Citations

« Le goût de la vérité n’empêche pas la prise de parti. » (Albert Camus)
« La lucidité est la blessure la plus rapprochée du Soleil. » (René Char).
« Il faut commencer par le commencement, et le commencement de tout est le courage. » (Vladimir Jankélévitch)
« Notre métier n’est pas de faire plaisir, non plus de faire du tort. Il est de porter la plume dans la plaie. » (Albert Londres)
« Le plus difficile n'est pas de dire ce que l'on voit, mais d'accepter de voir ce que l'on voit. » (Charles Péguy)

jeudi 19 octobre 2017

Joel Meyerowitz


La Polka Galerie présente l'exposition  « Inside | Outside » de  Joel Meyerowitz, photographe de rue (street photographer), américain, Juif, spécialisé dans les paysages et les portraits. 


Joel Meyerowitz est « l’archétype du New Yorkais cultivé qui a embrassé son époque avec curiosité et empathie. Par son travail en couleur, il a révolutionné l’histoire de la photographie. à l’instar de William Eggleston ou de Stephen Shore, il a influencé de jeunes générations de photographes et particulièrement l’école allemande de Düsseldorf ».

« Photographe de rue » comme le photographe humaniste français  Henri Cartier-Bresson ou Robert Frank, Joel Meyerowitz se distingue dès le milieu des années 1960 par le choix des couleurs à une époque où le noir et blanc était seul prisé des théoriciens et praticiens professionnels de la photographie, alors dédaigneux ou méfiants à l’égard des pellicules en couleurs qu’ils concédaient aux amateurs ou aux publicitaires.

Des années 1960 aux années 2000, l’œuvre du photographe Joel Meyerowitz  « apparaît comme le chaînon manquant qui permet de mieux comprendre le passage définitif du noir et blanc à la couleur dans l’histoire de la photographie de la deuxième moitié du XXe siècle ».

Précurseur dans la photographie en couleurs
Joel Meyerowitz naît en 1938 dans le Bronx, quartier populaire de New York.

« Mon père “Pop” était le maire officieux de notre pâté d’immeubles, et c’est donc en traînant avec lui et en observant la façon dont les événements se produisaient de manière inattendue que j’ai acquis mon initiation précoce aux comédies et aux tragédies de la vie quotidienne », se souvient Joel Meyerowitz.

Il débute comme directeur artistique dans une agence de publicité, auprès de Harry Gordon.

Premier tournant décisif de sa vie : sa rencontre avec le photographe Robert Frank.

Envoyé par son patron, ce vingtenaire observe dans le centre ville newyorkais Robert Frank « faire des photos de la nouvelle plaquette que j’avais créée. Il s’agissait de très jeunes filles qui faisaient diverses activités après l’école : devoirs à la maison, jeux, maquillage, etc. En quelques minutes, je me suis rendu compte que je n’avais jamais vu quelqu’un bouger ou utiliser un appareil photo de cette manière. Je l’observais pendant toute la scène, et chaque fois que j’entendais le déclic du Leica, je voyais ce moment s’illuminer, l’apogée absolue de cet instant ! J’étais ébahi ! J’avais déjà assisté à des séances de photographie, mais je n’avais jamais vécu une telle expérience ».

A Harry Gordon, il annonce sa démission et explique : « C’était génial, je ne savais pas que l’on pouvait bouger et prendre des photos à la fois ! » Tout ce que je voulais, c’était être dans les rues de New York. Harry m’a prêté son appareil photo. J’ai chargé une pellicule couleur sans me demander s’il y avait une quelconque autre alternative. Et je suis sorti… » (Joel Meyerowitz: Taking My Time).

 En 1962, Joel Meyerowitz parcourt les rues de New York avec un appareil 35 mm. Il se lie d’amitié avec Garry Winogrand, Tony Ray-Jones, Lee Friedlander, Diane Arbus. Dans son Panthéon, figurent Robert Frank et Eugène Atget.

Joel Meyerowitz capte des scènes saugrenues de la Big Apple, le visage d’une petite fille inséré dans une série de cadres. Le visage de la caissière d’un lieu de spectacle dissimulé ou remplacé par un Hygiaphone. Un piéton emportant un grand animal.

Ce photographe alterne le noir et blanc – la magie d’un paysage enneigé éclairé par une étoile - et la couleur qui souligne le contraste entre la proximité d’un bébé et de fusils, les couleurs vives de New York, le duo entre deux New Yorkais différents par l’âge, l’expression du visage, etc.

« Dès mes débuts en tant que photographe – la toute première pellicule, en réalité – j’ai travaillé en couleur et je croyais en son potentiel. Naturellement, à cette époque, j’étais jeune et inexpérimenté, et j’ignorais qu’il y avait une question persistante sur la couleur dans le monde très sérieux de la photographie. On pensait alors que la couleur était trop commerciale, ou que c’était davantage le domaine des amateurs et, finalement, qu’il était quasi impossible de développer des photos couleur soi-même dans sa propre chambre noire  ».

Et d'ajouter : « Vers 1965, j’ai commencé à porter deux appareils photo chaque jour : un avec une pellicule couleur, l’autre avec une pellicule noir et blanc. Je n’avais cependant jamais essayé de comparer côte à côte deux vues presque identiques et, ce faisant, de voir par moi-même laquelle pouvait apporter à la question de la couleur une conclusion avec laquelle je pourrais être à l’aise ».

Vers cette époque, Joel Meyerowitz lit un texte de John Szarkowski. Celui-ci a succédé au célèbre Edward Steichen au poste de conservateur pour la photographie (1962-1991) du MoMA (Musée d’art moderne) de New York.

John Szarkowski a écrit « qu’une photographie décrit simplement ce qui est devant l’appareil photo. Cette affirmation simple m’a fait réfléchir plus sérieusement à l’idée de description et à la façon dont l’accumulation des informations dans la photo constitue son état primaire, indépendamment de tout autre événement décrit dans la photographie. Dans les années 1966-67, j’ai passé un an en Europe, où j’ai eu la possibilité de procéder à des essais pour moi-même, et lorsque je suis rentré chez moi, j’ai pu examiner et analyser ces doublons. J’ai alors constaté que l’image en couleur était plus riche d’informations, qu’il y avait beaucoup plus à voir et à réfléchir, tandis que le noir et blanc réduisait le monde à des nuances de gris. La pellicule couleur était plus exigeante. Le piqué de l’image et sa cohésion m’obligeait à “lire” plus attentivement tout ce qu’il y avait dans le cadre. Ainsi, lorsque j’ai commencé à réfléchir de cette manière, un processus s’est engagé qui est ensuite devenu la façon dont je lisais et comprenais mon travail. J’avais l’impression que les couleurs signifiaient quelque chose pour chacun de nous, dans le passé comme dans le présent. Nous gardons des souvenirs de couleurs tout comme nous créons des souvenirs olfactifs, et ils évoquent des sensations et, à partir de cette reconnaissance, nous élaborons notre propre vocabulaire des réponses aux couleurs ».

La comparaison entre deux photographies, l’une en noir et blanc et l’autre en couleurs, s’avère à cet égard très pertinente : celle en couleurs est plus informative, capte davantage le regard du lecteur, semble de meilleure qualité artistique. De plus, chaque époque se distingue par sa tonalité chromatique : couleurs acidulées des années pop, imprimés imitation panthère d’une ère de combat.

Dans cet émerveillement de Joel Meyerowitz pour les apports des couleurs on retrouve l’enthousiasme de François Truffaut, alors critique de cinéma  pour Arts et Les Cahiers du cinéma, découvrant et s’émerveillant dans le mélodrame de Douglas Sirk, Written on the Wind (Ecrit sur du vent, 1956), devant l’Amérique en couleurs pimpantes, modernes révélées dans ce film.

Dès 1972, Joel Meyerowitz   se consacre uniquement à la couleur, et aux grands formats.

Son premier livre, Cape Light (1979), dans lequel « il explore les variations chromatiques au contact de la lumière, est considéré comme un ouvrage classique de la photographie ». Il a été vendu à plus de 100 000 exemplaires en 30 ans. Seize autres ouvrages suivent.

Cet artiste inaugure comme enseignant le premier cours de photographies en couleurs à la Cooper Union for the Advancement of Science and Art, établissement prestigieux d’enseignement supérieur de New York.

Utilisant alternativement un appareil 35mm et une chambre Deardorff 20x25, Joel Meyerowitz « développe à travers ces deux formats, qui définissent deux langages différents, une écriture originale. Il capture “l’instant décisif” avec son appareil 35mm, et révèle la beauté du réel en utilisant un temps beaucoup long avec la chambre grand format ». C’est parfois une cacophonie chromatique qu’il impressionne. Ou un moment de poésie : ce couple s’éloignant de dos dans des volutes de fumée…

A l’épure des paysages, ruraux ou maritimes, et de portraits, alternent l’intensité, le rythme, les chocs des villes. Tous soigneusement composés et colorés. Avec des lumières diverses : celle qui fait rougir la peau de la rousse Caroline, à Provincetown, sur un fond de dégradés de bleu, ou celle plus blanche de Paris.

Plus de 350 expositions dans des musées et des galeries ont montré les photographies de cet artiste souvent distingué.

En 1998, Joel Meyerowitz a réalisé son premier film, POP, journal de son voyage de trois semaines avec son père âgé de 87 ans, Hy, et son fils Sasha.

Dans les jours ayant suivi les attentats terroristes islamistes contre le World Trade Center (WTC), à New York, le 11 septembre 2001, Joel Meyerowitz a constitué les archives sur cette destruction et la reconstruction dans et autour de Ground Zero. Plus de 8 000 photographies de ces Archives du WTC ont fait l’objet de 35 expositions organisées par le Département d’Etat, de 2002 à 2005, de Londres à Islamabad, de Rome au Koweït, de Moscou à Jérusalem. Avec ces photos, Joel Meyerowitz a aussi représenté, les Etats-Unis à la Biennale de Venise en 2002.

En 2013, la Maison européenne de la photographie  (MEP) a présenté une rétrospective  de Joel Meyerowitz.

En 2014, la célèbre Howard Greenberg Gallery a présenté deux expositions de Joel Meyerowitz, photographe de rue (street photographer), américain, Juif, spécialisé dans les paysages et les portraits : My European Trip: Photographs from the Car, exposition en 1968 au  MoMA et dont le commissaire était John Szarkowski et  The Effect of France. New Still Lifes, 2012-2013.

Le NRW-Forum à Düsseldorf présenta la première rétrospective de Joel Meyerowitz en Allemagne. Plus de 260 photographies d'une carrière s'étalant sur 50 ans.

La Polka Galerie a présenté Taking my Time - Part II de  Joel Meyerowitz, second volet de exposition « Taking My Time », un cycle rétrospectif en deux tableaux consacré au grand photographe américain Joel Meyerowitz. Autobiographique et méditative, l’exposition plonge dans la mémoire d’un artiste spectateur qui a traversé l’histoire récente de la photographie. La deuxième partie du voyage se consacre aux paysages et à la lumière, laissant les rues de New York de la « Part. I » derrière elle". Des premiers travaux en noir et blanc à son travail précurseur en couleurs, dont les photographies réalisées pendant neuf mois dans les ruines du World Trade Center à New York, après les attentats terroristes islamistes du 11 septembre 2001.

"A la  fin des années 1960, l’auteur de Bystanders (1994) interroge les secrets de la couleur, en explorant sa finesse, ses tonalités, ses contrastes et ses saturations veloutées. Le bouleversement sémantique que présuppose l’abandon du noir et blanc conduit Meyerowitz vers le contexte de ses images. Le grand format joue ici un rôle prépondérant. En 1976, l’artiste fait l’acquisition d’une chambre photographique grand format, une Deardorff 8x10. C’est à Cape Cod, où il passe ses vacances, que Meyerowitz l’utilise pour la première fois. Avec sa lumière, ses paysages vides, plats, silencieux voire figés, la presqu’île balnéaire du Massachusetts est à l’exact opposé de l’énergie new-yorkaise qu’il photographie à ses débuts, au 35 mm. Mécaniquement et symboliquement, la vision change. Le dispositif et les règles aussi".

"L’expérience de la chambre photographique permet à Joel Meyerowitz de résoudre un paradoxe esthétique et artistique auquel il s’est confronté dès ses débuts, au moment où la photographie couleur, médium de masse par excellence, gagnait son statut d’œuvre d’art. Là où Fred Herzog ou Stephen Shore, pour s’en libérer, neutralisent les nuances, Meyerowitz fait le contraire, assumant la richesse et la puissance des pigments. La couleur n’est plus seulement un procédé, elle devient un langage. Et la photographie un métabolisme, un théâtre, un lieu de contemplation qui se joue des hors-champs et des harmonies chromatiques. « L’action n’est plus au cœur, elle devient presque accessoire. Mon image a d’autres ambitions. » En 1979, paraît Cape Light, son livre culte, clin d’œil au passé et préfiguration de ses futures séries".

"Après les piscines de Cape Cod viendront d’autres paysages, d’autres formes, d’autres architectures. Des forêts de Toscane aux ruines du World Trade Center en passant par les ateliers du grand peintre italien Giorgio Morandi. Le voyage de Meyerowitz devient alors intérieur".

La Howard Greenberg Gallery a présenté deux expositions - "Between The Dog And The Wolf" (Entre Chien et loup) et "Morandi, Cézanne And Me" - montrant des photographies, parfois inédites, de  Joel Meyerowitz.

"Two exhibitions of photographs by Joel Meyerowitz will be on view at Howard Greenberg Gallery from September 7 to October 21, 2017. Between the Dog and the Wolf presents images from the 1970s and 80s made in those mysterious moments around dusk. Many of the works will be on display for the first time. Morandi, Cézanne and Me surveys Meyerowitz’s recent still lifes of objects from Paul Cézanne’s studio in Aix-en-Provence and Giorgio Morandi’s in Bologna. The exhibitions will open with a reception on September 7, from 6 to 8 p.m.

Two new books of photographs by Meyerowitz are to be published: Joel Meyerowitz: Cézanne’s Objects (Damiani, October 2017) and Joel Meyerowitz: Where I Find Myself: A Lifetime Retrospective (Laurence King, January 2018).

"The exhibition title Between the Dog and the Wolf is a translation of a common French expression “Entre chien et loup,” which refers to oncoming twilight. As Meyerowitz notes, “It seemed to me that the French liken the twilight to the notion of the tame and the savage, the known and the unknown, where that special moment of the fading of the light offers us an entrance into the place where our senses might fail us slightly, making us vulnerable to the vagaries of our imagination.”

The "majority of the photographs in the exhibition are from a period when Meyerowitz was spending summers on Cape Cod and had just begun working with an 8x10 view camera. “My whole way of seeing was both challenged and refreshed. I found that time became a greater element in my work. The view camera demands longer exposures, and I began looking into the oncoming twilight and seeing things that the small cameras either couldn’t handle or didn’t present in significant enough quality,” Meyerowitz explains. “What seems of more value to me now, 30 years later, is how that devotion to the questions back then taught me to see in a new and simpler way.”

"The exhibition features photographs taken concurrently with Meyerowitz’s iconic series Cape Light, widely recognized for his use of color and appreciation of light. A young woman is perched on a wall that overlooks the Cape Cod Bay in a 1984 print, with the last of the daylight fading into a pink haze. A 1977 view of a dark house with one lit window has a sandy front yard with a sagging badminton net, an abandoned tricycle, and a blue doghouse with peeling paint. In a nearly abstract image from 1984, the viewer can barely see lights from a house on the beach as night falls. Other locations show a view of a serene sky with St. Louis’ Gateway Arch from 1977 and a palm tree in fading blue light in Florida from 1979".

As Meyerowitz notes, “I am grateful that my experience has allowed me to work both as a street photographer and as a view-camera photographer, and that I’m comfortable with both vocabularies. I speak two languages, classical and jazz. Street photography is jazz. The view camera, being so much slower, is more classical, more meditative, it has a different way of showing its content. You can be a jazz musician and play classically, and you can be a classical musician and love the immediacy and improvisation of jazz.”

"Morandi, Cézanne and Me reflects Meyerowitz’s fascination with everyday objects, which also served as inspiration to Paul Cézanne and Giorgio Morandi. He was granted permission to photograph in both artists’ studios in 2013 and 2015".

Meyerowitz "was struck by the grey walls in Cézanne's studio, and how every object in the studio seemed to be absorbed into the grey of the background. He photographed just about every object there – from vases, pitchers, and carafes to a skull and Cézanne's hat. This project spurred him to visit Morandi’s studio to observe the objects that the master still life painter had used as inspiration for over 60 years. Meyerowitz was allowed access to all 275 of Morandi’s famous objects at his home and studio. He worked near the same window, sitting at Morandi’s table, photographing shells, pigment-filled bottles, funnels, watering cans, and other dusty aged objects against the same paper that Morandi had left on the wall, now brittle and yellow with age. Meyerowitz also began to look anew at items he found in Italian flea markets – a dented brass tube, a rusted tin flask, a capped container -- and he photographed them placed in grey corners and against heavy canvas backdrops in his studio in Tuscany".

Says Meyerowitz, “My underlying motive – while, of course doing this for my own pleasure – was to provide a catalogue of the objects these painters used in the course of their lives, and show to scholars and other interested viewers, the actual, and for the most part humble, cast-offs and basic forms that these great painters drew their inspiration from.”

"Joel Meyerowitz (born 1938) is an award-winning photographer whose work has appeared in over 350 exhibitions in museums and galleries throughout the world. After a chance encounter with Robert Frank, the New York native began photographing street scenes in color in 1962, and by the mid-1960s became an early advocate of color photography and was instrumental in the legitimization and growing acceptance of color film. His first book, Cape Light (1979) is considered a classic work of color photography and has sold more than 100,000 copies. He has authored 17 other books, including Legacy: The Preservation of Wilderness in New York City Parks (Aperture, 2009). As the only photographer given official access to Ground Zero in the wake of September 11th, he created the World Trade Center Archive, selections of which have toured around the world. Meyerowitz is a two-time Guggenheim fellow and a recipient of awards from both the NEA and NEH. He is a recent winner of the Royal Photographic Society's Centenary Award, its highest honor. For his 50 years of work in 2012, he received the Lifetime Achievement Award at the Lucie Awards, an annual event honoring the greatest achievements in photography. This January, Meyerowitz was inducted into the Leica Hall of Fame for his contribution to the photographic genre. His work is held in the collections of many museums, including The Museum of Modern Art, New York; the Whitney Museum of American Art, New York; and the Museum of Fine Art, Boston. Meyerowitz lives and works in Tuscany and New York City".

"Inside/Outside"
En 2018, dans le cadre de Paris Photo, la galerie Polka présenta « Inside | Outside », une plongée inédite dans l’univers du photographe américain Joel Meyerowitz. Pour la première fois, l’artiste revisite son œuvre de façon transversale, en se débarrassant du cadre formel et rigoriste de la série ou de l’œuvre iconique. De ses débuts, dans les rues grouillantes de New York jusqu’au temps de la contemplation et de l’introspection lascive, quelque part en Toscane ou dans les ateliers de Cézanne et Morandi."

"L’image alors n’existe plus par elle-même mais dans une cohabitation nouvelle. La lecture combinée de plusieurs échos, ombres et tableaux juxtaposés, forme de nouvelles notes fondamentales, des harmoniques visuelles et chromatiques, des séquences expérimentales qui par résonance, entrent en conversation."

« Les photographes de ma génération sont parfois enfermés dans leur boîte sans pouvoir en sortir. Il est bon qu’un œil extérieur vienne l’ouvrir de temps en temps, pour libérer des images auxquelles on ne pense plus ou bien créer des associations intempestives. Comme cette femme qui regarde par la fenêtre – que j’ai toujours adorée, sans jamais l’avoir montrée – et qui semble regarder vers ces fruits posées sur un journal prises en à-pic. Les photos, ainsi soustraites aux séries auxquelles elles étaient liées, réaffirment leur pouvoir d’image singulière. »

L’exposition « Inside | Outside » "revisite, avec une liberté totale et l’amitié complice de l’artiste qui confie au spectateur les clés de ses partitions, soixante ans de production photographique. Le bilan d’une vie à observer les hommes et le paysage. Cette relecture est un hommage en même temps qu’une lecture critique de l’œuvre, à l’épreuve du temps. Les pistes de lecture de cet accrochage sont innombrables."

"L’une consiste à l’analyser selon le prisme de la frontière, de la lisière, de la démarcation, du miroir entre deux mondes à la Lewis Carroll : l’appartement surgit dans une forêt, la plage sur les rebords d’une baignoire vide, le rythme de la vie bourdonnante dans le reflet des verres vides d’une table à l’abandon. Une partie de l’exposition est composée de diptyques, de paires stéréoscopiques qui rapprochent les images selon différents scénarios   –  jeux d’échelles, de couleurs, de géométries, clins d’œil narratifs – et parfois au fil de solidarités souterraines et secrètes qui éclatent à la surface des tirages."

"La courbe d’un pont new-yorkais, celle d’un chemin de campagne italienne. Le clair obscur de deux clins d’œil sur une ville gigantesque. La porte qui guide le spectateur vers l’horizon. Celle qui le conduit vers le mur vide d’un musée et des paysages métaphysiques. Le noir et blanc d’un instant photographique, la couleur du suivant après le premier coup de déclencheur – quand la vie a continué pendant quelques secondes. Avant une rétrospective d’envergure que lui consacrera la Tate Modern en 2020, l’exposition « Inside | Outside » est une occasion unique de découvrir en avant première, les harmoniques inédites de Joel Meyerowitz."

"Retrospection"
En 2018, les éditions Textuel ont publié "Rétrospection" de Joel Meyerowitz. "Joel Meyerowitz a 80 ans. Il est l’un des photographes les plus célèbres au monde. Ayant joué un rôle clé dans les changements d’attitude envers la photographie couleur dans les années 1970, il est reconnu comme un artiste précurseur et un enseignant extrêmement influent. On lui doit notamment Cape Lights (Aperture, 1979, réed. 2015), Taking my time (Phaidon, 2012)."

"Rétrospection, le mot choisi pour le titre de cet ouvrage souligne son originalité. C’est Joel Meyerowitz lui-même qui commente ici son œuvre. Avec son formidable talent de conteur, il nous offre en voix off son « tour du propriétaire ».  Il a choisi d’inverser la chronologie. Il remonte le temps, depuis ses photographies les plus récentes dans l’atelier de Cézanne jusqu’à ses toutes premières images réalisées dans la rue il y a plus de cinquante ans. C’est en 1962 que Joel Meyerowitz commence à arpenter les rues de New York muni d’un Leica 35 mm. Excité par l’énergie collective de la ville, par la tension des scènes de théâtre qui s’y nouent, il aiguise au fil du temps un sens instinctif de l’imprévisible et de l’immédiateté qui lui permet de capturer des images inattendues et saisissantes."


Du 8 novembre 2018 au 12 janvier 2019
A la Galerie Polka
12, rue Saint-Gilles. 75003 Paris, France
Tél. :  +33 1 76 21 41 30
Du mardi au samedi de 11 h à 19 h ou sur rendez-vous. 

"Between The Dog And The Wolf" et "Morandi, Cézanne And Me"
Du 7 septembre au 21 octobre 2017
A la Howard Greenberg Gallery

Du 14 janvier au 4 mars 2017
A la Polka Galerie 
12, rue Saint-Gilles. 75003 Paris, France
T +33 1 76 21 41 30
Du mardi au samedi de 11 h à 19 h 30 ou sur rendez-vous

Du 27 septembre 2014 au 11 janvier 2015
Au NRW-Forum Kultur und Wirtschaft Düsseldorf
 Ehrenhof 2, 40479 Düsseldorf. Germany
Tel.: +49 (0)211 – 89 266 90
Du mardi au dimanche de 11 h à 20 h

Du 17 avril au 31 mai 2014
A la Howard Greenberg Gallery
The Fuller Building.  41 East 57 Street.  Suite 1406.  New York, NY 10022
Tél.: 212.334.0010
Du mardi au samedi de 10 h à 18 h

Jusqu’au 7 avril 2013
A la Maison européenne de la photographie  (MEP)

5/7 rue de Fourcy, 75004 Paris
Tél. : 01 44 78 75 00
Du mercredi au dimanche de 11 h à 20 h

Visuels  de haut en bas :
NYC, 1963
© Joel Meyerowitz
Courtesy Howard Greenberg Gallery, New York City

NYC, 1965
© Joel Meyerowitz
Courtesy Howard Greenberg Gallery, New York City

JFK Airport, NYC, 1968
© Joel Meyerowitz
Courtesy Howard Greenberg Gallery, New York City

Mexico, 1963
© Joel Meyerowitz
Courtesy Howard Greenberg Gallery, New York City

NYC, 1963
© Joel Meyerowitz
Courtesy Howard Greenberg Gallery, New York City

NYC, 1963
© Joel Meyerowitz
Courtesy Howard Greenberg Gallery, New York City

Roseville Cottages, Truro, Massachusetts, 1976
© Joel Meyerowitz
Courtesy Howard Greenberg Gallery, New York City

Paris, France, 1967
© Joel Meyerowitz
Courtesy Howard Greenberg Gallery, New York City

Florida, 1967
© Joel Meyerowitz
Courtesy Howard Greenberg Gallery, New York City

NYC, 1978
© Joel Meyerowitz
Courtesy Howard Greenberg Gallery, New York City

NYC, 1975
© Joel Meyerowitz
Courtesy Howard Greenberg Gallery, New York City

Caroline, Provincetown, Massachusetts, 1983
© Joel Meyerowitz
Courtesy Howard Greenberg Gallery, New York City

Five more found, NYC, 2001
© Joel Meyerowitz
Courtesy Howard Greenberg Gallery, New York City

Provincetown, 1978
Florida, 1978
Heidi, Provincetown, Massachussets, 1981
Quartet, Massachussets, 1983
© Joel Meyerowitz, Courtesy Polka Galerie.

Fort Lauderdale, Florida, 1977
Archival pigment print; printed 2017
18 3/8 x 23 3/8 inches
From an Edition of 20

Affiche
Provincetown, Massachusetts, 1977
Archival pigment print; printed 2017
36 3/4 x 29 3/8 inches
From an Edition of 10

Dusk, New Jersey, 1978
Archival pigment print; printed 2017
18 3/8 x 23 3/8 inches
From an Edition of 20

Fort Lauderdale, Florida, 1977
Archival pigment print; printed 2017
29 1/4 x 37 inches
From an Edition of 10

Truro, Massachusetts, 1977
Archival pigment print; printed 2017
18 3/8 x 23 3/8 inches
From an Edition of 20

Affiche
Cezanne’s Studio, 2013
Archival pigment print; printed later
59 1/2 x 77 1/2 inches
From an edition of 4

Teatrino, 2013
Archival pigment print; printed later
40 x 32 inches
From an edition of 10

Grey Corner, 2014
Archival pigment print; printed later
40 x 30 inches
From an edition of 10

Teatrino Series, Bird Mother, 2017
Archival pigment print; printed later
40 x 30 inches
From an edition of 10


A lire sur ce blog :

Les citations sont extraites du dossier de presse.
Cet article a été publié sur ce blog le 2 avril 2013, puis les 17 avril, 29 mai et 24 septembre 2014, 10 janvier 2015, 15 janvier, 3 mars et 19 octobre 2017.

« Palmyre, patrimoine menacé » par Martin Papirowski


Arte diffusera le 21 octobre 2017 « Palmyre, patrimoine menacé » (Die Rettung Palmyras) par Martin Papirowski. « Une plongée dans le passé, le présent et l’avenir de la cité antique de Palmyre, classée au patrimoine mondial de l’Unesco et cible de l’État islamique, avant d’en être récemment libérée ».

  
« Entre Orient et Occident, la cité antique de Palmyre était, au temps des Romains, un lieu d’échanges et de commerce ».

Palmyre, ou Tadmor en hébreu et en araméen - tamar, signifie palmier -, se trouve dans le désert de l'actuelle Syrie, une oasis idéalement située sur la voie des anciennes caravanes commerciales - épices, bijoux, parfums, étoffes d'Inde et d'Extrême-Orient ; verre, métal, vin de Rome -, entre la Méditerranée et la Mésopotamie.

Dans la Bible hébraïque, le Premier Livre des Rois indique que le roi Salomon a conquis, organisé et construit dans Tamar (Tadmor).

Sous l'empire romain, Palmyre connait son apogée. La ville se couvre "d'édifices richement ornés. Pour la première fois, on construit des maisons en pierres, mais seuls les riches peuvent se le permettre". L'Arc de triomphe a été dynamité par ISIS.

En 129, Hadrien se rend dans cette "Rome du désert". En quelques décennies, des nombreux bâtiments sont construits : maisons avec chauffage par le sol, théâtre où se jouent des pantomimes, tragédies grecques et comédies romaines devant un public oriental.

Insigne honneur, Palmyre "est élevée au IIIe siècle au rang de colonie romaine", et demeure une "ville de garnison". Avec les invasions barbares, les guerres s’enchaînent. La Perse est plus forte que jamais. Les Légions romaines sont défaites par les Perses, et l'empereur romain Valérien fait prisonnier. Rome perd le contrôle de l'Orient. En 262, les Romains repoussent les Perses. Veuve d'un général romain, Zénobie veut s'approprier une part du royaume romain. Elle parvient à dominer la Syrie, l'Arabie et l'Egypte. Aurélien fait défilée Zénobie enchaînée à Rome.

Palmyre dépend désormais de l'Empire de Byzance. Au début du IVe siècle, Palmyre devient un évêché, et les temples païens sont transformés en églises.

Les Arabes conquièrent Palmyre qu'ils islamisent. Puis, dès le XVIe siècle, les Ottomans conquièrent la ville et l'administrent. Et ce, jusqu'à la Première Guerre mondiale.

Aux XIXe et XXe siècles, des archéologues ont découvert une inscription en hébreu - les premiers versets du Shéma Israël - sur la porte en pierre de la cité antique. Une communauté juive a vécu à Palmyre au fil des siècles, mais de manière semble-t-il discontinue. Près d'un temple païen, ont été exhumés des verres portant des dessins de ménorahs, chandelier à sept branches des Hébreux. En 2015, la conquête de Palmyre par l'Etat islamique a suscité les plus vives inquiétudes concernant ces vestiges du passé juif de la ville. 

« Symbole de diversité et de tolérance, le site est devenu, lors de la guerre en Syrie, la cible de l’État islamique qui a pillé ses trésors archéologiques et détruit ses édifices emblématiques ». Il s'est aussi livré au commerce d’œuvres antiques. Ce qui lui a procuré des revenus. L'UNESCO (Organisation des Nations unies pour l'éducation, la science et la culture) a condamné ces destructions et trafics. 

« Après la libération de la ville, des chercheurs tentent aujourd’hui de déterminer – à l’aide de mesures précises et d’images en haute résolution – l’étendue des destructions ». 

Le « sauvetage et la reconstruction de la « perle du désert » pourraient, à terme, amorcer le renouveau en Syrie ».

Archéologues et architectes spécialistes en archéologie collaborent dans la réflexion sur la restauration de monuments détruits pour sauver Palmyre, et la ressusciter en tant que "miroir de l'histoire syrienne".

En mêlant les époques, sans donc respecter la chronologie, le documentaire perd en didactisme.


« Palmyre, patrimoine menacé » par Martin Papirowski
Allemagne, 2017, 51 min
Sur Arte les 21 octobre 2017 à 20 h 50 et 22 octobre 2017 à 15 h 50

Visuel
Site de Palmyre (République arabe syrienne)
Copyright : © UNESCO
Auteur : Ron Van Oers

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Les citations sur le film sont d'Arte et du film.

mardi 17 octobre 2017

Sonia Rykiel (1930-2016)


Sonia Rykiel (1930-2016) a fondé en 1968 sa maison de prêt-à-porter à Saint-Germain-des-Prés (Paris). Cette styliste est devenue célèbre par son travail innovateur sur les tricots et ses vêtements aux tissus légers accompagnant les mouvements de la femme. Femme de lettres française juive, elle soutenait l’Etat d’Israël. Le 17 octobre 2017 de 20 h à 22 h 30, le Centre Communautaire Jérôme Cahen à Neuilly sur seine organise la rencontre-dédicace avec Nathalie Rykiel qui présentera d'Ecoute-moi bien.


"Un créateur, c'est celui qui court dans sa tête. Il se pose, il repart, il prend, il donne", disait Sonia Rykiel (1930-2016).

Crinière frisée rousse éclatante, la silhouette menue, mince, soulignée par un vêtement noir, le visage éclairé par des yeux clairs et vifs... Sonia Rykiel (1930-2016) semblait avoir dessiné son apparence d’un trait épuré d’artiste.

Cette styliste a innové dans le prêt-à-porter féminin en privilégiant des tissus vaporeux, allégés par l’absence de doublure, des tricots n’entravant pas la marche d’une femme joyeusement assurée, et extravertie sans excès. Ainsi, la photographe Dominique Isserman se souvenait pour l’hebdomadaire Elle de ses défilés de mode avec des mannequins souriant comme « une ribambelle de sœurs, avec quelque chose de très joyeux, et cela reflète sa vie ».

Pourtant, Sonia Rykiel ne savait ni coudre ni tricoter.

Esprit germanopratin
Dès 1962, Sonia Rykiel dessine et fait confectionner ses premiers vêtements pour la boutique Laura : des robes pour femmes enceintes et des tricots ajustés, révélant les courbes féminines. Un rapide succès.

En 1968, la maison Sonia Rykiel s’ancre à Saint-Germain des Prés à Paris en y implantant sa première boutique.

Précurseur, Sonia Rykiel « anticipe d’une dizaine d’années les gestes et les attitudes qui définiront plus tard la modernité des créateurs expérimentaux et conceptuels  ».

Sonia Rykiel « devient rapidement l’incontournable reine de la maille en créant des mini-pulls et en chamboulant leurs proportions. La maille devient alors sa matière de prédilection qu’elle va travailler avec obsession tout au long de sa carrière ». 

Sonia Rykiel est aussi « pionnière lorsqu’elle utilise le noir à la fin des années pop. Couleur synonyme pour elle de séduction et de liberté, elle bouscule l’élégance bourgeoise des années 70, et renverse les tabous. Des salons aux podiums, le noir signe par là même la modernité de la maison, bien avant que les créateurs japonais, puis belges ne s’en emparent ».

En 1974, elle « invente les premiers vêtements aux coutures à l’envers et instaure le non fini : les ourlets et les doublures sont gommés et abolis, anticipant d’une dizaine d’années les gestes et les attitudes qui définissent le passeport vers la modernité des créateurs expérimentaux et conceptuels ».

« Alors qu’à cette époque une silhouette en vogue devient le papier carbone de chaque décennie, démodant la précédente, l’allure Rykiel est le négatif stable de la modernité. Les créations de Sonia Rykiel laissent peu de possibilités aux historiens avides de dater à l’année près le travail d’un créateur ».

Sa « mode, qui s’impose avec instantanéité et intemporalité, résiste bien au temps ».

Sonia Rykiel habillait « la femme-plaisir, la femme-travail, la femme-pouvoir et la femme-désir  ».

« Femme de mode, Sonia Rykiel joue avec les mots qui deviennent des inscriptions sur les vêtements, des slogans poétiques ou bien des livres. Elle est une signature d’exception qui fascine créateurs de mode et d’images, artistes et cinéastes ».

Elle « a montré aux femmes comment créer leur propre style. Décolleté glissé sur l’épaule, tissus légers comme le souffle du vent, ses robes apprennent aux femmes qui les portent à laisser s’exprimer la personne qui se trouve en elles. Les vêtements font alors partie du corps qui les porte ».

Sonia Rykiel mélangeait « volontiers les formes d’expression : mots, langage, couleurs, étoffes se répondent pour créer un univers subtil et frais. La femme Rykiel est épanouie et libre. Libre de son corps, de ses idées, de son style ».

La « silhouette Rykiel est celle d’une femme engagée dans une réflexion sur le monde en marche, qui mêle élégance et fantaisie, grâce à des lignes chic, construites, structurées, avec juste ce qu’il faut de folie. Une garde-robe Rykiel est définitivement un mode de vie ».

L'engouement des femmes pour ses créations a perduré au fil des décennies. Des réalisateurs et des créateurs lui ont rendu hommage.

Le 17 octobre 2017 de 20 h à 22 h 30, le Centre Communautaire Jérôme Cahen à Neuilly sur seine organise la rencontre-dédicace avec Nathalie Rykiel qui présentera d'Ecoute-moi bien. "C'est l'histoire d'une passion dévorante, et dérangeante, entre une mère et sa fille. Quelque chose qui vous transcende et vous tue, vous euphorise et vous désespère. Que celles qui redoutent les relations maternelles castratrices et sublimes ne s'approchent pas du dernier opus, brûlant, de Nathalie Rykiel, une lettre d'amour écrite à sa mère. Un récit intimiste sur  la relation particulière qu’elles entretenaient, aux frontières de l’adoration, de la possession et de la jalousie. Nathalie Rykiel créatrice de mode et écrivain nous parlera transmission, de la liberté des femmes , de la conquête du pouvoir pouvoir,  de son judaïsme et des traditions".


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Les citations sont extraites du dossier de presse du musée des Arts décoratifs. Cet article a été publié le 7 octobre 2016.

dimanche 8 octobre 2017

Charlemagne Palestine


Charlemagne Palestine, plasticien, musicien avant-gardiste, est honoré par deux expositions : l’une au Musée d’art et d’histoire du Judaïsme  (MAHJ), l’autre au Jewish Museum de New York sous le titre « Charlemagne Palestine’s Bear Mitzvah in Meshugahland ». Un univers bariolé empli d’ours en peluches et d'écharpes, inspirant la joie, mais vide d’êtres humains. Des « représentations chamaniques de l’âme ». Un « crazy land ».
     
 
« Né à Brooklyn en 1947 sous le nom de Chaim Moshe Palestine » dans une famille juive originaire d’Europe de l’Est, il « rejoint, enfant, la chorale juive de Stanley Sapir pour atténuer par le chant les effets de son bégaiement ».

Il apprend à jouer du piano et de l’accordéon.

« Élevé dans une famille originaire d’Odessa, il est partagé entre une éducation traditionnelle et son goût pour les formes artistiques expérimentales ».

Il étudie au Collège des Arts et de la musique de Manhattan. Il se passionne par les sons produits par des machines, la musique électronique.

De 1963 à 1969, il joue du carillon à l’église Saint Thomas à Manhattan.

Charlemagne Palestine explore une musique expérimentale. Il est ainsi repéré par le vidéaste Tony Conrad.

« Dès les années 1960, il évolue aux côtés de nombreuses figures de l'avant-garde new-yorkaise, dont La Monte Young, Terry Riley ou John Cage. »

« Sa pratique du chant, du carillon, de l’orgue puis du piano lui permet de développer, à partir des années 1970, une relation physique et vibratoire à l’espace, à son corps et à ceux de l’auditoire. Ses performances s’adaptent aux contextes et aux instruments qu’il utilise, engendrant un dialogue avec les lieux qui le reçoivent ».

Charlemagne Palestine s’intéresse aux drones, des sons continus : « Comme Rothko et Still l'avaient trouvé en peinture, je voulais trouver dans le son un champ baigné de couleur, un temple de la couleur, un sanctuaire de la couleur, un son sans fin » (Revue et Corrigée, n°28). Il recherche le Son d’Or (The Golden Sound), et nourrit sa quête de musiques d’horizons divers, l’Inde et l’Indonésie.

« La dimension totale de sa démarche est à l’image des peluches qu’il recueille et expose : public idéal, totems, communauté choyée et perdue qu’il cherche à reconstruire, elles concrétisent aussi le caractère animiste de son œuvre ».

En 1987, cet artiste multimédia « réalise pour la Documenta 8 à Kassel, God Bear, un ours en peluche à 3 têtes et 2 corps de 6 mètres de haut ».

En 1996, la « publication de Four Manifestations on Six Elements replace Charlemagne Palestine sur le devant de la scène. Cet album, réalisé avec le concours de Lee Ranaldo, du groupe Sonic Youth, rassemble diverses performances enregistrées dans les années 1970 et 1980 ».

En 2015 et en 2016, respectivement la Kunsthalle de Vienne et le Witte de With à Amsterdam ont présenté GesammttkkunnsttMeshuggahhLaandtttt. Une quasi rétrospective de ce compositeur - à l’origine pour le glockenspiel, instrument à percussion, et des instruments électroniques -, musicien, plasticien, vidéaste américain.

Auteur de plus de 20 albums solo, il est connu pour ses œuvres musicales fondées sur la répétition. Les variations n’apparaissent que graduellement. « Bien que lié aux musiciens La Monte Young, Terry Riley, Philip Glass et Steve Reich, il a rejeté le minimalisme et forgé le terme « maximalisme » pour caractériser ses compositions ». Les objets réitérés – ours en peluche, bouteilles de cognac, écharpes – fonctionnent comme des « symboles d’identification ». Les « ours en peluches représentent pour Charlemagne Palestine des totems chamaniques puissants qu’il dénomme Divinités ».

L’ours en peluche (Teddy bear) a été inventé en 1902 par un couple d’immigrés juifs à Brooklyn. Le premier ours en peluche était cousu à la main par Morris et Rose Michtom en hommage au président Théodore Roosevelt à la suite d’un voyage à fin de chasser au Mississipi au cours duquel il a refusé de tirer sur un ours âgé, blessé. Le fait a été popularisé par le célèbre dessinateur Clifford Berryman dans le Washington Post. Le couple Michtom a surnommé sa création un « Teddy’s bear ». Un succès commercial immédiat.


Charlemagne Palestine vit et travaille à Bruxelles, en Belgique.

Son actualité ? Deux expositions, deux installations, similaires - jusqu’au 6 août 2017 « Charlemagne Palestine’s Bear Mitzvah in Meshugahland » au Jewish Museum de New York, et au musée d’art et d’histoire du Judaïsme - et « Palestine, prénom Charlemagne – Messhugga Land », livre d’essais et d’entretiens avec Marie Canet (Presses du réel, 2017). Le 15 mai 2017, la Fondation Entreprise Ricard avait invité Charlemagne Palestine à l’occasion de la sortie du livre.


Un univers de jouets, dont des ours en peluche, habillés. Certains jouets ont été créés par l’artiste. Les têtes de jouets sont recouvertes de taliths, châles de prières blancs rayés de bleu portés par les juifs. Le Jewish Museum présente notamment « Noah’s Ark », un bateau à rames empli à ras bord de jouets en peluche. Dans le titre de l’exposition, réside un jeu de mots sur bar-mitzva (fils du commandement, en araméen) - majorité religieuse d’un garçon juif à 13 ans marquée souvent par une cérémonie et une fête - devenu « Bear Mitzvah » (ours du commandement, en anglais et en araméen). Meshugah signifie « fou » en yiddish. Le Jewish Museum invite donc à la Bear Mitzvah au Pays fou de Charlemagne Palestine.

« Sculptures, peintures, installations visuelles et sonores, films et concerts... Charlemagne Palestine investit le mahJ à l’occasion d’une exposition personnelle, première du genre dans un musée français. Dans les écuries de l'hôtel de Saint-Aignan, il déploie une installation qui mêle œuvres historiques et nouvelles productions, faisant évoluer le visiteur au cœur de son univers foisonnant, où les peluches tiennent un rôle de premier ordre ».

L’espace est décoré empli de peluches vêtues de costumes bariolés et semblant s'accrocher les uns aux autres. Des tissus entourent les colonnes. Des écharpes sont accrochées aux murs. Des étoffes à motifs colorés pendent aux fenêtres. Des boules à miroirs démultiplient le côté festif et le concept de répétition. L’ambiance est chaleureuse, et émouvante.
             
L’exposition Charlemagne Palestine au mahJ est réalisée en collaboration avec l’École nationale supérieure des Beaux-arts de Lyon, en partenariat avec Les Inrockuptibles. Le commissariat est assuré par Marie Canet, commissaire indépendante, historienne de l'art et professeur d'esthétique à École des beaux-arts de Lyon, et Fanny Schulmann, conservatrice de la collection moderne et contemporaine du mahJ ».

« Alchimiste minimaliste, Charlemagne Palestine est aussi un des plus importants artistes de la performance new-yorkaise. Il y a, à cet égard, quelque chose d’héroïque et même de shakespearien dans la mise en représentation du personnage qu’il s’est choisi. Ainsi, peut-on le voir s’avancer à petits pas vers la scène, un éternel verre de cognac à la main et le dos voûté. « Pour ressembler à Quasimodo, le sonneur de cloches de Notre-Dame », s’amusera-t-il à nous confier... Mais qu’importe : dès que ses doigts se posent sur les touches d’ivoire, c’est très vite qu’il nous emporte avec lui dans son désir sans cesse relancé de s’accorder à la vibration fondamentale de l’univers », a écrit Daniel Caux.

Autour de l'exposition, est prévue la soirée de projections Charlemagne & friends – Films expérimentaux le 13 septembre 2017, à 19 h 30. L’artiste sera aussi à l’honneur lors de la Nuit blanche du 7 octobre 2017.

Quand le mahJ proposera-t-il une exposition de peintres ou sculpteurs juifs français contemporains ?
  

Extraits de Palestine, prénom Charlemagne – Messhugga Land, de Marie Canet (Presses du réel, 2017)

« Enfance new-yorkaise 
Charlemagne Palestine est né en 1947 dans le quartier de Brooklyn, à New York aux États-Unis. Né Charles Martin ou Chaim Moshe, il a grandi dans une famille russe, de religion juive, originaire d’Odessa. Ses parents ont émigré étant enfants aux États- Unis, en 1908 et 1915. Sa mère travaille dans le domaine du textile en tant que couturière ; son père est dans le bâtiment et se trouve lié à la mafia juive qui tient le monopole dans ce quartier de la ville. Dès l’âge de huit ans et jusqu’en 1961, Palestine est membre de la chorale juive traditionnelle Stanley Sapir. Son éducation musicale est partagée entre une approche spirituelle de la musique, qu’il pratique à la synagogue, et les chants folkloriques des groupes klezmer, qu’il écoute à la maison. Il aime traîner dans les cafés de Greenwich Village où il côtoie les poètes de la Beat Generation dont Allen Ginsberg et Gregory Corso ou Tiny Tim, le chanteur populaire et joueur de ukulélé. 

Années d'apprentissage 
À treize ans, il suit des cours au College of Arts and Music de Manhattan, une des écoles créées dans les années 1930 [...] pour soutenir l’éducation des enfants d’émigrés. Il étudie l’accordéon d’abord, puis le piano, pratique le chant, la peinture et la musique en développant son intérêt pour les sons générés par des machines. Il se procure ainsi des magnétophones à bandes avec lesquels il expérimente l’enregistrement et le collage. À partir de 1963, il est carillonneur à l’église épiscopale Saint-Thomas sur la 5e Avenue, à côté du Museum of Modern Art de New York. Il joue chaque jour des hymnes traditionnels protestants qu’il mêle à des formes plus expérimentales. [...] 

Premiers pas dans l'avant-garde new-yorkaise 
[...] les passants new-yorkais pressés et affairés se faisaient toujours surprendre par les dégringolades et les échappées de masses sonores produites du haut du clocher de Saint-Thomas au point d’arrêter leur course et de lever la tête. Un jour, c’est donc Tony Conrad, musicien et cinéaste de l’avant-garde newyorkaise, qui interrompt sa marche pour venir à la rencontre du jeune carillonneur […] enthousiaste, il l’invite à participer à la musique du film qu’il est en train de produire avec Beverly Grant, Coming Attractions, réalisé en 1969-1970 […]. Le film raconte, sous une forme allégorique à laquelle la musique participe entièrement, les amours et expériences d’un transsexuel âgé [...]. Il est demandé à chaque musicien de jouer quelque chose relatif à son passé, son expérience : John Cage, qui venait de quitter les Velvet Underground, joue une étude de Chopin ; Terry Riley propose le genre de musique avec laquelle il gagnait sa vie dans des bars et des bases de l’armée au début des années 1960 ; La Monte Young chante une chanson de cow-boy (Bury Me Not on the Lone Prairie) ; et Charlemagne Palestine joue du carillon et de la voix à partir de deux pièces enregistrées en 1968 à l’University Intermedia Center de New York intitulées Holy 1 et Holy 2. Pour cette nouvelle version re-titrée Alloy, il travaille sur un instrument de son invention baptisé l’« Alumonium ». 

Premières expérimentations 
En 1968, il expérimente la musique électronique auprès de Serge Tcherepnin et Don Buchla à l’Intermedia Center University de New York. Il pose ainsi les bases de son projet visant à l’exploration de « Sonorités d’or » et de ce qui deviendra sa pratique du drone [son continu] en travaillant avec des oscillateurs et des synthétiseurs analogiques. Il y fait également la connaissance du compositeur Morton Subotnick qui l’invitera à enseigner l’année suivante, et jusqu’à la fin de l’année 1972, au département de Musique du California Institute of the Arts. Là, tout en poursuivant ses expérimentations, Palestine découvre deux instruments essentiels pour le futur de sa pratique : l’orgue et le Bosendorfer Impérial Grand Piano. De retour à New York, en 1973, il entame une série de performances filmées répertoriées sous le titre générique des Body Music. Il produit en 1974 sa première composition performative d’envergure pour piano et musique électronique à la galerie Sonnabend […] intitulée Four Manifestations on Six Elements. 

Minimalisme 
Palestine, qui a toujours refusé l’appellation « minimaliste » pour parler de sa pratique de la musique, préfère le terme de trance. Il élabore des formes sonores et visuelles environnementales liées au chamanisme et à sa propre judéité. Son oeuvre travaille la dimension spatiale des objets et des contextes dans et avec lesquels il se produit. Ce travail de mise en volume de l’espace concerne tout autant son corps de performer que les objets qu’il manipule (instruments ou engins) ou les lieux dans lesquels il intervient (églises ou salles de concert). Tout périmètre, physique et conceptuel, est concevable chez lui s’il peut être travaillé, voire dépassé. Lorsqu’il arrive sur scène il ressemble d’ailleurs de plus en plus à une drôle de créature. Des guirlandes de tissus colorés décorent son piano, il s’agit de Schmattes, un terme yiddish pour parler des chiffons dont les juifs font commerce et qui renvoie directement à l’histoire familiale de l’artiste. Des peluches sont toujours installées sur scène et autour de l’instrument. Il noue durant ses performances les motifs sonores de la même manière qu’il noue les textures et couleurs de ses foulards en cravate, c’est-à-dire par variation, contraste et superposition ». 


Entretien avec Charlemagne Palestine par Marie Canet
(Extrait de Palestine, prénom Charlemagne – Messhugga Land, de Marie Canet
Presses du réel, 2017
Ouvrage traduit en anglais à l'occasion de l'exposition du Jewish Museum de New York, « Charlemagne Palestine’s Bear Mitzvah in Meshugahland »

« Charlemagne, pouvez-vous me dire quand vous avez utilisé pour la première fois vos peluches ? Quelle était l’idée ? 
Lorsque j’étais enfant, j’avais tout un ensemble de peluches comme la plupart des enfants. J’avais 5, 6, 7, 8, 10 ans et même plus encore, et ma mère commença à se faire du souci. J’en avais trop autour de moi. […] Donc depuis cette époque, j’avais environ 12 ans, jusqu’à 16 ou 17 ans, il n’y a eu plus aucune peluche dans ma vie. Mais lorsque j’ai déménagé en Californie, parce que j’étais invité à enseigner et à étudier au California Institute of the Arts, ma copine de l’époque, Eileen, a trouvé un ours en peluche qu’elle a acheté à l’Armée du salut pour 25 cents. Il avait des yeux bleus comme les miens. Elle a dit : « Tu sais, il me fait penser à toi, c’est un cadeau. » Cet ours allait devenir King Teddy. Je l’ai toujours. Il a commencé à nous parler : « YA », il avait une voix comme celle-ci et chaque fois que nous avions un problème, il faisait notre intermédiaire. Et donc Teddy est devenu un membre de la famille. À cette époque je démarrais la performance, j’avais rencontré Simone Forti. Nous avons commencé à travailler ensemble et Teddy a participé aussi à nos pièces. 
Donc vous avez découvert en King Teddy une sorte d’alter ego ? 
Absolument, toujours en train de parler. Il parlait à Simone. Il parlait à la galerie Sonnabend, tellement que cela est devenu trop bizarre je pense. Nous l’avons restauré parce qu’il était en très mauvais état. Je l’emmenais partout. Il est dans notre chambre d’amis, dans une petite poussette avec un bébé et un petit ours. Maintenant il a une petite famille. […] 
Vous croyez aux pouvoirs magiques ? 
Non, je crois que lorsque quelque chose émerge du chaos du monde, il vous donne un pouvoir spécial.
Croyez-vous que l’art soit porteur de ce pouvoir ? 
Mon art a un pouvoir magique. Certaines formes d’art ont un pouvoir magique. Il y a des domaines de l’art qui sont magiques. Mon art est en connexion avec mon corps, mes rêves, mon appétit, mes désirs parce que je suis un animiste. Je suis un autobiographiste. Même si certaines peluches viennent du monde de la consommation, une fois qu’elles ont intégré mon monde, elles perdent cette dimension. 
Ah oui, celui-là a un nez très mignon (montrant à Charlemagne l’une de ses dernières trouvailles baptisée par lui-même Singing Asshole, soit « trou du cul chantant »). 
Oui, il ressemble presque à Pandit Pran Nath*. 
Il aurait été heureux de la comparaison. Est-ce qu’il y a un lien entre tout cela et le fait que vous soyez juif ? Ma question pourrait être aussi : vous pensez-vous comme une sorte de Juif errant ? 
Vous voulez parler du fait que la reine Isabella nous a jetés hors d’Espagne ? C’était en 1492. Oui, je suis concerné par la question de la diaspora [...] Mais pour moi la solution d’Israël est très compliquée, et imaginez que je m’appelle Palestine ! Dans ma famille, nous étions dans le textile. C’est de cette manière que nous avons survécu parce que l’on ne pouvait pas faire partie d’une guilde. « Smatte » veut dire chiffons et cela vient du fait que nous vendions en dehors des guildes au Moyen Âge. Donc nous avions l’habitude de revendre des choses et durant très longtemps nous avons été sur le marché de l’occasion parce que les Juifs n’étaient pas autorisés à être sur le premier marché. Le textile pour moi c’est très intime. […] 
Lorsque vous étiez enfant, vous avez suivi un enseignement pour devenir cantor. 
Oui. Nous chantions pendant pas mal de temps. Il y avait différentes choses. La plus commune était les bar-mitsva, des initiations pour des jeunes garçons de 13 ans, maintenant des filles aussi, et les mariages. Il y a les bénédictions et ils aiment lorsqu’un jeune garçon les chante. Ce peut être aussi une jeune fille mais dans le judaïsme le plus orthodoxe, les femmes ne chantent pas, ou du moins ne le faisaient pas dans les années 1950. Donc je chantais ces prières dans une atmosphère solennelle où tout est mis en scène dans une chapelle. Un couple est sur le point de se marier et c’est au sujet de deux baisers et le garçon descend dans le hall et chante cette bénédiction. À un certain moment c’est même très mélodramatique et je chante avec mes deux mains jointes, avec ma voix très haute. J’ai 8 ans, et pour revenir à mon truc avec le rabbin, je suis déjà en train de bénir des personnes avec le son. [...] Une fois par an c’est Yom Kippour et nous chantons toute la journée, de 10 h du matin jusqu’au soir. En principe nous ne sommes pas autorisés à manger. Parfois toutes les personnes de la chorale mangeaient parce que nous étions épuisés à force d’être debout et de chanter, mais en principe pas de nourriture pendant vingt-quatre heures. Donc cela aussi est une autre longue expérience. À ce moment vous entrez dans une sorte de transe, tout le monde entre en transe à partir d’un certain moment. [...] 
Votre utilisation a minima des notes travaille un effet maximum. 
Je n’ai jamais fait de notes minimales, j’ai fait des notes transe, comme les Indiens. Ils utilisent seulement deux notes. Ils ne connaissent même pas le mot « minimal ». Comment se fait-il qu’ils aient fait cela il y a des milliers d’années ? Le mot a été utilisé pour parler de l’effet, mais l’effet existe depuis le début. Ce mot est une construction artificielle très récente et je viens du début. Je n’aime pas cette construction. J’aime lorsqu’il y a beaucoup de termes différents, comme au restaurant où nous étions hier. C’est bruyant, il y a plein de gens différents, c’est une multiplicité de choses, c’est un « bordel ». (…) C’est bordélique. Je suis un impressionniste. J’aime ce mot car il offre beaucoup de possibilités pour chaque génération de maintenant à la fin des temps. C’est un mot ouvert. « Dada » est un mot dingue, incompréhensible, donc de même, il est ouvert. « Transe », « chamanisme » sont des mots ouverts. 
La question du continuum est d’ailleurs bien plus centrale dans votre pratique. 
Oui, cela vient encore aussi des machines comme un frigidaire qui fait un son continu ou la machine Nespresso : rrrrrrrrrrrrrrrrrrrain. Donc c’est vrai que certaines de ces machines électriques, qui font ce type de son continu, ont pu m’inspirer. Mais le tambour indien est identique : yooooooooooooain, comme le frigidaire : vvvvvvvvvvvvvvvvvvvvvv ». 

*maître du Râga indien qui a influencé Charlemagne Palestine et de nombreux artistes de sa génération


Du 17 mai au 19 novembre 2017
Hôtel de Saint-Aignan 71, rue du Temple 75003 Paris 
Tél. : 01 53 01 86 65
Horaires d’ouverture de l’exposition Mardi, jeudi, vendredi, samedi de 11 h à 18 h Mercredi de 11 h à 21 h Dimanche de 10 h à 19 h

Visuels
Affiche du mahJ
© Charlemagne Palestine

Installation view of the exhibition Charlemagne Palestine’s Bear Mitzvah in Meshugahland, March 17 - August 6, 2017. The Jewish Museum, NY. Photo: Will Ragozzino/SocialShutterbug.com

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Les citations proviennent des musées. Cet article a été publié le 31 juillet 2017.