dimanche 30 octobre 2022

Annie Ernaux

Née en 1940, Annie Ernaux est professeure agrégée de lettres modernes retraitée et a signé des récits généralement autobiographiques
. C'est une militante anti-israélienne. En 2022, le Prix Nobel de Littérature lui est décerné. 
Arte diffuse sur son site Internet « Les années Super 8. Annie Ernaux se raconte » (Annie Ernaux’ Super 8 – Tagebücher) de David Ernaux-Briot.

Raymond Aron (1905-1983) 
« ENS : L'école de l’engagement à Paris » par Antoine de Gaudemar et Mathilde Damoisel
Archives de la vie littéraire sous l'Occupation 

Née en 1940 dans une famille de modestes commerçants, Annie Ernaux est professeure agrégée de lettres modernes retraitée et a signé des récits souvent autobiographiques : Les Armoires vides (1974), La Femme gelée (1981), La Honte (1997), Les Années (2008). En 1984, elle est distinguée par le Prix Renaudot pour La Place.

Annie Ernaux est engagée contre l’Etat d’Israël. En 2018, elle s’était opposée à la Saison interculturelle Israël France. Autres opposants : Simone Bitton, cinéaste, Valérie Dréville, comédienne, Jean-Luc Godard, cinéaste, Eric Hazan, écrivain-éditeur, Nicolas Klotz, cinéaste, Leslie Kaplan, auteure, Gérard Mordillat, écrivain, Bernard Noël, écrivain, Ernest Pignon-Ernest, plasticien, Eyal Sivan, cinéaste, Tardi, dessinateur, Martin Winckler, écrivain (et médecin).

En mai 2019, "avec plus de cent artistes français dont Willem, Tardi et Willis From Tunis, dessinateurs, Yvan Dautin, chanteur, IMHOTEP, du groupe IAM, musiciens, Sarah Lecarpentier, comédienne et metteure en scène, Elli Medeiros, chanteuse, Annie Ohayon, productrice, Mireille Perrier, comédienne, metteur en scène ; Ernest Pignon-Ernest, artiste plasticien, Luc Quinton, plasticien, Eyal Sivan, cinéaste ; Francesca Solleville, chanteuse,  elle a signé une lettre exhortant au boycott de l’Etat Juif lors du concours de l’Eurovision à Tel Aviv :
"Discrimination et exclusion sont profondément ancrées en Israël, où notamment la loi « Israël, État-nation du peuple juif » a été adoptée le 19 juillet 2018, proclamant que seuls les Juifs ont le « droit à l'autodétermination nationale », entérinant ainsi officiellement l'apartheid... 
En 2017 par exemple, le festival de théâtre de Saint Jean d’Acre a dû retirer une pièce consacrée aux prisonnier·e·s politiques palestinien·ne·s pour éviter les coupures budgétaires gouvernementales. 
Israël est un État qui considère officiellement la culture comme un instrument de propagande politique: son Premier ministre, Benjamin Netanyahou, a félicité l’israélienne Netta Barzilai, lauréate de l’Eurovision 2018, pour avoir « accompli un travail exceptionnel en matière de relations extérieures ». 
Nous, artistes et travailleur·se·s culturels français qui signons cet appel, n’irons pas à Tel Aviv blanchir le système de discriminations légales et d’exclusion qui y sévit contre les Palestiniens, et nous appelons France Télévisions et la délégation française à ne pas servir de caution au régime qui  envoie ses snipers tirer tous les vendredi contre les enfants  désarmés de la marche du retour à Gaza. Un divertissement qui se respecte ne se joue pas en terre d’Apartheid. Nous ne l’aurions pas accepté pour l’Afrique du Sud , nous ne l’accepterons pas pour Israël".
En octobre 2021, avec Angela Davis, Noam Chomsky, 
Bruno Gaccio, Robert Guediguian, Pierre Laurent, Corinne Masiero, Toni Negri, Mumia Abu-Jamal, Annie Ernaux a demandé la libération de Georges Ibrahim Abdallah, terroriste libanais, chef de la Fraction armée révolutionnaire libanaise (FARL), emprisonné en France en 1984 et condamné en 1986 à la réclusion à perpétuité pour complicité dans l'assassinat de diplomates israélien et américain, Yacov Barsimentov et Charles Ray, à Paris. Un texte qui occulte les violences commises par des Palestiniens au Liban, notamment contre les chrétiens, les actions terroristes du Hezbollah soutenu par l'Iran...

Le 7 juin 2021, Annie Ernaux a apposé son nom parmi les soutiens de la « Lettre contre l'apartheid: en soutien de la lutte palestinienne pour la décolonisation » publiée après le déchainement de violences palestiniennes véhiculant durant le mois du Ramadan la rumeur infondée "al-Aqsa est en danger" (13 avril-21 mai 2021). l’opération israélienne « Gardien des murailles » (« Bataille Épée d’al-Quds » selon des Palestiniens). Parmi les signataires : Ahlam Shibli, Annemarie Jacir, Bella Hadid, Clara Khoury, Elia Suleiman, Elias Sanbar, Kamilya Jubran, Le Trio Joubran, Rana Bishara, Ruanne Abou-Rahme. Parmi les soutiens : agnès b., Angela Davis, Annie Sprinkle, Bernie Bonvoisin, Eyal Sivan, Jacques Testard, Joe Sacco, John Cusack, Julie Christie, Ken Loach, Mariam al Ferjani, Marianne Faithfull, Naomi Klein, Nathalie Khankan, Omar Bishara, Simone Bitton. Extrait de cette « Lettre »:
« Nos communautés ont été systématiquement et brutalement fragmentées et effacées depuis la Nakba, le début de la colonisation israélienne en 1948, mais ce récent rassemblement nous donne courage et confiance. Ces sentiments sont essentiels pour porter la rage et le chagrin que nous ressentons ces deux dernières semaines. Naît en nous, en dépit de ces années de déshumanisation, un véritable espoir.
Le monde commence enfin à nommer le système israélien par son nom. Au début de cette année, l'organisation israélienne de défense des droits humains B'Tselem a suivi l’exemple donné par des décennies de travail intellectuel et légal palestiniens en réitérant qu’il n'y a pas de séparation entre l'État israélien et l’occupation militaire : les deux forment un seul système d'apartheid. Human Rights Watch, à son tour, a publié un rapport détaillé accusant Israël de « crimes contre l'humanité d'apartheid et de persécution. » (...)
Nous demandons à tous les gouvernements qui permettent ce crime contre l’humanité de mettre en place des sanctions, de mobiliser les instances internationales de responsabilité, et de mettre un terme à leurs relations commerciales et économiques. Nous appelons les activistes et citoyen·ne·s, et tout particulièrement nos pairs dans les arts, à encourager dans la mesure du possible leurs institutions et leurs localités, à soutenir au mieux la lutte palestinienne pour la décolonisation. L’apartheid israélien est soutenu par la complicité internationale. Il en va de notre responsabilité collective de réparer ce mal...
Nous avons constaté que les gouvernements en Europe et au-delà ont mis en place des politiques de censure, et encouragé une culture de l’autocensure concernant la solidarité avec les Palestinien·ne·s. Or, il est cynique de confondre toute critique légitime de l'État d'Israël et de ses politiques envers les Palestinien·ne·s avec de l'antisémitisme. Le racisme, dont l'antisémitisme et toutes les formes de haine, nous sont odieux et ne sont pas les bienvenus dans notre lutte. Il est temps de s'opposer à ces tactiques de silenciation et de les surmonter. Des millions de personnes à travers le monde voient dans les Palestinien·ne·s un microcosme de leur propre oppression et de leurs espoirs, et des alliés tels que Black Lives Matter et Jewish Voice for Peace, ainsi que des militant·e·s des droits des peuples autochtones, des féministes et des mouvements queer, parmi beaucoup d'autres, expriment de plus en plus leur soutien. »
Le 6 octobre 2022, le jury du Prix Nobel de Littérature lui décerne ce Prix prestigieux pour « le courage et l’acuité clinique avec laquelle elle découvre les racines, les éloignements et les contraintes collectives de la mémoire personnelle ». Il lui a manqué le courage nécessaire au choix de Salman Rushdie.

Le 16 octobre 2022, Annie Ernaux a défilé aux côtés de Jean-Luc Mélenchon "contre la vie chère".

« Les années Super 8. Annie Ernaux se raconte »
Arte diffuse sur son site Internet « Les années Super 8. Annie Ernaux se raconte » (Annie Ernaux’ Super 8 – Tagebücher) de David Ernaux-Briot.

« Annie Ernaux pose sa voix sur des bribes d’images muettes provenant de films de famille des années 1970. La chronique d’une époque tout autant qu’un puissant récit d’émancipation féminine. »

« En 1972, Annie Ernaux (La place, Prix Renaudot) et Philippe, son mari, font l’acquisition d’une caméra Super-8, "objet désirable par excellence", confie l’écrivaine, aujourd’hui âgée de 82 ans. Parents de deux garçons de 7 et 3 ans, Éric et David, le jeune couple vit alors à Annecy où Philippe a décroché le poste de secrétaire général adjoint de la mairie, tandis qu’Annie enseigne les lettres dans un collège ». 

« Les premières images, muettes et en couleurs, tournées par Philippe, captent le retour des courses d’Annie et des enfants : "Nous vivons un moment inouï, à la fois heureux et empreint d’une certaine violence. On ne sait pas quoi faire de cette durée nouvelle, arrachée à notre vie", se souvient l’écrivaine. »

« La caméra saisit aussi les éléments du décor, "tout ce qui nous classait parmi la bourgeoisie de fraîche date", constate Annie Ernaux ». 

« La décennie 1970 est aussi marquée par le désir de partir, de voyager loin. Le couple se rend en Albanie, en URSS, visiter le Chili d’Allende et découvrir ses mesures révolutionnaires… "Je sentais que ce voyage était en train de bouleverser quelque chose dans ma vie, de m’obliger à me rappeler la promesse que je m’étais faite à 20 ans : j’écrirai pour venger ma race."

« Car derrière l’image lisse de la jeune mère de famille filmée aux anniversaires, à Noël, aux sports d’hiver, aux grandes vacances, se dissimule une autre femme ». 

« Celle issue d’un milieu populaire, taraudée par la nécessité d’écrire, de "regrouper tous les événements de [sa] vie en un roman violent, rouge". 

« Alors, en secret, Annie écrit une œuvre "qui raconte comment les études, la culture, [l’]ont séparée de [son] milieu populaire d’origine". 

« Il est publié en 1974 par Gallimard sous le titre Les armoires vides. »

« Dès lors, l’écrivaine ne cessera de creuser ce sujet ». 

« Si les bribes de films pris entre 1972 et 1981 constituent d'émouvantes archives familiales et un témoignage sur une époque, ils deviennent surtout le support d’un puissant récit écrit et dit par Annie Ernaux ». 

« En donnant ainsi sens à ce défilement d’images muettes, elle convoque et revisite une décennie qui fut déterminante dans sa vie, celle de son émancipation en tant que femme et en tant qu’écrivaine ». 

« Présenté à Cannes à la Quinzaine des réalisateurs, Les années Super-8 sortira en salles le 14 décembre 2022. »



« Dans Les années Super-8 réalisé par son fils David, qui retrace les années 1970 au fil d’archives de famille, l’écrivaine Annie Ernaux évoque, alors qu’elle vit un quotidien banal de jeune mère et d’épouse, l’impérieuse nécessité d’écrire, qui a donné naissance à ses trois premiers romans. »

"Les armoires vides" (1974)
« Annie Ernaux achève en secret son premier roman, juste avant un séjour à Tanger, dont on découvre dans le documentaire d’émouvantes images tournées par Philippe, son mari. Dans ce livre, publié par Gallimard en 1974 sous le titre Les armoires vides, une femme, Denise Lesur, attend seule dans sa chambre de cité universitaire l’issue d’un avortement clandestin qu’elle vient de subir. Pourtant, de ces jours immobiles faits d’inquiétude, naît un monde trépidant, bruissant de fureur. Celui d’une jeune femme qui évoque avec poésie et rage ses sentiments ambivalents pour son milieu populaire d’origine où se mêlent honte, mépris et amour. Mais aussi la fascination et la méfiance que lui inspire la classe petite-bourgeoise qu’elle intègre de fraîche date ou sa condition féminine au mitan des années 1960. Annie Ernaux reviendra en 2000 sur cet avortement de manière autobiographique avec L’événement adapté au cinéma en 2021 par Audrey Diwan et récompensé d'un Lion d’or à Venise »  
 
"Ce qu’ils disent ou rien" (1977)
"La sortie de mon premier roman me paraît alors lointaine, presque irréelle. Un livre ne change pas la vie, pas comme on espère, ou croit", analyse l’écrivaine dont la voix se pose sur des images tournées en Ardèche pendant les vacances de février 1975. Elle a débuté l’écriture d’un deuxième roman qui met en scène Anne, adolescente rebelle tentant de s’émanciper de la cellule familiale, qui s’éveille à l’amour dans la torpeur caniculaire de l’été 1976. Dans ce court récit écrit à la première personne, qui analyse avec justesse la montée du désir, l’écrivaine continue d’explorer le thème du trajet social entre son milieu d’origine et celui de la petite-bourgeoisie. Annie Ernaux reviendra sur ce premier amour avec Mémoire de fille (2016) après avoir, durant plusieurs décennies, abandonné la fiction au profit du genre "auto-socio-biographique", terme qu’elle invente et qui lui permet de fusionner en un seul récit la vie d’une femme et sa perception du monde. »

"La femme gelée" (1981)
« Dans La femme gelée, paru en 1981 et qu’elle dédie à Philippe, son mari, dont les images prises sur le vif des événements familiaux se font plus rares, signe implacable d’un éloignement physique, Annie Ernaux décortique les mécanismes socioculturels à l’œuvre dans la construction des stéréotypes de genre, principalement ceux de la féminité. L’héroïne y découvre notamment les pièges du couple qui la réduit à la vie domestique et l’éloigne de ses aspirations. Dans ce récit, une gamine rieuse et rêveuse se métamorphose en femme gelée, recluse dans une rage muette, soumise à la domination d’une société patriarcale et à la violence des inégalités qu’elle engendre. Une œuvre inspirée à Annie Ernaux par la découverte du Deuxième sexe de Simone de Beauvoir. »


France, 2021, 61 min
Commentaire écrit et dit par Annie Ernaux 
Coproduction : ARTE France-La Lucarne, Les Films Pelléas
Disponible du 14/09/2022 au 31/10/2022

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