Citations

« Le goût de la vérité n’empêche pas la prise de parti. » (Albert Camus)
« La lucidité est la blessure la plus rapprochée du Soleil. » (René Char).
« Il faut commencer par le commencement, et le commencement de tout est le courage. » (Vladimir Jankélévitch)
« Notre métier n’est pas de faire plaisir, non plus de faire du tort. Il est de porter la plume dans la plaie. » (Albert Londres)
« Le plus difficile n'est pas de dire ce que l'on voit, mais d'accepter de voir ce que l'on voit. » (Charles Péguy)

lundi 26 décembre 2016

Benjamin Katz


Le Musée d’Art moderne de la Ville de Paris propose une exposition réunissant 70 photographies  de Benjamin Katz, galeriste puis depuis les années 1970 photographe d’artistes contemporains, tels Keith Haring et Dennis Hopper. Une sélection parmi plus de 200 photographies qui ont enrichi récemment les collections du Musée d’Art moderne grâce à la générosité de la Société des Amis du musée.


Dans le cadre de Paris Photo et d’une acquisition récente d’œuvres du photographe Benjamin Katz, le Musée d’Art moderne de la Ville de Paris présente une rétrospective, dont la commissaire est Emmanuelle de l’Ecotais, rendant hommage à ce photographe belge qui vit à Cologne (Allemagne).

Ces photographies constituent « un ensemble représentatif et un témoignage unique de la vie artistique des années 1970 à nos jours : avec notamment des séries importantes sur des artistes de la collection, comme Eugène Leroy, Georg Baselitz ou Niele Toroni ou des portraits isolés comme ceux de Josef Beuys, Andy Warhol ou d’André Kertész que Benjamin Katz considérait comme un modèle ».

Curieusement, le communiqué de presse de l'exposition omet d'indiquer la judéité de Benjamin Katz.

Témoin d’artistes
Benjamin Katz est né à Anvers (Belgique) en 1939, dans une famille de Juifs berlinois ayant fui l’Allemagne nazie.

Benjamin Katz est élevé dans son pays natal.

Pendant la Deuxième Guerre mondiale, son père est mort dans un camp en France.

En 1956, sa mère et lui se rendent à Berlin. Là, Benjamin Katz entre à l’Académie des Beaux-arts.

En 1963, quatre ans après le décès de sa mère, il crée avec Michael Werner la Galerie Werner & Katz qu’il dirige jusqu’en 1969. La galerie est inaugurée par une exposition de peintures et de dessins de Georg Baselitz. Scandale ! Jugés immoraux, deux tableaux de cet artistes sont saisis par la justice.

Les associés se séparent, et Benjamin Katz continue son activité de galeriste et de commissaire d'expositions pour divers musées.

Il se fixe à Cologne en 1972, puis dès 1976, il photographie « ses amis à l’aide d’un simple boîtier n’exigeant aucune connaissance technique particulière ».

« Progressivement, il photographiera avec un Reflex toute la scène artistique rhénane, notamment les ateliers de Georg Baselitz, Jörg Immendorff, Markus Lüpertz, A.R Penck ou Gerhard Richter ».

« Procédant avec discrétion, sans flash ni mise en scène particulière, il nous donne ainsi accès aux coulisses de la création ».

« Avec patience et bienveillance, en prenant le temps et le soin de disparaître dans l’espace intime des artistes, Benjamin Katz enregistre les gestes dansants de Penck devant sa toile, ou Baselitz  armé de sa tronçonneuse partant à l’assaut d’une immense sculpture ».

« Certaines images sont empreintes d’humour, comme celle où Sigmar Polke cherche dans une poubelle les matériaux pour une éventuelle et future composition ».

Benjamin Katz est « non seulement un témoin considérable de la scène artistique internationale de ces quarante dernières années, il est aussi un grand photographe qui a su se rapprocher des plus grands artistes sans rien perdre de son sens de l’instantané, de la composition et de la lumière ».

La première exposition de ce portraitiste remonte à 1985, à Cologne.

Benjamin Katz a aussi enseigné la photographie en 2006-2008 à Düsseldorf.

D’une production abondante, le Musée d’Art moderne a sélectionné quelques dizaines de photographies en noir et blanc d’artistes tels Georg Baselitz, Keith Haring, James Lee Byars, A.R. Penck et Sigmar Polke. Des artistes au travail, dans l’environnement familier de l’atelier - Eugène Leroy dans son atelier à Wasquehal, Gerhard Richter dans son atelier en train de réaliser "Die Kerze“ (La bougie) en 1983 -, saisis dans leur travail d’affrontement de la matière – Baselitz sculptant le bois -, ou s'amusant avec l'oeuvre d'un autre artiste, tels A. R. Penck et James Lee Byars tenant la main d'une sculpture de Baselitz exposée à la Galerie Michael Werner, à Cologne, en 1983. Ce qui révèle la confiance qu’il a su inspirer à ces artistes ayant accepté d’être photographiés dans l’intimité de la création, la discrétion dont il a su faire preuve pour ne pas les gêner et la complicité pour qu'ils se prêtent à des mises en scènes.


Du 30 septembre au 31 décembre 2016
11, avenue du Président Wilson. 75116 Paris
Tél. : +33 (0)1 53 67 40 00

Visuels :
Couverture du livre Souvenirs
Josef Beuys à la galerie Heinz Holtmann,
Cologne, 31.10.1980
23,8 x 30,3 cm
© ADAGP, Paris 2016

Denis Hopper devant une peinture de Roy Lichtenstein « M-maybe » (1965),
Musée Ludwig, Cologne, 28.03.1992
17, 6 x 12,5 cm
© ADAGP, Paris 2016

Gerhard Richter dans son atelier en train de réaliser "Die Kerze“ (La bougie),
Cologne, 1983
40,4 x 30,5 cm
© ADAGP, Paris 2016

Les citations sont extraites du communiqué de presse.

« Tu choisiras le rire… » de Moïse Rahmani


Republié en 2012 dans une édition revue et augmentée, « Tu choisiras le rire… » de Moïse Rahmani, livre de détente, constitue un dérivatif en ces temps de crise. Un florilège d'histoires drôles que l'on parcourt avec plaisir. En complément de la pièce "Pour en finir avec la question juive" de Jean-Claude Grumberg, le Théâtre Le Public à Bruxelles accueille, du 8 novembre au 31 décembre 2016, l'exposition "L’Humour Juif" qui présente une partie de la collection du Musée Juif de Belgique.


Anecdotes, proverbes, superstitions et traditions juives sont classés par thèmes – religion, mères juives, antisémitisme, affaires -, et sont puisés dans les patrimoines judéo-espagnols, yiddish et judéo-arabe. Son auteur, Moïse Rahmani, est nourri de deux de ces cultures, et a écrit de nombreux livres dont Juifs du Congo, la confiance et l’espoir.

Jouant sur des stéréotypes, les blagues sont inégales, et suscitent souvent le sourire. Un exemple : « Dieu ne pouvait pas être partout, alors il a créé la mère » (dicton judéo-alsacien).

Préfacé par le journaliste Alain Vincenot et doté d’un lexique, ce livre est illustré de dessins de Richard Kennisgman.

L'humour juif
En complément de la pièce "Pour en finir avec la question juive" de Jean-Claude Grumberg, le Théâtre Le Public à Bruxelles accueille, du 8 novembre au 31 décembre 2016, l'exposition "L’Humour Juif" qui présente une partie de la collection du Musée Juif de Belgique.

"L’humour juif ? Tout le monde le connaît, peut-être sans le savoir. De Woody Allen à Rabbi Jacob en passant par "La vérité si je mens", Groucho Marx et Elie Kakou, l’humour juif, c’est d’abord rire de soi, rire de sa religion, tourner en dérision les quolibets antisémites. Rencontrez la mère juive, le shlimazel (malchanceux), les rabbins friands de démonstrations absurdes, la jeune juive désespérément en quête d’un mari, le Juif dur en affaires et bien d’autres figures comiques qui nous sont familières à tous. L’humour juif, c’est rire à gorge déployée de l’absurdité de la vie pour vivre de plus belle".


Moïse Rahmani, Tu choisiras le rire…. Editions Pascal, 2008. 2e édition revue et augmentée, Institut sépharade européen, 2012. 255 pages. ISBN : 2350190560  15 euros.

Articles sur ce blog concernant :

Cet article avait été commandé, mais non publié, par L'Arche.
Cet article a été publié sur ce blog le 1er septembre 2012 à l'approche de la Journée européenne de la culture et du patrimoine Juifs consacrée ce 2 septembre 2012 à l'humour Juif, puis le :
- 23 septembre 2015 ;
- 3 septembre 2016. Arte diffusa l'émission Qu'est-ce qui fait rire les Européens ? sans mentionner l'humour Juif. Lors de la Journée Européenne de la Culture Juive, le 4 septembre 2016, lCentre culturel israélite d'Antibes évoquera l'humour juif et la chanson.

dimanche 11 décembre 2016

Quelle est la différence entre le bien et le mal ?


Dans le cadre de l’émission dominicale Philosophie sur Arte, Raphaël Enthoven explora, avec Laurence Hansen-Love le bien et le mal, « les deux pôles symétriques qui bornent notre morale ». Ces deux philosophes ont évoqué notamment Vladimir Jankélévitch (1903-1985). Le Théâtre du Lucernaire présente Vladimir Jankélévitch. La vie est une géniale improvisation, dans une mise en scène de Bruno Abraham-Kremer et Corine Juresco, avec Bruno Abraham-Kremer.

Quelle est la différence entre le bien et le mal ?

Crime et châtiment

« Une conscience morale sensible ». C’est ainsi que Laurence Hansen-Love , professeure de philosophie, définit Vladimir Jankélévitch (1903-1985), philosophe et musicologue français né dans une famille d’intellectuels Juifs originaires de l’empire russe tsariste : son père Samuel figure parmi les premiers traducteurs d’œuvres de Sigmund Freud, de Hegel et Schelling. Élève brillant, normalien, premier à l’agrégation de philosophie en 1926, Vladimir Jankélévitch choisit dès janvier 1940 la clandestinité à Toulouse et s’engage dans la résistance. A la Libération, il enseigne à la Faculté de Lille, puis à la Sorbonne. Sa pensée morale s’exprime dans ses ouvrages majeurs Le Traité des vertus, Le je-ne-sais-quoi et le presque-rien, et La Mort. Et elle invite à développer une pensée personnelle, critique. Ainsi, lors d’un numéro d’Apostrophes en 1980, Vladimir Jankélévitch racontait entendre les étudiants, lors d’examens oraux, lui citer les positions de tel ou tel philosophe par exemple sur la mort. Et Vladimir Jankélévitch les interrogeait : « Et Monsieur X, qu’est-ce qu’il en pense de la mort ? Il n’est pas concerné par la mort ? »

Selon Vladimir Jankélévitch , « on ne fait jamais assez de bien, mais toujours le mal une fois de trop. Ne faut-il pas plutôt penser que le bien et le mal sont les deux pôles, les deux points de repères qui nous permettent de situer nos actions ? » « Le sommeil du Juste, c’est l’insomnie », déclarait Romain Gary cité par l’animateur de l’émission.

Raphaël Enthoven et Laurence Hansen-Love, exploraient « les deux pôles symétriques qui bornent notre morale ». Ils évoquèrent la Genèse, le jardin d'Eden...

Avec l’olivier, le grenadier et la vigne, le figuier est un des arbres bibliques. Pour certains sages du Talmud, la figue est le « fruit défendu  » de la Bible hébraïque. « De l’arbre de la connaissance du bien et du mal, tu n’en mangeras pas. Car du jour où tu en mangeras, sûrement tu mourras » (Genèse 2, 17), avait intimé Dieu. La source de cette interprétation ? Un autre verset (3, 7) de la Genèse : après avoir goûté le fruit défendu, Adam et Ève, nus, « se cousent des tuniques avec des feuilles de figuier » pour couvrir leurs corps. Interprétant des versets différents, d’autres sages du Talmud privilégient soit la vigne soit le blé comme « fruit défendu ». Alors pourquoi l’iconographie représente-t-elle traditionnellement ce « fruit défendu » par une pomme ? Rabbin du Mouvement Juif libéral de France (MJLF), Delphine Horvilleur précise que la Vulgate, traduction en latin de la Bible à la fin du IVe siècle, a traduit cet arbre en « lignum scientiae boni et mali ». Or, mali a un double sens : mal et pomme.

"Ce qui est interdit c'est la connaissance qui ne semble pas compatible avec la religion", considère Laurence Hansen-Love qui estime "extrême la punition pour avoir croqué un fruit. Le mal n'existe pas en réalité, mais comme jugement que l'on porte". Une "sortie du Paradis nécessaire pour devenir humains" ou "place l'Homme en situation de responsabilité".

Le génocide programmé des Arméniens pose "la question du caractère absolu du mal. Le mal absolu n'a aucune excuse. Son danger n'est-il pas de risquer de nous priver de réfléchir à son sujet ?"

La racine du mal ? Le mal n'est-il pas accru par la bonne conscience de celui qui l'a commis ? Ces questions et d'autres alimentaient la conversation philosophique parcourue par des citations de Saint-Augustin, Rousseau, la comtesse de Ségur et Rémi Brague.

Le Théâtre du Lucernaire présente Vladimir Jankélévitch. La vie est une géniale improvisation, dans une mise en scène de Bruno Abraham-Kremer et Corine Juresco, avec Bruno Abraham-Kremer.

« On peut, après tout, vivre sans je-ne-sais-quoi, comme on peut vivre sans philosophie, sans musique, sans joie et sans amour. Mais pas si bien... Seul compte l’exemple que le philosophe donne par sa vie et dans ses actes », a constaté Vladimir Jankélévitch.

"Ils ont 20 ans en 1923 et sont élèves à Normale Sup, lorsque débute cet échange de lettres qui durera 60 ans : depuis leurs premières " disputes " philosophiques, en passant par la rencontre avec Bergson, la montée du fascisme, la guerre, la libération, mai 68, les premiers ordinateurs... ses réflexions sur le pardon et les crimes imprescriptibles de la Shoah. Une traversée du XXème siècle, éclairée par un esprit libre, visionnaire, et plein d’humour. "Seul compte l'exemple que le philosophe donne par sa vie et dans ses actes." Oui, Jankélévitch, était bien ce grand philosophe, musicien, professeur de Morale, recherchant "l'accord parfait" entre ses idées et ses actes. Plus que jamais, il nous aide à vivre".

"Écouter la correspondance de « Janké », comme l’appelaient ses élèves, c’est plonger dans l’intimité d’un grand penseur, traverser à ses côtés tout le XXe siècle, avec ses ombres et ses lumières, en partageant son amitié épistolaire avec Louis Beauduc. Ils ont 20 ans en 1923, et sont élèves à Normale Sup, lorsque débute cet échange de lettres qui durera 60 ans. Toute une vie en lettres, depuis ses premiers élans philosophiques, jusqu’à la puissance de sa maturité, avec pour ultime preuve de sa liberté d’esprit le retournement qu’il opère à 77 ans : Lui qui plaçait plus haut que tout la culture allemande, mais qui avait rompu avec l’Allemagne après la seconde guerre mondiale et les crimes de la Shoah, inaugure une « ère nouvelle » en répondant à la lettre d’un jeune professeur allemand, qu’il invitera chez lui. « Seul compte l’exemple que le philosophe donne par sa vie et dans ses actes. » Oui, Jankélévitch, philosophe, musicien, professeur de Morale, recherchait « l’accord parfait » entre ses idées et ses actes. Plus que jamais, il nous aide à vivre. Il est urgent de continuer à l’écouter", ont expliqué Bruno Abraham-Kremer et Corine Juresco.

"Avec Vladimir Jankélévitch, je retrouve ce que j’aime passionnément dans l’être humain, une adéquation parfaite entre les idées et les actes, une pensée en mouvement, une vitalité, un humour, une liberté de penser le monde sans préjugés, refusant toutes les chapelles intellectuelles de son temps. Un appel à notre intelligence, une invitation à devenir « l’acteur » de notre vie, à ne jamais désespérer de l’homme", a déclaré Bruno Abraham-Kremer.

Vladimir Jankélévitch, Auteur 

1903 Naissance à Bourges de parents juifs russes. Son père fut le premier traducteur en français de Freud. 
1922-26 E.N.S A l’agrégation de Philo, il est reçu premier, Beauduc deuxième.
1931 Henri Bergson, Paris Alcan, préfacé par Bergson lui-même.
1927-39 Il enseigne à Prague, en khâgne à Lyon et dans les facs de Toulouse et de Lille.
1936 L’Ironie, Paris, Alcan.
1938 Premier livre sur la musique : Gabriel Fauré et ses mélodies, Paris, Plon.
1939-45 Mobilisé, puis blessé, il est révoqué de l’université, comme « non-Français à titre originaire », par le régime de Vichy. Il entre dans la clandestinité et la Résistance à Toulouse où il s’est réfugié avec sa famille.
1942 Le mensonge et Le Nocturne, Lyon, Confluences. Publiés grâce à d’anciens étudiants de Lyon. Après la guerre, il affirme sa volonté de rompre avec la langue et la culture allemande.
1947 Mariage à Alger ; sa fille Sophie naîtra en 1953.
1949 Le Traité des Vertus, Paris, Bordas.
1951-1978 Titulaire de la Chaire de Philosophie morale à la Sorbonne. Il se consacre tout entier à la Philosophie (écrits et enseignement), et à la Musique (musicologue et musicien).
1954 Philosophie première : introduction à une philosophie du « presque », Paris, PUF.
1957 Le Je-ne-sais-quoi et le presque-rien, Paris, PUF.
1960 Le Pur et l’Impur, Paris, Flammarion.
1965 L’imprescriptible dans le journal Le Monde. Texte où il se veut garant de la mémoire de ceux qui ont été exterminés et ne sont plus là pour se défendre.
1966 La Mort, Paris, Flammarion.
1967 Le Pardon, Paris, Flammarion.
1974 L’Irréversible et la nostalgie, Paris, Flammarion.
1985 Vladimir Jankélévitch meurt à l’âge de 82 ans.
     
Quelle est la différence entre le bien et le mal ?  (Was ist der Unterschied zwischen Gut und Böse? )
Réalisation de Philippe Truffault
2016, 27 min
Sur Arte les 17 janvier à 12 h 30 et 18 janvier 2016 à 4 h 15

A lire sur ce blog :
Articles in English
Les citations sont d'Arte. Cet article a été publié le 16 janvier 2016.

samedi 10 décembre 2016

« Les demoiselles du swing », de Maurizio Zaccaro

Arte diffusa « Les demoiselles du swing  » (Le ragazze dello swing), film  en deux parties  de Maurizio Zaccaro (2010), les 17 et 23 décembre 2013. L’histoire romancée du trio Lescano composé de trois sœurs Juives néerlandaises - Alexandra (1910-1987), Judith (1913-2007) et Catharina (Kitty) Leschan dite Lescano (1919-1965). Un groupe vocal pratiquant la close harmony, association sophistiquée et virtuose d’harmonies de swing et jazz -, et à la carrière fulgurante dans l’Italie fasciste du duce Benito Mussolini. Le 11 décembre 2016 à 14 h 30, à l’occasion de la parution de « L’Italie et la Shoah. Le fascisme et les Juifs, les Italiens et la persécution antijuive » (n° 204 Revue d’histoire de la Shoah, mars 2016), le Mémorial de la Shoah propose la conférence L’Italie et la Shoah animée par Georges Bensoussan, responsable éditorial, Mémorial de la Shoah, en présence de Laura Fontana, correspondante pour l’Italie du Mémorial de la Shoah et codirectrice du numéro de la RHS sur l’Italie, Fanny Levin Gallina, historienne, et Ilaria Pavan, historienne, Scuola Normale Superiore de Pisa. "L’histoire de la Shoah en Italie semble encore marginale. À tort, car elle met en lumière, entre autres, le réseau des camps d’internement créés par le Duce, la coopération avec l’occupant allemand dans la mise en place de la Solution finale, les rapports complexes entre les Juifs italiens et le fascisme, comme l’attitude de la société italienne face à leur déportation". Cet "événement étant complet à l’auditorium, les places restantes sont en salle de retransmission".



Autant de chansons  interprétées par le Trio Lescano  qui de 1936 à 1943 a créé en Italie une révolution musicale en important le swing américain interdit par le régime fasciste de Mussolini.

Le trio Lescano a pratiqué la close harmony, technique restrictive, mais sophistiquée, de chant dans lequel toutes les voix, sauf la basse, demeurent dans une seule octave - chaque chanteur peut utiliser une octave différente. La close harmony a été utilisée par des groupes célèbres : quatuors Barbershop, les Andrews Sisters, Simon et Garfunkel et les Beach Boys.

Bach, George Gershwin et Glenn Miller dans Moonlight Serenade ont eu recours à la close harmony instrumentale, "arrangement des notes d'un accord sur un intervalle réduit".

« Les trois grâces du microphone »
Composé de trois sœurs néerlandaises Juives - Alexandra (1910-1987), Judith (1913-2007) et Catharina (Kitty) Leschan (1919-1965) -, le trio Lescano a connu un succès fulgurant, avant de retomber dans l'oubli dans les années 1950.

Ces trois artistes sont nées d’Alexander Leschan, contorsionniste hongrois né en 1877 à Budapest, et d’Eva de Leeuwe, chanteuse d’opéra néerlandaise Juive née à Amsterdam en 1892 et dont le père David de Leeuwe était violoniste. Elles grandissent aux Pays-Bas, où deux d’entre elles forment un ballet acrobatique dénommé The Sunday Sisters avant de créer un trio vocal avec la benjamine.

Arrivées en Italie vers 1935, elles sont découvertes dans un cirque près de Vérone par le chef d’orchestre, pianiste et compositeur Carlo Prato (1909-1949). Elles italianisent leurs prénoms et noms en Alessandra, Giuditta et Caterinetta (Caterina) Lescano, et créent le trio vocal des soeurs Lescano  (Trio Vocale Sorelle Lescano).

Sous la direction de Carlo Prato qui est aussi directeur artistique de la radio EIAR (Ente Italiano per le Audizioni Radiofoniche), elles signent un contrat avec la firme discographique Parlophon. Enregistré avec l’orchestre de l’EIAR, leur premier disque  Guarany Guaranà sort le 22 février 1936.

Le trio Lescano devient populaire et célèbre, et est invité lors de l’inauguration de la future télévision italienne. En 1940, il joue aussi dans un numéro musical intégré dans le film de Giacomo Gentilomo Ecco la radio !

En 1942, le trio Lescano acquiert la nationalité italienne et est surnommé “les soeurs qui ont matérialisé le mystère de la trinité divine”.

En 1943, les trois sœurs Lescano sont arrêtées par la milice après un spectacle à Gênes, emprisonnées, interdites de programmation par toutes les radios, et soupçonnées d’espionnage : leurs chansons auraient contenu des messages codés destinés aux Alliés. En 1985, Alexandra a déclaré lors d’une interview que le trio aurait été dénoncé par les sœurs Codevilla du trio Capinere, qui auraient été jalouses de leur succès, et que les sœurs Lescano avaient été contraintes, en raison de leur connaissance de la langue allemande, de faire les interprètes lors des interrogatoires des partisans emprisonnés. Cependant, Virgilio Zanolla a affirmé, au terme de ses recherches, que le trio Lescano  s’est produit après la date présumée de leur arrestation, et a expliqué qu’Alexandra a pu transformer une convocation au commissariat de police en arrestation par son souhait de ne pas paraitre s’être compromise avec le régime fasciste.

Le 1er septembre 1945, le trio Lescano  fait ses adieux à son public italien à la radio.

Deux ans plus tard, deux des trois sœurs s’installent en Amérique du Sud où elles poursuivent leur carrière artistique - Kitty est remplacée par Maria Bria – jusqu’au milieu des années 1950. A la dissolution du trio, les interprètes exercent d’autres métiers.

En 2008, un documentaire  intitulé Tulip Time: The Rise and Fall of the Trio Lescano  a évoqué l’histoire de ce trio vocal. Il a été présenté pour la première fois au festival du film juif à San Francisco le 30 juillet 2008.

« Les demoiselles du swing  » (Le ragazze dello swing), minisérie télévisée italienne de Maurizio Zaccaro, est inspirée librement de Le regine dell swing. Il Trio Lescano: una storia fra cronaca e costume, livre du journaliste Gabriele Eschenazi  (Einaudi, 2010), auteur aussi de Ebrei invisibili (Mondadori, 1995 et 2004).

Résumé de l'intrigue brodée sur une histoire qui méritait un meilleur traitement : « Turin, 1935. Respectivement employées à la plonge et au vestiaire dans un restaurant en vogue de la ville, deux jeunes sœurs d’origine néerlandaise, Alexandra et Judith Leschan, rêvent de music-hall et courent les auditions. Engagées dans une modeste troupe dirigée par Gennaro Fiore, elles sont remarquées par imprésario Canapa qui, surfant sur la mode du swing qui fait rage aux États-Unis, pressent le potentiel de ce trio – une troisième sœur, Kitty, a quitté les Pays-Bas avec leur mère pour les rejoindre – et décide de lancer les trois ravissantes jeunes femmes sous le nom de Trio Lescano. Le succès est tel que le pouvoir fasciste s’intéresse vite à elles… Remarquées par Mussolini et ses sbires, les sœurs acceptent finalement de participer à un grand concert en l’honneur des dirigeants fascistes. Mais en 1938, alors que les lois antijuives sont promulguées, on découvre qu'elles sont juives. Grâce à leur popularité et à leurs appuis dans le gouvernement, les sœurs tentent de poursuivre leur carrière tant bien que mal quand la guerre est déclarée et que la chasse aux juifs commence. Amoureuse d’un pianiste juif, Funaro, Alexandra tente en vain de sauver son amant en se donnant à Parisi, un dignitaire fasciste. Soupçonnées un temps d’espionnage pour le compte des Alliés, les sœurs sont relâchées et, grâce au fidèle Gennaro elles parviennent à trouver refuge avec leur mère dans la montagne…  »
  

  « Les demoiselles du swing », de Maurizio Zaccaro
Italie, 2010
Sur Arte :
1ère partie  (107 minutes) : les 17 décembre à 20 h 50 et 23 décembre 2013 à 0 h 35
2e partie  (105 minutes) : les 17 décembre à 22 h 35 et 23 décembre 2013 à 02 h 20
Scénario : Maurizio Zaccaro, Laura Ippoliti
Avec : Andrea Osvart (Alexandra Leschan), Lotte Verbeek (Judith Leschan), Elise Schaap (Kitty Leschan), Giuseppe Battiston (Pier Maria Canapa Canapone), Sylvia Kristel (Eva de Leeuw), Gianni Ferreri (Gennaro Fiore), Sergio Assisi (Ernesto Parisi), Maurizio Marchetti (Mario Ferrante), Marina Massironi (Aldina)
Image : Fabio Olmi
Costumes : Simonetta Leoncini
Montage : Babak Karimi ~ Musique : Teho Teardo ~ Production : RAI Fiction

« Le mystère Atlit Yam. 10 000 ans sous les mers » de Jean Bergeron


Arte rediffusera les 9 et 20 décembre 2016 « Le mystère Atlit Yam. 10 000 ans sous les mers », documentaire  de Jean Bergeron (2012). L’histoire de la découverte par des archéologues sous-marins d’une cité datant de l’âge de pierre – de -6900 à -6300 ans avant l’ère commune - engloutie entre huit et douze mètres, située à 200-400 mètres de la ville d’Atlit, au sud de Haïfa.


Jean Bergeron relate l’histoire d’une fouille archéologique sous-marine exceptionnelle, qui “a permis de découvrir la plus ancienne cité de l’âge de pierre engloutie au large d'Israël”. 

En 1984, “sur la côte du Levant, Ehud Galili, archéologue de l'Autorité israélienne des Antiquités  et plongeur émérite, a découvert par 10 mètres de fond une structure inhabituelle, dégagée du sable par une forte tempête". 

Comment "expliquer sa présence à 400 mètres au large des côtes israéliennes ? Les premières fouilles ont révélé que ce site archéologique, baptisé Atlit Yam (“Atlit-sur-Mer” en hébreu) en raison de la proximité de la ville du même nom, était une cité de l’âge de pierre”. 

Remontant à plus de neuf mille ans, cette cité, qui “s’étendait alors sur plus de 40 000 mètres carrés, a été submergée par la mer”, voici environ six millénaires, “à la suite de la fonte des glaciers”. 

Menées pendant vingt-cinq ans, ces fouilles archéologiques ont révélé le site préhistorique le plus important et “le mieux préservé jamais localisé le long de la côte méditerranéenne. Les archéologues ont découvert des maisons, plusieurs dizaines de corps, le plus ancien puits bordé de pierres jamais retrouvé, des restes de filets, des artefacts, un autel de pierres dressées semblable à celui de Stonehenge, ainsi que les traces d'ADN les mieux préservées de la préhistoire. Atlit Yam fut sans doute l'une des plus anciennes communautés d'agriculteurs et d'éleveurs connues à ce jour, capable de tirer profit des ressources de la mer”.

Les découvertes ? Des cas de malaria et de tuberculose humains. Des garçons pouvaient vivre jusqu’à 50 ans. Ce qui était alors remarquable. Les fibres de lin pouvaient être filées en filets ou en vêtements.

C'est le début de la domestication des chèvres. Tous les animaux du puits exploré sont domestiques.

Quant aux morts ? Il étaient enterrés à l’intérieur des habitations, puis leurs crânes étaient déterrés. On ajoutait des perruques sur ces crânes que l'on plaçait au centre du village. Les "premiers vestiges du culte des ancêtres".


Alpha-Zoulou Films, Arte, 2012, 50 min
Sur Arte les 16 janvier à 22 h 25, 18 janvier à 6 h 15, 23 janvier à 9 h 50 et 27 janvier 2015 à 16 h 25,  9 décembre à 16 h 25 et 20 décembre 2016 à 16 h 20 

Visuels : © ZED 
Près du petit village d’Atlit, des plongeurs ont trouvés des ruines d’une cité néolithique d’il y a 9000 ans
En 1984, Ehud Glili a trouvé un amoncellement de pierre spécial devant la côte d’Israël
Un modèle du port des Phéniciens à Atlit
Esquisse d’un autel en pierre

Articles sur ce blog concernant :

Les citations proviennent du site d'Arte. Cet article a été publié le 17 janvier 2015.

vendredi 9 décembre 2016

Erich Lessing (1923-2018), photographe


Le musée Juif de Vienne  (Jüdische Museum Wien) a présenté l’exposition Lessing présente Lessing (Lessing zeigt LessingLessing presents Lessing). Né dans une famille viennoise Juive, Erich Lessing  fuit le nazisme en rejoignant la Palestine mandataire. Après son engagement dans la RAF (Royal Air Force) comme pilote et photographe, il est recruté comme photojournaliste par Magnum. Pour les plus grands magazines, il couvre l’insurrection hongroise (1956) et la guerre d’Algérie. Puis s’oriente vers les livres de photographies sur l’art et enseigne. L'Institut hongrois montre l'exposition La Révolution en images avec des photographies notamment d'Erich Lessing.


Erich Lessing  est né dans une famille bourgeoise, juive et viennoise en 1923. Son père est un dentiste, et sa mère pianiste concertiste.

En décembre 1939, après l’Anschluss (12 mars 1938), annexion de l'Autriche par l'Allemagne nazie, cet adolescent s’installe en Palestine mandataire (Eretz Israel).

Après avoir étudié au Technion (Haïfa) et exercé divers métiers (éleveur de carpes, chauffeur de taxi), il se fixe sur sa passion, la photographie.

Il sert comme pilote et photographe dans des unités de la RAF (Royal Air Force) en Afrique.

Sa mère, pianiste, est déportée à Auschwitz où elle est tuée lors de la Shoah.

En 1947, c’est un reporter-photographe, notamment pour l’Associated Press, qui rentre en Autriche.

Dès 1951, Erich Lessing est recruté par David Seymour (Chim) pour Magnum, agence photographique dont il devient membre en 1955.

Ses reportages sur les grands événements politiques européens sont publiés par les plus célèbres magazines, dont Life, Picture Post, Paris-Match, Epoca et Quick Magazine.

Insurrection hongroise
En 2002, l’Institut hongrois et la Galerie Bernard Jordan ont présenté quarante photographies d’Erich Lessing sur la révolution hongroise de 1956 sous le titre « Photographies de Erich Lessing, 1956-Budapest ».

En noir et blanc, dans l’ordre chronologique, ces photographies témoignaient de l’effervescence intellectuelle, d’une insurrection jeune et déterminée, réprimée violemment par l’Armée rouge, puis de la vie qui continue. Elles révélaient aussi la sympathie pour Imre Nagy, premier ministre.

Après les révélations du rapport Khroutchev et les grèves en Pologne, « un peuple avide de liberté » secoue le joug communiste comme le montrent les numéros de Paris Match publiant en novembre 1956 des clichés de Eric Lessing consacrés à ces semaines qui déchirent « un peuple avide de liberté », après la révélation du rapport Khrouchtchev et les grèves des ouvriers polonais, et alors que survient la guerre de Suez.

Au « Petöfy Club », se prépare l’insurrection : intellectuels et journalistes y évoquent les réformes nécessaires. Dans les rues, les gens écoutent attentivement leurs discours qui y sont diffusés via des hauts parleurs.

Les symboles du régime honni - livres de propagande communiste, les photographies de Mátyás Rákosi, ex-premier secrétaire du PC hongrois, statue de Staline - sont détruits, brûlés ou dépecés. Le pain est amené de la campagne au QG des insurgés. Un homme récite des poèmes de Sandor Petöfi, écrivain de la révolte hongroise de 1948. Un vétéran unijambiste de la guerre et un Gavroche campent fièrement. Près d’immeubles en ruines, des insurgés ont peint leur emblème national sur un tank soviétique.

Peu après la réaction sanglante de la police à une manifestation pacifique, des Hongrois battent et lynchent un membre de l’AVO (police secrète communiste). Près d’immeubles en ruines, des insurgés ont peint leur emblème national sur un tank soviétique. Les personnes dans la file d’attente regardent le magasin où elles espèrent se procurer des vivres, et deux dames conversent devant un soldat mort.

C’est chez lui que le Premier ministre, Imre Nagy, pose.

Soutenue par des partis communistes européens, bénéficiant d’un contexte international où l’intervention à Suez capte l’attention, l’URSS réprime cette volonté hongroise d’émancipation.

Imre Nagy est arrêté, emmené en Roumanie, jugé et pendu le 16 juin 1958.

Détentions sans jugement, condamnations à mort et exécutions se multiplient.

Dans les trois mois qui suivent la répression, sur les 10 millions d’habitants de Hongrie, plus de 200 000, souvent jeunes, fuient la répression. Lessing les aide et les photographie près de la frontière, dans des « conditions de misère... ». Arrêté, emmené en Roumanie, jugé, Nagy est pendu le 16 juin 1958.

Après ses photographies sur la révolution hongroise - un travail honoré de l’American Art Director’s Award en 1956 - et la guerre d’Algérie (1958), ce témoin se rend compte que son travail n’a « rien changé ».

Erich Lessing entame alors sa « seconde vie » : il publie une quarantaine de livres sur l’art, les religions et les civilisations et enseigne.

Le Prix Nadar récompense l’ensemble de son œuvre. Il est membre du Comité International des Musées à l’UNESCO .

Dans le cadre du 1er Mois européen de la Photographie 2004, la Mairie du Xe arrondissement de Paris a accueilli une rétrospective de plus de 400 photographies de Erich Lessing intitulée « Mémoire du temps, photographies de reportage 1948-1973 ».

Le musée Juif de Vienne  (Jüdische Museum Wien) présente l’exposition Lessing zeigt Lessing (Lessing presents Lessing). « Les images du photographe autrichien Lessing sont célèbres. Sa photo légendaire de Leopold Figl et des ministres Alliés des Affaires étrangères sur le balcon" du palais du Belvédère lors de la signature du traité d’Etat autrichien (Österreichischer Staatsvertrag), rétablissant l'indépendance d'une Autriche indépendante et démocratique, le 15 mai 1955, “est devenu une icone de la nouvelle Autriche”… Les photographies d’Erich Lessing “sur la campagne israélienne, prises au fil des années, évoquent les scènes de la Bible. Hannah Lessing, secrétaire générale de l’Austrian National Fund, a effectué une sélection hautement personnelle des photos de son père. Son choix comprend non seulement les photos historiques et les magnifiques paysages israéliens, mais aussi une rétrospective historique de la vie dans l’Autriche et l’Europe après-guerre.

L'Institut hongrois montre l'exposition La Révolution en images avec des photographies notamment d'Erich Lessing. "À l’occasion du 60e anniversaire de la révolution hongroise de 1956, l’Institut hongrois de Paris présente, en collaboration avec le Musée de la photographie hongroise, les œuvres de Ferenc Berendi, Mario de Biasi, Erich Lessing, Ata Kando, Jean Marquis et de Jean Pierre Pedrazzini. Documents et films d’époque accompagnent ces images bouleversantes devenues iconiques, pour mieux raconter encore ce chapitre douloureux de l’histoire hongroise. L’exposition a été réalisée grâce au soutien du Comité commémoratif du 60e anniversaire de la révolution de 1956".

Du 21 octobre au 10 décembre 2016. Vernissage le 20 octobre à 19h
92, rue Bonaparte 75006 Paris
Tél. : +33 1 43 26 06 44

Du 29 avril au 6 septembre 2015
Au musée Juif de Vienne (Jewish Museum Vienna)
Museum Judenplatz
Judenplatz 8, 1010 Wien, Autriche
Tel: +43 (1) 535 04 31
Du dimanche au jeudi de 10 h à 18 h, le vendredi de 10 h à 17 h

Visuel :
Leopold Figl and signatory powers present the state treaty at the balcony of the Upper Belvedere 1955 /© VBK/Lessing

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Cet article a été publié par Guysen. Cet article a été publié le 30 avril 2015.

jeudi 8 décembre 2016

Le sénateur Jean-Pierre Plancade a interpellé Rémy Pflimlin, futur président de France Télévisions, sur l’affaire al-Dura


Le 12 juillet 2010, le sénateur français Jean-Pierre Plancade (élu du Rassemblement démocratique et social européen, RDSE) a interrogé Rémy Pflimlin, futur président du groupe télévisuel public, lors de son audition par la commission de la culture, de l'éducation et de la communication du Sénat (Paris). Il lui a demandé ce qu’il fera, à son entrée en fonction, afin de « rétablir la vérité » sur les allégations du reportage controversé diffusé par France 2 le 30 septembre 2000. The last, not least. Durant son mandat (2010-2015), Rémy Pflimlin n'a rien fait pour établir la vérité sur "l'incident al-Dura". Le 24 octobre 2016, la Cour des comptes a publié un rapport fustigeant la gestion du groupe public télévisuel : cumul de contrats et de rémunérations, "réformes trop timides, achats peu contrôlés, salaires qui dérapent chez les journalistes, absentéisme ou encore retard dans le numérique". Le 3 décembre 2016, Rémy Pfimlin est mort à Paris.


Après plus d’une heure et demie d’audition de Rémy Pfimlin par la commission sénatoriale de la culture, de l'éducation et de la communication, c’est Jean-Pierre Plancade, vice-président de cette commission, qui prit finalement la parole pour poser la question originale, inattendue.


« Confiance dans l’information » (Rémy Pfimlin)

En une trentaine de minutes, au fil de la présentation de son « projet d’entreprise qui doit se développer autour de valeurs » , Rémy Pfimlin a évoqué trois « corps de valeurs », « socles sur lesquels on construit » et qu’il « souhaite être partagées dans l’entreprise afin de servir de références ».

L’un de ces corps de valeurs était constitué du « respect de l’autre, de la tolérance, des valeurs liées à la diversité ».

Mais c’est le troisième « corps de valeurs » qui revenait en leitmotiv dans son discours : « l’indépendance, la rigueur, la fiabilité qui sont au cœur de ce pacte » qu’il « souhaite voir refonder entre nos concitoyens et la télévision publique » et « marqué par un mot-clé : confiance. Confiance dans l’information, confiance dans les choix, confiance dans la qualité de ce qui est présenté ». Une information définie comme « une des missions-clés des chaines » de France Télévision.

Après une pensée pour Hervé Ghesquière et Stéphane Taponier, deux journalistes de France 3 « allés sur le terrain pour faire des reportages » et devenus otages des Talibans en Afghanistan, Rémy Pfimlin a dit sa détermination à « mettre tout en œuvre pour permettre une libération aussi vite que possible » et a insisté sur le reportage, un « élément-clé de la mission du journaliste. C’est ce qui permet d’expliquer, de comprendre, de montrer et c’est un élément déterminant de la vie démocratique, parce que, sans comprendre ce qui se passe, il est difficile de se faire son propre jugement ».

Et d'exprimer sa « conviction profonde sur l’importance, la nécessité de voir l’information produite par des journalistes dont c’est le métier, la formation et qui produisent une information pertinente, rigoureuse, fiable ». Car la « confiance de nos concitoyens » dans « l’information est directement liée à la rigueur de cette information, et donc à l’application des règles pratiquées dans la déontologie journalistique. Les deux éléments-clés de ce caractère de fiabilité absolue et de confiance sont l’indépendance et la rigueur. Et j’attacherai un poids très particulier à ce que notre information soit… indépendante et rigoureuse, et cette rigueur, en particulier en recoupant l’information, en respectant toutes les règles de l’information, est un élément-clé de la confiance que doivent avoir nos concitoyens ».

Il convient aussi de prendre le « virage numérique pour toucher tous les publics » et de relever « le défi d’avoir des informations en temps réel ». Rémy Pfimlin a souhaité une vigilance à l’égard des « échanges d’images sur les réseaux sociaux ».

Favorable à un « contrat de mandature », il aspirait à une ressource financière « dynamique, pérenne, et prévisible pour travailler sur un plan stratégique à quatre-cinq ans » dans le « siècle du bouleversement numérique ». Sur la publicité, il « s’inscrit dans le cadre de la loi - compensation complète du manque de ressources publicitaires » quand la publicité est supprimée -, il suggérait en une ère difficile le maintien de la régie publicitaire pour rechercher les recettes.

Il a aussi souligné l’urgence de « renforcer les identités des antennes », ce qui requiert « courage et ténacité ».

« Rétablir la vérité » dans l’affaire al-Dura (Jean-Pierre Plancade)

Puis vint le débat qui a duré environ une heure et demie. Le candidat répondant après que deux-trois membres de la commission l’aient interrogé.

Placide, il a écouté deux sénateurs, le socialiste David Assouline et le communiste Jack Ralite, récuser son indépendance : « Vous avez donc été nommé par le Président de la République qui pourra vous révoquer aussi quand bon lui semblera. Epargnez-nous les faux-semblants. Le CSA [Ndlr : Conseil supérieur de l'audiovisuel], les commissions des affaires culturelles de l'Assemblée nationale et du Sénat ne sont consultés que pour entériner cette décision… Il s'agit [pour nous] de vous demander comment vous allez crédibiliser [l']indépendance [de France Télévisions] alors que le Président Nicolas Sarkozy vous a mis un tel boulet au pied en mettant son sceau sur votre désignation ?... Comment allez -vous assurer le maintien et le développement d'une information de qualité, honnête, complète et pluraliste. Quelle dispositions comptez-vous prendre pour assurer, en toutes circonstances, l'indépendance de toutes les rédactions ? », résumait David Assouline, vice-président de cette commission, pour expliquer que le parti socialiste ne prendra pas part au vote.

« Un individu prend une fonction en ayant un parcours, une histoire. Peser une décision à l’aune d’une révocation, ce n’est pas être un chef d’entreprise », a répliqué Rémy Pfimlin, ancien Directeur général de France 3 (1999-2006) puis directeur général des messageries Presstalis (ex-NMPP, Nouvelles messageries de la presse parisienne, acteur majeur dans la diffusion de la presse).

Les autres questions ont amené Rémy Pfimlin à répéter son laïus, notamment sur des « antennes différenciées ».

Enfin (71e minute de la vidéo), Jean-Pierre Plancade prit la parole sur une affaire qui lui « tient à cœur et dure depuis trop longtemps ». Habilement, il a repris les valeurs avancées par Rémy Pfimlin – « confiance, indépendance, rigueur et fiabilité » - et auxquelles il est « très sensible » afin de formuler sa question.

Il a souligné que la France « plus que jamais, a besoin de réaffirmer que dans chaque corps de métier, la déontologie, l’éthique est une valeur essentielle sur laquelle on ne saurait transiger. A cet égard, le service public se doit, plus que tout autre, d’être exemplaire ».

Et d’évoquer « l’affaire de la diffusion du reportage sur « la mort », que je mets maintenant entre guillemets, du jeune Mohamed al Doura qui aurait, d’après ce reportage, été tué par une balle israélienne » au carrefour de Netzarim. Un reportage signé par Charles Enderlin, correspondant de France 2 à Jérusalem, sur des images attribuées au cameraman palestinien de la chaîne publique, Talal Abu Rahma.

Il « pèse aujourd’hui à l’encontre de France 2 un soupçon grave d’avoir diffusé une mise en scène de cette affaire ; soupçons renforcés par le fait que cette chaîne a perdu le procès qu’elle a intenté contre l’un de nos concitoyens [Ndlr : Philippe Karsenty] qui avait accusé ce reportage d’être, je le cite « une pure et simple mise en scène ». 

Un reportage qui a « catalysé la deuxième Intifada, attisé la haine dans le monde musulman ; des places portent le nom de Mohamed al Doura, des timbres à l’effigie de cet enfant ont été créés et dans la vidéo montrant la décapitation du journaliste américain Daniel Pearl, on voit en fond les images du jeune Mohamed al Doura »

Ce sénateur indiquait avoir vu L’enfant, la mort et la vérité d'Esther Schapira, reportage de la chaîne publique allemande ARD, « soutenant également la démonstration de la mise en scène », ainsi que lu le récent livre de Pierre-André Taguieff [Ndlr : La nouvelle propagande antisémite] édité aux Presses Universitaires de France, dans lequel « est soutenue l’idée de la mise en scène sans que personne, n’ait encore porté plainte pour diffamation contre l’auteur ».

Et de conclure :
« Il est temps que soit levée cette suspicion qui pèse sur France 2, suspicion qui est un poison pour l’esprit et qui, pour la circonstance, pourrait bafouer l’éthique de notre service public. Je souhaiterais donc, Monsieur le président, que vous m’indiquiez quand vous serez en fonction, ce que vous comptez faire pour redonner confiance et rétablir la vérité ».
Se levant spectaculairement, le sénateur Plancade remettait le livre de Pierre-André Taguieff et le DVD de l’émission allemande à Rémy Pfimlin.

Celui-ci répondait alors aux deux questions précédentes, mais non à celle du sénateur Plancade. Puis, voyant ce membre éminent de la commission lever la main pour actionner le micro et reprendre la parole afin d’obtenir une réponse à sa question, Rémy Pfimlin concédait : « Bien sûr, je regarderai le dossier ».

Un sénateur engagé ami d’Israël

Philippe Karsenty, directeur de l’agence de notation des médias Media-Ratings, remerciait et félicitait
« le sénateur Plancade pour sa prise de position citoyenne, honnête, digne et courageuse. C’était la première fois que l’Affaire al Doura était exposée aussi clairement sur une chaîne de télévision française. C’est une avancée majeure qui nous rapproche du dévoilement de la vérité ».
Un bémol : aucun média n’a mentionné l’interpellation du sénateur Jean-Pierre Plancade.

Membre du groupe d’amitié France-Israël au Sénat et de l’association France-Israël, ce parlementaire nous a rappelé, le 13 juillet 2010, son amitié « constante, renouvelée » pour l’Etat juif dans lequel il s’est rendu « une à deux fois ».

Il nous a expliqué son engagement dans l’affaire al-Dura par les « réponses équivoques de France 2 et le refus systématique de celle-ci de fournir l’ensemble des rushes demandés ». Jean-Pierre Plancade refuse cette « guerre médiatique permanente contre Israël ». Il a d’ailleurs été le seul à défendre Israël après l’arraisonnement de la flottille de la « paix » dans une émission de la chaîne du Sénat, Public Sénat, face à  Dominique Voynet, écologiste rattachée au groupe socialiste.

Et d’ajouter : « Derrière [cette guerre médiatique], consciemment ou non, on est dans l’antisémitisme ». Ce que « l’éducation et la culture » de cet élu républicain et catholique, ancien cadre du secteur social, lui ont appris à rejeter. Et si Jean-Pierre Plancade  n'a pas nommé l’antisémitisme dans sa question, c'est pour éviter qu’on ne lui réplique : « On est taxé d’antisémitisme quand on critique Israël ».

Déterminé, ce sénateur de Haute-Garonne (Midi-Pyrénées) va remettre à ses collègues le livre de Pierre-André Taguieff ainsi que le DVD du documentaire d’Esther Schapira concluait : « J’interrogerai Rémy Pfimlin lors de son audition annuelle pour expliquer le budget de France Télévisions, et le ministre de la Culture et de la Communication, Frédéric Mitterrand ».

Et de renvoyer la balle à Philippe Karsenty et au CRIF (Conseil représentatif des institutions juives de France) qui avait obtenu le 18 septembre 2008 l’aval de France 2 pour un « groupe de travail d'experts indépendants » chargé d’« examiner les cicatrices de Jamal al-Dura et son dossier médical, faire de nouvelles radios, analyser les images (en particulier le timecode)… »

Présidée par Patrick Gaubert, ancien président de la LICRA (Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme), ce groupe de travail ne s’est jamais réuni ; ses membres n’ont pas été désignés.

Le sénateur Jean-Pierre Plancade a été candidat aux élections municipales à Toulouse en 2014.

Durant son mandat (2010-2015), Rémy Pflimlin n'a rien fait pour établir la vérité sur "l'incident al-Dura". Après son mandat, il a été nommé Conseiller d'Etat.

Le 24 octobre 2016, la Cour des comptes a publié un rapport fustigeant la gestion et les "pratiques peu respectueuse des deniers publics" du groupe public télévisuel et aboutissant à une "impasse financière" : cumul de contrats et de rémunérations, "réformes trop timides, achats peu contrôlés, salaires qui dérapent chez les journalistes, absentéisme ou encore retard dans le numérique", cumul de contrats et de rémunérations, situation critique caractérisée par des procédures de contrôles insuffisantes en matière d'achats (hors programmes) de l’entreprise, secteur de l'information peu enclin à se réformer, réseaux régionaux dense et coûteux au regard des deux à trois heures quotidiennes de décrochage produits, définition hésitante de ses missions de service public...

France Télévisions, "société détenue à 100 % par l’État, est un groupe qui rassemble cinq chaînes nationales, 24 antennes régionales, neuf stations de télévision et de radio outre-mer, ainsi que plusieurs filiales. Elle comptait 9 932 emplois à temps plein fin 2015 (hors filiales), dont 86 % d’emplois permanents. Les fonds d’origine publique (2,5 Md€ en 2015) représentent près de 80 % de ses ressources. Après avoir procédé au contrôle des exercices 2009 à 2015, la Cour constate que la gestion de France Télévisions manque de rigueur et que l’entreprise ne s’est pas assez réformée pour faire face à la révolution numérique qui modifie profondément l’environnement dans lequel elle évolue, ses métiers et les usages des téléspectateurs".

Le 3 décembre 2016, Rémy Pfimlin est mort à Paris. Des journalistes et producteurs l'ont loué sur Twitter.


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Cet article a été publié le 18 mars 2014 et modifié le 8 décembre 2016.