Citations

« Le goût de la vérité n’empêche pas la prise de parti. » (Albert Camus)
« La lucidité est la blessure la plus rapprochée du Soleil. » (René Char).
« Il faut commencer par le commencement, et le commencement de tout est le courage. » (Vladimir Jankélévitch)
« Notre métier n’est pas de faire plaisir, non plus de faire du tort. Il est de porter la plume dans la plaie. » (Albert Londres)
« Ne demande jamais ton chemin à quelqu'un qui le connaît, car tu ne pourrais pas t'égarer ! » (Nahman de Bratslav)
« Le plus difficile n'est pas de dire ce que l'on voit, mais d'accepter de voir ce que l'on voit. » (Charles Péguy)

mardi 13 octobre 2015

Rembrandt et son cercle


L’Institut néerlandais a présenté à Paris un « florilège des dessins réalisés par Rembrandt (1606-1669) et son entourage, provenant de la Collection Frits Lugt ». Environ 100 œuvres dont une vingtaine de dessins de Rembrandt, parfois d’inspiration biblique, et d’excellentes feuilles de ses élèves et contemporains : Govert Flinck (1615-1660), Ferdinand Bol (1616-1680), Nicolaes Maes (1632-1693), Lambert Doomer (1624-1700)… Une exposition didactique au catalogue luxueux. Le 29 mars 2015, les Pays-Bas ont annoncé qu'ils allaient acquérir « avec la France et pour 160 millions d'euros », les deux portraits datés de 1634, représentant Marten Soolmans et son épouse Oopjen Coppit, à la veille de leur mariage, et détenus notamment par Eric de Rothschild. 


Au printemps 2011, la FrickCollection à New York a présenté ces œuvres ainsi que des autoportraits gravés de Rembrandt et un dessin intitulé La circoncision (fin XVIIe-début XVIIIe siècles) dont l’auteur demeure anonyme, composition simplifiée de La circoncision au temple de Rembrandt (vers 1630).

Depuis l’été 2011, l’Institut néerlandais à Paris montre près de cent œuvres dans des cadres du XVIIe siècle conservés par la Fondation Custodia (bonne garde en latin) et récemment restaurés. Cette Fondation gère la Collection d’art ancien Frits Lugt et l’enrichit par des achats, soutient la recherche scientifique, la publication de livres, des expositions à l’Institut néerlandais à Paris créé en 1956 par Frits Lugt (1884-1970).

Ancien conservateur en chef du Rijksprentenkabinet (Cabinet national des estampes) d’Amsterdam et expert réputé de l’art du dessin du XVIIe siècle, notamment de Rembrandt, Peter Schatborn a étudié la collection des dessins de Rembrandt et de son cercle réunie par Frits Lugt. Au fil de ces études publiées dans les catalogues raisonnés de la Collection Frits Lugt d’art ancien, des attributions d’œuvres ont changé. Une salle est consacrée au fruit de ces recherches ardues sur une question épineuse.

L’exposition didactique se déroule en trois pièces thématiques : des œuvres pré-Rembrandt et de Rembrandt par thèmes – dont un rare autoportrait -, celles de proches de ce maitre hollandais - élèves, peintres influencés -, les œuvres attribuées à tort à Rembrandt ou réattribuées à lui. Légèrement inclinées, les œuvres au trait pur, précis et délicat bénéficient de légendes claires, détaillées. Genres : des scènes tirées de la Bible (Elie endormi sous un arbre de Ferdinand Bol, Moïse foulant aux pieds la couronne de Pharaon de Gerbrand van den Eeckhout, Rébecca et Eliézer au puits attribué à Carel Fabritius), la vie quotidienne (Femme brodant) et des paysages (Ferme avec une cabane et un pigeonnier d’Anthonie van Borssom, Paysage italien avec des pêcheurs de Pieter de With).
Dans le hall : des explications claires sur les travaux de restauration des cadres – à cassettaou à profil inversé, datant des XVIe au XIXe siècles. Bois de support : peuplier, léger et tendre, noyer, mi-dur, chêne, dur, et conifère (pin, sapin, épicéa). Bois de placage : ébène, dur, lourd, précieux et coûteux, et substituts au grain variable, tel le poirier au grain fin. Selon les périodes, les artisans ont incrusté dans ces bois l’ivoire, l’os, la nacre, l’écaille de tortues ou la pierre – marbre, pierres semi-précieuses -, peint sur ces bois des motifs imitant des matières premières onéreuses (lapis lazuli) ou appliqué des feuilles d’or en recourant à l’eau ou à un corps gras.



Rembrandt, « figure anticlassique » et « entrepreneur » de l’art
Rembrandt s’installe à Amsterdam en 1631. Il y vit définitivement en 1633, chez le marchand d’art Hendrick Uylenburgh. En 1634, il épouse la nièce de ce dernier, Saskia.


Il reçoit et réalise des commandes de portraits. Puis, il ouvre son atelier où il accueille ses apprentis et ses élèves extérieurs.

Pour ses dessins, il use de sujets et de techniques variés : « esquisses de personnages à la pierre noire ou à la sanguine, des compositions bibliques et mythologiques, des scènes de genre, des paysages, des portraits et des autoportraits généralement exécutés à la plume et au lavis ». Les buts de ses dessins ? « Préparer des œuvres peintes ou gravées », « étudier et fixer une attitude, une émotion » et servir de modèles pour ses élèves qui se forment auprès du maitre, complètent leur apprentissage : Govert Flinck, Ferdinand Bol, Gerbrand van den Eeckhout, Carel Fabritius, Samuel van Hoogstraten, Nicolaes Maes, Philips Koninck, Lambert Doomer, Willem Drost…


Ainsi se mesure la « richesse et l’étendue » des influences de Rembrandt devenu « au XIXe siècle, une figure anticlassique, un modèle héroïque pour un grand nombre d’artistes travaillant en dehors des écoles académiques ».

Cet artiste célèbre dirigeant un grand atelier collectionne également des œuvres d’art. Il est aussi un « entrepreneur » de l’art.

Les « changements de mode et de principes académiques intervenus à la fin du XVIIe et du XVIIIe ont bien sûr remis en cause certains de ses choix, tels que les figures bien peu idéalisées, la palette sombre ou encore la touche vigoureuse et irrégulière de ses peintures tardives ».


Lugt et Rembrandt : la « passion d’une vie »
Lugt est célèbre dans le monde entier pour ses publications sur les marques de collection.

Très jeune, il a été un fervent amateur d’art et un visiteur régulier des musées d’Amsterdam, où il est né. Agé de 14 ans en 1898, il assista à la grande rétrospective sur Rembrandt au Stedelijk Museum. Cet « événement marqua un renouveau dans la perception de l’artiste par le public et les collectionneurs. Sa cote croit alors remarquablement et de nombreux aristocrates européens et de riches américains recherchent et achètent ses œuvres ».

C’est à cette époque que Lugt achète sa première gravure de Rembrandt tout en rédigeant une biographie de cet artiste publiée par la Fondation Custodia (1997), joliment illustrée par ses propres croquis d’après des eaux-fortes et de dessins de l’artiste.

Au fil des années, cet employé de la maison de vente aux enchères Frederik Muller à Amsterdam devient un des plus importants collectionneurs de dessins et de gravures de maîtres anciens, possédant des milliers de feuilles d’écoles européennes et d’époques variées : dessins des élèves et disciples de Rembrandt, des feuilles abouties aux esquisses de Rembrandt, « certaines faites en rapports avec les peintures, beaucoup réalisées comme des exercices ou par plaisir personnel, et d’autres probablement pour servir de modèles à ses élèves ».

Pour Lugt, « ces travaux démontraient l’extraordinaire capacité du maître à créer des formes et de la lumière avec le trait, mais aussi l’expression spontanée et intime de sa perception de ses contemporains ».

La Femme rassurant un enfant effrayé par un chien « date de la première décennie où Rembrandt exerçait comme maître indépendant à Amsterdam. Cette œuvre démontre l’éblouissante rapidité avec laquelle il dessine. Un seul mouvement trace le sourcil et la joue, tandis qu’une simple ligne d’encre représente la bouche.

Seule la modulation de la pression et de l’épaisseur du trait créent l’illusion de profondeur et de mouvement, exprimant ainsi la peur de l’enfant. Certains y ont vu un rapport avec l’enfant que lui-même et Saskia ont perdu. Seul le quatrième, Titus, né en 1641 atteindra l’âge adulte ».


L’Intérieur avec Saskia au lit (années 1640) représente son épouse et sa servante « en habit d’intérieur. Sur le trait gras et épais avec lequel il dépeint la scène, Rembrandt applique une inhabituelle quantité de lavis brun et gris, non pas pour définir l’espace mais pour colorer la composition, comme une peinture. Il parvient dans ce dessin poignant à transformer une simple chambre bourgeoise en une chapelle ». Lugt, qui a acquis ce dessin en 1919, y discerne la tendresse pour sa femme.

Sur les environs d’Amsterdam sillonnés par Rembrandt : le Moulin à vent sur le bastion « Het Blauwhoofd ».

Les « élèves de Rembrandt et son entourage dans la collection Frits Lugt »
Dans l’enseignement prodigué par Rembrandt, le dessin joue un rôle majeur pour aiguiser l’acuité du regard et l’adresse manuelle. Certaines feuilles remontent à l’époque où les élèves de Rembrandt travaillaient hors de son atelier : l’influence apparaît nettement dans ces œuvres, dans la sélection des sujets, leurs style et technique.


Un des premiers élèves connus de Rembrandt, Govert Flinck étudie près de lui dès 1635, peu après que le maître se fut établi dans son atelier. Rembrandt peint alors ses plus importantes peintures d’histoire, dont la Danaë (1636). Maître indépendant en 1636, Flinck jouit d’une carrière de portraitiste et de peintre d’histoire. Dans les années 1640, il se distingue en peignant avec un groupe d’artistes des modèles vivants nus ; ce qui suscite alors une controverse. Sur papier bleu, le modèle de Femme nue se reposant (vers 1640) a « un bras derrière la tête, prenant la pose de certaines statues antiques. Flinck ne dessine pas le contour de la figure avec une ligne continue, mais lève fréquemment sa craie dans une série de courbes se chevauchant, accentuant ainsi la silhouette langoureuse de la femme. L’idéalisation du modèle était une question centrale dans les milieux artistiques de l’époque et Rembrandt se prononça clairement contre. La femme allongée de Flinck révèle un intérêt similaire pour les figures réalistes ».

Gerbrand van der Eeckhout s’installa à son compte en 1641. Son Jeune fumeur appartient à une série d’études au pinceau et lavis représentant un homme dans différentes situations. Le contrôle extraordinaire de Van der Eeckhout sur ce médium liquide et sa dextérité dans la manipulation du pinceau n’est pas sans rappeler le travail de Rembrandt », dont il a été l’élève, « à l’encre et à la plume, travaillant par traits saccadés et rapides.


Il s’avère parfois ardu de réévaluer des attributions afin de déterminer l’auteur de feuilles : Rembrandt ou l’un de ses élèves. Au terme de ses recherches sur le fonds Custodia, Peter Schatborn a conclu à de nouvelles attributions. Ainsi, Rébecca et Éliézer au puits, longtemps anonyme, a été attribué à Carel Fabritius, un des élèves les plus talentueux de Rembrandt et décédé très jeune. Cet artiste prometteur, n’a laissé peu « à la postérité que peu d’œuvres, mais toutes d’une grande qualité ». Quand Lugt achète L’Ange apparaissant à Agar, cette œuvre était attribuée à Rembrandt ; elle l’est désormais à Ferdinand Bol. A comparer avec Le prophète Elie et l’ange au désert.

La famille Rothschild avait l'intention de vendre deux tableaux de Rembrandt de 1634 - Le Portrait de Marten Soolmans et le Portrait de Oopjen Coppit, son épouse - d'une valeur estimée à 150 millions d'euros. Au printemps 2015, le Louvre n'avait pas l'intention de les acquérir. Président du Mémorial de la Shoah, Eric de Rothschild, un des propriétaires de ces huiles sur toiles, a déclaré en mars 2015 : « Il y a eu ces derniers jours un certain nombre de commentaires médiatiques concernant le sort de tableaux de Rembrandt qui appartiennent à notre famille. Il est exact que nous avons sollicité un certificat de bien culturel auprès de la Direction des Musées de France et ce, dans le but de connaître le statut de ces 2 tableaux dans le cadre de nos successions. Nous avons reçu ce certificat de bien culturel et il nous permet aujourd'hui de prendre le temps de la réflexion pour décider de l'avenir de ces œuvres ». La polémique demeure...

Le 29 mars 2015, les Pays-Bas ont annoncé qu'ils allaient acquérir « avec la France et pour 160 millions d'euros », les deux portraits datés de 1634, représentant Marten Soolmans et son épouse Oopjen Coppit, à la veille de leur mariage. Fleur Pellerin, ministre de la Culture et de la Communication, et Jet Bussemaker, ministre de la Culture des Pays-Bas "ont œuvré ensemble pendant plusieurs mois pour obtenir cet accord, selon les termes duquel les tableaux seront toujours présentés conjointement, en alternance au Louvre et au Rijksmuseum. Les propriétaires ont fait connaître leur accord pour cette vente conjointe. Les deux ministres les en remercient chaleureusement.Fleur Pellerin et Jet Bussemaker se félicitent de cette solution inédite, qui répond à l’objectif politique et culturel commun qu’elles s’étaient fixé : maintenir les deux toiles sur le sol européen et les présenter au plus grand nombre, dans deux des plus beaux et grands musées du monde. L’acquisition conjointe de ces deux chefs d’œuvre inestimables renforcera le partenariat entre le Rijksmuseum et le Louvre, et témoigne de la volonté partagée des deux pays d’approfondir encore leur très riche coopération culturelle", a déclaré le ministère français de la Culture le 30 septembre 2016.


Rembrandt and his Circle. Drawings in the Frits Lugt Collection. Bussum et Paris, 2011 [75 Euro ]. Catalogue raisonné par Peter Schatborn, en anglais, 2 vol. reliés (dans une cassette) ; vol. I, texte, 446 pp., 165 notices ; vol. II, planches, 237 p., 165 reproductions couleurs, 68 illustrations de filigranes, 85 ill. comparatives (n/b). ISBN : 9789068685220



Rembrandt et son cercle. Dessins de la Collection Frits Lugt. Cahier de 12 pages ; historique de la collection et liste des œuvres présentées dans l’exposition ; illustrations en couleurs.


Dessins anciens dans des cadres d’époque. Cahier de 12 pages sur les cadres anciens dans lesquels sont exposées les œuvres et sur leur restauration entreprise pour l’occasion ; illustrations en couleurs.


Jusqu’au 2 octobre 2011
121, rue de Lille. 75007 Paris
Tél. : +33 (0)1 53 59 12 40
Tous les jours, sauf le lundi, de 13 h à 19 h


Visuels de haut en bas :
Affiche
Rembrandt Harmensz. van Rijn
Femme rassurant un enfant effrayé par un chien
plume et encre brune
103 x 102 mm

Ferdinand Bol
L’Ange apparaissant à Agar
plume et encre brune, lavis gris, quelques corrections à la gouache blanche
293 x 185 mm

Rembrandt Harmensz. van Rijn
Le Moulin à vent sur le bastion « Het Blauwhoofd » à Amsterdam
plume et encre brune, lavis brun et gris-brun
116 x 198 mm

Philips Koninck
Vue panoramique
Plume et encre brune, aquarelle et lavis brun rehaussé à la gouache
75 x 196 mm

Rembrandt Harmensz. van Rijn
Intérieur avec Saskia au lit
plume et encre brune, lavis gris et brun, quelques rehauts à la gouache blanche et quelques traits à la sanguine et à la pierre noire
142 x 177 mm

Govert Flinck
Nu féminin couché
pierre noire, rehaussé à la craie blanche et crème, sur papier bleu
249 x 412 mm

Carel Fabritius
Rébecca et Éliézer au puits
plume et encre brune, lavis brun et gris-brun, avec rehauts de gouache blanche et quelques traits à la pierre noire
249 x 412 mm

Articles sur ce site concernant : 

Cet article a été publié le :
- 10 septembre 2011 ;
- 31 août 2012 à l'approche de la diffusion de documentaires - La vie privée des chefs d'oeuvre, La ronde de nuit ; Rembrandt - sur Rembrandt par la chaine Histoire, dès le 1er septembre 2012, et alors que le ministre des Affaires étrangères des Pays-Bas a décidé de ne plus subventionner l'Institut néerlandais (IN) à Paris à compter de 2015. Une pétition a été lancée pour contester cette fermeture ;
- 2 et 30 août 2013, à l'approche de la diffusion de La ronde de nuit de Rembrandt. Secrets d'un tableau, documentaire de Peter Greenaway (2007), par Arte, le 2 septembre 2013 à 2 h 50 ;
- 12 juin 2014. Histoire a diffusé les 14 et 20 juin 2014 le numéro de Palettes réalisé par Alain Jaubert et consacré à Rembrandt. "L'autoportrait est rendu possible par la diffusion du miroir de verre entre le XIIème et le XXème siècle. Pour faire son autoportrait, le peintre doit en effet copier son reflet dans le miroir : l'image obtenue est retournée et le droitier devient gaucher. Le peintre doit donc tricher pour replacer ses instruments dans la bonne main. Masaccio, Botticelli, Dürer précèdent Rembrandt qui fait éclater le genre. Dès ses premiers tableaux, Rembrandt se met en scène. Par la suite, au moins une centaine de fois, il prendra son visage comme unique sujet de gravures, de dessins ou de peinture. Une pareille obstination, unique dans le domaine de l'histoire de l'art, a été très diversement interprétée. Certains des autoportraits de Rembrandt pourraient passer pour l'expression d'un homme extravagant. Mais les objets qui y figurent peuvent être souvent décryptés de toute autre façon. A travers toiles et panneaux, on peut certes suivre toute l'histoire du visage de Rembrandt, mais aussi lire la symbolique d'une Europe" ;
- 25 mars 2015.

lundi 12 octobre 2015

Abraham Pincas, peintre


Né en Bulgarie, Abraham Pincas a fait son aliyah et a été élève, puis professeur à l’Ecole des Beaux-arts de Paris. Les œuvres de ce peintre, auteur de nombreux livres pédagogiques, se caractérisent par des tons intenses, des collages sophistiqués, ainsi que des personnes et un bestiaire intégrés dans des motifs décoratifs. Par ses innovations techniques, le visible devient invisible et inversement.


Abraham Pincas est né en Bulgarie en 1945.

Originaire de Tolède, sa famille Juive sépharade compte le peintre de l’Ecole de Paris, Jules Pascin (1885-1930), un des artistes de l'Ecole de Paris. 

En 1949, Abraham Pincas immigre en Israël et, dès l’âge de cinq ans, sent une vocation de peintre. 

Il obtient son diplôme supérieur d’Arts plastiques et d’Arts graphiques aux Beaux-arts de Paris et, depuis 1972, il y enseigne, ainsi que dans des Instituts japonais, chinois, américains, etc. 

Auteur de livres pédagogiques, ce chevalier des Arts et Lettres illustre de nombreux livres sur la Kabbale, Abraham Aboulafia, Maïmonide, et expose aux Etats-Unis, en Chine, Taïwan, Israël, France et Bulgarie.

En 2002, la Galerie Claude Kelman de l’Espace Rachi a présenté l’exposition Traces de lumières, réunissant 42 techniques mixtes d’Abraham Pincas. Ces œuvres se caractérisaient par des tons intenses, des collages sophistiqués, ainsi que des personnes et un bestiaire intégrés dans des motifs décoratifs. Par ses innovations techniques, le visible devient invisible et inversement.

Cet artiste, qui aime la spiritualité, applique sa devise : « Tout homme doit avoir trois activités : chercher/étudier, enseigner et créer ». Ses innovations sont multiples. Selon l’angle de vision et l’éclairage, les couleurs et formes se cachent ou se révèlent (« Ânes et oiseaux », « Ombres de lumière »). Ainsi, le tableau se métamorphose : « la lumière devient ombre et l’ombre devient lumière ». 

Abraham Pincas mêle aussi liants et pigments particuliers, feuilles métalliques, parchemins, papiers faits main ou japonais marouflés sur des toiles parfois sablées. 

Ses couleurs ? Fortes, profondes, chaudes : des bordeaux côtoient des jaunes-oranges, des verts bronze ou des bleu roi. Ces associations produisent aussi un effet de relief.

Très riches et détaillées, parfois apparemment abstraites, certaines œuvres font penser aux enluminures des manuscrits médiévaux. 

Les motifs emplissent les surfaces - triangles et spirales déclinés - dans un souci de symétrie ludique. 
Le bestiaire ? Des serpents enveloppants et non menaçants, des cygnes, des biches et bien d’autres. 

Le symbolisme est patent : celui des chiffres qui remplacent les lettres (« Ombres, oiseaux de Paradis ») et des animaux, tels « La tortue et le poisson » (longue vie/multiplicité). 

Hommes et femmes se ressemblent car Abraham Pincas peint la part de l’autre dans chaque être humain (« Baiser-nechika »). L’unité et l’harmonie dominent : rien ne rompt le face-à-face du couple...

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Cet article a été publié par Actualité juive.

dimanche 27 septembre 2015

« Corps en résistance », de Valérie Jouve


Le Jeu de Paume  présente l’exposition « Corps en résistance » (Bodies, Resisting) de Valérie Jouve. Des clichés en grands formats, sans titre, sans grand intérêt artistique, et avec un caractère politique biaisé, en faveur de la « Palestine », revendiqué par la photographe. Un catalogue partial d’interview de Valérie Jouve par Marta Gili, directrice de ce musée, exprime ce même parti pris politique.


Lors du vernissage presse, Marta Gili, directrice de ce musée, avait présenté cette exposition de Valérie Jouve comme « un projet qui lui tenait à cœur depuis des années ». Elle a annoncé que l’exposition sera présentée à la Fundación Luis Seoane, à La Corogne (Espagne). On se demande pourquoi.

Un bla bla bla verbeux annonce ainsi cette exposition située au premier niveau du musée : la « démarche de Valérie Jouve (née à Firminy, France, en 1964) interroge la capacité des corps à résister face à la normalisation sociale et urbaine. Depuis le début des années 1990, ses différents ensembles photographiques – que l’artiste désigne sous le terme corpus – opèrent une inlassable exploration tant des manières d’habiter l’espace que du rapport que nous entretenons à la ville et au territoire. Afin de réinvestir les possibles des lieux qu’elle photographie, elle ne précise pas leur localisation, esquissant un espace trouble et fictif. Formant un ensemble ouvert, complété par l’artiste au fil du temps, chaque corpus est nommé Sans titre et identifié par un sous-titre générique entre parenthèses : Les Personnages, Les Façades, Les Passants, La Rue, Les Situations, Les Arbres… » De quoi désorienter les visiteurs.

En plus des photographies de Personnages, qui « ne sont pas des portraits mais des mises en scène résultant d’une étroite collaboration avec un modèle autour d’une idée commune » et sont présentés à l’échelle quasi réelle, cadrés assez serrés dans un lieu urbain qui se déploie en arrière-plan », et autres séries, l’exposition présente deux films, Grand Littoral et Traversée.

Traversée (2012) « s’apparente à un road-movie tendre, une traversée de la Palestine – où Valérie Jouve s’est rendue pour la première fois en 2008 –, menée par le trio décalé et improbable d’une enfant, d’un marionnettiste et de sa marionnette. Ces personnages, traités avec une forme volontaire de naïveté, agissent comme les passeurs de ce territoire : ils lui ré-insufflent la réalité de la vie quotidienne en dehors du conflit dramatique qui s’y déroule, créant ainsi une sorte d’utopie ».

Un diaporama couleurs s’intitule « 6 villes palestiniennes » (2011-2013, 26 minutes) : Bethléem, Hébron, Jéricho, Jérusalem, Naplouse, Ramallah. Il a été réalisé lors de son séjour à Jérusalem. La caméra filme des paysages, ruraux et urbains, la barrière de sécurité anti-terrorisme dans sa partie murale, la ville de Jérusalem en plongée…

Je l’ai interrogée sur cette vidéo : « C’est le [seul] lieu que je nomme. On refuse de le nommer. Ce travail est fait car je reconnais la Palestine, car ce territoire a une identité très différente de son voisin, Israël… Je peux donner un regard sur cette identité arabe de la Palestine… Un territoire ne peut pas tenir six villes aussi énormes, différentes sans qu’il y ait un pays… Là, où il y a une langue, un territoire culturel, et une population cohérente, il y a un pays. Ce travail, c’est une petite reconnaissante de la Palestine… Ce sont les civils que je connais le plus de la Palestine. Vous ne verrez pas Gaza, car je ne voulais pas donner un nom à cette Palestine. J’ai choisi les villes que j’ai le plus côtoyées… Un travail très documentaire… Il y a 140 images. J’ai parfois convoqué ces images sur les murs dans l’exposition ». Quand j’ai rappelé à Valérie Jouve que notamment Jérusalem est la capitale de l’Etat Juif, qu’elle est mentionnée dans la Bible, la photographe m’a répondu : « J’ai des amis chrétiens qui se fichent de la Bible ».

Je me suis éloignée de Valérie Jouve et de journalistes ignares qui la soutenaient en lançant un « Salut les ignares ! »

Curieusement, Hélène Hadas-Lebel  – Prix 2009 de la Coopération féminine remis sous l'égide de la Fondation du judaïsme français - sur RCJ  et Noémi-Colombe Bromberg (Actualité juive hebdo, 27 août 2015), qui ont chroniqué l’exposition « Germaine Krull (1897-1985). Un destin de photographe », montrée au rez-de-chaussée, ont omis de critiquer celle sur Valérie Jouve.

Pourtant, sous la direction de Marta Gili, le Jeu de Paume a présenté en 2013 l’exposition Phantom House (Foyer fantôme) d’Ahlam Shibli glorifiant les terroristes palestiniens, gommant la judéité du photographe André Kertész, etc. Et Valérie Jouve est une photographe ayant déjà exposé des clichés sur des « Palestiniennes ».

L’exposition est accompagnée d’un catalogue avec des textes d’Arlette Farge et de Marie-José Mondzain, et un entretien de Valérie Jouve avec Marta Gili et Pia Viewing. Le tout financé par le ministère de la Culture et de la Communication.

La direction de Marta Gili oriente le Jeu de Paume vers une direction politique, financée par l’argent public. Cela répond-il à la mission du service public culturel ?


Jusqu’au 27 septembre 2015
Au Jeu de Paume
1 place de la Concorde. 75008 Paris
Tel. : +33 1 47 03 12 50
Le mardi de 11 h à 21 h et du mercredi au dimanche de 11 h à19h

Visuels :
Affiche
Valérie Jouve — Sans titre (Les Personnages avec Josette),
1991-1995
C-print, 100 x 130 cm,
© Valérie Jouve / ADAGP, Paris 2015
Courtesy de la galerie Xippas, Paris

Valérie Jouve — Sans titre (Les Situations), 1997-1999
C-print, polyptyque 6 photographies, 80 x 100 cm chaque
Numéro d’inventaire : FNAC 09-556 (1 à 6)
Centre National des Arts Plastiques, Paris
© Valérie Jouve / ADAGP, Paris 2015

Valérie Jouve — Sans titre (Les Façades), 2000-2002
C-print, 80 x 100 x 3,5 cm
© Valérie Jouve / ADAGP, Paris 2015
Courtesy de la galerie Xippas, Paris

Valérie Jouve — Traversée, détails, 2012
Film 16 mm, durée 18 min
© Valérie Jouve / ADAGP, Paris 2015
Courtesy de la galerie Xippas, Paris

Catalogue
Valérie Jouve — Sans titre (Les Figures avec Tania Carl),
2011-2012,
C-print, 160 x 200 cm
© Valérie Jouve / ADAGP, 2015
Courtesy de la galerie Xippas, Paris

A lire sur ce blog :
Les citations sont extraites du dossier de presse.

jeudi 17 septembre 2015

Le peintre Charles Lapicque (1898-1988)


Première rétrospective depuis 40 ans (Musée de La Poste, 2008), hommages - exposition itinérante labellisée d’intérêt national aux musées de l’Hospice St Roch à Issoudun, Unterlinden à Colmar (2009), et de l’Abbaye-Sainte-Croix aux Sables d’Olonne (jusqu’au 14 février 2010), livres se sont succédées pour honorer le peintre Charles Lapicque, reconnu Juste parmi les Nations, à l’occasion du 110e anniversaire de la naissance de ce peintre et du 20e anniversaire de sa mort. Un « dérangeur » à l’œuvre diverse et singulière. A Besançon, la Citadelle présente, dans le cadre de l'exposition Bêtes d'expo ! des félins peints par Charles Lapicque.


Rattaché à la Nouvelle Ecole de Paris, Charles Lapicque est « un des artistes les plus originaux du XXe siècle, un novateur, notamment dans son utilisation de la couleur et de l’espace ».

Grâce à sa formation scientifique, cet ingénieur a assimilé et effectué des études complexes sur l’optique et en a retranscrit dans son art novateur les conclusions.

Recherches chromatiques
Orphelin, le jeune Charles Lapicque est confié à ses grands-parents, puis pris en charge par un oncle professeur.  Ses vacances en Bretagne lui font découvrir la mer, la navigation.

Pendant la Première Guerre mondiale, il sert dans l’artillerie.

Ce Centralien épouse Aline Perrin, fille de Jean Perrin, Prix Nobel de physique (1926). Il travaille en Normandie dans la distribution électrique, et commence à peindre en 1920. Au Salon des Indépendants où il expose, il est remarqué par le sculpteur Jacques Lipchitz qui lui fait rencontrer en 1925 la galeriste Jeanne Bucher.

Fort de son contrat avec deux galeristes, Jeanne Bucher et Pierre Loeb, il démissionne de son poste d’ingénieur pour se consacrer à la peinture. Jeanne Bucher « lui organise sa première exposition en 1929 ». Le krach de 1929 bouleverse sa vie : son contrat est rompu.

Charles Lapicque est engagé en 1931 au laboratoire de physique de la faculté des sciences de Paris. Il y expérimente « les contrastes de valeurs, la perception de l’échelonnement dans l’espace ».

Il rencontre les philosophes Gabriel Marcel et Jean Wahl en 1936. Il peint cinq panneaux du Palais de la Découverte pour l’Exposition universelle de 1937.

En 1938, il soutient avec succès sa thèse de doctorat d’Etat ès sciences sur L’optique de l’œil et la vision des contours. Il  estime « n'être entré en peinture qu'en 1939, année où ses recherches antérieures sur l'échelonnement des couleurs dans l'espace trouvent leur aboutissement personnel ».

Charles Lapicque « participe au renouveau de l’art abstrait ». Mobilisé en 1939-1940, il devient en 1941 un des théoriciens du groupe des jeunes peintres de Tradition française et influe ses pairs : Bazaine, Tal Coat… Il démissionne de la faculté pour s’engager à partir de 1943 dans la seule peinture en étant lié à la galerie Louis Carré.

Charles et Aline Lapicque, tous deux résistants, accueillent le 16 juillet 1942, Fanny Weisbuch, licenciée ès-science juive, son bébé Gérard et sa sœur cadette. Le couple Lapicque et ses fils fournissent des faux papiers et cachent aussi des aviateurs anglais et des émissaires venus de Londres. Après s’être engagé dans l’armée française et moultes pérégrinations, Abraham Weisbuch, mari de Fanny, reste en Auvergne. Dénoncée, arrêtée, la sœur de Fanny meurt à Bergen-Belsen. Le couple Lapicque est distingué en 2000, à titre posthume, comme Juste parmi les Nations. Le 5 juin 2001, sont remis au Sénat (Paris) à leurs ayants-droits le diplôme et la médaille de Justes parmi les Nations.

De 1948 à 1966, il est peintre officiel du Département de la Marine.

Une œuvre narrative, « figurative à la limite de l’abstrait » (Daniel Abadie)
Cet artiste « inventif, audacieux », curieux, voyageur, joueur de tennis et musicien amateur, peint des sujets de la vie quotidienne - automobiles, bouchère, paysages, locomotive, natures mortes -, des sujets historiques : Henri III (1950), La Bataille de Waterloo (1949). Dans ce tableau, il insère un espace, comme une bulle de bande dessinée, pour représenter la vision d’un personnage.

Ses recherches esthétiques et son observation des « vitraux, des émaux médiévaux et des faïences rouennaises du XVIIIe siècle » l’amènent à s’opposer à la « théorie classique en cours depuis la Renaissance, qui veut que le bleu éloigne alors que le rouge rapproche » (Josette Rasle).

Charles Lapicque écrit, ou conseille : « Mettez du rouge, de l’orangé, du jaune pour tout ce qui est impalpable et lointain, notamment le ciel, et du bleu pour tout ce qui est solide, compact, rapproché, la terre par exemple ». Bref, une utilisation originale des couleurs froides – bleu, vert, violet – et chaudes - rouges, jaune, orangé – pour jouer sur les perspectives, créer l’espace. Des couleurs portées en flambeaux.

Charles Lapicque est le premier à recevoir le Grand prix national de la peinture. Ses œuvres ont été acquises par le centre Pompidou, les musées d’art moderne de la Ville de Paris, de Dijon et de Besançon.


Visuels :
Timbre-poste reproduisant en 1989 le tableau « Régates vent arrière » de 1952

Henri III, 1950 (huile sur toile, 120 x 60 cm).
Collection particulière, courtesy Nathan Fine Art, Berlin-Zurich
© Jean-Louis Losi

L’Adieu, 1947 (huile sur toile, 80 x 65 cm). Collection particulière
© Nathan Fine Art, Berlin-Zurich / Droits réservés

Pour en savoir plus :
Charles Lapicque (1898-1988), une rétrospective. Musée de La Poste et Beaux-arts de Paris, les éditions, collection Un timbre - Un artiste, 2008. 112 pages. ISBN : 9 782840 562726. 20 euros.
Charles Lapicque, le dérangeur. Thalia Edition, 2009. 320 pages. ISBN : 978-2-35278-045-8. 39 euros.
Cet article a été publié en une version plus concise dans L’Arche. Il a été publié dans ce blog le 6 janvier 2010, puis le 30 juin 2015.

Qu’est-ce qui fait rire les Européens ?


Arte diffusera les 19, 22 et 23 septembre 2015 le numéro de Yourope intitulé « Qu’est-ce qui fait rire les Européens ? » (LOL: Worüber lacht Europa?) Un panorama succinct - humour Juif absent - des sources du rire en Europe.

« Que signifie le rire ? Qu’y a-t-il au fond du risible ? Que trouverait-on de commun entre une grimace de pitre, un jeu de mots, un quiproquo de vaudeville, une scène de fine comédie ? Quelle distillation nous donnera l’essence, toujours la même, à laquelle tant de produits divers empruntent ou leur indiscrète odeur ou leur parfum délicat ? Les plus grands penseurs, depuis Aristote, se sont attaqués à ce petit problème, qui toujours se dérobe sous l’effort, glisse, s’échappe, se redresse, impertinent défi jeté à la spéculation philosophique » (Henri Bergson, Le rire. Essai sur la signification du comique, 1900)

Andreas Korn enquête  sur les rires, les modalités actuelles du rire, la "gélotologie", ou science du rire. Ou les bienfaits du rire sur la santé...

Il rencontre Eva Ullmann, directrice de l'Institut allemand du rire (Deutsches Institut für Humor®). Une personne convaincue que chacun a un sens de l'humour, mais tout le monde n'a pas le même. Au programme : des exercices d'humour social ou convivial, agressif - se moquer d'autrui.

« Le propre de l’homme » (Rabelais)
« À quoi reconnaît-on qu’un compte bancaire est vide ? Quand un distributeur de billets n’affiche que la langue grecque. » 

C’est « une des nombreuses blagues qui circulent actuellement au sujet de la crise financière grecque. Font-elles aussi rire les Grecs ? Non, ils ont plutôt une préférence pour les blagues sur l’Allemagne », notamment sur la chancelière Angela Merkel.

« Continuer à rire malgré la crise n’est peut-être pas une mauvaise idée en soi. Au contraire : le rire est un bon exutoire. C’est pourquoi les Grecs raffolent des caricatures d’Arkas, publiées régulièrement dans un quotidien national. Sous un pseudonyme : personne ne connaît la véritable identité du dessinateur. Ce dernier souhaite sans doute garder l’anonymat car il sait pertinemment que tout le monde n’a pas le sens de l’humour ». Animée par quatre comiques indépendants - Christos Kiousis, Stathis Panagiotopoulos, Giannis Servetas et Antonis Kanakis -, diffusée le lundi sur une chaîne de télévision de Thessalonique, Radio Arvilla épingle Aléxis Tsípras, alors Premier ministre du parti Syriza, et le système grec de santé. Elle est vue par 50% des téléspectateurs de 15- 45 ans. Un humour satirique audible aussi dans l'émission radiophonique Imagine 89.7.

Si Dieudonné a été condamné pour incitation à la haine, railler ou caricaturer l'islam s’avère impossible. Les « musulmans semblent prendre leur religion très au sérieux. Pourtant, il existe des humoristes musulmans qui tournent justement cet aspect en dérision ». Cependant, « en Grande-Bretagne, des humoristes musulmans refusent de s'autocensurer, des comédiens et comédiennes se produisent sur scène avec le voile. L’humour est à leurs yeux le meilleur moyen de communication et d’intégration ». Né au Kenya dans une famille d'origine indienne, le comédien britannique musulman Imran Yusuf pratique le stand up. Il a réuni neuf autres comiques, souvent musulmans, pour le spectacle HaLol comedy night au Comedy Store. "L'idée est de montrer aux gens que je suis humain malgré mes origines", explique Imran Yusuf. D'origine pakistanaise, Shazia Mirza persifle sur des femmes ayant rejoint les rangs de l'Etat islamique.

Arte s'interroge sur "la ligne rouge à ne pas dépasser" par un humoriste en islam. "Dieu, ses messagers, les prophètes, le Coran, tout cela a énormément de valeur à mes yeux, alors les moqueries cela nous blesse", répond le shaykh Ibrahim Moghra, du Conseil musulman de Grande-Bretagne. Selon les représentants de l'islam interrogés, "le terrorisme et l'extrémisme n'ont rien à voir avec le Coran. On peut donc s'en moquer". (sic) La police anti-terroriste londonienne utilise une "arme des plus innovantes" : Humza Arshad. Ce comique trentenaire doit aider les forces de l'ordre à empêcher le regroupement des terroristes". Des millions d'adolescents regardent Badmans worlds sur Youtube. Cet artiste montre sa  vidéo dans une cinquantaine d'établissements scolaires britanniques et dialogue avec les élèves afin de contrer les efforts des "extrémistes", vocable d'Arte pour éviter le terme "islamistes", pour embrigader des jeunes.



Les « Européens seront-ils jamais unis dans le rire ? » Selon Arte, les Français aiment la satire politique et le cynisme, les Allemands le burlesque et le comique de situation, les Britanniques l'humour noir. Mais on rit de moins en moins... 

« Defying the Norm » (Défier les normes). Telle est la devise de l'Edinburgh Festival Fringe, célèbre festival de théâtre de rue. Lee Ridley "est probablement le seul humoriste qui ne parle pas", et s'exprime par un ordinateur. « L’humour m’aide à accepter mon handicap, évidemment, mais j’espère aussi faire évoluer les mentalités ; les gens pensent que nous n’avons pas d’humour, enfin je crois » dit-il. Enfant, une grave maladie cérébrale l’a privé de la parole. Avec sa tablette tactile à synthèse vocale, Lee Ridley, alias Lost Voice Guy, se produit seul. Il est aussi membre des Abnormally Funny People, un collectif de comédiens frappés de handicaps divers qui a participé à l’édition 2015 du festival d’Edimbourg". Ses buts : supporter le quotidien, changer l'image des personnes handicapées.

Contrairement aux affirmations d’Arte, l’attentat contre la rédaction de l'hebdomadaire satirique français Charlie Hebdo le 7 janvier 2015 n’en fournit malheureusement pas la preuve. Certains sujets, en particulier ceux concernant l'islam, sont prudemment évités par un nombre croissant de dessinateurs de presse, de crainte de susciter l'ire, ou des menaces de mort, de musulmans.

Ce qu’ont confirmé les 5es Rencontres internationales des dessinateurs de presse (11-13 septembre 2015) organisées au Mémorial de Caen avec le soutien de l'association danoise Cartoon movement, qui réunit plus de 300 dessinateurs dans 80 pays. Les Rencontres du Mémorial ont été lancées en 2011 en partenariat avec l'association Cartooning for Peace, créée par le dessinateur célèbre, mais controversé, Plantu et Kofi Annan, ex-secrétaire général de l'ONU (Organisation des Nations unies). L’année suivante, l'association et le Mémorial ont mis un terme à leur partenariat.

Autre preuve : Emmanuel Chaunu a dessiné, en s’inspirant de la photo du petit enfant kurde syrien Aylan Kurdi mort sur une plage turque, un garçon inerte dans la même situation, et portant au dos un cartable. Titre : « C’est la rentrée ». Un « dessin hommage », selon le dessinateur, publié sur son compte Facebook, puis dans L’Union et qui a suscité la polémique sur les réseaux sociaux et qui a valu à son auteur des menaces de mort. « Après le 7 janvier, les gens ont redécouvert le dessin de presse, mais ils n’ont plus les codes culturels. Donc, pas de caricature sans culture », a expliqué  Emmanuel Chaunu.

On peut regretter que Yourope ne s'intéresse pas aux efforts de religions pour contrôler, censurer la liberté d'expression, notamment de dessinateurs ou journalistes. Tant le rire, par sa dynamique, par son pouvoir libérateur, par la distance qu'il émet à l'égard de la réalité, suscite un instant de bonheur, interpelle la réalité, le pouvoir, et peut constituer le moteur vers une alternative honnie par les régimes totalitaires.


2015, 26 min 
Sur Arte les 19 septembre à 14 h, 22 septembre à 7 h 10 et 23 septembre 2015 à 1 h 20

Visuel : © SWR

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dimanche 13 septembre 2015

Paul Durand-Ruel. Le pari de l’impressionnisme : Manet, Monet, Renoir


Le Philadelphia Museum of Art présenta l’exposition Discovering the Impressionists: Paul Durand-Ruel and the New Painting. Marchand d’art français, Paul Durand-Ruel (1831-1922) a défendu et soutenu, financièrement et artistiquement, avec une intuition sûre, avec talent et persévérance, les impressionnistes, dont Camille Pissarro, alors méprisés et ostracisés. Le pari audacieux d’un précurseur innovateur, organisant des expositions dans le monde entier, en particulier dans ses galeries à Paris, Londres, Bruxelles et New York, sur les artistes de l’Ecole de Barbizon et des Impressionnistes.
« J’arrive à mon grand crime, celui qui domine tous les autres. J’achète depuis longtemps et j’estime au plus haut degré les œuvres de peintres très originaux et très savants dont plusieurs sont des hommes de génie et je prétends les imposer aux amateurs. J’estime que les œuvres de Degas […], de Monet, […] de Pissarro et de Sisley sont dignes de figurer dans les plus belles collections .» (Paul Durand-Ruel en 1885)

Après avoir été présentée par le Musée du Luxembourg (Paris) sous le titre Paul Durand-Ruel. Le pari de l’impressionnisme : Manet, Monet, Renoir (9 octobre 2014-8 février 2015) et été accueillie – Inventing Impressionism. How Paul Durand-Ruel created the Modern Art Market  - à la National Gallery de Londres  (4 mars-31 mai 2015), l’exposition Discovering the Impressionists: Paul Durand-Ruel and the New Painting est présentée au Philadelphia Museum of Art. Elle est organisée par la Réunion des musées nationaux - Grand Palais en collaboration avec le musée d’Orsay, la National Gallery, Londres et le Philadelphia Museum of Art. Au musée du Luxembourg (Paris), elle a attiré «  240 945 visiteurs, soit 1 974 visiteurs/jour en moyenne ».

Cette exposition est « la première consacrée au grand marchand des impressionnistes, Paul Durand-Ruel (1831-1922), également considéré comme le père du marché de l’art moderne. Elle se propose, dans le sillage des récentes manifestations dédiées à des marchands influents, tels Theo Van Gogh, Ambroise Vollard ou Henri Kahnweiler, de mettre en lumière le rôle d’une figure éminente de l’impressionnisme dont les choix et les goûts radicaux ont été déterminants pour la reconnaissance des artistes et la constitution de notre panthéon de la peinture moderne ». 

La « plupart des grandes collections impressionnistes publiques et privées se sont en effet constituées auprès de la galerie Durand-Ruel au tournant du XXe siècle. Les collections des musées d’Orsay, de Londres et de Philadelphie comptent près de 200 œuvres passées par sa galerie. Encore aujourd’hui, nulle vente impressionniste qui n’ait lieu sans que des tableaux autrefois passés par la galerie n’y figurent. De sa découverte de l’impressionnisme au début des années 1870 jusqu’au succès du début du XXe siècle, Paul Durand-Ruel  a acheté, vendu, exposé des milliers d’œuvres de Manet, Monet, Renoir, Degas, Pissarro, Sisley, Morisot et Cassatt. Cette histoire ne s’est pas déroulée sans heurt et, s’il est maintenant salué comme un marchand visionnaire, Durand-Ruel a bel et bien fait le pari de l’impressionnisme. C’est ce chapitre de l’histoire de la galerie et du parcours d’un homme que l’exposition » étudie à la lumière de recherches récentes. 

« Reflétant le rayonnement international de la galerie au XIXe siècle, cette exposition évoque avec Paul Durand-Ruel une figure centrale de l’impressionnisme ». Elle « réunit plus de 80 tableaux, notamment des paysages de Camille Pissarro (1830-1903), et des documents, provenant de musées et de collections particulières du monde entier. Elle retrace, entre la fin des années 1860 et 1905, les moments-clés d’une autre histoire de l’impressionnisme, où la réception des œuvres, leur diffusion, leur circulation sont considérées comme un élément de leur meilleure compréhension ». 

Ironie de l’Histoire. Cette exposition a été montrée au Musée du Luxembourg « qui abritait au temps de Paul Durand-Ruel le musée des artistes vivants, où les impressionnistes ont été difficilement et lentement acceptés. Afin d’offrir une vision alternative de l’art de son époque, le marchand ouvrait son appartement à la visite. L’évocation de cet « appartement-musée » constitue le point de départ de l’exposition qui aborde au fil de cinq autres sections, le goût du marchand pour la « belle école de 1830 » (Delacroix, Rousseau, Corot, etc.), ses premiers achats aux impressionnistes et à Manet, à Londres et à Paris, les années de crise à travers l’exemple de l’exposition impressionniste de 1876, la promotion des artistes avec l’essor des expositions particulières autour du cas de Monet en 1883 et en 1892, pour se clore sur la diffusion de l’impressionnisme aux Etats-Unis et en Europe, avec un accent sur l’exposition historique des Grafton Galleries à Londres en 1905, encore à ce jour le plus important rassemblement de tableaux impressionnistes ».

Paul Durand-Ruel « est un homme paradoxal. Contraste étonnant en effet entre le marchand novateur, que son indiscutable flair, ses goûts avancés et la conviction de mener un juste combat inclinent à prendre des risques, et la vie bourgeoise que mène ce père dévoué de cinq enfants, veuf à l’âge de 40 ans, fervent catholique et monarchiste convaincu. Ce « vieux chouan », comme le surnomme Renoir, soutient le communard Courbet, l’anarchiste Pissarro ou les républicains Manet et Monet. Durand-Ruel rassemble, au-delà des exigences de la vie de sa galerie, une collection personnelle de tableaux impressionnistes, qu’il présente dans son appartement du 35, de la rue de Rome à Paris. Ouvert aux visiteurs, il est salué comme « le plus merveilleux musée de peinture contemporaine qui soit en France » (Lecomte), par opposition au musée du Luxembourg, alors musée des artistes vivants, qui ne reconnaît que tardivement l’impressionnisme ».
  

31 octobre 1831 : « Naissance de Paul Durand-Ruel à Paris. Son père, Jean Durand, et sa mère, Marie Ruel, exposent dans leur papeterie parisienne les œuvres d’artistes tels que Géricault et Delacroix. Jean vend et loue des tableaux. La papeterie devient rapidement un point de rencontre pour les artistes et les collectionneurs, et se transforme en galerie.
1839 : La galerie déménage dans un quartier plus élégant de Paris, au n°103 rue des Petits Champs, à coté de la Place Vendôme.
1848 : La révolution de février interrompt l’ascension des affaires.
1851 : Reçu à l’Ecole Spéciale Militaire de Saint Cyr, Paul Durand-Ruel démissionne de l’armée pour travailler auprès de son père. Dans les années qui suivent, il voyage en province et en Europe.
1855 : Paul Durand-Ruel, qui connaît et apprécie les œuvres de Delacroix, a un choc émotionnel devant l’ensemble des tableaux de l’artiste exposés lors de l’Exposition Universelle à Paris.
1862 : Paul Durand-Ruel épouse Eva Lafon qui lui donnera cinq enfants.
1863 : Napoléon III crée le Salon des Refusés afin que les artistes dont les œuvres sont refusées au Salon puissent exposer leur travail et que le public juge par lui même. Paul Durand-Ruel a alors 32 ans et assume pour la première fois le rôle d’expert aux côtés d’un commissaire priseur lors d’une vente publique.
1865 : Disparition de Jean Durand-Ruel. Paul Durand-Ruel va alors progressivement établir sa politique de marchand basée sur quelques principes innovateurs :
- Protéger et défendre l’art avant tout,
- L’exclusivité du travail des artistes,
- Des expositions individuelles et internationales,
- Un réseau de galeries internationales,
- L’accès gratuit aux galeries ainsi qu’à son appartement,
- Promouvoir le travail des artistes par le biais de la presse,
- Associer le monde de l’art à celui des finances.
1865-1874 : Paul Durand-Ruel défend Delacroix, les artistes de l’École de 1830 : Corot, Daubigny, Diaz de la Pena, Jules Dupré, Millet, Théodore Rousseau… ; ainsi que Daumier et Courbet ; et joue un rôle essentiel dans leur reconnaissance par le public.
1870-71 : Paul Durand-Ruel ouvre une galerie à Londres, et une à Bruxelles.
1871 : Eva, épouse de Paul Durand-Ruel, s’éteint à l’âge de 30 ans, le laissant seul parent de 5 enfants.
1871-1873 : Paul Durand-Ruel découvre le travail de Boudin, Monet, Pissarro, Sisley, Degas, Renoir, Manet, Puvis de Chavannes, et plus tard Morisot et Cassatt.
1874 : Ces artistes exposent pour la première fois tous ensembles dans l’atelier du photographe Nadar, et c'est à cette occasion qu’ils reçoivent ironiquement le nom d’Impressionnistes. Renié par ses clients, Paul Durand-Ruel traverse une première crise financière.
1876 : Paul Durand-Ruel organise la seconde exposition des artistes impressionnistes dans sa galerie. L’exposition est excessivement mal accueillie par le public qui qualifie alors sa galerie de « maison de santé mentale ».
1878 : Paul Durand-Ruel organise une exposition des œuvres des artistes de l’École de 1830, en réaction au Salon qui refuse d’exposer leur travail cette même année.
1880-1886 : Paul Durand-Ruel soutient moralement et financièrement les artistes impressionnistes. Il est le seul à acheter leurs œuvres de manière régulière, ainsi qu’à les exposer, en dépit de la deuxième crise financière qu’il traverse.
1883 : Paul Durand-Ruel présente, sans grand succès, des expositions à Berlin, à Londres et Boston. A Paris, il organise pour la première fois des grandes expositions monographiques successives : Boudin, Monet, Renoir, Pissarro et Sisley.
1886 : Paul Durand-Ruel est complètement exsangue financièrement ; James F. Sutton et l’American Art Association l’invitent à organiser une exposition à New York. C’est un succès et la première reconnaissance officielle des artistes impressionnistes, c’est également le début de l’implantation de Paul Durand-Ruel à New York et aux Etats-Unis.
1890-1893 : C’est la reprise de l’activité de la galerie parisienne, la reconnaissance de Renoir et de Pissarro, et la confirmation du succès de Monet.
1890-1914 : Paul Durand-Ruel expose à travers le monde et dans plus de dix villes allemandes, marquant ainsi l’origine des collections d’œuvres impressionnistes en Allemagne.
1905 : Paul Durand-Ruel organise une très grande exposition comportant près de 300 tableaux à Londres, à la Grafton Galleries. C’est l’exposition impressionniste la plus exceptionnelle qui a jamais eu lieu.
1910 : Renoir immortalise son ami et marchand, Paul Durand-Ruel, en peignant son portrait après plus de trente ans d’amitié.
5 février 1922 : Paul Durand-Ruel s’éteint après avoir été décoré de la Légion d’Honneur deux années auparavant mais, ironiquement, non au titre des Beaux-Arts mais à celui du Commerce Extérieur.
Entre 1891 et 1922, Paul Durand-Ruel achète près de 12.000 tableaux. Parmi ces œuvres, on trouve plus de 1.000 Monet, environ 1.500 Renoir, plus de 400 Degas et autant de Sisley et de Boudin, environ 800 Pissarro, près de 200 Manet et près de 400 Mary Cassatt.
A 89 ans, Paul Durand-Ruel réalise qu’ « Enfin les maîtres impressionnistes triomphaient comme avaient triomphé ceux de 1830. Ma folie avait été sagesse. Dire que si j’étais mort à soixante ans, je mourais criblé de dettes et insolvable, parmi des trésors méconnus… »


Du 24 juin au 13 septembre 2015
Au Philadelphia Museum of Art
Dorrance Galleries, first floor
2600 Benjamin Franklin Parkway, Philadelphia, PA 19130
Tel. : 215-763-8100
Du mardi au dimanche de 10 h à 17 h, mercredi et vendredi jusqu’à 20 h 45.

Visuels
Affiche de l’exposition
© Affiche Rmn-Grand Palais, Paris 2014

Camille Pissarro
Le Carrefour, Pontoise, ou Place du vieux cimetière, Pontoise
1872
Huile sur toile, 55 x 94 cm
Pittsburgh, Carnegie Museum of Art
© Image courtesy Carnegie Museum of Art, Pittsburgh

A lire sur ce blog :
Shoah (Holocaust)
Les citations proviennent du dossier de presse.