dimanche 5 mars 2023

Victor Klemperer (1881-1960)

Victor Klemperer (1881-1960) était un universitaire, spécialiste dans la littérature française, juif converti au protestantisme. Persécuté par les Nazis - destitué en 1935 pour devenir manœuvre dans une usine -, marié à une « aryenne », ce professeur de philologie et de littérature française a échappé à la déportation et aux bombardements de Dresde, et résisté en analysant la langue allemande du IIIe Reich -  LTI - Lingua Tertii Imperii. Arte diffusera le 8 mars 2023 à 00 h 05 « La langue ne ment pas », documentaire de Stan Neumann.

Raymond Aron (1905-1983) 
« ENS : L'école de l’engagement à Paris » par Antoine de Gaudemar et Mathilde Damoisel
Archives de la vie littéraire sous l'Occupation 

Victor Klemperer (1881-1960) était né dans une famille juive nombreuse : son père était un rabbin du judaïsme réformé berlinois. Ses frères sont devenus des médecins célèbres. Il a eu pour cousin le talentueux chef d'orchestre Otto Klemperer (1885-1973).

Il a étudié la philosophie et la philologie des langues romanes et germaniques à Munich, Genève, Paris et Berlin. 

En 1906, il épousa Eva Schlemmer, pianiste et musicologue, et est devenu écrivain.

En 1912, il s'est converti au protestantisme, et s'est fait baptisé.

Deux ans plus tard, il est habilité à enseigner, et est recruté comme lecteur à l'université de Naples.

Durant la Première Guerre mondiale, il s'est engagé comme soldat, et a servi dans l'artillerie, puis dans la censure militaire. 

En 1920, il était professeur de philologie romane à l'université technique de Dresde. Il a été l'auteur de livres sur la littérature française.

Dès 1933, il est persécuté par les Nazis en raison de son origine juive. Il doit quitter sa villa à Dölzschen pour s'installer dans trois « maisons de Juifs » (« Judenhaus ») successives à Dresde. Il a retranscrit dans son Journal sa vie quotidienne, ses analyses sur le langage allemand instrumentalisé par le pouvoir nazi. 

Alors que les Nazis ont décidé de déporter les couples mixtes, le couple Klemperer est sauvé par le bombardement de la ville par les Alliés dans la nuit du 13 au 14 février 1945. Il se débarrasse de l'étoile jaune portée par l'intellectuel, et fuit la ville.

Quatre mois plus tard, de retour dans sa villa, Victor Klemperer poursuit la rédaction de son livre LTI - Lingua Tertii Imperii (LTI - La langue du IIIe Reich) publié en 1947.

En 2023, Albin Michel a publié "LTI, la langue du IIIe Reich" de Victor Klemperer, avec une préface de Johann Chapoutot et une traduction d'Elisabeth Guillot. "À partir de 1933, le philologue allemand Victor Klemperer tient un journal dans lequel il consigne toutes les manipulations du IIIe Reich sur la langue et la culture de son pays. Offrant un décryptage inédit de la novlangue nazie qu’il baptise LTI : Lingua Tertii Imperii, ses notes montrent comment le totalitarisme et l’antisémitisme s’insinuent dans le langage courant et s’inscrivent au plus intime de chacun. Par l’adoption mécanique et inconsciente de l’idéologie que véhiculent les mots, les expressions et les formes syntaxiques, cette langue de propagande agit comme un poison. LTI est plus qu’un acte de résistance et de survie, c’est un classique et une référence pour toute réflexion sur le langage totalitaire."

Victor Klemperer décide de demeurer dans la zone sous domination communiste, la RDA, plutôt que dans celle peuplée de nombreux anciens nazis.  Le couple Klemperer devient membre du KPD (Parti socialiste unifié d'Allemagne). De 1947 à 1960, Victor Klemperer a enseigné aux universités de Greifswald, Halle et Berlin. En 1950, il a été désigné député à la Chambre du peuple (Volkskammer) comme représentant du Kulturbund, et membre de l'Académie des sciences. Il a œuvré en faveur de la langue française dans la RDA (République démocratique allemande).

Veuf en 1951, il a épousé en 1952 Hadwig Kirchner (1926-2010), une germaniste qui a contribué à la publication de ses notes quotidiennes publiées après sa mort en 1960. 

« La langue ne ment pas »
Arte a réuni des documentaires dans sa thématique « Les nazis au pouvoir - Terreurs, résistances et libération ». « Le 27 janvier est dédié à la mémoire des victimes de l'Holocauste. 1933, Adolf Hitler devient chancelier du Reich. À partir de 1939, l'Allemagne nazie impose au monde guerre et meurtres de masse. De l'horreur de la Shoah à la délivrance, des témoins et des historiens racontent cette funeste période de l'histoire du XXe siècle. Une collection de films documentaires pour mieux retracer la réalité du nazisme. »

Arte diffusera le 8 mars 2023 à 00 h 05 « La langue ne ment pas », documentaire de Stan Neumann.

« Dans son journal, Victor Klemperer, universitaire juif, consignait l’imprégnation de l’idéologie nazie dans la langue allemande. Une chronique de la violence quotidienne et un point de vue sur un aspect peu exploré de l’oppression nazie. »

« Le professeur d’université Victor Klemperer a survécu au régime nazi ». 

De l’arrivée de Hitler au pouvoir en 1933 jusqu’à la capitulation allemande en 1945, il tient à Dresde un journal secret, dans lequel il rapporte ses pensées et raconte son quotidien ». 

« Une vie de paria, avec son cortège croissant d’interdictions et pour seul horizon la menace permanente de la déportation ». 

« Mais Victor Klemperer résiste de toutes ses forces au travers de ses écrits : humour du désespoir, témoignage pour l’histoire et exercices de philologie, la discipline qu’il a enseignée ». 

« Tenant la chronique de la langue allemande sous le IIIe Reich, il analyse ses particularités typographiques, ses emprunts au fonds germanique, son évolution à l'oral comme à l’écrit, et note quelques créations linguistiques significatives. »

« Dans ce journal où il s’exprime en toute liberté, le professeur lutte contre une langue devenue totalitaire. »

"Quand le juif écrit en allemand, il ment." Alors que ce communiqué est diffusé à l’époque dans les universités, Victor Klemperer s'emploie à démontrer son caractère fallacieux ».

« Opposant dans son journal l’observation et l’analyse à un langage appauvri qui se répète en boucle, il relève les mots caractéristiques de la rhétorique nazie à mesure qu’ils apparaissent (dans les discours, les affiches, les plaisanteries), en même temps que les décrets qui chaque jour réduisent la liberté des juifs ». 

« Pour lui, la langue du IIIe Reich, elle-même instrument d’enfermement, participe de la violence du régime ». 

« Sur des images qui le mettent en scène à sa table de travail, montées avec des archives, Denis Lavant lit des extraits de son passionnant journal ». 

« Le film invite ainsi à partager les pensées du philologue, échos aux funestes événements. »

« Ce témoignage d’un homme qui se définit avant tout comme un intellectuel allemand dénonce brillamment la gigantesque mise en scène qui se joue aussi à travers les mots. »


« La langue ne ment pas » de Stan Neumann 
France, 2004, 80 min
Coproduction : ARTE France, Les Films d’Ici
D’après les journaux de Victor Klemperer
Avec la voix de Denis Lavant
Sur Arte le 8 mars 2023 à 00 h 05
Disponible du 28/02/2023 au 05/05/2023
Visuels :
Victor Klemperer 
Victor Klemperer et sa femme
La machine à écrire de Victor Klemperer

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