Citations

« Le goût de la vérité n’empêche pas la prise de parti. » (Albert Camus)
« La lucidité est la blessure la plus rapprochée du Soleil. » (René Char).
« Il faut commencer par le commencement, et le commencement de tout est le courage. » (Vladimir Jankélévitch)
« Notre métier n’est pas de faire plaisir, non plus de faire du tort. Il est de porter la plume dans la plaie. » (Albert Londres)
« Le plus difficile n'est pas de dire ce que l'on voit, mais d'accepter de voir ce que l'on voit. » (Charles Péguy)

mercredi 6 mai 2020

« La Bible » par John Huston


TCM Cinéma diffusera le 6 mai 2020 « La Bible » (Die Bibel ; The Bible: In the Beginning...) remarquable film réalisé par John Huston (1966). « Dans la lignée des grands péplums des années 1960, John Huston adapte les vingt-deux premiers chapitres de la Bible. Une spectaculaire procession de tableaux vivants, magistralement emmenée par des acteurs de renom, dont Richard Harris et Ava Gardner ».

« Adam et Ève, contrevenant aux ordres divins, sont chassés du jardin d’Éden et deviennent mortels, condamnés à souffrir, tant pour enfanter que pour labourer la terre et survivre ».

« Leur fils Caïn, dévoré de jalousie devant la préférence divine, tue son frère et se retrouve voué à l'errance ».

« Le temps passe et Dieu, préoccupé par le mal qui consume les hommes, ordonne à Noé de construire une arche ».

« De multiples générations se succèdent encore et Abraham, guidé par son Seigneur, quitte la ville d’Ur en quête de la terre qui lui est promise... »

The Bible: In the Beginning... s'inspire des 22 premiers chapitres de la Genèse et comprend trois grandes sections : Adam et Ève, l'Arche de Noé et l'histoire d'Abraham". Il contient aussi deux sections plus brèves : l'édification de la Tour de Babel, localisée entre celles de Noé et d'Abraham, et celle de la destruction de Sodome et de Gomorrhe, figurant dans la section d'Abraham.

Ce film illustre les alliances entre Dieu et l'humanité incarnée par Adam et Ève, Noé et Abraham, ainsi que les ruptures de ces alliances (Babel, Sodome et Gomorrhe).

"Tableaux vivants"
« Conçue à l’origine comme le début d’une série retraçant les différents livres de la Bible », The Bible: In the Beginning..., film américano-italien, « l’époustouflante épopée de John Huston, dépeint les événements des vingt-deux premiers chapitres de la Genèse ».

« S’étirant de la création de la Terre à l’ère des premiers patriarches, cette fresque biblique s’apparente à une spectaculaire procession de tableaux vivants, magistralement emmenée par des acteurs de renom, dont Richard Harris et Ava Gardner ».


« La Bible » par John Huston
Etats-Unis, Italie, Dino de Laurentiis Cinematografica, Seven Arts Pictures, Twentieth Century Fox Film Corporation, 1966, 164 min
Image : Giuseppe Rotunno
Montage : Ralph Kemplen
Musique : Toshiro Mayuzumi
Producteur/-trice :Dino De Laurentiis
Scénario : Christopher Fry
Avec Michael Parks (Adam), Ulla Bergryd (Eve), Richard Harris (Cain), Franco Nero (Abel), John Huston (Noah), George C. Scott (Abram/Abraham), Ava Gardner (Sarah), Gabriele Ferzetti (Lot), Alberto Lucantoni
Sur Arte le 2 octobre 2017 à 20 h 50
Sur TCM Cinéma le 6 mai 2020 à 05 h 

Visuels :
John Huston
L'arche de Noé est encore au sec. Maintenant, Noé doit amener un mâle et une femelle de chaque espèce animale et ainsi les sauver du déluge à venir
George C. Scott et Alberto Lucantoni
George C. Scott et Ava Gardner
© 1966 Twentieth Century Fox

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Les citations sont d'Arte. Cet article a été publié le 1er octobre 2017.

mardi 5 mai 2020

« Love Rituals en Israël » par Jascha Hannover et Michaela Vieser


Arte rediffusera le 5 mai 2020 « Love Rituals en Israël » réalisé par Jascha Hannover et Michaela Vieser (2019). Une série de reportages sur la manière dont se forment les couples. Des poncifs concernant des habitants de l'Etat Juif.

« Histoire du judaïsme » par Sonia Fellous
« Juifs et Arabes de France : dépasser la question israélo-palestinienne » 
Qumrân, le secret des manuscrits de la mer Morte 
La mer morte
Hébron, ville biblique 
« Le mystère Atlit Yam. 10 000 ans sous les mers » de Jean Bergeron


« En compagnie de l'auteure et présentatrice Charlotte Roche, voyage dans six pays du monde à la découverte de leurs rituels amoureux, et de leur rapport à la sexualité ».

Japon, Etats-Unis, Kenya, Inde, Orcades et Israël. Voici les étapes du périple de Charlotte Roche à la recherche des conditions ou circonstances de formation de couples. Entre l'intime et l'institutionnel, le duo et les tiers, les traditions et le recours aux nouvelles technologies. Et les mêmes espoirs et rêves.

« Dans ce numéro : en Israël, la tradition veut que Dieu attribue une âme sœur à chaque nouveau-né ».

« Pour trouver sa moitié, pas question de rester les bras croisés ».


« Au contraire, il faut se montrer proactif ».

« La recherche du conjoint "prédestiné" peut prendre de nombreuses formes ».

Le reportage débute sur la "plage de Tel Aviv fréquentée par une population branchée"

« Les plus orthodoxes effectuent un pèlerinage à Amouka, dans le nord du pays, à l’occasion du Tou Beav, version juive de la Saint-Valentin ». Ce ne serait pas plutôt la Saint-Valentin qui serait la version chrétienne de Tou Beav ?

« Comme l’explique le youtubeur ultraorthodoxe Melech Zilbershlag, dans le reste du monde deux personnes se marient parce qu’elles sont amoureuses, alors que les juifs rigoristes tombent amoureux parce qu’ils se sont mariés ». Ne serait-ce pas plutôt que le sentiment amoureux seul ne peut assurer une longue vie au couple marié ? Ne doit-il pas aussi se conjuguer avec la raison, un respect, des attentions et des concessions réciproques, une vision commune du présent et de l'avenir, un dialogue maintenu, etc. ?

« Néanmoins, un nombre croissant de jeunes Israéliens s’affranchit de ces traditions ».

« Avec une moyenne de 3,1 enfants par femme, Israël affiche le taux de fécondité le plus élevé des pays industrialisés. La raison en est religieuse, mais aussi politique. Cette jeune nation qui est menacée en permanence a besoin d'une forte croissance démographique. Je me demande si la promesse du bashert [tradition, en yiddish] n'est pas surtout un moyen de pousser les gens  à se marier et à avoir des enfants aussi vite que possible. Quelle est la place de cette tradition dans un pays aussi disparate ? », s'interroge Charlotte Roche.

Démographie
Le 29 juin 2010, l'essayiste Michel Gurfinkiel a publié l'article "Le déclin démographique des nations de souche européenne est-il inexorable ?"
« Un cas d’école : la Russie. Ce pays comptait 149 millions d’habitants en 1991, l’année où l’URSS s’est désintégrée. Il n’en compte plus que 142 millions aujourd’hui. Cela représente en moyenne une perte de 0,5 % par an, soit un peu plus de 700 000 âmes.
Cette chute est due en partie à l’émigration : notamment le départ de quelque 600 000 Juifs et de plus d’un million de Russes germanophones. Mais pour la plus grande part, elle tient à des causes purement démographiques : la baisse de la natalité d’une part (tombée à moins de 1,2 enfant par femme en 1999), le tassement, voire le recul, de l’espérance de vie (une soixantaine d’années seulement pour les hommes, un peu plus de 70 ans pour les femmes, soit de quinze à douze ans de moins que dans les pays de l’Union européenne). La Russie est un pays où les générations ne sont pas remplacées et où l’on meurt plus jeune qu’ailleurs.
Ce qui aggrave le phénomène, c’est que ce déclin touche essentiellement l’ethnie russe majoritaire (78 % de la population) et les minorités slaves. Les minorités non-slaves, bénéficient d’une natalité plus forte : en particulier les musulmans du Caucase, où l’on compte en moyenne de 3 à 4 enfants par femme. Le régime de Vladimir Poutine, en place depuis 2000,  se targue d’avoir suscité une  remontée légère de la natalité globale du pays, passée à 1,56 enfant par femme en 2009. Mais ce phénomène semble du au moins en partie au dynamisme des minoritaires.
D’autres pays européens connaissent actuellement des évolutions analogues : faible natalité de la communauté majoritaire (parfois qualifiée de « communauté-souche »), dynamisme des minorités. L’Allemagne pourrait connaître prochainement le même déclin que la Russie. Elle compte aujourd’hui 82 millions d’habitants, dont 66 % d’Allemands ethniques et 18 % d’Allemands ou de résidents d’origine étrangère, mais pourrait tomber à 70 millions d’habitants en 2040, dont 50 % seulement d’Allemands ethniques, du fait de sa faible natalité. A moins que le déficit de 12 millions ne soit comblé par l’immigration : ce qui réduirait les Allemands ethniques à la condition de minorité dans leur propre pays.
Certes, plus de 50 % des Néo-Allemands sont actuellement d’origine est-européenne ou sud-européenne, et susceptibles, dans les deux cas de figure, de s’intégrer à la culture et à la société allemandes ethniques. Mais les autres, notamment quand ils sont originaires de pays musulmans, sont à la fois plus prolifiques et moins susceptibles de s’intégrer. En outre, leur part dans l’ensemble de l’immigration allemande devrait croître fortement au cours des deux prochaines décennies. Aux termes d’un accord d’ « immigration choisie », l’Allemagne vient par exemple de faciliter la venue d’immigrants qualifiés originaires du Pakistan.
La fertilité moyenne a été en moyenne de 1,4 enfant par femme en Allemagne depuis une vingtaine d’années. Mais elle oscille entre 2,5 et 4 enfants par femme chez les immigrants extra-européens. En 2009, on comptait 4,3 millions de musulmans en Allemagne, soit 5,4 % de la population globale. Près de 2 millions d’entre eux disposaient de la nationalité allemande.
 La France métropolitaine n’est pas menacée, pour l’instant, par un déclin démographique global. Sa population  a cru de 50 % entre 1945 et 2000, puis de 6 % entre 2000 et 2010. Mais cette progression semble due dans une large part à l’immigration extra-européenne – qu’il s’agisse d’immigrants au sens propre, d’enfants d’immigrants ou de citoyens français originaires des départements et territoires d’outre-mer -, qui représente 10 % au moins de la population globale, et 20 % des classes d’âge les plus jeunes. Les femmes d’origine non-européenne avaient en moyenne deux fois plus d’enfants que les femmes européennes dans les années 1990 : 3 enfants contre 1,7. Le ratio serait de plus de deux dans les années 2000, dans un contexte de dynamisme global accru : plus de 3 enfants contre un peu plus de 1,7.
Peut-on imaginer que ces tendances se modifient, et que les « communautés-souches » européennes retrouvent un certain dynamisme démographique ? Un contre-exemple existe, en effet : Israël, pays situé au Proche-Orient mais relevant de la sphère culturelle européenne.
Comme la Russie, l’Allemagne et la France, l’Etat hébreu – Territoires palestiniens non-compris - doit compter avec de fortes minorités ethniques, représentant près de 20 % de la population globale.
Il a été longtemps confronté, lui aussi, à un différentiel de natalité en faveur des minorités. Cette situation a paru conduire, à terme, à l’instauration d’une société binationale,  judéo-arabe en l’occurence, sauf à être corrigée par une forte immigration juive. De fait, l’arrivée d’un million d’immigrants venus de l’ex-URSS (Russie et autres ex-républiques soviétiques, comme l’Ukraine et les pays d’Asie centrale) a eu un effet stabilisateur dans les années 1990.
Mais depuis une dizaine d’années, une situation inédite est en train de se mettre en place : la démographie de la communauté-souche – les Israéliens juifs -  remonte et la démographie de la minorité arabe baisse. Une étude d’un institut de recherche israélo-américain, l’America Israel Demographic Research Group (AIDRG), observe qu’en 1995, après l’arrivée de la plus grande partie des immigrants ex-soviétiques, on comptait en Israël 80 000 naissances juives par an contre près de 40 000 naissances arabes. En 2009, on est passé à 121 000 naissances juives. Tandis que les naissances arabes n’ont pas augmenté. D’un ratio de 2 à 1 en faveur des Juifs, on est donc passé à un ratio de 3 à 1.
La hausse de la fécondité globale juive, qui atteint aujourd’hui 3 enfants par femme en moyenne,  a d’abord été attribuée au dynamisme des milieux religieux : près de 7 enfants par femme en moyenne dans le milieu ultra-orthodoxe (harédi), près de 4 enfants dans le milieux sioniste religieux. Mais on constate également une poussée démographique chez les Israéliens laïques. En particulier chez les immigrants russes. Lors de leur arrivée en Israël, ceux-ci suivaient le modèle démographique de leur pays d’origine : 1,2 enfant par femme en moyenne. Une génération plus tard, ils ont adopté un autre modèle, avec 2,3 enfant par femme. Un chiffre supérieur au taux de remplacement.
La baisse de la natalité arabe israélienne n’est pas uniforme. Elle touche fortement la communauté arabe chrétienne, tombée à 2 enfants par femme seulement. Elle n’a pas encore touché le milieu bédouin, où le taux de 6 ou 7 enfants par femme reste prédominant. Entre les deux, le milieu musulman villageois ou urbanisé, musulman ou druze, connaît une baisse modérée mais régulière : son taux de fécondité se situe aujourd’hui à moins de 3 enfants par femme.
Si ces tendances démographiques se maintenaient, et si un apport démographique supplémentaire était assuré par l’immigration, la majorité juive pourrait non seulement se consolider mais aussi se renforcer. Selon certaines projections,  Israël pourrait atteindre 9 millions d’habitants en 2030, dont 90 % de Juifs.
Comment expliquer la « différence » israélienne ?
Un enfant, c’est un pari plus ou moins conscient sur l’avenir. Soit par optimisme immédiat : les parents estiment qu’ils ont les moyens de mettre au monde des enfants et de les conduire vers un monde parfait. Soit par optimisme différé : les parents estiment qu’en mettant au monde des enfants, ils se protègent contre divers dangers ou agressions. Les sociétés européennes ou de souche européenne avaient connu une conjonction de ces deux optimismes entre 1945 et 1965, quand les « trente glorieuses » (la prospérité économique, la modernisation sociétale) se doublaient du « baby boom » (le désir d’enfants d’une génération de parents marquée à la fois par la Seconde Guerre mondiale et la crainte de la guerre nucléaire). En outre, elles disposaient alors d’idéologies religieuses ou humanistes qui leur permettaient de « lire » , de donner un sens et donc d’assumer, ce contexte quelque peu paradoxal.
Il semble que les Juifs israéliens connaissent actuellement une conjonction analogue : la renaissance nationale en cours depuis 1948 et le développement économique et sociétal rapide qu’ils connaissent depuis les années 1990 se conjuguent à de nouvelles menaces génocidaires de la part de nombreux pays ou entités islamiques ; leur culture nationale leur permet de « lire » ces contradictions, et de les dépasser.
Chez les Arabes israéliens, le climat est entièrement différent. Cette communauté bénéficie, comme les Juifs, de la prospérité économique et du développement sociétal. Mais elle ne peut rattacher ces avantages aux idéologies du monde arabe et islamique, dont elle a mesuré les limites. De même, elle sait très bien qu’elle n’est pas menacée dans son existence par le reste du monde, qu’il s’agisse des Israéliens ou des Occidentaux en général. Elle opte donc pour une stratégie de bonheur privé, centrée sur la famille cellulaire plutôt que la famille élargie, le clan ou la tribu. Des choix analogues ont lieu actuellement, sous réserve qu’un choix soit possible, dans la plupart des communautés et nations arabes et islamiques, du Maghreb à l’Indonésie.
Quelles conclusions l’Europe peut-elle tirer du contre-exemple israélien ? D’abord, que rien n’est inexorable en démographie. Ni l’essor, ni le déclin. Ensuite, que les choix familiaux et individuels sont liés à la conscience collective ».

En 2020, la population israélienne est évaluée à 9,2 millions selon le Bureau central de statistiques (BCS). La population israélienne a augmenté de 171 000 habitants depuis Yom HaAtsmaout 2019 et devrait atteindre les 11,1 millions en 2030. D’ici 2048, pour les 100 ans de la refondation de l'Etat Juif, le BCS prévoit une population de 15,2 millions d’habitants. 

En 1948, 6% seulement de la population juive mondiale de 11,5 millions vivaient en Israël. En 2020, 45% des 14,7 millions de Juifs du monde résident dans l'Etat d'Israël. En 2020, les villes ayant le plus grand nombre d'habitants sont Jérusalem (936 047), Tel Aviv-Jaffa (461 352), Haïfa (285 542), Rishon Lezion (254 238) et Petah Tikva (248 005).


Les 6,806 millions de Juifs représentent 74 % de la population israélienne, alors qu’il y a 1,93 million d’Arabes en Israël, soit 21 % de la population. Les 5% restants, soit 454 000 habitants, appartiennent à d’autres groupes. 

"Parmi la population juive, 78 % sont nés dans le pays, et depuis la fondation d’Israël en 1948, 3,3 millions de personnes ont immigré en Israël." En 2019, 180 000 naissances ont été enregistrées, 44 000 personnes sont mortes, et 32 000 olim ont fait leur aliyah. Israël a une “population jeune” : 950 000 enfants âgés de moins de quatre ans, 28% de la population a entre 0 et 14 ans, tandis que 12% a plus de 65 ans."

Selon une étude du Taub Center menée par le Prof. Alex Weinreb, l'augmentation du nombre d'Israéliens âgés de plus de 70 ans est prévisible, plus que doublant de 669 000 en 2017 à environ 1,41 million en 2040. Le taux de personnes âgées dans le secteur arabo-israélien dépassera celui du secteur Juif. Dans la population Juive, le nombre de personnes âgées de plus de 70 s'accroîtra de 88% (de 615 000 à 1,21 million). Parmi les Arabes, le groupe de même âgé quadruplera de 54 000 à 197 000. Le taux de croissance démographique annuel devrait diminuer de 1,87% en 2019 à 1,52% en 2040 en raison de la baisse du taux de fertilité. L'épidémie de coronavirus ne devrait pas avoir d'influence sur le taux de mortalité en 2020 et l'espérance de vie.



« Love Rituals en Israël » réalisé par Jascha Hannover et Michaela Vieser 
Allemagne, 2019, 65 minutes
Avec : Charlotte Roche
Auteurd : Michaela Vieser, Jascha Hannover
Sur Arte les 29 août 2019 à 00 h 40 et 5 mai 2020 à 03 h 10
Disponible du 27/04/2020 au 02/08/2020
Visuels : © Florianfilm

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Les citations sur le film proviennent d'Arte. Cet article a été publié le 27 août 2019.

lundi 4 mai 2020

Interview de Shmuel Trigano, philosophe

  

Ancien animateur du Collège des Etudes juives de l’Alliance israélite universelle (AIU) à Paris, Shmuel Trigano est professeur de sociologie de la politique et de la religion à l’Université Paris X,  directeur de la revue européenne d’études et de culture juives Pardès et de L'Université populaire du Judaïsme. Il est à l’origine de la création fin 2001 de l’Observatoire du monde juif, bulletin trimestriel qui a présenté la première liste des agressions antijuives en France depuis septembre 2000, puis de Controverses. Deux revues savantes dont les numéros sont consultables sur Internet. De nombreux ouvrages de Shmuel Trigano sont consacrés à la philosophie politique et au judaïsme. L’Ebranlement d’Israël étudie le tournant historique marqué par l’Intifada II et l’« étrangeté » juive. Le 4 mai 2020, à 15 h, le Midreshet Yehoudah Manitou proposera le cours en ligne "La question juive en Israël et l'avenir du sionisme, en ligne, avec Shmuel Trigano".


Comment est né l’Observatoire du monde juif, revue savante ?

Shmuel Trigano : J’ai eu l’idée de créer un centre de recherches qui fournirait une information sans mythologie sur le monde Juif et Israël. J’avais constaté que depuis quelques années, ces sujets n’étaient quasiment plus étudiés à l’Université, ce qui permettait aux idées les plus folles de germer.

L’objectif est d’aller au-delà de la lutte contre l’antisémitisme. Il s’agit de produire et diffuser une information fondée sur des documents, des faits, des statistiques, etc.

L’Observatoire du monde juif est né aussi en réaction au sentiment de scandale éprouvé devant le black-out devant les agressions anti-Juives en France depuis le début de l’Intifada II.

Ce black-out a été général : parmi tous les médias, chez les pouvoirs publics et dans la communauté Juive française jusqu’au dîner du CRIF (Conseil représentatif des institutions juives de France) fin 2001. Même les déclarations de certains responsables amoindrissaient la gravité des faits.

Quand nous tentions d’en parler, la chose n’était pas reçue. On nous accusait de falsification, d’incitation à la haine raciale, etc. Comme ces actes n’étaient pas rapportés par les médias, c’est comme s’ils n’existaient ni socialement ni politiquement.


D’où l’idée de publier dès le premier numéro (novembre 2001) de l’Observatoire du monde juif cette liste tenue par les services de la communauté Juive pour alerter l’opinion publique et montrer la crédibilité de la chose.

C’était la première que cette liste était publiée et elle a été distribuée par le CRIF lors de son dîner annuel en décembre 2001 en présence notamment du Premier ministre socialiste, Lionel Jospin, de ministres et d’autres personnalités.

L’impact a été immense. C’est à ce moment que fut crevé l’abcès : tout a été dit.

Alors, certains, notamment les leaders d’opinion Juifs français ont accusé dans la presse la communauté Juive française de repli communautaire, comme pour délégitimer le travail fourni. Ils ont manifesté une incompréhension face à la situation et ont tenu un discours qui ne résiste pas à la réalité. C’est une minorité bruyante. Ils ont agi comme les policiers du « politiquement correct ».

Grâce aux abonnements des particuliers ou des mécènes, et au travail de bénévoles, nous envoyons chaque numéro systématiquement aux parlementaires, eurodéputés, aux médias, aux gens d’Eglise, à des intellectuels, à certains maires, à la presse chrétienne et à celle arabe à Paris, etc. Certains édiles nous ont indiqué apprécier cette source d’informations.

Vous estimez que l’Intifada II marque un tournant historique. Vous analysez les deux antisémitismes, chrétien et musulman, le statut discriminatoire des non-musulmans, les dhimmis...

Shmuel Trigano : Après la Shoah, la condition du peuple des Juifs a été restaurée. Cette condition a toujours posé problème dans l’histoire et dans la culture de l’Occident et de l’Orient. En Occident, les Juifs ont été pendant la domination chrétienne un peuple exclu. La forme du ghetto exprime cette dimension. Dans l’empire chrétien médiéval, les Juifs sont le seul peuple singularisé, les étrangers par excellence.

Dans l’Orient islamique, les Juifs sont considérés comme un peuple, mais dominé à travers la condition du dhimmi.

La modernisation démocratique a reconnu les Juifs comme citoyens individuels, mais pas comme un peuple. C’est justement en réaction à l’antisémitisme que le sionisme politique est né. Pour assumer cette dimension de peuple que les Juifs émancipés ne peuvent assumer.

Pourquoi la Shoah a-t-elle marqué un tournant ? Car les Juifs, citoyens individuels dans les pays européens, se sont vus exterminés en masse comme un peuple. Après la guerre, cette dimension ne peut plus être abandonnée au hasard. Une vie Juive se reconstitue en affirmant la légitimité et le droit d’exister du peuple Juif en Israël. Les chrétiens se sont peu à peu réajustés à cette nouvelle donne, mais en reconnaissant le peuple Juif comme victime de la Shoah et pas nécessairement comme sujet libre de son histoire. Or, c’est justement cela que les réactions de l’opinion publique, en Europe et en Orient, depuis vingt ans, ont remis en question. Nous y avons vu une sorte de dénégation et de délégitimation fondamentale de l’existence Juive depuis cinquante ans. En cela, c’est un tournant.

Vous dénoncez la manipulation politique, psychologique et symbolique du concept d’humanité pour déshumaniser Israël...

Shmuel Trigano : Les stratèges politiques ont très bien compris l’état de conscience occidentale, notamment le fait qu’elle considère Israël comme une victime. Ils ont donc très adroitement manipulé les images victimaires en jouant sur la culpabilité de l’Occident à l’égard de la victime Juive. Ils ont ainsi retourné la figure victimaire à leur profit en envoyant des enfants affronter des soldats, en exposant sans cesse la mort et le sang qu’ils avaient suscités eux-mêmes et en pratiquant un terrorisme monstrueux touchant aux fondements mêmes de l’Humanité.

L’expression la plus percutante provient de Edward Saïd qui dit que « les Palestiniens sont les victimes des victimes ». Ce qui lui permet d’un côté de compatir à la condition de victime des Juifs et de l’autre de les accuser comme bourreaux de leurs victimes.

Vous écrivez que « la morale et la justice n’ont rien à voir avec la position de celui qui est jugé »...

Shmuel Trigano : Je récuse une morale fondée sur la condition de victime. Elle a des sources anciennes.

A mes yeux, chaque individu est responsable des actes concrets qu’il commet.

Si quelqu’un est réputé avoir été colonisé ou persécuté, on le tient pour l’incarnation de la morale.

Pourquoi estimez-vous que l’humanitarisation du peuple Juif le dépolitise, et affirmez-vous la dépolitisation d’Israël ?

Shmuel Trigano : On a voulu définir l’existence d’Israël sur une base purement humanitaire, c’est-à-dire qu’Israël est défini comme le camp refuge des rescapés de la Shoah. On ne le reconnaît qu’à titre humanitaire et non politique.

Or, il s’agit d’un Etat. Et un Etat se comporte comme tous les Etats de la planète.

On ne comprend pas le décalage entre son action d’Etat et sa nature réputée humanitaire.

Par conséquent, tous ses actes politiques deviennent des scandales humanitaires.

Alors cette définition d’Israël est purement idéologique, car 65% de la population israélienne est originaire de pays arabes, et non rescapée de la Shoah. Et cette population a un contentieux sérieux avec les Etats arabes qui l’ont chassée et dépouillée de tous ses biens dès les années 1940. Au point qu’il n’y a plus quasiment de Juifs dans le monde arabo-musulman.

On a aussi nié aussi le lien du peuple et de sa terre et la dimension politique. Quand par exemple, on accuse Israël de pratiquer un terrorisme d’Etat. Là où existent une Armée régulière, un Etat démocratique représenté par des élus. On ne peut pas parler de terrorisme.

On demande à Israël de subir les attentats sans réagir. Ce qu’aucun pays ne ferait. Quand on songe au ridicule conflit entre l’Espagne et le Maroc sur l’île Persil… De qui se moque-t-on ?

Après la Seconde Guerre mondiale, l’Etat d’Israël au moins symboliquement a constitué le fondement de la restauration du peuple Juif. C’est un fait sociologique.

Nous voyons tous aujourd’hui comment le conflit israélo-palestinien retentit sur les communautés Juives quoi qu’elles fassent.

C’est d’abord le monde entier qui pratique l’amalgame. Quand on entend le précédent ministre français des Relations extérieures, Hubert Védrine, dire qu’il comprend comment de « jeunes attaquent des synagogues au vu de ce qui se passe au Proche-Orient ». L’amalgame est évident.

Les réseaux terroristes s’implantent au cœur des populations civiles. C’est un problème d’ordre tactique très important.

La raison d’être du Hamas est de détruire Israël, trêve ou pas. Le terrorisme et la société civile qui l’accueille dans ses rangs et en porte la responsabilité. On ne peut pas abriter des terroristes et sortir indemne des conséquences induites. Tout le problème, c’est l’utilisation programmatique de la population civile par les stratèges palestiniens pour mener leur guerre. C’est tout le problème d’une guerre qui ne veut pas dire son nom et se cache derrière des figures humanitaires.

Vous stigmatisez le « camp de la paix »...

Shmuel Trigano : Il porte une grande responsabilité dans la sape de la légitimité d’Israël. Car nombre de ses représentants ont une image négative d’Israël. Certains allant même jusqu'à parler de fascisme.

Quant aux « nouveaux historiens » qui ont été portés par une partie de l’intelligentsia israélienne, ils ne représentent en rien une démarche scientifique. Ce sont des idéologues.

Des médias ont préféré faire une extraordinaire publicité à des accusateurs venus du dedans pour accabler les Juifs.

Quid de l’islam ?

Shmuel Trigano : Il y a un problème dans le concept que l’islam se fait du reste de l’Humanité. L’islam partage le monde entre le dar el islam (maison de la soumission) et le dar el Harb (maison de l’épée). L’islam ne conçoit pas un troisième terme. Ceci pose des problèmes dans ses rapports aux non-musulmans.

De surcroît, à l’heure démocratique, où chacun exige d’être reconnu pour ce qu’il est. Il faut espérer que l’islam se réajuste aux exigences de la modernité.

Quid de « l’étrangeté juive » ?

Shmuel Trigano : A la lumière de tous les événements, un esprit normalement constitué devrait tirer des conclusions accablantes pour la condition Juive. Cinquante ans après la Shoah, alors que les Juifs notamment avec l’Etat d’Israël, ont fait le maximum d’efforts pour être comme les autres, ils se voient aujourd’hui récuser comme des parias éternels qu’ils étaient devant l’histoire.

J’essaie de renverser cette perspective en montrant qu’il y a une dimension spécifique à la condition Juive, que les Juifs n’ont pas suffisamment reconnue depuis vingt siècles qu’est cette condition de ce que j’appelle « l’étrangeté juive ».

Ils ont voulu passionnément « être comme les autres » et je crois que de ce fait, ils ont négligé une dimension fondamentale de leur être, négligence qui est à l’origine des catastrophes répétitives qu’ils ont connues.

J’essaie de penser comment assumer cette condition de façon plus créative. Spécialement, l’étrangeté est un des fondements de la condition humaine. La spécificité des Juifs elle est vécue à l’échelle d’une communauté. Cependant, ce qui se présente comme un problème métaphysique pour un individu se pose de façon politique pour une collectivité. Je soulève la question de savoir si on peut l’assumer dans le champs de la politique et de la démocratie. Je ne fais que l’esquisse de ce travail qui est encore à faire. 


Le 4 mai 2020, à 15 h, le Midreshet Yehoudah Manitou proposera le cours en ligne "La question juive en Israël et l'avenir du sionisme, en ligne, avec Shmuel Trigano". "Le sionisme politique, à ses origines, fut à la fois une rupture et un accomplissement du point de vue du judaïsme. Une rupture, à l’évidence, pour être né, s’être développé et avoir réussi dans un milieu en rupture de ban avec la religion ou simplement assimilé."


Shmuel Trigano, L’Ebranlement d’Israël, philosophie de l’histoire juive. Editions du Seuil, coll. L’histoire immédiate, 2002. 271 pages. ISBN : 978-2020524018 

Observatoire du monde juif. 78, avenue des Champs-Elysées, 75008 Paris. http://obs.monde.juif.free.fr et e-mail : obs.monde.juif@free.fr




Le 6 mai 2015 à 20 h 30, le Beth Halimoud de Bordeaux présenta la conférence exceptionnelle de Shmuel Trigano, Docteur en sociologie politique et professeur à l’université de Paris, sur le thème Juifs de France. Que faire ? Il signera son livre « Quinze ans de solitude : Juifs de France : 2000-2015 " (Berg International)

Le conflit israélo-palestinien, Les médias français sont-ils objectifs ? Dossiers et documents, juin 2002


Le 9 septembre 2012, l’AIU lui a rendu hommage de 14 h à 22 h au Centre Alliance Edmond J. Safra, à Paris.

L'université populaire du judaïsme et le BNVCA (Bureau national de vigilance contre l'antisémitisme, organisèrent le 7 avril 2014 le colloque Qu'est-ce qu'un acte antisémite ? La loi et la réalité

Articles sur ce blog concernant :

 Cette interview a été réalisée en 2002 pour Guysen. Elle a été publiée sur mon blog le 9 septembre 2012, et le 6 avril 2014, puis le 6 mai 2015.