jeudi 18 février 2021

Anatole Litvak (1902-1974)

Anatole Litvak (1902-1974) était un réalisateur - Mayerling, La Fosse aux serpents, Anastasia, Aimez-vous Brahms ?, La Nuit des généraux -, scénariste et producteur polyglotte juif américain né à Kiev. Antinazi, il a contribué durant la Deuxième Guerre mondiale à la série documentaire Why We Fight. Il savait découvrir de jeunes talents qu'il a rendus célèbres, par exemple Danielle Darrieux. Arte diffusera le 22 février 2021 « Raccrochez, c'est une erreur » (Du Lebst noch 105 minuten) d’Anatole Litvak.


Le terme "Litvaks" désigne des Juifs lituaniens ou de l'ancien grand-duché de Lituanie.

Anatole Litvak (1902-1974) est né à Kiev, alors dans l'empire russe et actuellement en Ukraine. Adolescent, il prend des cours de comédie et étudie la philosophie à Saint-Pétersbourg.

Au cinéma, il débute comme acteur, puis ensemblier puis assistant-réalisateur en 1923 aux studios Nordkino. En 1925, il réalise Tatiana, son premier film, muet. 

Il se rend en Allemagne où il assure le montage de La Rue sans joie de Georg Wilhelm Pabst (1925). Il enchaine avec des postes d'assistant-réalisateur et réalisateur pour des productions allemandes.

Il réalise Dolly Gets Ahead (UFA, 1930), comédie musicale avec Dolly Haas, Oskar Karlweis et Grete Natzler, puis No More Love (Nie wieder Liebe, 1931) et Calais-Dover (1931) avec Lilian Harvey.

Anatole Litvak poursuit sa carrière entre la France (Lilac ou Coeur de lilas d'après la pièce de Charles-Henry Hirsch et Tristan Bernard, interprété par Marcelle Romée, André Luguet, Jean Gabin et Fréhel, 1932 et Cette vieille canaille avec Harry Baur, Alice Field et Pierre Blanchar en 1933), l'Allemagne (The Song of Night produit par Arnold Pressburger et Gregor Rabinovitch et tourné aussi en une version anglaise, Tell Me Tonight avec Magda Schneider en 1932) et l'Angleterre (Sleeping Car en 1933 avec Ivor Novello, Madeleine Carroll et Laddie Cliff).

Inquiet de la montée du nazisme, il s'installe au milieu des années 1930 en Angleterre et en France où il devient un ami de Joseph Kessel dont il adapte en 1935 le roman L'Équipage dans un film éponyme avec Charles Vanel, Annabella et Jean-Pierre Aumont. A Hollywood, il réalisera le remake The Woman I Love en 1937 avec Paul Muni, Miriam Hopkins et Louis Hayward.

Sur un scénario de Marcel Achard, Joseph Kessel et Irma von Cube d'après le roman de Claude Anet, Anatole Litvak réalise Mayerling avec Danielle Darrieux et Charles Boyer (1936). Le film relate l'amour ayant lié l'archiduc Rodolphe d'Autriche à sa maitresse Maria Vetsera et a un succès mondial. Les deux principaux acteurs deviennent célèbres. Anatole Livak réalisera un remake avec Audrey Hepburn pour la télévision américaine en 1957.

En 1936, Anatole Litvak se rend à Hollywood et obtient la nationalité américaine en 1940. Pour la Warner Brother, réalise Cette nuit est notre nuit (Tovarich), adaptation cinématographique en 1937 de la pièce du dramaturge français Jacques Deval avec Claudette Colbert, Charles Boyer, Basil Rathbone et Anita Louise. 

Puis sur un scénario de John Wexley et John Huston, Anatole Litvak dirige Edward G. Robinson, Claire Trevor, Humphrey Bogart, Donald Crisp et Ward Bond dans Le Mystérieux docteur Clitterhouse (The Amazing Dr. Clitterhouse), d'après la pièce éponyme de Barré Lyndon. La musique est signée par Max Steiner. Ronald Reagan y prête sa voix à un animateur radio.

"En 1939, sous l'impulsion de Roosevelt", Hollywood aborde le nazisme, danger pour les démocraties. Produit par la Warner, Les aveux d'un espion nazi d'Anatole Litvak avec Edward G. Robinson, Francis Lederer, George Sanders et Paul Lukas "est le premier long métrage à dénoncer ouvertement le national-socialisme". Le film s'inspire de l'histoire d'un agent du F.B.I qui était parvenu à "démanteler un réseau d'espions allemands". Si la critique loue le film, le public accueille en général favorablement le film. Cependant, des sympathisants nazis intimident, par la violence (incendie), des exploitants de salles de cinéma, dont certains mettent un terme aux projections. « C’est une production américaine pas malhabile, j’y joue moi-même un rôle central, et d’ailleurs pas spécialement déplaisant. Sinon, je pense que le film n’est pas dangereux. Il inspire à nos adversaires davantage de peur que de colère et de haine » écrit Joseph Goebbels, ministre de la propagande nazie, dans son Journal, après avoir vu le film. Le film a été interdit dans le IIIe Reich, l'Italie mussolinienne, l'Espagne de Franco, la Suisse, l'Irlande...

Durant la Deuxième Guerre mondiale, Anatole Litvak et Frank Capra réalisent de 1942 à 1945 trois des sept films de la série Why We Fight (Pourquoi nous combattons), commandés par l'administration américaine pour informer et motiver les soldats américains avant de combattre en Europe. Un modèle de propagande. En 1942, sa première partie, Prelude to War, est distinguée par un Oscar dans la catégorie « Documentaire ». Cet engagement vaut à Anatole Litvak le grade de colonel dans l'armée américaine.

En 1947, Anatole Litvak réalise The Long Night, remake du Jour se lève (1939) de Marcel Carné, où Henry Fonda interprète le rôle de Jean Gabin. Autres acteurs : Barbara Bel Geddes, Vincent Price et Ann Dvorak. 

En 1948, Anatole Litvak réalise deux films importants : Raccrochez, c'est une erreur (1948), film noir au scénario signé par Lucille Fletcher d'après sa pièce radiophonique, et La Fosse aux serpents, adaptation d'un roman en partie autobiographique de Mary Jane Ward où Olivia de Havilland incarne une patiente dans une institution psychiatrique. 

Des éléments de la vie d'Anatole Litvak parsème Le Traître (1951), Un acte d'amour avec Kirk Douglas et Dany Robin (1953), Anastasia avec Yul Brynner et Ingrid Bergman qui obtient un regain de popularité aux Etats-Unis et un Oscar (1956),  Le Voyage avec Deborah Kerr et Yul Brynner (1959), et La Nuit des généraux, avec Omar Sharif et Peter O'Toole (1967). 

En France, Anatole Litvak réalise Aimez-vous Brahms ? (Goodbye again), une comédie sensible adaptée du roman éponyme de Françoise Sagan et réunissant Ingrid Bergman, Yves Montand et Anthony Perkins (1961), et deux thrillers, Le Couteau dans la plaie avec Anthony Perkins et Sophia Loren (1962), puis La Dame dans l'auto avec des lunettes et un fusil, adaptation d'après un roman de Sébastien Japrisot avec Samantha Eggar et Oliver Reed (1970).

Anatole Litvak était connu pour le nombre élevé de prises lors du tournage de ses films. Certaines de ses actrices ont obtenu des nominations aux Oscars pour leur interprétaiton

Anatole Litvak a été marié à Miriam Hopkins (1937-1939), puis divorcé, il a épousé en 1955 le mannequin Sophie Steur.

« Raccrochez, c'est une erreur »
Arte diffusera le 22 février 2021 « Raccrochez, c'est une erreur » (Sorry, Wrong Number ; Du Lebst noch 105 minuten) d’Anatole Litvak avec Barbara Stanwyck et Burt Lancaster.

« Une hypocondriaque clouée au lit découvre que son mari veut l’assassiner... Réalisé par Anatole Litvak en 1948, ce film noir est l’un des plus célèbres suspenses de l’histoire du cinéma avec Barbara Stanwyck et Burt Lancaster ».

« Directrice d’une usine, Leona Stevenson, hypocondriaque, passe la moitié de son temps alitée. Un soir, alors qu’elle tente d’obtenir un numéro, elle surprend une conversation téléphonique entre deux hommes à propos d’un assassinat qui doit avoir lieu une heure plus tard. Leona apprend par Sally et par le chimiste Evans que son mari Henry a commis plusieurs vols à l’usine et qu’il a des dettes. Celui-tarde à rentrer, et Leona comprend peu à peu qu’elle est la victime de ce projet de meurtre… »

« Le film joue à fond sur l’unité de temps puisqu’il se déroule en temps réel ». 

« L’unité de lieu est également respectée : l’action se situe dans la chambre de la malade imaginaire, tandis que des séquences en flash-back explicitent les situations et les rapports des personnages ». 

« Ce film noir à huis clos, au suspense légèrement suffocant, donne l'occasion à l'égérie du genre, la grande Barbara Stanwyck, de composer un savoureux personnage d'hypocondriaque retorse ».

« Ce classique du film noir hollywoodien est adapté d’une pièce radiophonique, et cela se comprend dès les premières minutes. Une actrice, pas des moindres (la géniale Barbara Stanwyck) occupe seule la « scène » et parvient, par les puissances combinées de sa voix et de la situation dramatique, à faire avancer l’action du début à la fin. Certes, la transposition au cinéma par l’auteure de la pièce (Lucille Fletcher) enrichit le matériau original de plusieurs flash-back et récits rapportés, qui éclairent progressivement une intrigue criminelle très embrouillée. Mais la particularité du film tient au principe du suspense en huis-clos et en temps réel, qui structure sa narration 
», a analysé Olivier Père.

« Une femme invalide, clouée sur son lit dans une immense demeure vide un soir en plein cœur de New York, surprend par accident une conversation téléphonique où deux hommes planifient un meurtre. En contactant certaines personnes et en faisant appel à ses souvenirs, elle mène en quelques heures une enquête immobile qui la conduira jusqu’à l’invraisemblable vérité. Le film d’Anatole Litvak appartient à son époque – entièrement tourné en studio, y compris pour les séquences de rues new-yorkaises – mais contient en germe une figure centrale du film d’angoisse moderne : une femme seule et réduite à l’impuissance, assiégée par une menace invisible qui envahit progressivement un espace confiné et avant de se jeter sur sa proie 
», a résumé Olivier Père.

Et celui-ci de conclure : « Le film noir américain, débarrassé ici de toute influence documentaire, se caractérise par son exploration des recoins les plus vils de la psyché humaine. Dans les flash-backs, les personnages sont mus par l’arrivisme, la vénalité, l’égocentrisme, la soif de contrôle et de domination des autres. Barbara Stanwyck interprète une richissime héritière qui n’écoute que son désir et vole à une jeune femme son fiancé (Burt Lancaster), l’un des employés de la compagnie pharmaceutique de son père (Ed Begley). La terreur croissante qu’elle éprouve lors de cette longue nuit d’attente, loin d’apparaître comme un châtiment mérité, déclenche in extremis un sentiment d’empathie de la part du spectateur. Le pessimisme de la fin provoque un effet glaçant, même si tous les éléments mis en place dans le film convergent logiquement vers une issue tragique. Raccrochez, c’est une erreur ! a certainement influencé l’un des sketches du film de Mario Bava Les Trois Visages de la peur, dans lequel une femme était harcelée au téléphone par un maniaque qui finissait par faire intrusion dans son appartement ». 

« La nuit des généraux »
« La nuit des généraux » (The night of the generals) est réalisé par Anatole Litvak sur un scénario de 
Paul Dehn et Joseph Kessel d'après le roman éponyme de Hans Hellmut Kirst (1962).

« Un major allemand enquête sur le meurtre d'une prostituée dans le chaos de la Seconde Guerre mondiale. Avec les impeccables Peter O’Toole et Omar Sharif (Lawrence d’Arabie), une intrigue policière singulière et soignée ».

« Varsovie, 1942. Le major Grau enquête sur l’assassinat d’une prostituée. Un témoin affirme avoir aperçu le meurtrier, vêtu d’un uniforme de haut gradé de la Wehrmacht. La liste des suspects se réduit à trois noms : Tanz, Kahlenberge et von Seidlitz-Gabler. Muté en France, Grau se voit contraint d’abandonner ses recherches. Deux ans plus tard, après le débarquement des Alliés en Normandie, les trois généraux se retrouvent à Paris. Grau reprend ses investigations avec l’aide de l’inspecteur français Morand, tandis qu’un vaste complot se prépare contre le Führer… »

« En prenant pour héros un major de la Wehrmacht, obsédé par l'idée de rendre la justice alors que le régime qu'il sert est en train d'accomplir l'un des plus grands crimes de l'histoire, Anatole Litvak s'est placé d'emblée sur le terrain de l'ambiguïté. Malgré ses approximations historiques, son avant-dernier film, adapté du roman de Hans Hellmut Kirst, se révèle aussi palpitant qu’étrange. Le soin de la reconstitution, la subtilité de l’intrigue et l’interprétation remarquable d’Omar Sharif (bloc de détermination) et de Peter O’Toole (tout en froideur hallucinée) contribuent à la réussite de cette œuvre hybride, à la croisée du polar et du film de guerre. »



« Raccrochez, c'est une erreur » d’Anatole Litvak
 
Etats-Unis, 1948, 1 h 25
Auteur : Lucille Fletcher
Scénario : Lucille Fletcher
Production : Paramount, Hal Wallis Productions
Producteurs : Hal Wallis, Anatole Litvak
Image : Sol Polito
Montage : Warren Low
Musique : Franz Waxman
Avec Burt Lancaster (Henry Stevenson), Barbara Stanwyck (Leona Stevenson), Ann Richards (Sally Lord Dodge), Wendell Corey (Dr. Philip Alexander), Ed Begley (James Cotterell), Harold Vermilyea (Waldo Evans) et Leif Erickson (Fred Lord)
Sur Arte le 22 février 2021 à 20 h 55, 25 février 2021 à 13 h 35, 9 mars 2021 à 13 h 40
Visuels : © 2002 Paramount Pictures/All rights reserved

« La nuit des généraux » d’Anatole Litvak
Royaume-Uni/France, 1967, 2 h 20 mn
Production : Columbia Pictures, Horizon Pictures, Filmsonor
Scénario : Joseph Kessel, Paul Dehn, d’après le roman éponyme de Hans Hellmut Kirst
Musique : Maurice Jarre
Avec : Peter O’Toole (le général Tanz), Omar Sharif (le major Grau), Tom Courtenay (le caporal Hartmann), Philippe Noiret (l’inspecteur Morand), Donald Pleasence (le général Kahlenberge), Joanna Pettet (Ulrike), Charles Gray (le général von Seidlitz-Gabler) - Image : Henri Decaë - Montage : Alan Osbiston

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