Citations

« Le goût de la vérité n’empêche pas la prise de parti. » (Albert Camus)
« La lucidité est la blessure la plus rapprochée du Soleil. » (René Char).
« Il faut commencer par le commencement, et le commencement de tout est le courage. » (Vladimir Jankélévitch)
« Notre métier n’est pas de faire plaisir, non plus de faire du tort. Il est de porter la plume dans la plaie. » (Albert Londres)
« Le plus difficile n'est pas de dire ce que l'on voit, mais d'accepter de voir ce que l'on voit. » (Charles Péguy)

mercredi 6 juillet 2022

« Les secrets de la haute couture » de Maja Dielhenn

Arte diffusera le 6 juillet 2022 à 7 h 15, dans le cadre de « GEO Reportage », « Les secrets de la haute couture » (Haute Couture. Federn, Falten, Seidenblumen) de Maja Dielhenn. Parurier, maître-plisseur et créatrice de fleurs de soie ne sont pas de simples exécutants indépendants : ces artisans d'art français créent pour des designers de la haute couture, propriété de grands groupes internationalisés, et sont les uniques dépositaires d'un savoir-faire élaboré par des maisons aujourd'hui disparues.

L’histoire sous les pieds. 3000 ans de chaussures 
« GEO Reportage » propose « des histoires passionnantes et des voyages de rêve pour découvrir le monde et rencontrer les petits et grands acteurs de la vie ».

« Paris, berceau de la haute couture, de ses robes élégantes et des silhouettes extravagantes entièrement façonnées à la main par les meilleurs artisans d’art ». Milan et New York rivalisent avec Paris.

« Si leurs savoir-faire constituent un bien culturel inscrit dans l’ADN français, leurs noms et ceux de leurs clients sont souvent des secrets bien gardés. Chacune de leurs créations est unique. »

Eric Charles-Donatien, artiste designer plumassier et ancien assistant d'André Lemarié
Karen Grigorianmaître-plisseur, et Séverina Lartiguecréatrice de fleurs de soie, ne sont pas de simples exécutants indépendants. Ces artisans d'art créent en traduisant "des émotions en texture, couleur et matière", et ce, en un temps réduit. Les designers louent leur "intelligence du geste", leur "excellence".

Séverina Lartigue créatrice de fleurs, a trois mille fers représentant diverses fleurs, de différentes tailles. Elle initie une collaboration sur du cuir.

L'amitié créatrice liant Eric Charles-Donatien et Séverina Lartigue permet à chacun d'initier de nouvelles innovations, par exemple en associant la plume et le métal qui structure la légèreté. 


« Les secrets de la haute couture » de Maja Dielhenn
Allemagne, 2021, 32 min
Sur Arte le 6 juillet 2022 à 7 h 15
Disponible du 16 mai 2022 au 20 août 2022
Visuels : © Medienkontor/Mike Dielhenn et DR


Velázquez (1599-1660)


Diego Rodríguez de Silva y Velázquez, dit Diego Velázquez, ou Diego Vélasquez (1599-1660), est un peintre baroque espagnol. Il est considéré comme l'un des principaux représentants de la peinture espagnole et l'un des maîtres de la peinture universelle. Parmi ses chefs-d'œuvres, citons Les Ménines et Les Fileuses. Arte diffusera le 10 juillet 2022 à 17 h 35, dans le cadre de la série documentaire "Le monde dans un tableau" (Die ganze Welt in einem Bild), "Le piment de Velazquez" (Velázquez und die Chilischote) de Nicolas Autheman. 

Ce « peintre des peintres » (Manet), célèbre pour ses Ménines, a excellé dans tous les genres artistiques, et a influencé peintres et photographes. 

"El Siglo de Oro"
Le 3 juillet 2016, Arte diffusa El Siglo de Oro (Le siècle d'or), documentaire de Grit Lederer.

"Il est surnommé El Siglo de Oro : le XVIIe siècle fut pour l'Espagne la période la plus faste de son histoire en termes de création artistique. C'est l'époque des peintres El Greco, Diego Velázquez, Bartolomé Esteban Murillo ou Francisco de Zurbarán, qui marquèrent les esprits par leur réalisme et la finesse psychologique de leurs portraits, ou encore de Gregorio Fernández, dont les monumentales sculptures en bois sont encore admirées aujourd'hui pour leur représentation déchirante de la souffrance et du martyre. Jusqu'en octobre, la Gemäldegalerie de Berlin consacre une exposition au siècle de Velázquez. À cette occasion, ce documentaire revisite les hauts lieux du baroque espagnol : Séville, Madrid, Tolède ou Valladolid, d'églises richement ornées en monastères franciscains, à la découverte des plus grands chefs-d'œuvre de l'Âge d'or espagnol, et du lien étroit qui reliait alors l'art au pouvoir de Philippe IV et à l'Église. Il explore ses liens avec le pouvoir politique et religieux".

Exposition
Après avoir été présentée au Kunsthistorisches Museum à Vienne (28 octobre 2014-15 février 2015) en Autriche,  le Grand Palais a présenté une exposition monographique sur Diego Velázquez (1599-1660). Cette exposition montre un « panorama complet de l’oeuvre de Diego Velázquez, depuis ses débuts à Séville jusqu’à ses dernières années et l’influence que son art exerce sur ses contemporains ». Elle vise aussi à résumer les apports de récentes études et les débats encore ouverts, et présente pour la première fois, des œuvres découvertes : L’Education de la Vierge [New Haven, Yale Art Gallery] ; Portrait de l’inquisiteur Sebastian de Huerta [collection particulière].

Le faible nombre des tableaux de Velázquez – environ une centaine -, essentiellement détenus au musée du Prado (Madrid) « rendent particulièrement difficile l’organisation d’une rétrospective complète »… L’un des intérêts de cette exposition est d’avoir obtenu, par des prêts exceptionnels, la Forge de Vulcain (Prado) et de la Tunique de Joseph (Escorial), ainsi que des chefs-d’oeuvre tels la Vénus au miroir (Londres, National Gallery) ou le Portrait d’Innocent X (Rome, Galleria Doria Pamphilj) - si cher à Francis Bacon -, deux icônes universelles de l’histoire de l’art ».

Peintre de l'Age d'or espagnol
Né à Séville en 1599, Velázquez « est l’une des plus importantes figures de l’histoire de l’art, tout style et toute époque confondus. Chef de file de l’école espagnole, peintre attitré du roi Philippe IV, au moment où l’Espagne domine le monde, il est le strict contemporain de Van Dyck, Bernin et Zurbaran, bien que son art ne l’élève à une intemporalité que seuls peuvent lui disputer les noms de Léonard, Raphaël, Michel-Ange, Titien, Caravage et Rembrandt ». 

« Formé très jeune dans l’atelier de Francisco Pacheco, peintre influent et lettré de la capitale andalouse », Velázquez « ne tarde pas à s’imposer et, encouragé par son maître devenu aussi son beau-père, décide de tenter sa chance à la Cour de Madrid. Après une première tentative infructueuse, il est finalement nommé peintre du roi en 1623 marquant le début d’une ascension artistique et sociale qui le mène aux plus hautes charges du palais et au plus près du souverain ». 

Deux voyages déterminants en Italie, le premier autour de 1630, le second autour de 1650, et les naissances et décès successifs des héritiers au trône jalonnent sa carrière. « Maître dans l’art du portrait, dont il libère et renouvelle le genre », Velázquez « n’excelle pas moins dans le paysage, la peinture d’histoire ou, dans sa jeunesse, la scène de genre et la nature morte ». 

L’exposition s’ouvre sur l’évocation du « climat artistique de l’Andalousie au début du XVIIe siècle, mettant en perspective les premières œuvres de Velázquez et restituant l’émulation de l’atelier de Pacheco autour de peintures et de sculptures d’Alonso Cano et Juan Martinez Montañés ». Fils de bourgeois, Diego Velázquez entre en 1611, âgé de douze ans, dans l’atelier du « peintre et théoricien Francisco Pacheco. Séville est alors la plaque tournante de toutes les nouveautés en provenance ou à destination du Nouveau Monde. Ouverte sur les Flandres, l’Afrique et l’Italie, la ville brasse une population cosmopolite animée par une vitalité économique que garantit l’arrivée régulière d’or en provenance des Amériques ». Six années de formation et de fréquentation de l’élite sévillane. L’occasion aussi de s’initier à la sculpture.

En 1617, Velázquez est admis dans la corporation des peintres, et épouse en 1618 la fille de son maître. « Cette même année 1617 est marquée par un débat passionné sur le culte de l’Immaculée Conception, dont un bref pontifical du pape Paul V vient d’interdire la critique publique. Le rôle nouveau dévolu aux images depuis le concile de Trente associe désormais intimement l’artiste au théologien, prolongeant le débat dogmatique sur le terrain visuel ».

Puis, elle s’attache à « la veine naturaliste et picaresque de la peinture de Velázquez autour de ses scènes de cuisine et de taverne, en insistant particulièrement sur les concepts de variation et de déclinaison des motifs ». 

Vers 1620, le « style du peintre évolue vers un caravagisme plus franc. Des années de formation à Séville et la première époque madrilène, cette période correspond aux premiers contacts de l’artiste avec Madrid et la peinture qu’on y trouve et qui s’y produit ». présente ainsi les œuvres du peintre parmi celles de ses contemporains, espagnols ou italiens, qui partagèrent cette adhésion à une peinture plus « moderne ». Les débuts du peintre à la cour voient évoluer sa conception du portrait, passant d’un naturalisme bouillonnant à des formules plus froides et solennelles en accord avec la tradition du portrait de cour espagnol ».

Tournant majeur, le « premier voyage en Italie de l’artiste est illustré par des œuvres qui pourraient avoir été exécutée à Rome ou immédiatement à son retour (Vue des jardins de la Villa Médicis, Rixe devant une auberge…). Ces chefs-d’oeuvre de la première maturité offrent en outre l’occasion d’aborder un aspect peu exploré de son oeuvre : le paysage ». « Stimulé par l’exemple de Rubens, Velázquez confère une fraîcheur et une liberté aux arrières-plans de ses portraits en extérieur réalisés pour les différentes résidences royales ». 

La deuxième section dédie une partie importante au personnage de Baltasar Carlos. « Fils chéri et héritier attendu de la Couronne, il incarne tous les espoirs dynastiques des Habsbourg d’Espagne au moment où le règne de Philippe IV est lui-même à son apogée ». 

La peinture mythologique, sacrée et profane de Velázquez, est illustrée par la Vénus au miroir

L’exposition s’achève sur la dernière décennie du peintre et son influence sur les vélazquésiens (velazqueños), son gendre et plus fidèle disciple : Juan Bautista Martinez del Mazo. Elle souligne « l’importance du peintre en tant que portraitiste, à la Cour de Madrid dans un premier temps, puis à Rome autour du pape Innocent X à l’occasion de son second voyage italien », et met en avant deux de ses collaborateurs importants : l’Italien Pietro Martire Neri et Juan de Pareja, « esclave affranchi et assistant du peintre ».

Ambitieux, Velázquez aspirait à la noblesse, et à être admis dans le prestigieux ordre de Santiago (Saint-Jacques de l’Epée). Pour ce faire, il doit prouver que sa lignée est noble et sans sang Juif ou maure . Velázquez soumet sa généalogie au Conseil de l’Ordre : il est né de Juan Rodríguez de Silva et de Gerónima de Velázquez, tous deux nés à Séville, tout comme ses grands-parents maternels Juan Velázquez et Catalina de Zayas. Quant à ses grands-parents paternels, Diego Rodríguez de Silva and Maria Rodríguez, ils viennent de Porto, au nord du Portugal. Comme le Portugal et l’Espagne sont en guerre depuis 1640, le Conseil de l’Ordre diligente une enquête notamment en Galicie. La grand-mère paternelle de Velázquez portait le nom de Rodríguez da Silva. Selon l’historien Julián Gállego, cet artiste aurait eu des ancêtres Juifs. Sa famille s’est installée en Espagne au cours du dernier quart du XVIe siècle, une époque où de nombreux Juifs conversos portugais se sont réfugiés en Espagne, fuyant une Inquisition portugaise plus sévère que son homologue hispanique. Kevin Ingram indique que Silva et Rodríguez sont deux des noms patronymiques les plus populaires adoptés par les ces conversos portugais. Il doute que la famille de Velázquez soit originaire du nord-ouest du Portugal, mais plutôt d’une zone frontalière étroite à l’est du Portugal. Caro Baroja informe que la majorité des conversos portugais habitait dans cette zone, d’où elle a émigrée à la fin du XVIe siècle, en portant les nms Nunez, Castro, Silva et Rodríguez. La plupart d’entre eux travaillaient dans les activités textile : tisserands, tailleurs, marchands de vêtements, etc. Une fois arrivés en Espagne, ces nouveaux immigrés ont fréquenté les communautés converties, souvent en Extrémadure et en Andalousie, où ils ont établi leurs affaires et ont scellé des alliances matrimoniales avec leurs homologues socio-culturels hispaniques. Les recherches de Kevin Ingrad l’ont menée à étudier des archives sur le grand-père maternel du peintre, Juan Velázquez Moreno (c. 1545-1599) marchand, tisserand, recourant au velours. Les grands-parents de Velázquez n’étaient pas nobles. Une dispense papale lui permet cependant l’admission dans cet ordre. Grâce à l’aide du roi Philippe IV, le 12 juin 1658, Velázquez arbore l’habit de chevalier. et le roi décerna le titre d’hidalgo à ce nouveau chevalier de l’ordre de Santiago.


"Le piment de Velazquez"
Arte diffusera le 10 juillet 2022 à 17 h 35, dans le cadre de la série documentaire "Le monde dans un tableau" (Die ganze Welt in einem Bild), "Le piment de Velazquez" (Velázquez und die Chilischote) de Nicolas Autheman. 

"Quand un petit piment, placé par Velazquez au premier plan d'une toile, ouvre une fenêtre sur son époque... Un voyage ludique et captivant à travers l'histoire de l'art, celle de Séville et celle du Nouveau Monde, narré par François Morel."

"Dans la salle que la National Gallery de Londres consacre aux trésors de Diego Velázquez, un tableau s'avère particulièrement énigmatique pour l'œil contemporain : Le Christ dans la maison de Marthe et Marie. Peinte en 1618, alors que le maître n'a que 20 ans, la toile met habilement en abîme la parabole biblique en se présentant à première vue comme un bodegón, scène de taverne alors très en vogue dans la peinture espagnole. On y voit une jeune fille s'affairer en cuisine, suivant les conseils d'une femme âgée. Devant elles, des poissons, quelques gousses d'ail, des œufs… et un piment rouge séché. Comment ce légume, originaire du Nouveau Monde, est-il arrivé sur une table de cuisine sévillane ? Pourrait-il constituer la clef d'interprétation de cet émouvant tableau truffé d'allégories et d'énigmes ?"

"À partir de ce détail qu'on pourrait croire anodin, une fenêtre s'ouvre sur tout un monde, à commencer par la Séville du Siècle d'or, l'un des plus grands ports d'Europe à l'époque, où affluent depuis la découverte des Amériques des aliments nouveaux". 

"Dans le prolongement du Chapeau de Vermeer, premier volet de cette collection, ce documentaire, narré par la voix de François Morel, propose une enquête picturale brillante et ludique, riche en digressions et en ponts entre les époques, qui met en lumière les influences multiples ayant nourri le génie de Velázquez. Il convoque des spécialistes inattendus mais toujours éclairants, d'une cheffe sévillane aux botanistes des jardins royaux de Madrid, de cultivateurs de piments à un prêtre mexicain. En filigrane, le piment nous parle d'échanges et de guerres, de transgression et de sensualité, de la démesure de l'art baroque et des crimes des conquistadors contre l'Empire aztèque… Et aussi, tout simplement, de l'art de peindre."


Biographie

1599 
"Naissance de Diego Rodríguez de Silva y Velázquez dans l’église San Pedro à Séville. 
1605 
Naissance de Philippe IV, futur roi d’Espagne, à Valladolid. 
1611 
Juan Rodríguez de Silva, le père de Diego, signe avec Francisco Pacheco (1564-1644) un contrat d’apprentissage d’une durée de six années pour son fils. 
1615 
Mariage du futur Philippe IV avec Isabel de Bourbon. 
1617 
Après avoir achevé sa formation, Velázquez passe un examen devant la corporation des peintres sévillans. Il peut ainsi exercer son métier et ouvrir un atelier où il le souhaite en Espagne. 
1618 
Velázquez épouse la fille de Francisco Pacheco, Juana Pacheco Miranda, dans l’église San Miguel à Séville. 
1621 
Don Gaspar de Guzmán, comte d’Olivares (1587-1645), est fait Grand d’Espagne. 
1622 
Olivares entre au Conseil d’État, avec le rang de ministre. 
1622 
Premier séjour du peintre à Madrid. 
1623 
Grâce aux proches de Francisco Pacheco et plus précisément à don Juan de Fonseca, aumônier du roi, le comte-duc d’Olivares (1587-1645) fait venir Velázquez à la Cour une nouvelle fois afin qu’il y peigne un portrait du roi. Achevé le 30 août, le portrait (aujourd’hui perdu) remporte un vif succès et ouvre à l’artiste les portes de la Cour. Après s’être installé à Madrid sur les ordres de Philippe IV, Velázquez est nommé peintre du Roi. 
1625 
Velázquez peint le portrait équestre de Philippe IV (aujourd’hui perdu), qui connaît un succès retentissant lors de son exposition Calle Mayor à Madrid devant l’église San Felipe el Real. 
1627 
Le roi organise un concours entre ses peintres officiels, Velázquez, Vicente Carducho, Eugenio Cajés et Angelo Nardi. Déclaré vainqueur pour son tableau L’Expulsion des Morisques (détruit dans l’incendie de l’Alcázar en 1734), Velázquez s’impose comme le plus grand artiste de la Cour. 
1628 
Velázquez rencontre Pierre Paul Rubens (1577-1640), qui se rend pour la seconde fois en Espagne, où il séjournera pendant près de huit mois afin de régler certaines affaires diplomatiques. Les deux artistes se lient d’amitié et visitent ensemble l’Escorial. 
1629 
Naissance du prince héritier Baltasar Carlos à Madrid. 
1629-1630 : premier voyage en Italie 
Deux mois après le retour de Rubens à Anvers, Velázquez sollicite l’accord du roi afin de se rendre en Italie dans le but d’en voir les merveilles. 
1631 
Juan Bautista Martínez del Mazo entre dans l’atelier de Velázquez. 
1630-1640 
Les années 1630 représentent une période d’intense activité pour l’artiste, qui joue un rôle déterminant dans la décoration de plusieurs édifices royaux. 
1638 
Naissance de Marie-Thérèse d’Autriche, qui deviendra l’épouse de Louis XIV. 
1649-1651: second voyage en Italie 
Ce second séjour s’effectuera dans des circonstances très différentes de celles du précédent. Philippe IV charge en effet l’artiste de rapporter d’Italie des sculptures antiques ou, à défaut, des moulages en plâtre et en bronze ainsi que des peintures de grands maîtres, et de ramener un peintre à fresque de grande réputation. 
1650 
Velázquez peint le Portrait du pape Innocent X. 
1651 
Après avoir annoncé le retour de l’artiste à Madrid, Philippe IV lui confirme sa confiance en lui confiant deux énormes chantiers, la rénovation de l’Alcázar et celle du monastère de San Lorenzo el Escorial. 
1652 
Velázquez est nommé « grand maréchal du Palais ». C’est une tâche très lourde qui lui laisse peu de temps pour la peinture. 
L’artiste doit régir la vie quotidienne du palais, organiser les déplacements de la Cour, s’occuper des différentes demeures. 
1656 
L’artiste peint Les Ménines. 
1659 
Velázquez est nommé chevalier de l’ordre de Santiago. Le lendemain, il est anobli par Philippe IV, qui lui octroie le titre de hidalgo. 
L’artiste exécute plusieurs tableaux à caractère mythologique et supervise la décoration du grand salon de l’Alcázar, dit salon des Miroirs. 
1660 
Velázquez est choisi comme témoin du mariage de l’infante Marie- Thérèse, fille de Philippe IV, avec le roi de France Louis XIV, union qui scelle les accords de paix entre les deux nations. En tant que grand maréchal, il doit veiller à l’organisation du voyage et superviser la décoration de la cérémonie, qui a lieu dans les Pyrénées. 
6 août 1660 
Mort de Velázquez".


"Le piment de Velazquez" de Nicolas Autheman
France, 2022, 76 min
Coproduction : ARTE France, Schuch Productions
Commentaire dit par François Morel
Sur Arte les 10 juillet 2022 à 17 h 35 et 31 juillet/2022 à 5 h 40
Sur arte.tv du 03/07/2022 au 05/01/2023
Visuels : © Schuch Productions

Jusqu’au 13 juillet 2015
Galeries nationales 
Entrée square Jean Perrin
Tél. : 01.44.13.17.17
Dimanche et lundi de 10 h à 20 h, du mercredi au samedi de 10 h à 22 h

Visuels
Affiche
Diego Velázquez
Portrait de l’infante Marguerite en bleu
vers 1659
huile sur toile, 127 x 106 cm
Kunsthistorisches Museum, Vienne
© Kunsthistorisches Museum, Vienne

Diego Velázquez
La tunique de Joseph
vers 1630
huile sur toile, 213,5 x 284 cm
Madrid, Real Monasterio del Escorial
(Patrimonio Nacional)
© Patrimonio Nacional

Diego Velázquez
Portrait de Philippe IV
vers 1654
huile sur toile, 69,3 x 56,5 cm
Madrid, Museo Nacional del Prado
© Madrid, Museo Nacional del Prado

Diego Velázquez
Portrait du sculpteur Juan Martínez Montañés
1635-1636
huile sur toile, 109 x 88 cm
Madrid, Museo Nacional del Prado
© Madrid, Museo Nacional del Prado

Diego Velázquez
Vénus au miroir
vers 1647-1651
huile sur toile, 122,5 x 177 cm
Londres, the National Gallery
© The National Gallery

Diego Velázquez
Portrait du pape Innocent X
1650
Huile sur toile, 140 x 120 cm
Rome, Galleria Doria Pamphilj
© Amministrazione Doria Pamphilj srl

Articles sur ce blog concernant :
Articles in English
Les citations proviennent du dossier de presse. Cet article a été publié le 13 juillet 2015, puis le 3 juillet 2016.

lundi 4 juillet 2022

« Le jardin des Finzi-Contini » de Vittorio De Sica

En 1962, parait Il giardino dei Finzi-Contini (Le jardin des Finzi-Contini) de 
Giorgio Bassani (1916-2000), militant antifasciste, écrivain, scénariste et homme politique juif italien. Ce roman décrit une famille de la haute bourgeoise juive de Ferrare qui tente de préserver son mode de vie dans l'Italie fasciste et malgré les lois antisémites. Arte diffusera le 4 juillet 2022 à 20 h 50 « Le jardin des Finzi-Contini » (Der Garten der Finzi Contini) de Vittorio De Sica avec Dominique Sanda, Helmut Berger, Lino Capolicchio, Fabio Testi, puis à 22 h 25 « À la recherche du jardin des Finzi-Contini » (Auf der Suche nach den Gärten der Finzi-Contini), documentaire de Rä di Martino. 
Trésors du ghetto de Venise
« Italie, une simple histoire d’amour. Témoignages d’un ambassadeur d’Israël » de Mordechaï Drory 

Né à Bologne, Giorgio Bassani (1916-2000) était un militant antifasciste, écrivain - Cinque storie ferraresi (1956) a obtenu le Prix Strega (recueil comprenant Lidia Mantovani ; La passeggiata prima di cena ; Una lapide in via Mazzini ; Gli ultimi anni di Clelia Trotti ; Una notte del '43) ; Gli occhiali d'oro (1958), journaliste, scénariste - La Marchande d'amour (La provinciale), de Mario Soldati (1953), Senso de Luchino Visconti (1954) - et vice-président de la RAI (1964-1966) juif italien. 

Durant le fascisme, cet étudiant brillant est victime des lois antisémites (1938).

En 1962, parait son roman Il giardino dei Finzi-Contini. Il est distingué par le Prix Viareggio.

Film primé
Arte diffusera le 4 juillet 2022 à 20 h 50 « Le jardin des Finzi-Contini » (Der Garten der Finzi Contini ; Il giardino dei Finzi-Contini) de Vittorio De Sica. 

« Dans l’Italie fasciste, les amours de l’insaisissable Micòl Finzi-Contini (Dominique Sanda) se dissolvent dans le crépuscule de la bourgeoisie juive de Ferrare... Adapté du roman de Giorgio Bassani, le plus mélancolique des films de Vittorio De Sica. »

« Italie, 1938. Tandis que le régime fasciste vient de promulguer les lois raciales à la veille de la guerre, la bourgeoisie juive de Ferrare, s’efforçant d’ignorer la menace, vit ses derniers feux. Reclus dans leur palais à l’écart de leur communauté, les aristocratiques Finzi-Contini convient la jeunesse dorée exclue des clubs de tennis à des tournois dans leur jardin enchanteur. Depuis l’enfance, Giorgio se consume d’amour pour Micòl, la belle et insaisissable fille de la famille. Quant au frère de celle-ci, le fragile Alberto, il se lie d’amitié avec un fougueux étudiant communiste, Malnate… »

« C’est au crépuscule d’un monde raffiné pétri de culture qu’invite, avec ce jardin d’Eden à la veille de son engloutissement, Vittorio De Sica ». 

« Adaptant le roman de Giorgio Bassani – qui lui reprochera les écarts à son œuvre –, le cinéaste italien restitue avec une profonde mélancolie l’art de vivre de la bourgeoisie juive de Ferrare ». 

« Alors que la plupart de ses membres se murent dans le déni pour fuir la submersion par le chagrin, au-delà de l’enceinte du parc aux arbres centenaires, s’accélère le cycle des discriminations-persécutions-arrestations, jusqu’à l’inexorable déportation ». 

« Lucide dans ce chaos encore nimbé de l’illusion des privilèges, l’impétueuse Micòl, à défaut de croire en son avenir, s’emploie à profiter du présent, quitte à revisiter le passé, entre ivresse insouciante de l’enfance et premiers émois, lesquels ne forgent pas toujours les premières amours ». 

« Confit dans son désir pour elle jusqu’à l’obsession, le malheureux Giorgio, lui, s’oppose à l’aveuglement de son père, qui se pense protégé par sa foi patriotique – et sa vaine adhésion au parti ». 

« Dans cette fresque somptueuse dont la lumière pâlit, Dominique Sanda incarne une éblouissante Micòl, figure libre qui, derrière la posture de femme fatale, affronte son destin avec une impériale dignité. »

La fin est bouleversante. Car elle augure la fin d'une famille juive pétrie de culture et se sentant profondément italienne, d'une civilisation qui n'a pas pu se défendre face à la barbarie.

Meilleur film étranger, Oscars 1972 – Ours d’or, Berlin 1971


« À la recherche du jardin des Finzi-Contini »
Arte diffusera le 4 juillet 2022 à 22 h 25 « À la recherche du jardin des Finzi-Contini » (Auf der Suche nach den Gärten der Finzi-Contini), documentaire de Rä di Martino.

« Au fil des pages du roman "Le jardin des Finzi-Contini", que Vittorio De Sica a adapté au cinéma, un voyage empreint de nostalgie à Ferrare, entre réalité et fiction, sur les traces de son auteur, l’écrivain italien Giorgio Bassani. »

« C’est un jardin extraordinaire qui n’a jamais existé, un lieu fictif qui habite les mémoires. »

« Quand, en 1962, Giorgio Bassani publie "Le jardin des Finzi-Contini", l’Italie s’est encore peu plongée dans les ténèbres de sa période fasciste et les lois raciales qu’elle a engendrées ». 

« Infusée de la jeunesse du romancier et poète, cette œuvre pionnière, inattendu best-seller, met en scène une histoire d’amour, en 1938, au sein de la bourgeoisie juive de Ferrare à la veille de son anéantissement ». 

« Sous les hêtres et les palmiers du palais de la famille Finzi-Contini, les protagonistes, "suspendus au bord du gouffre des persécutions et de la guerre", tentent d’oublier, dans un entêtant parfum de classe et un "culte de la préciosité", qu'ils sont déjà devenus des citoyens de seconde zone. »

« Exclusion des écoles et des clubs, interdiction des mariages mixtes, arrestations… : alors que la chape de terreur les enserre, la fantasque héroïne Micòl les emmène à travers ce jardin, entre fastes passés et sidération, avant le désastre à venir. »

« Au fil d’extraits du livre, de séquences jouées par de jeunes comédiens et d’éclairages de proches de Giorgio Bassani, d’historiens et de critiques, ce documentaire explore l’impact du roman sur le public, qui s’est approprié ce célèbre jardin imaginaire jusqu'à finir par croire à sa réalité ». 

« Dans un mouvement inverse, de la grande et tragique histoire à sa transposition romanesque, il interroge aussi le pouvoir de la fiction et celui de l'art littéraire ». 

« Retraçant la genèse et l’accueil du "Jardin des Finzi-Contini" en même temps que le parcours de son auteur – dont le héros de papier, Giorgio, incarne le double troublant, il donne enfin la parole à Dominique Sanda, inoubliable Micòl du film oscarisé de Vittoria De Sica, adaptation que Giorgio Bassani, s’estimant trahi, désavouera ».

« La passionnante visite guidée d’un chef-d'œuvre. »


« Le jardin des Finzi-Contini » de Vittorio De Sica 
Italie, Allemagne, 1970, 1 h 30 mn
Auteur : Giorgio Bassani
Scénario : Ugo Pirro, Vittorio Bonicelli
Production : Documento Film, CCC Filmkunst Berlino
Producteurs : Artur Brauner, Arthur Cohn, Gianni Hecht Lucari
Image : Ennio Guarnieri
Montage : Adriana Novelli
Musique : Manuel De Sica
Avec Dominique Sanda (Micòl Finzi Contini), Helmut Berger (Alberto Finzi Contini), Lino Capolicchio (Giorgio), Fabio Testi (Bruno Malnate), Romolo Valli (le père de Giorgio), Camillo Cesarei (Prof. Ermanno Finzi Contini), Katina Morisani (Olga Finzi Contini)
Sur Arte les 4 juillet 2022 à 20 h 50, 11 juillet 2022 à 15 h 20, 21 juillet 2022 à 15 h 05

France, 2022, 52 min
Coproduction : ARTE France, Les Films du Poisson, Alto Piano
Sur Arte le 4 juillet 2022 à 22 h 25
Disponible du 27/06/2022 au 01/10/2022

Le massacre d’Oran du 5 juillet 1962


Le 5 juillet 1962, plus de quatre mois après le cessez-le-feu consécutif à la signature des accords d’Evian du 18 mars 1962, les Algériens célèbrent leur indépendance. A Oran, survient une tragédie : une foule algérienne tue des centaines, voire plus d’un millier d’Oranais, européens et musulmans suspectés d’être partisans de l’Algérie française, et en kidnappent des centaines. Ce carnage se déroule sur moins d’une journée, sans réaction de l’Armée française obéissant aux ordres du Président de la République le général Charles de Gaulle. Un fait historique longtemps occulté par des politiciens et historiens, français et algériens. « Oran, le massacre oublié » est un documentaire de Georges-Marc Benamou et Jean-Charles Deniau.


Le 18 mars 1962, les représentants du Gouvernement de la République française et du Gouvernement provisoire de la République algérienne (GPRA) signent les accords d’Evian qui mettent un terme à la guerre d'Algérie. 

Dès le lendemain 19 mars 1962 à midi, le cessez-le-feu s’applique sur tout le territoire algérien. 

Les électeurs français ratifient ces accords par le référendum du 8 avril 1962 : le gouvernement obtient par 91 % des votes les pleins pouvoirs pour les appliquer. Quant aux électeurs algériens, ils les ratifient par le référendum d'autodétermination du 1er juillet 1962.

Conscients de n’avoir pas d’avenir dans l’Algérie indépendante, craignant pour leur vie, de nombreux pieds-noirs ont déjà choisi l’exil, essentiellement vers la France.

La France n’a pas prévu la logistique pour rapatrier ces pieds-noirs et les musulmans qui l’avaient défendue. En plein été, avec leurs maigres effets rassemblés à la hâte, ils s’agglutinent près des ports et des aéroports espérant embarquer rapidement dans un bateau ou un avion, et rejoindre la métropole.

Le Front de libération nationale (FLN) continue son action terroriste : attentats, enlèvements...

Le 5 juillet 1962, plus de quatre mois après le cessez-le-feu consécutif à la signature des accords d’Evian, les Algériens célèbrent leur indépendance par des manifestations.

Située dans le nord-ouest du pays, sur la côte méditerranéenne, Oran est alors la 2e ville d’Algérie. Elle est surnommée "la radieuse" en raison de la joie de vivre animant les Européens, même pauvres. "Autour du centre-ville administratif et commerçant où vivent des bourgeois : des quartiers populaires habités par des Espagnols et des Juifs, et au sud, entourant la ville, des quartiers où résident des musulmans".

C’est dans cette cité d’environ 433 000 habitants, dont une légère majorité (220 000) d’Algériens, que survient la tragédie : une foule algérienne tue des Oranais, européens (pieds-noirs) et musulmans suspectés d’avoir été partisans de l’Algérie française. Aux cris de « Mort aux Yaoudi » (Mort aux Juifs) et de « Mort aux Roumis », avec des armes à feu, des armes blanches ou des pierres, ils assassinent juifs, chrétiens et musulmans.

Le nombre de tués varie entre plusieurs centaines et 1 200. Plusieurs centaines de personnes sont kidnappées. Nul n’aura de leurs nouvelles.

Débuté vers 10 h par le tir d’un coup de feu, ce massacre est commis par le FLN, l’Armée de libération nationale (ALN), des auxiliaires occasionnels et des civils algériens.

Ce massacre se déroule sur six heures, sans réaction de l’Armée française dirigée par le général Joseph Katz (1907-2001) obéissant à l’ordre d’inaction du Président de la République le général Charles de Gaulle. 

Ce 5 juillet 1962, vers 17 h, des Etats interrogent la France sur ce qui se passe à Oran. Ordre est alors donné par le pouvoir politique parisien aux militaires français de sortir des casernes pour ramener l’ordre et instaurer un couvre-feu. Maculées de sang, les rues d’Oran sont nettoyées.

Ce fait historique tragique renforce la détermination des pieds-noirs et des soutiens musulmans de la France à quitter au plus vite leur terre natale.

Les journaux français minorent le nombre de morts et disparus, et rapidement s'en désintéressent.

Ce massacre a été longtemps occulté par des politiciens et historiens, français et algériens. Son souvenir douloureux perdure chez les survivants, rescapés et les proches des disparus.

"Le massacre du 5 juillet 1962 à Oran a fait l’objet d’une conspiration du silence et d’une amnésie collective durant plus d’un demi-siècle ; et pourtant il a inspiré des témoignages, des enquêtes, et même des travaux d’historiens beaucoup plus nombreux qu’on ne l’imagine. Confronter tout ce qui a été publié sur ce sujet douloureux permet d’arriver à des conclusions relativement nettes, même si l’existence de sources non encore connues (notamment du côté algérien) nous oblige à rester prudent", a observé Guy Pervillé, professeur émérite d'histoire contemporaine à l'université de Toulouse Le Mirail, spécialiste de l'histoire de l'Algérie coloniale ainsi que de la guerre d'Algérie (Atlantico, 4 juillet 2014).

Et cet universitaire de poursuivre :
"En histoire, un événement ne peut s’expliquer que par des causes qui lui sont antérieures ; mais ces causes peuvent être multiples. La plus simple est celle qui a été affirmée par le général Katz, commandant des troupes françaises à Oran de février à août 1962 : les premiers coups de feu auraient été tirés sur la foule des Algériens fêtant l’indépendance par des desperados de l’Organisation armée secrète (OAS), cette organisation armée formée par des civils français d’Algérie et d’anciens militaires français qui avaient refusé d’accepter le cessez-le-feu du 19 mars 1962 et le référendum sur l’indépendance du 1er juillet ; mais cette affirmation n’a jamais été prouvée depuis plus d’un demi-siècle, et elle a été désavouée à l’époque par les responsables locaux du Front de libération nationale (FLN) algérien.
Les témoignages donnent l’impression très nette que le massacre des Européens avait été prémédité par au moins une partie des chefs du FLN d’Oran, que la plus grande partie de leurs troupes a participé à la chasse aux Européens avant d’être reprise en main, mais aussi que de nombreux civils se sont atrocement vengés de plusieurs mois de souffrances et de peur. Mais ajoutons pour être tout à fait clair que le terrorisme du FLN avait largement précédé celui de l’OAS, et qu’il poursuivait lui aussi un but de provocation.
Au delà de ces constats, il existe une interprétation qui veut expliquer le massacre du 5 juillet 1962 par un calcul machiavélique du colonel Boumedienne, chef de l’état-major général de l’Armée de Libération Nationale (ALN) auquel obéissait le colonel de la wilaya 5 (Oranie), et qui s’était allié à Ben Bella contre le Gouvernement provisoire de la République algérienne (GPRA) présidé par Ben Khedda : le massacre du 5 juillet aurait été délibérément provoqué afin de discréditer le GPRA - qui avait appelé à célébrer l’indépendance de l’Algérie ce jour-là – et de permettre aux troupes venues du Maroc de rétablir l’ordre à Oran. Cette hypothèse mérite de retenir toute notre attention, mais jusqu’à présent je n’en connais aucune preuve : la seule déclaration de l’état-major de l’ALN datée du 5 juillet qui en parle appelle à protéger les civils européens d’Oran, puisque Ben Bella prétendait hypocritement défendre les accords d’Evian pour tenter de s’attirer le soutien du général de Gaulle
Rien ne permet néanmoins d’affirmer que le gouvernement français aurait décidé de laisser au colonel Boumédiène la tâche de rétablir l’ordre à Oran. Sa politique visait deux buts contradictoires : maintenir la sécurité des Français d’Algérie, mais aussi éviter de se laisser entraîner dans les querelles entre Algériens pour ne pas reprendre la guerre, donc rester neutre entre les deux coalitions algériennes en lutte pour le pouvoir. Le général Katz a sans doute perdu beaucoup de temps à solliciter de ses supérieurs un ordre d’intervention.
Le général de Gaulle et son gouvernement, qui siégeaient au début de l’après midi du 5 juillet en Comité des affaires algériennes, n’avaient pas prévu qu’il se passerait quelques chose le 5, puisque le ministre des Affaires algériennes Louis Joxe avait demandé le 14 juin à son partenaire algérien Saad Dahlab que la fête de l’indépendance ait lieu le 6 juillet et non le 5. C’est pourquoi la France n’avait ce jour-là aucun représentant en Algérie, puisque le Haut-commissaire Christian Fouchet avait quitté le pays le 4 (lendemain de la proclamation officielle de l’indépendance), et que l’ambassadeur Jean-Marcel Jeanneney ne devait rejoindre son poste que le 6. On peut donc reprocher aux dirigeants français leur inconscience du danger, comme l’a fait le général Katz dans ses Mémoires
. Par la suite, il a très lentement pris conscience de la gravité de ce qui s’était passé, et pourtant dès 1963 un rapport dû à Jean Marie Huille avait établi pour le secrétaire d’Etat aux affaires algériennes Jean de Broglie un bilan proche de 700 morts et disparus, qui a été récemment confirmé d’après les archives par le livre de Jean-Jacques Jordi, Un silence d’Etat, les disparus civils européens de la guerre d’Algérie (Paris, Editions SOTECA, 2011). Mais entre temps, comme le dit le titre de ce dernier livre, « un silence d’Etat » a recouvert tous les faits qui prouvaient l’échec des accords d’Evian à rétablir une véritable paix en Algérie, notamment les enlèvements et les meurtres de civils européens, et tout particulièrement ceux du 5 juillet 1962 à Oran. En conséquence, cet événement tragique n’a été connu que par ceux qui ont voulu le connaître.
[Les conséquences de cette omerta] ont été considérables, mais surtout depuis les années 1990. En effet, jusqu’à la fin des années 1980, l’absence de politique mémorielle française sur la guerre d’Algérie s’opposait à l’hyper-commémoration algérienne.
Mais depuis les années 1990, la rechute de l’Algérie dans une sorte de guerre civile, interprétée par les deux camps comme une répétition de la guerre d’indépendance, a provoqué en France une crise mémorielle : d’un côté, à gauche, on a vu dans la répétition d’un passé tragique une conséquence indirecte de l’incapacité de la France à éviter la guerre d’Algérie, alors que de l’autre côté, à droite, on y voyait une conséquence de l’abandon de l’Algérie au FLN.
En conséquence, la France en est venue à juger nécessaire la définition d’une politique mémorielle concernant cette guerre (reconnue officiellement comme telle par la loi du 18 octobre 1999), mais l’impossibilité de s’accorder sur le choix d’une date commémorative nationale – la gauche réclamant le 19 mars, « fin de la guerre d’Algérie », alors que la droite le refusait en tant que début de la pire période de cette guerre – a prouvé l’absence d’une mémoire nationale consensuelle.
Mais on ne sait pas assez en France que cette division de l’opinion publique française a été encouragée par l’Algérie. En effet, depuis 1990, la Fondation du 8 mai 1945 a réclamé à la France la reconnaissance de la répression de cette insurrection en tant que « crime contre l’humanité » et non pas simple crime de guerre ; puis à partir de mai 1995, dans le cadre de tension croissantes entre les gouvernements algérien et français liées à la guerre civile algérienne, cette revendication a été étendue à tous les crimes que la France a ou aurait commis contre le peuple algérien de 1830 à 1962. Elle a été affirmée avec force par le président Bouteflika les 8 mai 2005 et 2006, et à fait échouer la négociation d’un traité d’amitié franco-algérien proposé en 2003 par le président Chirac suivant le modèle du traité franco-allemand de 1963. Par la suite, le gouvernement algérien a renoncé à cette revendication, mais ses partisans restent nombreux dans les milieux politiques, journalistiques et intellectuels algériens.
En conséquence, nous voyons s’organiser en France une commémoration de la répression de la manifestation algérienne du 17 octobre 1961 à Paris, mais aussi à Strasbourg - où il ne s’était pourtant rien passé – depuis l’élection d’un maire socialiste. De même à Marseille, une plaque commémorative rendant hommage aux victimes de la répression colonialiste du 8 mai 1945 dans le Constantinois vient d’être inaugurée par une association franco-algérienne avec le soutien et la participation de l’élu socialiste Patrick Menucci.
L’évolution de la mémoire de la guerre d’Algérie s’inscrit dans le cadre plus large de la politique mémorielle française. Pendant longtemps, il y a eu deux sortes de guerres : celles dont la commémoration officielle était jugée utile pour renforcer le sentiment national, comme les deux guerres mondiales, et celles qui étaient jugées incommémorables parce qu’elles avaient divisé la nation (guerres d’Indochine et d’Algérie). D’autre part, les infractions à la solidarité nationale qui avaient pu se produire étaient généralement effacées par une amnistie générale après une phase de répression judiciaire. Mais les choses ont changé peu à peu après la Deuxième guerre mondiale...
A cause du vote de la loi de 1964 rendant imprescriptibles les crimes contre l’humanité et eux seuls, et à cause de sa conséquence, la reprise des procès de quelques responsables allemands et français de la répression contre les résistants et de la déportation des juifs...
En conséquence, la différence entre les guerres commémorables et celles qui ne l’étaient pas est devenue incompréhensible, et la commémoration a cessé d’être nécessairement glorifiante : depuis la loi Gayssot de 1990, nous avons vu se multiplier les lois de dénonciation de crimes et de repentance (lois condamnant le génocide arménien, loi Taubira-Aurault condamnant l’esclavage et la traite des esclaves noirs par les Européens), à tel point que la seule loi mémorielle qui ait fait scandale fut la loi du 23 février 2005 rendant hommage à la colonisation française en Afrique du Nord.
Ainsi, le massacre du 5 juillet 1962 à Oran apparaît comme un événement atypique, non qu’il ne fût pas un crime, bien au contraire, mais parce que ses auteurs directs ont été des Algériens et ses principales victimes des Français. Et par ce double caractère, il appelle à remettre en question le bien fondé de la revendication algérienne de repentance qui tente d’exploiter depuis un quart de siècle la tendance de la gauche française au masochisme, comme l’avait signalé il y a douze ans Guy Hennebelle, dans un numéro spécial de sa revue Panoramiques, (n° 62, 1er trimestre 2003, p. 20) où il voulait contribuer à briser ce qu’il appelait « le duo maso-sado » entre « la culture laïco-chrétienne du culpabilisme et la culture arabo-musulmane du ressentiment ».
En France, des hommages sont rendus le 5 juillet aux victimes du massacre d'Oran : à Béziers par le maire Robert Ménard, dans la région Auvergne-Rhône-Alpes par le conseil régional, à Marseille par la députée Valérie Boyer (Les Républicains), à Perpignan, à Fréjus et au Canet en Roussillon par des élus, dont Louis Aliot et David Rachline, du Rassemblement national.

Le documentaire  « Oran, le massacre oublié » par Georges-Marc Benamou et Jean Charles Deniau « bénéficie de la puissance de témoignages inédits à ce jour, et de la présentation d’archives privées et surtout publiques, incontestables. La responsabilité des plus hautes personnalités de l’Etat français dans la non-assistance aux personnes en danger,  est clairement établie. Comme l’est la réponse à la question : pourquoi ce drame est-il resté depuis près de 60 ans sans reconnaissance officielle ? Un document d’histoire ».

Parmi les documents inédits auxquels ont eu accès les auteurs : le journal de marche de l’unité militaire stationnée à Oran. Il indique, presque heure par heure, les horreurs commises - Européens lynchés -, leur localisation, la direction vers laquelle sont contraints d'avancer les Européens kidnappés : "la ville nouvelle", c'est-à-dire le "quartier musulman".


« Oran, le massacre oublié » par Georges-Marc Benamou et Jean Charles Deniau 
France, 52 minutes
Sur France 3 le 5 septembre 2019 à 23 h


Articles sur ce blog concernant :
Cet article a été publié le 4 septembre 2019, puis le 5 juillet 2021.