Citations

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« La lucidité est la blessure la plus rapprochée du Soleil. » (René Char).
« Il faut commencer par le commencement, et le commencement de tout est le courage. » (Vladimir Jankélévitch)
« Notre métier n’est pas de faire plaisir, non plus de faire du tort. Il est de porter la plume dans la plaie. » (Albert Londres)
« Le plus difficile n'est pas de dire ce que l'on voit, mais d'accepter de voir ce que l'on voit. » (Charles Péguy)

jeudi 26 mai 2016

« Hatufim - Prisonniers de guerre » de Gideon Raff



Arte rediffusera le 27 mai 2016 dès 0 h 45 la deuxième saison d’Hatufim (חטופים), série israélienne (2010) écrite et réalisée par Gideon Raff, primée, au grand succès public et critique en Israël, et qui a inspiré son homologue américaine Homeland. Dix épisodes, thrillers psychologiques, sur le retour difficile dans leurs foyers et dans la société d'otages militaires israéliens après 17 ans de captivité au Liban consécutifs à l’échec d’une mission. Sans héroïsation. Une preuve de la qualité artistique télévisuelle israélienne mondialement reconnue. Arte Boutique a réuni les deux séries en un coffret de DVD. 


Mobilisé en avril 1942 par l'U.S. Army dans le détachement Signal Corps comme George Stevens, John Huston réalise en 1945-1946, trois documentaires, dont Let There Be Light (Que la lumière soit ). Réalisé en 1945 et sorti aux Etats-Unis en 1980, ce film montre la thérapie – hypnose, séances de groupes, etc. - de soldats américains traumatisés par la guerre. Selon l’armée américaine, « un blessé de guerre sur cinq a souffert de symptomes psychoneurotiques » : stress post-traumatiques, blessures psychologiques ou neuropsychiatriques…

En 1946, sortait Les Plus Belles Années de notre vie (The Best Years of Our Lives), comédie dramatique américaine oscarisée de William Wyler. Un mong métrage évoquant avec tact le retour difficile à la vie civile , aux Etats-Unis,, après la Seconde Guerre mondiale, de vétérans américains, de différentes générations, dont l’un est handicapé physique.

Un “sujet tabou en Israël”
Plus de 60 ans après, Gideon Raff  crée et réalise Hatufim (“kidnappés” en hébreu) sur le retour éprouvant dans leurs familles de Nimrod Klein – 43 ans et âgé de 26 ans lors de sa capture - et Uri Zach – 40 ans et 23 ans lors de sa capture -, otages militaires israéliens libérés après 17 ans de captivité au Liban consécutive à l’échec d’une mission militaire ; leur camarade de combat Amiel Ben Chorin y est mort, et c’est sa sœur Yael qui voit revenir son frère dans un cercueil.

Ces deux soldats de Tsahal « retrouvent une société dans laquelle ils n’ont plus de repères et des familles qui leur sont devenues presque étrangères. Alors qu’ils essaient de se réinsérer et de surmonter leurs traumatismes, les services de sécurité israéliens s’interrogent : pourraient-ils dissimuler des secrets et ainsi mettre en danger la sécurité du pays ? »

Un sujet  donc original, sensible.

« Je m’étais aperçu que le sujet des prisonniers de guerre était si tabou en Israël qu’il n’existait pas de fiction sur ce thème. Le gouvernement négocie, et paie souvent un prix élevé, pour faire libérer les soldats. Mais une fois libres, les Israéliens ne veulent plus entendre parler d’eux. Le pays souhaite un happy-end et n’est pas capable de faire face aux syndromes post-traumatiques des prisonniers libérés, aux familles qui se disloquent, aux vies brisées », déclare Gideon Raff. Arte indique "prisonniers de guerre" et non "otages". L'absence de visites de délégués de la Croix-Rouge internationale à ces détenus, l'absence de nouvelles sur leur sort, la pratique des tortures physiques et morales sur les captifs, etc. Ces faits démontrent que ces trois soldats israéliens de cette série télévisuelle étaient otages, et non "prisonniers de guerre".

Et d’expliquer : « La libération des soldats marque la fin de l’histoire alors que dans Hatufim, c’est là que tout commence. Pour certains, le retour est plus dur que la captivité car ils sont incapables de se sentir chez eux et de redevenir ceux qu’ils ont été. Ils n’arrivent pas à combler le fossé qui s’est creusé avec leurs proches. C’est une expérience horrible. Je pose la question mais je n’ai pas de réponse : un prisonnier de guerre peut-il réellement revenir du lieu où il a été détenu ? »

L’auteur de la série a enquêté  notamment auprès de Hezi Shai, qui a fondé l’association Erim Balayla (« Réveillé la nuit ») qui assiste psychologiquement les anciens prisonniers ateints de stress post-traumatique et leurs proches.

Gideon Raff  n’élude pas les violences subies: « Je ne pense pas qu’on puisse traiter de la question post-traumatique sans montrer le trauma. Mais l’une des vérités atroces que j’ai apprise pendant que j’interrogeais d’anciens prisonniers de guerre pour préparer Hatufim, c’est que la violence, les tortures à l’électricité, à l’eau… les prisonniers peuvent le supporter. C’est la solitude et le fait de ne pas savoir quand celle-ci va finir qui les détruit. Un ancien prisonnier m’a confié qu’à chaque fois que la porte de sa cellule s’ouvrait, même s’il savait qu’il allait sortir pour être torturé, il était heureux parce qu’il avait des contacts humains. Mais ces longs jours et ces longues semaines où il ne voyait personne le brisaient complètement ».

Cette série suscite un engouement d’autant plus élevé dans un Etat d’environ huit millions d’habitants, en guerre depuis sa refondation, où le service militaire obligatoire touche quasiment toutes les familles, en formant des jeunes, garçons et filles, à peine sortis de l’adolescence, où cinq soldats israéliens sont portés disparus  à ce jour, où un débat récurrent concerne le prix élevé pour la libération des otages : des terroristes sont relâchés, et récidivent souvent.

Cette série laisse dubitative. Même de retour dans leurs foyers, ces deux soldats bouleversent l'équilibre qui s'était établi lors de leur captivité. La dernière image du dernier épisode de la première saison stupéfie tant elle ouvre de perspectives de réflexions sur la durée de la captivité, les effets pervers de l'acceptation par les deux soldats des ordres de leurs tortionnaires - frapper leur camarade devenu leur putching ball -, etc. Parmi les Juifs prisonniers en tant que Juifs dans les geôles égyptiennes sous Nasser, certains se sont convertis à l'islam, d'autres sont devenus fous.

Succès en Israël
Avant sa diffusion par Aroutz 2 de mars à mai 2010, Hatufim a suscité une polémique. En effet, Guilad Shalit, capturé en 2006, était toujours otage du mouvement terroriste Hamas dans la bande de Gaza. Ce soldat franco-israélien a été libéré  le 18 octobre 2011 contre 1027 terroristes palestiniens détenus dans les prisons israéliennes, dont Salah Hamouri.

« C’est la plus forte audience de tous les temps en Israël pour une fiction télé ! », constate Gideon Raff, soit 40% de parts de marché, et près de 48% pour le dernier épisode de la deuxième saison (14 épisodes) diffusée d’octobre à décembre 2012, soit environ trois millions de téléspectateurs.

Et d’ajouter : « À mon sens, son succès vient du fait qu’elle explore leur psyché. Car j’aborde à la fois le sujet des prisonniers de guerre libérés mais aussi la manière dont leurs familles sont affectées. La série est d’autant plus émouvante que tous les Israéliens sont obligés d’aller à l’armée. Hatufim est devenue un phénomène de société ! Dans la rue, les passants n’hésitent pas à prendre les acteurs dans leurs bras comme s’ils voulaient les consoler ». Gideon Raff écrit la troisième saison de la série...

En 2010, les Israel Academy Awards for Television  ont couronné cette série  : meilleur réalisateur (Gideon Raff), meilleur acteur (Ishai Golan) et meilleure actrice (Yael Abecassis) d’une série dramatique.

Hatufim connaît un succès mondial : en 2012 aux Etats-Unis, en 2013 au Royaume-Uni, en Finlande, en Australie, dans les pays scandinaves, en Allemagne, en Belgique...

La chaîne franco-allemande Arte l'a diffusée en mai-juin 2013.

Le Musée d'art et d'histoire du Judaïsme (MAHJ) a diffusé, le 23 février 2014, de 11 h à 21 h, l'intégrale de la première série de Hatufim.

En avril 2015, Arte Boutique a réuni les deux séries en un coffret de DVD.

Hatufim, 2e saison
Arte rediffusa, dès le 15 avril 2015, la première des deux saisons d’Hatufim (חטופים).

Elle diffusa les épisodes de la 2e saison d'Hatufim (2012) les jeudis à 22 h 50 du 16 avril au 14 mai 2015.

"Une deuxième saison encore plus intense et riche en révélations pour les prisonniers de guerre israéliens Nimrod et Uri, rentrés au pays après dix-sept ans de captivité. Une grande série sur la perte de repères et la quête identitaire post-traumatique".

Après "une première saison qui avait dépeint le retour problématique des deux soldats israéliens prisonniers pendant dix-sept ans d’un groupe fondamentaliste islamiste, la saison 2 redistribue les cartes".

"Nimrod et Uri ont toujours autant de difficultés à se défaire de leur passé, mais ils ne sont plus les seuls pôles d’attraction. Leur codétenu Amiel est vivant et sa nouvelle identité est explosive, dérangeante : il a adopté la religion de ses bourreaux, jusqu’à devenir l’un de leurs leaders. Sur ces bases provocantes, Hatufim développe une action encore plus dense avec des personnages pris dans des destinées toujours paradoxales. Un parfait dosage entre thriller et drame intimiste mettant en lumière les tiraillements de la société israélienne".

La deuxième série déconcerte, parfois déçoit : rythme ralenti, intrigue parfois obscure, situations peu vraisemblables - focalisation sur l'opposition de deux chefs de services de renseignements présentés uniquement dans leur relation à l'otage converti à l'islam, comme s'ils n'avaient ni vie familiale, ni d'autres dossiers, ni supérieur hiérarchique -, familles éclatées ou absentes, autorité politique invisible, etc. On se demande comment les principaux personnages gagnent leur vie.

Mais cette série décrit de manière humaine ces jeunes soldats israéliens, dévoués, courageux ou flirtant, et montre de beaux paysages israéliens.

Hatufim/Homeland
Avec Howard Gordon et Alex Gansa, Gideon Raff a collaboré au pilote de la série américaine  Homeland, inspirée de Hatufim et diffusée en 2011 aux Etats-Unis par Showtime chaine payante – deux millions de téléspectateurs -. « "L'épisode pilote d'Homeland coûte plus à produire que deux saisons d'Hatufim », relève Gideon Raff.

Différences : les soldats israéliens sont libérés après de longues tractations. « Dans Homeland, les prisonniers sont libérés pendant des opérations militaires ». De plus, Gideon Raff a « réuni les trois détenus d’Hatufim en un seul personnage. Par ailleurs, je suis frappé de voir combien les approches vis-à-vis des prisonniers de guerre sont différentes en Israël et aux États-Unis. J’ai écrit Hatufim alors que je vivais à Los Angeles durant les guerres d’Irak et d’Afghanistan et j’ai vu que la télévision américaine ne parle jamais des prisonniers de guerre. Les Américains ne négocient pas avec les terroristes ».

En outre, Nicholas Brody, soldat américain de Homeland, est libéré après huit ans d’enfermement dans son cachot en Afghanistan par un commando de l’US Army. Dans Hatufim, les trois soldats israéliens captifs sont échangés, après 17 ans de privation de liberté, contre des terroristes détenus dans des prisons israéliennes. Dans les deux séries, les violences, psychologiques et physiques, subies hantent, marquent le présent des soldats libérés, jusque dans leur sommeil. Des flash-backs montrent ces tortures.

Par ailleurs, Homeland concentre l’action sur le combat opposant Nicholas Brody – un terroriste ? -  et Carrie Mathison, agent de la CIA. « Là où la première joue sur le registre anxiogène du thriller paranoïaque et sécuritaire, la seconde s'emploie à explorer le retour des soldats sur un mode intimiste et psychologique », estime la journaliste Christine Rousseau.

Or, Hatufim  se soucie de la manière dont les familles – épouse, enfants, fiancée, sœur, mère décédée lors de la détention - des trois soldats ont vécu ces disparitions, et réagissent au retour des deux survivants et du défunt : l’ancien équilibre familial peut-il se réinstaller ? Comment renouer des liens affectifs quand chacun a vécu des situations distinctes et si longtemps ? Comment faire le deuil de la mort d’un frère décédé dans ces circonstances si tragiques ? Comment vivre entre des débriefins militaires dans le centre de réhabilitation de l’Armée dénommé La Plate-forme, les interrogations du Dr Haïm Cohen, psychiatrie militaire soucieux de découvrir les circonstances du décès du soldat Amiel Ben Chorin, la réinsertion sociale et familiale, l’écart entre l’image de héros nationaux et le vécu de fragilités et de fêlures internes ? Quels buts s’assigner ? Comment réorganiser sa vie ?

Lors de sa diffusion en France, en septembre 2012, par Canal +, la série Homeland a attiré 1,3 million-1,4 million d’abonnés téléspectateurs. C’est une des meilleures audiences d’une série télévisée américaine diffusée en exclusivité par la chaîne cryptée.

Direct 8 a diffusé le 21 octobre 2013, à 20 h 50, le premier épisode de la série américaine Homeland, créée par Howard Gordon, Gideon Raff et Alex Gansa et adaptée de la série israélienne Hatufim.

Hatufim/Guilad Shalit
La communauté Juive française institutionnalisée s’était mobilisée  depuis 2006 pour la libération du soldat franco-israélien Guilad Shalit, capturé en Israël à l’été 2006 et détenu otage par le Hamas dans la bande de Gaza.

A l’instar des médias français, ceux communautaires ont largement évoqué la diffusion par Arte d’Hatufim.

Curieusement, la communauté Juive française institutionnalisée et des médias Juifs français ont occulté les circonstances de la capture de Guilad Shalit qui ont été révélées par Ben Caspit dans le Jerusalem Post (28 mars 2013) : une capture par des terroristes palestiniens sans les avoir combattus. Il convient de souligner l'importance de la vie par les Juifs, notamment Israéliens, l'urgence pour Tsahal de tirer les leçons de ce rapt et le recours avec plus de parcimonie au terme « héros ».

Pourquoi ce refus généralisé d’informer sur ces révélations ? Refus de la démystification ? Réticences à accepter les faibles humaines d’un soldat de Tsahal ? Volonté d’amortir le coût financier de la venue de Guilad Shalit en France : frais de transports, d'hébergement, etc. ? Craintes que ces révélations ne découragent des Juifs français à assister aux évènements festifs et onéreux dont il était l’invité d’honneur ? Certains Français Juifs ont exprimé, notamment sur Radio J, leur gêne devant  l’« exhibition » de ce jeune homme timide.


 Hatufim (2010)
Scénariste/réalisateur : Gideon Raff
Montage: Simon Herman, Ido Mochrik
Costumier : Natalie Sarig
Décors : Yael Kardo
Image : Itai Ne’eman
Son : Itzik Cohen
Direction artistique : Ido Dolev
Musique : Avraham Tal, Adi Goldstein
Production : Keshet TV
Producteur : Gideon Raff, Liat Benasuly
Avec : Yaël Abecassis (Talia Klein)Yoram Toledano(Nimrod Klein)Mili Avital(Nurit Halevi-Zach)Ishai Golan(Uri Zach)Adi Ezroni(Yael Ben Horin)Assi Cohen (Amiel Ben Horin)Guy Selnik (Hatzav)Yael Eitan (Dana)

Diffusion des dix épisodes de la 1ère saison  de la série  Hatufim  (2010) les jeudis du 9 mai au 6 juin 2013, du 14 au 16 avril 2015, , dès le 15 avril 2015
1er épisode, Le retour, 9 mai à 20 h 50 et 16 mai 2013 à 1 h 50, 62 mn
2e épisode, La Plate-forme 1, le 9 mai à 21 h 55 et 15 mai 2013 à 2 h 50, 49 mn
3e partie, La Plate-forme 2, le 16 mai à 20 h 50 et le 22 mai 2013 à 2 h 50, 48 mn
4e épisode, Lettres de maman, le 16 mai à 21 h 40 et le 22 mai 2013 à 3 h, 48 mn
5e épisode, Le regard de l’absent, le 23 mai à 20 h 50
6e épisode, Le journal, le 23 mai à 21 h 35
7e épisode, Séjour en enfer, le 30 mai à 20 h 50
8e épisode, Portrait de famille, le 30 mai à 21 h 35
9e épisode, Insomnie, le 6 juin 2013 à 20 h 50
10e épisode, La révélation, le 6 juin 2013 à 21 h 35

Hatufim (2e série, 2012)
Réalisation/scénario : Gideon Raff
Costumes : Laura Sheim
Décors / Bauten : Ido Dolev
Image : Itai Ne’eman
Montage : Simon Herman
Musique : Amit Poznanski
Production : Tender Productions, Keshet TV
Producteur/-trice : Liat Benasuly

Diffusion sur Arte les jeudis à 22 h 50 du 16 avril au 15 mai 2015
1er épisode : Je t'aime mon fils, 16 avril 2015 à 22 h 50, 63 mn
2e épisode : Bon anniversaire, 16 avril 2015 à 23 h 55, 51 mn
3e épisode : Petits mensonges, 17 avril 2015 à 0 h 45, 48 min
4e épisode : Bleu, 23 avril 2015 à 22 h 50, 48 min
5e épisode : La secrétaire de l'unité, 23 avril 2015 à 23 h 40, 47 min
6e épisode : Les plages, 24 avril 2015, à 0 h 30, 48 min
7e épisode : La photo. 30 avril 2015 à 22 h 50, 54 min
8e épisode : Passage, 30 avril 2015 à 23 h 45. 51 min
9e épisode : L'ami de Mika, 1er mai 2015 à 0 h 35. 47 min, le 27 mai 2016 dès 0 h 45 
10e épisode : Halva, 7 mai à 22 h 50, 53 min
11e épisode : Notre agent à Damas, 7 mai à 23 h 40, 53 min
12e épisode : La directive Hannibal, 8 mai à 0 h 35, 55 min
13e épisode : Opération Judas, 14 mai 2015 à 23 h 15, 51 min
14e épisode : Retrouvailles, 15 mai à 0 h 05, 61 mon

Sur Arte.tv/Hatufim :
- extraits, bande-annonce et portraits des personnages de la série.
- en exclusivité, la captation du débat du 8 avril 2013 au MIPTV entre Gideon Raff (créateur et réalisateur d’Hatufim, co-auteur d’Homeland) et Howard Gordon (producteur d’Homeland) à propos du processus créatif, de la conception jusqu’à l’écran, qui a mené au succès de ces deux séries.
- également en ligne, l’intervention de Gideon Raff au Festival « Séries Mania » en 2012.
En replay 

Visuels : © Ronen Akerman (2e série)
Amiel Ben Chorin (Assi Cohen), Uri Zach (Ishai Golan) et Nimrod Klein (Yoram Toledano).
En 1990, le petit Yinon (Ofek Levitin) a connu une attaque terroriste dont son père a été victime.
Amiel (Assi Cohen) s'est converti à l'islam et a prit le nom de Yusuf.

A lire sur ce blog :

Cet article a été publié les 9 mai et 21 octobre 2013, 23 février 2014 et 14 avril 2015, 10 avril 2016. Il a été modifié le 24 avril 2015.

mercredi 25 mai 2016

« Les studios Babelsberg ou le Hollywood allemand » de Alexander Lück et Daniel Finkernage


« Les studios Babelsberg ou le Hollywood allemand  » (Wiederholungen: Keine Wiederholungen Unser Hollywood), est un documentaire de Alexander Lück et Daniel Finkernage. Créés en 1911 à Potsdam, dans la banlieue de Berlin (Allemagne), les studios de cinéma Babelsberg connaissent leur âge d’or – équipes techniques talentueuses, acoustique exceptionnelle, réputation internationale, etc. - avant l’arrivée des Nazis au pouvoir. Après une éclipse lors de l’ère communiste, ils suscitent un nouvel engouement. 


« Comparés à « un patient que l’on a réanimé encore et encore », selon les mots du réalisateur et producteur allemand Tom Tykwer (L’enquête), les studios ont traversé l’empire allemand, la république de Weimer, le IIIe Reich, la République démocratique allemande (RDA) et l’Allemagne réunifiée.

De « Metropolis » de Fritz Lang au thriller de Roman Polanski « The Ghost writer », ce « documentaire conte l’ascension, la chute puis la renaissance de ce temple cinématographique”.

« Hollywood allemand »
En 1911, à l’initiative d’Erich Zeiske, directeur de la société de production de films Deutschen Bioscop, Guido Seeber fait édifier à Neubabelsberg un studio dans une usine de fleurs artificielles désaffectée sur une friche industrielle (47 ha).

Une action pionnière dans l’histoire du cinéma en Europe. Un mythe va bientôt naitre.

Dès 1912, Der Tontentanz (Danse macabre) y est réalisé. Sa principale actrice, la danoise Asta Nielsen, accède au rang de star des studios.

A la lumière naturelle éclairant les premiers films, est adjointe la lumière artificielle. Sophistiquée, cette lumière-ci sied aux éclairages expressionnistes prisant les contrastes marqués. 

Situés au sud-ouest de Berlin, les studios Babelsberg assoient leur notoriété. Les classiques du cinéma muet y sont tournés : Le Golem de Paul Wegener (1920), Nosferatu le vampire de Murnau (1922)…

Sous l’impulsion de la firme de production cinématographique UFA (Universum Film AG), ces studios  s’adaptent au cinéma parlant par une acoustique remarquable, une protection des bruits extérieurs parfaite.

Leur apogée se situe dans la décennie précédant l’avènement du nazisme avec la réalisation de films allemands, de genres divers - comédies avec Lilian Harvey faisant oublier les difficultés de la vie quotidienne -, à la célébrité internationale - Der letzte Mann (Le dernier homme, 1924), Die Büchse der Pandora (La boîte de Pandora, 1929), Der blaue Engel (L’Ange bleu) de Josef von Sternberg (1930) avec Marlene Dietrich, M - Eine Stadt sucht einen Mörder (1931), Berlin Alexanderplatz – et de coproductions réalisées en plusieurs langues : Gueule d'amour (1937) de Jean Grémillon avec Jean Gabin, Mireille Balin et René Lefèvre, L'Étrange Monsieur Victor (1938) de ce réalisateur avec Raimu et Madeleine Renaud. En 2010, la Cinémathèque française avait présenté l’exposition Tournages Paris-Berlin-Hollywood 1910-1939  dans laquelle elle évoquait ces studios très actifs.

Pour son film de science-fiction Metropolis (1927), Fritz Lang tourne dans un plateau de 2 200 m². Là, Eugen Schüfftan (1893-1977), chef opérateur génial perfectionne la technique d’effets spéciaux sur laquelle il travaillait depuis 1923 avec Ernst Kunstmann, qu’il avait expérimentée lors du tournage de Die Nibelungen (1924) de Fritz Lang et qui sera dénommée l'effet Schüfftan. Dans Metropolis Eugen Schüfftan associe habilement miroirs, maquettes de décor et acteurs pour donner aux spectateurs l’impression de gigantesque. Détenu par l’UFA et une société de miroiterie, ce procédé est la propriété aux Etats-Unis du studio Universal Pictures.

L’avènement du nazisme en Allemagne en 1933 incite nombre d’artistes et de techniciens à fuir les persécutions antisémites ou politiques. Fritz Lang, Billy Wilder, Eugen Schüfftan se réfugient d’abord en France, puis rejoignent les Etats-Unis.

Sous la férule de Goebbels, ministre du Reich à l’Éducation du peuple et à la Propagande sous le IIIe Reich (1933-1945), les studios Babalsberg sont dotés de la Deutsche Filmakademie Babelsberg, école destinér à former des réalisateurs nazis contraints d’adhérer au syndicat le Reichsfilmkammer. A l’instar des Oscar, sont créés les Deutscher Filmpreis.

Près de mille films, sur les 1 100 réalisés sous le IIIe Reich, sont réalisés dans ces studios : Münchhausen (Les aventures du baron Munchhausen) de Josef von Báky, des films de propagande ou antisémites - Le Juif Süss (Jud Süß) de Veit Harlan (1940) -, des films mièvres…

Après la fin de la Deuxième Guerre mondiale, les studios se retrouvent dans la RDA, et la propriété de la DEFA (Deutsche Film AG), firme russo-germanique. Parmi les films antifascistes réalisés alors : Les assassins sont parmi nous (Die Mörder sind unter uns) de Wolfgang Staudte (1945-1946) avec Hildegard Knef et Ernst Wilhelm Borchert. 

Ces studios attirent aussi des tournages européens : Les Aventures de Till l'espiègle de Gérard Philipe et Joris Ivens avec Gérard Philipe, Jean Vilar et Nicole Berger (1956), Les Sorcières de Salem (1957) de Raymond Rouleau avec Yves Montand, Simone Signoret et Mylène Demongeot, Les Misérables (1958) de Jean-Paul Le Chanois avec Jean Gabin, Bernard Blier et Bourvil.

En 1965, le Parti communiste interdit tous les films produits.

En 1990, la réunification de l’Allemagne correspond au début de la crise affectant ces studios : absence de commandes étatiques de films, désintérêt des producteurs occidentaux, habitudes issues de la bureaucratie communiste, etc. En quelques années, l’effectif de ces studios diminue drastiquement : de 2 400 à 792.

1992 marque le rachat des studios par la Compagnie générale des eaux (CGE) et l’installation en leur sein des bureaux d’une chaîne de télévision du Land. Nouveauté : les touristes affluent pour découvrir ces studios mythiques. Ce qui crée 120 emplois.

A l’initiative de la CGE, notamment de sa filiale la Compagnie Immobilière Phénix (CIP), les studios Babelsberg associent tournages de films, plateaux pour des sociétés de (post)production ou de télévision, etc. Avec des tarifs inférieurs de 10% à ceux de Hollywood, des subventions étatiques… 

Le succès économique récent des studios provient aussi de la direction efficace des studios par le réalisateur Volker Schlöndorff (1992-1997), de leur rachat en 2004 à Vivendi Universal par FBB (Filmbetriebe Berlin Brandenburg GmbH) dirigée par Carl Woebcken et Christoph Fisser, des associations avec des firmes françaises et hollywoodiennes, et de la situation géographique près de cette Mitteleuropa. Il est patent lors des Berlinales.

Parmi les films tournés à Babelsberg  : Jakob the Liar (1999) de Peter Kassovitz avec Robin Williams, Alan Arkin et Liev Schreiber, Inglourious Basterds (2009) par Quentin Tarantino avec Brad Pitt, Mélanie Laurent, Christoph Waltz et Diane Kruger, Le Pianiste de Roman Polanski, Stalingrad de Jean-Jacques Annaud, Monuments Men (2014) de George Clooney avec Matt Damon, George Clooney et Cate Blanchett.

Au « travers des films emblématiques qui ont suivi, les réalisateurs content » l’histoire de « ce temple cinématographique, dont l’histoire mouvementée a toujours été liée aux fractures historiques vécues par le pays ». 

« Aux images d’archives de tournage, dans lesquelles se glissent de véritables trésors – comme les premières auditions de Marlene Dietrich pour L’ange bleu –, se mêlent les souvenirs de grands réalisateurs : Fritz Lang racontant comment il a échappé à Goebbels ou encore Wolfgang Kohlhaase se remémorant le passage des studios sous orbite communiste après 1945. Des acteurs de renom (Angelica Domröse, Uwe Kockisch, Michael Gwisdek) prennent également la parole pour dévoiler les coulisses de ce Hollywood allemand, qui attire aujourd’hui des pointures américaines telles que Quentin Tarantino ».

Arte diffusa le 25 mai 2016 à 22 h 10 Quand la RDA faisait son cinéma (Grosses Kino Made in DDR), documentaire de André Meier (2016, 52 min). "Retour sur l'histoire mouvementée du cinéma en RDA, à travers celle de sa société de production, la Defa, qui, de 1946 à 1992, produisit plus de 1 200 films. L'histoire du cinéma est-allemand est indissociable de celle de la Defa (Deutsche Film AG), société de production d'État, fondée en 1946 sous l'impulsion des autorités soviétiques. Avec à terme 2 200 employés, la Defa, installée dans le quartier de Babelsberg à Potsdam, a produit jusqu'en 1992 plus de 700 longs métrages de cinéma et plus de 500 téléfilms".

"Des productions qui reflètent l'histoire et les contradictions de la République démocratique allemande (RDA), et offrent un aperçu passionnant de l'évolution des représentations morales et idéologiques portées par ses cinéastes, depuis la lutte contre le militarisme et le rejet du nazisme jusqu'à l'affrontement Est-Ouest. Mais les réalisateurs de la Defa se trouvaient parfois écartelés entre les directives du Parti, les attentes du public et leur propre vision. Plusieurs films, critiques à l'égard du pouvoir ou esthétiquement trop audacieux - marque de la "décadence occidentale" - ont été frappés par la censure pour ne resurgir qu'après la chute du mur. Malgré le passage à l'Ouest de nombreuses stars, comme Manfred Krug, Armin Mueller-Stahl, Winfried Glatzeder ou Jutta Hoffmann, les succès restent au rendez-vous : La légende de Paul et Paula de Heiner Carow attire, en 1973, plus de 3 millions de spectateurs, et Jacob le menteur de Frank Beyer est nommé aux Oscars en 1977. S'appuyant sur de nombreux extraits de films et les interviews d'acteurs et de réalisateurs, ce documentaire retrace la passionnante histoire de l'ère Defa, et revient sur ses productions les plus marquantes. Il témoigne aussi de ses ambitions à l'échelle internationale, notamment par le biais de collaborations, dans les années 1950, avec des acteurs français aux sympathies communistes - comme Simone Signoret et Yves Montand, Gérard Philipe ou Michel Piccoli, venus tourner à l'Est".

  
« Les studios Babelsberg ou le Hollywood allemand  » de Alexander Lück et Daniel Finkernage
53 min
Sur Arte le 5 février 2015 à 0 h 20 

Visuels :
Les studios, au lever du soleil
© Finkernagel&Lück

Volker Schlöndorff
© Finkernagel&Lück

Articles sur ce blog concernant :
Les citations proviennent d'Arte. Cet article a été publié le 4 février 2015.

mardi 24 mai 2016

« La chambre vide », de Jasna Krajinovic


Arte rediffuse les 24 et 25 mai 2016 « La chambre vide » (Dschihad: der Kampf der Mütter), documentaire de Jasna Krajinovic. « Dans les pas de Saliha, mère d'un jeune djihadiste mort en Syrie, ce portrait sensible fait résonner la douleur des familles de « radicalisés », aujourd'hui inaudible  ».

« En août 2013, du jour au lendemain, Sabri, le fils de Saliha, a quitté leur maison confortable de Bruxelles pour partir en Syrie « faire le djihad ». Il avait 19 ans. Trois mois plus tard, ses parents, ses frères et sa petite sœur ont appris tout aussi brutalement son décès "présumé", puisque la mort des jeunes Européens enrôlés par Daech et disparus en Syrie n'est pas reconnue par les États dont ils sont ressortissants ». Sabri "a survécu moins de quatre mois au sein de l'Etat islamique".

« De Sabri, que sa famille dévastée continue d'aimer et de pleurer, ne reste qu'une chambre vide, peuplée de souvenirs déconnectés du combat mortifère qu'il a embrassé ». Des photos de la famille, un jeu vidéo très violent... Quand sa mère lui envoyait via Internet des photographies de la famille, Sabri lui répondait : "C'était bien, mais à cette époque, on ne priait pas". Sabri lui adressait des photographies numérisées que sa mère analysait pour obtenir des informations, et l'invitait à quitter le pays des "mécréants". Une mère brisée par la mort de son fils. Celui-ci lui reprochait de l'avoir scolarisé dans des établissements publics.

« Face à ce deuil difficile, Saliha et son mari se lient avec d’autres personnes dont les enfants sont partis en Syrie, en France et en Belgique. Ensemble, ils s'épaulent, cherchant à comprendre comment leurs fils et filles ont pu si rapidement couper des liens qui, pour les parents, se sont transformés en plaie vive ».

Des signaux ? Les parents, parfois chrétiens, les repèrent et les interprètent trop tardivement. Ils ne s'attendent pas à ce que leurs enfants quittent leur pays, souvent natal. Ils pointent des vulnérabilités psychologiques sur lesquelles ont appuyé des gens pour les endoctriner. Aucun d'eux ne s'interrogent sur ce qui dans l'islam a conduit leurs enfants à choisir le djihad et à aspirer à mourir en shahid.

Une mère quinquagénaire, dont le fils converti à l'islam souhaitait rejoindre les rangs de l'Etat islamique, avait porté plainte avant le départ de son fils. Son dossier est allé à la cellule de radicalisation qui a considéré son dossier comme non prioritaire, et ne l'a pas empêché de partir en Syrie car il était majeur. Certains policiers considèrent les parents comme responsables des actes de leur enfant. 

« Du Parlement belge aux classes de lycée, Saliha prend la parole pour témoigner de son deuil et agir, à sa manière, contre les réseaux djihadistes. Luttant contre l'ostracisme qui frappe les familles, elle dénonce aussi le "laxisme" des autorités vis-à-vis des recruteurs ».

Devant une classe de lycéens, Saliha alerte sur le réseau constitué du rabatteur/recruteur, de celui qui endoctrine - "un grand qui dit de partir" -, et du sponsor qui prend en charge le jeune de son départ à son arrivée en dar al-islam.

Me Alexis Deswaef critique le parquet fédéral qui mêle les parents et les enfants terroristes. Le parquet fédéral veut une condamnation tant qu'il n'est pas sûr de leur mort.

Devant le Parlement flamand, Saliha ben Ali, mère pieuse de quatre enfants, relate son histoire, milite pour un "statut de victimes pour les parents et les enfants, voire les petits-enfants nés là-bas", dénonce le laxisme face aux discours notamment de Sharia4Belgium, etc.

« Dans un double mouvement, Jasna Krajinovic filme son intimité avec les siens, et la suit dans ses rencontres publiques. Avec tact et sensibilité, elle nous permet d'entendre et de comprendre une douleur devenue difficilement audible ».
  

« La chambre vide  », de Jasna Krajinovic
2015, 59 min
Sur Arte les 5 janvier 2016 à 22 h 30, 24 mai à 21 h 50 et 25 mai 2016 à 9 h 50

A lire sur ce blog :
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Les citations sur le concert viennent d'Arte et du documentaire. Cet article a été publié le 5 janvier 2016.

« Djihad, les contre-feux », par Laetitia Moreau


Arte diffusera les 24 et 25 mai 2016 « Djihad, les contre-feux » (Dschihadisten Im Visier), par Laetitia Moreau. Un documentaire suivant le travail d’une « cellule de déradicalisation » dans les Bouches-du-Rhône avec la controversée Dounia Bouzar.


Qu’est-ce que la radicalisation ? L'application littérale du Coran ? Le dévoiement de l'"islam-religion-de-paix" ? Le "politiquement correct" répond par la seconde hypothèse en niant tout lien avec l'islam. "Il n'y a pas à avoir peur quand un enfant prie ou lit le Coran", gémit une mère musulmane qui confie sa peur à l'égard de son enfant tenté par le djihad. Dans une lettre, son fils explique sa motivation, son départ alors qu'il avait une famille formidable, un emploi stable : "réussir sa vie, c'est adorer Allah", rejoindre le califat et lutter contre l'humiliation de l'oumma.

Diffusé en janvier 2016, « La chambre vide », de Jasna Krajinovic suivait Saliha, dont le fils âgé de dix-neuf ans, Sabri, avait quitté leur maison confortable de Bruxelles pour partir en Syrie « faire le djihad ». Il y était mort. Saliha et d'autres mères de djihadistes s'efforçaient de sensibiliser les élus et les élèves au danger du djihad.

« Comment sortir les jeunes de l'engrenage de la radicalisation ? Comment aider les parents ? À travers plusieurs témoignages, ce documentaire « Djihad, les contre-feux » donne des pistes concrètes pour lutter contre un fléau qui déstabilise notre société ».

« À la radicalisation de certains jeunes, le gouvernement français a surtout apporté une réponse sécuritaire. Pourtant, ce phénomène ne pourra être endigué sans un travail de prévention et d'anticipation ». Le désarroi du gouvernement est attesté par le choix de Dounia Bouzar, personnage controversé qui sanctuarise l'islam et développe un discours anti-israélien. Son association le CPDSI (Centre de prévention des dérives sectaires liées à l'islam) a reçu 900 000 euros en 18 mois. Une inspection interministérielle avait constaté le népotisme, un "mélange des genres" et les relations entre le CPDSI et la société de conseils fondée par Dounia Bouzar.

« Redoutablement bien construits, les discours des recruteurs djihadistes s'engouffrent dans les failles de notre société : la crise de la famille, les ratés de la politique d'intégration, l'absence de projet collectif. Comment stopper cet engrenage ? Comment aider les parents à comprendre ce qui se passe dans la tête de leurs enfants ? Pour les acteurs de terrain engagés dans cette lutte, il faut combattre sur trois fronts : la prévention des départs, la prise en charge des jeunes qui reviennent et l'émergence de contre-discours religieux ».

« Imams, simples croyants, travailleurs sociaux, éducateurs, parents, mandatés par le gouvernement ou agissant de leur propre initiative, tous construisent des alternatives à la réponse sécuritaire » : l'insertion, la séparation du réseau relationnel ayant incité au djihad, la prise en charge de la fratrie pour éviter que "frères et sœurs ne deviennent des proies potentielles". Tous incitent la famille à maintenir le lien filial avec leur enfant (un "acte d'amour") tenté par le djihad. Si les parents acceptent l'idée que leurs enfants, de retour du djihad, seront condamnés à des peines d'emprisonnement, mais souhaitent qu'ils soient pris en charge pour leur "déradicalisation". La honte, c'est le sentiment de nombreux parents de djihadistes.

Djihad, les contre-feux « constitue une plongée aux côtés de ceux qui tentent de déjouer le piège tendu par les réseaux djihadistes".

Pour la première fois, la réalisatrice Laëtitia Moreau (Génération quoi ?, Déchiffrage - Les impôts, le prix de la démocratie ?) a été autorisée à filmer le travail sur le terrain d'une cellule de déradicalisation mise en place dans les Bouches-du-Rhône, dans le cadre du plan national de lutte contre la radicalisation. Elle s'est également intéressée au travail de Dounia Bouzar, à qui le gouvernement confia une mission sur la déradicalisation, et de Farid Abdelkrim, humoriste et ancien islamiste qui fait le tour des prisons pour empêcher la radicalisation de certains détenus. La réalisatrice donne aussi la parole aux premiers concernés : d'anciens jeunes radicalisés et des parents touchés par ce phénomène. L'ensemble donne des pistes concrètes pour lutter contre un fléau qui déstabilise en profondeur notre société ». Au Danemark, un mentor guide un jeune musulman de retour en Syrie, qui avait été "frustré", convaincu "que nul ne les comprend". Ce programme de mentors musulmans encadre, scolarise, etc. ces jeunes.
  

« Djihad, les contre-feux », par Laetitia Moreau
52 min
Sur Arte les 24 mai à 20 h 55 et 25 mai 2016 à 8 h 55

Visuels : © Elephant & Cie

Articles sur ce blog concernant :
France
Shoah (Holocaust)
Les citations sont d'Arte.

« Décor » d’Adel Abdessemed


Autour du 500e anniversaire du retable d’Issenheim, le musée Unterlinden de Colmar présente l’œuvre « Décor » d’Adel Abdessemed, composée de quatre Christ, en regard de la Crucifixion de Grünewald qui les a inspirés. Achetés par François Pinault, riche homme d’affaires français et collectionneur d’art moderne et contemporain, quatre Christ constituent cette œuvre expressive, en fil de fer barbelé, présentée pour la première fois au public. Le parallèle par Frédérique Goerig-Hergott entre ces Christ et les prisonniers de Guantánamo choque. La Bourse du Commerce aux Halles accueillera une partie de la collection d’œuvres d'art de François Pinault. En 2023, le Mémorial de la Shoah a accueilli Mon enfantune sculpture et une série de dessins d’Adel Abdessemed.


Chef d’œuvre de la collection du musée d’Unterlinden de Colmar, le retable d’Issenheim, haut de trois mètres, est composé de panneaux peints s’articulant autour d’une caisse centrale constituée de sculptures. Ses créateurs ? Deux maîtres allemands du gothique tardif, le peintre Matthias Grünewald, pour les panneaux peints (1512-1516), et Nicolas de Haguenau, pour la partie sculptée antérieure (autour de 1490).

Le retable d'Issenheim est destiné au couvent des Antonins à Issenheim, au sud de Colmar (Haut-Rhin), où il décore le maître-autel de l’église.

Pour ses 500 ans, le musée d’Unterlinden a placé en face du retable qui l’a inspirée, l'œuvre Décor de l'artiste Adel Abdessemed.

Né à Constantine (Algérie), cet artiste controversé est formé à l’Ecole des Beaux-arts d’Alger, puis de celle de Lyon. En 2009, la galerie David Zwirner à New York présente son exposition Rio. Ses créations sont présentes dans les collections publiques, notamment au Centre Georges Pompidou qui lui consacre une exposition (3 octobre 2012-7janvier 2013), au musée d’Art moderne (MAM) de la Ville de Paris, dirigé depuis 2006 par Fabrice Hergott, et au musée d’Israël à Jérusalem. Un « catalogue raisonné de son œuvre paraitra en 2013, fruit de la collaboration entre la galerie David Zwirner, Pier Luigi Tazzi et Steidl Verlag ».

Créée aux Etats-Unis, exposée pour la première fois en Europe, cette œuvre est constituée de quatre Christ grandeur nature en fils de fer barbelé, Décor est apposée contre un mur latéral de la chapelle en pierres. Ce matériau brut, dur, source potentiel de blessures est tordu, noué pour former le corps du Christ crucifié, souffrant, mourant.

Dans le catalogue l’ouvrage publié aux éditions Xavier Barral,  Frédérique Goerig-Hergott, conservatrice (Art moderne et contemporain) au musée d’Unterlinden, écrit :
« La scène de la Crucifixion peinte par Grünewald présente le moment précis de la mort du Christ, dans cet univers bouleversé par les ténèbres qui ont envahi la terre en pleine journée. (…) Sensible aux représentations symboliques et à toute forme de langage universel, Adel Abdessemed ne pouvait figurer ce cri autrement que par l’essence même de la cruauté et de l’oppression : le fil de Fer barbelé coupant comme des lames de rasoir, ordinairement utilisé pour la défense militaire des frontières ou dans le camp de Guantánamo ».
Préfacé par François Pinault, ce catalogue est coécrit par l’ancien ministre de la Culture Jean-Jacques Aillagon, Eric de Chassey et Giovanni Careri. Qu’en pensent-ils ?

Ce parallèle avec Guantánamo, camp américain de détention de "combattants illégaux" arrêtés lors de la guerre contre le terrorisme islamiste, semble pour le moins choquant. D'autant plus en ce triste onzième anniversaire des quatre attentats islamistes aux Etats-Unis, dont contre les Twin Towers. Les barbelés me font penser  d'abord à ceux des camps nazis de concentration et d’extermination. A Gitmo, qui serait selon cette conservatrice le Christ ? L’artiste et la conservatrice n’ont pas répondu à ma demande d’interview sur ce parallèle.

Le 28 avril 2012, Le Monde a publié l’article A Comar, François Pinault « crucifie » Nicolas Sarkozy. Cet ami de l'ex-Président de la République Jacques Chirac a déclaré : « Ce n'est pas le passé qui nous domine, mais les images du passé… Dans le contexte actuel, c'est important, les choses sont rarement une coïncidence. C'est une façon de me révolter contre les gens qui ne savent pas pour qui ils votent. Qu'ils viennent ici devant les Christ... Présomption de légitime défense, c'est comme au Far West, il faut dégainer le premier ! [le Président de la République et candidat à l'élection présidentielle Nicolas Sarkozy] perd les pédales. Les gens proches de lui pensent qu'il pourrait encore gagner. Il est cuit ! C'est comme dans le bunker de 1945 ».Encore des parallèles choquants.

En 2013, des conservateurs ont examiné le retable d'Issenheim afin d'établir la cartographie des dommages de ce chef d'oeuvre médiéval en vue de sa restauration, et Histoire a diffusé, le 25 mai 2013, un documentaire sur un retable.

La Bourse du Commerce aux Halles accueillera une partie de la collection d’œuvres d'art de François Pinault. "Propriété de la Chambre de commerce et d'industrie (CCI) de Paris-Ile-de-France avec laquelle la Ville a procédé à un échange foncier, la Bourse du Commerce va être concédée pour 50 ans à la Fondation Pinault moyennant une redevance. La fondation financera les travaux nécessaires à la transformation de l'édifice et assurera les dépenses de fonctionnement du nouveau musée". Ce musée ouvrira ses portes au public à l'automne 2018.
 

Jusqu’au 16 septembre 2012
1 rue d'Unterlinden. 68000 Colmar
Tél. +33 (0)3 89 20 15 50
Tous les jours de 9 h à 18 h  

Visuels :
Adel Abdessemed
Décor, 2011-2012
Razor wire (fil de fer barbelé)
Four elements, each:
88 x 68 1/2 x 16 inches
223.5 x 174 x 40.6 cm
Courtesy of Adel Abdessemed and David Zwirner Gallery
 Collection François Pinault Foundation

Retable d’Issenheim,
1512-1516
Technique mixte (tempera et huile) sur panneaux constitués d’étroites planches de tilleul assemblées à joints vifs
Maître-autel de l’église de la commanderie des Antonins d’Issenheim
Présent dans les collections du musée dès sa création
© Musée Unterlinden, Colmar
Musée Unterlinden, Colmar
Articles sur ce blog concernant :

Cet article a été publié les 11 septembre et 23 décembre 2012 lors de l'exposition Je suis innocent d'Adel Abdessemed au Centre Pompidou, et 24 mai 2013