Citations

« Le goût de la vérité n’empêche pas la prise de parti. » (Albert Camus)
« La lucidité est la blessure la plus rapprochée du Soleil. » (René Char).
« Il faut commencer par le commencement, et le commencement de tout est le courage. » (Vladimir Jankélévitch)
« Notre métier n’est pas de faire plaisir, non plus de faire du tort. Il est de porter la plume dans la plaie. » (Albert Londres)
« Le plus difficile n'est pas de dire ce que l'on voit, mais d'accepter de voir ce que l'on voit. » (Charles Péguy)

samedi 14 novembre 2015

L’intégrisme islamiste et le terrorisme


Le 8 janvier 2003, le Centre Communautaire de Paris a accueilli Raphaël (Rafi) Israéli, professeur émérite à l’Université hébraïque de Jérusalem et chercheur au JCPA (Jerusalem Center for Public Affairs),  pour une conférence éponyme décapante. Le 13 novembre 2015, quatre attentats terroristes islamistes commis par sept islamikazes, djihadistes de l'Etat islamique (ISIS), à Paris et en Seine-Saint-Denis ont tué 128 personnes et blessé environ 300 individus. "Assaillants", "terroristes", "kamikazes", Daech... Ces vocables utilisés par politiciens et médias révèlent les réticences, refus à associer ces terroristes à l'islam.

L’intégrisme islamiste et le terrorisme

Né à Fez (Maroc) en 1935, Raphaël (Rafi) Israéli a fait son aliyah adolescent, à l'âge de 13-14 ans. Lors de son service militaire dans Tsahal, il sert dans les services militaires et apprend la langue arabe. Ce polyglotte érudit étudie l'histoire et l'arabe à l'université hébraïque de Jérusalem dont il est diplômé, et complète en 1974 sa formation (PhD) à l'université de Berkeley (Etats-Unis). En 1997, il forge le vocable "islamikaze".

Ses sujets d'articles et de livres : la situation des Arabes en Israël, les blood libels en particulier dans  Poison (allégations infondées et diffamatoires accusant à tort les Juifs de tuer les enfants non-Juifs pour utiliser leur sang dans la fabrication de Matzah, galette pour Pessah), l'idée d'Oslo ou l'euphorie de l'échec, le "printemps arabe", le "Croissant vert sur Nazareth, le déplacement des chrétiens par des musulmans en Terre Sainte", l'Islam en Chine, les minorités musulmanes dans les Etats modernes : le défi de l'assimilation, etc.

Professeur aux départements Islam et Moyen-Orient ainsi que d’Extrême-Orient à l’Université hébraïque de Jérusalem, Raphaël Israéli  a montré que la terminologie n’est jamais neutre, et peut fausser les analyses, révélant des présupposés et objectifs graves. Exemples.

Un  « conflit qualitatif »
Le « conflit israélo-palestinien » oppose « Israël, puissance occupante, aux Palestiniens, sans terre », ce qui suscite la sympathie de l’opinion mondiale. Mais ce n’est pas la partie la plus importante du contentieux israélo-arabe.

Même si le problème israélo-palestinien est résolu, il n’éliminera pas les menaces de pays arabes ou/et musulmans à l’égard de l’Etat juif : Syrie, Irak, Iran. Les buts de ceux-ci : vaincre Israël et le judaïsme.

Dans une confrontation entre deux nationalités, on parle souvent d’un « conflit quantitatif », c'est-à-dire  portant sur des territoires. Mais dans le conflit judéo-islamique, il s’agit d’un « conflit qualitatif », opposant des valeurs, donc plus difficile à régler. Ce qu’illustre la Charte du Hamas.

La situation est délicate pour trois autres raisons. « Pour les musulmans, les Juifs ne sont pas un peuple, comme les Palestiniens, mais partagent une foi. Les Juifs ont pris la terre par la force et ont gagné la guerre, et à plusieurs reprises. C’est honteux et anormal pour les musulmans : l’histoire est sortie de son parcours naturel ». 

De plus, comme toute terre occupée par les musulmans devient un lieu saint. Elle doit être réoccupée par la djihad. C’est le cas d’Israël, de la péninsule ibérique, etc. 

Enfin, Juifs et musulmans, selon ceux-ci, vivaient dans la « concorde » dans des pays arabes ou/et musulmans. Or, « les Juifs ont quitté ces pays pour s’installer en Israël ». Comment expliquer cela ? 

ADDENDUM
Le professeur Rafi Israéli a déclaré à Israel National News (Arutz Sheva) le 14 septembre 2014 à propos des non-musulmans égorgés par l'Etat islamique (ISIS) : "La cruauté est quotidienne dans le monde islamique. Les musulmans tuent leur propre peuple par milliers. Chaque jour, au Pakistan, en Afghanistan, au Darfour, en Iraq ou au Yémen, des musulmans tuent des centaines de personnes. Pour les sunnites, les chiites sont pires que les juifs. La loi islamique détermine qu'un musulman apostat doit être tué, que les mains d'un voleur doivent être coupées et que le manque de respect pour le prophète Mahomet est une cause de meurtre de masse. Pour l'islam, la vie n'est pas sacrée comme elle l'est pour nous".

Et Rafi Israéli de poursuivre :"L'islam est une foi religieuse qui manque de confiance en elle. Et donc, toute offense à son égard peut ébranler la foi d'un musulman et requiert par conséquent une réaction dure, violente et cruelle. Ceci est la raison centrale de la demande par 57 pays membres de l'ONU d'adopter une loi universelle interdisant toute attaque contre l'islam. C'est une perception fanatique enracinée dans le manque de confiance et le manque de conviction à l'égard de la foi. Le Coran appelle les musulmans à répandre la terreur parmi leurs ennemis, sans spécifier qui ils sont. En effet, ceci commande au musulman de tuer et terroriser tous ceux qu'il perçoit comme ennemis, y compris leurs camarades musulmans. Les musulmans qui agissent sur ce fondement sont des fanatiques qui sont convaincus que seulement leurs croyances sont vraies, et que le reste est faux...  "

Et Rafi Israéli de souligner que "le problème ne consiste pas seulement dans les musulmans extrémistes. Alors que les extrémistes tuent, ils bénéficient du soutien de la population. C'est la raison pour laquelle les Etats-Unis ont tant de mal à réunir une coalition contre l'Etat islamique".

Pour cet expert, "il n'y a pas de moyen de vaincre l'Etat islamique et les mouvements radicaux islamiques actuellement. L'Etat d'Israël doit montrer clairement que quiconque le touche subira la grande colère de Tsahal, et comme le Hamas et le Hezbollah l'ont compris, l'Etat islamique le comprendra aussi".


A lire sur ce blog :
Articles in English

Cet article a été publié par Actualité juive hebdo, et sur ce blog les 1er juillet et 15 octobre 2014.

lundi 9 novembre 2015

« Ode to Joy » de Rabih Mroué


Rabih Mroué est un metteur en scène, vidéaste et acteur libanais. Les Kammerspiele de Munich (Münchner Kammerspiele) à Munich présentent Ode to Joy. Une « performance » en allemand, arabe et anglais, politisée choquante dont Arte  a rendu compte dans Metropolis.


Né en 1967 à Beyrouth (Liban), Rabih Mroué est un artiste dont les œuvres sont présentées dans le monde, et un habitué des festivals.

Il « est l’auteur  d’une œuvre à la croisée du théâtre, de la performance et des arts visuels. En prise directe sur les réalités sociales et politiques du Liban, il cherche à rendre compte des questionnements et des contradictions qui agitent la société. Les rapports entre images, expression et représentation sont au cœur de Riding on a cloud, performance qui scrute le passage d’une photographie à une autre pour tenter de construire une histoire, aussi personnelle que collective ». 

En 2008, le Centre Pompidou a présenté l’exposition Les inquiets. Yael Bartana, Omer Fast, Rabih Mroué, Ahlam Shibli, Akram Zaatari. 5 artistes sous la pression de la guerre  assortie d’un catalogue et d'un dépliant gracieusement mis à la disposition du public, tous trois partiaux et problématiques notamment par leur terminologie biaisée, le mélange de fiction et de réalité, etc. Les œuvres – vidéos, installation et photographies - de cinq jeunes artistes – les Israéliens Yael Bartana, Omer Fast et Ahlam Shibli, les libanais Rabih Mroué et Akram Zaatari – portent sur les « questions liées à la guerre au Moyen-Orient ». 

Rabih Mroué proposait « une vidéo Three Posters (2003) dans laquelle il questionne la possibilité de représenter un événement aussi dramatique que le suicide d'un martyr. À partir de bandes vidéo trouvées dans les années 80 au sein des bureaux du Parti Communiste Libanais, Mroué reconstitue le témoignage d'un martyr. Le visionnage de cette reconstitution entraîne de nombreuses questions à propos de la transformation graduelle de l'idéologie sous-jacente des combattants d'abord de gauche puis Islamistes, à propos des politiques qui envoient les martyrs à la mort et enfin, à propos de l'influence de tout cela sur la vie d'un artiste et sa capacité à le représenter ». Il s’agit en fait d’un terroriste communiste qui s’est fait exploser parmi des soldats israéliens au sud-Liban. Qualifier un terroriste de « martyr » est pour le moins choquant, et n’est pas neutre, tout comme l’indifférence de l’artiste pour les victimes israéliennes.

En 2014, le Festival d’automne  avait présenté Trilogy: On Three Posters / The Inhabitants of Images / Pixelated Revolution, de Rabih Mroué. Une performance accueillie au Théâtre de la Bastille. Trilogy « reprend trois « conférences non-académiques » de l’artiste, à mi-chemin entre le cours magistral, la performance et la conversation avec le public. Rabih Mroué  y arrête quelques images, les déplace pour mieux en creuser les implications sociales et symboliques, les failles et les hors-champs – qu’il s’agisse du témoignage filmé d’un résistant candidat au suicide en 1985 (On Three Posters), de photomontages créés à des fins politiques (The Inhabitants of Images) ou de vidéos des premières heures de la révolution en Syrie (Pixelated Revolution). Mêlant le document à la fiction, ces œuvres sondent l’histoire récente et le présent tourmenté du Moyen-Orient, et instaurent une distance nécessaire, un espace de réflexion pour penser les conflits médiatisés et notre culture visuelle mondialisée ».

En 2015, les Kammerspiele de Munich  (Münchner Kammerspiele) présentent Ode to Joy (Ode à la joie), performance en allemand, en anglais et en arabe. 

Le thème : la prise d’otages et l’assassinat de 11 athlètes israéliens lors des Jeux olympiques de Munich (ancienne République fédérale allemande, actuelle Allemagne) par les terroristes du mouvement Arabe palestinien Septembre Noir. Une tragédie révélant la détermination et le courage des athlètes et politiciens Juifs israéliens, ainsi que la lâcheté et l’incompétence de dirigeants politiques et sportifs européens, la cruauté lâche des terroristes Arabes palestiniens antisémites, et l’alliance remontant au grand mufti de Jérusalem al-Husseini entre ces derniers et les (néo-)nazis allemands.

A l’aube du 5 septembre 1972, lors des Jeux Olympiques (JO) d’été à Munich (alors en RFA), un commando lourdement armé de terroristes arabes palestiniens de Septembre Noir pénètre aisément dans le village olympique. Arborant des vêtements sportifs, il se dirige vers l’immeuble où demeure l’équipe israélienne.

Malgré la courageuse résistance d’athlètes israéliens, il kidnappe neuf athlètes de cette équipe ; les autres athlètes israéliens sont tués par les terroristes ou parviennent à fuir. Il formule alors ses exigences aux autorités allemandes : la libération de terroristes détenus en Israël et leur transfert en Israël, et celle de deux gauchistes allemands de la Faction armée rouge (RAF), Ulrike Meinhof et Andreas Baader, en Allemagne. Refus israélien. Les terroristes jettent par-dessus le balcon de l’immeuble un athlète israélien assassiné, Moshe Weinberg.

Malgré la demande israélienne, les autorités politiques allemandes et le Comité olympique refusent d’interrompre les J.O. dont les épreuves sportives, transmises à la télévision, se déroulent parallèlement aux négociations avec les terroristes.

Refusant les offres d’argent des autorités ouest-allemandes, les terroristes reportent leur ultimatum et exigent un avion pour aller au Caire (Egypte). Ils prennent un bus avec leur otage jusqu’à l’aéroport de la base militaire Fürstenfeldbruck de l’OTAN.

Là, des forces de l’ordre allemandes tentent une vaine opération pour mettre un terme à la prise d’otages. Alors que des athlètes israéliens étaient parvenus à rompre des liens autour de leurs poignets, tous les athlètes israéliens sont tués lors de l'intervention allemande.

Le bilan est lourd : onze athlètes Juifs de l'équipe olympique israélienne - David Mark Berger (28 ans, haltérophile), Zeev Friedman (28 ans, haltérophile), Yosef Gottfreund (40 ans, arbitre de lutte), Eliezaar Halfen (24 ans, lutteur), Yosef Romano (32 ans, haltérophile), Amitzur Shapira (40 ans, entraîneur de l'équipe d'athlétisme), Mark Slavin (18 ans, lutteur), Andre Spitzer (27 ans, arbitre d'escrime), Yakov Springer (50 ans, entraîneur de l'équipe d'haltérophilie), Kehat Schor (53 ans, entraîneur de l'équipe de tir), Moshe Weinberg (32 ans, entraîneur de l'équipe de lutte) - et un policier ouest-allemand décédés.

Lors de l'opération allemande, cinq des huit terroristes sont tués, et trois interpellés.

Rabih Mroué « examine dans sa nouvelle pièce, Ode to Joy, la situation des Palestiniens, qualifiée sur place de révolution. Point de départ de cette performance : la prise d’otages israéliens  par des terroristes palestiniens lors des Jeux Olympiques de 1972. À l’aide de documents d’archives, d’extraits de films et de récits de fiction, il explore plusieurs pistes dans un enchaînement de scènes ». S’inspirer de cet évènement tragique, et intituler cette performance Ode to Joy choquent. Ce que Rabih Mroué dénomme « révolution » s’avère le jihad, le terrorisme islamiste.

Rabih Mroué « partage les planches avec l’auteure, journaliste politique, palestinienne Manal Khader et l’actrice libanaise Lina Majdalanie. Tous trois s’interrogent sur notre vision du héros et de la victime, sur la perception des événements par les Palestiniens, jusqu’ici méconnue, sur le poids des images et le risque qu’elles soient manipulées ». Une telle remise en cause des victimes révèle une inversion perverse de la réalité. Ce spectacle ne manipule-t-il pas les images ? 

Et Arte conclut : « La pièce pose de nombreuses questions, laissées sans réponse. À la sortie, le spectateur, perplexe, se demande quelle peut être la contribution de cette œuvre à la construction d’un avenir apaisé ».

Et en quoi Ode to Joy est-elle une œuvre artistique ? Et pourquoi est-elle présentée dans ce théâtre bavarois majeur ?
Les citations proviennent d'Arte.

samedi 7 novembre 2015

« Ima ou la mère dépossédée » de Serge Kaufmann



Produit par la Fondation du judaïsme français (FJF), ce CD est le 8e du programme Patrimoines musicaux des Juifs de France de son département Musique. Une des nombreuses actions de ce département dirigé par Hervé Roten et créé en 2001 pour inventorier et valoriser ce riche patrimoine. L’Institut Européen des Musiques Juives (IEMJ) organise "son grand concert de gala "La musique juive dans tous ses états", le 8 novembre 2015, à 17 h 30, au Théâtre Adyar, 4 square Rapp, 75007 Paris. Placé sur l'égide de la Fondation du Judaïsme français (FJF), cconcert, composé de musiques classiques, klezmer, chansons yiddish et judéo-espagnoles, sera suivi d’un cocktail". Au programme, notamment Petite suite Klezmer pour clarinette et piano de Serge Kaufmann (création mondiale).


Le Centre français des musiques juives (CFMJ) met à la disposition du public des milliers de partions et d'enregistrements.

Né en Suisse en 1930 d’un père musicien juif d’origine polono-russe et d’une mère protestante passionnée par la littérature juive, Serge Kaufmann choisit dès l’après-guerre la France. La vue de la photo de l’enfant juif du ghetto de Varsovie l’amène à s’interroger sur son devenir : « Que me serait-il arrivé si au lieu de naître en Suisse, j’avais été de l’autre côté de la frontière ? N’aurais-je pas moi aussi partagé le destin de ces milliers d’enfants qui n’ont pas eu la chance de grandir simplement parce qu’ils étaient nés de parents ou de grands parents juifs !... De ce terrible choc est né l'écriture » d’Un matin à Varsovie, « poème dramatique ».

Cette « révélation [l’a] poussé dans [son] travail de compositeur à honorer une sorte de dette morale ». Une manière aussi d’instaurer un dialogue avec son père artiste.

Musicien formé à la Schola Cantorum, journaliste, producteur, réalisateur notamment de « Musicales » d'Alain Duault pour France 3, Serge Kaufmann est l’auteur d’une œuvre musicale variée destinée au concert, à la télévision, à la radio, au cinéma et à la scène, marquée par le judaïsme, notamment par la Shoah, et caractérisée par une « grande et personnelle liberté de langage et un constant lyrisme intérieur » selon Hervé Roten, directeur adjoint de la FJF.

Serge Kaufmann n’est pas seulement « un compositeur mais un compositeur juif qui nous offre des lambeaux d’une mémoire éclatée dont il se sent l’un des porteurs - comme si ces pages de partition s’enroulaient et devenaient une autre Torah, celle où un Dieu sans nom parle d’une manière lumineuse, qui lui permet précisément d’être entendu dans la nuit », explique Alain Duault, poète, animateur de radio et télévision et ami du musicien.

Serge Kaufmann « enrichit depuis près de 20 ans le champ de la musique juive en composant des œuvres aux noms évocateurs » : Suite Yiddish, Memorah, Matsevah (stèle funéraire en hébreu), Sèlahterme hébraïque qui est vraisemblablement une notation musicale ou liturgique à l'intention du chœur des Lévites et des musiciens du Temple »), Yesod (signifie « la base, le sexe masculin »)…

Ce CD réunit quatre œuvres majeures, profondes, remarquablement interprétées : la Suite yiddish pour violon et guitare, et pour la première fois gravés en CD, le trio à cordes Memorah (2005), Neshama (âme, souffle) pour violoncelle solo – un instrument au son si proche de la voix humaine, aux gravités déchirantes -, et la cantate Ima ou la mère dépossédée (2003) - ima signifie mère en hébre) - où l’on retrouve la clarinette, instrument de la musique Klezmer et dont jouait le père de Serge Kaufmann.

Le livret bilingue français/anglais de 34 pages est documenté, clair, éclairant et rédigé par deux musicologues émérites : Hervé Roten et Alain Duault.

Le 14 avril 2015 à 20 h 30, à l’occasion de Yom Hashoah 2015 et du 70e anniversaire de la libération des camps,  l'ULIF (Union libérale israélite de France)-Copernic propose un concert composé de "trois œuvres contemporaines poignantes directement inspirées par la Shoah à des compositeurs Juifs : Ima ou la mère dépossédée de Serge Kaufmann - le parcours d’une mère et de son enfant dans le train pour le camp de la mort -, Kaddish pour les 6 millions, chanté par le chœur. Shlosha yeladim (trois enfants), de Lazar Weiner, et Shlosha yeladim d’Itaï Daniel – l’histoire de trois enfants dans trois situations liées à la Shoah".  Le 70e anniversaire de la libération des camps sera célébré avec le chœur final de Fidelio de Beethoven - les prisonniers libérés de leur sordide prison retrouvent la liberté et la lumière... - avec Mareike Schellenberger, mezzo-soprano, Serge Kaufmann, récitant, Martine Bailly, violoncelle, Juliette Adam, clarinette, Simon Zaoui, piano, Dominique Probst et David Brault, percussions. L’Ensemble Choral Copernic sera dirigé par Itaï Daniel. Un concert soutenu par la Fondation pour la Mémoire de la Shoah, la Fondation Moses Mendelssohn, le Goethe Institut de Paris, l'Institut Européen des Musiques Juives (IEMJ).


Serge Kaufmann, Ima ou la mère dépossédée. Buda Musique, collection Patrimoines musicaux des Juifs de France (FJF). http://www.serge-kaufmann.com/

Cet article a été publié en une version plus concise dans le n° 617, octobre 2009, de L’Arche. Il a été publié  sur ce blog les 29 novembre 2009, 12 avril 2015.

vendredi 6 novembre 2015

« L'enfant, la mort et la vérité », de Esther Schapira et Georg M. Hafner


Pour le quinzième anniversaire de la diffusion au JT de 20 h de France 2 du reportage controversé sur la « mort de Mohamed al-Dura », La Maison d’Edition  publie « L'enfant, la mort et la vérité », d’Esther Schapira et de Georg M. Hafner, journalistes réputés d’ARD, chaîne de télévision publique allemande. Ce livre passionnant relate les deux enquêtes successives d’Esther Schapira sur ce blood libel (accusation mensongère selon laquelle les Juifs tuent des enfants non-juifs pour mettre leur sang dans la fabrication de matzot, galette de Pessah) de l’Intifada II, et s’étonne de pratiques du « journalisme à la française » distinctes de la déontologie de cette profession. Les auteurs révèlent des faits inédits et l’abaissement de la condition Juive en France. Une lecture éclairante en cette actualité brûlante marquée en particulier par « l’Intifada des couteaux palestiniens », un épisode du djihad mondial. Le 15 novembre 2015, de 13 h à 19 h, Philippe Karsenty sera présent au salon du livre du CCJC de Neuilly au 44, rue Jacques Dulud pour présenter ce livre.


« Plus nous analysions le reportage de France 2, plus nous le décortiquions, plus nous étions sceptiques et plus nous nous posions de questions. Nous avons rapidement compris que notre enquête, qui semblait pourtant anodine au départ, déclencherait une levée de boucliers générale car elle risquait de remettre en question l’unanimité si bienvenue de l’accusation contre Israël », se souviennent Esther Schapira et Georg M. Hafner, auteurs de « L'enfant, la mort et la vérité », traduction en français de Das Kind, der Tod und die Medienschlacht um die Wahrheit. Der Fall Mohammed al-Durah.

Le 30 septembre 2000, le journal télévisé (JT) de 20 h de France avait diffusé un reportage de Charles Enderlin, alors correspondant à Jérusalem de la chaîne publique, sur des images signées par le cameraman palestinien Talal Abu Rahma. Charles Enderlin avait déclaré en voix off : « Près de l’implantation de Netzarim (bande de Gaza)… Jamal et son fils Mohamed (12 ans) sont la cible des tirs venus des positions israéliennes. Son père tente de le protéger... Une nouvelle rafale. Mohamed est mort et son père gravement blessé ».

« Words cannot balance pictures » (« Une image vaut un million de mots »)
Sur sa double enquête pluriannuelle, fouillée, sur ce reportage controversé, Esther Schapira a réalisé deux documentaires successifs diffusés par ARD : le 18 mars 2002, Drei Kugeln und ein totes Kind (Trois balles et un enfant mort. Qui a tué Mohamed al Dura ?), puis, en 2009, après avoir visionné des rushes  de France 2 du 30 septembre 2000 montrés le 14 novembre 2007 devant la Cour d’appel de Paris et après avoir témoigné en faveur de Philippe Karsenty, Das Kind, Der Tod, und Die Wahrheit (L’enfant, la mort et la vérité). Deux films jamais programmés par des chaînes de télévision françaises.

Esther Schapira relate son parcours en quête de la vérité, les réticences puis l’opacité progressive opposée par ses interlocuteurs palestiniens, l’évolution de sa conviction : si à l’origine la journaliste soutient l’hypothèse « Mohamed al-Dura est mort par des balles palestiniennes, et non israéliennes », elle est persuadée, après avoir vu les rushes de France 2 et avoir réenquêté, requestionné son travail initial, que la scène al-Dura s’avère une mise en scène ainsi que l’affirmaient dès 2000-2001 le physicien israélien Nahum Shahaf, puis Stéphane Juffa, rédacteur en chef de la Ména (Metula News Agency).

L’accueil de son premier documentaire ? Favorable au sein des médias, mitigé en ce qui concerne les réactions de téléspectateurs, et mauvais côté palestinien. Nominé pour le prix Grimme, ce film suscite l’ire d’un membre du jury professeur de médias.

« L’image de Mohamed al Dura est un véritable cas d’école qui nous montre que les téléspectateurs et les journalistes, consciemment ou non, prennent parti dans la guerre des médias, dans le combat autour de la vérité et pour faire prévaloir un narratif politique. Dans cette guerre, il n’y a pas de limites », analysent Esther Schapira et Georg M. Hafner.

Un cas d’école marqué par le mea culpa hâtif de Tsahal, avant toute enquête – un quasi-réflexe durable qui caractérise aussi la classe politique israélienne -, et la vindicte de Charles Enderlin à l’égard d’une consœur ayant osé remettre en cause sa version.

Dessin dans La Stampa assimilant Mohamed al-Dura à Jésus martyrisé, instauration le 6 octobre 2000, par la Ligue Arabe de « la journée de l’enfant arabe » célébrée chaque 1er octobre pour commémorer la mort de Mohamed al Dura, impression de l’image de Mohamed al-Dura sur du papier toilette, production par l’Arabie saoudite d’un « film éducatif d’animation virtuelle reproduisant la scène du 30 septembre 2000 » et souvent visionnés dans les écoles palestiniennes….

Ces faits souvent inédits soulignent l’importance et la diffusion des images et de cette icône médiatique de l’Intifada II qui « a laissé une trace sanglante derrière elle », telle l'incrustation de l’image dans la vidéo d’al-Qaida sur l’égorgement du journaliste américain Juif Daniel Pearl.

Une icône médiatique qui a occulté durablement les tortures et l’assassinat barbares, dans le commissariat de police de Ramallah, de deux réservistes israéliens trentenaires, Yossi Avrahami et Vadim Nurzhitz égarés, le 12 octobre 2000, près de Ramallah, par des Palestiniens voulant venger « Mohamed al-Dura », ainsi que les rares images de ces horreurs.

Des images filmées dont Riccardo Cristiano, correspondant de la RAI, chaîne de télévision publique italienne, avait immédiatement rejeté la paternité, tout en assurant l’Autorité palestinienne :
« Nous avons toujours respecté (et continuerons toujours à respecter) les règles de procédures établies entre l’Autorité Palestinienne et les journalistes travaillant en Palestine ».
Esther Schapira et Georg M. Hafner invitent à douter de « l’objectivité de la caméra ». « Grâce à ces images, les Palestiniens, qui n’avaient aucune chance de gagner la bataille militaire, ont pris l’avantage médiatique ». Mais cette icône médiatique n’est-elle pas l’écume du story telling, du labeur de sape effectué par les propagandes palestinienne et arabe depuis des décennies ? Un succès de Pallywood, cette industrie palestinienne de production de faux audiovisuels, favorisé par l’insuffisance, ou l’absence de hasbara, singulièrement depuis la signature des accords d’Oslo, par un dédain irraisonné de l’Etat Juif pour la communication et par la foi infondée de gouvernements israéliens en un « partenaire palestinien pour la paix ».

Cet ouvrage offre le regard précieux de journalistes allemands réputés d’une télévision publique d’outre-Rhin. Des professionnels dont les demandes de précision, l’exigence de rigueur se sont heurtés à l’opacité, aux « vérités » successives, parfois contradictoires ou invraisemblables, et toujours assénées sans argumentation, des principaux acteurs de cette affaire emblématique de Pallywood.

Un exemple significatif à maints égards : celui d’Arlette Chabot, directrice de l’information de France 2 (2004-2010). Sa position ? « On ne peut pas dire à 100% que ce sont les Israéliens. On ne peut pas dire à 100% que ce sont les Palestiniens !... On ne saura jamais l’origine des tirs », avait déclaré le 16 novembre 2004, sur Radio J, Arlette Chabot, dans le cadre d’une stratégie en direction de la communauté Juive française majoritairement indignée : conférence de presse, etc. 

Or, qu’apprend-on dans ce livre ? En 2008, peu après les audiences devant la Cour d’appel de Paris, Arlette Chabot a déclaré à Esther Schapira que les tirs provenaient de la position israélienne. Et ce, sans argumenter. Vertigineux. 

Comment expliquer ce revirement à 180 ° d’Arlette Chabot

Flash back. 21 mai 2008, la Cour d’appel de Paris relaxe Philippe Karsenty poursuivi pour diffamation par France 2 et Charles Enderlin. 16 juin 2008 : Richard Prasquier, alors président du CRIF (Conseil représentatif des institutions Juives de France), a demandé par lettre au Président de la République Nicolas Sarkozy, que soit instituée une commission indépendante d’experts en analyse d’images, balistique, traumatologie et médecine légale afin d’établir les faits  sur l’incident al-Dura. 22-24 juin 2008 : visite en Israël du président Sarkozy. 18 septembre 2008 : lors d’une réunion  au siège parisien du Mouvement juif libéral de France (MJLF), Arlette Chabot a annoncé l’accord de France Télévisions, alors présidé par Patrick de Carolis, pour participer à un « groupe de travail d’experts indépendants  » chargés d’examiner les cicatrices de Jamal al-Dura et son dossier médical, faire de nouvelles radios, analyser les images (timecode)…

C’est dans ce contexte défavorable à France Télévisions qu’Arlette Chabot a modifié sa thèse, première étape de la stratégie dilatoire  du groupe audiovisuel public : celui-ci va saborder cette commission, et a donc unifié sa position en se retranchant sur la position de Charles Enderlin. Ce qui évitait toute prise ou critique sur les discours divergents au sein de France 2. Ce plan d’actions a été conforté par le retour galopant de la « politique arabe » de la France : condamnation par le Président Sarkozy de « l'usage disproportionné de la force » lors de l’opération Plomb durci (27 décembre 2008-18 janvier 2009) et lors de l’arraisonnement (31 mai 2010) de la flottille visant à forcer le blocus naval israélien légal et légitime de la bande de Gaza, vote de la France pour en faveur de la « Palestine » comme Etat membre de l'Organisation des Nations unies pour l'éducation, la science et la culture (Unesco) (31 octobre 2011), niant en 2011 la pertinence et la légitimité d’un « Etat Juif  »…

Une vérité d’Arlette Chabot à « conjoncture variable » ? Est-ce là un modèle pour des étudiants en journalisme ou débutants dans la profession ? Est-ce ainsi que les journalistes à des postes clés formeront les apprentis journalistes ?

Pour mieux saisir Arlette Chabot, il convient de rappeler sa « question qui tue  ». En 1995, Lors de la campagne présidentielle, alors que les sondages présidaient la victoire d’Edouard Balladur, Arlette Chabot, embarrassée, « ose demander à Jacques Chirac s'il compte renoncer à sa candidature. Une question qui crée le malaise en direct et aussi une grande incompréhension entre la journaliste et le futur chef de l’Etat ». Un euphémisme. « Quelqu’un va le voir, et lui dit que c’est un piège cette question : la journaliste avait une oreillette... En régie, Nicolas Sarkozy [alors proche de Balladur, nda] aurait téléphoné à Jean-Pierre Elkabbach [président de France Télévision, nda] pour me demander de poser la question. Eh bien non !... Je n’en ai jamais parlé avec Chirac. L’occasion ne s’est jamais présentée. Je ne l’ai pas vu pendant deux ans. J’en ai parlé dix ans plus tard, il y avait prescription, à Claude Chirac [conseillère de son père, nda] : « Je te demande une chose. Tu peux trouver la question maladroite, que mon tailleur était ridicule, que j’étais super mal coiffée. Je te demande de croire une chose : jamais, on ne m’a demandé de poser cette question. J’espère que quelqu’un un jour lui a dit que je n’avais pas été mauvaise journaliste, ni manipulée, ni soumise à une pression. Parce que cela n’avait pas le cas », a confié  Arlette Chabot, le 4 août 2015, sur BFM TV qui saluait son « courage ». 

Pour une journaliste politique, ne pas voir le président pendant deux ans, c’est une éternité. Et Arlette Chabot a tenu, dix années après, à assurer le pouvoir politique, donc télévisuel, de sa neutralité. Et « l’affaire al-Dura » ? Passée en « profits et pertes » ?

Jacques Chirac, président de la France (1995-2007) ? « Lorsque le Premier ministre israélien Ehud Barak se rendit en visite à Paris, cette même année [en 2000, nda], le président français Jacques Chirac lui en fit la remarque cinglante. « Ce n’est pas de la politique que de tuer les enfants ! » (Stéphane Juffa) (1)

On achève la lecture de « L'enfant, la mort et la vérité » avec l’heureuse surprise d’avoir appris des faits qui parfois modifient ou affinent notre vision de cette affaire, et avec un sentiment d’amertume, voire avec un certain écœurement. Comportements peu respectueux ou désinvoltes – nombreux reports par Arlette Chabot de dates d’interviews par Esther Schapira -, paravent de mensonges et d’invraisemblances... Est-ce ainsi que fonctionne le fleuron du service public audiovisuel français ?! Est-ce ainsi que l’on traite les Français Juifs et les collègues qui cherchent à connaitre la vérité !?

Publié grâce au soutien du Middle East Forum, ce livre factuel, passionnant, émaillé de réflexions argumentées, voire incisives, est assorti de précieuses annexes présentant les principaux protagonistes. 

L’histoire de l’affaire « al-Dura » résultera de l’ensemble des livres, tels celui-ci ou celui du psychanalyste Gérard Huber, de documentaires, de sites Internet, etc. multipliant la diversité des grilles d’analyses complémentaires.

« Exception journalistique française »
L’un des intérêts de ce livre, et plus généralement de l’affaire al-Dura, c’est de permettre des lectures ou analyses variées, en lien avec l’actualité qui rattrape toujours France 2, et de susciter des réflexions peu flatteuses pour le service public audiovisuel. Quelques exemples. 

Peu après son entrée en fonction en août 2015, Delphine Ernotte Cunci, présidente de France Télévisions a annoncé son intention de lancer  en septembre 2016 une chaîne publique d’information en continu : « Il y a besoin d'une information qui garantisse l'indépendance et qui dépasse l'émotion… Ce qui est important pour moi, c'est qu'au-delà de cette émotion qui pousse à l'action il y a des lieux, et le service public est le lieu privilégié du débat, où on aide à comprendre, où on débat, où on se dit pourquoi et comment agir… Le service public est la garantie du pluralisme et sur l'information, qui est si centrale… Ma priorité, c'est que cette chaîne d'information soit conçue pour les médias numériques ». En fait, une chaîne qui s’ajoutera à France 24 et à France Info, tout en poursuivant dans la ligne éditoriale anti-israélienne. On aimerait se passer de cette dispendieuse initiative, de ce projet qui « exhale tout de même un parfum très politique » et va reconstituer l'ancienne ORTF. Delphine Ernotte a aussi déclaré sur Europe 1 : « Ma conviction, c’est que la télévision, ça peut changer le monde, le regard que l’on porte en tant que citoyen sur le monde… Je suis fière des émissions d’investigation… [Les JT de 20 h France 2 dépassent parfois les concurrents de TF1,] c'est le fruit d'un travail de longue haleine, d'un sérieux journalistique, d'un investissement énorme des rédactions de France Télévisions dans l'info... Je pense qu'il faut impérativement que  France Télévisions soit à l’image, résonne avec le public. Ce n’est pas le cas. On a une télévision d’homme blanc de plus de 50 ans. Et ça, il va falloir que cela change. [Il va falloir mettre] des femmes, des jeunes, toutes les origines ».

En juin 2015, Elise Lucet, présentatrice du JT de 13 h sur France 2, a lancé la pétition « Ne laissons pas les entreprises dicter l’info - Stop à la Directive Secret des Affaires !  » adressée à Président de la commission européenne JURI Pavel Svoboda et 50 autres : « Bientôt, les journalistes et leurs sources pourraient être attaqués en justice par les entreprises s’ils révèlent ce que ces mêmes entreprises veulent garder secret. A moins que nous ne réagissions pour défendre le travail d’enquête des journalistes et, par ricochet, l’information éclairée du citoyen. Sous couvert de lutte contre l’espionnage industriel, le législateur européen prépare une nouvelle arme de dissuasion massive contre le journalisme, le « secret des affaires », dont la définition autorise ni plus ni moins une censure inédite en Europe. Avec la directive qui sera bientôt discutée au Parlement, toute entreprise pourra arbitrairement décider si une information ayant pour elle une valeur économique pourra ou non être divulguée. Autrement dit, avec la directive « Secret des Affaires », vous n’auriez jamais entendu parler du scandale financier de Luxleaks, des pesticides de Monsanto, du scandale du vaccin Gardasil... Et j’en passe. Notre métier consistant à révéler des informations d’intérêt public, il nous sera désormais impossible de vous informer sur des pans entiers de la vie économique, sociale et politique de nos pays ». 

Au 5 novembre 2015, cette pétition a recueilli 484 777 soutiens de journalistes. Curieusement, aucun d’eux n’avait signé la pétition réclamant en 2007 la communication par France Télévisions des rushes tournés par son cameraman palestinien, Talal Abu Rahma, le 30 septembre 2000, dans la bande de Gaza. « Faites ce que je dis, ne faites pas ce que je fais ? » Si ce groupe audiovisuel public a été contraint par la Cour d’appel de Paris le 3 octobre 2007 de verser aux débats des rushes du 30 septembre 2000, il en conserve toujours une partie : il n’a communiqué que 18 minutes sur 27 minutes. A quand un numéro de Cash investigation, émission de France 2  animée par Elise Lucet, sur l’affaire al-Dura ? Pour info : peu après les attentats terroristes islamistes du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis, Elise Lucet, présentatrice du JT de France 3, interviewait Jacques Tarnero. Quand ce chercheur au CNRS avait évoqué la conférence de Durban qui venait de s’achever, Elise Lucet s'était enquise sur ce qui s’est passé à Durban !? Le 5 janvier 2009, le JT de France 2 présenté par Elise Lucet avait diffusé l’extrait d’une vidéo sur des morts dans un marché à Gaza en les imputant à Tsahal. Or il s’agissait de morts consécutives à l’explosion accidentelle d’un camion contenant des roquettes du Hamas dans un camp de réfugiés à Jabalya, le 23 septembre 2005. Le lendemain, Elise Lucet rectifiait et France 2 reconnaissait une « erreur » due à « un dysfonctionnement interne de vérification de l'info ». 

Certains se gaussent de la main mise de la télévision publique, alors ORTF, par le pouvoir gaulliste ou pompidolien. Mais si le paysage audiovisuel français a évolué, le lien entre le pouvoir politique et la direction du service public audiovisuel perdure. 

Comme en atteste l’affaire Philippe Verdier, chef du service météo de France Télévisions. Auteur de Climat investigation et d’une lettre ouverte au Président François Hollande, Philippe Verdier a été présenté à tort, afin de le discréditer, comme un « climato-sceptique ». Il a prédit l’échec de la COP 21 ou conférence des Nations unies sur le changement climatique, et lui a demandé de ne pas « cautionner les scientifiques ultra-politisés du GIEC, les lobbies d'entreprises, les ONG environnementales, ni les chefs religieux autoproclamés nouveaux apôtres du climat ». Pourquoi a-t-il été licencié en novembre 2015 ? Certains avancent la nomination récente de Stéphane Sitbon-Gomez comme directeur du cabinet de Delphine Ernotte : « celui que tout le monde surnomme « Yop » à Europe Ecologie-Les Verts (EELV) a été directeur de cabinet de Cécile Duflot au conseil régional d’Ile-de-France en 2010, puis directeur de campagne d’Eva Joly à la présidentielle deux ans plus tard et, enfin, « conseiller spécial » de Mme Duflot, alors ministre du logement, en 2012 ». « On me reproche d’avoir dit qu’il était possible que mes employeurs subissent des pressions par rapport à la sortie de mon livre. Des pressions des organisations de la COP 21. J’ai été reçu avec mes autres confrères par Laurent Fabius et il nous a dit « Dans 500 jours, il y a la COP 21. Je souhaite que vous en parliez à la télé et à la radio. Il faut parler de chaos climatique. Vous devez vous engager ». Combien de journalistes ont rendu publique la teneur de cette rencontre ? Il importe pour France Télévisions de maintenir son image d’indépendance : sa crédibilité en dépend, et ses messages sont d’autant mieux reçus que le public croit en son indépendance.

BFM peut dévoiler le 1er novembre 2015 la mise en scène de la rencontre entre le Président François Hollande et Lucette Brochet, aide soignante retraité, ex-candidate sur la liste socialiste aux élections municipales à Vandœuvre-lès-Nancy (Meurthe-et-Moselle). C’est drôle, révélateur de réflexions censurées par le pouvoir socialiste – « Ils s’occupaient beaucoup des immigrés, mais pas des clochards qui crèvent dans la rue » -, et la responsabilité en est généralement imputée à Gaspard Gantzer, un des communicants de l’Elysée. 

Mais attention aux sujets tabous ! 

Interdit donc de soutenir : « Il n’existe aujourd’hui plus de lien entre le climat et le discours alarmiste sur ce sujet. Les Français sont maintenus dans la peur par un matraquage sans précédent. Cette prise d’otages constitue un enjeu diplomatique pour la Conférence de Paris. Au plus haut sommet de l’Etat, l’échec de la COP 21 est diagnostiqué depuis longtemps mais la manipulation et le spectacle s’amplifient davantage… Lobbies économiques, associations écologistes, gouvernements et religions tissent des liens dangereux  ».

Interdit aussi d’établir la vérité sur l’incident « al-Dura » - combien de victimes civiles palestiniennes au conflit ? Comment établir la distinction entre un civil et un combattant palestinien dans cette guerre visant à conquérir les cœurs et les esprits occidentaux ? -, de ce qui confine à la diplomatie française. 

Par contre, France 2 a diffusé le 16 août 2015 les adieux de Charles Enderlin à ses téléspectateurs… Un remerciement pour bons et loyaux services ? 

Journaliste vedette américain du journal télévisé sur NBC News depuis 2004, Brian Williams a été convaincu d’avoir relaté de faux souvenirs, notamment lors de la guerre en Irak en 2003 ou concernant l’ouragan Katrina. En février 2015, NBC l’a suspendu pour six mois sans salaire. En juin 2015, la chaîne annonçait  que Brian Williams ne présenterait plus le JT, mais demeurait au sein du groupe médiatique.

Le 16 octobre 2015, est sorti aux Etats-Unis Truth, film réalisé par James Vanderbilt, avec Robert Redford et Cate Blanchett. Il relate le « mémogate » qui a abrégé la carrière de Dan Rather, présentateur du JT de CBS pendant 24 ans. En 2004, Dan Rather, se fondant sur des mémos faux, avait allégué que George W. Bush avait effectué son service militaire pendant la guerre du Vietnam dans la Garde nationale aérienne du Texas. Et ce, sans vérifier l’authenticité des documents. Des médias contestent la réalité des mémos. Nommée par CBS, une commission d’experts relève des « manquements déontologiques et professionnels » de dirigeants de la chaîne de télévision, et l’insuffisant esprit critique de Dan Rather qui maintient la réalité de ses dires, et quitte CBS en juin 2006.

Ce combat pour la vérité dans l’incident al-Dura a été, et demeure utile. Ainsi, Pallywood, cette industrie palestinienne audiovisuelle, est désormais connue, le regard de téléspectateurs plus aiguisé, et l'efficacité de la blogosphère accrue.

Les médias mainstream ont diffusé la vidéo d’un soldat israélien tentant de maîtriser, à Nabi Saleh, un jeteur de pierres palestinien de 13 ans, et agressé physiquement par des Palestiniens. Ils ont véhiculé  le narratif palestinien. Israellycool a repéré parmi les agresseurs, Ahed Tamimi, alias « Shirley Temper », adolescente star de nombreuses productions de Pallywood. Des Internautes ont alerté des médias ayant publié des articles biaisés. Après avoir modifié son article initial, le Daily Mail, convaincu de la mise en scène, a retiré son article de son site Internet . 

Quant à Ahmed Mansra, cet adolescent palestinien de Beit Hanina avait poignardé le 12 octobre 2015, à Jérusalem, un jeune Israélien de treize ans. L’Autorité palestinienne, notamment Mahmoud Abbas (Abou Mazen) avait allégué qu’Israël l’avait tué. Le 15 octobre 2015, abandonnant son réflexe du « mea culpa », Israël a posté sur les réseaux sociaux les photographies montrant Ahmed Mansra soigné dans un hôpital israélien. Israël a aussi diffusé les images de caméras de surveillance dans les rues israéliennes montrant l'agresseur et son cousin, couteaux en mains, chercher une proie Juive pour la tuer.

Comme Pallywood, le narratif palestinien accorde aux enfants une place privilégiée, en particulier via les blood libels. Le 30 septembre 2015, lors de son discours devant l’Assemblée générale des Nations unies, Mahmoud Abbas (Abou Mazen) a déclaré  : « Ils ont brûlé vivant et tué l’enfant palestinien, Mohammad Abu Khieder, à Jérusalem, et l’enfant Mohammed al-Dura à Gaza, et avant eux des milliers ont été tués à Gaza et dans la rive occidentale du Jourdain. Et, nous nous souviendrons toujours du massacre de Deir Yassin et de tous les crimes contre notre peuple restés impunis. Combien de temps Israël demeurera-t-il au-dessus du droit international et sans rendre de comptes  ? » La déclinaison classique de la propagande anti-israélienne mensongère.

Les médias mainstream ont retenu, et déformé la partie du discours du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu  évoquant, le 20 octobre 2015, devant le 37e Congrès sioniste, le rôle du grand mufti de Jérusalem al-Husseini  dans la Shoah. Mais ils ont occulté ce passage :
« Nous combattons non seulement une campagne d’agressions physiques contre l’Etat Juif – le peuple Juif a vécu cela pendant des siècles – mais, comme nous en avons fait l’expérience dans notre histoire, les agressions physiques contre les Juifs sont toujours précédés par des atteintes contre la vérité, une campagne de diffamation et de calomnie ». Il n’est ni fortuit ni négligeable que l’Autorité palestinienne délégitime, diabolise, diffame Israël, terme désignant l’Etat Juif et le peuple Juif, avant de relancer le djihad, l’Intifada des couteaux et voitures béliers ».
Et le 22 octobre 2015, afin d'inciter à l'apaisement les Palestiniens, Benjamin Netanyahu a twitté :
"Je crois qu'il est temps pour la communauté internationale de dire clairement au président de l'Autorité palestinienne Mahmoud Abbas : "Arrêtez de répandre ces mensonges sur Israël". 
Et en effet, ce jihad ou cette "intifada des couteaux et voitures-béliers" a été provoqué, attisé par les mensonges éhontés de Mahmoud Abbas (Abou Mazen) dès son discours sur la chaîne télévisée officielle de l’Autorité palestinienne le 16 septembre 2015 - « La mosquée Al-Aqsa et l’église du Saint-Sépulcre sont nôtres. Elles sont entièrement nôtres, et [les Juifs] n’ont pas le droit de les souiller avec leurs pieds sales. Nous saluons chaque goutte de sang versé pour la cause de al-Quds » -, etc. Ce mensonge sur al-Quds a été véhiculé dès 1920 par le grand mufti de Jérusalem al-Husseini afin de fomenter des pogroms contre les Juifs vivant en Eretz Israël.

Tout comme l'Intifada II avait été lancée par Yasser Arafat en 2000 en évoquant la visite autorisée par le WAQF d'Ariel Sharon sur le mont du Temple, en exploitant le blood libel  "al-Dura"... Arafat dont le mentor était al-Husseini.

Le 15 octobre 2015, dans le cadre d’Envoyé spécial, France 2 a diffusé un reportage contestant la gravité de l’antisémitisme en France. Rabbin de Ris-Orangis, Michel Serfaty a fondé l’Amitié judéo-musulmane de France (AJMF) qu’il co-préside, après son agression en 2003 par de jeunes musulmans : « Ils m’ont frappé parce qu’ils ont crié « Vive la Palestine », croyant que je représente le soldat de Tsahal dans sa lutte contre le petit Palestinien ». Michel Serfaty est interpellé  à Vénissieux, en banlieue lyonnaise, par un automobiliste musulman qui l’invective : « Vous exterminez les gens en Palestine, et vous venez en banlieue ! L’islam nous dit : « Même si on trouve un Juif en galère, on doit l’aider ». Mais vous, vous êtes en train de coloniser… » Plus de douze ans se sont passés, mais pour des musulmans, Michel Serfaty demeure le Yaoud, le Sioniste, le Juif, sans distinguer entre le Juif israélien et le Juif français. Et, pour enquêter dans ces cités secouées par les émeutes causées par des jeunes en keffiehs, dans ces « quartiers sensibles », les médias mainstream ont recours, comme au Proche-Orient, à des fixers, des habitants de ces zones. 

Selon un sondage Elabe-BFM TV du 9 septembre 2015, l’opinion publique française a évolué  après la diffusion de l’image d’Aylan Kurdi, enfant syrien âgé de trois ans, en une dizaine de jours, mort noyé, sur une plage turque : 53% des Français sont favorables à l’accueil des « migrants », contre 44% le 4 septembre 2015. « Les images venant d'Allemagne, l'engagement de plusieurs personnalités du spectacle et les efforts de pédagogie engagés par l'exécutif français contribuent eux aussi probablement à cette forte évolution ». D'autres sondages après la publication de la photo réduisent  cet effet. Pourtant, les médias se sont mobilisés à l’été 2015 en empathie à l’égard des « migrants ». Un intérêt moins intense en octobre 2015, qui a pourtant enregistré un nombre record d’entrées de « migrants » en Union européenne. Une émotion qui a suscité des pétitions parmi les artistes… 

Est-ce à dire que la partialité des médias mainstream depuis des décennies n’a eu aucun effet sur l’image d’Israël parmi les Français ? Envoyé spécial vient d’apporter une réponse alarmante.
                               
  (1) Eric Aeschimann et Christophe Boltanski, Chirac d’Arabie : les mirages d’une politique française. Grasset, 2006. 430 pages. ISBN : 2246691214
                                         
Esther Schapira et Georg M. Hafner, « L'enfant, la mort et la vérité ». Disponible en exclusivité sur le site de La Maison d’Edition, 2015. 208 pages. 20 €

PRÉSENTATIONS DU LIVRE PAR PHILIPPE KARSENTY

- Dimanche 8 novembre 2015, entre 14 h et 19 h, au salon du Bnai Brith à la mairie du XVIe arrondissement de Paris.
- Dimanche 15 novembre 2015, entre 13 h et 19 h, au salon du livre du CCJC de Neuilly au 44, rue Jacques Dulud.
- Dimanche 29 novembre, aux Assises nationales de Siona à la mairie du IXe arrondissement de Paris (6, rue Drouot). Participation à la table-ronde « Quelles perspectives et quels moyens d’action pour la communauté Juive de France ? »
- Mardi 1er décembre 2015 à 20 h, à la CCJC de Neuilly au 44, rue Jacques Dulud

Articles sur ce blog concernant :