Citations

« Le goût de la vérité n’empêche pas la prise de parti. » (Albert Camus)
« La lucidité est la blessure la plus rapprochée du Soleil. » (René Char).
« Il faut commencer par le commencement, et le commencement de tout est le courage. » (Vladimir Jankélévitch)
« Notre métier n’est pas de faire plaisir, non plus de faire du tort. Il est de porter la plume dans la plaie. » (Albert Londres)
« Le plus difficile n'est pas de dire ce que l'on voit, mais d'accepter de voir ce que l'on voit. » (Charles Péguy)

jeudi 12 septembre 2013

La Cour d’appel de Paris a évoqué les blessures de Jamal al-Dura

Le 14 décembre 2011, Clément Weill-Raynal, journaliste à Actualité juive hebdo, et le Dr Yehouda David ont comparu devant la Cour d’appel de Paris. Ils avaient interjeté appel d’un jugement du Tribunal correctionnel de Paris du 29 avril 2011 les condamnant sévèrement pour diffamation à l’égard du Gazaoui Jamal al-Dura : en 2008, tous deux avaient mis en doute le lien entre des cicatrices de Jamal al-Dura et les blessures qui lui auraient été infligées par des « tirs israéliens » au carrefour de Netzarim (bande de Gaza) le 30 septembre 2000. Cet article est republié car la Cour de cassation a cassé sans renvoi l'arrêt de la Cour d'appel de Paris ayant condamné Clément Weill-Raynal et relaxé le Dr Yehouda  (ou Yehuda) David. Elle a rejeté le pourvoi de Jamal al-Dura qui portait sur la relaxe du Dr Yehouda David. Elle a retenu l'argumentation de la défense du chroniqueur judiciaire estimant que la cour d'appel n'avait pas tenu compte du "caractère d'intérêt général du sujet traité", alors que, selon l'article 10 de la Convention européenne des droits de l'Homme, "dans le cadre d'un débat d'intérêt général, la liberté d'expression autorise la mise en cause des personnes avec une dose d'exagération et même de provocation qui exclut toute condamnation pour injure ou diffamation publique". 

Le Dr Yehuda David, Clément Weill-Raynal et Actualité juive condamnés par le Tribunal correctionnel de Paris pour avoir diffamé Jamal al-Dura
French Justice scrutinized Jamal al-Dura’s Wounds
French Journalist and Israeli Surgeon Condemned for Defamation of Jamal Al Dura

Une longue audience - plus de sept heures – soulignant les doutes légitimes concernant l’authenticité des allégations du reportage sur « la mort de Mohammed al-Dura » et les « blessures de son père Jamal al-Dura »... et toujours absent : le plaignant, Jamal al-Dura.

Une interview et un droit de réponse
Le 30 septembre 2000, France 2 a diffusé au JT (journal télévisé)  de 20 heures un reportage d’environ 50 secondes de Charles Enderlin, son correspondant permanent à Jérusalem, déclarant en voix off sur des images signées par le cameraman palestinien Talal Abu Rahma :
« Près de l’implantation de Netzarim (bande de Gaza)… Jamal et son fils Mohamed (12 ans) sont la cible des tirs venus de la position israélienne. Son père tente de le protéger... Une nouvelle rafale. Mohamed est mort et son père gravement blessé ».
L’image du « petit Mohamed » devient l’icône de l’Intifada II.

Ce reportage suscite des doutes, et des enquêtes dès 2000 de Nahum Shahaf, physicien israélien, de Stéphane Juffa, rédacteur en chef de l’agence de presse Mena (Metula News Agency). Au sein de la Ména, Gérard Huber, psychanalyste, et Luc Rosenzweig, journaliste, poursuivent leurs investigations. Nahum Shahaf et la Ména contestent l'authenticité des faits allégués dans ce reportage, et concluent, au terme de leurs démonstrations, à la mise en scène.

Dans son documentaire Trois balles et un enfant mort. Qui a tué Mohamed al-Dura ? diffusé en 2002 par ARD, Esther Schapira, documentariste allemande, soutient que l'enfant serait mort vraisemblablement par des balles palestiniennes. 

C'est Richard Landes, historien américain, qui parvient à interviewer Charles Enderlin, et forge le néologisme Pallywood pour désigner l'industrie audiovisuelle palestinienne de propagande

La polémique sur ce reportage controversé est alimentée par le long refus de France 2 de rendre publics les rushes du reportage, et les versions successives de Talal Abu Rahma qui, le 3 octobre 2000, affirme sous serment, au Centre palestinien des droits de l’homme : « L’enfant a été tué intentionnellement et de sang-froid par l’armée israélienne », puis se rétracte le 30 septembre 2002, soit deux ans plus tard, dans un fax adressé à France 2 Jérusalem : « Je n’ai jamais dit à l’Organisation palestinienne des droits de l’homme à Gaza que les soldats israéliens avaient tué intentionnellement et en connaissance de cause Mohamed al-Dura et blessé son père ».

Dans deux textes électroniques de novembre 2004, Philippe Karsenty, directeur de l’agence de notation des médias Media-Ratings, qualifie en particulier d’« imposture médiatique », de « faux reportage », « pure fiction » et « supercherie » ce reportage controversé et exhorte aux licenciements de Charles Enderlin et d’Arlette Chabot, alors directrice de l’information de France 2.

Ceux-ci portent plainte contre lui pour diffamation.
 
Talal Abu Rahma a filmé en octobre 2004 des cicatrices de Jamal al-Dura, à son domicile gazaoui. France 2 a diffusé ce film lors d’une conférence de presse peu après.
 
Plusieurs procédures judiciaires ont été lancées en France et en Israël dans l’affaire al-Dura.

Condamné le 19 octobre 2006 par le Tribunal de Grande instance de Paris, Philippe Karsenty interjette appel.

Après avoir demandé par un arrêt du 3 octobre 2007 les rushes du reportage à France 2 et les avoir visionnés, la Cour d’appel de Paris relaxe Philippe Karsenty, le 21 mai 2008, dans un arrêt tançant sévèrement les intimés.
 
Dans ses numéros respectivement des 4 septembre et 25 septembre 2008, Actualité juive (1), hebdomadaire incontournable de la communauté Juive française, a publié l’interview du Dr Yehuda David, chirurgien orthopédique spécialisé en micro-chirurgie de la main à l’hôpital Tel ha Shomer (Tel-Aviv), « le plus important du Moyen-Orient » (Dr David), par le journaliste Clément Weill-Raynal, sous le pseudonyme de Daniel Vavinsky, puis la réponse de celui-ci à un droit de réponse de Charles Enderlin - un texte que Clément Weill-Raynal a confié lors de l'audience judiciaire avoir rédigé, malgré ses réticences, à la demande de Serge Benattar, directeur de l'hebdomadaire. Le Dr Yehuda David a affirmé dans son interview avoir opéré en 1994, dans le cadre d’une opération de chirurgie réparatrice, Jamal al-Dura, victime en 1992, de blessures à l’arme blanche (hache, couteau) lors d’une rixe entre Palestiniens, donc bien avant le reportage controversé en 2000. Les blessures de 1992 avaient induit une paralysie de la main droite causée par une section des nerfs médian et cubital.
 
Sans avoir examiné Jamal al-Dura, dans une lettre du 9 septembre 2008, le professeur Raphaël Walden (2), spécialiste de chirurgie vasculaire à l'hôpital de Tal ha Shomer, a repris la teneur d'un rapport médical jordanien sur Jamal al-Dura.

Le 29 octobre 2008, Jamal al-Dura a déposé plainte pour diffamation contre le Dr Yehuda David, Clément Weill-Raynal et Serge Bénattar, directeur de cet hebdomadaire, à propos de certains passages de cette interview et de la réponse de Clément Weill-Raynal à Charles Enderlin. Une réponse rédigée à la demande de Serge Bénattar, directeur-fondateur d'Actualité juive hebdo.

Le 29 avril 2011, la XVIIe chambre du Tribunal de grande instance (TGI) de Paris – tribunal correctionnel - avait estimé diffamatoires les propos alléguant que ce Gazaoui avait participé à une mise en scène diffusée par France 2, puis qu’il avait imputé à tort à des tirs israéliens la mort de son fils Mohammed et ses anciennes blessures afin de berner l'opinion publique, et ce, avec la complicité de médecins palestiniens.

Ce Tribunal avait condamné chaque défendeur - Dr Yehuda David, Clément Weill-Raynal et Serge Bénattar, directeur de cet hebdomadaire -, notamment à une amende de 1 000 euros, assortie d'un sursis total, et tous trois solidairement à verser à Jamal al-Dura 5 000 euros au titre des dommages et intérêts, ainsi que 5 000 euros au titre de ses frais de justice.
 
L’exécution provisoire de ce jugement a été suspendue le 8 juillet 2011 : les défenseurs ont déposé une consignation de 5 000 euros.

Des cicatrices antérieures à 2000
A la différence de l’audience devant la XVIIe chambre du TGI quelques mois plus tôt, cette audience publique s’est déroulée sans intervention de témoins et les explications chirurgicales ont été concises et claires. Les débats sont demeurés centrés sur les propos tenus et leur qualification juridique.

Les juges et l’avocat général se sont montrés particulièrement attentifs aux verbatim de la vidéo présentée en 2004 sur les cicatrices de Jamal al-Dura filmées par Talal Abu Rahma. Le commentaire off de cette vidéo a fait l’objet d’une quasi-exégèse afin de déterminer si cette vidéo visait ou non les seules cicatrices de Jamal al-Dura liées à l’incident du 30 septembre 2000. Malgré les suggestions de la défense, la Cour a préféré visionner cette vidéo lors de son délibéré, et non lors de l’audience.

Le Dr Yéhuda David a rappelé avoir effectué une opération de chirurgie réparatrice sur Jamal al-Dura : il a implanté dans le bras et la main des tendons prélevés dans le pied gauche de ce patient Gazaoui. Il a précisé s'être prononcé sur les cicatrices de son opération lors de l'interview accordée à Clément Weill-Raynal.

Quand, en 2007, une équipe de la Ména lui a présenté le dossier médical de Jamal al-Dura, le Dr David s’est souvenu de son ancien patient, et a répondu aux journalistes israéliens le sollicitant, sans que Jamal al-Dura ne porte plainte contre eux ou contre lui.

Le Dr Yéhuda David a affirmé s’être exprimé dans cette affaire en étant motivé par un souci de paix entre Israéliens et Palestiniens, et avec l’accord du directeur du ministère israélien de la Santé.

Il a souligné l’éthique des soldats israéliens – « On accuse les soldats israéliens d’avoir tiré sur un enfant pendant 45 secondes ou une minute. En plus de 20 ans, je n’ai pas vu de pareil ordre de tir. Avant de tirer, un soldat israélien doit avoir l’accord de plusieurs échelons ».

Se fondant sur son expérience médicale, notamment dans une unité combattante israélienne, il a dénoncé des incohérences et invraisemblances : ainsi, un rapport médical allègue qu’une balle aurait atteint Jamal al-Dura par derrière ; or, derrière ce Gazaoui, se trouvait un mur. En outre, si la veine fémorale du Gazaoui avait été atteinte par une balle israélienne à haute vélocité, Jamal al-Dura serait mort exsangue en quelques minutes. Aucune goutte de sang ne corrobore les allégations de blessures, etc.
Quant à Clément Weill-Raynal, il a évoqué son évolution, de l’indifférence à l’intérêt tardif en 2008, via la méfiance à l’égard des tenants de la mise en scène de l’incident. Il a réalisé de nombreux recoupements dans le cadre de son enquête journalistique, et s’est vu opposer le refus de Jamal al-Dura de répondre à ses questions.

Ce journaliste a soulevé le « problème de la crédibilité de Talal Abu Rahma » qui a « ses secrets » et a déclaré au journal marocain Le Matin, en 2001, qu’il était « venu au journalisme afin de poursuivre la lutte en faveur de son peuple » (3).

Clément Weill-Raynal a listé des contradictions : changement du prénom de l’enfant (« Rami » pendant 48 heures, puis « Mohamed ») dans les dépêches d’agences de presse, heure de la présence d’un enfant palestinien décédé à l’hôpital de Gaza (à « 13 h » selon le médecin palestinien Taweel ou après « 15 h » selon Charles Enderlin ?), etc.

Et de retracer la dégradation de ses relations avec Charles Enderlin dès le début de son enquête : « Tu vas tirer sur ton camp », le prévient le correspondant de France 2 à Jérusalem.

« Un permis de douter » ( Pascale Robert-Diard, Le Monde, 2008)
Avocate de Jamal al-Dura, Me Orly Rezlan s’est attirée les foudres du Président de la cour pour avoir interrompu à plusieurs reprises les prévenus lors de leurs explications.

Elle a fait preuve d’une moindre habileté qu’en première instance, notamment car elle s’est efforcée d’associer les deux prévenus à la Ména et à Philippe Karsenty, pourtant relaxé par cette même Cour en une composition certes différente, et s’est enquis si l’Etat d’Israël finançait les frais de justice du Dr David.

Elle a déploré cette polémique – « Si Jamal al-Dura n’a pas été blessé lors de la fusillade, alors imaginez ce qui est arrivé à son fils… » - s’autoalimentant par des questionnements sans fin, cette « méthode hypercritique qui consiste à multiplier les questions. Personne n’a le temps de répondre à ces questions. Chaque contradiction signifie un mensonge. Cette méthode consiste à mener à la situation où la victime doit se justifier ».

« J’ai des doutes. J’ai des doutes. J’ai des doutes. Mais je m’arrête là. Il n’est pas question de prendre position sur un sujet aussi sensible », a déclaré Jean-François Cormaille de Valbray, avocat général. Et d’asséner : « Chacun dit « Il [Nda : Jamal al-Dura] ment ». Or on lui fait dire ce qu’il ne dit pas » dans la vidéo montrant ses cicatrices.

Jean-François Cormaille de Valbray a stigmatisé « l’imprudence » verbale du Dr David, sans examen de Jamal al-Dura et en se « focalisant sur sa main ». Il s’en est remis à la sagesse de la Cour pour le reste.

Me Alain Jakubowicz, avocat du Dr Yéhuda David, et Me Gilles-William Goldnadel, avocat de Clément Weill-Raynal, ont décortiqué chaque passage incriminé pour en prouver le caractère factuel et descriptif, en démontrer l’absence de tout caractère diffamatoire et souligner la prudence de l’expression, tout en insistant sur la bonne foi de leurs clients et leur absence d’animosité à l’égard du plaignant.

Ils se sont étonnés que Jamal al-Dura ne se soit pas « soumis aux examens et expertises qui auraient pu permettre de faire la lumière sur l’origine de ses blessures ». C’était l’une des missions de la commission d’enquête indépendante composée d’experts acceptée par France 2 qui a fait lanterner le CRIF (Conseil représentatif des institutions juives de France).

Me Alain Jakubowicz a persiflé sur la plainte déposée par Jamal al-Dura à propos d’un article écrit dans une langue qu’il ignore.

Puis, Me Gilles-William Goldnadel a vivement rappelé à la Cour son arrêt, certes rendu dans une formation différente, relaxant Philippe Karsenty en 2008.

Il a insisté sur l’enquête sérieuse de son client et des enjeux du procès : « la possibilité de remettre en question une vérité officielle » et l’existence d’un contre-pouvoir au pouvoir de la presse. Et de citer une jurisprudence constante épargnant aux journalistes toute poursuite judiciaire fondée sur leurs questions lors d’une interview.

Il s’est étonné de la « procuration » donnée par Jamal al-Dura à « France Télévisions et leur correspondant à Jérusalem d’exploiter les rapports médicaux le concernant, devant les tribunaux ou à la télé ou pour tout autre usage approprié » et autorisant « le correspondant à utiliser ces rapports médicaux comme il lui conviendra ».

Me Gilles-William Goldnadel a persiflé sur les incohérences notamment dans le rapport médical jordanien et sur les témoignages « fantaisistes » des cameramen et photographes palestiniens collaborant à de célèbres agences de presse, présents lors de l’incident al-Dura et dont les images de cet incident ont brûlé, été égarées, etc.

Quant à la réponse de Clément Weill-Raynal au droit de réponse de Charles Enderlin, si elle contenait un élément diffamatoire à son encontre, ce serait au correspondant de France 2 à Jérusalem, et non à Jamal al-Dura, d’en poursuivre l’auteur.

« Je ne suis pas un conspirationniste. Je ne suis pas un délinquant. Certains veulent que je sois mis au ban de ma profession. Pour ceux-là, une condamnation serait accueillie par une fête », a soupiré Clément Weill-Raynal.
Quant au Dr Yehuda David, il a conclu sur l’attente du verdict de la Cour par l’Etat d’Israël, le peuple d’Israël et les Palestiniens.
 
L’arrêt de la Cour d’appel de Paris, présidée par Alain Verleene, sera rendu le 15 février 2012. La veille, le 14 février 2012, la Cour de cassation examinera le pourvoi formé par Charles Enderlin et France 2 contre l'arrêt de la Cour d'appel de Paris du 21 mai 2008. Jean Berkani, avocat général auprès de la Cour de cassation, devrait recommander le rejet de ce pourvoi.

Le 15 février 2012, l'arrêt de la Cour d'appel de Paris a condamné le journaliste Clément Weill-Raynal, pour les phrases incriminées dans sa réponse au droit de réponse de Charles Enderlin, à 1 000 euros d'amende avec sursis, 1 000 euros de dommages-intérêts et 6 000 euros de frais de justice. Cet arrêt a aussi relaxé le Dr Yehuda David.

Actualité juive hebdo a alors titré en encadré en bas de sa couverture de son n° 1199 (23 février 2012) sur la « victoire posthume de Serge Benattar », directeur de la publication et fondateur du journal. La quasi-totalité de la page 26 de ce numéro est consacrée à l’affaire al-Dura : « Le DrYehuda David gagne son procès en appel et Serge Benattar (zal) est mis hors de cause » et « Victoire posthume de Serge Benattar », ce titre-ci étant surmonté par « Reconnaissance ». Curieusement, aucun des articles publiés n’informait sur la condamnation du chroniqueur judiciaire du journal !? Clément Weill-Raynal avait été condamné pour sa réponse, écrite à la demande de Serge Benattar, au droit de réponse de Charles Enderlin.

En septembre 2013, la Cour de cassation a cassé sans renvoi l'arrêt de la Cour d'appel de Paris ayant condamné Clément Weill-Raynal et relaxé le Dr Yehouda David. Elle a rejeté le pourvoi de Jamal al-Dura qui portait sur la relaxe du Dr Yehouda David. Elle a retenu l'argumentation de la défense du chroniqueur judiciaire estimant que la cour d'appel n'avait pas tenu compte du "caractère d'intérêt général du sujet traité", alors que, selon l'article 10 de la Convention européenne des droits de l'Homme, "dans le cadre d'un débat d'intérêt général, la liberté d'expression autorise la mise en cause des personnes avec une dose d'exagération et même de provocation qui exclut toute condamnation pour injure ou diffamation publique".

La Cour de cassation a considéré que "le passage incriminé... ne dépassait pas les limites admissibles de la liberté d'expression sur le sujet d'intérêt général constitué par le débat relatif à la couverture par la chaîne France 2 d'un événement ayant eu un retentissement mondial ainsi qu'à l'origine des blessures présentées par M. Al-Dura".

Le 11 septembre 2012, Clément Weill-Raynal a déclaré : "En enquêtant sur cette affaire, je n’ai fait que mon travail de journaliste. Ma seule intention a toujours été de participer à l’établissement de la vérité sur un reportage controversé. Treize ans après les faits, il n’est pas trop tard pour que toute la lumière soit faite sur cette affaire".
 
Une affaire d’Etat
D’une certaine manière, cette procédure judiciaire a affaibli France 2 et Charles Enderlin : le jugement condamnant les prévenus n’a pas mis un terme aux questionnements lors même qu’il portait sur des éléments objectifs – cicatrices de blessures - distincts des images controversées et supposés clore définitivement l’affaire al-Dura. Pis, les audiences et cette décision judiciaire ont rendu publics des documents qui laminent la réalité des faits allégués. De plus, les magistrats de la Cour d’appel ont évoqué les doutes sur les faits allégués sans les présenter comme des élucubrations.

La désinformation ? Clément Weill-Raynal l’a définie comme un mensonge construit sur un élément réel. Mais les exemples qu’il a cités révèlent que cette désinformation peut ne contenir aucun élément réel. Ainsi, un soldat israélien a été présenté par des médias comme menaçant un Palestinien, alors qu’il protégeait l’étudiant Juif américain, Tuvia Grossman, de la violence d’Arabes palestiniens ; en 2002, après un prétendu « massacre » par des soldats israéliens, un Arabe palestinien présumé mort tombe de sa civière, puis y remonte prestement en suscitant la peur des passants, etc. Dans cette guerre médiatique, ce qui est en jeu, c’est aussi l’histoire de ce conflit déformée ou/et occultée par le récit propagandiste palestinien distillé dans des médias, livres d’histoire, documentaires, reportages, bandes dessinées, romans, etc. et gobé par une large partie de l’opinion publique.

« Que ces débats sont longs. Ce n’est pas une affaire d’Etat ! », s’exclame une spectatrice. Pourtant si, il s’agit d’une affaire d’Etat. Et qui perdure car elle sert la « politique arabe » de la France en imposant le narratif palestinien diabolisant l’Etat d’Israël et délitant le lien entre la diaspora Juive et cet Etat diffamé, isolé et marginalisé, en laissant perdurer un blood libel qui attise la haine antisémite dans le monde et en érigeant la France édictrice de paramètres de la paix.

« On n’a jamais décidé de s’emparer de ce sujet-là [Nda : l’affaire al-Dura] de manière forte. Déjà, parce qu’on considère que c’est un sujet qui préoccupe en fait essentiellement la communauté juive. Ce n’est pas un vrai enjeu dans la défense d’Israël pour nous aujourd’hui. Je regrette que la commission qui a été mise en place par France Télévisions n’a jamais abouti à quelque chose de concret. Rester accroché à ce qui s’est passé dans ce reportage vidéo n’est pas le combat essentiel que nous devons mener aujourd’hui, ce n’est pas le plus constructif. Le combat pour défendre l’image d’Israël passe par autre chose que par ressasser cette affaire là », a déclaré Jonathan Hayoun, président de l’UEJF (Union des Etudiants Juifs de France) sur RCJ, « la radio de la communauté Juive » française, le 4 janvier 2012, sans citer de combat « plus constructif ».

Résumons : les autorités israéliennes – Bureau israélien gouvernemental de presse (GPO), Tsahal, etc. –, le CRIF, des journalistes de toutes nationalités luttent pour établir les faits, des historiens et essayistes étudient cette affaire… Ils auraient tout faux !?

L’affaire Dreyfus a débuté en 1894 et pris fin en 1906 par l’arrêt de la Cour de cassation qui a innocenté et réhabilité le capitaine Dreyfus. Jonathan Hayoun ne se serait pas alors battu pour que justice soit rendue à son compatriote et coreligionnaire injustement condamné ?

Foin d’ironie, cette déclaration de Jonathan Hayoun révèle les longues incompréhensions et inactions d’une grande partie du leadership communautaire français – lors d’une réunion publique de candidats à la présidence du CRIF en 2007, seul Richard Prasquier s’était engagé à agir dans cette affaire - à l’égard de cette gravissime affaire aux multiples facettes et à dimension internationale.
Enfin, malgré les doutes argumentés, malgré les brèches délitant le bien-fondé d’allégations de ce reportage, malgré les incohérences et contradictions de Charles Enderlin, de Talal Abu Rahma et des images analysées au fil des années, malgré le sévère arrêt de la Cour d’appel de Paris du 21 mai 2008 tançant sévèrement France 2 et Charles Enderlin, malgré la condamnation de Canal + et de TAC Presse - confirmée en appel le 5 janvier 2012 - pour diffamation à l’égard de Philippe Karsenty, France 2 n’infléchit pas sa position. Sans que nulle autorité publique – ministère de la Culture et de la Communication, Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA), etc. - ne lui rappelle des impératifs déontologiques ou ne la sanctionne.

« Existerait-t-il une sorte de spécificité du service public de l’information nationale (…) qui ferait que, non content de ne pas méditer les erreurs du passé, il se sentirait en droit, sinon en devoir, de les réitérer sans fin ? », interroge Me Gilles-William Goldnadel, le 6 janvier 2012, à propos du numéro controversé Un Etat palestinien est-il encore possible ? de l’émission Un œil sur la planète diffusé le 3 octobre 2011 par France 2.

(1) J’ai collaboré comme journaliste à Actualité juive et à la Mena
(2) Le professeur Raphael Walden milite au sein de l'association pro-palestinienne Doctors for Human Rights (Médecins pour les droits de l'homme). Il est aussi le gendre du président Shimon Peres.
(3) Richard Landes souligne la spécificité des « journalistes islamiques » respectant la Charte des médias islamiques de grande diffusion (Jakarta, 1980), listant des règles distinctes des principes déontologiques journalistiques des Occidentaux : Al-Dura and the "Public Secret" of Middle East Journalism, 11 novembre 2007. En français Al-Dura et le secret d’intérêt public du journalisme du Moyen-Orient et l’information qu’on nous donne, traduction de Menahem Macina.

Cet article a été publié le 11 janvier 2012 et le 1er mai 2013 alors que Clément Weill-Raynal, chroniqueur judiciaire sur France 3, a exercé son travail de journaliste en filmant l'indigne "mur des cons" affiché par le  Syndicat de la magistrature. Tout comme il a agi en journaliste dans l'affaire (a)l-Dura. Le 6 mai 2013, une pétition de soutien au journaliste et réclamant que France 3 abandonne ses menaces de sanction à son égard a recueilli plus de 1 630 signatures en quelques heures... Il a été modifié le 12 septembre 2013.

Articles sur ce blog concernant :

jeudi 1 août 2013

La Commission israélienne pour les générations futures

 
Nathalie Kosciusko-Morizet, candidate UMP à la Mairie de Paris, séjourne en Israël où elle s'intéresse aux nouvelles technologies et aux réponses de municipalités israéliennes à des problèmes urbains.
 
En mars 2001, la Knesset  (Parlement israélien) a créé une Commission pour les générations futures  présidée par le juge Shlomo Shoham. Cette institution consultative et propositionnelle unique au monde est dotée de pouvoirs larges afin de préserver l’avenir. La France et le Conseil de l’Europe songent en 2002 à se doter d’un tel organisme.
 
 
C’est en son sein que la Knesset  a placé une institution « ayant une vue d’ensemble des questions législatives pour en évaluer l’éventuel impact négatif sur les besoins et les droits des générations futures et trouver le moyen de contourner le problème ».

A l’origine : une proposition de loi de Joseph Lapid, présentée en octobre 2000, et promulguée en mars 2001.

Israël, « phare des Nations »
Cette Commission pour les générations futures  donne son avis sur les projets et propositions de loi ainsi que les règlements intéressant les générations futures.


Le but : « évaluer l’éventuel impact négatif sur les besoins et les droits des générations futures et trouver le moyen de contourner le problème ».

Cette Commission fait « occasionnellement des recommandations au Parlement et conseille les membres du Parlement sur des questions présentant un intérêt particulier pour les générations futures ».
Les domaines où elle a autorité ? « L’environnement, les ressources naturelles, la science, le développement, l’éducation, la santé, l’économie publique, la démographie, la planification et la construction, la qualité de vie, la technologie et le domaine juridique ».

Et ce champs d’action déjà large peut être augmenté par l’action de la Commission constitutionnelle des lois.

La Commission est dirigée par un Commissaire, « choisi par une commission parlementaire ad hoc et nommé par le président du Parlement ».

Le Commissaire constitue un Conseil public composé de scientifiques et d’intellectuels experts dans plusieurs domaines et dans l’analyse prospective, ainsi que de responsables religieux et de diverses personnalités publiques.

Il est aussi chargé de mener des actions de sensibilisation à la prospective auprès du public.

Premier Commissaire pour les générations futures, le juge Shlomo Shoham  est un expert de la procédure législative au parlement comme conseiller juridique de la Commission constitutionnelle, des lois et de la justice.

Le Commissaire peut demander toute information jugée pertinente à la Knesset et aux institutions ou organes soumis à l’inspection du Contrôleur d’Etat, et est aidé par un Conseil public composé des meilleurs experts.

Il a notamment favorisé des projets de loi sur la sauvegarde de l’environnement, privilégiant la construction de tunnels à celle de routes, préservant la côte méditerranéenne, mieux gérer le problème de l’eau, suggéré une réforme des « mécanismes de planification et construction nationale ».

C’est lors du Sommet Mondial pour le Développement Durable à Johannesburg (26 août-4 septembre 2002) que Shlomo Shoham a rencontré des parlementaires français qui ont été enthousiasmés.

Les 16-17 décembre 2002, M. Shoham et Martti Tiuri, Président de la Commission des générations futures au sein du Parlement de Finlande ont été auditionné par la Commission de l'environnement, de l'agriculture et des questions territoriales de l'Assemblée du Conseil de l’Europe. Il a aussi dialogué avec Nathalie Kosciusko-Morizet député (UMP) de l’Essonne, et le sénateur de l’Orne et membre du Conseil de l’Europe, Daniel Goulet  (UMP). Nathalie Milszpein, suppléante de M. Goulet, précise que cette institution est bienvenue car les politiciens sont souvent sollicités ou intéressés par des objectifs à court terme. Avant d’ajouter que l’on ne peut guère soupçonner M. Goulet de manquer d’objectivité : ce parlementaire est président du groupe sénatorial d’amitié France-Palestine.
 
Un modèle pour l’Europe
Cela suppose une réflexion sur les modalités d’intégrations d’une telle Commission dans le système institutionnel français. Au Conseil de l’Europe, cette institution serait vraisemblablement « transversale », non rattachée à une direction spécifique. Plusieurs voies s’offrent aux Parlementaires, dont la proposition de loi.

C’est tout à l’honneur d’Israël, malgré l’Intifada II, malgré la crise économique, malgré les scandales politiques, d’avoir su concevoir une telle Commission. « Alors imaginez ce qu’Israël pourrait faire sans tous ces graves problèmes qui l’assaillent... », Yitzhak Eldan, ambassadeur de ce pays auprès du Conseil de l’Europe.

Cette institution a été supprimée par l'Etat d'Israël.
 

 
Articles sur ce blog :
Shoah (Holocaust)
Articles in English


Cet article a été publié le 22 février 2013 après l'annonce de la candidature deNathalie Kosciusko-Morizet à la Mairie de Paris.

vendredi 19 juillet 2013

Condamné pour diffamation à payer 11 002 €, Philippe Karsenty s'est pourvu en cassation


Le 26 juin 2013, la Chambre 7 du Pôle 2 de la Cour d’appel de Paris a confirmé le jugement de la XVIIe chambre du tribunal correctionnel de Paris ayant condamné le 19 octobre 2006 Philippe Karsenty, directeur de Media-Ratings et maire-adjoint de Neuilly, pour avoir diffamé France Télévisions et Charles Enderlin, correspondant de France 2 à Jérusalem, en qualifiant, en novembre 2004, notamment d’« imposture médiatique » le reportage controversé sur « la mort de Mohamed al-Dura » diffusé au JT de France 2 le 30 septembre 2000. Philippe Karsenty a formé un pourvoi en cassation contre cet arrêt. En mars 2015, la Cour de cassation a rejeté son pourvoi."L’arrêt tient en une ligne : le pourvoi a été rejeté car il a été déposé trop tard. Selon l’étrange jurisprudence de la Cour de cassation française, j’aurais dû déposer mon pourvoi avant même d’avoir pris connaissance de l’arrêt de la Cour d’appel de Paris qui refusait de me donner accès au contenu de l’arrêt du 26 juin 2013", a déclaré Philippe Karsenty le 8 mars 2016.


La Cour d’appel de Paris va-t-elle rendre son délibéré ou le reporter de nouveau ? Va-t-elle confirmer ou infirmer le jugement de la XVIIe chambre du Tribunal correctionnel de Paris en date du 19 octobre 2006 et condamnant Philippe Karsenty à une amende de 1 000 euros, à verser un euro de dommages intérêts à chaque partie civile, et à la chaîne publique et à son journaliste ensemble 3 000 euros au titre de l’article 475-1 du code de procédure pénale (frais de justice) ? Telles étaient les questions qui taraudent les parties à ce procès et les journalistes venus assister à l’audience devant la Cour en ce 26 juin 2013 ensoleillé.

Philippe Karsenty condamné
Vers 13 h 48, les trois magistrats composant cette Cour d’appel de Paris entrent dans une salle emplie de justiciables et de journalistes.

Président de la Cour, Jacques Laylavoix semble métamorphosé. On peine à le reconnaître. Finis le regard fuyant et la gestuelle dénotant une certaine gêne. Le ton assuré, légèrement pressé, Jacques Laylavoix ouvre des chemises cartonnées correspondant à des affaires. Annonce les parties au procès. Oublie une fois de lire le délibéré de la Cour d'appel. Enchaine sur d’autres dossiers dont il livre l’arrêt de la Cour.

Rapidement, Jacques Laylavoix arrive au dossier Charles Enderlin et France Télévisions contre Philippe Karsenty.

Lentement, observant de brefs silences entre chaque élément de la décision judiciaire, il livre l’arrêt de la Cour qui « confirme le jugement déféré en toutes ses dispositions, déclare irrecevable la demande des parties civiles tendant à voir ordonner la publication d’un communiqué judiciaire », condamne le prévenu à payer à ces dernières 7 000 € au titre de l’article 475-1 du Code de procédure pénale, et rejette toutes les autres demandes.

Outre les deux euros correspondant à l'indemnisation au titre de la diffamation, Philippe Karsenty devra donc verser aux plaignants 10 000 € au titre de leurs frais judiciaires : 3 000 € correspondant à la condamnation du TGI plus 7 000 € ordonnés par la Cour d’appel. Quand on sait la faiblesse des sommes allouées par la justice au titre des frais judiciaires de justiciables lambda - 0 €-1 500 € -, surtout quand ils sont pauvres, qu'ils ont consacré beaucoup de temps à leurs dossiers et que leurs droits ont été gravement bafoués, et compte tenu que la plaidoirie des plaignants devant la Cour d'appel en 2013 était quasi-identique à celle devant la Cour d'appel en 2008, on peut raisonnablement en déduire que la Cour a voulu "assommer" financièrement, punir durement et décourager moralement Philippe Karsenty, ainsi qu'intimider et dissuader tous les impudents qui oseraient affirmer la mise en scène du reportage controversé.

Satisfaite, Me Bénédicte Amblard, avocate de France Télévisions et de Charles Enderlin, s’éloigne pour téléphoner vraisemblablement à ses clients. Elle déclinera ma demande d’un commentaire.

Calme, Philippe Karsenty sort de la salle d’audience. Ignorant la motivation de la Cour faute de copie de l’arrêt de la Cour, il déclare aux journalistes, français (AFP) et étrangers (Jewish News One, al-Jazeera) : « Deux reports de délibéré pour me condamner. La Cour a beaucoup réfléchi. Je sais que la vérité est en marche. Mon objectif n'est pas de continuer le combat sur le terrain judiciaire : après ma relaxe par la Cour d’appel de Paris le 21 mai 2008[4], Le Nouvel Observateur a publié le 4 juin 2008 la pétition Pour Charles Enderlin. Et de nombreuses personnalités ont refusé d’intervenir dans cette affaire en prétextant cette procédure judiciaire… Ce reportage a été bidonné du début jusqu'à la fin. On le sait, tout le monde le sait. Mon seul combat, c'est la vérité », notamment celle véhiculée par les « livres d’histoire ».

Commentaires des parties
Interviewé le soir-même sur Radio Shalom, une des quatre radios de la fréquence Juive francilienne, par Bernard Abouaf, directeur de l’information de cette station, Philippe Karsenty a explicité sa position : « La procédure judiciaire était un outil pour contraindre France 2 à présenter ses preuves. France 2 n’en a pas. La vérité est en marche. Elle a fait une pause-étape avec cet arrêt de la Cour me condamnant. Rien ne pourra l’arrêter. Nous continuerons le combat. La logique voudrait que je ne me pourvois pas en cassation, mais ma logique à moi, non ».

Quelques jours plus tard, après avoir pris connaissance de l’arrêt de la Cour d’appel, Philippe Karsenty s’est pourvu en cassation. Selon divers avocats, les moyens à l’appui de son pourvoi sont sérieux.

Et Philippe Karsenty d’ajouter sur Radio Shalom : « Je suis déçu, inquiet pour la démocratie française. C’est un jour sombre pour l’affaire al-Dura, pour la démocratie et pour la liberté d’expression… Rien ne peut contraindre [France Télévisions et Charles Enderlin] à reconnaître la vérité par la justice. Tous les corps intermédiaires – les échelons politique, médiatique, judiciaire - couvrent ce mensonge. Si le Président de la République est sincère dans sa volonté de lutter contre l’antisémitisme et contre l’islamisme radical, il faut révéler la vérité ».

Favorable à « une commission d’enquête honnête et transparente, à l’examen des cicatrices sur le corps de Jamal al-Dura à l’hôpital Percy où a été hospitalisé Arafat », Philippe Karsenty a estimé non probante la proposition de Jamal al-Dura visant l’« exhumation d’un enfant » enterré dans la bande de Gaza..

Sur RCJ, radio francilienne du FSJU (Fonds social juif unifié), il a affirmé songer à quitter la France pour poursuivre ailleurs son combat.

Dans un communiqué du 26 juin 2013, « Charles Enderlin et France Télévisions se félicitent de cette décision qui après des années de procès vient sanctionner une atteinte grave à l'honneur d'un journaliste ». Une atteinte indemnisée, certes par une amende de 1 000 euros, mais par un seul euro de dommages et intérêts à chaque partie civile ! Et ces parties civiles d’ajouter : « Par-delà la reconnaissance apportée à un journaliste et à une entreprise, c'est aussi celle de tous ceux qui font le métier d'informer avec professionnalisme ». Or, l’arrêt de la Cour ne dit rien de tout cela. Ce que prédisait dès le 28 mai 2013, le groupe télévisuel public rappelant que le futur arrêt « ne portera pas sur la véracité des accusations… mais uniquement sur la question de [la] bonne foi [de Philippe Karsenty] au jour où il a prononcé ces propos ».

Selon Charles Enderlin, « la cour d'appel (...) a contredit l'intégralité [des] affirmations [de M. Karsenty]. Contrairement à ce qu'il déclare, sa vérité n'a pas été établie. En outre, il n'a pas été considéré de bonne foi ». Mais, comment Charles Enderlin pouvait-il affirmer tout cela le 26 juin 2013, alors que l’arrêt n’avait pas été rendu public et portait uniquement sur la question juridique de la diffamation ? Quelle est cette justice française qui reporte son délibéré à deux reprises, met cinq mois à livrer oralement sa décision, mais ne communique pas son arrêt à la partie condamnée et occulte ainsi sa motivation ? Philippe Karsenty a évoqué le contenu de cet arrêt le… 5 juillet 2013.

Le 28 juin 2013, Charles Enderlin a publié sur son blog Les tenants de la théorie... [du complot]. Il répondait à Luc Rosenzweig, auteur de l’article Trop de droit peut-il tuer le droit ? dans lequel il fait remonter les cicatrices de Jamal al-Dura non à l’incident du 30 septembre 2000, mais à une « rixe à Gaza en 1992 ». Charles Enderlin s'est lancé dans une « démonstration » non convaincante malgré ses citations de médecins et de certificats médicaux jordaniens : au printemps 2011, j’ai relevé les contradictions et incohérences relatives à ces cicatrices et textes médicaux présentés devant le TGI de Paris. Reductio ad Hitlerum ? Charles Enderlin a évoqué l’interdiction d’entrée en Grande-Bretagne de Pamela Geller, « l’activiste anti-islamique » et « « un des grands soutiens de Philippe Karsenty », par la Grande-Bretagne. Cette interdiction est choquante. D’autant que ce pays démocratique accepte l’entrée de son territoire à des extrémistes : Aleida Guevara, le saoudien antisémite Muhammad al-Arifi, etc.

Le 2 juillet 2013, Charles Enderlin a affirmé à TV Magazine : « Entre le fantasme et la réalité, seule la réalité compte ». Où est la réalité dans ce reportage qui suscite tant de questionnements, et a fait l'objet de déclarations contradictoires du cameraman palestinien de France 2, Talal Abu Rahma ? La version la plus récente de celui-ci différant de celles de Charles Enderlin et d'Arlette Chabot, alors directrice de l'information de France 2.

Attentisme
La condamnation de Philippe Karsenty a reçu un large écho à l’international et en France.

La couverture par les médias Juifs français  ? Radio J a interviewé Stéphane Juffa, rédacteur en chef de la Métula News Agency (Ména), qui a mené l’enquête après Nahum Shahaf les menant tous deux à la conclusion de la mise en scène des faits allégués par ce reportage. Dans sa tribune radiophonique du 27 juin 2013 sur Judaïques FM, Me Théo Klein, ancien président du CRIF, a évoqué cette affaire, en commettant des erreurs factuelles, et sans prononcer les noms de Philippe Karsenty et de Charles Enderlin. A noter l’incompréhension grave initiale d’Actualité juive, hebdomadaire incontournable de la communauté Juive française, sur la décision de la Cour. On ne peut que regretter qu’Ilana Cicurel n’ait pas interrogé sur RCJ Olivier Schrameck, président du CSA (Conseil supérieur de l'audiovisuel) sur l’affaire al-Dura. Ce Conseil est pourtant chargé d’« assurer le respect des obligations des chaines" notamment dans le domaine de l'"honnêteté de l'information », et a refusé d'intervenir dans cette affaire ainsi que dans l'affaire liée au refus jusqu'en juin 2011 de France Télévisions d'inclure Guilad Shalit dans son décompte des otages français dans le monde. Deux refus du CSA qui contrastent avec ses interventions sévères et rapides lorsque le journaliste Eric Zemmour, en juin 2010, a évoqué la part des "Noirs et des Arabes" dans le nombre de trafiquants ou lorsque le journaliste Christophe Hondelatte s'est interrogé le 17 février 2013, sur la chaine Numéro 203 : L'islam est-il soluble dans la république ?

Curieusement, alors que les sites Internet en français et en anglais d'I24News, nouvelle chaine israélienne d'informations, ont publié le 17 juillet 2013 l'article d'Adi Schwartz Finissons-en avec le syndrome al-Dura, le site en arabe de cette chaine ne l'a pas mis en ligne. Pourtant, Frank Melloul, PDG d'I24News, a écrit le 18 juillet 2013 :
"La mission d’i24news est de couvrir l’actualité internationale avec un nouveau regard celui de la société israélienne dans toutes ses composantes... En anglais, en français et en arabe, i24news a vocation à faire entendre une autre voix qui émane du Moyen-Orient avec pour fil conducteur : indépendance, ouverture sur le monde et proximité. Dans une unique newsroom, près de 150 journalistes de nationalités et de confessions différentes produisent ensemble le même contenu”.  
Alors que la série arabe antisémite Khaybar est diffusée par les chaines arabes lors de ce Ramadan 2013, alors que le public arabophone est un cœur de cible essentiel d'I24News, on ne comprend  pas l'absence de traduction en arabe de cet article d'Adi Schwartz soulignant le rôle du reportage controversé dans la propagande anti-israélienne. Sujet tabou pour les Arabophones ? Absence ou insuffisance de contrôle de la direction de la chaine sur son site en arabe ? Erreur de casting dans le choix du responsable de ce site dont le nom n'est pas indiqué par I24News ? Taqiya de celui-ci ?

Le 28 juillet 2013, Frank Melloul m'a indiqué que cet article avait été publié en arabe sur i24News. Effectivement, cet article a été mis en ligne le 27 juillet 2013. Mieux vaut tard que jamais. J'ai demandé à Frank Melloul les "raisons de ce retard ? Si je n'avais pas relevé cet "oubli", cet article aurait-il été traduit ? Pourquoi certains articles sont-ils immédiatement traduits en arabe, et d'autres non ?" Je lui ai aussi signalé d'autres articles non traduits en arabe : "La libération des terroristes, un sujet à haut risque", un des deux articles d'Emmanuel Navon, etc." Et j'ai conclus : "Ce qui est gênant, c'est que les articles non "politiquement corrects" ne sont généralement pas traduits en arabe, et que c'est moi, et non quelqu'un de la rédaction qui le relève. Pourquoi ?"

Le CRIF (Conseil représentatif des institutions juives de France) n’a pas réagi à cet arrêt par un communiqué. Le 26 juin 2013, il a publié sur son site Internet Affaire Al-Dura : le temps de la vérité. France Télévisions doit enfin réagir avec responsabilité, de Richard Prasquier, président d’honneur de cette institution. Celui-ci concluait :
« Compte tenu de son impact mondial et persistant, le dossier Al-Dura doit être rouvert et traité de façon transparente. Si France 2 ne s’y résignait pas, ce serait alors à l’échelon politique, à l’Etat français, de prendre ses responsabilités : on ne peut affirmer vouloir lutter contre l’antisémitisme en France et contre l’islam radical dans le monde si on ne l’attaque pas à la racine, la propagande de haine nourrie par des images meurtrières, probablement mensongères ».
 Le n°1261 (4 juillet 2013) d'Actualité Juive a publié un article sur la rencontre peu avant l'assemblée générale du CRIF du 30 juin 2013, de Roger Cukierman, élu le 26 mai 2013 président de cette organisation française Juive, avec la presse juive. Auteur de cet article, Pierre Assouline ne mentionne pas l'affaire al-Dura. Pourquoi ? Roger Cukierman aurait éludé ce sujet ? Ou aucun représentant de la presse juive ne l'aurait questionné sur cette affaire ? Le communiqué du 28 juillet 2013 sur la rencontre entre Roger Cukierman et le Président de la République François Hollande, n’évoque pas cette affaire. Or, dans son autobiographie Ni fiers ni dominateurs (2008), Roger Cukierman a écrit :
« A propos de France 2, je m’en veux aujourd’hui de ne pas être intervenu plus activement dans l’affaire du petit Mohamed… J’aurais du persister car les conséquences de cette affaire ont été lourdes… Cette affaire n’est pas terminée. Vu la gravité des accusations portées contre le journaliste Charles Enderlin, il importe que toute la vérité soit établie ».
Quant à l’American Jewish Committe-France, il est resté silencieux sur cette affaire. Comme d'habitude...

Par contre, la condamnation de Philippe Karsenty a été saluée par le Hamas, le site Altermonde-sans-frontiere et Ouri Wesoly du belge CCLJ (Centre communautaire laïc Juif). Celui-ci a écrit le 28 juin 2013 : « Le jugement est lapidaire : oui, Philippe Karsenty a diffamé Charles Enderlin en prétendant que son reportage de septembre 2000 était une « supercherie ». Et non, Karsenty n’a pas « agi de bonne foi ». Moyennant quoi, il est condamné à 7.000 € de dommages-intérêts. Tel est le verdict qu’a rendu ce 26 juin, la Cour d’appel de Paris et qui clôture le procès en diffamation ». Qu’en sait Ouri Wesoly ? Comment peut-il, deux jours après le délibéré, citer entre guillemets un arrêt non communiqué à Philippe Karsenty, pourtant partie au procès ?

A ceux qui allèguent qu’une procédure judiciaire empêche toute intervention politique dans une affaire, l’affaire Cahuzac apporte un démenti cinglant : ancien ministre socialiste du Budget et ancien député, détenteur d’un compte bancaire non déclaré notamment en Suisse, Jérôme Cahuzac a été et sera auditionné par la commission d'enquête de l’Assemblée nationale sur la gestion par le gouvernement Ayrault de l'affaire Cahuzac, et parallèlement, il est entendu par les juges Roger Le Loire et Renaud Van Ruymbeke qui mènent « les investigations dans le cadre de l'information judiciaire ouverte par le parquet de Paris dans le dossier de Jérôme Cahuzac, notamment pour blanchiment de fraude fiscale ». Dans l’affaire al-Dura, la procédure judiciaire vise la diffamation, et une commission d’enquête concernerait l’authenticité des faits allégués par le reportage de France 2.

Au soir de ce 26 juin 2013, quelques heures après le prononcé de la condamnation de Philippe Karsenty, lors du « débat » à l’Ecole des Beaux-arts de Paris sur la liberté de création suscité par la polémique autour de l'exposition d'Ahlam Shibli au Jeu de Paume, Marie-José Mondzain, philosophe et spécialiste de l’art et des images, a nié que les images tuent. Pourtant, n’est-ce pas pour « venger les enfants palestiniens » que Mohamed Merah a assassiné quatre Juifs franco-israéliens à Toulouse le 19 mars 2012 ? N’est-ce pas l’image des « al-Dura » qui figure sur la vidéo de l’égorgement du journaliste américain Juif Daniel Pearl ?

Extraits de la tribune de Affaire Al-Dura : le temps de la vérité. France Télévisions doit enfin réagir avec responsabilité de Richard Prasquier publiée par Causeur

 « Il y a une affaire Al-Dura, controverse sur l’authenticité des images présentées le 30 septembre 2000. Il y a un silence Al-Dura, une sorte d’omerta condamnant à l’ostracisme médiatique ceux qui pensaient mal et mettaient en doute la version officielle de France 2, tout en les attaquant ad hominem et les qualifiant de conspirationnistes extrémistes ultra sionistes. En France, le débat est ainsi verrouillé. Mais dans la presse américaine, le terme de « hoax » (montage) est communément utilisé. Il y a aussi une mythologie Al-Dura, génératrice de haine. Plusieurs contre-enquêtes ont déjà été effectuées. D’autres sont encore possibles grâce aux images détenues, aux experts mobilisables en balistique, chirurgie de guerre et analyse des images. Que ces enquêtes techniques soient neutres et internationales pour leur donner plus de poids. Compte tenu de son impact mondial et persistant, le dossier Al-Dura doit être rouvert et traité de façon transparente. Si France 2 ne s’y résignait pas, ce serait alors à l’échelon politique, à l’Etat français, de prendre ses responsabilités : on ne peut affirmer vouloir lutter contre l’antisémitisme en France et contre l’islam radical dans le monde si on ne l’attaque pas à la racine, la propagande de haine nourrie par des images meurtrières, probablement mensongères ».


Extraits de la tribune de Me Théo Klein, ancien président du CRIF, le 27 juin 2013 sur Judaïques FM

Le 27 juin 2013, sur Judaïques FM, radio de la fréquence juive francilienne, Me Théo Klein, ancien président du CRIF, a évoqué, sans prononcer le nom de Philippe Karsenty, « une affaire qui date… du premier soir de la deuxième Intifada ; il y a eu dans la bande de Gaza des confrontations… Quelques années après… il y a eu une contestation… qui met en cause un journaliste de la radio... dans des conditions qui sont parfaitement stupides à mes yeux parce que personne, et notamment pas les personnes qui le contestent, n’a pu à cette époque-là contrôler mieux qu’il ne pouvait le faire lui-même les évènements qui se sont spontanément dérouler sans qu’il y ait eu auparavant quoi que ce soit qui pouvait les annoncer ou même les faire comprendre. Il y a comme cela dans la vie de notre société… des évènements… qui prennent des tournures inattendues, et qui sont nourris par une certaine mauvaise volonté, ou peut-être pour eux une bonne volonté de faire apparaître une vérité qui leur échappe et qui nous échappera d’ailleurs forcément puisque nous n’avons pas les éléments pour la reconstituer... Il faut dans la vie parfois faire confiance à ceux qui exercent une tache difficile… généralement dans une improvisation nécessaire puisqu’ils sont appelés à parler des évènements au moment même où ils se provoquent, et donc peuvent éventuellement, et je ne crois pas que cela ait été le cas en l’occurrence, mais cela peut être le cas pour n’importe quel journaliste… provoquer une réflexion qui historiquement pourrait paraitre ne pas avoir été totalement exacte. Mais qui peut critiquer celui qui confronté à l’évènement réagit à cet évènement au moment où il se produit ? Il est plus facile quelques années plus tard, lorsque l’histoire a été écrite, qu’elle a été vérifiée, qu’elle a été authentifiée. On peut évidemment toujours critiquer celui qui sur le champ a réagi, a pensé que l’évènement avait un certain retentissement, et a pu éventuellement de très bonne foi se tromper. Je regrette qu’il y ait dans cette communauté juive, en France en particulier, des personnalités… qui ne sont justement pas de bonnes personnalités, qui essaient de nourrir leurs propos et de nourrir leur propagande en vue d’élections, qu’ils gagnent ou qu’ils ne gagnent pas, et qui de ce fait, maltraitent d’autres personnes, leur cause des difficultés, des désagréments qui sont à la fois inutiles, stupides et malsains ».


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Publié le 19 juillet 2013, cet article a été modifié le 28 juillet 2013.