Citations

« Le goût de la vérité n’empêche pas la prise de parti. » (Albert Camus)
« La lucidité est la blessure la plus rapprochée du Soleil. » (René Char).
« Il faut commencer par le commencement, et le commencement de tout est le courage. » (Vladimir Jankélévitch)
« Notre métier n’est pas de faire plaisir, non plus de faire du tort. Il est de porter la plume dans la plaie. » (Albert Londres)
« Le plus difficile n'est pas de dire ce que l'on voit, mais d'accepter de voir ce que l'on voit. » (Charles Péguy)

mercredi 9 septembre 2015

« Süskind » de Rudolf van den Berg



En 2012, l’Institut néerlandais de Paris a présenté à l’Action Christine (Paris) le film « Süskind » de Rudolf van den Berg en la présence exceptionnelle du réalisateur et de l’acteur Jeroen Spitzenberger. Personnage ambigu, homme d’affaires Juif allemand, marié et père de famille, Walther Süskind (1906-1945) « collabore avec les nazis au transport des Juifs à Amsterdam en direction des camps, tout en organisant parallèlement le sauvetage de 900 enfants juifs ». Depuis le 4 septembre 2015, les ayants-droits ou les familles des centaines de Juifs d'Amsterdam, survivants des camps de concentration « peuvent demander le remboursement (…) des amendes pour retard de paiement de loyer pendant la Deuxième Guerre mondiale, payées injustement » à leur retour, a indiqué la municipalité d'Amsterdam dans un communiqué.


C’est la première projection en France de ce film - la première internationale a eu lieu à Jérusalem (Israël) - dont la presse néerlandaise a souligné l’ambigüité du personnage principal : Walter Süskind, surnommé à tort le « Schindler néerlandais » et interprété par Jeroen Spitzenberger (Love Is All).


Un film qui montre "le processus qui mène de l'interdiction des Juifs dans les parcs jusqu'à la Shoah", a déclaré  Rudolf van den Berg lors de la projection le  23 octobre 2012.

Ce qui effraie dans le film est le rôle tragique, terrible du Judenrat d'Amsterdam formé à l'instigation des autorités allemandes. Ce conseil de notables Juifs était chargé d'assurer l'ordre public parmi ses coreligionnaires listés, réunis dans des conditions déplorables avant leur transfert vers le camp de transit aux Pays-Bas, puis leur déportation vers le camp d'Auschwitz.

Diplômé de Sciences Politiques, Rudolf van den Berg a débuté comme documentariste - Algerian Times (1976), le controversé TheAlien’s Place (1979), Stranger at Home (1985) sur le retour à Jérusalem de l’artiste arabe palestinien Kamal Boullata - questionnant son identité juive.

Après un séjour à Rome comme assistant de Marco Ferreri dans les studios de la Cinecittà, il s’oriente vers la fiction, et réalise des films à succès : Bastille (1983) consacré meilleur film néerlandais de l’année - un homme recherche son double -, Les Johnsons (1992), film d’horreur culte, Snapshots (2002) avec Burt Reynolds et Julie Christie, Tirza (2007), d’après le roman homonyme d’Arnon Grunberg.  

Collaborateur/Sauveteur
Walter Süskind est né à Lüdenscheid (Allemagne) dans une famille néerlandaise Juive.

Directeur des ventes d’une usine de fabrication de margarine Bolak, victime de persécutions antisémites du régime nazi, il fuit en mars 1938 aux Pays-Bas dans l’espoir d’immigrer aux Etats-Unis. Il y est recruté par Unilever comme directeur des ventes. Son but : se réfugier aux Etats-Unis pour y rejoindre un membre de sa famille, Robert Salzberg. Mais ce projet échoue en 1941 en raison de l’interdiction d’émigrer imposée par les Allemands.

Après l’invasion allemande des Pays-Bas en mai 1940, la reine Wilhelmine et le gouvernement s'exilent à Londres (Grande-Bretagne). Lors de cinq années d’émissions radiophoniques, ils ont évoqué le sort des Juifs en cinq phrases. Selon l’universitaire néerlandais, Manfred Gerstenfeld, ils « ne considéraient pas les Juifs comme de vrais néerlandais ».

A l’instigation des Nazis, le Reichskommissar Arthur Seyss-Inquart dirige le pays avec l’appui de la NSB (Alliance nationale-socialiste).

Dès juin 1940, débutent les persécutions contre les Juifs.

Walter Süskind vit de 1942 à sa déportation à Westerbork, dans le centre d’Amsterdam, avec son épouse Johanna Natt (1906-1944) et leur fille Yvonne.

Pour le Conseil Juif néerlandais (Joodse Raad), il dirige le Hollandsche Schouwburg (Théâtre néerlandais), situé dans le quartier Juif, où les Juifs d’Amsterdam sont internés avant leur transfert vers le camp de transit de Westerbork, puis leur déportation vers les camps nazis. A ce poste, il peut manipuler les informations fournies, notamment celles concernant les enfants Juifs.

Il se lie d’amitié avec le SS Ferdinand aus der Funten, alors numéro deux au Bureau central pour l’émigration juive à Amsterdam. Et est perçu comme un collaborateur.

Face au Hollandsche Schouwburg, se dresse la crèche dans laquelle les Nazis dirigeaient les enfants Juifs. Elle est la plaque-tournante du système de sauvetage de ces enfants mis en place par la directrice de cet établissement, Henriette Henriques Pimentel, l’économiste Felix Halverstad et Süskind avec le concours de résistants, dont Johan van Hulst, directeur du Hervormde Kweekschool : plusieurs centaines d’enfants sont dissimulés dans des sacs, transportés clandestinement par train et tramway vers Limburg et Friesland, cachés dans la campagne hollandaise, tandis que Süskind et Felix Halverstad effacent leurs noms des listes d’enregistrement au Théâtre.

Süskind est brièvement arrêté et emprisonné en septembre 1943.

La famille Süskind est envoyée en 1944 au camp de transit de Westerbork - Süskind ne parvient pas à faire sortir des Juifs de ce camp -, puis à Theresienstadt.

Sa femme et sa fille sont assassinées au camp d’Auschwitz en octobre 1944.

Süskind meurt le 28 février 1945 dans des circonstances non élucidées : lors de marches de la mort eu Europe centrale ou tué par des déportés néerlandais qui le prenaient pour un collaborateur. Il a sauvé environ 900 enfants Juifs.

« Le mythe du bon Hollandais »
Les autorités nazies ont débuté la déportation en 1942 et ont assassiné 75 % des 140 000 Juifs habitant aux Pays-Bas.
Environ 107 000 des 140 000 Juifs des Pays-Bas ont été arrêtés – généralement par la police néerlandaise -, et ont péri lors de la Shoah, soit 76% de la population Juive. L’un des taux les plus élevés en Europe : 40% des Juifs de Belgique et 25% des Juifs de France ont été décimés par la Shoah. Les Pays-Bas sont aussi le deuxième pays ayant le plus grand nombre de Justes parmi les nations.

« Les Juifs qui sont revenus des camps n’étaient pas les bienvenus. Certains d’entre eux n’ont pas été indemnisés pour la spoliation de leurs biens et d’autres ont même du payer une taxe municipale et des factures de services publics correspondant à leur période de déportation », a déclaré Van Hulst en 2012.

Les Pays-Bas n’ont jamais présenté d’excuse pour leur participation aux étapes préparatoires à la destruction des Juifs pendant la Seconde Guerre mondiale, et pour le manque d’intérêt du gouvernement hollandais exilé à l’égard du sort des Néerlandais Juifs, ainsi que pour le traitement des Juifs survivants de la Shoah et internés. Interrogé par le parlementaire Geert Wilders du Parti pour la liberté, le Premier ministre Mark Rutte a refusé en janvier 2012 de reconnaître la responsabilité de son pays.


« En raison du paradigme Anne Frank, le mythe du bon Hollandais a perduré en donnant l’impression que de larges fractions de la population hollandaise ont résisté aux Nazis et aidé les Juifs. Beaucoup d’attention est donnée aux remarquables Hollandais qui l’ont cachée, et aucune à ceux qui l’ont trahie », écrit Manfred Gerstenfeld, auteur de Judging the Netherlands: The Renewed Holocaust Restitution Process, 1997-2000 qui décrit le contexte des persécutions antisémites pendant la guerre, leur accueil glacial aux Pays-Bas après le conflit mondial, et la procédure problématique des restitutions de leurs biens volés. 

En avril 2013, Charlotte van den Berg, alors étudiante, avait révélé des archives prouvant des réclamations à ces locataires néerlandais  Juifs d'Amsterdam  les "arriérés de paiement pour des loyers de bâtiments appartenant à la ville". Ce qui avait suscité une polémique. Occupée par les Occupants allemands, la ville d'Amsterdam avait réclamé des amendes pour "retard de paiement pour des habitations qui avaient été confisquées et occupées par des Allemandes ou des membre du NSB, le mouvement national socialiste des Pays-Bas qui a collaboré avec les nazis. Des amendes qui concernaient parfois des maisons détruites par les bombardements.
Le 16 juillet 2013, Eberhard van der Laan, maire d'Amsterdam, a estimé que les Juifs survivants de la Shoah qui, à leur retour des camps nazis, avaient été contraints de verser à cette municipalité les arriérés de loyers  impayés correspondant à la période de leur déportation, devaient être remboursés avec intérêts. "Seuls 18 000 des 80 000 Juifs déportés ont survécu". "Chaque centime qui nous brûle les poches, parce que nous aurions été sans cœur ou froidement bureaucratiques, doit être remboursé, et les intérêts également", a affirmé cet édile.

Le 15 avril 2014, l’Institut de la guerre, l'Holocauste et les études sur le génocide (NIOD) a rendu public son rapport à la demande de la municipalité d'Amsterdam. Selon Het Parool, la ville d’Amsterdam "a recueilli plus de 10 millions de dollars de survivants de l’Holocauste, accusés de ne pas s’être acquittés de leur loyers alors qu’ils étaient déportés dans les camps de concentration". Dès 1947, la ville avait contraint des centaines de survivants Juifs de la Shoah à payer des impôts et amendes pour retard dans le paiement pour les biens dont ils étaient propriétaires, et dont il n'avaient pas acquitté les taxes liées "au bail foncier après l’invasion de l’armée allemande en 1940 aux Pays-Bas". Un grand nombre de ces locaux avaient été utilisés par les occupants nazis et leurs collaborateurs néerlandais. Selon le NIOD, et notamment Ronny Naftaniel, ancien négociateur en chef pour la communauté Juive néerlandaise dans les négociations de restitution et membre du comité de surveillance du NIOD, la ville a perçu 14,5 millions de dollars d’amendes injustement imposées aux Juifs, dont 6,76 millions de dollars de 217 Juifs ayant contesté les amendes infligées. 

« Ce qui a été révélé, c’est une scandaleuse procédure, dans laquelle des gens ont été dépouillés de leurs maisons et ont dû payer pour ceux qui les ont déplacés de chez eux », a déclaré Ronny Naftaniel.

Des membres Juifs de la commission de contrôle ont réclamé à la ville de restituer les sommes aux ayants droit des survivants de la Shoah.

Le "maire de la ville, un fils de combattants de la résistance, et le conseil de la ville d’Amsterdam doivent décider dans un proche avenir de la façon de procéder".

Âgée de 78 ans, Anne-Ruth Wertheim, néerlandaise Juive a témoigné en juillet 2013 sur son enfance en Indonésie, alors dénommée Indes orientales néerlandaises. Pendant l’occupation de cet archipel par le Japon (mars 1942-août 1945) lors de la Seconde Guerre mondiale, Anne-Ruth Wertheim a été internée en 1944 dans un camp spécifique destiné aux Juifs. Ceux-ci y ont été battus, sous-alimentés… L’internement des Juifs a débuté en 1943 : le Japon a interné des Juifs de pays autres que ceux des Alliés – Etats-Unis, Grande-Bretagne, etc. -, par exemple du Moyen-Orient, dont l’Egypte. En 2014, le musée juif historique d’Amsterdam programme une exposition sur les Juifs en Indonésie.

Depuis le 4 septembre 2015, les ayants-droits ou les familles des centaines de Juifs d'Amsterdam, survivants des camps de concentration « peuvent demander le remboursement (…) des amendes pour retard de paiement de loyer pendant la Deuxième Guerre mondiale, payées injustement » à leur retour, a indiqué la municipalité d'Amsterdam dans un communiqué.


Süskind de Rudolf van den Berg (2012)
118 minutes
En avant programme En observation, de Eché Janga (8 mn)
Un couple séparé se retrouve à l’hôpital où leur fils a été placé en observation. Subtil et délicat. Compétition Festival International de Contis 2012

Le 23 octobre 2012, à 20 h
A l’Action Christine
4, rue Christine. 75006 Paris
Information au +33 1 53 59 12 40

Articles sur ce blog concernant :

Cet article a été publié les 22 octobre 2012, 6 février et 30 avril 2013 alors que, ce 30 avril 2013, le prince Willem-Alexander est devenu  roi des pays-Bas sous le nom de Guillaume IV, le premier homme à monter sur le trône d'Orange depuis 120 ans. Le 28 janvier 2013, la reine Beatrix des Pays-Bas avait annoncé son abdication au profit de son fils Willem-Alexandre. Problème : le 14 septembre 2013, est prévu un rassemblement visant à souhaiter une joyeuse retraite à la reine Beatrix. Or, ce sera le Jour de Kippour (Jour du Grand pardon), fête Juive la plus importante.
Republié les 18 juillet et 30 juillet 2013, 20 avril 2014 et 9 septembre 2015, il a été modifié le 9 septembre 2015.

jeudi 3 septembre 2015

« Retour à Auschwitz » de Daniel Gauthier


La rencontre Mémoires Juives en Limousin se déroulera du 4 au 6 septembre 2015. C'est aussi dans le Limousin que se situe l'action du polar « Retour à Auschwitz » de Daniel Gauthier.


1989. Jeffrey Baron, étudiant américain, accompagne en Europe son grand-père, antiquaire à Peoria, Français installé depuis des décennies aux Etats-Unis. Mais, en Pologne, il ne se sent pas la force de se rendre à Auschwitz. Son Grandpa y va donc seul. Et en retourne bouleversé.

Leur voyage se poursuit en France, plus précisément dans la région de Limoges.

Là, Jeffrey découvre le manoir familial et des secrets enfouis. Secrets de familles. Secrets d’alliances tactiques sous l’Occupation. Secrets de la Shoah (Holocaust) décimant une famille Juive française et résistante, les Bloch. Secrets autour d’un meuble, un secrétaire Louis XVI, surgi d’un autre continent et d’un passé douloureux occulté.

Secrets aussi d’une région aux résistances diverses, notamment communiste - Georges Guingouin (1913-2005), valorisée et meurtrie par l’Histoire, et où la communauté juive, augmentée de coreligionnaires ayant fui Strasbourg, maintint sa spiritualité et son activisme.

Citons deux grandes figures Juives françaises : Robert Gamzon (1905-1961), fondateur des Eclaireurs et Eclaireuses Israélites de France, chef de la « Sixième » et du maquis « Marc Haguenau », puis créateur après guerre de l'école Gilbert Bloch d'Orsay. Et le grand rabbin Abraham Deutsch (1902-1992), rabbin de Bischeim, qui fonda un Petit Séminaire israélite à Limoges en 1942…

Sur un fond historique tragique, l’auteur noue la petite histoire à la grande, toutes deux entremêlées de politique. L’Occupation et la déportation, la Résistance et la délation, le sauvetage des Juifs et leur spoliation, des apprentis enquêteurs et des sauveteurs israéliens…

En un style vif et fluide, l’intrigue conjugue amour et vengeance, amitié et jalousie, de puissants moteurs du comportement humain. Réunit et sépare des couples. Se déplace du Limousin à Bordeaux.

Ce retour à Auschwitz marque un tournant pour les deux principaux protagonistes, ce grand-père ancien déporté et son petit-fils. Renforce leur relation scellée par un nouveau secret.

Un périple initiatique – sentimental, intellectuel -, qui bouleversera la vie de tous les personnages, masculins et féminins.

Après Cauchemar rouge – roman policier évoquant le terrorisme en France dans les années 1980 -, Daniel Gauthier a écrit un thriller au rythme soutenu mêlant humour et réflexions sur la vie, en le nourrissant de ses recherches documentaires, et en se plaçant dans la tradition du polar engagé.

Mémoires juives en Limousin ont eu lieu les 23 et 24 août à Chavanac (Corrèze) "sur le thème de la mémoire de la présence Juive en Limousin pendant la Deuxième Guerre mondiale : témoignages, conférences, présentation de films, exposition, concert".


Articles sur ce blog concernant :

Daniel Gauthier, Retour à Auschwitz. Editions Amalthée. 324 p. 22 €. ISBN : 978-2-310-00528-9

Le premier chapitre est publié sur le site de l’auteur .

Daniel Gauthier a participé au 15e Salon des écrivains du B'nai B'rith à la Mairie du XVIe arrondissement de Paris, 71, avenue Henri Martin, 75116 Paris. Renseignements : 01-55-07-85-45

Articles sur ce blog concernant :
Cet article a été publié le 12 novembre 2010, puis le 20 août 2014.

La musique yiddish à travers les partitions


La chanson occupe une place centrale dans la culture yiddish. En 2006, la Maison de la culture yiddish-Bibliothèque Medem à Paris a présenté l’exposition éponyme réunissant près de cent partitions de chansons yiddish. Cet article est republié pour les Journées Européennes  de la Culture et du Patrimoine Juifs en France (2, 6 septembre 2015).


La chanson occupe une place centrale dans la culture yiddish. Elle témoigne de l’histoire des communautés Juives d’Europe de l’Est, reflète fidèlement la vie Juive et présente des héros, grands ou modestes : enfant faisant sa bar-mitzva, tailleur, marieur, fiancés, rabbi, patriarches, et surtout la yidishe mame

« On chante dans tous les milieux et pour toutes les occasions. Qu’elle soit liturgique ou profane, la chanson accompagne les grands moments et le quotidien de chacun. Le chant est le moyen d’expression privilégié des milieux ouvriers, des petits métiers, des mouvements sioniste, traditionaliste et révolutionnaire. Les airs les plus joyeux se teintent du fait d’une abondance de tragédies d’une nuance de tristesse, d’une note introspective, de nostalgie  ».

Cette chanson yiddish gagne l’Amérique avec les immigrants. A New York, au début du XXe siècle, c’est en yiddish que l’on joue, danse et chante. C’est ce théâtre yiddish musical naissant qui va nourrir les comédies musicales de Broadway, permettant à de jeunes acteurs, dont certains deviendront célèbres, d’y débuter.

Das emese Yidishe harz (1906, 35 cm) est ainsi résumé : "The true Jewish heart; it's not in outward appearances, but in the soul, in true faith and love of God" ("Le vrai cœur Juif : il n'est pas dans des apparences externes, mais dans l'âme, dans une foi et l'amour de Dieu véritables") de "The quiet/secret wedding." (Source: Heskes, Irene, Yiddish American Popular Songs, 1895-1950. )

"The Jewish funeral processional" ("Le cortège funèbre Juif"), est inscrit sur la couverture de Der Yidisher trauer-march (1907, 4 pages). Et d'ajouter : "Inspired and written for the demonstration of December 5th, 1905, participated in by 250,000 citizens of Greater New York in tribute to the memory of the victims of Russian brutal massacres." ("Inspiré et écrit pour le défilé du 5 décembre 1905, auquel ont participé 250 000 citoyens du Greater New York en hommage à la mémoire des victimes des massacres brutaux russes"

« A Brivele der Kale » de M. Aronson et Joseph Rumshinsky (1910) relate l'histoire tragique d'une jeune épouse Juive dont l'époux part en Amérique. Sans nouvelle de son époux, cette jeune femme meurt de chagrin. La couverture indique "Sung with Great Success" ("Chanté avec un grand succès").

Litwack and Galitzianer (1912, 6 pages) est l'oeuvre de Joseph Rumshinsky (1881-1956), compositeur, et A. (Anshel) Shor (1871-1942), parolier.  "Litvak (someone from Lithuania/Latvia) and Galician (someone from Galicia, then Austria/Poland)" (Litvak [quelqu'un de Lituanie] et Galician [quelqu'un de Galicie, alors partagée entre l'Autriche et la Pologne]) de "Dos meydel fun vest" ("The girl from the west"). "More in jest than real antagonism, Jews from those two areas of East Europe poked fun at each other for their regional pronunciations of Yiddish, as well as their special food preferences and social..." ("Plus une plaisanterie qu'un réel antagonisme. Des Juifs venant de ces deux zones d'Europe orientale se moquent d'eux-mêmes en raison de leurs prononciations régionales du yiddish, ainsi que de leurs préférences spéciales alimentaires et sociales...")

En 2006, la Maison de la culture yiddish-Bibliothèque Medem à Paris a conçu une exposition à partir des 92 partitions de chansons yiddish, publiées en général aux Etats-Unis au début du XXe siècle et acquises fin 2005 par la Bibliothèque Medem. La couverture est souvent illustrée et certaines chansons sont méconnues. Cet ensemble a rejoint les 312 partitions déjà conservées par cette Bibliothèque. La phonothèque  de la Bibliothèque Medem conserve environ 4 500 enregistrements de chansons yiddish et de musique Juive d'Europe orientale. Plus de la moitié a été numérisée. A la la Maison de la culture yiddish-Bibliothèque Medem, étaient montrées les partitions de « Oy des yetser-hore » et « Oy di meydelekh » de Arn Lebedeff, « A brivele fun Rusland » et « A yor nokh der Khasene » de Solomon Smulevitz, « A glezele lekhayim » de J.M. Rumshisky...

L'Institut européen des musiques Juives (IEMJ) L’Institut Européen des Musiques Juives a numérisé "une cinquantaine de documents musicaux rares : livres, partitions, chansonniers en yiddish, etc., provenant des collections privées de Bernard Vaisbrot et du Centre Medem-Arbeter Ring. La numérisation de ces collections a permis de sauvegarder ces documents originaux des outrages du temps et des manipulations humaines, tout en rendant leur contenu accessible à un large public. Un inventaire de ce fonds sera bientôt consultable sur cette page. Les documents numériques seront intégrés dans son catalogue en ligne".


Articles sur ce blog concernant :
Cet article a été publié en une version plus concise dans L'Arche.

mardi 1 septembre 2015

« La fille du charbonnier » d’Emmanuelle Polack et Sarah Royon


Les éditions Lharmattan publient La fille du charbonnier, un conte bilingue français-yiddish écrit par Emmanuelle Polack et sa fille écolière, Sarah Royon. Un récit charmant et simple sur l’amour familial et l’intelligence sauvant de situations délicates. Article republié en ce jour de rentrée des enfants en France et en Israël.


L’histoire se déroule dans un petit village de Pologne, Zabludow, où vivait un pauvre charbonnier juif.

Ce modeste charbonnier était veuf et élevait sa fille chérie adolescente dont il admirait la beauté et l’intelligence.

A l’approche des 15 ans de sa fille, il lui achèta deux rubans rouges, épuisant ses maigres économies dans ce futur cadeau.

Quelques mois plus tard, arriva l’intendant du royaume qui lui réclama la dîme royale. Malheureusement, cet humble charbonnier ne pouvait s’acquitter de cet impôt et fut donc arrêté. Emmené au château, il comparut devant le roi…

Ce conte dépeint des sentiments essentiels au travers de personnages traditionnels d’un shtettl : le père pauvre et méritant, la jeune fille parée de toutes les qualités (intelligence, sensibilité, pudeur) et le roi dur, mais cachant un bon fond.

Il est écrit en termes simples, habillé par un habile équilibre entre le texte – dans ses deux langues – et les dessins en noir et blanc, comme au fusain, de Johann Le Berre. Quelques mots sont expliqués clairement.

Autre originalité : ce livre a été écrit par Emmanuelle Polack, attachée de conservation au musée des Monuments français, et sa fille Sarah Royon, écolière de onze ans.

La version en yiddish est l’œuvre de Bernard Vaisbrot, enseignant de yiddish à l'université Paris VIII et auteur d'historiettes dans cette langue dans la revue estudiantine américaine Yug-nt Ruf.

Ce livre court se termine par une brève histoire du conte yiddish. Il se conclut sur une citation d’Isaac Bashevis Singer (1902-1991), auteur américain d’origine polonaise de romans, contes et nouvelles en yiddish, qui déclara lors de la remise de son Prix Nobel de littérature en 1978 : « Je suis sûr qu’un jour des millions de cadavres parlant yiddish se lèveront de leur tombe, et la première question qu’ils poseront, ce sera : quel est le dernier livre publié en yiddish ».

Par ce conte, voici une tendre réponse…


Emmanuelle Polack et Sarah Royon. La fille du charbonnier. L’Harmattan, coll. Contes des quatre vents, bilingue français-yiddish, version en yiddish de Bernard Vaisbrot, illustré en noir et blanc par Johann Le Berre. Paris, 2007. 24 pages. ISBN : 978-2-296-03472-3


En charge des archives historiques du musée des Monuments français au sein de la Cité de l’architecture et du patrimoine, chercheuse associée au musée de Montparnasse, Emmanuelle Polack est commissaire invitée de l’exposition Rose Valland sur le front de l’art, la dame du Jeu de Paume, jusqu’au 2 mai 2010 au Centre d’Histoire de la Résistance et de la Déportation. Elle est co-auteur de deux bandes dessinées pour la jeunesse :
- avec Bouilhac et Catel de Rose Valland, Capitaine Beaux-Arts. Editions Dupuis, 2009. 48 pages. ISBN : 9782800145525
- avec Emmanuel Cerisier de L’espionne du Jeu de Paume. Editions Gulfstream, 2009. 96 pages. ISBN : 978-2-35488-046-0

Articles sur ce blog concernant :

Cet article a été publié par Guysen International News; le numéro 79 de mars 2010 de la revue Los Muestros et sur ce blog le 13 février 2010Article modifié le 7 juin 2010

lundi 24 août 2015

Magie. Anges et démons dans la tradition juive


Le Musée d'art et d'histoire du Judaïsme (MAHJ) présenta l’exposition "Magie. Anges et démons dans la tradition juiveésotérique. Souvent méprisée en tant qu’élément de traditions populaires ou liée à la superstition, démultipliée en amulettes, manuscrits ou bijoux apotropaïques visant à éloigner/contrer le mauvais œil ou un esprit malveillant, la magie est ignorée par des esprits rationalistes prisant peu le monde surnaturel et invisible. « Ancrée dans des textes religieux », elle concerne les aspects majeurs de la vie Juive, ashkénaze ou sépharade, personnelle – santé, amour - et professionnelle, et a irrigué la culture occidentale : roman, pièce de théâtre. Une exposition « islamiquement correcte » et qui ne distingue pas assez magie, sorcellerie et superstitions.  

« On ne doit pas croire les superstitions, mais il est [...] plus sûr de les respecter. » (Yehoudah ben Samuel de Ratisbonne (vers 1150-1217), Le Livre des pieux)

Amulettes, manuscrit, bijoux, recueils de recettes, hamsot, vêtements contre le « mauvais œil », bols incantatoires… Plus de 300 œuvres et documents, parfois inédits, « venant du Proche-Orient ancien, de l’Empire romain, de Byzance, de l’Empire ottoman, ainsi que d’Asie centrale, du Moyen-Orient, du Maghreb et du monde ashkénaze », évoquent au MAHJ la magie de l’Antiquité au XXIe siècle, en se fondant sur les apports récents des anthropologues.

Les traditions populaires du monde Juif sont animées de nombreux êtres surnaturels : les « anges Métatron, Raziel, Raphaël et Gabriel, ou les anges médecins Sanoï, Sansanoï et Semangelof, redoutables protecteurs des hommes contre les puissances démoniaques conduites par Lilit », première femme d’Adam, ou Samaël. « S’y manifestent aussi les dibbouks – ces esprits qui hantent le monde ashkénaze – ou le Golem créé par le Maharal de Prague au XVIe siècle ». Ces « êtres sont la part familière de croyances et de pratiques « magiques » visant à assurer la protection des jeunes mères et leurs bébés, du foyer, des vie familiale et conjugale, à maintenir la santé » et la prospérité.

Depuis l’Antiquité, le judaïsme et la société Juive ont été influencés par des croyances et pratiques des cultures environnantes, qu’ils ont aussi marqué de leur empreinte. La magie illustre ces interactions, « en raison de la conviction selon laquelle la magie de l’autre est toujours plus puissante ».

Méconnu, dédaigné, souvent appelé « Kabbale pratique » (Kabbalah ma’assit), le recours aux pratiques liées à la magie connaît actuellement un regain d’intérêt. « Transmis depuis l’Antiquité, souvent ancrés dans les textes religieux, ces rites sont mis en œuvre par des Wunderrabbi dans le monde ashkénaze et des rabbins thaumaturges en Afrique du Nord et au Moyen-Orient. Au-delà du monde Juif, ils ont largement influencé la culture occidentale ».

L’exposition « Magie. Anges et démons dans la tradition juive » éclaire les relations « des rabbins avec les kabbalistes pratiques » et souligne « le rôle des leaders spirituels dans la transmission du savoir magique », la manière dont des « autorités religieuses ont encadré ces usages à défaut de pouvoir les interdire. Elle explore les échanges dans le monde gréco-romain, puis dans les pays chrétiens et musulmans depuis le Moyen Âge. Enfin, des témoignages montrent que la Kabbale pratique a toujours cours, tant en Israël que dans la diaspora, et notamment en France ».

L’Antiquité
Pour le judaïsme traditionnel, « Dieu règne sur un monde peuplé de nombreux êtres invisibles et puissants, en particulier les anges, les démons et les morts ».

De la période du Second Temple à la période talmudique (du VIe siècle avant l’ère commune à 500), divers textes « décrivent le monde céleste comme habité par une infinité d’anges, intermédiaires entre les hommes et Dieu. C’est dans le Sefer ha-razim (Livre des mystères), le plus ancien ouvrage de magie Juive qui nous soit parvenu (milieu du premier millénaire de notre ère), que cette vision du monde acquiert une dimension magique, avec une hiérarchie complexe d’anges en charge de chaque phénomène naturel ou d’origine humaine, ainsi que des manières de les convoquer ».

Compilé vers le VIe siècle, le Talmud de Babylone considère que les démons sont « des êtres intermédiaires entre les hommes et les anges : innombrables, ils peuvent changer d’apparence, se déplacer aux quatre coins de la Terre instantanément, devenir invisibles. Obéissant à un roi, Ashmodaï, ils vivent aux marges de la civilisation, dans des déserts, des puits, des ruines, des fosses d’aisance, mais aussi parmi les hommes, et parfois même en eux. Leur pouvoir occulte réside dans leur aptitude à nuire aux humains ».

« Redoutable, la démone Lilit, mère de tous les démons, incarne la brutalité d’une nature hostile à l’être humain. Son effigie et son nom se trouvent sur quantité d’amulettes et d’objets apotropaïques, souvent accompagnés des noms et des figures de trois anges - Sanoï, Sansanoï et Semangelof - qui tiennent la démone à distance ».


Les « sources bibliques et les fouilles archéologiques attestent les rituels magiques des Israélites. On y voit l’influence de la magie babylonienne pour l’époque du Second Temple (de 540 avant notre ère à 70 ou 135) et pour l’Antiquité tardive – du IIIe au VIIIe siècle – dans tout le bassin méditerranéen oriental ».

Les « rites de magie non-juive se sont aussi inspirés du judaïsme et de la magie juive. On en retrouve les marques dans les objets issus de la magie gréco-égyptienne, telle l’utilisation de signes magiques dits « charaktêres », de « mots magiques » (Abrasax, Ablanathanalba, Akrammachamarei, etc.) et de formules écrites associés à des formes géométriques ».

Magie et religion
La Torah prohibe à diverses reprises le recours à la magie. Mais ses rédacteurs et les rabbins avaient connaissance de la persistance des pratiques magiques persistantes par leurs coreligionnaires, notamment par des juifs très pratiquants.

Les « rédacteurs de la Mishna et du Talmud de Babylone autorisent ainsi certaines formes de magie et proposent de nombreuses recettes, car ils considèrent que l’étude de la magie fait partie de la formation des rabbins et qu’il est permis d’y avoir recours pour faire échec aux entreprises des démons et des magiciens mal intentionnés ».

Au Moyen Âge, « de fortes oppositions à la magie engendrent au sein du judaïsme des débats récurrents pour définir les domaines licites et illicites de sa pratique par les rabbins ». Si le philosophe Moïse Maïmonide (1135-1204) « n’y vit que charlatanisme et détournement de la religion, ses objections ne firent pas école. Cependant, elles incitèrent les rabbins à renoncer aux rites problématiques », à se limiter à ce qu’ils appelèrent « kabbale pratique » « et à accepter que celle-ci soit exercée par des experts qualifiés de « Maîtres du Nom » (ba’alei Shem) ». 

Les « Maîtres du Nom » jouaient le rôle « d’intercesseurs entre les êtres humains et Dieu » ; ce qui les situait « au cœur des pratiques miraculeuses de la religion juive ». Certains étaient d’illustres rabbins, admirés, révérés. En diaspora ou en Eretz Israël (Jérusalem, Safed), ces rabbins thaumaturges bénéficiaient du pouvoir de leurs amulettes. Leur médiation était perçue comme infaillible.

Vers leurs tombes affluèrent pèlerins, Juifs et non-Juifs, notamment dans les pays majoritairement musulmans.

Kabbale et magie
De nombreux objets révèlent la perméabilité de la ligne entre kabbale et magie.

Les « ouvrages kabbalistiques en proposent souvent des représentations plus ou moins complexes, la plus emblématique étant l’arbre séfirotique, un schéma arborescent souvent » appelé « Arbre de vie ».

Au « fil du temps, des pratiques empruntées à la riche panoplie des magiciens se sont frayé un chemin dans les recueils de kabbale, et certains magiciens ont jugé bon d’agrémenter leurs livres de recettes de doctrines kabbalistiques. Quantité d’ouvrages et d’amulettes témoignent du sentiment tenace que les œuvres de la « kabbale théorique » et celles de la « kabbale pratique » sont intimement liées ». 

Outre « les amulettes personnalisées réalisées par des experts de la « kabbale pratique », certaines formules et images ont servi de modèles à une production d’amulettes génériques diffusées en grande quantité grâce à l’imprimerie ».

Actuellement, les « consommateurs de magie désireux d’avoir recours à la kabbale dite « pratique » sont confrontés à la raréfaction des praticiens et au tarissement de la transmission des savoirs. S’ils ne peuvent consulter les rares experts encore actifs en France, les clients se tournent vers des thaumaturges vivant en Israël mais dont l’activité se déploie aussi à l’étranger. Que ceux-ci soient issus du judaïsme séfarade ou ashkénaze, leurs tournées internationales rassemblent un large public, des plus divers socialement et de toutes confessions. Par ailleurs, les pèlerinages sur les tombes de rabbins révérés ou de « saints » connaissent un regain de popularité ».

« Conformément à une ancienne tradition, les demandes (inscrites sur des briques, des papiers…) sont déposées sur les tombes des rabbins thaumaturges. Le portrait du rabbin kabbaliste Baba Salé (Israël Abouhatsera, 1889-1984) a été l’icône rabbinique la plus diffusée au XXe siècle chez les Juifs d’Afrique du Nord. Le rayonnement considérable de Yitzhak Kadouri (vers 1898-2006) fut quelque peu terni par son affirmation que le Messie attendu s’appellerait Yehoshou’a (Jésus), mais les amulettes qu’il écrivit et son journal fournissent de précieuses informations sur son activité de kabbaliste pratique. Plus modestes et discrets, les membres de la famille Namias, au Maroc, ont été des érudits religieux de grande qualité et des collecteurs assidus de recettes magiques afin de remédier au désarroi des membres de leur communauté ».

Hormis les amulettes individualisées, de nombreux objets fabriquées en série, souvent de piètre qualité esthétique, « se signalent surtout par l’indifférenciation de leur destination. Aux motifs juifs du répertoire magique traditionnel des bijoux-amulettes se sont ajoutés le mot hébraïque hay ( חי ) et la lettre shin ש pour shaddaï. Quant aux amulettes imprimées, elles sont aussi largement dupliquées par le biais de la photocopie ».

Aux « nouveaux syncrétismes marquant le monde des adeptes de la magie contemporaine (tarot, chamanisme, techniques New Age de guérison, de channeling et de développement personnel) se mêle un renouveau de l’intérêt pour la kabbale aboutissant à de curieux signaux de reconnaissance, comme l’adoption du bracelet de fil rouge, amulette parfois utilisée par les mères juives pour protéger leur enfant » du « mauvais œil ». 

Protéger les vivants
Divers objets apotropaïques visaient à conjurer le mauvais sort, à détourner les influences maléfiques vers autrui.

De nombreuses amulettes apotropaïques contrent l’emprise des démons, préviennent les sorts malveillants, et favorisent la prospérité économique et sociale. La majorité d’entre elles sont conçues en des bijoux aux matières précieuses ou fragiles : « or, argent, jais, turquoise, corail, dents animales, coquillages ».

Le choix des pierres ne doit pas être fortuit, tant il privilégie certaines couleurs supposées apotropaïques, notamment le rouge. Notons aussi que certaines couleurs étaient interdites aux Juifs et d'autres les stigmatisaient (jaune), tant dans l'Europe médiévale chrétienne que dans les pays régis par l'islam. Un aspect peu étudié par cette exposition.

« Si les bijoux apotropaïques sont une coutume plus répandue autour de la Méditerranée que dans l’espace ashkénaze, les amulettes manuscrites sur parchemin ou papier sont produites et utilisées dans toute la diaspora ». Des « boîtiers hermétiques soudés contiennent des amulettes en papier et sont généralement accrochés à une chaîne en or ou en argent. Leur forme ou leur décor sont souvent inspirés par des animaux (serpent, poisson, lézard, lion), mais l’on trouve aussi des clefs et des cadenas pour s’opposer aux démons tentés de pénétrer le corps humain par ses orifices, ainsi que des bracelets prophylactiques en argent gravés de lettres et de formules magiques ».

En plus de « leurs matières (minérales ou végétales) et leurs formes qui possèdent déjà, en soi, des fonctions protectrices, il existe une grande variété de décors réalisés par des orfèvres et des scribes ».

Le « répertoire des motifs décorant les amulettes s’est enrichi au fil du temps au contact des autres cultures. Les objets magiques ne comportent quasiment jamais de figuration humaine, surtout dans les pays musulmans. Cependant, le judaïsme européen a montré du goût pour les amulettes sur papier ou parchemin ornées de scènes figuratives dont certaines sont fortement inspirées de l’art chrétien, d’épisodes bibliques ou de moments de la vie juive ». 

Mère et enfant
La plupart des amulettes (shmirot et qame’ot) protégeaient la future/jeune mère et le nouveau-né. Elles sont revêtues souvent du nom et de l’image de Lilit – « réputée provoquer les fausses couches et la mort des nourrissons –, ainsi que ceux de Sanoï, Sansanoï et Semangelof, les anges qui combattent Lilit ». Bijoux, textiles brodés, amulettes en papier, manuscrites ou imprimées, soulignent l’ancrage de cette tradition dans toute la diaspora. La profusion de ces amulettes révèle le profond sentiment d’insécurité qui règne dans le domaine de la fertilité et de la naissance », lors de temps de taux élevé de mortalité périnatale et des parturientes. 

De nombreux « rites de protection étaient accomplis et transmis par les femmes. Les murs de la chambre de la femme enceinte, son lit ainsi que son corps étaient porteurs d’invocations répétées » : « Adam – Ève – Dehors Lilit – Sanoï Sansanoï Semangelof » !

« Utilisé pour tracer des cercles symboliques prophylactiques autour des lits de la parturiente et du nouveau-né, le couteau dit « Kreismesser », ou en judéo-alsacien « Krassmesser », est un témoignage remarquable de ces rites magiques ». 

Autres objets parés de vertus magiques : des « broches-amulettes en forme de poignard dénommées « épées de Lilit », que l’on accroche sur le vêtement ou l’oreiller de l’enfant. Selon la tradition midrashique, Lilit attaque les nourrissons durant les huit premiers jours de vie pour les garçons et les vingt premiers jours pour les filles. Dans l’espace ashkénaze, une amulette spécifique, le Heh (cinquième lettre de l’alphabet hébraïque tenant lieu du nom divin), signale que l’enfant mâle appartient à Dieu dès avant la circoncision. Du Maroc au Yémen, les « épées de Lilit » étaient épinglées à l’intérieur du berceau ou directement sur le vêtement de l’enfant. En Italie, dans les familles aisées, on suspendait audessus du berceau une amulette en papier enclose dans un étui richement décoré, en or ou en argent, gravé des trois lettres shin dalet youd formant le nom divin « Shaddaï ».

Autre espace protégé : l’espace environnant l’enfant. 

Les femmes Juives, en particulier les voisines de la famille visée, contribuaient « à l’accomplissement des rites protecteurs. Considérés comme le moment de tous les dangers, le jour et la nuit précédant la circoncision étaient les temps forts de cette mobilisation destinée à faire échec à l’assaut final de Lilit. Les prières et les rituels apotropaïques se conjuguaient alors pour gagner en efficacité ».

Protéger son foyer
Prières et cérémonies spécifiques s’associent dans les « rites de protection des espaces familial et professionnel » où demeurent amulettes et objets apotropaïques.

Ces rites perdurent dans les foyers Juifs, dans des déclinaisons locales « utilisant des formules communes et traditionnelles. Elles sont posées ou accrochées en des endroits spécifiques de l’habitation : les dormants des portes pour la mezouzah, l’entrée de la maison ou son seuil pour en interdire l’accès aux démons, aux épidémies, mais aussi aux rats, aux serpents et aux scorpions dont les morsures ou les piqûres sont souvent mortelles ».

Apaiser et guérir
La « santé étant l’un des principaux motifs du recours à la magie, le Talmud accepte, et même, encourage certaines pratiques magiques. Les objets et les rites à valeur prophylactique visent d’abord à écarter les démons considérés comme une des causes premières des maladies et des épidémies. Les recettes incluent l’emploi de plantes et de substances diverses possédant des propriétés (segoullot) également attribuées aux mots ». 

La médecine médiévale se fonde sur l’astrologie afin d’interpréter « le fonctionnement du corps humain et décider des méthodes pour le soigner ».

« Dans ce domaine, les femmes doivent assurer leur bien-être et celui de leurs proches : prières, talismans, amulettes, carrés magiques, gemmes, incantations et autres savoirs se transmettent de mères en filles et font partie du bagage des sages-femmes.

« Bien souvent, les formules magiques utilisées par les Juifs dans l’Antiquité ne diffèrent guère de celles de leurs contemporains non-juifs. Il faut attendre le début de la modernité pour voir se dessiner une approche totalement différente de la magie, et pour voir la médecine scientifique s'en séparer radicalement ». 

A l’instar des démons, les morts « peuvent se révéler dangereux, mais aussi utiles. De nombreux livres de recettes de magie juive leur sont consacrés, décrivant les différents moyens de les chasser ou de les convoquer et de les interroger (nécromancie) ». 

Magie agressive ou érotique
Comme d’autres magies, la magie Juive suggère des recettes pour influencer la vie affective ou matérielle.

Généralement, les demandes visent des problèmes pour lesquels la magie n’est pas la seule solution envisageable : « guérison, protection, réussite, autorité, amour, salut, vengeance », etc.

Les « désirs extravagants qui abondent dans les récits fantastiques sont très rares. Les recettes et les amulettes relevant de la magie agressive ou érotique ont surtout pour but de reconquérir l’amour d’un être aimé ou désiré, de gagner les faveurs d’une personne, de faire péricliter les affaires d’un concurrent, d’obtenir que quelqu’un change d’avis, ou encore de faire taire les médisants. Nombreuses sont les femmes demandant le retour d’un époux volage, ou l’apaisement de conflits conjugaux. Plus rarement, des recettes magiques héritées de l’Antiquité indiquent les moyens de nuire à un rival, voire de le tuer, soit en invoquant des démons, soit en lui jetant un sort par le biais d’une figurine rappelant les « poupées vaudoues », que l’on détruit ensuite ». 

Face à la maladie, à la mort, aux peines sentimentales et aux aléas de la vie, de nombreuses personnes « recourent aux pratiques magiques et à l’invocation des anges pour combattre ou contrôler les démons et les morts » dont ils se considèrent les victimes. « Dans les sociétés Juives, ces phénomènes se retrouvent dans une forme populaire de magie mais aussi dans une forme plus savante », la « kabbale pratique ».

Magie et culture
« Paradoxalement, dans un univers religieux régi par la Torah, le Talmud et de nombreuses prescriptions rabbiniques », les pratiques magiques perdurent, notamment dans les arts : les « dibbouks inspirèrent à Shalom An-Ski une pièce fondamentale du théâtre yiddish" ; écrivain autrichien, Gustave Meyrink "tira du mythe du Golem un roman qui irriguera l’imaginaire du XXe siècle" et dont l'action se situe dans le ghetto de Prague ; "quant à Lilit, elle est omniprésente dans l’art et la littérature depuis le XIXe siècle –, on ignore le plus souvent leurs sources ».

« Suivant une croyance ancienne, les morts peuvent hanter le monde des vivants et les posséder. Au XVIe siècle, dans l’espace ashkénaze, apparaît le terme de « dibbouq » pour désigner l’esprit d’un mort qui a pris possession d’un être humain ou d’un lieu ». Romain Gary s'inspire du dibbouk pour écrire La Danse de Gengis Cohn (1967). Dans Un désir fou de danser (2006), Elie Wiesel imagine un personnage, Doriel, en proie à des hallucinations et pensant être victime d'un dibbouk. A Serious Man, réalisé par Joel et Ethan Coen (2009) s'ouvre par un conte yiddish dont l'un des personnages, un rabbin, serait un dibbouk.


La magie chrétienne
Dès l’Antiquité tardive, la magie chrétienne emprunte à la magie juive. La « fascination pour la magie, et plus spécifiquement pour la magie juive, aboutira paradoxalement à l’un des mouvements intellectuels les plus étonnants et les plus durables de l’Europe chrétienne ».

Au XVe siècle, à partir de la Kabbale, Pic de la Mirandole (1463-1494) et d’autres philosophes humanistes chrétiens créent la « kabbale chrétienne, un système de réflexion philosophique sur le christianisme et l’œuvre divine ». 

Dans l’Europe médiévale, « l’intérêt des clercs pour la démonologie et l’incessante récusation du judaïsme par l’Église se conjuguent pour transformer les Juifs en « ennemis de l’intérieur », en magiciens et en figures démoniaques. Le Talmud, considéré comme une œuvre satanique et hostile au christianisme, est censuré ».

En 1215, le concile de Latran IV accentue « la ségrégation à l’égard des juifs comme des musulmans et réaffirme l’intolérance de l’Église envers toute dissidence qu’elle qualifie d’hérésie ». 

En 1242 à Paris, « à la suite de la disputatio (controverse) entre juifs et chrétiens organisée sous l’égide de la Couronne, Louis IX ordonne le « brûlement de vingt-quatre charretées » de manuscrits du Talmud ».

« Savant ou populaire, l’antijudaïsme de la société chrétienne est profondément imprégné de l’idée de la sorcellerie et de la lutte contre Satan. Les accusations de sorcellerie sont au cœur d’un arsenal antijuif des plus divers ; le moindre des rites, le regard d’un juif ou sa simple présence peuvent déclencher des réactions violentes ».

« Accusés de jeter des sorts, d’empoisonner les puits, de fomenter des complots et de commettre des crimes rituels, les juifs subissent ségrégation, humiliation, tortures, procès et massacres ». 

Amulettes de Tàrrega
La nécropole Juive médiévale de Les Roquetes, au sud de Tàrrega, en Catalogne (Espagne) a été fouillée en 2007 par Anna Colet et Oriol Saula, archéologues.

Cette sépulture réunissait les « squelettes de soixante-dix enfants, adultes et vieillards" Juifs. "Ils furent victimes d’un massacre perpétré dans la juiverie » de Tàrrega en 1348, alors que la peste noire ravageait toute l’Europe médiévale, « suscitant des réactions antijuives d’une grande brutalité. À Tàrrega, les traces des coups visibles sur les os des victimes – parfois plus d’une vingtaine pour un même individu – disent mieux que toute description la violence de ces actes meurtriers ». Ces victimes vivaient dans le quartier Juif ou call de la ville catalane. Leurs restes ont été enterrés au cimetière de Collserola de Barcelone selon les rites juifs.

« Ensevelies à la hâte dans une fosse commune avec les vêtements et les objets qu’elles portaient lors de la tuerie, les victimes de Tàrrega fournissent une documentation rare en contexte funéraire ». Selon le rite juif, les tombes sont orientées ouest-est, mais une victime est enterrée différemment en signe de punition et d’avertissement aux Juifs : « Le jour de la résurrection, elle ne pourra gagner la terre promise ». Le retour des Juifs en Eretz Israël prélude l’ère messianique.

Les rites juifs imposent des inhumations d’une grande austérité, dénuées de toute parure. Aussi, ne retrouve-t-on que de rares objets ou bijoux lors des fouilles archéologiques de nécropoles juives.

Le collier d’amulettes de Tàrrega a été découvert « parmi les ossements d’un enfant inhumé dans le fossar dels jueus » (fosse des Juifs), près de cette nécropole Juive. Il révèle « qu’un enfant Juif à Tàrrega au milieu du XIVe siècle portait un collier constitué de pas moins de dix amulettes, toutes caractéristiques de fonctions protectrices, soit en raison des matières employées, investies de vertus apotropaïques (argent, jais, corail, cristal de roche, verre fumé...), soit en raison de leur forme (hamsot...) »

Le Museu Comarcal del Urgell-Tàrrega présente en l'exposition permanente Tragèdia al Call. Tàrrega 1348 les résultats de ces fouilles archéologiques et les resituent dans le contexte de la Catalogne médiévale.

La magie musulmane
Dans « les pays musulmans, dès le Moyen Âge, les échanges entre magie musulmane et magie juive sont fertiles. De nombreux textes de magie juive rédigés en judéo-arabe sont inspirés par la magie musulmane ; symétriquement, les textes magiques musulmans montrent le recours à l’intercession de Métatron et d’une foule d’autres anges d’origine juive ».


L’exposition note des « similarités entre pratiques juives et musulmanes, telles que les visites rendues aux tombeaux des saints pour recevoir leur bénédiction (baraka en arabe ou berakhah en hébreu), ou le port de bijoux-amulettes semblables arborant les mêmes motifs apotropaïques : la main (khamsa en arabe ou hamsah en hébreu, aussi dénommée « main de Fatima »), l’œil... »

Un peu sommaire, et surtout incomplet.

Magie, djinn (créature surnaturelle) et sorcellerie… Autant d’accusations portées à l’encontre des Juifs en « terre d’islam », et parfois empruntées au Coran.

Le 7 mai 2014, The Daily Beast a indiqué que, sur la chaîne publique iranienne IRIB (Islamic Republic of Iran Broadcasting), Valiollah Naghipourfar, mollah et professeur de l’université de Téhéran, a allégué  que les Juifs utilisent des djinns, « créatures surnaturelles » qui « sont le Mal », pour espionner et miner la république islamique et que le judaïsme est particulièrement expert en magie noire : « Les Juifs ont toujours été associés à la sorcellerie et aux djinns. Vraiment, beaucoup de sorciers sont Juifs. Ceux qui sont en contact avec les djinns sont souvent Juifs… Même le Coran condamne les Juifs, appelant le prophète Salomon un infidèle et l’accusant de sorcellerie… Le Juif est très expérimenté en sorcellerie ». Il a acquiescé à la question de savoir si « les problèmes actuels en Iran proviennent de la sorcellerie et la magie, par des forces surnaturelles ». Il a estimé possible qu’un « gouvernement soit manipulé par les djinns en Israël, mais pas en Iran ». La vidéo a été postée le 4 juillet 2014 sur Youtube.

Le 22 mai 2012, Harun Yusuf Zindani, Yéménite Juif âgé de 50 ans, avait été mortellement poignardé, dans le dos, par un de ses concitoyens musulmans, qu'il ne connaissait pas, à Sanaa (Yémen). L'assassin, qui accusait sa victime de sorcellerie, avait crié lors de l'agression : « Toi le juif, tu as nui à mon commerce avec ta sorcellerie ». Il a été interpellé par la police.

Le samedi 25 juillet 2015, dans le cadre de A la CartaDesde el infierno - El pueblo judío: propagador del culto a Satán (De l'enfer - Le peuple Juif : Propagateur du culte de Satan), émission d'environ trente minutes de la radio publique espagnole de télévision RNE (Radio Exterior), qui fait partie du groupe public RTVEa accusé les Juifs d'avoir "propagé le culte de Lucifer dans plusieurs sociétés secrètes sataniques. A travers la magie noire, les Israélites ont appelé les pouvoirs de l'obscurité". Comme dans l'affaire al-Dura, c'est un media public qui diffuse l'antisémitisme. Sur le site Internet de l'émission, de nombreux commentateurs croient en cette allégation fausse et infamante. Le texte introductif allègue que les Juifs ont fondé et dirigé de manière occulte la franc-maçonnerie", évoque l'ésotérisme...

Le 19 août 2015, Porte-parole de l'Agence Juive et ancien porte-parole du ministère israélien des Affaires étrangères, Yigal Palmor a critiqué RTVE sur Twitter : “Pero como puede un ente publico dar tribuna a este tipo de racismo crudo, cretino y asqueroso? Vuelve la Santa Inquisicion" (Mais comment une entité publique  peut-elle donner une tribune à ce type de racisme cru, crétin et dégoûtant. La Sainte Inquisition est de retour).

Le 27 août 2015, le directeur de la RNE a annoncé le retrait de cette émission radiophonique de son site Internet. Elle a aussi présenté ses excuses.Chargé des relations avec la presse au sein de RNE, Carlos Garrido a souligné que cette émission relevait du genre de la "fiction radiophonique et en aucun cas d'une rubrique d'information".


"Alphabet de Ben Sira – Texte juif du haut Moyen Âge dont un passage raconte l’histoire de la rencontre de Lilit avec les anges Sanoï, Sansanoï et Semangelof, et comment la démone prêta serment de ne pas attenter à la vie des nouveau-nés, chaque fois que le nom des trois anges serait écrit ou prononcé. 
Arbre séfirotique – Représentation la plus courante des dix sefirot qui constituent la Divinité dans la kabbale.
Apotropaïque – Protecteur.
Ashmodaï – Nom du chef des démons, attesté pour la première fois à la période du Second Temple, puis mentionné dans le Talmud de Babylone et dans de nombreux textes magiques juifs.
Baraka ou berakha – Littéralement « bénédiction » en arabe et en hébreu, le mot est souvent utilisé pour désigner les grands pouvoirs d’un saint musulman ou juif.
Charaktêres – Signes magiques, souvent ornés de boucles à leurs extrémités. Apparus dans les textes magiques gréco-égyptiens, ils devinrent très populaires dans la magie juive, et le sont encore aujourd’hui.
Dibbouk – Esprit d’une personne décédée qui habite le corps d’un individu auquel il reste attaché ; si le dibbouk n’est pas exorcisé, cet individu peut mourir.
Exorcisme – Pratique, religieuse ou magique, destinée à chasser un démon du corps d’un possédé ou de tout autre endroit qu’il occupe (par exemple, une maison). 
Halakhah – Ensemble des lois régissant la vie religieuse juive, dont le mariage, les prescriptions alimentaires, l’observance des fêtes, etc.
Hamsah (pluriel hamsot) – Littéralement « cinq » en arabe, le terme désigne aussi la paume de la main tendue, souvent utilisée comme symbole apotropaïque (protecteur).
Hassidisme – Mouvement populaire piétiste qui se répandit chez les juifs d’Europe orientale à partir du XVIII e siècle. Il se caractérise par une intense dévotion religieuse et une direction charismatique exercée par les tsaddiqim.
Iaô – Prononciation grecque du tétragramme dans l’Antiquité, devenue un nom magique courant dans les textes grecs anciens de magie. 
Ilan (pluriel ilanot) – Représentations complexes de l’arbre séfirotique ornées de commentaires kabbalistiques ; elles sont parfois inscrites sur des rouleaux de parchemin et utilisées comme amulettes.
Kabbale (qabbalah, littéralement « réception ») – Nom donné à la tradition ésotérique juive depuis le Moyen Âge. Elle traite principalement des dix sefirot, de la création de l’univers par Dieu, de la place de l’homme dans la création et du rôle cardinal de la Halakhah dans la rédemption divine. 
Kabbale chrétienne – Nom donné à un ensemble d’écrits et de penseurs chrétiens de la Renaissance qui, s’appuyant sur des textes de la kabbale juive traduits en latin, entreprirent de défendre ou de refondre certaines doctrines chrétiennes. 
Kabbale « pratique » (qabbalah ma’assit) – Nom donné, par les kabbalistes eux-mêmes, à cette partie de la kabbale qui s’efforce d’influer sur le cours du monde, à l’aide notamment du nom secret de Dieu. L’expression est aussi employée pour désigner de vieilles pratiques magiques, juives ou non-juives.
Lilit – La plus célèbre figure démoniaque dans le monde juif depuis l’Antiquité jusqu’à nos jours, Lilit, est probablement une déesse de l’époque matriarcale archaïque. Elle a ses racines en Mésopotamie, dans les légendes sumérienne (kisikil lil-là) et akkadienne (lil-itu). L’apparition de Lilit dans la tradition juive remonte à la période de l’exil babylonien (VII e-IV e siècle av. è.c.). Elle est aussi appelée « première Ève » (Havvah rishonah).
Magen David. Étoile de David – Fréquent dans la magie arabe médiévale, ce signe se répandit dans la magie juive. Aujourd’hui, il est utilisé dans l’art juif et dans les représentations symboliques du peuple juif.
Métatron – Souvent considéré, dans le Talmud de Babylone et dans de nombreux textes juifs médiévaux, comme le chef des anges.
Mezouzah – Petit rouleau de parchemin contenant des versets bibliques et fixé aux montants des portes d’une habitation juive. Beaucoup lui accordent un pouvoir protecteur.
Midrash – Commentaire rabbinique de la Bible ayant pour but d’expliciter divers points juridiques ou de prodiguer un enseignement moral en recourant à différents genres littéraires : récits, paraboles et légendes.
Mishna – Le plus ancien code du judaïsme rabbinique, qui servit ensuite de base à l’élaboration du Talmud de Babylone.
Moïse (Mosheh) – Chef ou guide du peuple juif par excellence, il passait aussi pour avoir été un magicien aux pouvoirs exceptionnels qui accomplit de grands miracles.
Monogramme – Nom de Dieu incarné par la cinquième lettre de l’alphabet hébraïque – heh ( – (ה souvent utilisée à la place du tétragramme.
Salomon – Célèbre roi juif du Xe siècle avant l’ère commune qui, selon une légende apparue au temps de Flavius Josèphe (37-ca. 100 è.c.), aurait été un grand mage et aurait combattu les démons.
Sanoï, Sansanoï et Semangelof – Les trois anges capables de chasser Lilit et de l’empêcher de nuire. Le Sefer Raziel ha-malakh en propose une représentation que l’on retrouve sur de nombreuses amulettes juives.
Sceau de Salomon – Dans le Talmud de Babylone, Salomon se sert d’un sceau spécial pour soumettre le démon Ashmodaï. Les magies juive et chrétienne voient dans certains signes magiques, notamment le pentagramme et l’hexagramme, le sceau dont se serait servi Salomon.
Sefer ha-razim (Livre des mystères) – Livre en hébreu de recettes magiques juives rédigé" en Eretz Israël, probablement entre le IV e et le VI e siècle" de l'ère commune, et "qui connut une très large diffusion tout au long du Moyen Âge. Aujourd’hui, nous n’en connaissons que des fragments.
Sefer ha-zohar (Livre de la splendeur) – Le plus important livre de la kabbale, rédigé en Espagne au XIII e siècle ; il s’intéresse relativement peu à la magie.
Sefer hassidim (Livre des pieux) – Compilation de récits et de traditions appartenant au monde du judaïsme piétiste rhénan (XII e-XIII e siècles), attribuée à Yehoudah ben Samuel de Ratisbonne ; elle comprend de nombreuses histoires de sorcières, de démons et de magie.
Sefer Raziel ha-malakh (Livre de l’ange Raziel) – Le plus connu des ouvrages de magie juive, imprimé pour la première fois à Amsterdam en 1701, et sans cesse réédité depuis.
Sefirot (de l’hébreu s-f-r, nombre) – Les dix émanations, ou puissances, à travers lesquelles se manifeste la Divinité ; elles sont au cœur de la pensée kabbalistique.
Shaddaï – L’un des noms de Dieu déjà mentionné dans la Bible hébraïque (par exemple, Exode 6:3).
Shem ha-meforash – Le Nom « explicite » ou « caché » de Dieu ; l’expression désigne le tétragramme, mais est souvent appliquée à d’autres noms de Dieu.
Talmud de Babylone – L’ouvrage le plus important du judaïsme rabbinique ; compilé vers 500 è.c., durant la période de l’exil babylonien, il sera au fondement de toute l’histoire ultérieure du judaïsme. Convaincu de l’existence des anges et des démons, il renferme quelques recettes magiques et se montre plutôt tolérant envers les croyances et les pratiques magiques.
Tétragramme – Nom divin composé des quatre lettres YHWH.
Théurgie – Connaissances et pratiques magiques qui permettent de se mettre en relation avec la Divinité et de bénéficier de sa grâce.
Tiqqoun (pluriel tiqqounim) – Signifiant littéralement « réparation », le terme désigne une catégorie particulière de rites kabbalistiques pratiqués pour la sanctification, la purification et même l’exorcisme.
Torah – Les cinq livres de Moïse ou Pentateuque. La Torah interdit de pratiquer la magie, mais recommande certains rites magiques, et raconte comment Moïse et Aaron l’emportèrent sur les magiciens égyptiens dans une sorte de concours de magie.
Tsaddiq (pluriel tsaddiqim) – Homme pieux dont les prières sont efficaces ; il peut servir d’intermédiaire entre les hommes et Dieu, et faire en sorte que les bénédictions divines rayonnent sur le monde".


Jusqu’au 19 juillet 2015
Hôtel de Saint-Aignan
71, rue du Temple. 75003 Paris
Tél. : (33) 1 53 01 86 60
Lundi, mardi, jeudi et vendredi de 11 h à 18 h, mercredi de 11 h à 21 h, dimanche de 10 h à 19 h

Visuels
Amulette contre le mauvais œil, pour protéger la famille et la maison de Yosef, fils de Brouria
Maroc, vers 1900 - manuscrit en hébreu, encre et aquarelle sur papier
© Tel-Aviv, collection famille Gross

Bol dit « bol magique » en terre cuite portant un texte incantatoire en judéo-araméen et une image de la démone Lilit
Ve - VIe siècle de notre ère
© collection Lycklama, musée de la Castre, Cannes

Pendentif-amulette
Tunisie, vers 1900
© Tel-Aviv, collection famille Gross

Manuscrit de kabbale « pratique »
Israël, XXe siècle
© Tel-Aviv, collection famille Gross

Amulette manuscrite, pour la protection de Tsaddiqah, fille de Magodah (détail)
Palestine mandataire, vers 1930. Encre sur papier
© Tel-Aviv, collection famille Gross

Collier-amulette
Anti-Atlas, Maroc, fin XIXe siècle – début XXe siècle
© collection Rouach

Pendentif-amulette pour concevoir un enfant
El Djedida, Maroc, 1918
© Tel-Aviv, collection famille Gross

Pendentif-amulette pour protéger une femme enceinte
Maroc, vers 1900
© Tel-Aviv, collection famille Gross

Couteau dit « Krassmesser » ou « Kreismesser », pour repousser Lilit et les autres démons
Alsace, fin du XVIIIe siècle début du XIXe, bois et fer
© Strasbourg, Musée alsacien

Épée de Lilit
Yémen, début du XXe siècle, argent filigrané
© Mahj

Collier-amulette, salchani, pour protéger Miriam, fille de Tovah Gabaï et Amulettes, afsa
Bagdad, Irak, 1892-1893
Insc. en hébreu sur les trois étuis : « Miriam fille de Tovah Gabaï »
Or gravé, turquoise, dent de loup, bois, 63 × 7,5 cm, Tel-Aviv, collection famille Gross


Mezouzah dans son étui
Allemagne, XVIIe ou XVIIIe siècle
Encre sur parchemin, buis sculpté,Paris, Mahj,
Dépôt du musée national du Moyen Âge, collection Strauss, don Rothschild
© Photo Claude Germain

Collier-amulette destiné à protéger une femme enceinte
Grande Kabylie, Algérie, vers 1900
Argent, corail, émail, Tel-Aviv, collection famille Gross
© Photo Claude Germain

Amulette pour une mariée
Iran, vers 1900
© Tel-Aviv, collection famille Gross

Cassolette pour faire fondre le plomb
Roumanie, vers 1950
Insc. en hébreu : « Je t’adjure, Ô soleil qui brille sur la terre »
Cuivre et bois, Tel-Aviv, collection famille Gross

Piezas localizadas en la necròpolis Anillo con inscripción hebrea del cementerio judío
Piezas recuperadas en la calle La Font
Collar de amuletos de un niño asesinado durante el asalto a la judería

Amulettes en forme de main, hamsot
Essaouira (Mogador), Maroc, XIXe siècle - première moitié du XXe
Argent moulé et gravé
Collection Rouach
©Photo Claude Germain

Amulettes en forme de main, hamsot
Essaouira (Mogador), Maroc, XIXe siècle - première moitié du XXe
Argent moulé et gravé
Collection Rouach
©Photo Claude Germain

Articles sur ce blog concernant :
Les citations et le lexique proviennent du dossier de presse. Cet article a été publié le 16 juillet 2015, puis le 24 août 2015.