ou se reposer.

L’ACIA Beth Mosché
Au sud de cette ville de Seine-Saint-Denis (93), « la synagogue  est localisée dans les environs de ce canal. Les raisons d’implantation [de la communauté] sont des lotissements et de faibles loyers. Dans un caveau au vieux cimetière, le texte est gravé en yiddish et en français », observait Elie Zajac, auteur de Quatre synagogues en banlieue parisienne Livry-Gargan, Aulnay-sous-Bois, Le Raincy, La Varenne-Saint-Hilaire. 1923-1935 (Archives juives, 2001-2 (volume 34) p. 109 à 121).

Selon le site internet  de la synagogue, « dans les premiers temps de leur regroupement, nos coreligionnaires se réunissaient au domicile Mr Neumann au 52 de la rue du 14 Juillet à Aulnay sous Bois et avaient jeté les bases de la première Association Cultuelle Israélite, appelé " Société de Secours Mutuels d'Aulnay sous Bois - l' Avenir ", leur permettant ainsi de se retrouver et de célébrer les Offices religieux ».

Les premiers statuts remontent au 19 juin 1914.

« L’histoire des communautés juives de la proche banlieue reste peu connue. À Aulnay-sous-Bois, les archives de la communauté sont peu importantes ; elles remontent à la fondation de la shoule par la Société de secours mutuels L’Avenir, déclarée en préfecture en 1924. La synagogue est également localisée dans les environs du canal de l’Ourcq. Les raisons d’implantation sont les mêmes qu’à Livry-Gargan : lotissements et faibles loyers. Les sources sont muettes sur la hevra Kaddisha [Auparavant, sainte confrérie qui s’occupait des inhumations, remplacée par les Sociétés de secours mutuels] et son origine ; seul un caveau au vieux cimetière est témoin de cette époque. Le texte, gravé en yiddish et en français, nous donne les noms de quelques anciens. Il a encore servi récemment. La synagogue est inaugurée en 1928, sans subvention du Consistoire. Les synagogues se sont affirmées comme des composantes avouées du paysage urbain, souvent discrètes, mais avec en façade une recherche architecturale élaborée, et comportant toujours une symbolique juive : tables de la Loi et étoile à six branches. Le judaïsme est reconnu, on peut donc avoir « pignon sur rue », posséder un monument comparable à ceux des autres cultes, dans un État républicain qui accepte les institutions religieuses comme composantes de la société civile ».

Tout se passe vite : le terrain de 210 m² situé 3, avenue Clermont Tonnerre est acquis à Mme Loevel en juillet 1927 pour 4206,20 francs, le permis de construire demandé le 11 août 1928 est accordé le 8 septembre, et la 1ère pierre est posée le 12 août 1928 lors d’une fête présidée par M. Neumann, et au cours de laquelle 72 fidèles, essentiellement d’origine russe et polonaise, ont fait un don. Les travaux débutent le 6 août 1928. Elle est inaugurée lors de Rosh Hachanah 1929.

« Les fidèles ont équipé la synagogue avec des objets de culte transportés avec eux. Bien implantée, la population juive comptait une cinquantaine de familles », écrivait André Meyer, président de l’ACIA (Association de la communauté israélite d’Aulnay-sous-Bois) Beth Mosché (1946-1983).

Victime de la Shoah – une plaque à la mémoire des 35 juifs aulnaysiens morts dans les camps a été apposée dans les deux synagogues -, la communauté s’étiole en raison du vieillissement des fidèles.

« L’arrivée des juifs d’Afrique du Nord a évité la fermeture de cette synagogue alors de rite ashkénaze », indique Sisso Meyer, président de l’ACIA Beth Mosché, officiant et arrivé à Aulnay en 1973. Il estime que sa communauté s’est rajeunie en raison de l’afflux de coreligionnaires venant de quartiers difficiles du nord de la ville.

Vers 1981, l’office du samedi matin réunissait 5-6 personnes. En 2007, le samedi, on compte environ 70 fidèles. Pour Roch Hachanah et Kippour, la synagogue attire près de 200 personnes. Elle abrite un Talmud Torah d’une vingtaine d’enfants, recense plusieurs bars mitsva par an.

L’ACIA fait preuve d’une communication dynamique : dès novembre 1994, Le mensuel de Beth Mosché, un site internet et depuis 2005 La e-letter (hebdomadaire) de Beth Mosché (1-2 pages), sous la responsabilité de Freddy Silvera, son trésorier. Lancé en novembre 1994, Le mensuel de Beth Mosché, journal de quatre pages, est diffusé par Internet à 45 destinataires et par La Poste à 62 destinataires. Ces deux supports ont quadruplé leur audience depuis leur premier numéro.

Beth Yaacov, « un beau joyau »
« A l’indépendance de l’Algérie, de nombreuses familles se sont vu affecter un logement dans cette cité du Nord-est parisien ». On comptait alors jusqu’à 600 familles originaires d’Algérie dans les années 1960.

Dans les années 1960, la communauté Juive « obtient du Logement français, principal bailleur, une cave où elle place un Sefer emprunté, quelques chaises récupérées. Peu après, une seconde cave complète cet oratoire, auquel est joint le Talmud Tora grâce à la persévérance de deux familles Loubavitch, les Elbaz et les Djian. En 1972, venant de Paris et de toute la couronne, des fidèles s’installent dans la zone pavillonnaire. La création du centre commercial Parinor en 1976 amène beaucoup de commerçants Juifs qui répondent aux sollicitations de fidèles décidés à se doter d’une vraie synagogue. La collecte de fonds se déroule via des soirées, des tombolas, etc. Grâce à un généreux donateur, Jean-Claude Zemmour, acquiert en 1981 un grand pavillon alors bien placé dans une rue pavillonnaire, près d’immeubles modernes au nord de la ville. La nouvelle synagogue s’avère rapidement trop petite. En 1989, le bâtiment se métamorphose en une imposante synagogue agrémentée d’un jardin : vaste salle de prières, salle des fêtes, salle de jeux, trois classes de Talmud Torah, création d’un gan [jardin d’enfants, Nda]. Nous organisions des manifestations. Les jeunes publiaient leur journal Synavogue. Il y avait là une belle jeunesse », se souvient avec nostalgie Albert Oliel, président de Beth Yaacov, située « dans une rue pavillonnaire à la lisière des grandes barres » de la zone nord, la plus pauvre de la ville.

Lévy Betsalel, ancien Rabbin de Beth Yaacov (1995-2005) et actuellement chargé du service des divorces au Consistoire de Paris Ile-de-France, précise : « Nos offices attiraient chabbat matin 20 personnes, contre 110-120 fidèles dix ans plus tôt. Plusieurs paramètres expliquent cette baisse : vieillissement, aliyah, crainte avec l’Intifada II sans qu’on ait eu à déplorer beaucoup de violences [antisémites] (jets de tessons de bouteilles, canettes de bières). Nous avons d’assez bonnes relations avec les communautés voisines. J’ai toujours prôné qu’il ne fallait pas répondre à la bêtise par la violence ».

Et Albert Oliel d’ajouter : « Nous accueillons 205-300 fidèles à Kippour et célébrons 4-5 bars mitsva par an, peu de mariages. Je vois l’avenir avec pessimisme. Les jeunes qui se marient quittent la ville, les anciens disparaissent ou font leur aliyah. L’école a fermé en 1995, les évènements et l’environnement incitent beaucoup de familles à déménager ou à faire leur aliyah ».

« Elle part aussi car la vie économique s’est détériorée », explique Sammy Ghozlan, président du BNVCA (Bureau national de vigilance contre l’antisémitisme).

Pendant les émeutes de l’automne 2005, la sécurité a été renforcée aux abords de la synagogue lors des offices.

Cet étiolement pose un problème pour constituer un mynian (quorum de prière). Contre ce déclin, Albert Oliel organise des réunions festives. Il est aussi entré en contact avec ses homologues à Sevran et Villepinte. Il a organisé une ou deux manifestations avec l’ACIA Beth Mosché et entretient de bonnes relations avec des dignitaires chrétiens.

Ces deux communautés entretiennent de bonnes relations avec les autorités locales.

Leur avenir s’annonce en demi-teintes…

Synagogue Beth Mosché

1914
L’association cultuelle israélite Société de secours mutuels-L’avenir est créée.
1927
Le terrain de 210 m² est acheté.
1929
La synagogue est inaugurée.
1940
Elle est fermée et les scellés y sont apposés.
1946
L’Association cultuelles israélite est fondée.


Synagogue Beth Yaacov

Années 1960
Le Logement français donne une cave.
1981
La communauté achète un pavillon.
1989
Elle en double la superficie.
1991
Elle transfère son patrimoine à l’ACIP pour 1 franc symbolique.


Agressions antisémites à Aulnay-sous-bois au début de l'Intifada II

4/01/2001 : Inscriptions antisémites " Mort aux juifs ", " Hitler n'a pas fini le travail ", sur le pallier d'un immeuble où exerce un docteur juif à Aulnay sous Bois (93). 
7/11/2001 : A deux reprises, des inscriptions "mort aux juifs" ont été peintes sur la porte du garage d'un pavillon d'une personne demeurant à Aulnay sous Bois (93).
25/01/2002 : Jet de pierres sur la synagogue d'Aulnay sous Bois (93). Une vitre a été brisée. 
Dans la nuit du 11 au 12 juillet 2014, un cocktail Molotov a endommagé  la porte de la synagogue aulnaysienne  ACIA Beth Mosché. Le 12 juillet 2014, Bruno Beschizza, Maire d’Aulnay-sous-Bois, s'est félicité « de la réactivité des services de la Police municipale et de la Police nationale qui mènent actuellement une enquête et leur affirme sa confiance pour identifier les coupables. La Ville d’Aulnay-sous-Bois et l’ensemble des communautés religieuses se sont réunis ce jour à l’Hôtel de Ville pour apporter solennellement leur soutien, à la communauté de cette Synagogue. La Synagogue de la rue Clermont-Tonnerre fait partie de l’histoire de la Ville d'Aulnay-sous-Bois. Le Maire d’Aulnay-sous-Bois, entouré des différentes associations religieuses de la Ville, refuse donc solennellement tout amalgame. La concorde régnant à Aulnay-sous-Bois entre les différentes communautés ne doit pas être remise en cause par cet acte isolé ou par la situation internationale ». Le 13 juillet 2014, le BNVCA a condamné "l'attentat terroriste commis contre la synagogue d'Aulnay-sous-bois" et a "réclamé de l'Etat des mesures préventives audacieuses". Il "a décidé de déposer plainte. Le crime a probablement été commis par des inconnus qui ont lancé la veille du Shabbat un engin incendiaire sur la porte du lieu de culte qui a été carbonisée". Il a demandé "que tout soit mis en œuvre pour identifier les auteurs antijuifs". Il "s'attendait à ce que des agressions contre les personnes et les biens de la communauté juive allaient être commises, comme c'est à chaque fois le cas lorsqu'il y a des turbulences au Moyen-Orient, notamment lorsque l'Etat d'Israël exerce son droit naturel de légitime défense, contre les terroristes islamo-palestiniens du Hamas de Gaza et du Liban qui bombardent la population civile israélienne. Pour le BNVCA, la sécurité des citoyens est du domaine exclusif de l'Etat qui doit prendre des mesures préventives de tous ordres". Le BNVCA a rappelé "que l'antisionisme et la propagande propalestinienne sont la source de l'antisémitisme depuis 14 ans. Le Président de la République, le Premier ministre, le ministre de l'Intérieur, le Président de l'Assemblée nationale l'ont confirmé. Le BNVCA demande que les mosquées salafistes du département de Seine-Saint-Denis qui font des prêches antisionistes soient fermées et leurs responsables sanctionnés. Le Hamas est une organisation terroriste qui commet des crimes de guerre en utilisant sa population comme bouclier, et des crimes contre l'humanité en bombardant les populations civiles d'Israël. Le BNVCA demande au Ministre de l'Intérieur de ne pas autoriser les manifestations organisées en France par ceux qui soutiennent les terroristes. Il demande au Préfet de Police d'interdire la manifestation prévue à Paris dimanche 13 juillet à Barbès qui va certainement comme d’habitude provoquer des troubles graves. Il a reçu un grand nombre de témoignages rapportant que dans les manifestions qui se sont déroulées à Paris ce samedi 12 juillet, des cris de "Mort aux Juifs" ont été scandés en français et en arabe. Le BNVCA demande aux médias de veiller à ce que leurs reportages soient sans parti pris, sans état d'âme, en veillant scrupuleusement à ne pas se faire le relais de la propagande mensongère palestinienne. Pour le BNVCA si ces mesures préventives ne sont pas observées l'antisémitisme va exploser". 

Crédits photos : Famille Oliel, ACIA Beth Mosché et synagogue Beth Yaacov.

Cet article a été publié en 2007 par Osmose en une version plus concise. Il a été publié sur ce blog le 13 juillet 2014.

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