Citations

« Le goût de la vérité n’empêche pas la prise de parti. » (Albert Camus)
« La lucidité est la blessure la plus rapprochée du Soleil. » (René Char).
« Il faut commencer par le commencement, et le commencement de tout est le courage. » (Vladimir Jankélévitch)
« Notre métier n’est pas de faire plaisir, non plus de faire du tort. Il est de porter la plume dans la plaie. » (Albert Londres)
« Le plus difficile n'est pas de dire ce que l'on voit, mais d'accepter de voir ce que l'on voit. » (Charles Péguy)

lundi 20 avril 2026

Interview de Bat Ye'or

L’essayiste Bat Ye’or a été pionnière dans l’étude de la dhimmitude et d’Eurabia, thèmes de ses livres documentés. Sa fresque romanesque « Bien-aimés les souffrants… » publiée aux éditions Les Provinciales - « Le dernier khamsin des Juifs d’Égypte », « Moïse. Al-Kahira, 1818-1882 », « Élie. Al-Kahira, 1914-1948 », « Ghazal. Al-Kahira 1970  » - décrit l’évolution de juifs égyptiens de la dhimmitude vers l’émancipation. Dans cette nouvelle interview, Bat Ye’or livre ses réflexions sur les élections municipales françaises (15 et 22 mars 2026) caractérisées par un communautarisme  identitaire discriminant, le règlement du 26 mars 2026 de l’Union européenne (UE) durcissant une procédure de retour des immigrés illégaux, les diplomaties française et européenne face à la guerre américano-israélienne contre le régime des mollahs iraniens, la résolution onusienne du 25 mars 2026 qualifiant la traite des esclaves africains de « crime contre l’humanité le plus grave »… Elle sera l’une des oratrices du colloque du BNVCA (Bureau national de vigilance contre l’antisémitisme) du 26 avril 2026, de 14 h à 18 h30, à la Mairie du IXe arrondissement de Paris : « La philosophie et la politique de l'Union européenne sont-elles compatibles avec la présence des juifs en Europe ? ». Réservation obligatoire. Une rare opportunité d’entendre cette intellectuelle exceptionnelle de lucidité et d’érudition.

Some excerpts of my interview have been translated in English by Jewishrefugees.blogspot.com
Des extraits de mon interview ont été traduits en anglais par le blog Jewishrefugees
Interview de Bat Ye'or sur la dhimmitude
Interview de Bat Ye’or sur Eurabia (1/2)
Interview de Bat Ye’or sur Eurabia (2/2)
Interview de Bat Ye'or sur Geert Wilders et l'OCI
Interview of Bat Ye'or about the OIC, Eurabia, Geert Wilders' Fight, President Obama's diplomacy
Interview de Bat Ye'or sur Eurabia, l'OCI et l'Alliance des civilisations
Interview de Bat Ye'or sur son livre « L’Europe et le spectre du califat »
« L’Europe et le spectre du califat » de Bat Ye’or
Le directeur du CAPE a interdit une conférence de presse de Bat Ye'or
Interview de Bat Ye'or sur le califat et l'Etat islamique/ISIS
Interview de Bat Ye’or sur les « migrants », l’Union européenne et Eurabia

A l’annonce des résultats des élections municipales, dans certaines villes gagnées par des candidats LFI (La France insoumise), d’union de la gauche ou sans étiquette, des maires sortants ont été hués, invectivés ou humiliés. 
Le 1er janvier 2025, les villes de Saint-Denis et de Pierrefitte-sur-Seine se sont regroupées pour créer une commune nouvelle dénommée Saint-Denis (Seine-Saint-Denis). À Saint-Denis, le 15 mars 2026, le taux abstention s’élevait  à 57,16% sur 63 901 inscrits, donc le pourcentage de votants à 42,84% soit 27 377 votants. Le nombre de suffrages exprimés était de 26 600 (41,63% des inscrits). Bally Bagayoko (Ensemble, retrouvons l'Espoir, LFI) a recueilli 50,77% des suffrages exprimés et 21,14% des inscrits, soit 13 506 voix. Dans une salle de la mairie, des dizaines de militants soutenant Bally Bagayoko ont entonné « Siamo tutti antifascisti! » (Nous sommes tous antifascistes !), puis « Nous sommes tous des enfants de Gaza ! » Le 21 mars 2026, le premier conseil municipal a été houleux : le discours du maire sortant Mathieu Hanotin (Parti socialiste, Réussir ensemble) a été entrecoupé  de sifflets et de huées de dizaines de Dionysiens favorables à LFI. Bally Bagayoko a annoncé : « Nous allons rentrer dans un processus de désarmement » des policiers municipaux, et les fonctionnaires opposés à son projet devront partir. Il a évoqué  « l’allégeance » due au vainqueur : « Il ne sera pas possible de pouvoir rester, par exemple, dans un service de tranquillité publique en ayant l’ambition de porter une option politique qui a été battue dans les urnes. » Sur CNews, il avait affirmé que « les fonctionnaires sont avant tout des gens qui répondent à une commande politique ». Le gouvernement lui a rappelé  : « Écarter un agent pour des motifs politiques » est illégal.
A Aubervilliers (Seine-Saint-Denis), Sofienne Karroumi, soutenu notamment par le Parti socialiste et Place publique, a battu Karine Franclet (UDI) avec 68,63 % des voix, mettant fin à une parenthèse durant laquelle la ville n’était pas dirigée par la gauche. Durant la campagne de 2014, qu’il menait avec le Parti communiste, il avait envoyé  par SMS un « avis à tous les musulmans », appelant à « dresser un barrage anti-Parti socialiste » en raison de son soutien au « mariage gay ». Et d’ajouter : « Musulmans = anti-PS au niveau local et national. » Des propos qu’il avait ensuite minimisés, assumant une « erreur de jeunesse ». Pas rancunier, Olivier Faure lui a apporté son soutien sans sourciller dès le premier tour. Sofienne Karroumi « entretient également de nombreux liens avec l’association des musulmans d’Aubervilliers (AMA). Fondée en 2001, elle a longtemps été un relais privilégié pour le maire communiste de l’époque, Pascal Beaudet. L’organisation est régulièrement pointée du doigt pour essayer de faire passer des thématiques islamiques dans l’agenda des politiques publiques. « Lors de la prière marquant la fin du ramadan, son président et l’imam de la mosquée ont appelé à voter pour Sofienne Karroumi », affirme un proche de la maire sortante. Dimanche soir, c’est lorsque cette dernière a voulu prendre la parole que la soirée a dégénéré. Peu avant minuit, impossible de sortir de la mairie et d’accéder au pupitre. La cohue provoquée par les nombreux militants, arrivés quelques minutes plus tôt, tourne rapidement à la bagarre. « J’ai dû appeler le préfet pour le prévenir que je ne pouvais pas proclamer les résultats comme la coutume républicaine le demande », souligne-t-elle auprès du JDNews. Les forces de l’ordre parviennent finalement à former un cordon de sécurité afin de permettre à Karine Franclet de faire son devoir. Dans ce tumulte, ses paroles se perdent dans les huées et les insultes. Quelques instants plus tard, la situation se répète : impossible pour l’édile sortante de rentrer à son domicile. Plusieurs dizaines d’individus l’attendent devant une autre sortie de l’hôtel de ville, tout en l’insultant copieusement. Sur place, les appels de Sofienne Karroumi « au calme » et « à la responsabilité » peinent à apaiser la tension. L’ancien adjoint communiste, qui avait quitté la majorité en 2017 lorsque le maire avait refusé l’édification de bâtiments préfabriqués sur le chantier de la grande mosquée, en profite pour remercier les habitants de l’avoir porté à l’hôtel de ville. « C’est aujourd’hui la victoire des enfants d’Aubervilliers », clame-t-il. Avant de promettre de ne « pas trahir » leur confiance… Même après l’alliance des trois listes de gauche, beaucoup prédisent des tensions. » 
Au Blanc-Mesnil (Seine-Saint-Denis), le sénateur Thierry Meignen, candidat (LR) a annoncé les résultats du second tour et la victoire de Demba Traoré (DVG) – 500 voix d’écart. Il « affirme  avoir constaté des irrégularités durant le vote et annonce son intention de déposer un recours. Il sort alors de la salle, entouré de policiers municipaux, sous les huées de ses adversaires qui n’ont visiblement pas apprécié ces accusations. « Dehors ! », scandent-ils. » Dans les colonnes du Figaro, Thierry Meignen déplore , « désabusé, avoir « perdu 12 ans de ma vie pour des gens qui ne respectent rien ».
A Mantes-la-Jolie (Yvelines), le maire sortant Raphaël Cognet (Horizons), « insulté et hué par des partisans du candidat victorieux Adama Gaye », a du être escorté  par la police. 
A Creil (Oise), « ville du foulard » connue pour « sa délinquance » et « son grand banditisme », la maire sortante socialiste battue aux municipales, Sophie Dhoury-Lehner, a été victime d’insultes durant la campagne. Le 26 mars 2026, elle a expliqué au Parisien que ces propos ont été proférés par un groupe « d’individus qui soutenaient la liste LFI ». Le 27 mars 2026, sur Europe 1, elle s’est indignée  : « On m’a traitée de mécréante, laissant entendre que je n’étais pas musulmane. Le fait d’être une femme aussi m’a été reproché… Ce genre de propos n’a pas sa place dans la République ». Et de dénoncer un « vote communautariste », « peut-être anti-femmes » et « peut-être encouragé par certains imams ou lieux cultuels ». « Quelques élus qui sont sortis par la grille ont effectivement été insultés. Paradoxalement, ce sont aussi ceux qui étaient le plus régulièrement au contact des habitants et dont les échanges semblaient francs, avec des valeurs profondément ancrées à gauche ». L’ancien maire de Creil, Jean-Claude Villemain a évoqué une « volonté d’humilier les candidats » de la liste conduite par Sophie Dhoury Lehner. Le nouveau maire LFI, Omar Yaqoob, a réfuté ces accusations et dénoncé des propos « insupportables » et « irresponsables ». « Nous sommes restés en extérieur le soir de l’élection. De toute façon, la mairie était fermée. C’est aussi pour cela que nous avons tenu nos conférences de presse en extérieur. Dès que nous avons eu connaissance de cet attroupement à la grille, nous sommes intervenus pour faire stopper cela », a expliqué Amadou Ka, numéro 3 de la liste insoumise. « Omar Yaqoob, le nouveau maire LFI de Creil, a prolongé  le retentissement de cette élection par une vidéo virale dans laquelle il remercie, en ourdou, la communauté dont il est originaire : « Aujourd'hui nous avons gagné, pas seulement moi, mais avec tous les Pakistanais. C'est grâce à eux que nous pouvons gagner. Alhamdulillah. » Surréaliste. Sa victoire a même été saluée en grande pompe à la télévision pakistanaise ».
A Vaulx-en-Velin (Rhône), la maire socialiste sortante en poste depuis 12 ans,, physicienne d’origine guadeloupéenne, anti-NUPES en 2022, Hélène Geoffroy, battue de seulement 104 voix, a été huée  et insultée lors de la proclamation des résultats par des militants partisans du candidat insoumis élu, Abdelkader Lahmar.
À Roubaix (Nord), le maire sortant Alexandre Garcin (divers-droite), battu, a été hué lorsqu'il a annoncé les résultats complets.
Député Renaissance, Guillaume Kasbarian a commenté ces réactions : « C'est le signe d'une violence dans la société. C'est aussi le signe d'une fracture territoriale forte ».
De plus, dans le XIXe arrondissement de Paris, le conseiller municipal socialiste Mahor Chiche a figuré en dernière position dans la liste des candidats. Il a écrit : « Officiellement à cause d’accords avec les partenaires, mais officieusement on me reproche  mon engagement contre l’antisémitisme et pour les Otages du 7 OCTOBRE ». Il a décidé de ne pas se présenter à cette élection. 
Le maire socialiste de Sarcelles Patrick Haddad n’a pas été réélu. Soutenu par LFI et EELV, Bassi Konaté a été élu maire de la ville qui comptait une communauté juive plus importante. 
Comment expliquez-vous ces réactions  inédites , parfois filmées et aux vidéos diffusées sur les réseaux sociaux ? 

Cette situation politique chaotique que vous décrivez se manifeste dans tous les pays européens à divers degrés. Elle révèle l’intrusion de la dhimmitude dans l’espace européen. C’est-à-dire un ordre théologique, social et juridique contraire aux normes occidentales et visant à les supplanter. Cette confrontation génère une période conflictuelle de basculement de l’ordre ancien remplacé par le nouveau. 
Permettez-moi ici de préciser mon propos. La dhimmitude, dont j’ai créé le champ, ne se limite pas à l’énumération des nombreuses déchéances légales attachées à la condition juridique de l’ensemble des indigènes des territoires islamisés par le jihad et gouvernés par la charia. Comme je l’ai démontré dans mon livre préfacé par Jacques Ellul Les Chrétientés d’Orient entre Jihad et Dhimmitude (Ed. Le Cerf, 1991), la dhimmitude embrasse surtout la compilation et l’étude des divers éléments qui, au cours de quelques siècles, transformèrent des États chrétiens fondés sur des bases structurelles judéo-chrétiennes en États musulmans. C’est un processus dynamique qui demeure actif aussi longtemps que l’est la doctrine du jihad. Il s’articule et s’adapte aux diverses conjonctures historiques, progressant grâce aux nombreuses collusions et collaborations chrétiennes issues de rivalités dynastiques et politiques. 

Je précise, par ailleurs, que mon travail dans ce domaine s’est uniquement limité à l’étude du statut des juifs et des chrétiens parce qu’ils étaient les seuls à avoir le même statut, tandis que ceux des autres populations indigènes - zoroastriens, sabéens, bouddhistes, hindouistes, etc. - étaient précaires et différenciés, et exigeaient une base de connaissances que je n’avais pas. Ayant été contactée par des bouddhistes et des hindouistes qui me disaient retrouver des éléments de leur histoire dans mes livres, je les ai mis en contact avec le Dr. Andrew G. Bostom en lui demandant d’examiner les modalités de la dhimmitude en Asie. Autrement dit, il existe d’autres statuts du même ordre, et celui des juifs et des chrétiens n’est pas unique.

Il n’y a pas d’arrêt de l’Histoire. Elle s’écoule sans fin, les décisions et leurs conséquences s’enchaînant. Les faits actuels que vous mentionnez résultent des décisions prises en amont par la Communauté économique européenne (CEE) dès les années 1970 et 1980. Démultipliés à l’échelle des pays membres de l’Union européenne (UE), ils reproduisent les processus de la dhimmitude ajustés aux décalages de notre époque. Ces événements expriment les tensions des périodes conflictuelles de transition causées par des concepts politiques, culturels et civilisationnels contradictoires, comme la place des femmes dans la société et leurs droits, la gouvernance politique, la hiérarchisation des religions et la primauté de leurs principes religieux. Incidemment, on retrouve au long des siècles, des descriptions de ces périodes conflictuelles par ceux qui les vécurent. Les comportements que vous citez sont familiers à tous ceux qui, comme moi-même, sont originaires de pays musulmans, et connaissent leurs mœurs. Conformément aux vœux politiques de l’UE qui a imposé une immigration « portes ouvertes », les populations immigrées de ces pays constituent désormais des forces considérables en Europe où un grand nombre d’entre elles s’efforcent d’y implanter leur culture politique liée à des valeurs religieuses, aidées en cela par les ambitions de factions internes des pays d’accueil. 

Ce contexte d’une Europe en mutations explique l’opinion désabusée du Président américain Donald Trump qui ne trouve plus de langage ni de valeurs communes avec le Vieux continent. Opinion partagée par un grand nombre d’Européens mécontents des transformations de leur pays. Ceci est d’autant plus vrai quand certaines télévisions, en France et ailleurs, tournent ce Président en ridicule ou ricanent en se réjouissant des défaites qu’elles escomptent avidement des États Unis et d’Israël contre le jihadisme iranien, exhibant ainsi leur grave méconnaissance des enjeux de cette guerre, notamment sur le long terme.

Le concept de « grand remplacement » a été forgé par l’écrivain Renaud Camus pour désigner le remplacement, avec la complicité des « élites », de la population française dite « de souche » ou « native au carré » (Michèle Tribalat) par des populations extra-européennes, généralement arabes ou/et musulmanes, via l’immigration ou la natalité. Renaud Camus a été qualifié de « complotiste », d’extrême-droite. 
Le 9 juin 2024, au soir des résultats des élections européennes, après l’annonce de la dissolution de l’Assemblée nationale par le Président de la République Emmanuel Macron, Jean-Luc Mélenchon, chef de LFI, avait défini : « Notre France, c’est une France créolisée , mélangée. Une nouvelle France constituée de tous ceux qui veulent vivre ensemble ».
Le 22 janvier 2026, lors d’un meeting à Toulouse, Jean-Luc Mélenchon a loué « la nouvelle France, celle du grand remplacement, celle de la génération qui remplace l’autre depuis la nuit des temps ». Sans susciter l’indignation dans son camp, ou chez des journalistes de gauche. 
Le 18 mars 2026, Jean-Luc Mélenchon a dit lors d’un meeting : « Il a bien fallu un jour qu’un ou une se mette debout sur ses pattes, à l’autre bout du continent africain, pour qu’à la fin, ici, vous soyez en train de faire les malins, tout blanc tout moche que vous êtes ». De rares politiciens se sont indignés de ce mépris anti-Blanc.
Comment expliquez-vous cette reprise par le leader d’un parti d’extrême-gauche de ce concept de « grand remplacement » et l’accueil favorable dans la gauche qui a accueilli ces propos ? 

Il y a deux éléments dans la remarque de Renaud Camus : celle du remplacement de population et celle de la complicité des élites. Celle du remplacement de population est une évidence que personne ne peut nier. Celle de la complicité des élites est démontrée par des piles de documents émanant des divers organes de l’UE et de l’Organisation de la Coopération Islamique (OCI), documents que j’ai publiés en donnant leurs sources dans mes livres. Le dernier document est le Pacte de Marrakech (2018) qui ordonne le maintien de l’immigration. Les mesures punitives de l’UE contre Viktor Orbán, ancien Premier ministre (2010-2026) de Hongrie, qui refusait cette politique au nom des intérêts nationaux, ont largement contribué à sa récente défaite aux élections législatives hongroises. 
C’est aussi une défaite de la liberté. Peu de gens savent que la Hongrie fut annexée par le jihad à l’Empire ottoman, et vécu pendant deux siècles (1526-1699) sous les lois de la dhimmitude avec un nombre considérable de sa population réduite en esclavage. Le refus de Viktor Orbán s’intègre à l’expérience historique de son peuple. 

Quant à la complicité, ou plutôt l’enthousiasme des élites, on doit noter que l’organisation de cette immigration s’accompagna de nombreuses mesures dans tous les domaines sociétaux, culturels, éducatifs, professionnels qui dénotent une implication des États au plus haut niveau ― des ministres, des maires, des députés, des financiers ― pouvant seuls les gérer. Cette planification et sa réalisation, confiée à la Commission européenne chargée de surveiller son implantation, s’appliqua à tous les pays membres de l’Union européenne. On ne comprend pas les dénis outragés de l’Union européenne d’une politique qu’elle déclara prioritaire et qu’elle appliqua officiellement depuis une quarantaine d’années. Aucune conspiration et rien de secret comme le démontrent d’innombrables textes accessibles à tous.

Les propos de Renaud Camus furent attaqués parce qu’ils exprimaient son hostilité à cette politique, alors que Jean-Luc Mélenchon est applaudi parce qu’il loue et vante le grand remplacement. 

Le 4 avril 2026, lors d’une manifestation à Saint-Denis contre le racisme et les discriminations à l'appel du nouveau maire de la ville, Bally Bagayoko, SOS Racisme et le Parti socialiste (PS) ont été hués. Des manifestants ont crié  « Nous sommes la France ! » Une élue a fustigé un « racisme d’État ». Sans réaction du Président Emmanuel Macron et du gouvernement.
Le 4 avril 226, Sébastien Delogu, député LFI des Bouches-du-Rhône, a posté sur X une photo le montrant, parmi des personnes représentant la « diversité », embrasser la main d’une musulmane portant le voile islamique – ces deux élus portent l’écharpe tricolore -. Et il l’a commentée  : « Ma nouvelle France ». Des Internautes ont critiqué  le député, ou l’ont menacé - « Inchallah, tu t’étouffes avec ton écharpe  », « Normalement un westaf [personne originaire de l’Afrique de l’Ouest, NDLR] va le piétiner » -, voire ont évoqué un « blasphème envers l’islam ».
Les conducteurs français se plaignent de la hausse du prix de l’essence et du fuel, voire de sa rareté dans certaines stations Total, ce qui pénalise leur pouvoir d’achat. Par contraste, des élus et des électeurs avancent des revendications politiques, des slogans faux, voire se retournent contre ceux qui ont parrainé leurs débuts en politique : le Parti socialiste, SOS Racisme.
Y a-t-il un risque de délitement de la France en des territoires – bobos de grandes villes, périphérie où vivent des Français modestes, quartiers ou agglomérations à fort pourcentage d’immigration musulmane - ? Et certains pourraient-ils initier un mouvement de sécession ?

Bien sûr, le risque de désintégration territoriale et de parcellisation d’entités régionales est évident. Ce phénomène accompagna toutes les conquêtes, généralement et notamment l’extension des conquêtes arabes et turques dans les pays chrétiens d’Afrique, du Proche et du Moyen Orient et en Europe. Ce processus de grignotement est surtout apparent durant l’implantation migratoire islamique dans l’Empire byzantin. Celui-ci s’intégra morceau par morceau, au cours de quelques siècles, dans l’Empire ottoman qui englobait en 1683 la majeure partie de l’Europe centrale. Les derniers vestiges de cet immense empire furent démantelés après la Première Guerre mondiale.   

Comment expliquez-vous la diplomatie du Président Emmanuel Macron envers l’État d’Israël qui lutte dans une guerre existentielle ? 

Cette diplomatie s’inscrit dans celle de l’Union européenne qui n’a jamais soutenu la restauration d’un État Juif souverain dans sa patrie originelle. Ce refus s’enracine dans la conception chrétienne démonologique du peuple Juif, peuple déicide, chassé de son pays et condamné à errer et souffrir en exil jusqu’à sa conversion. Cette opinion, unique dans l’Histoire, fut abolie pour les catholiques, au niveau de la foi, par Vatican II (1962-1965), mais, malgré les efforts répétés de très nombreux chrétiens, le refus de reconnaître la légitimité de l’État d’Israël persiste jusqu’à aujourd’hui.
C’est ce refus qui motiva en 1947 la Résolution 181 de l’Assemblée générale onusienne, un texte qui n’a aucune légitimité juridique puisque le Conseil de Sécurité et les États musulmans/Arabes l’ont rejetée. Par contre, les décisions d’États européens de ne pas reconnaître Jérusalem comme capitale d’Israël, décrétée par un État souverain, et de modifier, de leur propre chef, les noms millénaires des provinces situées dans un autre pays que le leur, comme la Judée et la Samarie, sont totalement illégales. 
Cette animosité héritée de l’alliance de l’Europe du IIIe Reich avec le jihad, se poursuit sous la forme du palestinisme, mouvement euro-islamique visant à remplacer l’État Juif par une « Palestine » fantasmée qui n’eut aucune existence historique comme État souverain. 
Des intérêts européens géostratégiques et économiques renforcèrent ces choix politiques. Après les attentats terroristes palestinistes en Europe et le choc pétrolier de 1973, ces nombreux facteurs intervenant dans divers domaines de politique internationale constituèrent les piliers structurels de la politique commune de l’Union européenne envers Israël. J’ai étudié les diverses étapes de cette élaboration politique, économique et culturelle, avec son volet immigrationniste, dans mes livres Eurabia : l’Axe Euro-Arabe (éd. américaine 2005; éd. française 2006) et L’Europe et le Spectre du Califat (Les Provinciales, 2010, réed. 2014). Dans ce dernier livre, j’examine la coordination de la stratégie commune en politique étrangère de l’UE et de ses convergences avec les demandes de la Ligue arabe et de l’OCI (p. 154). Dans un discours à Helsinki (Finlande), Javier Solana, alors Haut représentant pour la politique étrangère et de sécurité commune (PESC) de l’Union européenne (1999-2009), déclarait : « Un proche engagement avec le monde arabe doit être une priorité pour nous » (voir L’Europe, p. 154).   
Je précise que c’est seulement dans le prolongement de mes recherches sur la dhimmitude que je m’y suis intéressée, car il était clair que cette politique modifiait à tous les niveaux nos sociétés en activant les processus répétitifs au cours des siècles de la dhimmitude.  
Le Président Emmanuel Macron s’inscrit dans la continuité politique d’un de ses prédécesseurs, Jacques Chirac, qui n’hésitait pas à humilier les représentants de l’État hébreu par ses bouffonneries, pour amuser « sa rue arabe » et s’attirer les faveurs du terroriste Arafat. 

Des politiciens et journalistes français ont déclaré que la guerre américano-israélienne contre le régime des mollahs iraniens ne concerne pas la France ou les Français. Pourtant ce régime a lancé un djihad mondial, et a continuellement augmenté la portée de ses missiles – ceux-ci ont un rayon d’action atteignant notamment l’hexagone - afin d’intimider, de menacer et de détruire ceux qui refuseraient de se soumettre et le combattraient. Comment expliquez-vous ce déni ?
 
J’explique ce déni par l’idéologie eurabienne qui a construit toute sa politique d’alliances et de fusion avec le monde Arabe et musulman sur le déni du djihad ainsi que de la dhimmitude, et a inculpé les Croisades, la colonisation européenne et la restauration d’Israël comme causes des conflits avec l’islam. Autrement dit, par la prétendue nocivité des Infidèles juifs et chrétiens contre les pays musulmans. Les mentions du djihad n’apparaissent dans les journaux européens, à leur corps défendant, qu’avec les grandes déclarations d’ISIS ou État islamique, le Califat Islamique de Syrie et d’Iraq. Je précise que la doctrine du djihad est collective, elle embrasse l’ensemble des non-musulmans, à moins que le calife n’en exclue explicitement certaines catégories. Mais cette exclusion ne peut être que temporaire.  

Dans le cas que vous soulevez, celui de la France plus précisément, ce combat contre le djihadisme iranien se situe dans le domaine de la politique étrangère que la France ne maîtrise plus. Peut-être que le Chef de l’État craint aussi l’activisme d’un terrorisme intérieur très difficile à maîtriser. Comme je l’ai écrit dans L’Europe, les Européens ne réalisent pas que le pouvoir de décision concernant la politique, intérieure et extérieure, de leur État leur a échappé . 
Même l’Union européenne ne dispose plus d’une liberté d’action confortée par la cohésion d’une population indigène homogène. Elle est entièrement fracturée par les allégeances aux pays étrangers, patries des dizaines de millions de migrants qu’elle a accueillis dans le cadre politique irénique du multiculturalisme et de la mixité fusionnelle des deux rives de la Méditerranée. Il faut ici souligner que cette construction idéologique eurabienne s’est édifiée sur le principe occulté du remplacement d’Israël par la « Palestine ». Et, conséquence de la similitude des statuts du juif et du chrétien dans la charia, la dissolution du caractère juif dans sa patrie engage aussi dans le même processus celle du caractère chrétien en Europe. 

Dès les années 1960, la Communauté européenne a établi comme priorité absolue de sa politique extérieure de sécurité, les principes de bon voisinage, d’alliances et de fusion avec les peuples arabes et musulmans. Les Européens acceptèrent sans trop de difficulté les demandes de l’OCI (Organisation de la Conférence/Coopération Islamique) et de la Ligue arabe, parmi lesquelles la rupture du lien transatlantique entre l’Europe et les États-Unis et des pressions européennes sur Washington pour l’éloigner d’Israël. Ce harcèlement européen m’a été confirmé par des députés américains. L’UE a également accepté l’interprétation jihadiste de l’État d’Israël qui transforme la victime infidèle en agresseur, car sa seule existence est une agression. Selon la doctrine du jihad, cette opinion englobe l’ensemble des pays non-musulmans. En délégitimant l’existence de l’État hébreu, l’Europe se délégitime elle-même.      
  
De plus, certains commentateurs ont allégué que le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu aurait influé, de manière déterminante, dans la décision du Président américain Donald Trump pour que celui-ci reprenne le combat militaire contre le régime des mollahs iraniens. Comment analysez-vous ces allégations qui rappellent le stéréotype antisémite sur la puissance des Juifs menant les affaires du monde selon leurs intérêts ?

C’est parfaitement cela que l’on entend à longueur d’antenne, répété avec force sur certaines chaînes télévisées d’informations, conformément au principe de Joseph Goebbels qu’un mensonge inlassablement répété devient une vérité. Il y a des alliances qui laissent des fidélités pérennes, comme celle de l’Europe du IIIe Reich avec le djihadisme. Cette Europe du IIIe Reich s’étendait de la Scandinavie à la Grèce au sud, et de la France à l’ouest à l’Ukraine. L’UE s’imagine qu’elle vivra, heureuse et placide, dans un petit nuage à l’abri de tous les conflits parce qu’elle bêle qu’elle est pour la paix. Elle croit fermement qu’en fermant les yeux et en inculpant de faux ennemis, elle échappera au djihad qui l’agresse depuis 13 siècles, et qui devenu mondial et nucléaire, arrive à sa porte. Elle rompt les amarres avec l’Amérique trumpiste, et sans armées, ni armements, la trésorerie vide, s’engage dans une guerre contre la Russie, alors qu’elle a sur son territoire une pleine cargaison de djihadistes, dès l’âge de 13 ans.

Nous voyons aussi sur ces chaînes télévisées d’informations de hauts gradés militaires à la retraite, commenter avec mépris les extraordinaires victoires des campagnes militaires américaines et israéliennes, et les transformer toutes en misérables et honteuses défaites politiques. Ce procédé européen s’appliquait toujours à Israël quelles qu’aient été ses victoires, conformément au verset coranique : un Infidèle ne peut l’emporter sur un croyant. Il semble que l’Europe ait bien assimilé ce principe en promouvant une politique de concessions et de dialogues, synonymes de redditions, plutôt que le combat de survie.   

Le 26 mars 2026, le Parlement européen, en session plénière, a « approuvé par 389 voix pour, 206 contre et 32 abstentions, l'ouverture de négociations avec le Conseil de l'UE sur le nouveau cadre juridique visant à muscler les procédures de retour des personnes en séjour irrégulier dans les États membres » : création de « hubs ou plateformes de retour » situés dans des pays « sûrs » hors de l’espace de l’UE pour les migrants en séjour irrégulier après le rejet de leur demande de statut de réfugiés. Chaque État pourra conclure des accords bilatéraux de réadmission avec ces pays, destination finale ou étape dans le retour vers le pays final. Ce règlement prévoit de renforcer les sanctions pour les migrants qui refuseraient de quitter le territoire européen. Ces migrants « pourront  se voir refuser ou réduire certaines prestations et allocations, permis de travail, ou encore imposer des sanctions pénales, y compris des peines d'emprisonnement. »
Comment expliquez-vous ce durcissement  de la politique migratoire de l’UE ?

Ce durcissement s’explique par le processus démocratique qui a permis à l’opinion majoritaire européenne de s’exprimer malgré d’innombrables obstacles. Avant la mise au point de ces négociations et leurs applications, un temps considérable s’écoulera qui les rendra inopérantes peut-être. 
Il faut bien se rendre compte que la politique eurabienne fut conçue par les cadres supérieurs de l’Union européenne, les chefs d’Etats, les ministres des affaires étrangères, les chefs de commissions liées aux questions pétrolières et des parlementaires représentants tous les partis de l’U.E., à l’insu des populations européennes, bien qu’officielle. De nombreuses voix s’y opposèrent et la dénoncèrent, mais elles furent réduites au silence. Je veux ici rappeler, parmi tant d’autres, le combat solitaire de l’islamologue Anne-Marie Delcambre.
   
Comment ce règlement peut-il affecter Eurabia ?

Il est très difficile d’évaluer les résultats d’une politique en cours de discussion et qui s’adresse à un seul élément d’un problème global comprenant des facteurs culturels, théologiques, institutionnels et même existentiels des sociétés judéo-chrétiennes, et du christianisme lui-même. Sans parler des relations européennes avec l’OCI.
Il importe de relever ici que l’antisionisme chrétien affecte sérieusement la relation ontologique chrétienne avec le judaïsme, et rattache le christianisme à l’islam par le biais du palestinisme qui remplace le Jésus juif par le Jésus coranique (Issa), dont la mission eschatologique selon le hadith est la suppression des fidèles du Jésus hébreu (Sahih al-Bukhari 3448). Ce courant d’acculturation islamo-chrétienne est en court dans des traductions de la Bible par des clergés chrétiens arabes qui transcrivent le mot hébreu par « palestinien ». 
Je décris cette acculturation théologique dans Islam & Dhimmitude : Where Civilizations Collide (2002) et ses nombreuses manifestations diffusées par les clergés arabes depuis 1967 (voir le chap. 10 : The politics of Dhimmitude in Europe). Olivier Véron, éditeur et essayiste, a fort bien étudié le lien quasi-charnel du christianisme avec le judaïsme dans Ceci est mon sang (Les Provinciales, 2026). 
Aucune civilisation ne peut survivre si elle hait son géniteur et s’efforce de l’arracher d’elle-même. La descente de l’Europe dans la dhimmitude et son choix du palestinisme par haine d’Israël représentent le facteur majeur d’une islamisation délibérément voulue par un courant chrétien politique et théologique remontant au nazisme.     

Le 12 mars 2026, lors de la 5e édition de l’Iftar des ambassadeurs à la Grande Mosquée de Paris Laurent Nunez, ministre de l’Intérieur, a prononcé  un discours d’une dizaine de minutes en présence du recteur Chems-eddine Hafiz, de nombreux ambassadeurs, de l’ex-maire socialiste de Paris Anne Hidalgo, de Ségolène Royal, Présidente de l'association France-Algérie, de préfets, d’élus et de représentants des cultes juif et chrétien.
Laurent Nunez a déclaré : «Je suis un ministre des cultes  qui dialogue avec toutes les religions, sans exception, sans distinction, sans modération… Ma ligne de conduite, ma ligne de crête, fait preuve de la plus grande fermeté contre les fanatismes religieux, sans jamais tenir aucun discours, ni aucune position qui blesse, qui brutalise ou qui stigmatise.» Le ministre a rappelé les chiffres des actes antimusulmans et les assassinats d’Aboubakar Cissé et d’Hichem Miraoui en 2025. « Protéger les musulmans de France, ce n’est ni plus ni moins que garantir la liberté de croire et d’exercer son culte. Bref, ce n’est ni plus ni moins que de respecter la loi de 1905. » 
Il a affirmé : « La France ne doit pas perdre en chemin ses enfants et elle ne doit perdre en chemin aucun de ses enfants parce qu’ils se seraient sentis stigmatisés ou blessés… C’est ce qui justifie d’ailleurs ma position sur l’interdiction du port du voile sur l’espace public par les mineurs. Je ne serai pas celui qui ira expliquer à des enfants qu’en portant le voile, elles menacent le vivre ensemble républicain… Je ne le ferai pas parce que je n’y crois pas et parce qu’une telle mesure ne ferait en réalité que détourner l’attention de la vraie menace. C’est une proposition qui, à mon sens, décrédibiliserait le vrai combat donné contre l’islam politique qui, lui, lui, est essentiel… C’est également ce qui justifie et justifiera que je pousse et défende, comme ministre des cultes, toute initiative qui puisse contribuer à mieux faire connaître l’islam… Et tu sais, mon cher Chems, combien le président de la République est attaché à développer et à mieux faire connaître l’islam ».
Il a alerté sur « l’instrumentalisation de l’islam… Nous ne pouvons ignorer que certains cherchent à détourner l’islam de sa spiritualité pour en faire un projet politique. »
Il a défendu « une vision de l’islam pleinement compatible avec le cadre républicain… Les musulmans, en France, endossent aujourd’hui une responsabilité particulière. Celle de montrer que l’islam vécu ici dans notre République avec un islam de sagesse, de connaissance et de responsabilité… Faire croire que l’islam serait incompatible avec la République, c’est tout simplement inaudible. »
Vingt-quatre heures plus tard, le ministre a confirmé ses propos auprès de préfets.
Le 8 avril 2026, environ cinq jours après la diffusion de passages controversés sur les réseaux sociaux, il a qualifié ses propos d’« un peu maladroits ».
Comment analysez-vous ces extraits ?

J’adhère au discours de Laurent Nunez quand il affirme le devoir de l’État d’assurer les droits religieux et à la sécurité de tous ses sujets. C’est un beau discours car tels sont les devoirs d’un État. 
Je souscris moins quand il parle d’islam politique, notion confuse, et quand il prêche comme un imam, les vertus de l’islam. 
Mais je reconnais que les conjonctures actuelles rendent les discours officiels difficiles.  

La culture s’avère un vecteur privilégié utilisé par l’UE et des gouvernements français dans la présentation de l’islam. Deux exemples : le « Coran européen  » (« The European Qur’an », « EuQu ») est un programme financé depuis 2018 par le Conseil européen de la recherche, organisme créé par la Commission de l'UE, d'un coût de près de 10 millions d'euros, et décliné en expositions et autres évènements. Il a été critiqué pour sa réécriture de l'Histoire de l'Europe. 
À l’initiative du Premier ministre, alors Jean Castex, le Louvre et la Réunion des musées nationaux (RMN) – Grand Palais « ont organisé 18 expositions simultanées à partir du samedi 20 novembre 2021 partout en France, y compris outre-mer , pour mettre à l’honneur le lien entre la France et les arts de l’Islam. À cette occasion, le Premier ministre inaugura l’exposition accueillie par la bibliothèque de Blois. Face au fanatisme et à tous les obscurantismes qui se réclament de l’Islam, cet héritage d'une spiritualité et d'une civilisation qui a donné de grands maîtres de la philosophie, de la médecine, de l’histoire et des sciences, est une réponse forte et directe à tous les discours de haine. Ces expositions rappellent que le dialogue des cultures n’a jamais cessé dans notre histoire et doit nous inspirer pour le temps présent, tant il est indispensable à la compréhension mutuelle. Pensées en particulier à destination de la jeunesse, ces expositions tirent le fil d’un dialogue entre des cultures qui s’enrichissement mutuellement depuis plus de 13 siècles. Elles montrent que le christianisme est resté présent dans le monde musulman et que les arts islamiques ont nourri l’imaginaire européen et français. Ce projet est exemplaire à plus d’un titre, puisqu’il est le fruit d’une collaboration non seulement entre musées nationaux et musées régionaux, mais aussi entre ministères de la Culture et Éducation nationale pour concevoir un programme de formation à destination des professeurs et scolaires, avec les villes qui accueillent l’exposition sur la programmation associée, ainsi qu’avec la Fondation de l’Islam de France. »
Que pensez-vous de cette instrumentalisation de l’Histoire et de la culture, qui, en plus, occulte les juifs ?

Il est toujours bon de s’instruire, mais la culture est une réponse inappropriée au jihad. Depuis le début de ce siècle, la Commission européenne affirmant que le Dialogue Interculturel était au cœur du projet européen, avait créé de multiples commissions de Dialogues et des Fondations importantes pour le Dialogue. L’année 2008 fut même nommée l’Année Européenne du Dialogue Interculturel. Le Conseil, la Commission et le Parlement européens y voyaient une contribution majeure pour la réalisation de priorités stratégiques et politiques ainsi que des partenariats qui augmenteraient le bien-être et la sécurité des Européens (§5) . Ce programme illustre l’instrumentalisation de la culture par la politique. Elle a suscité des milliers de pages semblables sans interrompre le jihadisme anti-chrétien sur la planète. En fait, elle a développé la culture woke et la palestinisation de l’Occident avec la bénédiction des universités et des gouvernements. Si la présence chrétienne dans le monde musulman est celle de la dhimmitude, ce « dialogue des civilisations » n’est pas très prometteur.   

Le 25 mars 2026, l’Assemblée générale de l’ONU a déclaré la traite des esclaves africains comme le « crime contre l’humanité le plus grave ». L’application a posteriori d’une qualification juridique contemporaine, et une hiérarchisation entre les crimes contre l’humanité. Des historiens se sont étonnés de l’occultation du rôle des Africains dans l’esclavage, de l’esclavage islamique…

Je comprends cette réaction des historiens car l’esclavage fut toujours pratiqué sur toute la planète. On peut évoquer des villes entières vidées par la déportation de leur population blanche en esclavage par le jihadisme, le ramassage institutionnel annuel des enfants chrétiens des deux sexes pour l’esclavage militaire ou d’autres services, ou pour la castration. 
Personnellement, je pense qu’il faut s’abstenir de la surenchère victimaire. Rappelons que l’esclavage ne fut combattu et aboli que par les lois occidentales sur la base des valeurs bibliques de la dignité et de la liberté de l’homme. Le combat contre l’esclavage et la libération de l’homme de ses fers (Exode des Hébreux d’Égypte) qui permet sa rédemption, imprègne toute l’histoire du peuple d’Israël et son inspiration prophétique. Ces notions générèrent l’espoir messianique que les chrétiens récupérèrent dans le Christ rédempteur.  

Le magazine américain Tablet a publié dans son numéro d’avril 2026 l’article de Judith Miller « Bat Ye’or, Daughter of the Nile  »…

Je suppose que cette publication visait à faire connaître au public américain la dhimmitude, une notion capitale dans l’histoire de l’Humanité puisqu’elle s’est répandue sur trois continents. La journaliste, toutefois n’a pas saisi la complexité du sujet et a produit un texte réducteur qui m’attribuait des paroles et des opinions qui n’étaient pas les miennes, mais celles de mes détracteurs. Ses repères étaient le conflit de la droite et de la gauche américaines comme si les défis existentiels auxquels le jihadisme nucléaire moderne accule notre civilisation pouvaient être analysés avec les catégories politiques occidentales du siècle passé. Les lacunes et les erreurs de ce texte ont provoqué des réactions indignées. Parmi celles-ci, un texte de Andrew G. Bostom qui, provenait du Conseil d’État américain, déclassifié le 30 juin 2005, quelques mois après la publication de mon livre Eurabia et, divine surprise, en apporte aujourd’hui l’entière confirmation. 
Ce texte daté de septembre 1974, fut envoyé au Secrétariat d’État à Washington, aux Nations unies à New York, et aux ambassades américaines de 14 pays, majoritairement arabes. C’est dire qu’il n’est pas insignifiant. Il relate en effet la tenue à Cordoue (Espagne), ancienne capitale de l'émirat, puis du califat omeyyade de Cordoue, du 12 au 16 septembre 1974, d’une conférence islamo-chrétienne remarquable par ses appels à un renforcement des relations islamo-chrétiennes et son total soutien aux objectifs arabes et « palestiniens » au Moyen-Orient. J’en fait ici l’exacte traduction.
Cette conférence, présidée par l’évêque Cicarda de Cordoue, rassemblait le clergé espagnol, certains membres des clergés catholiques des pays musulmans, particulièrement le cardinal Duval d’Alger et l’évêque d’Oran, ainsi que des ministres des Affaires étrangères, des ministres de l’Information et du Tourisme. Le paragraphe 3 dénombre la liste des pays arabes présents, leurs ambassadeurs à Madrid, et de nombreux membres de leurs gouvernements.
Les sessions de la conférence traitèrent de sujets variés touchant au rapprochement doctrinal et à l’amélioration des relations islamo-chrétiennes dans tous les secteurs. Le texte énumère les nombreux domaines et buts de cette coopération et souligne que la conclusion de ces travaux démontre une véritable orientation pro-arabe. Il cite l’ensemble des exigences euro-arabes ou islamo-chrétiennes, qui sont les mêmes qu’aujourd’hui, avec le même vocabulaire pseudo-historico-légal et moralisateur envers l’État d’Israël.

La description de cette conférence, de ses objectifs et de ses conclusions, sont identiques à celles organisées au long des décennies par les Dialogues euro-arabes, présidées conjointement par le président de la Commission européenne et le Secrétaire-Général de la Ligue arabe, que j’ai moi-même lues. Deux remarques à ce sujet.
Ceux qui prétendent que seul un petit groupe insignifiant s’adonna à ces activités, professent avec pédanterie une ignorance abyssale. Car ce texte des États-Unis apporte la preuve avérée, qui s’ajoute à toutes les autres, que ces Dialogues, furent une entreprise conjointe d’États mus par des intérêts géostratégiques et économiques, mais unis par la palestinolâtrie, cette passion de haine travaillant à l’éradication de l’État juif et à son remplacement par la « Palestine ».  C’est de l’intérieur de ce projet d’alliances avec les jihadistes que s’activa la reddition et la paralysie de tout un continent. C’est aussi ce contexte qui éclaire les sources de l’animosité contre Donald Trump, le chrétien, et Benjamin Netanyahou, le juif, unis dans un même combat. Combat qui rassemble tous les musulmans épris de liberté.    

Vous participerez à une table-ronde du colloque du BNVCA (Bureau national de vigilance contre l’antisémitisme) le 26 avril 2026, à Paris sur une question sensible : la compatibilité entre « la philosophie et la politique de l'Union européenne » et « la présence des juifs en Europe ». Pourriez-vous nous dire, en exclusivité, quels thèmes vous aborderez ?

J’aborderai les éléments des conflits actuels qui émergent du temps long de l’Histoire, les conséquences des décisions prises par les États sur la base d’idéologies clinquantes mais fallacieuses, le choix de la politique du Dialogue pour désarmer et vaincre le jihadisme terroriste, argument invoqué par l’Union européenne pour s’opposer à la « guerre de Trump et de Netanyahu » contre le régime des mollahs iraniens et ses proxies. Enfin j’examinerai comment le palestinisme et la guerre dissimulée de l’UE contre Israël, favorisent son islamisation. Car le djihad est à la fois une vision religieuse de l’humanité, une littérature, une juridiction, un code de guerre, et une planification de l’islamisation de la population conquise. 


Merci, Bat Ye’or, et au 26 avril 2026 à la Mairie du IXe arrondissement de Paris ! 


Le 26 avril 2026, de 14 h à 18 h30
A la Mairie du IXe arrondissement de Paris
Amphithéâtre Rossini
6, rue Drouot. 75009 Paris


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