Citations

« Le goût de la vérité n’empêche pas la prise de parti. » (Albert Camus)
« La lucidité est la blessure la plus rapprochée du Soleil. » (René Char).
« Il faut commencer par le commencement, et le commencement de tout est le courage. » (Vladimir Jankélévitch)
« Notre métier n’est pas de faire plaisir, non plus de faire du tort. Il est de porter la plume dans la plaie. » (Albert Londres)
« Le plus difficile n'est pas de dire ce que l'on voit, mais d'accepter de voir ce que l'on voit. » (Charles Péguy)

dimanche 10 juillet 2016

« Juifs du Congo, la confiance et l’espoir » de Moïse Rahmani


Après Shalom Bwana, la saga des Juifs du Congo, Moïse Rahmani, fondateur de l'Institut Sépharade Européen (1) et du journal Los Muestros, La voix des Sépharades, retrace l’histoire méconnue et passionnante des juifs du Congo dans un beau livre illustré de photographies et cartes. Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a achevé une visite dans certains pays d'Afrique.

« Sépharades 2004, Un état des lieux » de Moïse Rahmani
« Juifs du Congo, la confiance et l’espoir » de Moïse Rahmani
« Tu choisiras le rire… » de Moïse Rahmani

Dans les années 1880, on recense surtout au Congo des juifs italiens, puis au début du XXe siècle, des Juifs pour la plupart ashkénazes.

Avec l’afflux de fidèles venus de l’île de Rhodes (mer Egée), cette communauté devient vers 1920-1930 majoritairement sépharade. Elle accueille ses coreligionnaires attirés d’Afrique du Sud et d’ailleurs par ce pays immense doté de ressources naturelles, et ceux fuyant les mesures antisémites de l’Egypte nassérienne.

Duale, elle associe la communauté de Lubumbashi fondée en 1910 et celle de Kinshasa.

Surtout installée dans les grandes villes – dont Elisabethville où la sociabilité est intense –, profondément attachée au Yichouv, à l’Etat d’Israël renaissant et au Congo, elle contribue à l’approfondissement des relations économiques entre les deux Etats, s’attriste de la rupture de leurs relations diplomatiques et contribue à leur rétablissement.

Elle compte à son apogée environ 2 000 membres. Quelques figures marquantes : le grand rabbin (et hazan/more/mohel/chohet) Moïse M. Lévy (1937-1991) et le rabbin Armand Tordjmann, ainsi que deux dirigeants au rôle majeur : Maurice Alhadeff et Clément Israël.

Moïse Rahmani brosse des portraits savoureux de ces jeunes juifs souvent peu diplômés, actifs dans le commerce (magasins de Ruben Glasstone) et l’industrie (Solbena, les groupes Amato ou Hasson Frères), respectueux des Africains qui les apprécient, affrontant l’isolement dans la brousse, une faune dangereuse et un climat tropical.

Par leur dynamisme, par leurs innovations, les juifs du Congo ont contribué au développement du Congo belge, puis indépendant. Citons le commerçant Salomon Benatar et Vital Mathieu qui fonde la première banque belge d’Elisabethville en 1909.

L’histoire a marqué cette communauté. Des juifs ont été brièvement internés par les Belges dans des camps en 1940. Après 1944, la communauté découvre avec douleur et horreur la Shoah qui a décimé tant de familles, notamment à Rhodes (Grèce).

A la suite des troubles politiques initiés dès les années 1960 (sécession du Katanga) et 1970 (zaïrisation), presque tous les juifs du Congo s’exilent.

Dotée d'une revue Kadima, la communauté de Kinshasa regroupe actuellement environ 150 Juifs, dont des juifs venus pour des raisons professionnelles. Tous n’y résidant pas de manière permanente.

Fait émouvant, nombre de Congolais, issus d’unions mixtes, revendiquent avec fierté leur judéité.

Introduit par le président Shimon Peres et des responsables de la communauté israélite de Kinshasa, ce livre est agrémenté de recettes culinaires, d’un dictionnaire de mots et de proverbes africains, et d’un lexique de termes hébraïques. Quelques coquilles l’émaillent.



Bibliographie de Moïse Rahmani :

Juifs du Congo, la confiance et l’espoir. Editions de l’Institut Sépharade Européen, 2007. 384 pages. ISBN : 978-2-9600028-3-6. 60 €

Shalom BWana, la saga des Juifs du Congo. Editions Romillat, 2002. ISBN 2-87894-052-0. 22 €.

Les Juifs du soleil, Portraits de sépharades de Belgique. Filipson Editions, 2002. 231 pages. ISBN : 9 782874 152689

Rhodes, un pan de notre mémoire. Editeur Romillat. Coll. Terra Hebraica. 2004. 255 pages. ISBN : 9782878940602.

Sépharades 2004 : un état des lieux. Préface de Rivka Cohen. Editions N.L.A 2004. 68 pages. ISBN : 2 9521706 0 6. Livre recensé par Véronique Chemla, « Sépharades 2004, un état des lieux » de Moïse Rahmani, 18 novembre 2004

Les réfugiés juifs des pays arabes, l’exode oublié. Ed. Luc Pire, 2006. 224 pages. ISBN : 9782874156366. 23 €.

Tu choisiras le rire. Ed. Pascal, coll. Société, 2008. 256 pages. ISBN : 978-2-35019-056-3


Plus d’informations :

Site Internet de l’auteur : http://moise.sefarad.org/

Kadima, la revue de la communauté de Kinshasa

Le numéro 79 de mars 2010 de la revue Los Muestros a publié un dossier spécial sur le Congo


Milantia Bourla Errera, Moïse Levy, un rabbin au Congo (1937-1991). Ed. La longue vue, Consistoire israélite de Belgique, 2000. 244 pages. ISBN 2-87121-083-7. Livre recensé par Le Potentiel Moïse Levy, un grand rabbin au Congo.



(1) Le 23 mai 2006, l'Institut sépharade européen (ISE), représenté par Moïse Rahmani, a reçu, à Bruxelles (Belgique), le Prix Acervo Cultural Ecos 2006 pour son travail en faveur de la culture sépharade en présence de nombreux diplomates de pays hispanophones. Ce Prix récompense l’ISE qui a su préserver un héritage culturel hispanique vieux de cinq siècles. ''Ecos'' est une revue d'Hispamedia. C'est la première fois qu'elle décerne son prix à une organisation juive.
Cet article a été publié en une version plus concise dans le n° 612, mai 2009, de L’Arche et sur ce blog le 13 octobre 2009. Article modifié le 7 juin 2010.

jeudi 7 juillet 2016

« Humour Interdit ». Dessins de la Seconde Guerre mondiale


Le musée départemental de la résistance et de la déportation à Toulouse présente l’exposition « Humour Interdit ». Dessins de la Seconde Guerre mondiale. Environ 165 dessins provenant du fonds du musée illustrent, de la Drôle de Guerre à la Libération, via le régime de Vichy et la résistance, les états d'esprit et du cœur d'une époque tragique.


En décembre 1944, quelques mois après la Libération, Toulouse a accueilli « Humour interdit », exposition de dessins de presse et de caricatures. « Après quatre années de censure et de répression, les artistes retrouvent leur liberté d’expression. Les dessins sont à nouveau narquois, grinçants, subversifs et pour certains, revanchards ».

Depuis novembre 2015, le musée départemental de la résistance et de la déportation, fondé en 1994, montre l’exposition inédite « Humour Interdit ». Dessins de la Seconde Guerre mondiale  à partir de ses archives.

Il a réuni près de 165 « dessins originaux produits pendant la Seconde Guerre mondiale et provenant de son fonds. Affiches, tracts, caricatures, dessins de presse, brochures… »

Quelle était la place du dessin lors de la Seconde Guerre mondiale ? Ce « dessin de l’Occupation, ce dessin sous dictature, prend des formes multiples et inattendues. Il devient même un enjeu stratégique : les forces de l’Axe comme les Alliés placent la représentation figurée au cœur de leur propagande ».

Ces dessins ont été créés par des artistes et des « inconnus qui ont choisi le crayon pour s’exprimer, pour raconter, pour fixer leur quotidien, pour résister, parfois même pour témoigner de leurs souffrances. Ces dessins sont souvent drôles, uniques, parfois touchants, marquants, terribles aussi ! Ces dessins originaux sont exposés ou reproduits sur 27 panneaux répartis en 9 séquences thématiques ».

Comment l’humour pouvait-il « se manifester à une époque qui ne s’y prête pas vraiment. Loin d’être mis de côté, l’humour dessiné devient souvent un palliatif à la morosité, une échappatoire face aux difficultés. Mais cet humour en dessins se montre aussi profondément mal intentionné. Il peut être un humour noir qui persécute. Le rire alors se fait jaune, blessant, humiliant ».

Dessins de la Drôle de guerre, de la Révolution nationale, du « Système D », des Stalags, de résistance, d’internés, de déportés, de la Libération, de mémoires… Ces dessins ont été créés par des artistes et des « inconnus qui ont choisi le crayon pour s’exprimer, pour raconter, pour fixer leur quotidien, pour résister, parfois même pour témoigner de leurs souffrances. Ces dessins sont souvent drôles, uniques, parfois touchants, marquants, terribles aussi ! Ces dessins originaux sont exposés ou reproduits sur 27 panneaux répartis en 9 séquences thématiques ».

Comment l’humour pouvait-il « se manifester à une époque qui ne s’y prête pas vraiment. Loin d’être mis de côté, l’humour dessiné devient souvent un palliatif à la morosité, une échappatoire face aux difficultés. Mais cet humour en dessins se montre aussi profondément mal intentionné. Il peut être un humour noir qui persécute. Le rire alors se fait jaune, blessant, humiliant ».

Si les dessins de la Révolution nationale « sont utilisés pour promouvoir les valeurs du nouveau régime, ils servent aussi à dénoncer et attaquer les ennemis désignés, ceux que Vichy nomme « l’Anti-France ». Ce sont les opposants, les Alliés, la France Libre et le général De Gaulle, les syndicalistes, les communistes, les francs-maçons et bien sûr les Juifs. Une véritable obsession antisémite se propage via le dessin. La caricature est utilisée car elle donne au public une certaine image; méchante et violente, elle influence les comportements et les sentiments. Une guerre psychologique s’engage ».

Un « tract antisémite représente le Juif avec des supposées caractéristiques physiques (nez crochu, lobes des oreilles pendants, lèvres épaisses, yeux globuleux). Vichy exploite le contexte économique très dur qui touche la population pour accuser les Juifs d’être des profiteurs ». Le dessin oppose d’une part un Juif replet, à la chevelure noire et à la bouche lippue, et d’autre part des femmes de tous âges, bourgeoises et domestique, qui font « d’interminables queues pour obtenir maigre pitance ».

« Pour Vichy, la IIIe République est responsable de la défaite. Les anciens représentants politiques sont la cible d’une intense propagande. Léon Blum, président du Front Populaire, fait figure de bouc-émissaire évident puisqu’il est aussi juif ». Le 8 août 1941, Gringoire, journal d’extrême-droite, a publié la caricature Les Innocents représentant Léon Blum en Blanche-Neige. L’un des nains est affublé d’un énorme nez.

« État policier par excellence, le régime de Vichy développe l’internement administratif, instauré dès la IIIe République. La zone non occupée se couvre de camps pour enfermer sans jugement des opposants et autres indésirables. En février 1941, la Haute-Garonne devient l’une des principales zones d’internement en France avec les camps de Noé (35 km au sud de Toulouse) et du Récébédou (Portet-sur-Garonne). Ils sont appelés officiellement des « camps hôpitaux » car ils sont censés accueillir des personnes âgées et infirmes parmi les étrangers « indésirables » internés dans le Sud-ouest de la France. Mais ce sont des camps « vitrines ». Le but est de détourner l’attention des autres camps d’internement de la région (Gurs dans les Pyrénées Atlantiques, le Vernet d’Ariège) aux conditions beaucoup plus dures. Pourtant, la situation se dégrade très vite. À Noé et au Récébédou, la famine et les maladies tuent. Lors des déportations de l’été 1942, ils deviennent des camps de transit pour les Juifs arrêtés avant leur déportation ».

Peintre allemand, Julius C. Turner témoigne en 1942 des déportations de Juifs dans son dessin Embarquement dans un camion.

Âgée de 19 ans à l’été 1942, Laurette Alexis-Monet elle arrive au camp du Récébédou, près de Portet-sur-Garonne. Bénévole à la C.I.M.A.D.E (Centre Inter Mouvements Auprès Des Évacués), elle « intervient dans les camps d’internement français. Au Récébédou, elle découvre l’horreur de ces camps, les conditions sanitaires épouvantables, et les déportations de Juifs. Le choc qu’elle ressent la fait entrer en résistance : elle décide de venir en aide aux internés juifs. Laurette y réalise aussi clandestinement des dessins. Ils livrent une vision singulière des camps, issue d’une personne extérieure, et non d’une internée ».

« C’est surprenant mais des éléments d’une vie artistique existent dans les camps de concentration. Poèmes, pièces de théâtre, objets sculptés et dessins sont produits par des déportés. Les conditions de création n’ont cependant rien à voir avec celles des stalags et des camps d’internement. Déportés résistants, déportés juifs ne sont plus considérés comme des êtres humains par les nazis. La déshumanisation est totale. Dès leur arrivée, ils sont dépouillés de tout ce qui fait d’eux des individus : vêtements, effets personnels, cheveux, identité. Les humiliations, la violence, la peur, la faim, la soif deviennent leur quotidien. Certains déportés, mais ils sont rares, parviennent à dépasser ces conditions extrêmes de survie. Ils prennent alors tous les risques pour créer, pour dessiner » clandestinement. « Il leur faut trouver du papier (emballages de colis, circulaires volées) et un crayon. Certains camarades aident à fournir ce matériel. Il faut le dissimuler aux yeux des kapos puisqu’il est interdit de garder des affaires sur soi. Il faut ensuite dessiner sans se faire prendre, en avoir le temps dans une journée accaparée par le travail, et surmonter l’épuisement. Enfin, ces dessins doivent être cachés, patiemment, parfois jusqu’à la libération du camp ».

« Entre joies et larmes, rires et émotions, cette exposition inédite souhaite résonner comme un clin d'œil à Charlie Hebdo et aux attentats de janvier 2015. Ainsi, un espace jeunesse clôture cette exposition en présentant deux projets de collégiens haut-garonnais qui ont rendu hommage à Charlie Hebdo en 2015 ». 

Le catalogue peut être téléchargé gratuitement sur le site Internet du musée.

Jusqu’au 8 juillet 2016
52, allée des Demoiselles. 31400 Toulouse
Tél. : 05 61 14 80 40 
Du lundi au vendredi de 9 h à 12 h et de 13 h 30 à 17 h 30

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Les citations proviennent du site du musée.

mercredi 6 juillet 2016

Exhibitions. L’invention du sauvage


Le musée du quaiBranly présente l’exposition "Exhibitions. L’invention du sauvage" dont le commissaire général est Lilian Thuram, né en Guadeloupe. Environ 35 000 êtres humains ont été amenés d’Afrique, d’Asie, d’Océanie ou d’Amérique vers l’Occident où ils ont été exhibés dans des cirques, zoos, expositions ou défilés. Des oublis et des partis pris étranges. Le 7 juin 2016, Lilian Thuram a participé à une rencontre avec des lycéens au musée d'art et d'histoire du Judaïsme (MAHJ).


Une exposition sur ce thème et dont le commissaire général est Lilian Thuram, célèbre footballeur, ardent promoteur de la fierté de l’identité noire, et président de la Fondation « Education contre le racisme » intrigue.

La lecture du dossier de presse ne rassure pas. Les coordonnées du musée – adresse postale, numéro de téléphone, etc. - y sont absentes, mais deux pages sont consacrées à cette Fondation.

Les commissaires scientifiques sont Pascal Blanchard, historien et chercheur associé au CNRS, et Nanette Jacomijn Snoep, responsable des collections Histoire du musée du quai Branly.

Cette exposition « met en lumière l’histoire de femmes, d’hommes et d’enfants, venus d’Afrique, d’Asie, d’Océanie ou d’Amérique, exhibés en Occident à l’occasion de numéros de cirque, de représentations de théâtre, de revues de cabaret, dans des foires, des zoos, des défilés, des villages reconstitués ou dans le cadre des expositions universelles et coloniales ». Un phénomène qui débute au XVIe siècle « dans les cours royales et va croître jusqu’au milieu du » XXe siècle en Europe, en Amérique et au Japon.

Peintures, sculptures, affiches, cartes postales, films, photographies, moulages, dioramas, maquettes et costumes… Environ 600 œuvres attestent de l’ampleur et du succès « de cette industrie du spectacle exotique qui a fasciné plus d’un milliard de visiteurs de 1800 à 1958 et a concerné près de 35 000 figurants dans le monde ».

L’exposition montre « comment ces spectacles, à la fois outil de propagande, objet scientifique et source de divertissement, ont formé le regard de l’Occident et profondément influencé la manière dont est appréhendé l’Autre depuis près de cinq siècles ».

Elle « explore les frontières parfois ténues entre exotiques et monstres, science et voyeurisme, exhibition et spectacle, et questionne le visiteur sur ses propres préjugés dans le monde d’aujourd’hui ».

Si « ces exhibitions disparaissent progressivement dans les années 1930, elles auront alors accompli leur œuvre : créer une frontière entre les exhibés et les visiteurs. Une frontière dont on peut se demander si elle existe toujours ? »

Une humanité questionnée
On est gêné à la fois par ce phénomène dont on sous-estimait l’étendue et les souffrances endurées par tous ces êtres humains déracinés et exhibés, ainsi que par les amalgames – l’exotisme se distingue des anomalies physiques - et les partis pris « politiquement corrects » de cette exposition qui surfe sur la culpabilisation de l'Occident.

Quid de ces pauvres Noirs filmés encagés et traités comme des animaux (chiens, animaux considérés comme impurs) des Libyens ?

En décembre 2010, dans la bande de Gaza, le Hamas a exhibé un faux « Guilad Shalit » défilant menotté et encadré de terroristes encagoulés dans un défilé à Gaza pour célébrer le 23e anniversaire de sa création. En violation avec les plus élémentaires règles humaines et l’article 13 de la IIIe Convention de Genève (1949) qui protège les « civils captifs de la partie opposée » des « insultes et de la curiosité publique ». Le dossier de presse ne le mentionne pas. Pourquoi ? Pourtant Lilian Thuram s’est rendu en avril 2011 dans un camp de réfugiés entre Jérusalem et Ramallah. Il a visité l’école du camp de réfugiés de Qalandia soutenue par l’UNRWA (Office de secours et de travaux des Nations Unies pour les réfugiés de Palestine). « J'ai tellement entendu parler des enfants de Palestine et de l'environnement dans lequel ils grandissent. Aujourd'hui, j'ai pu constater leur enthousiasme et leur détermination à réussir. J'espère qu'ils ont apprécié autant que moi la session d'entraînement d'aujourd'hui », a-t-il déclaré. Il n’a pas vu dans l’école les cartes de la « Palestine » englobant l’Etat Juif ? Que fait sa Fondation à cet égard ? 

MAHJ
Le 7 juin 2016, Lilian Thuram a participé à une rencontre avec des lycéens au Musée d'art et d'histoire du Judaïsme (MAHJ). "Cette rencontre s’inscrit dans un projet pédagogique mené au cours de l’année scolaire. Encadrés par des enseignants-relais, les élèves ont suivi au mahJ le parcours-atelier « Stéréotypes et préjugés ». Ils ont développé une réflexion autour du racisme, du sexisme, de l’homophobie, et plus généralement de l’égalité en se basant sur des supports préconisés par la Fondation Lilian Thuram".

A cette occasion, Actualité juive hebdo a publié une interview de Lilian Thuram, mais sans l'interroger sur ses positions sur le conflit au Proche-Orient.


Jusqu’au 3 juin 2012
Mezzanine Ouest
37, quai Branly. 75007 Paris
Tél. : 01 56 61 70 00
Les mardi, mercredi et dimanche de 11 h à 19 h. Les jeudi, vendredi et samedi de 11 h à 21 h

Articles sur ce blog concernant :
Monde arabe/Islam 
Cet article a été publié le 1er juin 2012.

Árpád Szenes (1897-1985), peintre

La galerie Le Minotaure  et la galerie Alain Le Gaillard  on présenté l’exposition Artistes hongrois après-guerre à Paris rassemblant des œuvres abstraites. Parmi ces artistes : Árpád Szenes  (1897-1985), peintre Juif français d’origine hongroise et membre de la nouvelle Ecole de Paris. Le musée du Luxembourg propose l'exposition Chefs-d'oeuvre de Budapest. Dürer, Greco, Tiepolo, Manet, Rippl-Rónai....

« Mon départ, mon point de départ était un certain réalisme, mais j'ai toujours cherché la plastique, la pureté. L'épuration m'a mené peut-être plus loin que je ne voulais. On m'a décrété abstrait », a déclaré le peintre Arpad Szenes (1897-1985).
Árpád Szenes  est né à Budapest alors dans l’empire austro-hongrois, dans une famille Juive d’intellectuels et d’artistes : « Un des mes oncles était compositeur et musicien, un cousin et ses enfants faisaient de la sculpture, un autre était metteur en scène et directeur d'un théâtre moderne, ami de Piscator et de Reinhardt. A Budapest, dès mon enfance j'ai connu des artistes ».

Árpád Szenes étudie à l’Académie libre de cette ville. L’un de ses professeurs est Jósef Rippl Rónai, fondateur du Cercle des impressionnistes et naturalistes hongrois, ancien nabi qui a connu Matisse, Maillol, Bonnard, Vuillard.

Après sa première exposition au musée Ernst à Budapest en 1922, Árpád Szenes voyage en Europe en 1924-1925.

En 1928, à l'Académie de la Grande Chaumière (Paris), Árpád Szenes rencontre sa future femme, la peintre Marie-Hélène Vieira da Silva (1908-1992).

En 1930, le couple s’installe à la Villa des Camélias, à Paris. Szenes rencontre à l’Atelier 17 Max Ernst, Victor Brauner, Anton Prinner…

En 1931, il fréquente aussi les Surréalistes du groupe de jeunes communistes « les Amis du Monde » dirigé par Barbusse.

Il vit à Lisbonne en 1935-36, avant de revenir à Paris. Il se lie avec Pascin, Kokoschka, Giacometti, Calder, Lipchitz

En 1937, avec Jean Lurçat, il décore le secteur « Pour la paix » de l'Exposition Internationale de Paris.

Devant la montée des périls et la situation de la Hongrie par rapport à l’Allemagne nazie, il choisit de se réfugier au Portugal en 1939, puis en 1940, au Brésil.

En 1942, Heitor Grillo, mari de la poétesse Cecilia Mereilles et directeur de l'Université Rurale, commande à Árpád Szenes quinze portraits de savants dont les découvertes ont bouleversé l'agriculture.

En 1944, Árpád Szenes  enseigne, ouvre un atelier de peinture et expose ses œuvres. Il illustre des poèmes de Murillo Mendes et la traduction de Chant de l'Amour et de la Mort du cornette Christophe Rilke faite par Cecilia Mereilles. Il expose à l'Institut des Architectes Brésiliens et donne aussi une conférence sur la fonction de l'Art. Il participe également à l'exposition organisée à Londres et Paris par l’UNESCO  (Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture) au bénéfice de la R.A.F.  (Royal Air Force).

En 1947, le couple revient à Paris.

Árpád Szenes travaille dans les années 1940 et 1950 sur le thème des « Banquets », puis du paysage et de l’espace.

En 1956, il est naturalisé français.

Árpád Szenes se concentre progressivement sur le paysage et l’espace.

Dès les années 1970, les rétrospectives sont consacrées à cet artiste : première rétrospective de l'œuvre d'Árpád Szenes organisée par l'Inspection des musées de province du Louvre (1970), puis à la Fondation Calouste Gulbenkian à Lisbonne (1972), au Musée d'Art Moderne de la Ville (1974), à la Magyar Nemzeti Galeria à Budapest (1977).

Les premiers symptômes de la maladie de Parkinson sont alors diagnostiqués chez ce peintre.

En 1978, la France achète sa Composition (L’atelier).

A Lisbonne, la Fondation Árpád Szenes-Vieira da Silva  est chargée d’étudier et d’exposer le travail de ce couple d’artistes, ainsi que celui d’artistes contemporains.

Longtemps méconnu, le peintre Árpád Szenes a bénéficié d’un double hommage en 2006. La galerie Jeanne-Bucher  a alors montré une sélection de ses peintures, gouaches et dessins : c’était la première exposition  - « Eloge de l’étendue  » - depuis la rétrospective d'Árpád Szenes organisée à de l'Hôtel de Ville de Paris en 2000. Et les éditions Skira ont publié le « Catalogue raisonné des dessins et des peintures d’Árpád Szenes », par Chiara Calzetta Jaeger (2 tomes). La galerie a ainsi présenté ces œuvres : « Ses grandes toiles horizontales, ou encore, tout en hauteur, sont plus encore que des paysages ; elles évoquent « un pays qui serait celui de l’Etendue ». Elles éveillent en nous une réflexion d’ordre métaphysique. On va de l’en-deçà à l’au-delà. Du sentiment d’une vie sous-jacente à l’idée de l’infini. Ces toiles possèdent également un destin : celui d’accueillir la lumière. Ce qu’Árpád Szenes appelle la transparence ».

Le point commun de ces œuvres, figuratives et tendant à l’abstraction : la légèreté, cette sensation d’infini suggéré qui se dégage de couleurs souvent claires, douces, harmonieuses et apaisantes, cette évocation sensible d’« un pays qui serait celui de l’Etendue ».

Jusqu’au 30 mars 2013
A la galerie Le Minotaure
 
2, rue des Beaux-arts. 75006 Paris
Tél. : 01 43 54 62 93
Du mardi au samedi de 10 h 30 à 13 h et de 14 h à 18 h 30
Et à la galerie Alain Le Gaillard
19, rue Mazarine. 75006 Paris
Tél. : 01 43 26 25 35
A lire sur ce blog :
Affaire al-Dura/Israël
Aviation/Mode/Sports
Chrétiens
Culture
France
Il ou elle a dit...
Judaïsme/Juifs
Monde arabe/Islam
Shoah (Holocaust)
Articles in English
 Cet article a été publié en une version concise dans L’Arche, et sur ce blog le 12 mars 2013.

dimanche 3 juillet 2016

Roger Fajnzylberg, ex-délégué général de la Fondation OSE MES


Ancien directeur général de l’OSE (Œuvre de secours aux enfants) de 2004 à 2013 promu délégué général de la Fondation OSE MES (Mémoire Enfance Solidarité) jusqu'en juin 2014, Roger Fajnzylberg a signé en 1996 un appel contre « la judaïsation de Jérusalem-Est ». Il a été aussi membre du méconnu Parlement Juif européen (EJP), a associé le nom d’une résistante Juive à un collaborateur notoire et ce, sans l’autorisation de l’ayant-droit de cette héroïne. Il a enfin choisi Michel Rocard, ancien Premier ministre socialiste, pour lui remettre les insignes de chevalier dans l’Ordre du Mérite. Michel Rocard est mort le 2 juillet 2016. D'autres articles étofferont cette série sur un leadership communautaire problématique, et à laquelle sera adjointe une série sur des intellectuels français Juifs, tel Jacques Attali

Pierre Besnainou, président du FSJU-AUJF,

En 1912, des médecins Juifs russes ont créé la Société pour la protection sanitaire de la population juive (OZE) afin de soigner et d’enseigner l’hygiène aux enfants Juifs misérables de l’empire tsariste. Elle a essaimé notamment en Europe et en Afrique du Nord.

En 1923, l’Union OSE des sociétés pour la protection des populations juives (OSE World Union) s'est fixée à Berlin sous la présidence honoraire d'Albert Einstein.

A l’avènement du nazisme en 1933, elle s’établit à Paris et devient l'Œuvre de secours aux enfants (OSE). Sous l’Occupation, elle a contribué au sauvetage d’enfants Juifs . A la Libération, elle s’est occupée des orphelins Juifs dont Elie Wiesel et le futur grand rabbin ashkénaze d’Israël Yisrael Meir Lau, puis dans les années 1950-1960 elle a accueilli des enfants ayant fui l’Afrique du Nord.

 Depuis la Libération, elle s’est imposée comme l’une des organisations majeures de la communauté française Juive.

Dotée d'un budget annuel de 32 millions d'euros, employant 650 salariés, bénéficiant d'un important patrimoine immobilier, elle articule son « aide médico-sociale autour de six grands pôles : l’enfance, la santé, le handicap, le grand-âge, la mémoire et l’action internationale ».

L'OSE (Oeuvre de secours aux enfants) a longtemps pâti, et pâtit encore, du fait que des enfants juifs français, qui lui avaient été confiés, avaient été placés dans des familles non-juives, notamment musulmanes.

Elle est présidée par Jean-François Guthmann, et a été dirigée par Roger Fajnzylberg (2005-2013). Deux énarques, avec cette nuance que ce dernier est entré à l’ENA (Ecole nationale d'administration)par le troisième concours d'entrée. Depuis 2013, Patricia Sitruk est la directrice générale de l'OSE.

Cet article n’analysera pas des problèmes de management de l’OSE – turn-over élevé dans les fonctions de directrice de communication et de rédactrice en chef de la revue Osmose (quatre en huit ans), etc. – pour se focaliser sur les questions ayant trait à l’histoire de cette association Juive.

Contre « la judaïsation de Jérusalem-Est »
« Roger Fajnzylberg est issu d’une longue tradition du judaïsme ashkénaze. Ses racines religieuses sont profondément enfouies », a allégué le rabbin Haïm Korsia  sur Roger Fajnzylberg (Actualité juive, 13 décembre 2007). Curieux pour un homme qui n’a « reçu aucune éducation religieuse »...

Cet hebdomadaire communautaire incontournable a alors publié les propos de Roger Fajnzylberg recueillis par Virginie Guedj-Bellaïche. L’une de ses qualités ? « L’engagement pour des causes qui me paraissent devoir être défendues ».

Ainsi, il a signé un appel de Confluences publié dans Le Monde (7 novembre 1996) « grâce aux contributions des signataires ».

Promu par les Amis de La Paix Maintenant, cet appel virulent s'indigne des « déclarations d’intransigeance de M. Netanyahou et son souhait affiché d’imposer la paix dans l'annexion... ou la judaïsation de Jérusalem-Est ».

Or, Jérusalem, capitale éternelle et indivisible d’Israël, est au cœur du judaïsme.

La signature de Roger Fajnzylberg à cet appel, sur laquelle il ne s’est jamais expliqué, est d’autant plus problématique qu’il est le délégué général de la Fondation OSE-MES  (Mémoire Enfance Solidarité) abritée par la Fondation du judaïsme français et développant des actions en Israël. Ajoutons que Roger Fajnzylberg a déclaré en février 2013 souhaiter se « rendre disponible pour des institutions communautaires comme le CRIF ou le Fonds Social Juif Unifié ». Or, la défense de l’Etat Juif est l’une des missions du CRIF, et le FSJU a créé une délégation  dans cet Etat.

Le 2 mai 2014, Roger Fajnzylberg a exprimé sur Facebook son soutien à la candidature du rabbin Haïm Korsia, rabbin membre du conseil d'administration de l'OSE, à la fonction de grand rabbin de France.

Eugène Schueller
L’OSE a voulu rendre hommage à Andrée Salomon, résistante française Juive héroïque qui a sauvé des enfants Juifs sous l’Occupation, en donnant son nom à une de ses maisons d’enfants située rue Claude Vellefaux (Paris).

"Depuis plusieurs années, nous sommes attachés à rendre hommage aux grandes figures de I'05E, et puis, il était important d'honorer une de nos héroïnes !", a expliqué Roger Fajnzylberg (Osmose, n°30,  août-septembre 2012).

Tous les cartons d’invitation communs de la Mairie de Paris sont envoyés en vue de la cérémonie d’inauguration d’une plaque à apposer au printemps 2013 sur le mur de ce lieu parisien.

Recevant ce carton d’invitation « quelques jours avant l’inauguration », l’ayant-droit d'Andrée Salomon découvre alors, avec stupeur et colère « que l’OSE, après un premier accord de principe de [sa] part, avait entrepris d'ajouter subrepticement, le nom d'Eugène Schueller, fondateur  de L'Oréal  et qui [a] honteusement collaboré  avec l’Occupant pendant la Deuxième Guerre mondiale, à la plaque commémorative de cet évènement ».

Le 31 octobre 2012, cet ayant-droit exprime alors son refus indigné à l’OSE d’une telle association de noms.

Il obtient finalement qu’Osmose, revue de l’OSE, publie les raisons de son refus (n° 32, mars-avril 2013) : « Quelle odieuse idée que de lier dans la pierre le souvenir d'un bienfaiteur à celui des bourreaux ! » Et d’ajouter : « La Mairie de Paris également contactée par mes soins, a fait annuler la manifestation ».

Résumons : manque de respect, cartons d’invitations jetés, argent gaspillé, cérémonie annulée in extremis, etc. Bel exemple à donner aux enfants !

Nul à la direction de l'OSE, et notamment pas Jean-François Guthmann, Eric Ghozlan, directeur du Pôle Enfance, Katy Hazan, directrice du Service Archives et Histoire, voire Martine Nataf, directrice des ressources humaines titulaire d'une maitrise en droit privé, ne se serait enquis de l'autorisation de cet ayant-droit quant à cette association avec le nom d'un personnage si controversé ? A noter qu'avec Martine Nataf, l'OSE a une experte en "gestion des conflits"...

Aucun média communautaire  n'a relaté la signature par Roger Fajnzylberg de cet appel choquant et ce refus de l’ayant-droit d’Andrée Salomon. Pourquoi ? Volonté de ne pas contrarier la campagne publicitaire de l'OSE et de sa fondation - manne financière importante pour ces médias - afin de collecter des fonds à l'approche des déclarations d'impôts sur les revenus ? Crainte de manquer une éventuelle annonce publicitaire du groupe mondial de produits cosmétiques ?

Parlement Juif européen
Voici une douzaine d’années, Shimon Peres avait suggéré aux dirigeants communautaires européens de fonder une institution communautaire en Europe. Une énième instance  ? Oui, car il existe déjà le Congrès Juif européen (CJE).

En 2011, le philanthrope et entrepreneur ukrainien Igor Kolomoisky a fondé l’Union juive européenne (EJU) dotée d’un Parlement Juif européen  (EJP) de 120 membres élus par Internet dans 47 Etats européens. Sur 403 810 votants, 74 563 électeurs étaient français, 76 764 allemands. Roger Cukierman a fustigé ce Parlement lors de sa constitution.

En 2012, alors directeur général de l’OSE, Roger Fajnzylberg a été élu membre de ce Parlement supposé représenter 3,5 millions d’Européens Juifs. Sur quels programmes ? Mystère. L’OSE a publié un communiqué sur cette élection.

Quelles sont les actions de ce « parlementaire » ? Quel est son bilan ?

Je n’ai trouvé ni dans le blog de Roger Fajnzylberg, ni dans son compte Twitter, ni dans sa page Facebook le moindre compte rendu de mi-mandat ou de mandat. Par contre, dans son blog, Roger Fajnzylberg est très loquace sur les matches de rugby – il préside le club CO Sèvres Manufacture Rugby -, la mort de la veuve de Lino Ventura, etc.

C’est d’autant plus surprenant que Roger Fajnzylberg est un ancien édile municipal et régional, et à ce titre a été amené à informer les électeurs franciliens. En 1978, Roger Fajnzylberg  a été élu maire  communiste, puis divers gauche, de Sèvres  (Hauts-de-Seine), non réélu en 1983, et conseiller régional d’Ile-de-France (1986-1990). Il a quitté le Parti communiste en 1981, et est entré au Parti socialiste en 1986, puis a soutenu le candidat Nicolas Sarkozy à l’élection présidentielle en 2007. En 2009, le magazine Capital a indiqué qu’Eric Besson, alors ministre de l’Immigration, soutenait la candidature de Roger Fajnzylberg qui souhaitait figurer dans la liste de la majorité dans les Hauts-de-Seine en vue des élections régionales en 2010. Cette candidature avait suscité une polémique  au sein de l’UMP qui ne l’a pas retenue.

Dans le blog de Roger Fajnzylberg, l’OSE ne figure pas parmi les « associations amies », aucun média communautaire n’est mentionné dans son Kiosque à journaux. Par contre, ce blogger a mentionné la CGT, Ni Putes Ni Soumises, etc.

Quels parlementaires Juifs assurent, grâce aux technologies électroniques (sites, newsletters), la transparence en informant sur ce Parlement et leurs actes ? Ce ne sont pas les deux dirigeants communautaires français élus, Pierre Besnainou et Roger Fajnzylberg. Ce sont par exemple notamment le belge Joël Rubinfeld, ancien président de l’équivalent belge francophone du CRIF, et Jean-Marc Moskowicz, président d’Europe Israël. Est-ce un hasard ou est-ce caractéristique de pratiques communautaires françaises opaques ?

Le 8 juillet 2015, Vadim Rabinovich, fondateur et président du Parlement juif européen, a rencontré Marine Le Pen, présidente du Front national. A la suite de cette rencontre, des élus du PJE ont démissionné. Roger Fajnzylberg a "démissionné pour des raisons politiques et morales", et l'a indiqué par deux Tweets. Le 12 juillet 2015, il a été interviewé sur Radio J. Il a déclaré : "Le Front national en France, rien ne permet de croire en quelques bonnes paroles quand on voit le reste du programme, et ce que sont les cadres de ce parti. Je suis affolé qu'un certain nombre de nos coreligionnaires acceptent de donner leur caution au Front national". Sa  démission, seul acte notable de son mandat ?

Pas un message sur l'attentat à l'hypercasher en janvier 2015. Les défilés de la "rue Arabe" et de ses alliés de gauche emplis de cris "Mort aux Juifs" et de propos négationnistes à l'été 2014 n'ont suscité aucun Tweet de Roger Fajnzylberg.

Remise de décoration par Michel Rocard
Le 6 septembre 2010, Michel Rocard a remis les insignes de chevalier dans l’Ordre du Mérite à Roger Fajnzylberg.  Pourquoi celui-ci a-t-il choisi Michel Rocard, ancien Premier ministre socialiste (1988-1991) et eurodéputé, alors que ce politicien, dont le bilan politique est contesté, a exprimé des positions partiales à l’égard d’Israël ?

Florilège de citations de Michel Rocard, favorable à l’entrée de la Turquie dans l’Union européenne  (« L'adhésion turque familiariserait l'Europe à la présence de l'islam ») :
« Les Israéliens se sont surarmés et en faisant cela, ils font la même faute que les Américains, celle de ne pas avoir compris les leçons de la deuxième guerre mondiale, car il n’y a jamais rien de bon à attendre d’une guerre. Et la force peut détruire, elle ne peut jamais rien construire, surtout pas la paix. Le fait d’être ivre de puissance et d’être seul à l’avoir, si vous n’êtes pas très cultivé, enfant d’une longue histoire et grande pratique, vous allez toujours croire que vous pouvez imposer votre vision. Israël vit encore cette illusion…. Et malheureusement, la tragédie est que le peuple palestinien… vit une crise humanitaire  » (Ahram, décembre 2006).
En 2010, Michel Rocard a signé un appel  initié par Stéphane Hessel à la « solidarité  » avec les individus poursuivis en justice pour « provocation publique à la discrimination » pour avoir appelé au boycott de produits israéliens : ces individus se sont « dressés contre l’occupation et la colonisation de la Palestine par Israël, et notamment contre les « crimes de guerre » voire « contre l’Humanité » que le rapport Goldstone accuse son armée – et, dans une proportion nettement moindre, des groupes armés palestiniens - d’avoir perpétrés pendant la guerre de 2008-2009 contre la bande de Gaza. S’être révoltés contre l’impunité dont jouit un État qui viole pourtant ouvertement le droit international et les résolutions des Nations unies. Et avoir décidé de prendre leurs responsabilités en appelant eux-mêmes au boycott, au désinvestissement et aux sanctions contre cette politique condamnée par la grande majorité des opinions française, européenne et mondiale… Les militant-e-s de la campagne internationale Boycott-Désinvestissement-Sanctions (BDS)… combattent contre toute forme de discrimination, pour le droit de tous les peuples à l’autodétermination, pour l’application à tous les États du droit international et des sanctions prévues lorsqu’ils le bafouent… Nous exigeons, à la fois au nom du droit international et des libertés : le retrait immédiat des directives envoyées par la ministre de la Justice et son administration aux Parquets et la relaxe immédiate de ces innocents ».

Des déclarations démenties depuis ? Non. Au contraire.

Michel Rocard s’est rendu  en Iran pour une conférence  à l’université de Téhéran en mai 2012, et a déclaré un an plus tard : « La France doit sauver l’Etat palestinien… Le « mur » délimitant une frontière arbitraire et condamné par la Cour internationale de justice, l'expansion constante des colonies en Cisjordanie, l'annexion de Jérusalem-Est (avec ses lieux saints) consacrent un état de fait sur le terrain et rendent de plus en plus problématique la création d'un Etat palestinien de plein exercice… Il est sans doute illusoire de prévoir un apaisement sécuritaire dans la région sans la création d'une zone exempte d'armes de destruction massive » (Le Monde, novembre 2013)

Roger Fajnzylberg et l’OSE, actuellement dirigée par Patricia Sitruk, n’ont pas répondu à mes questions.

Financements
A la fin de son mandat de directeur général de l'OSE en 2013, Roger Fajnzylberg a été nommé délégué général de l'a Fondation OSE MES (Mémoire Enfance Solidarité), sous l'égide de la Fondation du Judaïsme français.

Créée en 1998 à l’initiative du Conseil d’Administration de l’OSE, Fondation OSE-MES a "pour mission de collecter des fonds pour poursuivre et développer des projets dans les domaines de la Mémoire, de l’Enfance et de la Solidarité". Elle " est également éligible aux legs et donations. Dans le cadre des appels à dons de la campagne ISF, les fonds récoltés pour les programmes de la Fondation sont affectés par le comité de gestion en suivant les priorités mentionnées par le donateur".

Curieusement, le 4 novembre 2013, Roger Fajnzylberg a créé la société Roger Fajnzylberg Conseils, "spécialisée dans le secteur d'activité du conseil pour les affaires et autres conseils de gestion". afin de "faire partager son expertise en matière de gestion et de développement des associations et des fondations". Il est rare que le directeur d'une Fondation crée sa société de conseils afin de faire profiter de son expertise d'autres fondations. En effet, cela risque de créer un conflit d'intérêts, de troubler son image aux yeux des donateurs, et de susciter des questions sur ses honoraires.

Le 1er juillet 2014, Roger Fajnzylberg a publié ce message sur son mur Facebook :
"Depuis ce matin, je ne fais plus partie des effectifs de l'OSE. Je garderais un superbe souvenir de ce que nous avons pu faire pour permettre à cette belle association de se redéployer, se consolider et se développer.  En quittant mes fonctions comme Directeur général, j'avais eu l'occasion d'en dresser un bilan. Je pensais pouvoir continuer à apporter mon expérience et mon enthousiasme, dans le domaine de la recherche de financements privés comme de l'action internationale, et même si de bons résultats ont été obtenus en 2013 et pour les premiers mois de 2014, cette page doit être tournée. D'autres pages s'ouvriront". 
Ce texte semble curieux, car il parait suggérer que Roger Fajnzylberg aurait perçu des revenus - salaire ou autre - de l'OSE dans sa fonction de délégué général de la Fondation OSE MES.

Désormais, c'est Martine Nataf qui dirige le service Dons, legs et mécénats de l'OSE. A-t-elle elle aussi créé sa société de conseils ?

Des questions demeurent : sur quels critères sont recrutés les leaders communautaires français ? Doivent-ils s’expliquer sur leurs prises de position politiques, même anciennes, concernant l’Etat d’Israël ? Ne convient-il pas qu'ils assurent la transparence financière ?

C’est désormais à présidence, à la direction et au conseil d'administration de l’OSE, à la Fondation OSE MES, à la Fondation du Judaïsme français (FJF) et aux dirigeants communautaires français de solliciter Roger Fajnzylberg afin d'obtenir des éclaircissements.

Et aux donateurs de manifester plus d’exigence à l’égard de ces leaders, et de conditionner leurs dons à l’OSE et à sa fondation à une neutralité politique, à un respect plus affirmé et à un sionisme renforcé, ainsi qu'à la transparence financière. Conformément à leurs missions et à l'histoire de l'OSE.

En 2015, Jean-François Guthmann, président de l'OSE, a été interviewé sur Radio J qui ne lui a posé aucune question sur ces actions de Roger Fajnzylberg ni sur sa responsabilité de président.


ADDENDUM                       
Contactée en 2016, l'OSE, dirigée par Patricia Sitruk et présidée par Jean-François Guthmann, n'a pas aidé le Dr Lionel Krief victime de spoliations.

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Monde arabe/Islam
Cet article a été publié le 4 avril 2014, puis les 25 mai 2014, 12 juillet et 20 décembre 2015. Il a été modifié le 2 juillet 2016.