Citations

« Le goût de la vérité n’empêche pas la prise de parti. » (Albert Camus)
« La lucidité est la blessure la plus rapprochée du Soleil. » (René Char).
« Il faut commencer par le commencement, et le commencement de tout est le courage. » (Vladimir Jankélévitch)
« Notre métier n’est pas de faire plaisir, non plus de faire du tort. Il est de porter la plume dans la plaie. » (Albert Londres)
« Le plus difficile n'est pas de dire ce que l'on voit, mais d'accepter de voir ce que l'on voit. » (Charles Péguy)

lundi 6 octobre 2014

Jean-Léon Gérôme (1824-1904). L'Histoire en spectacle


Arte diffusera les 6, 10, 13 et 19 octobre 2014 le numéro de "De l'art et du cochon" intitulé "Jean-Leon Gérôme et le dîner de Louis XIV" : "À partir d’une oeuvre, cette série plonge dans l’histoire de l’art et de la gastronomie, en compagnie d’un grand chef. Aujourd'hui : Guy Martin, le chef du restaurant Le Grand Véfour, a décidé de reproduire "Le dîner de Louis XIV", seule représentation du Roi-Soleil à table réalisée en 1863 par le peintre académique Jean-Léon Gérôme". Le musée d’Orsay a présenté l’exposition éponyme sur ce peintre et sculpteur français qui a profondément marqué les arts, en particulier le cinéma. Guidé par un souci scrupuleux de véracité historique (costumes, décors), Jean-Léon Gérôme a fondé sa réputation sur des tableaux narratifs, sa représentation dramatisée et spectaculaire d'événements historiques et sur son illustration privilégiant l’anecdote. Il a exercé une influence durable sur le cinéma.

C’est la première exposition consacrée à Paris à Jean-Léon Gérôme depuis son décès en 1904.

Célèbre, apprécié et critiqué pendant sa carrière, Jean-Léon Gérôme a longtemps été méprisé en France pour son « académisme stérile ». Il est considéré actuellement comme « un des grands créateurs d’images du XIXe siècle » tant ses œuvres sont immédiatement compréhensibles par le public le plus divers, et frappent par leur composition théâtralisée.

Cette exposition aborde « tous les enjeux de son œuvre, de ses sources à son influence » : la place de Gerôme dans la « peinture française de son temps, sa conception théâtralisée de la peinture d'histoire, son rapport complexe à l'exotisme » et à l’Orient, son usage de la polychromie en sculpture, son rôle d'enseignant, son rapport au modèle antique, sa foisonnante mise en œuvre d'une grammaire visuelle, qui pousse parfois l'obsession illusionniste jusqu'à l'étrange, et entre en résonance avec tous les arts visuels, estampe, photographie jusqu’au cinéma, alors naissant, sur lequel l’influence de Gérôme est profonde ».

Etait aussi évoqué « son rapport à la référence archéologique, du mouvement néo-grec aux codifications pédagogiques déduites de ses œuvres ».

Cette exposition à la scénographie thématique s’interrogeait aussi « sur la façon dont sa personnalité cristallise le combat anti-académique de la fin du XIXe siècle, et enfin, l'engouement qu'il suscite auprès du public et des collectionneurs américains ».

La formation
Jean-Léon Gérôme est né en 1824, à Vesoul où son père est orfèvre et joaillier.

Admis à 16 ans, après son baccalauréat, dans l’atelier parisien du réputé Paul Delaroche, Gérôme s’y lie avec Gustave Le Gray, futur photographe, et il y apprend à associer étroitement peinture d’histoire et peinture de genre. Il revendique l’influence de ce peintre, de Charles Gleyre et de Jean-Dominique Ingres.

En Italie, où il travaille en 1843 dans le nouvel atelier de Paul Delaroche, Gérôme se passionne pour les vestiges archéologiques à Pompéi et Herculanum.

Il échoue au concours du Prix de Rome.

Il se fait remarquer par son tableau Le combat de coqs exposé au salon de 1847 (Paris, musée d’Orsay), et est « proclamé chef de file d’une nouvelle école, les néo-grecs ».

Au 27 rue de Fleurus, dès 1846-1847, se réunissent des artistes – peintres musiciens - « néo-grecs » qui veulent renouveler la vision approximative de la Grèce antique par une approche « archéologique » accordant une plus grande attention aux détails vrais, par une représentation plus érudite. La démarche de ces néo-grecs « s’inscrit dans le climat de recherches qui animent le milieu parisien autour de 1850, à la fois en architecture, en sculpture et en peinture ». En 1848, l’Etat achète La République pour la mairie de Montmartre.

Portraitiste, Gérôme réserve pour l’essentiel  cet exercice à son univers familial, mais peint deux célébrités du monde des arts : la tragédienne Rachel, dans un rouge dramatique, et l’architecte Charles Garnier.

Soutenu par Théophile Gautier, Gérôme est contesté par Charles Baudelaire, Edgar Degas ou Emile Zola, surtout à partir de 1861 avec Phryné devant l'aréopage. Une œuvre qui ne satisfait ni les tenants de la tradition ni les partisans d’une peinture moderne. Elle illustre la conception de Gérôme de la peinture d’histoire comme « une narration magistralement scénographiée ».

Peindre et conter l’histoire
Délaissant le style néo-grec, Gérôme va satisfaire le goût de ses clients pour « l’ailleurs », avec un souci de réalisme, du détail vrai dans la peinture de l’architecture, des costumes, des lieux, de l’atmosphère.

Jusqu’au XIXe siècle, la peinture d’histoire imposait le principe d’édification, puis elle a privilégié la narration. Parallèlement se développait le roman historique. Ce peintre qui prend des libertés à l’égard de l’académisme met en spectacle l’Histoire, de l’Antiquité jusqu’au XIXe siècle. Le spectateur est placé en « témoin oculaire » d’un évènement narré de manière théâtralisée, et puisé dans l’histoire antique (La Mort de César) ou moderne (Réception du Grand Condé à Versailles, 1878), la légende napoléonienne (L’exécution du Maréchal Ney, 1867), ou des épisodes contemporains (Audience des ambassadeurs de Siam à Fontainebleau, 1864).

Une théâtralisation que l’on retrouve dans ses peintures orientalistes empreintes de sensualité (Bain turc ou Bain Maure, 1870), ses tableaux de paysage, religieux, de scène de genre ou de nu féminin.

Les Orients, réel et fantasmé, de Gérôme
Chargés par le Ministère de l’Instruction publique de réunir des éléments « pour l’étude des antiquités de ces différents pays [Egypte, Nubie, Palestine] et la reproduction photographique des principaux monuments et des types les plus remarquables des races diverses », Gérôme et le jeune Auguste Bartholdi se dirigent vers Alexandrie le 8 novembre 1855. Bartholdi réalise, en Egypte et au Yémen, plus d’une centaine d’épreuves.

Déjà en 1852, ont été publiées par Blanquart-Evrard les photographies de Maxime du Camp en 1849 lors de son séjour en « Egypte, Palestine et Syrie en compagnie de Gustave Flaubert ».

Pour Bartholdi et Gérôme ce premier voyage est une découverte de l’Orient. Gérôme s’inspire de « l’effet panoramique » donné par Bartholdi à ses photos en Egypte pour insuffler une ampleur théâtrale à ses peintures.


A partir de 1855, Gérôme séjourne à plusieurs reprises dans la partie orientale de la Méditerranée, en particulier à Jérusalem en 1868 et lors de l’inauguration du canal de Suez en 1869.

Il peint un Orient à la fois en se fondant sur des clichés, ses souvenirs, ses esquisses et en fondant son imaginaire avec celui d’écrivains – Les Orientales deVictor Hugo - et de peintres évoquant un Orient sensuel, violent, cruel. Gérôme offre ainsi au public la vision qu’il espère et s’est façonnée de ce monde lointain.

Dans le bestiaire varié - chats, chiens, chevaux, tigres, lions et dromadaires - de Gérôme, le lion occupe une place privilégiée : dans les arènes du cirque romain, le roi des animaux est « féroce et cruel », dans la « cage du cirque moderne, on le voit dompté en douceur ». Un félin toujours symbole de force, comme le tigre. On peut y voir le résultat des études de jeunesse de Gérôme quand il fréquentait quotidiennement le Jardin des Plantes, puis, les ménageries. Ou un clin d’œil de l’artiste : en latin, Leo veut dire « lion » et « Léon ». Un de ses tableaux s'intitule Nominor Leo : « On m’appelle Lion / Léon ».

Gérôme, sculpteur : « Le Père polychrome »
L’exposition universelle de 1878 marque les débuts de la carrière officielle du sculpteur Gérôme, âgé de 54 ans, qui y montre Les gladiateurs, dans la veine académique, en bronze.

A l’instar des sculpteurs antiques, à partir de 1890 (Tanagra), il opte pour la polychromie, il colore ses œuvres marmoréennes avec une cire pigmentée.

Parmi ses sculptures, citons Sarah Bernhardt, vers 1895. Gérôme consacre une part de plus en plus importante à la sculpture.

Vers la fin de sa vie, la figure du sculpteur travaillant dans son atelier devient le thème privilégié de ses tableaux (Pygmalion et Galatée, 1890) et d’autoportraits.

Dans l’atelier
Dans son atelier du boulevard de Clichy ouvert en 1860 et décoré de tapis orientaux, Gérôme élabore ses compositions picturales. Son atelier devient une source d’inspiration représentée dans ses œuvres.

Nommé en 1864 professeur à l’École des Beaux-arts, Gérôme définit sa mission comme « apprendre l’orthographe de l’art aux jeunes gens ». Il y assure son enseignement jusqu’en 1902.

Hostile à l’exposition des œuvres d’Edouard Manet à l’Ecole des Beaux-arts (1884), il reconnaît finalement s’être trompé.

De nouveau, il s’aliène la critique avant-gardiste en s’opposant en 1894 à la donation Caillebotte qui réunit des tableaux impressionnistes puis lors de l’Exposition universelle en 1900, en s’élevant contre la peinture moderne.

La diffusion des œuvres
Gérôme est particulièrement intéressé par la diffusion de ses œuvres : par leur vente à des collectionneurs et par la reproduction gravée et photographiée vendue à des milliers d’exemplaires.

Ainsi, il collabore dès 1859 avec la maison Goupil, galerie d’art et éditeur, dirigée par Adolphe Goupil, qui devient son beau-père.

Cette reproduction en grand nombre renforce sa renommée et démultiplie son audience, devenue internationale : « jusqu'en 1914, Goupil négocie 337 tableaux et en reproduit par la gravure ou la photographie près de 370 ».

Gérôme lègue à la Bibliothèque nationale la reproduction photographique de ses œuvres.

Cinéma
La qualité des représentations picturales de Gérôme – intelligibilité immédiate, souci du détail vrai, impression rapide dans les mémoires, composition cadrée - alliée à la large diffusion des œuvres de Gérôme aux Etats-Unis expliquent son « héritage dans une Amérique s’appropriant par l’image animée le récit de l’histoire du Vieux Continent ».

C’est le péplum (peplos, signifie en grec tunique), un genre cinématographie apparu dès les frères Lumière et Méliès, qui puise dans les tableaux de Gérôme sur l’Antiquité romaine ses images les plus saisissantes. Les réalisateurs – William Wyler (Ben-Hur, 1959), Stanley Kubrick (Spartacus, 1960), Ridley Scott (Gladiator, 2000) - sont « sensibles à l’efficacité de la mise en scène du peintre, à sa capacité de faire tenir en un seul « plan » l’ensemble d’une composition narrative, jouant sur la durée de l’action, au choix habile de « l’instant d’après » dans la plupart de ses sujets historiques ».


Jusqu’au 23 janvier 2011
Niveau 0, grand espace d'exposition
1, rue de la Légion-d'Honneur, 75007 Paris
Tél. : téléphone : 01 40 49 48 14
Tous les jours, sauf le lundi, de 9 h 30 à 18 h, le jeudi jusqu’à 21 h 45

Du 15 juin au 12 septembre 2010
Au Getty Museum à Los Angeles

Du 1er mars au 22 mai 2011

Visuels de haut en bas
Affiche
Jean-Léon Gérôme
Pollice Verso, 1872
Huile sur toile, 97,5 x 146,7 cm
Phoenix Art Museum
© Phoenix Art Museum

Jean-Léon Gérôme
Sortie du bal masqué, vers 1857-59
Huile sur toile, 39,1 x 56,3 cm
Baltimore, Walters Art Gallery
Photo©The Walters Art Museum, Baltimore

Jean-Léon Gérôme
La mort de César, 1859-1867
Huile sur toile, 85,5 x 145,5 cm
Baltimore, Walters Art Gallery
Photo©The Walters Art Museum, Baltimore

Jean-Léon Gérôme
Jeunes Grecs faisant battre des coqs dit aussi un combat de coqs, 1846
Huile sur toile, 143 x 204 cm
Paris, Musée d'Orsay
© RMN (Musée d'Orsay) / Hervé Lewandowski
 
Jean-Léon Gérôme
La République, 1848
Huile sur toile, 292 x 193 cm
Les Lilas, Mairie des Lilas
© Musée d'Orsay (dist. RMN) / Patrice Schmidt

Jean-Léon Gérôme
Phryné devant l'Aréopage, 1861
Huile sur toile, 80,5 x 128 cm
Hambourg, Hamburger Kunsthalle
© BPK, Berlin, Dist. RMN / Elke Walford

Jean-Léon Gérôme
Réception du Grand Condé à Versailles, 1878
Huile sur toile, 96,5 x 139,7 cm
Paris, Musée d'Orsay
© RMN (Musée d'Orsay) / Hervé Lewandowski

Jean-Léon Gérôme
Promenade du Harem, 1869
Huile sur toile, 78.7 x 134.6 cm
Don de Walter P. Chrysler, Jr.
Norfolk, Chrysler Museum of art
© Image courtesy of the Chrysler Museum of Art, Norfolk, Va.

Jean-Léon Gérôme
Jérusalem ou Le Golgotha, 1867
Huile sur toile, 82 x 144,5 cm
Paris, Musée d'Orsay
© RMN (Musée d'Orsay) / Hervé Lewandowski

Jean-Léon Gérôme
Tanagra, 1890
Statue en marbre polychrome, 154,7 x 56 x 57,3 cm
Paris, Musée d'Orsay
© RMN (Musée d'Orsay) / René-Gabriel Ojéda

Jean-Léon Gérôme
Sarah Bernhardt, vers 1895
Buste en marbre teinté, 69 x 41 x 29 cm
Paris, Musée d'Orsay
© RMN (Musée d'Orsay) / Hervé Lewandowski

Anonyme
Gérôme en tablier de sculpteur assis à côté du plâtre des Gladiateurs, de face, vers 1890
Épreuve albuminée, 25,7 x 21 cm
Paris, Bibliothèque nationale de France
© Bibliothèque nationale de France


Articles sur ce blog concernant :

Cet article a été publié le 17 janvier 2011, puis le :
11 décembre 2012 à l'approche de la vente aux enchère par le département orientaliste d'Artcurial, le 11 décembre 2012, du tableau Promenade du harem de ce peintre. L'oeuvre inédite est estimée entre 800 000 et 1,2 million d'euros ;
- 3 juillet 2014. Toute l'Histoire a diffusé le 4 juillet 2014 dans la série Sphinx : les légendes de l'Histoire le documentaire sur les gladiateurs

lundi 29 septembre 2014

« Que la lumière soit ! » de Yoël Benharrouche


La galerie Nuances et lumière a présenté une exposition individuelle d'œuvres récentes – acryliques sur toiles - du peintre Yoël Benharrouche. Cet artiste israélien exprime sa foi dans l’harmonie et le bonheur du couple. Il imprègne son art lyrique, mêlant des influences cubistes à l’art calligraphique à son goût pour les collages, d’une dimension spirituelle juive marquée par la place centrale de Jérusalem. Un de ses tableaux est proposé lors de la vente aux enchères au profit de la WIZO, le 29 septembre 2014, aux Salons Hoche (Paris).


Né en 1961 à Beer-Sheva (Israël), Yoël Benharrouche s’installe avec sa famille à Nice en 1974, et suit les cours à l’Ecole des Beaux-arts jusqu’en 1985. Parallèlement, il étudie les textes bibliques. Il vit en Israël depuis 1993.

Cet artiste peint toujours le mouvement, le déséquilibre comme moteur pour avancer.

Il offre une vision dynamique et douce de la vie. Ses personnages portent des costumes orientaux, aux pantalons bouffants, et sont parés de chevelures ondoyantes. Il les met en scène comme des personnages de spectacles musicaux, jouant de la guitare ou du piano. Le couple composé d’êtres complémentaires vit en fusion (« Le cercle est une forme qui révèle la vie »).

Il affectionne les paysages de cités ensoleillées caractérisées par des maisons aux hautes coupoles (« Ville du ciel sur les trois roues de l’équilibre »).

En 2004, à la Galerie Art Symbol, des influences cubistes sont plus prégnantes (« Le langage du corps ») dans son exposition Parfum de Terre. Certaines œuvres sont bi-ou trichromes, saturées de rouge ou bleu (« Un souffle qui me joue les mélodies de l’espace »).

« Je pense que l’Art en général est la preuve que le lien entre la Terre et le Ciel existe et l’artiste doit parvenir à véhiculer cette pensée spirituelle jusqu’au point de sa cristallisation dans la matière », m’expliquait M. Benharrouche en 2004. Et d’ajouter : « La matière et la terre s’imprègnent de ce ciel. La terre devient alors un corps plein d’âme... »

Si vous vous promeniez sur les Champs-Elysées en 2012, vous pouviez aller à la Galerie Bartoux pour découvrir l'exposition de Yoël Benharrouche, présentant une vingtaine d’œuvres narratives et figuratives.

Le tableau Danse de la vie de Yoël Benharrouche est proposé lors de la vente aux enchères au profit de la WIZO, le 29 septembre 2014, aux Salons Hoche (Paris).


Du 18 novembre au 9 décembre 2013
A la galerie Nuances et lumière
4, cours de la liberté - 69003 Lyon, France
Tel. +33(0) 4 37 48 09 71
Du lundi au samedi de 9 h à 19 h 30. Le dimanche de 14 h 30 à 18 h 30
Vernissage le 24 novembre 2013 de 12 h à 21 h en présence de l'artiste

Jusqu’au 4 novembre 2012
Exposition « Que la lumière soit ! »
A la galerie Bartoux, galerie d’art Elysées
Elysées 26 – 26, avenue des Champs-Elysées, 75008 Paris
Tél. : 01 42 89 41 21
Du mardi au samedi de 10 h 30 à 20 h, le dimanche de 11 h à 20 h

Visuels :
Contact silencieux de l'amour
100 x 100 cm 

La grande préparation
100 x 80 cm 

L'amour vécu avec Jérusalem
100 x 80 cm 

L'esprit limpide
50 x 60 cm

Danse de la vie
Terragraphie, technique artisanale avec sable
70 x 110 cm

Articles sur ce blog concernant :
 Cet article a été publié par Guysen, puis sur ce blog le 31 octobre 2012, 22 novembre 2013.

dimanche 28 septembre 2014

Regards sur les ghettos


Le Mémorial de la Shoah a présenté l’exposition Regards sur les ghettos, peu didactique, et « islamiquement correcte ». « Près de 500 photographies peu connues de ghettos » en Europe dont les auteurs sont des photographes juifs, soldats allemands, propagande nazie… : une exposition aux regards pluriels », mais occultant notamment les ghettos (mellahs) au Maroc.
Provenant de collections en Europe, en Amérique du Nord ou en Israël, l’exposition « présente près de 500 photographies peu connues des ghettos, prises dans différents ghettos (plus de 400 ghettos existèrent) », indique le dossier de presse de cette exposition.

Or, l’Encyclopedia of Camps and Ghettos, 1933-1945: Ghettos in German-Occupied Eastern Europe (The United States Holocaust Memorial Museum, Indiana University Press, Collection Encyclopedia of Camps and Ghettos, 2012) dirigée par Geoffrey P. Megargee et Martin Dean, a recensé plus de 1 100   ghettos sous férule nazie en Europe de l’Est dans lesquels les Nazis ont assassiné des centaines de milliers de Juifs.

Vernissage presse
Lors du vernissage presse du 12 novembre 2013, interrogée par un journaliste, la commissaire de l’exposition  ignorait pourquoi le Mémorial de la Shoah organisait cette exposition. Une historienne du Mémorial est venue en renfort pour expliquer que le thème du ghetto est un éventuel thème possible chaque année, puis que l’année 2013 rappelle le 70e anniversaire de la liquidation de ghettos.

J’ai regretté publiquement l’absence d’une carte localisant tous les ghettos en début d’exposition et la carence, dans l’espace réservé à chaque ghetto évoqué, d’une carte situant la ville dont ce ghetto est illustré par une série de photographies. Réaction du Mémorial de la Shoah : la carte à l’entrée de l’exposition suffit : elle situe les villes des seuls ghettos photographiés. Pourtant, une carte de tous les ghettos aurait révélé une politique délibérée de création de ghettos, conçus comme une étape cruciale dans l’élimination des Juifs. Mais cela aurait contredit la thèse de cette exposition. 

« Pourquoi ne pas mentionner les Juifs contraints d’aller dans les Mellah, ghettos dans des villes marocaines ? », ai-je demandé.

Commissaire scientifique de l’exposition et professeur au département d'histoire juive et de la communauté juive contemporaine à l'Université hébraïque de Jérusalem, Daniel Blatman a distingué le mellah du ghetto : le ghetto visait à séparer les Juifs des chrétiens. « Et le mellah a séparé les Juifs des chrétiens et des musulmans », ai-je répliqué en soulignant que si le terme était différent, ghettos comme mellahs séparaient les Juifs des non-Juifs.

Et cet universitaire d’alléguer : « Les Juifs sont arrivés au Maroc, en terre d’islam ». Je lui rappelle que les Juifs étaient généralement des autochtones au Maroc, présents bien avant la conquête arabe.

Je me suis étonnée aussi de cette légende d’une photographie sur le ghetto de Varsovie: « Transport des morts par la société juive de pompes funèbres, la Hevra Kadisha. Transport of a body by the Jewish burial society, the Hevrah Kadisha ». J’indique que cette légende risque de laisser penser aux visiteurs, parfois ignorant du judaïsme, que la Hevra Kadisha est une SARL ou une SA, alors que la Hevra Kadisha est une « expression araméenne qui signifie : la sainte assemblée. Elle désigne l’ensemble des personnes, hommes et femmes, qui officient dans la préparation et l’organisation de l’inhumation) »… Pour Rachi, « l’accompagnement au dernier moment de la vie d’un homme se nomme bonté de vérité, parce qu’on ne cherche nulle récompense (de leur part)  ». La Hevra Kadisha  est une mitzva.

Il est pour le moins surprenant que personne, ni le traducteur, ni les commissaires de l’exposition, ni le directeur cet établissement Juif, n’ait relevé ces faits.

Sophie Nagiscarde, l’une des deux commissaires générales, m’a proposé de lui indiquer d’éventuelles autres erreurs pour les faire rectifier. Comment ses recherches historiques d’archives photographiques ne l’ont-elle pas amenée aux mellahs marocains au Maroc !?

A l’évidence, mes remarques ont gêné le Mémorial de la Shoah, dont le directeur Jacques Fredj a exprimé l’étonnement. Une autre journaliste a pourtant abondé en mon sens sur l’absence de cartes localisant chaque ghetto en Europe orientale dans chaque espace dédié. Peine perdue. 

Quant à l’absence de toute mention sur les ghettos au Maroc, Jacques Fredj a semblé se dédouaner en évoquant une exposition sur les Juifs de Tunisie - en 2002 - et un colloque vers 2012-2013 sur les Juifs d’Afrique du Nord. Deux manifestations en une dizaine d’années, cela suffirait ?! « Evoquer les mellahs dans cette exposition, mais vous n’y pensez pas ! On nous aurait dit que c’est ridicule de comparer les deux situations. Enfin, les Juifs en Europe ont été astreints aux travaux forcés, envoyés en camps d’extermination », assène Jacques Fredj. Je réplique : « Des Juifs ont été contraints de quitter leurs domicile pour survivre dans des mellahs marocains qui étaient des ghettos. Les Juifs d’Afrique du Nord ont eux aussi été contraints à des travaux épuisants, des dizaines de Juifs de Tunisie ont été déportés. Et le Mémorial de la Shoah a organisé un colloque dressant un parallèle entre la Shoah et le génocide commis contre les Tutsis et les Hutus modérés ». « Mais 800 000 Juifs sont morts dans les ghettos ! », s’insurge Jacques Fredj. Je reconnais le nombre plus élevé de Juifs tués lors de la Shoah sur le continent européens, et je souligne la pertinence d’inclure l’histoire des mellahs marocains dans celle globale des ghettos lors de la Seconde Guerre mondiale, que les Nazis ont occupé la Tunisie, loin du continent européen, neuf mois et non cinq ans, etc.

Un dialogue de sourds.

Cette exposition révèle le faible intérêt, voire l’ignorance ou le mépris pour l’histoire des Juifs ayant vécu dans les protectorats ou départements français d’outre-mer. Il s’ensuit non pas une concurrence des mémoires – l’histoire de ces Juifs est généralement occultée -, mais une histoire tronquée, peu compréhensible car « islamiquement correcte ». Ainsi, le site Internet du musée et mémorial aux Etats-Unis sur l’Holocauste  (USHMM), indique dans une page non actualisée  sur les ghettos : « La plupart des ghettos (situés uniquement en Europe orientale sous occupation allemande)… » Mais l’USHMM relève aussi que des Juifs marocains ont été contraints de quitter les quartiers européens pour se rassembler dans des mellahs (« In Morocco, Jews who had moved into European urban neighborhoods were forced to move back to the traditional Jewish quarters, known as the mellah”).

Ces carences informatives marquent l’échec de ces musées de la Shoah à écrire une histoire générale, précise et exhaustive des Juifs lors de la Seconde Guerre mondiale, et la faiblesse des donateurs qui n’exigent pas que soit retracée cette histoire.

En résulte une conception erronée, car la Shoah, la "Solution finale" voulue par Hitler visait tous les juifs, où qu'ils vivaient.

Le « temps des ghettos »
« L’invasion de la Pologne en septembre 1939, marque le début de la Seconde Guerre mondiale. Dans les territoires annexés à l’Est, l’armée allemande rassemble les habitants juifs dans des ghettos très vite surpeuplés et insalubres ».

Le « temps des ghettos » est « considéré comme la première étape du processus génocidaire de la population juive d’Europe centrale. Ils furent liquidés en 1942-1943 et leur population conduite vers les centres de mise à mort pour y être assassinée ».

Alors que les dirigeants nazis ne divulgaient pas leur processus d’assassinats des Juifs d’Europe, de nombreux documents témoignent des ghettos instaurés par les Nazis. Ces images ont pour auteurs des « photographes dépendant du département du ministère de la Propagande allemande » et sont « souvent mises en scène à dessein de propagande antisémite ». D’autres « ont été prises par des civils juif ou polonais, photographes amateurs ou professionnels ». 

S’est ainsi constitué un « ensemble photographique » divers par ses auteurs. Propriété de collectionnaires privés ou d’archives publiques, cet « apport documentaire exceptionnel pour l’Histoire » permet « de retracer les étapes de la vie dans les ghettos ». 

L’exposition invite à analyser cet ensemble « avec précision et nuance », et « à questionner l’ambiguïté qui parfois présida à leur réalisation… Que sont ces images ? Propagande ? Témoignage ? Dénonciation pour l’Histoire ? Les réponses sont en partie données par le contexte de leur réalisation, les personnalités de leurs auteurs et bien sûr dans la lecture précise des clichés ».

La « création de ghettos pour les Juifs d'Europe orientale n’est pas le résultat d'une politique planifiée à l’avance. Certes, dès la fin des années 1930, certains dirigeants nazis (Heydrich, Göring et Hess) se sont penchés sur la nécessité de séparer totalement les Juifs allemands du reste de la société, mais ces idées ont été immédiatement abandonnées. On pensait alors que l’opinion allemande n'accepterait pas l’idée de ghettos et que, de surcroît, cela serait techniquement irréalisable. Mais après l’invasion de la Pologne en 1939, des centaines de ghettos sont progressivement mis en place pour y concentrer les Juifs du pays et, à partir de 1941, les Juifs des territoires conquis en Union Soviétique ». Avec plus d'un millier de ghettos, majoritairement en Pologne, on peut doute de l'absence de volonté nazie dans l'institution de ces ghettos.

Les buts des Allemands édifiant des ghettos : « rompre tous liens sociaux entre les Juifs et les autres populations, limiter leurs lieux d'habitation, leur liberté de circulation et surtout, les isoler de leur environnement extérieur. Les ghettos constituent aussi un dispositif administratif qui permet de centraliser le recrutement des Juifs pour le travail forcé ».

Les « premières instructions transmises aux autorités d'occupation en Pologne visent à regrouper les Juifs dans des quartiers spéciaux ; il s’agit en règle générale des quartiers dans lesquels ils résident déjà. Les besoins spécifiques des autorités d'occupation et certaines nécessités locales entraînent par ailleurs la mise en place progressive de ghettos isolés dans différentes villes. De nombreux ghettos sont clos et entourés d’un mur d’enceinte. D'autres sont ouverts jusqu'à la proclamation du couvre-feu. Certains ghettos connaissent la famine, les maladies, et la mortalité élevée ; dans d'autres, la vie quotidienne se déroule de façon plus décente ». Où ?

Le « ghetto devient un cadre de vie forcé où les victimes sont innombrables du fait de la politique nazie, mais il est aussi un cadre de vie dynamique, au sein duquel les Juifs luttent pour leur existence et pour la conservation de leur culture, jusqu'à l'évacuation des ghettos vers les camps d’extermination, à partir du printemps 1942 ». Certes, artistes Juifs des ghettos se sont efforcés de poursuivre leurs créations, le pédagogue Janus Korczak a veillé sur les enfants dont il avait la charge... Mais un « cadre de vie dynamique » !? Une expression pour le moins maladroite. Le Mémorial de la Shoah a-t-il relu son dossier de presse ?

« Parmi les fonds présentés, les photographies couleur ou noir et blanc des allemands Max Kirnberger, Willy Georg ou Heinrich Jöst, des photographes juifs Henryk Ross, Mendel Grossman ou George Kaddish. À travers une approche analytique et historique des photographies, il s’agit de retracer l’histoire de ce que furent l’enfermement et la mort lente de plusieurs centaines de milliers de Juifs dans les ghettos de 1939 à 1944. L’exposition s’articule autour de cinq thématiques : les photographes juifs dans les ghettos, les photographes de propagande nazie, révéler le Juif, le ghetto dans l’objectif nazi, les soldats allemands : photographes amateurs et l’authenticité des images ».


Jusqu’au 2 novembre 2014
Au Mémorial de la Shoah
17, rue Geoffroy–l’Asnier 75004 Paris
Tél. : 01 42 77 44 72
Tous les jours sauf le samedi, de 10 h à 18 h, et le jeudi jusqu’à 22 h

Visuels :
Affiche
Hans Bibow, chef de l'administration allemande du ghetto (à gauche) et un Juif interné dans le ghetto. Ghetto de Lodz ca. 1940-1944.
Photo : Walter Genewein.
© Musée Juif de Francfort.

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Les textes du dossier de presse d'où sont extraits ces textes de l’exposition sont rédigés par Daniel Blatman, Johann Chapoutot, Judith Cohen, et Daniel Uziel.

mercredi 24 septembre 2014

« Dans tes yeux. La Pologne », de Ludo Tourte


Arte diffusera le 24 septembre 2014 à 10 h 55 dans la série « Dans tes yeux », le numéro consacré à la Pologne réalisé par Ludo Tourte. Au programme du séjour de Sophie Massieur, journaliste aveugle de naissance, accompagnée de son chien, la région de Cracovie : Kazimiertz, quartier juif de la ville, la mine de sel de Wieliczka et Nowa Huta, ville à l’urbanisme stalinien.


À Cracovie, ancienne capitale de la Pologne, située au bord de la Vistule, centre universitaire depuis 1364, Sophie Massieur se balade dans cette “cité des légendes” dominée par le château royal de Wawel.

Elle se rend en calèche dans le quartier juif de la ville qui abrite plusieurs synagogues, un centre communautaire ainsi qu’un petit cimetière. Elle rencontre Magda, une des rares chanteuses yiddish interprétant des chansons d'avant-guerre. C'est dans ce quartier que Steven Spielberg a réalisé certaines scènes de La Liste de Schindler. Un quartier animé notamment lors du Festival de culture juive fondé en 1988 par Janusz Makuch et Krzysztof Gierat, producteur de films et exploitant de salles de cinéma. Des manifestations publiques, dont un grand concert, composent la programmation de ce célèbre festival. A noter que le Festival des cultures juives organisé par le FSJU (Fonds social Juif unifié) à Paris se déploie uniquement dans des lieux fermés...

Sophie Massieur rencontre Lucas, un des six pompiers qui, à tour de rôle, toutes les heures du jour et de la nuit, interprètent, en se tournant successivement vers les quatre points cardinaux, le Hejnał, mélodie traditionnelle polonaise interprétée inachevée par un trompettiste du haut de la tour la plus élevée de la Basilique Sainte-Marie de Cracovie en souvenir du garde. Celui-ci en 1241, en soufflant dans son buccin, a alerté les habitants de la ville de l'attaque de la ville par les Mongols. Une flèche ennemie l'a tué, et a interrompu l'air interprété.

Sophie Massieur descend dans la mine de sel de Wieliczka, située à quelques kilomètres de Cracovie et transformée en quasi-musée. Elle est guidée par Tadeusz, mineur depuis trente ans, qui lui fait découvrir un lac salé, le sanatorium, et le  trésor édifié par des mineurs : une cathédrale “entièrement en sel à 130 mètres sous terre” haute de plus de dix mètres et décorée de sculptures. Les Mines royales de sel de Wieliczka et Bochnia et le Centre historique de Kraków sont deux des quatorze sites polonais inscrits sur la Liste du Patrimoine mondial de l'UNESCO.

A Nowa Huta (Nouvelle fonderie, en polonais), cité modèle et nouvelle érigée dans les années 1950 et intégrée à Cracovie, la journaliste se plonge dans l’ère stalinienne et apprend sur le plan de reconstruction fondé sur l'opposition avec l'urbanisme et l'architecture traditionnelle. Un tourisme original à bord d'une voiture en plastique soixantenaire et bruyante... Sophie Massieur grimpe sur un char ayant réprimé le printemps des peuples à Prague, visite un appartement-musée tapissé de portraits du pape et de Lénine, ainsi que d'un drapeau de Solidarność.


« Dans tes yeux. Pologne », réalisé par Ludo Tourte
27 minutes
Diffusion sur Arte le 24 septembre 2014 à 10 h 55

Visuels : © DR



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Les citations proviennent du communiqué d'Arte.


mardi 23 septembre 2014

« Hitler et ses rançonneurs - Quand les nazis échangeaient leurs Juifs » de Caroline Schmidt, Stefan Aust et Thomas Ammann


Arte rediffusera  les 23 et 29 septembre 2014 « Hitler et ses rançonneurs - Quand les nazis échangeaient leurs Juifs » (« Hitlers Menschenhändler, Juden als Austauschware »), documentaire allemand de Caroline Schmidt, Stefan Aust et Thomas Ammann - ces deux derniers sont auteurs du livre Hitlers Menschenhändler: Das Schicksal der "Austauschjuden" (Rotbuch, 2013). L’histoire méconnue de 7 000 « Juifs d’échange », otages au camp de Bergen Belsen que les Nazis ont échangés contre des armes ou de l’argent.

  
C’est un pan ignoré ou méconnu de l’histoire de la Shoah, de « la Solution finale de la question juive » auquel est consacré ce documentaire intéressant de Caroline Schmidt, Stefan Aust et Thomas Ammann. De celui-ci, Arte avait diffusé « Les otages d’Entebbe - Le combat d’Israël contre le terrorisme ».

Les « Juifs d’échange »
Pour les Nazis, certains Juifs avaient une valeur marchande. Avec l’accord d’Hitler, Himmler, chef des SS, a organisé dès 1943 ce « commerce » juteux et secret dont on trouve la trace dans les archives du ministère allemand des Affaires étrangères : échanger des Juifs d’Allemagne ayant un « bon passeport » américain ou britannique, contre des ressortissants allemands à l’étranger.

« Juifs d'échange" : c'est ainsi que les nazis désignaient les prisonniers juifs qui, par leur valeur marchande, leur étaient plus utiles vivants que morts.

Ces détenus Juifs sont regroupés au camp de Bergen-Belsen, dans le canton de Celle, au Nord de l’Allemagne. Un camp libéré par les soldats britanniques le 15 avril 1945 qui y découvrent la famine et les épidémies, et brûlent les baraquements. Sur les 120 000 prisonniers de ce camp, 14 000 devaient faire parties de cette « machination mercantile ».

Après l’invasion de la Hongrie par la Wehrmacht en 1944, Rudölf Kastner et son assistant Joel Brand, tous deux Juifs, mènent les transactions avec les nazis.

« Kastner était un homme très ambigu. Il était arrogant, ambitieux, vaniteux. Mais il était aussi très courageux. Il fallait sans doute toutes ces qualités pour négocier avec Eichmann », indique Ladislaus Löb, adolescent « Juif d’échange ».

A Budapest, Adolf Eichmann est l’ordonnateur de la déportation en quelques mois des Juifs de Hongrie, au nombre total alors d’environ 700 000 vers le camp d'Auschwitz.

En 1966, un film est-allemand de Wolfgang Luderer Lebende Ware reconstitue, en se fondant sur les informations connues lors du procès d’Eichmann à Jérusalem (1961), la rencontre des deux Juifs avec l’exterminateur de leur peuple. Eichmann leur déclare : « L’argent liquide ne m’intéresse pas. Nous avons besoin de matériel de guerre. Voici ma proposition : vous nous livrez 10 000 camions équipés de cinq pneus et je vous remets un million de Juifs à chaque frontière neutre ». Et, pour trouver ce matériel, il les renvoie vers leurs « amis à l’étranger ».

Pourquoi proposer un million de Juifs ? Lors de son procès à Jérusalem (Israël) en 1961, Eichmann répond : « C’était une tactique pour je puisse m’adresser à mes supérieurs sans courir le risque d’être immédiatement renvoyé. Si j’avais opéré par compassion ou par pitié, et parlé de 5 000 ou de 10 000 Juifs, [le général] Mueller ne m’aurait pas écouté. Mais parler d’un million, c’était inattendu et trop important pour que Mueller n’en réfère pas à ses supérieurs  ».

Kastner et Brand sauvent « 1 700 Juifs hongrois qui retrouvent la liberté via Bergen Belsen » contre deux millions de dollars versés aux nazis pour rester en vie.

A l’approche de la défaite du IIIe Reich, l’intérêt des nazis pour ces Juifs « utiles » faiblit.

A noter que des projets d’échanges de Juifs européens ont échoué en raison des pressions du grand mufti de Jérusalem Amin al-Husseini hostile à leur arrivée en Palestine mandataire. Cet important dirigeant arabe palestinien, mentor d'Arafat, est responsable de la mort de « 4 000 enfants orphelins Juifs polonais et de 400 juifs adultes qui furent assassinés à Auschwitz en raison de son opposition en 1942 à leur transfert en Palestine mandataire en échange de prisonniers de guerre allemands pronazis. Il a convaincu des gouvernements hongrois, roumain et bulgare pronazis d’envoyer leurs Juifs vers les camps de la mort plutôt que d’accepter leur immigration en Palestine mandataire » (Chuck Morse, The Nazi Connection to Islamic Terrorism, Adolf Hitler and Haj Amin al-Husseini. iUniverse.com, 2003).


de Caroline Schmidt, Stefan Aust et Thomas Ammann
2011, 52 minutes
Diffusions les :
-  14 septembre 2011 à 21 h 35 et 20 septembre 2011 à 10 h 55 ;
23 septembre à 23 h 20 et 29 septembre 2014 à 9 h 50.


Visuels : © NDR-Agenda Media

Articles sur ce blog concernant :
- Affaire al-Dura/Israël
Chrétiens
Culture
- Il ou elle a dit...
Judaïsme/Juifs
Monde arabe/Islam
- Shoah (Holocaust)


Cet article a été publié le 14 septembre 2011.

lundi 22 septembre 2014

Mariza Jonath, peintre et sculpteur


International Art Gallery (Paris) présente une exposition de peintures abstraites de Mariza Jonath, qui est aussi sculpteur. Des œuvres animées d'amples mouvements, colorées, dynamiques.

Ex-chargée du contrôle qualité dans un laboratoire pharmaceutique, Mariza Jonath s’oriente en 1995 vers les arts en autodidacte. Elle apprend la peinture dans les ateliers Beaux-arts de Paris, et se forme à la sculpture dans divers ateliers.

En 2002 et 2004, elle montrait ses œuvres dans une exposition collective au Viaduc des Arts avec André Chemla, créateur de céramiques Iznik, gloire des palais ottomans, et la sculpteur Myriam Franck. Souvent oriental, le style des peintures de Mariza Jonath était figuratif avec des tempera aux couleurs végétales, ou doté de forts reliefs de matières.

Un Orient aux couleurs franches, chaudes et densifiées de reliefs : sable, écorce, etc. Elle privilégie des pigments naturels - safran, rose de racines de garance, marron de coques de noix et indigo - diffusant une énergie spéciale. Aquarelles en marron, bleu et blanc, couronnées d’or pour La Zeina (belle, chérie), ses peintures transparentes sur toile portraiturent aussi des couples unis (Corps accord). Dans La Porte de la Mémoire, la photo en noir et blanc d’une Sépharade est travaillée avec un glacis pour l’intégrer dans un tableau à la matière façonnée en pierres ocres d’édifice. Comme le mirage dans un désert à la lumière éblouissante...

Mariza Jonath  exprimait des sentiments, telle la tendresse, par des mains sculptées (« Confidence », « Caresse »).


Jusqu’au 22 septembre 2014
78 avenue de Suffren - 75015 PARIS
Accès direct au 15 rue Alasseur
Tél. : 01 42 19 96 42
De 14 h 30 à 19 h

Visuels :
Aurore boréale
 100 x 100

Les mains
Cet article avait été publié par Actualité juive.