lundi 30 décembre 2024

« Surréalisme »

Le Centre Pompidou accueille l’exposition itinérante, chronologique et thématique, « Surréalisme ». « Retraçant plus de quarante années, de 1924 à 1969, d’une exceptionnelle effervescence créative, cette exposition célèbre l’anniversaire du mouvement, né avec la publication du Manifeste du surréalisme d’André Breton. »  


Cette exposition célèbre l’anniversaire du mouvement surréaliste, né avec la publication du Manifeste du surréalisme d’André Breton, et retrace « plus de quarante années d’une exceptionnelle effervescence créative, de 1924 à 1969 ».

« Adoptant la forme d’une spirale ou d’un labyrinthe, l’exposition rayonne autour d’un « tambour » central au sein duquel est présenté le manuscrit original du Manifeste du surréalisme, prêt exceptionnel de la Bibliothèque nationale de France. Une projection audiovisuelle immersive en éclaire la genèse et le sens. Chronologique et thématique, le parcours de l’exposition est rythmé par 13 chapitres évoquant les figures littéraires inspiratrices du mouvement (Lautréamont, Lewis Carroll, Sade...) et les mythologies qui structurent son imaginaire poétique (l’artiste-médium, le rêve, la pierre philosophale, la forêt...) »

« Fidèle au principe de pluridisciplinarité qui caractérise les expositions du Centre Pompidou, l’exposition « Surréalisme » associe peintures, dessins, films, photographies et documents littéraires. Elle présente les œuvres emblématiques du mouvement, issues des principales collections publiques et privées internationales : Le Grand Masturbateur de Salvador Dalí (Musée Reina Sofía, Madrid), Les Valeurs personnelles de René Magritte (SFMoMA, San Francisco), Le Cerveau de l’enfant (Moderna Museet, Stockholm), Chant d’amour (MoMA, New York) de Giorgio de Chirico, La Grande Forêt de Max Ernst (Kunstmuseum, Bâle), Chien aboyant à la lune de Joan Miró (Philadelphia Museum of Art), etc. »

« L’exposition accorde une part importante aux nombreuses femmes qui ont pris part au mouvement, avec entre autres, des œuvres de Leonora Carrington, Remedios Varo, Ithell Colquhoun, Dora Maar, Dorothea Tanning... et rend compte de son expansion mondiale en présentant de nombreux artistes internationaux tels que de Tatsuo Ikeda (Japon), Helen Lundeberg (États-Unis), Wilhelm Freddie (Danemark), Rufino Tamayo (Mexique), entre autres. »

« La contestation surréaliste d’un modèle de civilisation seulement fondé sur la rationalité technique, l’intérêt du mouvement pour les cultures qui ont su préserver le principe d’un monde unifié (culture des Indiens Turahumaras découverte par Antonin Artaud, celle des Hopis étudiée par André Breton), attestent de sa modernité. »

« La dissolution officielle du surréalisme n’a pas marqué la fin de son influence sur l’art et la société. Il continue d’inspirer biennales d’art contemporain, productions cinématographiques, mode, bande dessinée, etc. »

La scénographe Corinne Marchand a conçu la scénographie de l’exposition. « Pour accéder à l’exposition, les visiteurs traversent un sas d’entrée onirique conçu comme une « boîte magique ». Inspiré par la fascination des surréalistes pour la culture populaire (train fantôme, fête foraine), ce dispositif immersif évoque le cabaret « L’Enfer », situé sous les fenêtres d’André Breton. Imaginée par Thierry Dufrene et réalisée en collaboration avec le magicien Abdul Alafrez, cette « porte magique » invite le public à un voyage au cœur du rêve et de l’illusion surréalistes, rappelant la « disparition » mise en scène par Hans Richter dans son film « Vormittagsspuk » (1927-1928). »

« Salle centrale : Mise en lumière audiovisuelle du Manifeste du surréalisme »

« Au cœur de l’exposition, la voix d’André Breton, reconstituée par les équipes de l’Institut de recherche et coordination acoustique/musique (Ircam) du Centre Pompidou par clonage vocal à l’aide de l’intelligence artificielle, guide les visiteurs dans la découverte du Manifeste du surréalisme. Cette technique avait été mise au point en 2023 par l’Ircam, à l’ occasion d’une collaboration avec le journal Le Monde, pour reconstituer l’appel du 18 juin de Charles de Gaulle. »

L’exposition « Surréalisme » à Paris « est à l’initiative d’un principe d’itinérance inédit : une réinterprétation de l’exposition en fonction des contextes culturels et historiques des étapes de sa circulation - les Musées royaux des Beaux-arts de Belgique à Bruxelles, la Fundación MAPFRE à Madrid, Espagne, la Kunsthalle de Hambourg, Allemagne et le Philadelphia Museum of Art à Philadelphie, États-Unis. »

« Bruxelles, qui a inauguré l’itinérance internationale de l’exposition, met l'accent sur les liens entre le surréalisme et le symbolisme. A Madrid, une attention particulière est portée aux artistes ibériques tels que Salvador Dalí, Joan Miró ou Luis Bunuel. A Hambourg, ce sont les liens entre le surréalisme et le romantisme allemand qui sont soulignés, tandis qu’à Philadelphie, l'exposition met en lumière les manifestations surréalistes américaines, en Amérique latine notamment. »

Le commissariat de cette exposition réalisée avec la participation exceptionnelle de la Bibliothèque nationale de France est assuré par Didier Ottinger, directeur adjoint du Musée national d’art moderne, et Marie Sarré, attachée de conservation au service des collections modernes, Centre Pompidou. 

En dehors de Paris, qui propose la plus vaste présentation sur un espace de 2200 m², l’itinérance se déploie sur les dates suivantes :
21 février – 21 juillet 2024
Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique à Bruxelles
Commissaire : Francisca VandePitte
4 février – 11 mai 2025
Fundación MAPFRE à Madrid, Espagne
Commissaire : Estrella de Diego
12 juin – 12 octobre 2025
Kunsthalle de Hambourg, Allemagne
Commissaire : Annabelle Görgen-Lammers
Fin 2025 – Début 2026
Philadelphia Museum of Art, Philadelphie, États-Unis
Commissaire : Matthew Affron

Diverses activités - projection de films, lectures, ateliers, etc. - sont proposées autour de l'exposition.

« Le podcast de l’exposition, un parcours littéraire »
« En suivant les thématiques de l’exposition, le podcast met en valeur la dimension littéraire du mouvement surréaliste. Au fil du parcours, des comédiens et des comédiennes - avec entre autres, Gabriel Dufay, Elina Lowensohn, Guslagie Malanda, Nathalie Richard et Eric Ruff de la Comédie Française, - livrent les textes des artistes, poetes et écrivains surréalistes. »
« Avec des textes de : Guillaume Apollinaire, Louis Aragon, Antonin Artaud, Georges Bataille, André Breton, Emmy Bridgewater, Claude Cahun, Leonora Carrington, Aimé Césaire, Suzanne Césaire, René Char, Ithell Colquhoun, Lise Deharme, Robert Desnos, Isidore Ducasse, Paul Éluard, Leonor Fini, Elie-Charles Flamand, Renée Gauthier, Julien Gracq, Radovan Ivšić, Edouard Jaguer, Ted Joans, Frida Kahlo, Michel Leiris, Gherasim Luca, André Pieyre de Mandiargues, Joyce Mansour, Meret Oppenheim, Colette Peignot, Valentine Penrose, Pierre Péret, Gisele Prassinos, Alice Rahon, Philippe Soupault, Takiguchi Shuzo. »
« Le podcast est disponible sur le site internet du Centre Pompidou et sur toutes les plateformes d’écoute. »

Le « Paris surréaliste » des galeries
« Parallèlement à l’exposition, dans le cadre d’une collaboration inédite entre le Centre Pompidou, l’Association Atelier André Breton, et le Comité professionnel des galeries d’art (CPGA), de nombreuses galeries parisiennes, ainsi que des librairies partenaires, consacrent au surréalisme, historique ou « contemporain », expositions thématiques, monographies, hommages et événements spécifiques. Elles esquissent ainsi la carte d’un « Paris surréaliste » En collaboration avec invitant a la déambulation dans la cité qu’affectionnaient les surréalistes.
Le détail des programmations des galeries du « Paris surréaliste » est à retrouver sur comitedesgaleriesdart.com à l’approche de l’exposition, ou sur demande au service de presse du Centre Pompidou. »
« Galeries participantes, par quartier :
Saint-Germain-des-Prés
Charles-Wesley Hourdé
Galerie Claude Bernard
Françoise Livinec
Galerie 1900-2000
Galerie Berthet-Aittouares
Galerie Le Minotaure
Galerie Natalie Seroussi
Galerie Vallois
Les Yeux Fertiles
Galerie Loevenbruck
7e arrondissement
Galerie Minsky
Galerie Pauline Pavec et galerie Boquet
Marais
Galerie Alberta Pane
Galerie C
DANYSZ
Galerie Droste
Galerie Gilles Peyroulet & Cie
Galerie Jean-François Cazeau
Galerie Mitterrand
Galerie Perrotin
Galerie Pixi - Marie Victoire Poliakoff
Papiers d’Art
Sans titre
Galerie Sator
Galerie Semiose
Galerie Sophie Scheidecker
Galerie Jeanne Bucher Jaeger
Galerie Christophe Gaillard
Pantin - Romainville
Galerie Jocelyn Wolff
Galerie Sator
Matignon
Galerie Durazzo
Galerie Françoise Paviot
Galerie Jacques Bailly
Tornabuoni
Madeleine
Galerie Hélene Bailly
Canal Saint-Martin
Les Douches la Galerie »

« Révolutions surréalistes » 
A l’occasion de l’exposition, ARTE a diffusé « Révolutions surréalistes », un documentaire en deux parties - Le temps des provocations 1917-1929 (ep. 1) et Le temps de la Résistance 1930-1966 (ep. 2) -, documentaire de Sylvain Bergere qui retrace l’histoire du mouvement. Coécrit avec Didier Ottinger, co-commissaire de l’exposition « Surréalisme », le film est raconté par Arthur Théboul.

« Né de la rébellion de jeunes après la Première Guerre mondiale, le surréalisme s’est propagé dans le monde entier, s’opposant au colonialisme, au stalinisme, au fascisme et a la société de consommation. Impatient de « changer la vie » en usant du « stupéfiant image », en célébrant « l’amour fou », en brouillant les frontières qui sépare le rêve et la réalité, le mouvement surréaliste n’a jamais renoncé a « transformer le monde » a inscrire son action dans la réalité politique et sociale. Ce récit événementiel est riche en archives, y compris des documents privés et inédits d’André Breton. »
En collaboration avec

Coproduction : ARTE France, Siecle Productions, Centre Pompidou, 2024, 2x52mn


Chapitres de l’exposition

Introduction
« Metteur en scène attitré des expositions surréalistes, Marcel Duchamp a voulu donner à celle de 1947 la forme d’un labyrinthe. L’étymologie du mot provient du grec labrys désignant une double hache dont chaque côté représente l’été et l’hiver. Le labyrinthe renferme un secret : il héberge le Minotaure, un être double, mi-homme mi-animal. Il est le creuset au sein duquel « la vie et la mort, le réel et l’imaginaire, le passé et le futur, le communicable et l’incommunicable, le haut et le bas cessent d’être perçus contradictoirement ». Rien d’étonnant à ce que le labyrinthe soit devenu l’emblème du surréalisme qui, de sa création en 1924 jusqu’à la fin des années 1960, a imaginé cette réconciliation des contraires. Vous, qui vous apprêtez à y entrez, laissez a sa porte toutes les idées claires que vous dicte la raison. Entre ses murs, la nature « dévore le progrès », la nuit fusionne avec le jour, le rêve se mêle à la réalité. »

1 | Entrée des médiums
« Le surréalisme a fait du poète un « voyant », capable de faire résonner son âme au diapason de l’univers, de retrouver l’accord antique de la poésie et de la divination. Giorgio de Chirico avait ouvert la voie en 1914 en peignant un portrait de Guillaume Apollinaire désignant l’endroit ou le poète sera blessé, trois ans plus tard, par un éclat d’obus. En novembre 1922, André Breton publie dans la revue Littérature, un article intitulé « Entrée des médiums », qui rend compte des séances de sommeils hypnotiques auxquelles se livrent les futurs surréalistes. »

« Cet abandon total à l’inconscient rejoint son intérêt pour les œuvres d’artistes médiumniques ou pour les propos des malades psychotiques qui lui avaient inspiré en 1919, Les Champs magnétiques, écrits à quatre mains avec Philippe Soupault. L’écriture automatique, libérée du contrôle de la raison, trouve rapidement une traduction plastique avec les frottages de Max Ernst et les sables de Masson. »

2 | Trajectoire du rêve
« Étudiant en médecine, André Breton s’était passionné pour l’ouvrage d’Albert Maury, Le sommeil et les rêves (1861) qui posait les prémisses de l’étude neurologique du rêve. En 1916, assistant au centre neuropsychiatrique de saint Dizier, il découvre les méthodes d’interprétation des rêves de malades psychotiques à des fins curatives, menées par le psychanalyste Sigmund Freud. » 

« Transposant les méthodes de la psychanalyse à des fins poétiques, les surréalistes publient leurs « récits de rêve » dans les pages des revues et cherchent à déclencher le même pouvoir d’émerveillement que les images qui s’offrent à l’esprit, à la lisière du sommeil. Dans Les Vases communicants, publiés en 1932, Paul Eluard et André Breton s’appliquent à confondre le monde réel et celui du rêve. Dans le Manifeste du surréalisme, ce dernier interroge : « Le rêve ne peut-il être appliqué à la résolution des questions fondamentales de la vie ? »

3 | Lautréamont
« En 1914, la revue Vers et Prose publie le texte d’un auteur oublié, mort en 1870 à l’âge de vingt-et-un ans : Isidore Ducasse, alias le Comte de Lautréamont. « Cette lecture a changé le cours de ma vie » dira Philippe Soupault, qui transmet une édition des Chants de Maldoror à Breton, qui partage à son tour la découverte avec Aragon. Un mythe littéraire vient de naître. »

« Les Chants ressemblent à la confession d’un génie malade. Le texte est un défi à toute construction logique, en appelle à la violence et à la destruction. Pour les jeunes surréalistes, il répond à la faillite du monde qui les a conduits dans la boucherie des tranchées. »

« Faisant de la beauté « la rencontre fortuite sur une table de dissection d’une machine à coudre et d’un parapluie ! », Lautréamont lègue au surréalisme une définition qui vaut aussi comme principe, celui d’une esthétique du collage, qui ne doit rien aux lois de la logique et de l’harmonie. »

4 | Chimères
« Dans l’Illiade, Homère décrit la Chimère : « Lion par-devant, serpent par-derrière, chèvre au milieu ». La fascination durable qu’exerce Chimère sur l’imaginaire surréaliste tient à sa forme composite, illogique, au collage, à la greffe dont elle procède. Appliquant l’appel de Lautréamont à une « poésie [faite] par tous, non par un », les surréalistes inventent en 1925 le jeu du cadavre exquis. D’abord assemblage de mots, à l’ origine de son nom (« Le cadavre - exquis - boira - le vin - nouveau »), le jeu s’applique bientôt à l’image. Ces créatures « inimaginables par un seul cerveau » seront jusqu’a la fin des années 1960 l’emblème de l’activité collective surréaliste. »

« Fille de Gaia, enfant d’un âge dont la nature foisonnante ne connait pas les lois d’un développement raisonné, la Chimère s’impose comme l’animal totémique du surréalisme. »

5 | Alice
« C’est peut-être l’enfance qui approche le plus de la vraie vie » écrit André Breton. La gloire surréaliste d’Alice est celle de cette enfance rêvée. Elle entre au panthéon surréaliste grâce à Aragon qui rédige en 1931 un important article sur Lewis Caroll dans Le Surréalisme au service de la révolution et traduit son roman La Chasse au Snark. Incarnation du merveilleux, de l’illogisme et de l’humour, Alice subvertie les fondements rationnels de la réalité. »

« Cet imaginaire conduit Breton à compter Caroll parmi les ancêtres du surréalisme et à l’intégrer à son Anthologie de l’humour noir (1940) : « Tous ceux qui gardent le sens de la révolte reconnaîtront en Lewis Carroll leur premier maître d’école buissonnière ».

« Après Arthur Rimbaud et Lautréamont, une jeune poétesse, Gisele Parassinos, incarne le génie poétique que le surréalisme attribue à l’enfance. Ses poèmes, préfacés par Paul Eluard, sont publiés en 1934 dans la revue Minotaure. »

6 | Monstres politiques
« Le surréalisme a voulu répondre à la double injonction de Marx (« transformer le monde ») et de Rimbaud (« changer la vie »). Premier acte de leur engagement politique, les surréalistes se rapprochent des jeunes communistes du groupe Clarté avec lesquels il signe en 1925 un manifeste opposé à la guerre coloniale menée par la France au Maroc. Si chacun veille à rendre étanche la frontière entre création poétique et engagement politique, les tensions qui résultent de la montée des fascismes dans l’Europe des années trente incitent nombre d’artistes à reconsidérer cette imperméabilité. Le surréalisme se peuple de monstres qui font écho à la montée des totalitarismes. Un an avant l’avènement d’Adolf Hitler au pouvoir en Allemagne, le mouvement se dote d’une nouvelle revue qui se donne comme emblème une figure bestiale : Le Minotaure. »

7 | Le Royaume des Mères
« Les « Mères », décrites par W. von Goethe dans le second Faust (1832), constituent le mythe poétique le plus profond du surréalisme. André Breton en réactive le souvenir dans un texte qu’il consacre à l’œuvre d’Yves Tanguy en 1942 : « Le premier à avoir pénétré visuellement dans le royaume des Mères, c’est Yves Tanguy. Des Mères, c’est-a-dire des matrices et des moules […] ou toute chose peut être instantanément métamorphosée en toute autre. » L’exploration des formes, la naissance du monde ont passionné les surréalistes. Les Mères fournissent au surréalisme des formes en proie au vertige des métamorphoses. Elles sont les creusets desquels jaillit l’écriture automatique, la matrice d'où émerge le monde embryonnaire de la neurochirurgienne anglaise Grace Pailthorpe, de Jane Graverol ou Salvador Dali. »

8 | Mélusine
« La légende de Mélusine prend forme dans les récits moyenâgeux qui décrivent une créature hybride, mi femme – mi serpent. André Breton en ressuscite le mythe dans Arcane 17 qu’il rédige pendant son exil américain. L’immensité des espaces qu’il découvre au nouveau Mexique puis dans l’est du Canada, en Gaspésie, lui inspire le grand panthéisme de son texte. Si Arcane 17 doit beaucoup à la nature américaine, le texte est aussi redevable aux temps d’une après-guerre, qui exigent une réinvention du monde et de ses valeurs. La technique, la puissance machiniste ont une fois encore démontrer leur potentiel de destruction. Breton veut croire à un âge qui, sous l’égide de Mélusine serait « en communication providentiel avec les forces élémentaires de la nature. » Sa rencontre, en terre Hopi, avec les civilisations amérindiennes, le conduit à imaginer un autre modèle de civilisation, pour lequel nature et humanité, à l’image de Mélusine, ne font qu’un. »

9 | Forêts
« Temple où de vivants piliers laissent parfois sortir de paroles confuses », la forêt était pour Charles Baudelaire, le cadre ou se tissaient les fils des « correspondances », les relations voilées entre toutes choses. A l’aune de la psychanalyse jungienne qui analyse la crainte de la forêt comme celle des révélations de l’inconscient, elle devient pour les surréalistes le théâtre du merveilleux, la métaphore du labyrinthe et du parcours initiatique. Héritier du romantisme allemand, qui choisit la nuit contre les « lumières », d’un Novalis qui réaffirme la dimension sacrée de la nature, Max Ernst fait de la forêt l’un de ses sujets de prédilection. »

« Lorsqu’en 1941, le peintre cubain Wifredo Lam retrouve son pays natal, ses peintures de jungles célèbrent cette nature primitive, vierge du saccage colonial. C’est cette foret libératrice qui, dans un article de Benjamin Péret, publié dans Minotaure en 1937, prend possession d’une locomotive abandonnée, « dévore le progrès et le dépasse ».

10 | La pierre philosophale
« Les recherches surréalistes présentent, avec les recherches alchimiques, une remarquable analogie de but » écrit Breton. Des 1923, dans la liste des personnalités dont la pensée devait inspirer le surréalisme, publiée dans Littérature, les alchimistes Hermes Trismégiste et Nicolas Flamel figurent en bonne place. De L’Amour fou à Arcane 17 d’André Breton, d’Aurora de Michel Leiris aux peintures d’Ithell Colquhoun, de Remedios Varo et de Jorge Camacho, initiés à la pratique alchimique, l’occultisme jalonne l’histoire du mouvement. Les surréalistes trouvent dans l’alchimie la voie d’une coexistence de la connaissance et de l’intuition, de la science et de la poésie. Bernard Roger, alchimiste et membre du groupe y perçoit une « science d’Amour, fondée sur la loi naturelle d’analogie par laquelle communiquent tous les règnes et tous les niveaux d’existence ». Paraphrasant les adeptes d’un savoir ésotérique, Breton se donne pour épitaphe « Je cherche l’or du temps ».

11 | Hymnes à la nuit
« Au temps du Romantisme, dans ses Hymnes à la nuit, Novalis louait « l’ineffable, la sainte, la mystérieuse nuit ». Pour la génération symboliste, c’est Victor Hugo qui fait le choix de l’obscurité : « L’homme qui ne médite pas vit dans l’aveuglement, l’homme qui médite vit dans l’obscurité. Nous n’avons que le choix du noir ». Dans son récit Aurélia, sous-titré « le Rêve et la vie », Gérard de Nerval annonce la nuit surréaliste. Cette coïncidence des contraires inspire à André Breton son titre oxymorique La Nuit du tournesol et à René Magritte la série L’Empire des lumières. Dans son recueil Paris de nuit, le photographe roumain Brassai en montre la puissance de métamorphose, sa puissance à transformer la ville moderne en un labyrinthe archaïque, en proie au merveilleux. Noctambules, nourris de Nosferatu et Fantômas, les surréalistes plongent dans l’obscurité l’Exposition internationale du surréalisme qu’ils organisent en 1938 a la Galerie des Beaux-arts, à Paris. »

12 | Les larmes d’Eros
« Ce qui, dans leur ensemble, caractérise et qualifie les œuvres surréalistes, ce sont, au premier chef, leurs implications érotiques » En plaçant l’érotisme au cœur du projet surréaliste, Breton rend l’« Amour fou » à sa littéralité : une passion capable de provoquer les effets de la folie. »

« L’amour surréaliste se mue en un sentiment révolutionnaire et scandaleux. Dans cette recherche de liberté absolue, la figure du Marquis de Sade apparaît seule capable de défendre cette vision renouvelée de l’amour, affranchie de tout interdit. Il inspire à Giacometti son Objet désagréable, à Bellmer sa Poupée, à Joyce Mansour ses Objets méchants et sa poésie incandescente. »

« Le mouvement restera durablement marqué par ce tournant licencieux : en 1959, la huitième Exposition inteRnatiOnale du Surréalisme (EROS) organisée à la galerie Daniel Cordier à Paris, est tout entière placée sous le signe de l’érotisme. »

13 | Cosmos
« Dans les Prolégomènes à un troisième Manifeste, ou non, André Breton reconsidère la place de l’homme au sein du cosmos : « L’homme n’est peut-être pas le centre, le point de mire de l’univers ». Le surréalisme emprunte au Moyen Âge sa conception du monde, celle d’une continuité entre microcosme (le corps humain comme image réduite de l’univers) et macrocosme, loin de la domination prométhéenne issue du rationalisme moderne. La visite d’André Breton en territoires Hopi, celle d’Antonin Artaud chez les Indiens Tarahumaras confirment leur intuition qu’une autre relation au monde, qu’une harmonie entre l’homme et la nature, sont encore possibles. La planche gravée publiée par André Masson en 1943, intitulée : « Unité du cosmos », ne dit pas autre chose : « Il n’y a rien d’inanimé dans le monde, une correspondance existe entre les vertus des minéraux, des végétaux, des astres et des corps animaux ».


Questions aux commissaires

« Quelle approche avez-vous adoptée pour exposer le surréalisme aujourd’hui, 20 ans après l’exposition « La Révolution surréaliste » au Centre Pompidou ?
Marie Sarré : La dernière exposition consacrée au mouvement surréaliste au Centre Pompidou date en effet de 2002. Depuis, le Centre Pompidou a organisé des expositions thématiques (« La subversion des images », « Le surréalisme et l’objet », « Art et liberté ») et des monographies (« Dali », « Magritte », « Dora Maar »), mais il apparaissait nécessaire de présenter à une nouvelle génération une exposition sur l’ensemble du mouvement, à l’aune des recherches récentes qui ont été menées tant dans les musées que dans les travaux universitaires.
Longtemps, le surréalisme a été considéré comme un mouvement d’avant-garde qui aurait pris fin en 1940. Cela revient à l’amputer d’une moitié de son histoire, puisqu’il se poursuit, au moins, jusqu’en octobre 1969, date de sa dissolution officielle. Il apparaissait donc essentiel de considérer le mouvement dans son ensemble, en accordant au surréalisme d’après-guerre la place qui lui revient. D’autre part, le surréalisme ne saurait être considéré aujourd’hui comme un mouvement parisien, ou même européen. On sait désormais qu’il a essaimé dans le monde entier, aux États-Unis bien sûr mais aussi en Amérique latine, au Maghreb, en Asie, et qu’il s’est très largement enrichi des apports de ces foyers internationaux. Aussi, la place des femmes dans le groupe a été largement reconsidérée ces dernières années. Aucun mouvement du 20e siècle n’a compté autant de femmes parmi ses membres actifs, loin du statut de muses auquel on a souvent voulu les réduire. Leur présence est attestée dans les revues comme dans les nombreuses Expositions internationales du surréalisme, du moins à partir des années 1930, tant dans les arts plastiques qu’en littérature. Il s’agissait enfin de rappeler la réalité des expositions surréalistes : des manifestations extrêmement populaires qui rassemblaient plusieurs milliers de visiteurs et que la presse qualifiait volontiers de « luna park » et de « train fantôme ». Fidèles à celles-ci, l’exposition « Surréalisme » propose une approche thématique qui cartographie l’imaginaire poétique du mouvement.

Pourquoi pensez-vous que le surréalisme reste remarquablement contemporain en 2024 ?
Didier Ottinger : Qu’il s’agisse du surréalisme ou de n’importe quel autre sujet, historique ou thématique, toute exposition, particulièrement au Centre Pompidou, n’a selon moi de sens que dès lors qu’elle est capable d’entrer en résonance avec l’art et avec les questionnements de l’époque. Avec le surréalisme, on peut difficilement faire mieux ! Au fil de sa longue histoire (40 ans, rappelons-le), le surréalisme a toujours veillé à marcher sur deux jambes, à concilier le « changer la vie » de Rimbaud et le « transformer le monde » de Marx. Dès sa fondation, le surréalisme a voulu agir dans le champ politique. Il a dénoncé le colonialisme (en 1925 en condamnant la guerre du Rif, en 1931 lors de la grande exposition coloniale parisienne, lors des guerres d’Indochine, d’Algérie...), a combattu les totalitarismes (au moment de la montée des fascismes dans l’Europe des années trente, lors du « coup de Prague » de 1948, de l’insurrection de Budapest en 1956...). Les biennales internationales et la Documenta, qui se transforment en forums ouverts aux questions politiques de l’heure, témoignent de l’actualité d’un mouvement prompt à réagir à toutes les menaces pesant sur la liberté et à toutes les atteintes à la dignité humaine.
Quelle actualité encore que celle d’un surréalisme qui, quelques années après sa fondation, essaime de Prague à Tokyo, de Londres au Caire, reliant les points d’une constellation seulement fédérée par un idéal d’émancipation. Actualité encore d’un mouvement qui, plus qu’aucun autre en son temps, s’est largement ouvert aux femmes. Au-delà de ces caractères formels qui auguraient ce qu’est devenu l’« art contemporain », c’est par le modèle civilisationnel qu’il porte que le surréalisme s’affirme comme « remarquablement contemporain ».
Héritier du romantisme (allemand en particulier), le surréalisme n’a cessé de contester le culte voué par les sociétés modernes à la technique et au machinisme, de dénoncer l’obsession matérialiste et le consumérisme des sociétés « avancées » (la dernière des expositions surréalistes, « L’écart absolu », en 1965, place un « consommateur grotesque » au centre de ses salles).
En 1938, le poète Benjamin Péret rédigeait un texte que lui inspirait la photographie d’une locomotive abandonnée au codeur de la forêt amazonienne. Le titre de son texte, La nature dévore le progrès et le dépasse, résonne singulièrement, comme menace ou comme espoir, aux oreilles de nos contemporains... »


Du 4 septembre 2024 au 13 janvier 2025
Galerie 1, niveau 6
Place Georges-Pompidou. 75004 Paris
Tél. : +33 (0)1 44 78 12 33
Ouvert tous les jours, sauf les mardis  : 11h - 21h
Fermeture anticipée à 19h : le 31 décembre 2024
Nocturnes : les jeudis jusqu'à 23h dans les espaces d'exposition du niveau 6 (galeries 1 et 2) 
Visuels :
Affiche exposition Surréalisme © Centre Pompidou

Giorgio De Chirico 
Le chant d’amour, 1914
Huile sur toile
73 × 59,1 cm
The Museum of Modern Art, New York. Nelson A. Rockefeller Bequest, 1979
Ph © Digital image, The Museum of Modern Art, New York/Scala, Florence
© Adagp, Paris, 2024

Max Ernst
L'ange du foyer (Le Triomphe du surréalisme), 1937
Huile sur toile
117,5 x 149,8 cm
Collection particulière
Ph © Vincent Everarts Photographie
© Adagp, Paris, 2024

Les citations proviennent du dossier de presse.
 

dimanche 29 décembre 2024

« Janine Niépce. Regard sur les femmes et le travail »

Janine Niépce (1921-2007) est née dans une famille de vignerons bourguignons. Durant la Deuxième Guerre mondiale, elle étudie par correspondance la technique photographique - elle dispose d'appareils Kodak, Rolleiflex, puis Leica - et s'active dans la résistance. En 1944, titulaire de sa licence d’histoire de l’art et d’archéologie de la Sorbonne, elle contribue à la Libération de Paris. Après guerre, journaliste reporter-photographe, elle saisit les mutations de la France, entre en 1955 l'agence Rapho - ses photographies sont diffusées par l'agence Roger-Viollet -, a sa première exposition personnelle en 1957, et en 1960, certaines de ses œuvres, avec celles de Robert Doisneau, Willy Ronis, Roger Pic, Jean Lattès et Daniel Frasnay sont présentées dans l'exposition collective Six photographes et Paris au Louvre. Elle effectue des reportages en Europe, Asie et Amérique du nord. En France, elle couvre mai 68, des combats féministes, photographie des chercheurs et techniciens pour le Ministère de la Recherche... Elle illustre le courant « humaniste » de la photographie française d'après-guerre. La Cité de l’Économie présente, dans le hall Defrasse, l’exposition « Janine Niépce, regard sur les femmes et le travail ».

« Louise Weiss, une femme pour l’Europe » par Jacques Malaterre 
« Alger, la Mecque des révolutionnaires (1962-1974) » par Ben Salama 
Les mutilations génitales féminines
« La femme, la république et le bon Dieu » d’Olivia Cattan et d’Isabelle Lévy

Documentaires sur l'avortement sur Arte 

« Ce sont des photographies particulières. Elles portent sur le sens profond de la civilisation. Moi, je les vois venir du monde entier, elles restent universelles, d’une beauté et d’une vérité inépuisables », a déclaré Marguerite Duras des photographies de
 Janine Niépce (1921-2007).  

« Dans le cadre de sa saison 2024-2025 consacrée au travail, la Cité de l’Économie explore les rapports qu’entretiennent les femmes avec le monde du travail à travers le regard de la photographe Janine Niépce. »

« La seconde moitié du 20e siècle a été capitale pour l’intégration des femmes dans la vie active. Cette évolution a eu des répercussions aussi bien dans la sphère publique que dans les foyers. Avec Janine Niépce, regard sur les femmes et le travail, Citéco met en lumière l’oeuvre de cette grande photographe qui a su documenter avec une rare authenticité les grandes manifestations ainsi que les scènes du quotidien qui ont marqué les transformations de cette époque. »

« L’exposition met à l’honneur les photographies de l’artiste, témoin des évolutions de la place des femmes pendant la seconde partie du 20e siècle. Organisée en trois parties, elle offre une plongée dans le quotidien des femmes des années 50 à 90, mettant en lumière leur contribution essentielle à la société, leurs luttes pour leur affranchissement vis-à-vis de la maternité et pour l’égalité et enfin leur évolution au sein du monde du travail. »

« Janine Niépce est l’une des premières photographes à mettre en lumière le quotidien des femmes dans leur foyer, effectuant en son sein un travail non salarié et non reconnu par la société mais pourtant créateur de valeur. Elle photographie l’intégration de la société par ces femmes qui sortent de leur foyer ainsi que les signes d’émancipation féminine comme l’accès des jeunes femmes à des filières scientifiques, nouvelles modes (coupe à la garçonne, mini-jupe, pantalons), jeunes gens attablés à des cafés, femmes qui fument… »

« Pour la première fois, on ne voyait plus seulement des figures de rêve sur papier glacé, mais des femmes, les cheveux en bataille, surprises dans leur cuisine, un enfant dans les bras. (…) Les hommes avaient l’habitude de photographier de belles femmes, posant pour des modèles de haute couture, mais rarement en train de faire la lessive ! », a écrit Janine Niépce, dans « Les Années Femme ». Éditions de La Martinière, octobre 1993

« Les luttes féministes ont accompagné des changements sociaux fondamentaux, telles la légalisation de la contraception (loi Neuwirth en 1967) et l’Interruption Volontaire de Grossesse (loi Veil en 1975). Autant d’événements majeurs que Janine Niépce a suivi entre 1965 et 1980, tout en immortalisant des personnalités telles que Simone Veil, Colette, ou encore Elisabeth Badinter. »

« Simone de Beauvoir m’a beaucoup marquée, non seulement par son livre Le Deuxième Sexe, mais par sa personnalité. Elle m’a impressionnée par sa grande intelligence. Elle a compris ce que serait la vie des femmes dans notre siècle. Simone Veil a également beaucoup compté pour moi. Ce qu’elle a fait en 1975 est héroïque. Grâce à elle, nous sommes devenues libres et responsables de notre corps. Ce sont ces deux femmes, les deux Simone, qui ont eu le plus d’impact sur ma vie », a souligné Janine Niépce, dans « Les Années Femme ». Éditions de La Martinière, paru en Octobre 1993.

« Suite à ces grandes luttes féministes et à l’évolution des mœurs, de plus grandes possibilités de carrières s’ouvrent pour les femmes. Janine Niépce photographie ces avocates, ouvrières, scientifiques ou encore maitresses d’oeuvre sur des chantiers qui accèdent à des métiers jusqu’alors réservés aux hommes. Elle immortalise également les femmes qui travaillent dans les métiers du soin, institutrices, sages-femmes, infirmières…, ces professions essentielles à la société, majoritairement occupées par des femmes, et encore mal rémunérées de nos jours. »


JANINE NIÉPCE

« Janine Niépce fait partie du courant « humaniste » de la photographie d’après-guerre.

Bien que parisienne, elle se sent proche des vignerons bourguignons dont est issue sa famille, dont la modernité change les modes de vie. Elle traduira à travers son travail cette France en pleine mutation, entre reconstruction et tradition. C’est dans un Paris occupé qu’elle fait ses études universitaires et découvre la photographie. Révoltée par l’occupation nazie, elle s’engage dans la Résistance en développant des films pour les réseaux de renseignement, puis, en tant qu’agent de liaison, participe à la Libération de Paris.

Devenue par la suite photoreporter, elle sillonne les routes de France pour documenter la vie de ses contemporains, de l’intimité de leurs foyers aux lieux de travail de métiers en voie de disparition.

Dans un domaine encore largement occupé par les hommes, comme en atteste sa participation à l’exposition Six photographes et Paris en 1960 dans laquelle elle est la seule femme, elle parvient à s’imposer dès 1957 avec sa première exposition personnelle.

Son travail documentaire l’emmène jusqu’au Japon, au Cambodge, en Inde, aux États-Unis dans les années 1960. Elle couvre également les changements de son époque, de la mutation professionnelle des femmes aux événements de mai 68. »

Janine Niépce a expliqué la spécificité de son travail : « Je photographie les femmes dans leur trajectoire complète, de l'enfance à la vieillesse et dans tous les milieux. Lorsque les hommes photographient les femmes, ce qui les fascine ce sont leur corps, leur beauté, et, depuis quelque temps, même leur laideur, c'est la mode; en somme, toujours des femmes-objets. »

Janine Niépce vue par sa petite-fille Hélène Jaeger Defaix

« Janine, ma grand-mère, a toujours considéré le travail comme la pierre angulaire de l’indépendance financière et donc de la liberté des femmes. Elle y voyait aussi un fort vecteur d’émancipation et d’ouverture aux autres. Elle a ainsi documenté toutes les luttes féministes des années 1950 aux années 2000 : l’égalité salariale entre femmes et hommes, la contraception, l’accès à l’avortement, le planning familial, l’ouverture de certaines filières d’étude ou de certains métiers jusqu’alors exclusivement masculins… Elle était très proche de ces mouvements, ce qui lui a permis de les suivre au plus près. »

« L’humain étant au cœur de son oeuvre, ses images sont atemporelles et nous touchent aujourd’hui toujours autant. Les rires d’enfants, les échanges entre collègues, la concentration sur le visage d’un étudiant, les banderoles des manifestants, rien n’a vraiment changé. En ce qui concerne les combats et revendications aussi, les sujets restent d’actualité. ‘’Rien n’est jamais acquis, et surtout pas pour les femmes’’ disait-elle souvent. Force est de constater que cette mise en garde reste pleine de sens. » 


Du 3 octobre 2024 au 5 janvier 2025
Dans le hall Defrasse 
1, place du Général-Catroux. 75017 Paris
Du mardi au dimanche de 14h à 18h, et jusqu’à 19h les samedis.
Un jeudi par mois jusqu’à 22h
Pendant les petites vacances de la zone C, ouvert du mardi au dimanche de 10h à 18h, jusqu’à 19h le samedi
Nocturne le premier jeudi du mois de 19 h à 22 h
Fermé le 1er janvier 2026
Visuels
Affiche
Jeune fille au drapeau. Défilé à la Bastille. Paris, mai 1968.
© Janine Niépce / Roger-Viollet

Copilote à Air-France. Ici dans les environs de Paris en 1972.
© Janine Niépce / Roger-Viollet

Frigidaire et machine à laver. Arras (Pas-de-Calais), 1959.
© Janine Niépce / Roger-Viollet

Étudiantes en chimie. Paris. 1964.
© Janine Niépce / Roger-Viollet

Janine Niepce (1921-2007), photographe française, et son Leica. 
Fonds Janine Niepce (1921-2007)


Articles sur ce blog concernant :

Les citations proviennent du communiqué de presse.
 

vendredi 27 décembre 2024

Le 14e Festival du Merveilleux au Musée des Arts Forains

Aux Pavillons de Bercy-Musée des Arts Forains, la 14e édition du Festival du Merveilleux célèbre le « Joyeux Bercy » (27 décembre 2024-5 janvier 2025) alors que 
la « Culture foraine » a été inscrite  au Patrimoine culturel immatériel de l’Unesco (Organisation des Nations unies pour l'éducation, la science et la culture.) Au programme : l’hypnotiseur aux Salons Vénitiens, le manège de vélocipèdes au Musée des Arts Forains, la Danse Tanoura au Théâtre du Merveilleux, la Course des garçons de café au Musée des Arts Forains, le danseur de claquettes Philou au Magic Mirror et le Spectacle aérien au Théâtre du Merveilleux. 

L’histoire sous les pieds. 3000 ans de chaussures 

Depuis le Moyen-âge, de bourg en bourg, les forains proposent leurs attractions à un public curieux des nouveautés présentées.

La « fête foraine du XIXème siècle est un fait social, un media aussi important qu’ont pu l’être les cathédrales dans les siècles passés et la télévision aujourd’hui. Egalement creuset de toutes les formes de spectacle moderne, on retrouvait sur les champs de foire théâtre, music-hall, bonimenteurs, sport-spectacle, magie et illusions, acrobates, marionnettes… »

« A la Belle Époque, on y vient pour se divertir mais aussi pour faire des découvertes. Théâtres mécaniques, cinéma, science amusante, musées de cire, démonstrations scientifiques : c’est un lieu vulgarisateur de nouveautés et de technologies. » Surtout fréquenté alors par des adultes. Au XXe siècle, les enfants découvrent la barbe-à-papa et autres sucreries.

Les forains ont inspiré des chansons, chorégraphies, tableaux… et films. Dès sa première minute, « Les Demoiselles de Rochefort » de Jacques Demy montrent l’attractivité des forains et la diversité des spectacles pour un public provincial dont le rythme de vie est bouleversée.

« Souvent dénigrés au statut d’art populaire, les Arts Forains sont aujourd’hui reconnus comme un Art Décoratif à part entière grâce à la qualité et à la diversité du travail. Les artisans du passé seraient considérés de nos jours comme de véritables artistes. Des maîtres dirigeaient leurs élèves dans des ateliers, des catalogues étaient réalisés et des expositions organisées. »

La « Culture foraine » ne « connait pas de frontières, elle est en premier lieu une culture nomade, qui apporte la fête de ville en ville, et qui se transmet de génération en génération depuis 150 ans. Elle possède des savoir-faire et un mode de vie spécifiques, dans une société paritaire où les femmes travaillent autant que les hommes. »

« Fait social majeur depuis son apogée au XIXe siècle, la fête foraine et sa culture vibrent au rythme de la société dans laquelle elle évolue ». 

La fête foraine « a aussi permis de vulgariser les découvertes scientifiques et techniques telle l'électricité, la vapeur ou le magnétisme à l’époque et continue à présenter des avancées technologiques telles que la réalité virtuelle. Ce souci permanent de la modernité, et les vertus pédagogiques qui en découlent, se retrouvent naturellement dans l'art forain où les styles s'y succèdent et s'y chevauchent quelquefois : baroque, romantisme, symbolisme, réalisme... Dans un perpétuel renouvellement, les forains s’emploient sans relâche à séduire leur public pour leur offrir l'occasion de s'évader du quotidien. »

« Elle est un média aussi important qu'ont pu l'être les cathédrales dans les siècles passés et la télévision aujourd'hui. Elle fut le creuset de toutes les formes de spectacle moderne : music-hall, cinéma, cirque, sport-spectacle ont été portés par la fête foraine », explique Jean-Paul Favand, créateur du musée des Arts forains.

Ancien comédien et antiquaire, Jean-Paul Favand avait ouvert le Tribulum, magasin d’antiquités transformé dans les années 1980 en « bistrot convivial » montrant les objets de sa collection d’art forain. Créateur du Louvre des Antiquaires, commissaire d’expositions en Europe, au Japon et au Moyen-Orient et scénographe, il a été distingué en 1980 par la Médaille de l’Année du Patrimoine. 

En 1996, il a ouvert un musée des Arts forains dans les anciens chais à vin Lheureux, d’époque XIXe, dans le quartier de Bercy.

Jean Paul Favand  y met en scène le Patrimoine du spectacle et des Arts Forains d’une manière originale : il a conçu un « musée sans vitrines ni cartels dans lequel il est autorisé de toucher les objets ». Son musée fonctionne en autofinancement, sans subvention, grâce à l’évènementiel et au public venant voir ses spectacles artistiques.

« Festival du Merveilleux »
Le Musée des Arts Forains est le « premier musée spectacle en France ».

La 14e édition du Festival du Merveilleux célèbre le « Joyeux Bercy » (27 décembre 2024-5 janvier 2025). « Une invitation à plonger dans l’atmosphère festive des guinguettes d’antan et dans le passé du plus grand marché de vins et spiritueux du monde que fut le village de Bercy ». 

« Exceptionnellement pendant ces 10 jours de l’année, les pavillons de Bercy se transforment en une immense salle de spectacle avec des musiciens, danseurs, marionnettistes, acrobates, artistes du spectacle vivant et même un hypnotiseur ! » 

"Cette année, le Festival du Merveilleux vous invite à plonger dans l’atmosphère festive et chaleureuse du Joyeux Bercy, une époque où le quartier de Bercy était un véritable carrefour de la convivialité : les berges étaient animées par les allées et venues des négociants en vin, des ouvriers, mais aussi des artistes et des canotiers. Les cafés, guinguettes et auberges se remplissaient de rires, de musique, et d’amitié, tandis que des fêtes populaires, comme les fameuses joutes sur l’eau ou les courses de rouleurs de tonneaux, faisaient la réputation du quartier. Ce passé festif vous est  présenté dans une exposition inédite de photos anciennes et d’objets datant de l’époque des anciens chais".

« Renouant avec les réjouissances d’il y a cent cinquante ans, époque où le vin n’était pas soumis à l’octroi dans le village de Bercy, les Pavillons de Bercy deviennent la scène d’une fête conviviale, invitant les visiteurs à vivre une expérience immersive totale. »

« Le public a accès à certaines attractions, manèges anciens et à tous les spectacles, joués quatre fois par jour, dans les cinq espaces du musée qui réunissent le plus grand ensemble d’objets patrimoniaux du spectacle et de l’art forain du XIXe siècle. »

« Une exposition de photos anciennes et d’objets patrimoniaux provenant des anciens chais à vins, complèteront le spectacle. »

« Le public est invité à venir jouer, s’émerveiller et danser la valse, la polka, la java ou la mazurka, dans ce qui fut le haut-lieu de la vie parisienne, où se retrouvaient négociants, clients, ouvriers, écrivains, artistes, tel le peintre Daumier ou le photographe Eugène Atget. »

"Chaque jour, laissez-vous surprendre par des spectacles vivants, des animations numériques et des performances féériques. En accompagnement, une balade dans les jardins, décorés pour la saison, un verre de vin chaud ou de soupe à l’oignon à la main".

"Venez célébrer avec nous l’esprit convivial et chaleureux qui règne toujours à Bercy, dans un cadre unique et enchanteur, où chaque animation transporte dans ce monde merveilleux du passé !"
 
"Pendant le festival, le musée se transforme en un lieu vibrant au rythme de performances variées. De nombreux spectacles de forme courte à voir debout sont proposés au public : musiciens, danseurs, spectacles de musique mécanique, initiation aux danses des guinguettes, marionnettistes, automates, mapping vidéo, acrobates et même un hypnotiseur".

Au programme, plusieurs fois par jour : l’hypnotiseur aux Salons Vénitiens, le manège de vélocipèdes au Musée des Arts Forains, la Danse Tanoura au Théâtre du Merveilleux, la Course des garçons de café au Musée des Arts Forains, le danseur de claquettes Philou au Magic Mirror et le Spectacle aérien au Théâtre du Merveilleux.

« Alors à vos canotiers ! » 

Unesco
Le 4 décembre 2024, la « Culture foraine » a été inscrite  au Patrimoine culturel immatériel de l’Unesco (Organisation des Nations unies pour l'éducation, la science et la culture) durant la dix-neuvième session du Comité intergouvernemental pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel qui s’est déroulé à Asunción (République du Paraguay) du 2 au 7 décembre 2024. 

Une proposition conjointe de la Belgique et de la France.


« Chaque année, de février à novembre, la communauté des forains se déplace selon un itinéraire déterminé revenant toujours aux mêmes endroits. Accueillis par les autorités locales, ils installent leurs attractions – stands de nourriture, jeux et manèges – dans un espace public, où ils restent une journée ou plusieurs semaines. La communauté des forains vit sur le champ de foire et gère les attractions et les divertissements. Les attractions, qui font partie intégrante du patrimoine forain, sont conservées et utilisées par la même famille sur plusieurs générations. » 

« En tant que lieu de mémoire vivante de la « Culture foraine », le Musée des Arts Forains, créé par Jean Paul Favand, a pris une part active à cette candidature, portée conjointement par la Belgique et la France depuis 2019. Éloïse Galliard, la responsable des collections du musée a participé à la rédaction de ce dossier avec les forains, les représentants des Ministères de la Culture, des chercheurs et des historiens de toute l’Europe ».

« Dans cette culture itinérante de tradition orale, il existe peu d’archives ou de trace matérielle de l’histoire des forains. Il ne fait pas de doute que le patrimoine forain, comme les bâtiments du XIXème siècle, aurait été protégé s’il avait été sédentaire. »

« Cette reconnaissance vient appuyer le travail de valorisation de cette culture que je mène depuis des années dans mon musée. En m’intéressant aux objets du patrimoine de la fête, j’ai pris conscience qu’au-delà du matériel, elle était un fait social complétement oublié dont il était important de préserver la mémoire », a déclaré Jean-Paul Favand, fondateur du Musée des Arts Forains.



Du vendredi 27 décembre 2024 au dimanche 5 janvier 2025
14e Festival du Merveilleux Musée des Arts Forains 
53, avenue des Terroirs de France. 75012 Paris
Tous les jours de 10 h à 18 h 
Dernière entrée à 17h30 • Prévoir minimum 2h • Pas de visites guidées 
Tarifs : Adultes 22 €, Réduit 16 € (Etudiants, personnes en situation de handicap, - de 18 ans) Enfants de 3 à 11 ans inclus : 14 €, Moins de 3 ans : gratuit 
Pour chaque entrée achetée, 2 tickets attractions offerts. 
Achat de billets en ligne conseillé. La vente de billets sur place ne sera pas garantie en fonction de l’affluence (jauge limitée). 
Billetterie en ligne et renseignements sur www.arts-forains.com 
Une restauration légère sera disponible sur place, vin chaud, soupe à l’oignon, foodtruck la Cabane de Cape Cod  
Visuels :
Manège des vélocipèdes Musée des Arts Forains

COURSE - Course de garçon de café du Musée des Arts Forains des Pavillons de Bercy © Allan Zepeda Photo

Philou au Magic Mirror – Spectacle aérien au Théâtre du Merveilleux © Pavillons de Bercy

L’hypnotiseur aux Salons Vénitiens © Pavillons de Bercy 

©  Unesco
https://ich.unesco.org/fr/7b-liste-representative-01370?include=slideshow_inc.php&id=02108&width=620&call=slideshow&mode=scroll#https://ich.unesco.org/img/photo/thumb/17281-HUG.jpg

Articles sur ce blog concernant :
Les citations proviennent du Musée des Arts Forains et de l'Unesco.