Citations

« Le goût de la vérité n’empêche pas la prise de parti. » (Albert Camus)
« La lucidité est la blessure la plus rapprochée du Soleil. » (René Char).
« Il faut commencer par le commencement, et le commencement de tout est le courage. » (Vladimir Jankélévitch)
« Notre métier n’est pas de faire plaisir, non plus de faire du tort. Il est de porter la plume dans la plaie. » (Albert Londres)
« Le plus difficile n'est pas de dire ce que l'on voit, mais d'accepter de voir ce que l'on voit. » (Charles Péguy)

vendredi 9 septembre 2016

Le XXe siècle en quatre-vingts dessins de presse

Le Sénat  a présenté, sur les grilles du Jardin du Luxembourg, l’exposition éponyme réalisée à partir du livre Le XXe siècle en 2000 dessins de presse de deux journalistes - Jacques Lamalle et Patrice Lestrohan (éditions Les Arènes). Une exposition trilingue, quasiment franco-française, biaisée, "islamiquement, politiquement et écologiquement correcte" et réécrivant l’Histoire du XXe siècle en gommant les Juifs, la Shoah, la renaissance de l’Etat d’Israël. Les Juifs apparaissaient essentiellement comme conquérants. Le Mémorial de Caen accueille les 6e Rencontres internationales des dessinateurs de presse (9-11 septembre 2016). 

Ainsi, pour le cinquantenaire de L’Express, le Sénat avait présenté en 2003-2004 l’exposition « Objectif Une : un demi-siècle vu par L’Express ». « Le témoignage des grandes signatures photographiques du magazine d’information, fondé en 1953, sur l’histoire récente. Sur les 87 clichés présentées sur des moments forts de l’actualité de ces 50 dernières années - le président du conseil Pierre Mendès-France en 1954, la signature des accords de paix à Washington en 1993 -, une légende a suscité une vive controverse : celle des « al-Dura » le 30 septembre 2000. Cette légende – « Jamal al-Dura et son fils Mohamed, 12 ans, se protègent des balles israéliennes près de Netzarim, dans la bande de Gaza. L’enfant sera tué » - a été quasi-effacée par des lacérations de l’affiche. Des barrières de sécurité avaient été installées afin d'éviter d'autres réactions.


Des descriptifs élogieux
En 2013, « avec le dessin de presse, la Haute assemblée accueille cette fois un autre mode d’expression artistique dont le succès ne s’est jamais démenti. La raison en tient au talent particulier des dessinateurs qui savent exprimer, avec force, souvent en quelques traits, ce que ressentent et vivent leurs concitoyens. Parus dans une presse reflétant la diversité des points de vue et des courants d’opinion, de L’Assiette au beurre au Canard enchaîné, du Monde au Figaro en passant par l’Express et d’autres titres, les 80 dessins de cette exposition retracent certains grands moments du siècle dernier. Avec un humour parfois grinçant, voire provocateur, ces dessins illustrent la liberté d’expression, ce droit fondamental trop souvent mis à mal, selon les pays et les époques », écrit Jean-Pierre Bel, président socialiste du Sénat. Et d’ajouter : « Assemblée politique où le débat démocratique a toute sa place, le Sénat témoigne, à travers cette exposition, de son attachement à la liberté de la presse, même lorsqu’elle prend les traits de la caricature. Il manifeste aussi son intérêt pour le droit de rire ensemble, y compris de ce qui peut nous diviser, dès lors que cela conduit à réfléchir aux enjeux de société ».

« Très mouvementé, souvent traumatisant et, heureusement aussi, souriant parfois, le siècle passé foisonne de faits qui ont marqué notre mémoire et d’autres quelque peu oubliés. En voici un florilège retraçant, chronologiquement, la séparation de l’Église et de l’État, la Guerre de 14–18, les années folles, le Front populaire, la montée de Hitler, la Libération, la guerre froide, de Gaulle président, les « 30 glorieuses », mai 68, mai 81 et l’arrivée de la Gauche, les années Chirac, la vague écologique », écrivent Jacques Lamalle, ancien journaliste au Canard enchaîné, et Patrice Lestrohan, ancien journaliste au Quotidien de Paris et au Canard enchaîné, co-auteurs du livre préfacé par Patrick Rambaud, de l’académie Goncourt, et ayant inspiré l’exposition. Un livre de 600 pages sur 300 événements, avec 2000 dessins et 175 dessinateurs.



Pour « traiter à chaud ces « actualités », les plus grands noms du dessin de presse : Grandjouan, Laforge, Iribe, Guilac, Sennep, Grove, Dubout, Effel, Cabrol, Moisan, Faizant, Tim, Sempé, Wolinski, Cardon, Cabu, Plantu… 39 signatures différentes, autant de personnalités et autant de styles !... Ils nous bousculent, nous émeuvent, nous forcent à prendre de la distance et, bien sûr, nous font rire. Et le rire est salutaire, universel, fait pour une meilleure compréhension, une meilleure entente entre les hommes... Alors, bon voyage dans ce temps retrouvé ! ». Le rire, universel ? On peut en douter à voir la réaction de musulmans aux dessins sur Mahomet publiés par le douze dessins  parus dans le journal danois Jyllands-Posten, le 30 septembre 2005.

Selon le dossier de presse, le « XXe siècle a été le siècle du dessin de presse.

L’engouement a commencé dès les années 1900, avec une floraison de journaux satiriques illustrés. Les plus célèbres s’appelaient L’Assiette au beurre, Le Cocorico, Le Rire. Pendant la Grande Guerre, le dessin de presse est une manière de conjurer l’horreur par le rire, notamment avec Le Canard enchaîné, La Baïonnette et Le Crapouillot. Le Front populaire, la montée du nazisme, la guerre d’Espagne et l’Occupation sont le théâtre d’affrontements violents. Avec les 30 glorieuses, le dessin de presse se tourne davantage vers la comédie de mœurs et la satire de la société de consommation. C’est l’émergence d’une « ligne claire » incarnée par Bosc et Sempé. La guerre d’Algérie et mai 68 remettent à l’honneur le dessin de presse le plus virulent, Siné en tête. Le Canard enchaîné se moque du Général de Gaulle avec Moisan, Tim fait les beaux jours de L’Express, les équipes de Hara-Kiri et Charlie Hebdo, avec Reiser et Cabu, repoussent les frontières de la bienséance. Les grands quotidiens ont tous eu leur dessinateur emblématique : Faizant pour Le Figaro, Plantu pour Le Monde, Willem pour Libération ». Ou Ferjac dessinant pour Le Canard enchainé sur l’accord à la conférence de Genève (1954) mettant fin à la Guerre d’Indochine : le Président du Conseil Pierre Mendès France en sportif franchit la ligne d’arrivée en brandissant une colombe dans une cage.


« C’est une certaine vision du monde que nous propose cette rétrospective. Celle que des dessinateurs, observateurs critiques de leur temps, ont voulu à de certains moments faire partager à leurs contemporains. Pour quelques-uns, cette vision est restée ancrée dans l’imaginaire collectif et a même fini, pour certains, par devenir le miroir de leur époque », observe Claude Fath, président d’AGIPI  (Association d'assurés pour la Retraite, l'Épargne, la Prévoyance et la Santé, partenaire d’AXA), partenaire de l’exposition avec Radio France  dont Jean-Luc Hees, son président-directeur général, se targue de plus de quatorze millions d’auditeurs quotidiennement, et France Info.


« En l’espace d’un siècle, beaucoup de dessinateurs de presse se sont affirmés comme de véritables journalistes. En se distinguant progressivement d’un simple rôle figuratif, le dessin de presse est devenu aujourd’hui un moyen d’informer à part entière. Avec talent, le dessinateur saisit d’un coup de crayon le réel et pose un regard critique et réfléchi sur l’actualité et les grandes questions de société… souvent à l’encontre des tabous et des pressions. Toute l’actualité donne lieu à des images », allègue Pierre-Marie Christin, directeur de France Info. 

Non, tout un pan de l’actualité demeure sans image ni article. Les pressions, les craintes pour leur vie, la peur d'être taxé d'"islamophobie" ont incité nombre de dessinateurs à ne pas traiter des sujets liés à l’islam et à son prophète Mahomet. Ou bien, en procédant à des amalgames infondés : par exemple, la Une de Charlie hebdu titrée Les Intouchables 2 : un Juif orthodoxe pousse la chaise roulante où est assis un homme portant turban. Tous deux disent : "Faut pas se moquer".

Cette exposition occultait la crise du dessin de presse, liée aux difficultés financières de la presse imprimée, aux évolutions de la société, à la frilosité de journaux "politiquement corrects" redoutant les réactions d'actionnaires ou de lecteurs, et à l'attrait de la bande dessinée, moins soumise aux impératifs de l'actualité - délais de bouclage, mode de distribution, etc. - et rémunérant mieux l'auteur, depuis quelques décennies.


Une problématique histoire dessinée du XXe siècle
Le choix de cette exposition s’est porté essentiellement vers des dessins en français et par des dessinateurs hexagonaux. Pourtant, les légendes sont traduites en français, anglais et espagnol. De quoi assurer le succès et la compréhension d’un public composé de nombreux touristes.


Cette exposition  s’ouvre sur des dessins manichéens – planqués loin du front contre patriotes versant leur sang -, anticapitalistes, pacifistes et antiparlementaires, et progresse vers le « politiquement correct » de dessinateurs majoritairement situés à gauche, voire à l’extrême-gauche.

Affleurent de certains dessins des relents antimilitaristes, anti-américains, pro-palestiniens, et une adhésion à l'écologie politique ("Le réchauffement climatique").


Présenter XXe siècle en quatre-vingts dessins de presse ? Une gageure que cette exposition n’a pas réussi à relever. Que d’oublis !



Rien sur la recréation de l'Etat d'Israël. Rien sur les Juifs.


Quid des deux célèbres dessins d’Un diner en famille de Caran d’Ache  (Le Figaro, 12 février 1898) sur l’affaire Dreyfus qui divisa la France, et le monde ?


Quid du dessin  fameux de Tim, pseudonyme de Louis Mitelberg (1919-2002) - un déporté Juif squelettique, un pied posé sur le fil barbelé d’un camp de concentration, la main dans sa chemise à l’instar de l’empereur Napoléon ; sous-titre : « Sûr de lui et dominateur », illustrant la fameuse  déclaration  du Président Charles de Gaulle  du 27 novembre 1967  (« peuple d’élite, sûr de lui-même et dominateur  »), refusé par L’Express et publié en « Libre opinion » par Le Monde des 3-4 décembre 1967, quelques mois après la guerre des Six-jours ?

Deux dessins évoquent le génocide de près de deux millions de Cambodgiens par les « Khmers rouges » de Pol Pot (1975-1979) et de 800 000-1 million de Tutsis et Hutus modérés au Rwanda (avril-juillet 1994), mais aucun n’illustre la Shoah - six millions de Juifs assassinés par les Nazis et leurs collaborateurs !


Et que de partis pris !


La guerre de Suez (1956) a inspiré le dessin Un canal, des KO de Lap (Le Canard enchainé). A Suez, la dame Pax regarde flotter sur le Nil des feuilles dénommées « actions », « pétrole », « combines »… La légende évoque une « expédition coloniale franco-britannique contre Nasser, le « raïs » égyptien fautif d’avoir nationalisé le canal de Suez, source de profits pas toujours ragoûtants ». Quid des attaques des fedayin armés par l'Egypte contre les Israéliens ? Quid des forces militaires israéliennes alliées des Français et des Britanniques ? Quid de l'exode des Juifs d'Egypte à l'initiative de Nasser ?


« Israël-Palestine : Territoires occupés » (Loup, Jean-Jacques, né en 1936 – L’Evènement du Jeudi). Dans le désert, un Israélien dit à un Palestinien sur fond de bunkers – dont l’un surmonté d’un drapeau israélien – troués par une ouverture laissant pointer des canons : « C’est rien. C’est du provisoire ». Légende : « Le chaudron palestinien. Des camps, des casemates, des murs… Pas trop brillant l’état des deux territoires palestiniens (Gaza et la Cisjordanie) envahis par Israël en 1967. Tel-Aviv excipe du terrorisme des fédayins, qui dénoncent… l’occupation israélienne. On s’en sort quand ». Il s’agit de « territoires disputés  » ; la Judée et la Samarie sont bibliques, etc. Pourquoi les Etats arabes et l’UNRWA  (Office de secours et de travaux des Nations unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient) laissent-ils des Palestiniens dans des camps ? Pourquoi occulter les palaces, centres commerciaux, centres hippiques, etc. dont jouissent des Palestiniens dans ces territoires ? Finalement, le seul Juif représenté dans l'exposition, est un Israélien, conquérant, menaçant, menteur ou hypocrite.


"1993-Accords d’Oslo" (Guiraud Ferdinand, signe aussi Kiro, né en 1956, Le Canard enchainé). Arafat et Rabin attablés, tandis que Clinton joue du violon. Arafat trinque « Champagne », et Peres demande un Alka-Selezer. Légende : « Part à deux en Terre sainte. Sous l’égide du président US Bill Clinton, Israéliens (ici, Shimon Peres) et Palestiniens (Yasser Arafat) remisent leurs armes. Selon les accords qu’ils viennent de conclure en Norvège, les deux se voient attribuer deux zones autonomes. « La paix maintenant ? » Il est avisé d’être réservé". Comme si cette "guerre d'Oslo" n'était pas un marché de dupes dans lequel s'engluent les Israéliens depuis près de 20 ans. L'expression "Terre Sainte" révèle une incompréhension : pour les Juifs, il s'agit d'Eretz Israël, pour les musulmans d'une part du dar al-islam voué au califat. Arafat, un Arabe "palestinien" ? Il était né... au Caire (Egypte) !


"Tous frères à Noël" (Cabu, Jean Cabut, né en 1938, Charlie Hebdo). « Gaspard et Melchior raccompagnent Balthazar à la frontière ». Un dessin sur « France terre d’asile » et les immigrés « clandestins », en situation irrégulière, transformés en Rois Mages.

"Le calvaire de Beyrouth" (Plantu, Jean, né en 1951, Le Monde). Un cèdre est coupé en deux par un missile alors que deux soldats, français et américain, y apposaient l’affiche de la paix. Légende : « C’était le plus libre comme le plus entreprenant des pays de la région. Las, les guerres que depuis vingt-cinq ans se livrent Palestiniens contre Chrétiens, Israéliens contre Palestiniens, etc. déciment une grande partie de la population ». Non, les Israéliens ne luttent pas contre les Palestiniens, mais contre les terroristes islamistes : OLP (Organisation de libération de la Palestine), Hezbollah. Quid des Syriens qui n'ont jamais reconnu l'indépendance du Liban ? Quid des combats entre factions terroristes palestiniennes ? Quid du refus islamique d'un Etat non musulman en dar al-islam ? Les Juifs apparaissent en tueurs de Palestiniens et de Libanais. Pourquoi ? Mystère.


"11 septembre 2011" (Plantu, Le Monde). Le dessin montre les tours jumelles s’effondrant – le drapeau américain flotte à leur sommet - et devenant des ogives américaines . Légende : « Apocalypse. Le 11 septembre 2011, vers 9 h, deux avions de ligne détournés par des moyen-orientaux percutent délibérément, l’une après l’autre, les tours jumelles du World Trade Center à New York. Bilan : 2 973 morts. Très vite, l’Amérique décide de riposter au terrorisme. Et d’y mettre les plus grands moyens ». Quid des deux autres avions détournés ? Il s’agit de terroristes islamistes essentiellement saoudiens. Le terme « islamiste » est banni de cette exposition.


Sur le conflit dans l’ex-Yougoslavie : le siège de Sarajevo par les forces serbes. Mais rien sur l’épuration religieuse au Kosovo (persécutions  des Serbes chrétiens) qui perdure.


Des "oublis" fortuits ? On peut en douter.

Attentat contre Charlie hebdo
Cet article a été republié en hommage aux douze victimes - dessinateurs, journalistes et policiers - assassinés le 7 janvier 2014 par des terroristes islamistes contre la rédaction de Charlie Hebdo. Dans un des rassemblements #JeSuisCharlie quelques heures après cet acte de guerre, une manifestante arborait un pull "Boycott Israël". 

Siné
Le Mémorial de Caen accueille les 6e Rencontres internationales des dessinateurs de presse (9-11 septembre 2016). 

"Depuis 6 ans, le Mémorial de Caen organise des rencontres avec des dessinateurs de presse du monde entier qui, dans leurs pays et leurs journaux, défendent leurs opinions et leur liberté d’expression. 16 dessinateurs de presse sont attendus, ils font partie de l’association United Sketches For Freedom : esquisses unies pour la liberté, soutenue par le Mémorial de Caen et présidée par le dessinateur Kianoush". 


Le 9 septembre 2016, à 19 h, est prévu "Siné sans concessions. Projection du film "Mourir ? Plutôt crever !" de Stéphane Mercurio, suivie d'une discussion avec Catherine Sinet et Stéphane Mercurio". 

En août 1982, peu après l'attentat terroriste islamiste, palestinien et antisémite contre le restaurant Goldenberg de la  rue des Rosiers (Paris) - six morts et vingt-deux blessés -, Siné a déclaré sur la radio Carbone 14 : « Je suis antisémite depuis qu’Israël bombarde. Je suis antisémite et je n’ai plus peur de l’avouer. Je vais faire dorénavant des croix gammées sur tous les murs… Rue des Rosiers, contre Rosenberg-Goldenberg, je suis pour… On en a plein le cul. Je veux que chaque Juif vive dans la peur, sauf s’il est pro-palestinien… Qu’ils meurent ! Ils me font chier… Ça fait deux mille ans qu’ils nous font chier… ces enfoirés… Il faut les euthanasier… Soi-disant les Juifs qui ont un folklore à la con, à la Chagall de merde… Y a qu’une race au monde… Tu sais que ça se reproduit entre eux, les Juifs… C’est quand même fou… Ce sont des cons congénitaux. » 

Poursuivi notamment par la Licra (Ligue internationale contre le racisme et l'antisémitisme), Siné a publié une lettre sous forme d’encart publicitaire publié par le quotidien Le Monde en alléguant la colère et une consommation excessive d'alcool. La  Licra a retiré  sa plainte et son avocat Me Bernard Jouanneau a  ainsi loué cette lettre ; « Lisez, apprenez-la par cœur, récitez-la à vos enfants. Vous avez là un morceau d’anthologie, une page du cœur. […] À la prochaine audience, je pourrai serrer la main de Siné. »  Mais  l’association Comité juif d'action représentée par Me Gilles-William Goldnadel a maintenu sa plainte. Siné a été condamné en 1985 pour "provocation à la discrimination, à la haine et à la violence raciales". 


Jusqu’au 1er mars 2013
Sur les Grilles du Jardin du Luxembourg

Le long de la rue de Médicis, 75006, de la porte Saint-Michel jusqu’à la porte Odéon
Libre d’accès à tout moment de la journée et de la nuit. Mise en lumière à la tombée de la nuit jusqu’à l’aube.

Visuels :
LA BETE
— C’est seulement quand on aura tué cette bête-là que s’élèvera, vers l’horizon, la vraie Paix Sociale.
Galantara (Gabriele, 1865-1937) – L’Assiette au beurre


ACCES DE FÜHRER
Cabrol (Raoul, 1895-1956) – Escher Tageblatt


MAI 1988 : L A TRANSFIGURA T I O N
Guiraud (Ferdinand, 1956) – Le Canard enchaîné


Plantu (Jean, 1951) – L’Express

TOUS FRERES A NOËL
Gaspard et Melchior raccompagnent Balthazar à la frontière.

Cabu (Jean Cabut, 1938) – Charlie Hebdo



A lire sur ce blog :



Cet article a été publié le 28 février 2013, puis le 8 janvier 2015.

dimanche 4 septembre 2016

La collection contemporaine du MAHJ : un parcours


Le musée d'art et d'histoire du Judaïsme (MAHJ) a présenté l'exposition collective La collection contemporaine du MAHJ : un parcours. Des œuvres variées dans leur nature - peintures, sculptures, vidéos, vêtement, etc. - et les thématique de ces artistes : Kader Attia, Judith Bartolani, Pierrette Bloch, Christian Boltanski, Philippe Boutibonnes, Sophie Calle, Gérard Garouste, Moshe Gershuni, Antoine Grumbach, Anne-Valérie Hash, Mikhail Karasik, Moshe Kupferman, Serge Lask, Mikael Levin, Arik Levy, Deimantas Narkevicius, Michel Nedjar, Iris Sara Schiller, Micha Ullman, Max Wechsler et Boris Zaborov. Une exposition inscrite dans le programme des Journées européennes de la culture et du patrimoine Juifs, avec des activités le 4 septembre 2011. 


« Convier des artistes, des designers ou des architectes à intervenir dans le contexte de collections ou de monuments historiques est désormais une pratique répandue ; l’exercice est périlleux, mais stimulant. Constituer une collection contemporaine à partir de ces « rencontres », c’est-à-dire travailler dans le temps long, avec des artistes juifs ou non juifs, mais toujours dans une exigence d’ouverture, de résonance avec les thématiques développées dans le parcours permanent ou avec les objets qui y sont présentés, a été notre objectif dès 1998 », rappelle le MAHJ.

Christian Boltanski « inaugura ce programme, en concevant Les Habitants de l’hôtel de Saint- Aignan en 1939, monument fragile qui traverse l’aile XXe siècle du musée » (1998).

Jean-Pierre Bertrand, Arik Levy, Michel Nedjar « furent invités à travailler sur les fêtes du calendrier juif, dont les thèmes nourrissaient, de manière souvent surprenante, leur création ».

Le « rapport au livre, au texte, à la langue est la trame sur laquelle s’inscrivent presque naturellement nombre de nos commandes et de nos acquisitions : Micha Ullman a créé, pour la collection du musée, cinq livres de sable ; Serge Lask et Judith Bartolani ont réalisé des œuvres qui associent mémoire et pratique compulsive de l’écriture ».

Parmi les récipiendaires du prix Maratier, décerné tous les deux ans par la Fondation Pro-MAHJ : Max Wechsler, Pierrette Bloch, Iris Sara Schiller et Mikael Levin avec War Story.

Max Wechsler est né à Berlin en 1925. Il débute son « œuvre silencieuse » en 1958. Jusqu’en 1984, il recourt à la couleur et au pinceau en des œuvres abstraites. Il cherche alors une nouvelle forme d’expression plastique. Son cheminement l’amène progressivement à retenir les écrits typographiques qu’il photocopie, découpe, colle et assemble. Pourquoi le noir et blanc seulement ? « Dès le début, ce choix a été déterminant. Ce sont deux couleurs aussi. Le noir contient toutes les couleurs ». Il veut ainsi « aller à l’essentiel des choses ». Il reçoit le Prix Amédé Maratier 2003 décerné par la Fondation Kikoïne sous l’égide de la Fondation du Judaïsme français. Des papiers marouflés à dominante sombre sur contreplaqué rendent hommage à la mémoire lors de son exposition en 2003 au MAHJ. Ce n’est qu’en s’approchant que l’on aperçoit les lettres composant ces œuvres, parfois constituées de plusieurs pièces. « Ce sont des lettres éparpillées, réduites, déconstruites, comme si elles voulaient freiner ce que pourrait signifier un texte lu habituellement. C’est une autre manière de faire vivre les lettres. L’alphabet est un instrument de savoir et de mémoire  », confiait alors cet artiste.

Pour La Nuit blanche, le MAHJ passe chaque année une commande à un artiste dont l’œuvre est installée dans la cour d’honneur du musée. Ainsi, Kader Attia a travaillé sur les « symboles religieux du judaïsme et de l’islam », et ou Antoine Grumbach sur « la construction de la cabane rituelle de la fête de Soukkot et l’espace juif ».

La collection « s’est ainsi enrichie, au fil des projets, d'œuvres emblématiques qui ont été complétées par des dons d’artistes exposés, de collectionneurs, d’associations et des dépôts, notamment du Fonds national d’art contemporain ».

Le MAHJ en présente une partie ; « l’accrochage est conçu en écho à la collection ou par thématiques, la principale étant celle de l’écrit ». L’art contemporain « investit le parcours permanent ; et, en scandant certaines séquences, il appelle à le revisiter ». Un dépliant guide les visiteurs.

Les cinq Livres de sable (2000), œuvres en fer rouillé et sable rouge, de Micha Ullman se réfèrent aux cinq livres de la Torah. Un des Livres de sable apparaît dans l'affiche de l'exposition.

Dans « La France au Moyen Âge », les pages de livre, calligraphiées, raturées, du Kaddish (1999) de Serge Lask (1937-2002), font face aux pierres tombales des cimetières parisiens.

Dans la salle de Hanouca, fête des lumières qui « commémore la victoire des Maccabées sur la dynastie hellénistique des Séleucides, entre 165 et 163 avant l’ère chrétienne », trois vidéos (2004) d'Arik Lévy « évoquent l'idée de renouvellement perpétuel ». Sur cette fête, le MAHJ a présenté à l’hiver 2010-2011 Cent lumières pour Casale Monferrato - Lampes d’artistes pour Hanouca.

Deux réflexions sur l'espace Juif. La Maquette pour une Soukkah (2006) d'Antoine Grumbach étudie " l'ombre, le seuil, la limite ", autour de la construction de la cabane rituelle de Soukkot. « L’éloge de l’ombre La cabane que l’on réalise à l’occasion de la fête de Soukkot, en souvenir de la traversée du désert, est aussi une invitation à réfléchir sur l’origine de l’architecture. Les ouvrages anciens de théorie architecturale s’ouvrent tous, en effet, sur la description de la “maison d’Adam au paradis”. Grotte, tente, structure en bois recouverte de feuillages, construction en pierre appareillée ou non, toutes les formes d’abris apparaissent ainsi au fil de leurs pages. L’architecte Ledoux au XVIIIe siècle, dans l’un des derniers grands ouvrages théoriques, conçoit la maison primitive comme un arbre et son ombre. L’étude du traité du Talmud consacré à la fête de Soukkot fait découvrir un véritable traité d’architecture. Ce texte, écrit il y a plus de mille cinq cents ans, aborde toutes les questions théoriques de l’architecture : réflexion sur la séparation de la structure et des parois, sur la définition d’un espace, sur les parois virtuelles, les ouvertures en longueur, le système de proportion et la question de l’échelle. Tous ces points y sont abondamment discutés et l’éventualité de leur détournement y est toujours envisagée. La soukkah est une construction éphémère et démontable ; son toit de branchages abrite du soleil, tout en permettant de voir les étoiles la nuit. Le souvenir de l’ombre de la nuée qui protégea les Hébreux dans leur errance est essentiel dans la célébration de la fête. La qualité de l’ombre fait l’objet de beaucoup d’attention. L’ombre doit être plus importante que la lumière. Au-delà du souvenir de la traversée du désert, la cabane de Soukkot est un piège de lumière où l’éloge de l’ombre manifeste une présence. En réalisant cette construction de façon archaïque, avec sa structure en troncs dégrossis, assemblés à mi-bois et liés par des cordes, sa couverture tressée de saule, d’osier, de châtaignier et de palmes, ses parois constituées d’un tissu de lin blanc, comme un châle de prière, le tout édifié sur un tapis de sable, j’ai le sentiment d’avoir pu formuler ma version de la maison d’Adam au paradis, tout en comprenant, grâce au Talmud, que bâtir, c’est avant tout faire de l’ombre. », écrit Antoine Grumbach.

L’Erouv de Jérusalem (1996) de Sophie Calle, concerne « l'Erouv, cette frontière virtuelle qui ceint certaines villes et définit domaine public et domaine privé ». « Selon la Loi juive, pendant le Shabbat, le repos absolu est obligatoire. L’interdiction de travailler inclut celle de porter un quelconque objet (des clés, un sac...) hors de chez soi. Toutefois, si l’on se réfère à la Torah, une ville, un village entourés d’un mur d’enceinte, avec des portes, sont considérés comme des domaines privés, et l’on peut transporter des objets de chez soi à la rue, de la rue à chez soi… Mais, à notre époque, peu de cités modernes sont entourées de remparts et, par conséquent, chacun devrait contenir ses activités dans sa maison, s’il n’était aujourd’hui accepté que, telles des dérogations à la Loi, des erouvim ne soient construits. Ils consistent en des fils (ou cordes) formant un mur imaginaire. Dans la plupart des cas, ces “frontières” sont créées en érigeant des poteaux et en les connectant ensemble par l’intermédiaire de filins en acier galvanisé. Alors, le périmètre entouré par l’erouv devient un espace privé et il est permis d’y transporter des objets durant le Shabbat. Selon la Torah, dans toute ville entourée d’un erouv, le domaine public peut être considéré comme un territoire privé. Les stations. J’ai demandé à des habitants de Jérusalem, israéliens et palestiniens, de m’emmener dans un lieu public ayant à leurs yeux un caractère privé. », analyse Sophie Calle.

Face « aux images d'un monde ashkénaze qui n'est plus, la peinture de la disparition » de Boris Zaborov.

Dans les combles, parmi des costumes du monde séfarade, la robe de mariée d'Anne-Valérie Hash - Soie, mousseline, paillettes, pierres de fantaisie, perles, fils dorés et argentés, collage et application de photographies -  À ma mère pour la vie ou Mère veille sur moi (1999), et la projection de la vidéo d'Iris Sara Schiller, La Tresse de ma mère (2003), « où se joue l'énigme de la transmission mère-fille ».

Au 1er étage, une présentation d'œuvres sur l'écrit, la lettre : les megillot (rouleaux) - Megillah est le nom donné à cinq livres bibliques (Ruth, le Cantique des cantiques, les Lamentations, l’Ecclésiaste et Esther) qui se présentent sous la forme de rouleaux de parchemin séparés, calligraphiés par des scribes - de Moshe Kupferman (1990-1998), les grands papiers de Max Wechsler, les lignes de Pierrette Bloch, les gravures de Gérard Garouste, qui a illustré la Haggada de Pessah (1998), et de Moshe Gershuni (série Kaddish, 1984), « inspirées par l'Ecclésiaste et par les mots du Kaddish », prière pour les défunts.

Dans la mezzanine, la « fragile installation » de Leur dernier regard (1987), de Philippe Boutibonnes et les recueils de poèmes de Joseph Brodsky (1940-1996) « illustrés et réalisés » par l'artiste russe Mikhail Karasik (2003).

Au rez-de-chaussée, « des phrases extraites des Funérailles de Sara/Nos funérailles (2005) de Judith Bartolani et jetées sur de monumentales feuilles de cahier de comptes, accompagnées de la vidéo du livre : Legend Coming true (1999, 68 minutes), film de Deimantas Narkevicius qui évoque l'histoire lituanienne et juive, à travers le récit d'une femme Fania, puis Poupées Pourim (2005), le théâtre de Michel Nedjar ».

Dans les foyers de l'auditorium : War Story de Mikael Levin, série de 66 photographies réalisées en 1995, 50 après la découverte par les Alliés des camps, sur les traces du romancier Meyer Levin, son père, alors correspondant de guerre, et du photographe Eric Schwab.

Enfin, dans la cour d'honneur : Big Bang (2005) de Kader Attia, « globe terrestre en fusion et en mouvement dans lequel sont enchâssés des étoiles de David et des croissants de lune en miroir ».

LJournée Européenne de la Culture Juive a eu lieu le 4 septembre 2016.


Jusqu'au 11 septembre 2011
Au MAHJ
Hôtel de Saint-Aignan
71, rue du Temple, 75003 Paris
Tél. : (33) 1 53 01 86 53
Lundi, mardi, jeudi et vendredi de 11 h à 18 h, mercredi de 11 h à 19 h 30, dimanche de 10 h à 18 h. Fermé le samedi.

Le 4 septembre 2011, à 15 h, dans le cadre des Journées européennes de la cultureet du patrimoine Juifs : visite guidée de l’exposition La collection contemporaine du MAHJ : un parcours avec Nathalie Hazan-Brunet, commissaire de cette exposition.
Renseignements et réservations : 01 53 01 86 62 – individuels@mahj.org
Entrée libre au musée.

Les citations sont extraites du dossier de presse et du dépliant.

Visuels :
Affiche de l'exposition
Micha Ullman
Livre de sable, 2000
© Doc/Levin
Max Wechsler, Sans titre, MAHJ
Serge Lask, Kaddish, 1999, MAHJ

War Story de Mikael Levin
Articles sur ce blog concernant :
Cet article a été publié une première fois le 29 août 2011, puis le 4 septembre 2011. Il a été modifié le 1er septembre 2011

samedi 27 août 2016

Cranach et son temps


Le musée du Luxembourg a rouvert ses portes par cette exposition éponyme consacrée à Lucas Cranach (1472-1553), peintre important, "fécond et polyvalent" de la Renaissance allemande, à une époque de "profonds bouleversements politiques et religieux marquée en particulier par la Réforme protestante dont la doctrine sera exprimée sous forme d'iconographie par Cranach. Le 15 août 2016, John Walter, juge californien, a statué en faveur du Norton Simon Museum. Il a débouté Marei von Saher, héritière du collectionneur néerlandais juif Jacques Goudstikker de sa requête visant à ce que lui soit restitué Adam et Eve (c.1530), diptyque de Lucas Cranach l'Ancien. 


Cette exposition s'articule autour de quatre thématiques : Lucas Cranach, un artiste européen ; la cour, les Pays-Bas et l’Italie ; un peintre de la beauté féminine ; un acteur de la réforme protestante.

Cette exposition souligne les influences des œuvres de Dürer et des artistes et humanistes des Pays-Bas sur cet artiste qui occupe une position officielle dès 1505 à la cour de Frédéric III le Sage (1463-1525), prince électeur de Saxe, Etat puissant du Saint Empire romain germanique, qui à Wittenberg protège Martin Luther (1483-1546), dont le visage sera popularisé via des tableaux et gravures par Cranach. La traduction allemande de la Bible est agrémentée de gravures par Cranach de Samson et Dalila ainsi que de David et Bethsabée pour illustrer le 6e commandement - "Tu ne commettras point d'adultère" -.

Ce mécène  lui confie des missions diplomatiques, et offre ses œuvres notamment à Charles Quint et à François 1er. Certaines enrichissent les collections du roi Henri VIII.

Une section est dédiée à la représentation du nu au travers de personnages féminins empruntés à l'Antiquité ou à la Bible - Eve du tableau inspiré d'une gravure sur cuivre de Dürer ; Judith, veuve israélite, est transformée par Cranach en héroïne de la résistance protestante -. Des images "ambiguës" mêlant érotisme et morale. Ainsi cette Justice dont les mains portent une balance, évoquant la pondération, et une épée symbole de la dureté du jugement.

Arte rediffusa les 22 mai et 3 juin 2016 Cranach, les voleurs et la Stasidocumentaire de Heike Nelsen-Minkenberg et Thomas Müller (2015, 52 min) : "Une nuit de mai 1980, les deux volets d'un retable peints par Lucas Cranach, dit "l'Ancien", sont dérobés dans une église de Klieken, un village de RDA proche de Wittenberg, où se trouvait l'atelier du maître. Vingt-sept ans plus tard, l'oeuvre estimée à des centaines de milliers d'euros sur le marché de l'art ressurgit tout aussi mystérieusement. Mais s'agit-il de l'original ou d'une excellente copie ? Afin de tenter d'élucider l'affaire, l'historienne Natalie Akbari et le criminologue Michael Baurmann s'associent pour mener l'enquête. Celle-ci les conduit au coeur des troubles activités de la Stasi et de la Koko, sa branche commerciale, impliquée dans le trafic d'art en échange de devises. Chantages, internement de collectionneurs en hôpital psychiatrique, vols : la police de renseignement est-allemande ne lésinait pas sur les méthodes pour se procurer des trésors, avant de les revendre à l'Ouest. Certains marchands d'art commandaient même directement à la Stasi les toiles et antiquités qu'ils convoitaient. Entre histoire de l'art et débats d'experts sur les attributions - un examen aux rayons infrarouges révèle ainsi que c'est un des élèves les plus doués de Cranach qui a exécuté le retable -, politique et polar, cette passionnante investigation, qui revisite l'oeuvre du pionnier du nu profane, met en lumière l'extraordinaire opacité du marché de l'art en Europe et la faiblesse Une enquête édifiante sur le vol d'un retable de Cranach en Allemagne de l'Est, qui montre le rôle actif de la Stasi, alors en quête de devises, dans le trafic d’œuvres d'art".

Le 15 août 2016, John Walter, juge californien, a statué en faveur du Norton Simon Museum. Il a débouté Marei von Saher, héritière du collectionneur néerlandais juif Jacques Goudstikker de sa requête visant à ce que lui soit restitué Adam et Eve (c.1530), diptyque de Lucas Cranach l'Ancien. Cette affaire dure depuis dix ans devant la justice. Le juge a considéré que la famille Goudstikker n'avait pas respecté le délai concernant une réclamation en propriété de peintures. La Norton Simon Foundation a déclaré qu'elle "prend au sérieux la responsabilité fiduciaire à l'égard du public que notre titre de propriété d'oeuvres d'une telle importance confère. Nous avons exposé au public de manière quasi-continue les panneaux depuis 1971, et nous continuerons d'assurer qu'ils demeurent accessibles pour le public pendant les années à venir".

Le collectionneur juif Jacques Goudstikker a été contraint de vendre ces tableaux au dirigeant nazi Hermann Göring durant la Deuxième Guerre mondiale. Goudstikker avait acheté ces œuvres, qui avaient été mises en vente aux enchères par le gouvernement soviétique à Berlin, en 1931, avant de fuir l'Allemagne pour les Pays-Bas, qui sont tombés sous le joug nazi en 1940. C'est alors qu'il avait été contraint à cette vente à Göring ; les œuvres sont retournées aux Pays-Bas après la guerre.

“Evidemment, Mme von Saher est déçue par la décision de la Cour, et elle a l'intention d'interjeter appel”, a annoncé Larry Kaye, de la firme new-yorkaise Herrick Feinstein, à Artnet News. “Pendant les nombreuses années pendant lesquelles elle a cherché justice à propos du vol des biens de Jacques Goudstikker par les Nazis, Mme von Saher a eu beaucoup de succès, notamment quand ceux en possession de ses œuvres d'art ont bien agi et lui ont rendu des œuvres sans qu'elle ait à saisir la justice. Vraiment, Mme von Saher croit fermement que des négociations amiables sont le meilleur moyen à l'égard des revendications d’œuvres d'art volées par les Nazis et  ont résolu des douzaines de réclamations avec des particuliers, galeries et musées. Bien qu'elle ait affronté une résistance dans cette affaire, elle demeure optimiste sur sa victoire finale.”
Desi Goudstikker, la veuve de Jacque, a eu l'opportunité de réclamer les tableaux après la guerre, mais n'a pas initié de procédure, car elle pensait que le procès ne serait pas équitable.
Puis, de manière inattendue, les Stroganoffs, ont réclamé Adam et Eve. En 1961, George Stroganoff, alors exilé, a réclamé ces œuvres de Cranach, ainsi qu'un Rembrandt et un Petrus Christus, en indiquant qu'elles avaient été prises à sa famille après la Révolution russe.
Cependant Marei von Saher affirme que ces tableaux ont été pris par les Bolcheviques dans une église de Kiev.
Le gouvernement néerlandais a vendu Adam et Eve et le Petrus Christus à Stroganoff pour 60 000 florins en 1966, après avoir renoncé à réclamer le Rembrandt. En 1971, un collectionneur américain Norton Simon a acheté Adam et  Eve à Stroganoff pour $800 000.
Le Pasadena Museum of Modern Art a été renommé Musée Norton Simon en 1975 et a reçu sa collection, dont les tableaux de Cranach.
Depuis 2007, Von Saher réclame ces tableaux devant la justice américaine fédérale, mais on lui objecte toujours que Desi Goudstikker ne les a jamais réclamés. Mais le fait que l'affaire ait été entendue par la justice est en soi remarquable.
“Si ces tableaux ne reviennent pas à leur propriétaire, il y a un réel problème sur la manière de traiter les œuvres d'art volées par les Nazis” a dit E. Randol Schoenberg, avocat pour Von Saher, à  TAN.

Jusqu'au 23 mai 2011
Au musée du Luxembourg
19, rue de Vaugirard, 75006 Paris
Tél. : 01 40 13 62 00
Tous les jours de 10 h à 20h, nocturnes le vendredi et le samedi jusqu'à 22 h

Visuels
Lucas Cranach L’Ancien
Allégorie de la justice
1537
Panneau, 74 x 52 cm
collection privée
© Collection privée

Lucas Cranach L’Ancien
Autoportrait
1531
huile sur panneau de hêtre,
45,4 x 35,6 cm
Burgen, Schlösser Altertümer
© GDKE Rheinland-Pfalz
Lucas Cranach L’Ancien
Adam et Eve
vers 1510
tempera et huile sur bois, 58 x 44 cm
Varsovie, Museum Narodowe w Warzawie
© Museum Narodowe w Warzawie

Articles sur ce blog concernant :
Cet article a été publié le 17 mai 2011, et 21 mai 2016. 

dimanche 21 août 2016

« Un espion au cœur de la chimie nazie : Zyklon B - Les Américains savaient-ils ? » d’Egmont R. Koch et de Scott Christianson


Histoire diffusera les 22 et 28 août, 2, 7 et 12 septembre 2016 « Un espion au cœur de la chimie nazie : Zyklon B - Les Américains savaient-ils ? » (Der Spion vom Pariser Platz - Wie die Amerikaner von Hitlers Giftgas erfuhren) d’Egmont R. Koch et de Scott Christianson (2010). Un documentaire sur les relations industrielles et commerciales étroites perdurant sous le nazisme entre l’américaine Du Pont de Nemours et l’allemande IG Farben dont l’une des filiales, Deguesh, a fabriqué le gaz Zyklon B utilisé pour tuer les Juifs dans les chambres à gaz des camps d’extermination. Député et conseiller économique d’IG Farben, Erwin Respondek (1894-1971) a informé les Etats-Unis sur des plans d’Hitler, notamment sur l’utilisation de ce gaz."Le procédé pour fabriquer le gaz Zyklon B à base d'acide prussique était détenu par le trust allemand IG Farben, regroupant les plus grandes entreprises chimiques d’outre-Rhin. De son côté, la firme américaine Dupont de Nemours, qui avait passé dès 1927 des accords avec IG Farben en matière de recherche et de développement, travaillait aussi sur l’acide prussique et avait déjà testé son produit en 1924 sur un condamné à mort. Le 3 septembre 1941, les SS font une expérience de gazage sur des prisonniers de guerre soviétiques internés à Auschwitz. Parallèlement, Erwin Respondek, un économiste au service d'IG Farben qui désapprouvait la politique des nazis, commence à faire passer des informations sur les gaz asphyxiants allemands via l’ambassade américaine située tout près de son bureau berlinois. Mais le gouvernement américain ne semble guère s’en préoccuper..."



« Mon père n’était pas un résistant, mais un agent, un espion, extrêmement courageux », estime Henriette Respondek, fille d’Erwin Respondek.

"Le procédé pour fabriquer le gaz Zyklon B à base d'acide prussique était détenu par le trust allemand IG Farben, regroupant les plus grandes entreprises chimiques d’outre-Rhin. De son côté, la firme américaine Dupont de Nemours, qui avait passé dès 1927 des accords avec IG Farben en matière de recherche et de développement, travaillait aussi sur l’acide prussique et avait déjà testé son produit en 1924 sur un condamné à mort. Le 3 septembre 1941, les SS font une expérience de gazage sur des prisonniers de guerre soviétiques internés à Auschwitz. Parallèlement, Erwin Respondek, un économiste au service d'IG Farben qui désapprouvait la politique des nazis, commence à faire passer des informations sur les gaz asphyxiants allemands via l’ambassade américaine située tout près de son bureau berlinois. Mais le gouvernement américain ne semble guère s’en préoccuper..."

« Les affaires continuent… »

Pendant la Première Guerre mondiale, les armées allemande, française et britannique recourent aux armes chimiques pour la première fois sur les champs de bataille. Ce qui tue des milliers de soldats asphyxiés et induit des lésions graves chez des dizaines de milliers d’autres.

Le 8 février 1924, dans la prison d’Etat de Carson City (Nevada), l’exécution d’un condamné à mort, Gee Jon, est effectuée pour la première fois, non par pendaison ou fusillade, mais par l'acide prussique dans une échoppe transformée en chambre à gaz. Ce gaz de la firme DuPont de Nemours était alors utilisé, sous de larges tentes, contre les parasites dans les orangeraies. Les Etats-Unis effectuaient des tests avec différents gaz en vue de leur utilisation au combat. Comme les cobayes humains étaient interdits dans ce pays, cette exécution est alors suivie avec intérêt par le Service américain de la guerre chimique. Or, lors de l'exécution, le gaz se liquéfie en raison de la température basse ; l'agonie dure 15 minutes. Si le directeur de la prison loue cette « méthode élégante et humaine », les opposants la qualifient de « barbare ».

Dans les années précédant l’inauguration du nouveau siège social d’IG Farben (IG-Farbenindustrie AG) à Francfort en novembre 1930, les grandes entreprises de la chimie d’outre-Rhin – en particulier BASF, Bayer, Agfa, Höchst - se sont associées pour constituer IG Farben, un trust et cartel visant le partage des marchés mondiaux.

Né dans une famille catholique, Erwin Respondek en est un conseiller économique précieux : il a travaillé au ministère allemand des affaires étrangères et a négocié un accord secret à Genève avec le célèbre groupe chimiste américain DuPont de Nemours fondé en 1802. Ces deux entreprises partageraient leurs secrets sur les projets en développement et créeraient ainsi un « monopole partagé sur les nouveaux produits à l’étude » et les futures décisions afin de garantir les bénéfices et de maximiser leurs profits, voire se partager les marchés. A l’origine fabriquant de poudre à canon, DuPont est alors le fournisseur le plus important de munitions et d'explosifs de l’armée américaine pendant la Première guerre mondiale. Après cette guerre, DuPont propose à l’Allemagne ses armes dont la production est interdite à ce pays vaincu.

Erwin Respondek rédige les clauses de ce contrat (1927) entre les deux firmes, notamment celles sur « les colorants et les produits chimiques industriels comme l’acide prussique utilisé dans la métallurgie et la lutte contre les parasites » : rats, puces, cafards et autres animaux nuisibles.

Dans le but de lutter contre la vive concurrence et d’attaquer le marché américain, IG Farben prend une participation dans la société Degesch (Deutsche Gesellschaft für Schädlingsbekämpfung) qui développe depuis quelques années un produit dérivé à base d’acide prussique, le zyklon B. Fixé sur un granulé de sable, contenu dans une boite à conserve étanche, l’acide prussique devient volatile au contact de l’air et se répand sous la forme d’un gaz, comme le montre un film publicitaire Kleinkrieg. C’est un des produits d’IG Farben les plus vendus.

A Berlin, l’ambassade des Etats-Unis se trouve sur la Pariser Platz (place de Paris), près de la porte de Brandebourg et des bureaux d’Erwin Respondek, conseiller économique d’IG Farben et député du Zentrum (parti du Centre) au Reichstag.

Dans les années suivant l’arrivée au pouvoir d’Hitler en 1933, Erwin Respondek aide des Juifs allemands souhaitant émigrer à transférer leurs actifs à l’étranger. Il  « met en place un réseau secret contre les Nazis ».

Aux Etats-Unis, les dirigeants de DuPont de Nemours s’enthousiasment pour le chancelier nazi. « Ce qu’il a obtenu jusqu’à présent est remarquable », écrit dont Alfred I. DuPont le 23 novembre 1933, à propos d’Hitler pour lequel il éprouve de la « sympathie ». Quant à Benno Hiebler Du Pont, il écrit le 4 avril 1933 : « Les Juifs riches qui ont volé des millions et des millions doivent maintenant en répondre. La solution de la « question juive » est pour Hitler une affaire épineuse et périlleuse ».

Pierre DuPont « avait avoué avoir des ancêtres Juifs. Pourtant, il continuait à renforcer ses relations avec IG Farben et l’Allemagne nazie ». Prudent, il code « ses télégrammes comme l’aurait fait un service d’espionnage ».

Le Congrès américain lance des enquêtes sur les cartels internationaux. Les trois frères DuPont se voient reprochés le commerce illicite de munitions avec IG Farben, mais sans que rien n’altère leur activité dans des cartels.

Défiant la Maison Blanche, ils soutiennent « une tentative de putsch de la mouvance fasciste contre Roosevelt ». DuPont  « a apporté un soutien financier à des mouvements d’inspiration fasciste », précise l’historien Ray Stokes. Ironie de l’Histoire : le fils Roosevelt épouse une jeune femme issue de la famille DuPont, en présence de la famille de l’époux et en l’absence de celle de la mariée.

Une  héritière de la dynastie américaine, Madeleine DuPont épouse un Allemand et a trois fils. En 1931, elle se remarie. Tandis qu'elle défendera « la pureté de la race allemande », ses trois fils combattront dans l'Armée allemande...

Dans les années 1930, le parti nazi écarte du pouvoir certains dirigeants d’IG Farben, dont Carl Bosch – Prix Nobel de chimie en 1931 - , pour y placer des hommes sûrs, en particulier Hermann Schmitz qui succède en 1940 à Bosch. Hitler prépare ses plans de conquête et son armée. Ce qui bénéficie à IG Farben.

Des préparatifs de guerre dont se doute la firme américaine qui enregistre une croissance de son chiffre d’affaires. « Il faut accepter le réarmement de l’Allemagne et l’accroissement de son armée… et mêmes certains épisodes annexes comme l’émigration (des Juifs) et les camps de concentration », écrit DuPont Berater F. Cyril James le 13 avril 1939.

En 1937, un nouveau modèle de chambre à gaz est breveté aux Etats-Unis. Début 1939, un prisonnier est exécuté avec de l’acide prussique dans une prison de Caňon City (Colorado) : les autorités ont estimé la dose exacte en observant de précédentes exécutions de condamnés. Des études médicales sont publiées sur les réactions chimiques, l’agonie des prisonniers.

Les militaires demeurent sceptiques quant à l’utilisation de gaz sur les champs de bataille. IG Farben teste de nouveaux gaz en prévision de la guerre.

Après l’invasion de la Pologne (1939), l’Allemagne prépare à l’été 1940 celle de l’Union soviétique.

Ayant glané des informations sur cette invasion auprès de sources fiables, haut placées dans l’armée et le parti nazi ainsi que parmi des intimes du Führer, Erwin Respondek hésite : doit-il transmettre ces informations – « abattre politiquement et militairement l’URSS » - à l’ambassade des Etats-Unis à Berlin ? Ce qui est assimilable à une crime de haute trahison, lourd de risques pour sa famille et lui. Finalement, il communique aux diplomates américains ses informations, qui sont transmises au président Roosevelt. Le Département d’Etat les livre à l’ambassadeur de l’URSS à Washington, qui en fait part à Staline. Incrédule, celui-ci les qualifie de « provocations » et ne prépare pas son pays à l'offensive allemande.

Ignorant cela, Erwin Respondek poursuit sa carrière d’espion… Dans une lettre, il informe les Américains de l’utilisation de gaz de combat en cas d’invasion de la Grande-Bretagne et d’autres secrets, telle la production d’acide prussique.

Le camp d'Auschwitz
C’est la devise d’IG Farben – « Arbeit macht frei » (Le travail rend libre) – qui est placée à l’entrée des camps de concentration et d’extermination nazis.

Dans le but de réaliser la « Solution finale », un test sur des êtes humains est réalisé. Le 3 septembre 1941, les SS effectuent une « opération ultra secrète » dans le sous-sol du baraquement n°11 du camp d’Auschwitz. Ils y enferment plusieurs centaines prisonniers de guerre soviétiques et, munis de masques à gaz, ils répandent par les fenêtres des granulés imbibés d’acide prussique. Un gaz asphyxiant se dégage. Quarante huit heures plus tard, tous les prisonniers sont morts. Les nazis connaissent désormais la quantité de gaz nécessaire pour tuer un certain nombre d'êtres humains à une certaine température.

A Auschwitz, IG Farben a installé une usine employant des déportés, travailleurs forcés.

A Auschwitz-Birkenau, la sélection élimine les Juifs considérés comme inaptes au travail forcé dès leur arrivée en wagons à bestiaux. Ces Juifs sont assassinés dans les chambres à gaz, puis leurs cadavres sont incinérés dans des fours disposés à proximité. Environ un million de Juifs sont tués par gaz à Auschwitz-Birkenau.

Via une filiale basée en Suisse et malgré l'entrée en guerre des Etats-Unis en 1941, les deux firmes DuPont de Nemours et IG Farben continuent leurs relations d'affaires. Des informations sur les gaz asphyxiants utilisés lors de la Shoah parviennent à la firme américaine très tôt.

Peu avant la libération du camp, les nazis font sauter les chambres à gaz pour éliminer les traces de leurs crimes.

En 1947, des dirigeants d’IG Farben  sont jugés par le Tribunal de Nuremberg, reconnus coupables de crimes de guerre et condamnés à des peines de prison. Hermann Schmitz, qui a plaidé non coupable, est condamné à une peine d'emprisonnement pour avoir fait travailler des déportés dans des conditions d'esclavage ; il est vite gracié. En 1950, la firme IG Farben est dissoute. Les sociétés la composant retrouvent leur indépendance en 1952... et rapidement leurs dirigeants ex-nazis.

Erwin Respondek espère un travail auprès des Américains. Mais ses courriers au gouvernement militaire américain restent sans réponse. Erwin Respondek épouse une infirmière en 1955 ; le couple a une fille. Sans l'emploi tant espéré, l'amertume et la tristesse gagnent Erwin Respondek, dont la vie devient difficile et la mort passe inaperçue. On peut regretter des lacunes dans ce film à la fois sur la vie et l'action d'Erwin Respondek.

La firme américaine ne rendra jamais aucun compte sur ses relations avec IG Farben pendant la Seconde Guerre mondiale.

Curieusement, aucun des visuels disponibles pour la presse ne montre le camp d'Auschwitz, les vestiges des chambres à gaz, les boites de zyklon B produites par Degesch, etc. 



d’Egmont R. Koch et de Scott Christianson
WDR, Allemagne, 2010, 52 minutes
Diffusions les :

- 2 novembre 2011 à 20 h 40, 5 novembre 2011 à 16 h et 8 novembre 2011 à 10 h
Visuels de haut en bas :
Erwin Respondek
© Privat

Gee Jon
© Staatsarchiv Nevada

© Archiv BASF

© Staatsarchiv Nevada

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Cet article a été publié les 2 novembre 2011 et 1er septembre 2014, 30 juin 2015, 23 février 2016.