lundi 24 juillet 2017

Une réunion sur l’affaire al-Dura calamiteuse pour France 2


Le 18 septembre 2008, Arlette Chabot, directrice de l’information de France 2, puis Philippe Karsenty, directeur de l’agence de notation des médias Media-Ratings (M-R.fr), se sont exprimés lors d’une soirée publique sur l’affaire al-Dura, pour la première fois hors de l’enceinte judiciaire, au siège parisien du Mouvement juif libéral de France (MJLF). Une réunion filmée oscillant, au fil des interventions, entre le grotesque, le passionnant, le choquant, le comique et la raison. Aux interrogations légitimes suscitées par le reportage controversé de Charles Enderlin et du cameraman palestinien Talal Abu Rahma sur la « mort de Mohamed al-Dura » diffusé le 30 septembre 2000 par France 2, aux arguments fondés de Philippe Karsenty, Arlette Chabot n’a opposé aucune réponse argumentée. A tort, elle a nié le non-renouvellement de la carte israélienne de presse de Talal Abu Rahma. La première promotion d'Emmanuel Macron se caractérise par un nombre "exceptionnellement resserré" de 101 noms, illustres ou inconnus du grand public. Parmi eux, Arlette Chabot.


Ce fut théâtral à souhait, avec vraies et fausses sorties d’Arlette Chabot, venue accompagnée de trois journalistes de France 2, dont « certains sont de grands reporters, ayant travaillé en Israël, dans les territoires ». Signe d’une « rédaction solidaire ».

Une pièce, parfois houleuse, d’environ trois heures, en trois actes, devant une salle quasi comble, d’environ 150 spectateurs, attentifs et respectueux, dont Francis Lentschner, président du MJLF, le rabbin Daniel Farhi, le général Michel Darmon, président d’honneur de l’association France-Israël/Alliance général Kœnig (1) et le journaliste Gil Mihaely.

Le journaliste Antoine Spire annonce, avec gêne, le déroulement de la soirée : Arlette Chabot commentera ses images, puis répondra aux questions posées par la salle et par lui-même. Ensuite, elle quittera la salle, car elle « ne souhaite pas écouter Philippe Karsenty », qui présentera sa démonstration et répondra aussi aux questions. Enfin, après « le retour d’Arlette Chabot, nous aurons un débat ». Rires.

Le but d’Antoine Spire : « Savoir quelle est la vérité, donc être le plus rationnel possible ». Un mot est inscrit en hébreu sur un panneau de la salle : « Emet » – vérité.

Un prochain « groupe de travail d’experts indépendants »
Quelques heures auparavant, le CRIF (Conseil représentatif des institutions juives de France) avait annoncé l’accord de Patrick de Carolis, PDG de France Télévisions, pour « la mise en place d’un groupe de travail d’experts indépendants, chargé de répondre, à partir de tous les documents disponibles, aux diverses questions qui se posent » sur les images de la « mort de Mohammed al-Dura » (2). Un groupe qui sera présidé par Patrick Gaubert, président de la LICRA (Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme) (3).

« Ce n’est pas une commission d’enquête, car, enquête, cela veut dire qu’il y a justice, et la justice nous oppose à M. Karsenty », ergote Arlette Chabot. Les missions de ces experts : examiner les cicatrices de Jamal al-Dura et son dossier médical, faire de nouvelles radios, analyser les images (en particulier le timecode)…

« Plutôt que de ressasser les éternels arguments et de scruter les images à l’infini, [Arlette Chabot] veut sortir du fantasme, de l’accusation sans preuve et cherche des faits objectifs nouveaux ». Ainsi, « Jamal al-Dura et des autorités religieuses musulmanes ont donné leur accord sur l’analyse ADN des restes de l’enfant exhumé ». Une exhumation et un test que nul, hormis France 2, ne propose, et dont les résultats, conditionnés par une ADN probante, n’arrêteront pas toutes les polémiques. Alors pourquoi cette analyse ? Peut-être pour contourner le but majeur assigné à cette commission par le Dr Richard Prasquier, président du CRIF, le 2 juillet 2008 : « Il s’agit de déterminer si, le 30 septembre 2000, Charles Enderlin pouvait affirmer, avec les images et informations dont il disposait, que Mohammed al-Dura est mort » (4). « Nous souhaitons arrêter cette affaire… et que l’enquête aille jusqu’au bout, et nous nous rangerons au verdict de ces éléments objectifs », promet Arlette Chabot. Et d’ajouter : « Si une faute avait été commise, nous reconnaîtrons la faute. Le bureau de Jérusalem sera fermé dans l’heure qui suivra. Tout le personnel sera licencié. Nous dirons à la TV que nous avons commis une erreur et que nous avons été abusés ». Mais France 2 remettra-t-elle en question sa chaîne de contrôle de l’information ?

Puis Arlette Chabot précise : « En revanche, nous demandons que tout le monde fasse preuve de la même honnêteté, et que si des gens de bonne volonté arrivent à donner des éléments objectifs qui apportent des réponses au maximum de questions… Nous acceptons les réponses. Et nous espérons que tout le monde [les] acceptera, et qu’on en aura fini de cette affaire... Ni la France - qui a beaucoup de problèmes, euh, avec ses communautés différentes -, ni ce qui se passe au Proche-Orient, personne n’a besoin de rallumer des guerres… mêmes médiatiques qui n’ont pas lieu d’être. C’est très dangereux ».

Les auditions de ces experts seront-elles ouvertes à la presse ? Leur compte-rendu et les résultats des analyses seront-ils publiés ? Ces points, et d’autres, demeurent inconnus.

On pouvait espérer que cet accord entre le CRIF et France 2 augurât d’une atmosphère pacifiée entre les deux orateurs, prélude à un dialogue. Eh bien, non, il a fallu vite déchanter. Chacun a campé sur sa position, sans réel dialogue.

« France 2 bidonne, ou ne bidonne pas ? » (Arlette Chabot)
Rappelons les faits (5) :

Le 30 septembre 2000, au JT de 20 h, France 2 diffusait un reportage commenté ainsi par Charles Enderlin, son correspondant à Jérusalem, sur des images du cameraman (ou fixer [en anglais]) palestinien, Talal Abu Rahma :
« 15 heures. Tout vient de basculer près de l’implantation de Netzarim dans la bande de Gaza... Ici, Jamal et son fils Mohammed sont la cible de tirs venus de la position israélienne... Mohammed a 12 ans. Son père tente de le protéger... Il fait des signes... Mais une nouvelle rafale... Mohammed est mort et son père gravement blessé » (6).

Ces images ont circulé dans le monde entier, alimentant la haine et la violence contre les Juifs. « Rien n’a été aussi dévastateur du point de vue de l’image d’Israël que la mort de ce petit Mohammed al-Dura. En réponse à ce crime, quelques jours plus tard, deux réservistes israéliens ont été lynchés par des Palestiniens », rappelle Antoine Spire. « J’ai rencontré des mères de famille françaises qui m’ont dit : "Mon gosse a payé très cher, dans son collège, dans son école, l’affaire al-Dura". Je partage cette douleur », déclare Arlette Chabot. L’incident et ce reportage ont fait l’objet d’enquêtes, notamment du physicien Nahum Shahaf, du réalisateur Pierre Rehov (7), de Stéphane Juffa, rédacteur en chef de la Metula News Agency (ou Mena) (8), de la journaliste Esther Schapira (9), du psychanalyste Gérard Huber (10), de l’historien Richard Landes (11) et de Philippe Karsenty.

Des doutes ont surgi sur l’authenticité des faits allégués par le commentaire de ces images (12).

En 2004, M. Karsenty qualifiait de "mise en scène" et "supercherie médiatique" ces images controversées (13). Condamné en première instance, en 2006, pour diffamation, sur plaintes de France 2 et de Charles Enderlin (14), il interjetait appel et était relaxé le 21 mai 2008 par la Cour d’appel de Paris, par un jugement qui tançait sévèrement les intimés. Ceux-ci se sont pourvus en cassation (15). Le Nouvel Observateur a publié, le 27 mai 2008, un appel Pour Charles Enderlin, qu’Antoine Spire trouve « particulièrement étrange (17) ».

« Une sale affaire »
Troisième directrice de l’information de France 2 à « gérer » cette affaire, Arlette Chabot n’était pas « en fonction à l’époque. Ce qui [lui] donne une totale liberté pour avoir mené et continuer à rechercher le maximum d’informations sur cette… sale affaire ».

« La première polémique, que je n’ai pas gérée, était sur l’origine des balles, ironise-t-elle. Et quand je suis arrivée il y a quatre ans, on m’a dit : « Ah, c’est formidable ! On va enfin avoir un directeur de l’information qui va dire la vérité : "Cette scène est totalement bidon, elle est jouée, et l’enfant n’est pas mort" - j’ai même entendu dire qu’il vendait des fruits à Gaza –, "et le père n’a jamais été blessé. Tout ceci est une scène qui a été montée"… J’ai essayé de reprendre les faits. J’ai essayé de mettre un peu de raison et de chercher des faits objectifs dans une affaire qui devenait extrêmement passionnelle, voire irrationnelle, avec des débats interminables ».

Cette affaire, qui l’espère-t-elle ne « sera pas l’affaire de sa vie », elle a été « mal gérée » par ses prédécesseurs. Au fait, comment Arlette Chabot l’a-t-elle « gérée » ?

En sélectionnant les happy few – les journalistes Luc Rosenzweig (18), Denis Jeambar et Daniel Leconte (19) – autorisés à découvrir, le 22 octobre 2004, les rushes de France 2.
En refusant la communication de ces rushes à l’armée israélienne (20) - même si Arlette Chabot fait « confiance à la démocratie israélienne pour organiser des enquêtes » -, ainsi qu’au président du CRIF (21).

En filtrant les invités de sa conférence de presse du 18 novembre 2004 (22). Une décision critiquée par le Syndicat national des personnels de la communication et de l’audiovisuel (SNPCA) (23).

En disqualifiant les partisans de la mise en scène, assimilés aux révisionnistes ou aux adeptes des théories du complot. Et, pour l’avoir rangé quelque peu parmi ces derniers, la chaîne Canal + (24) et l’hebdomadaire L’Express (25) sont poursuivis pour diffamation, en 2008, par Philippe Karsenty.

Enfin, en adoptant, pour clore tout débat (26), une stratégie judiciaire, qui s’est révélée désastreuse pour France 2 (27) - celle-ci avait poursuivi pour diffamation ceux qui avaient diffusé, sur des sites Internet, des articles gênants sur cette affaire, et non leurs auteurs. La seule exception, involontaire, a visé Philippe Karsenty et s’est retournée en boomerang contre France 2.

Ainsi, les trois procédures judiciaires lancées par France 2 et Charles Enderlin se sont soldées, d’une part, par la relaxe d’un prévenu au terme d’une audience ubuesque (28), et, d’autre part, par deux condamnations des prévenus, en première instance : l’une, celle de Philippe Karsenty, a été annulée en appel (29) ; l’autre, celle de Charles Gouz, webmaster du site Desinfos.com, a donné lieu à un jugement aux attendus sévères à l’égard de France 2 (30).

Et les rushes de France 2 ?
Habilement, Arlette Chabot ne présente pas les 18 minutes de rushes de France 2 en date du 30 septembre 2000, et présentés à la Cour d’appel de Paris le 14 novembre 2007. Et pour cause, il eût été délicat de montrer 17 minutes de saynètes de guerre et deux interviews de responsables palestiniens, s’achevant par la minute sur les al-Dura, et une rue palestinienne sans trace de sang, ni projection de chair, ni les 2 000 impacts de balles israéliennes que n’eussent pas manqué de produire « 45 minutes » de fusillades (31). En 2000, Talal Abu Rahma affirmait que ces rushes duraient 27 minutes. Quid des neuf minutes manquantes dans ces rushes ? « Nous avons donné à la justice l’intégralité des rushes », assène Arlette Chabot (32).

Et voici donc les reportages diffusés par France 2 et TF1, le 30 septembre 2000, par France 2, les 1er et 2 octobre 2000, puis des « rushes décryptés par France 2 », avec des images d’autres caméramans présents au dit carrefour le 30 septembre 2000 (33).

C’est avec concision, aplomb et calme, qu’Arlette Chabot répond aux interrogations d’Antoine Spire et de spectateurs. Seule sa gestuelle – jambes parfois tordues, main cachant une partie du visage - trahit nervosité ou embarras.

Un abîme de questionnements
Arlette Chabot dévide une litanie à donner le vertige. Elle avance la transparence - « Nous répondons à toutes les questions. Nous n’avons rien à cacher ». Alors que le caméraman palestinien, Talal Abu Rahma, admettait, vers 2001-2002 : « France 2 a ses secrets ». Pourquoi France 2 a-t-elle donné ces images aux télévisions du monde entier ? - « C’est normal. Il y a un système d’échanges gratuits internationaux entre toutes les TV. S’il y a un embargo, c’est plutôt vis-à-vis de la concurrence… Quand Charles Enderlin a monté ces images, personne n’a imaginé une seconde l’impact qu’elles auraient », explique Arlette Chabot.

Nidra Poller ironise : arrivé à 7 h, Talal Abu Rahma n’aurait produit en une journée de travail que 18 minutes d’images, en manquant la mort de l’enfant !? « Quelle était la durée de sa cassette ? », demande-t-elle. Arlette Chabot élude, insistant sur l’insuffisance des batteries du cameraman. Mais alors, pourquoi Talal Abu-Rahma a-t-il gaspillé ses faibles batteries à filmer tant de saynètes de guerre ? Antoine Spire exprime son incompréhension : tous les Palestiniens fuient, sauf « ce père palestinien et son fils ». « Le père est très con de rester derrière ce qu’il pense être un abri », note Arlette Chabot.

Les balles « ayant tué Mohammed et blessé Jamal al-Dura » ? Selon Talal Abu Rahma, France 2 les détient. Ce que nie farouchement Arlette Chabot : « Les balles ont été récupérées par les Palestiniens. Si on les avait, je vous promets, on les donnerait ».

Concernant « le débat sur les tirs » : Arlette Chabot se « fie à la conclusion de la commission d’enquête israélienne, de l’Armée... On ne saura sans doute jamais... Si les Israéliens avaient la preuve que le gamin n’a pas été tué par des Palesti… par des militaires israéliens, je pense que, depuis longtemps, pour éviter que ce gamin ne devienne un martyr dans le monde musulman, ils l’auraient fournie, évidemment... On nous dit que cette scène est jouée, c’est-à-dire qu’on a mis en scène… Comment on dit ? C’est Hollywood, Pallywood... C’est-à-dire qu’avec la complicité de l’équipe de France 2, on a mis un "acteur" et un enfant qui joue à être blessé… Si c’est une mise une scène, il n’y a plus de problème d’origine des tirs : c’est forcément des balles palestiniennes. Il n’y a que les Palestiniens qui peuvent monter cette opération contre Israël (34) ».

Talal Abu Rahma a déclaré au journal marocain Le Matin, en 2001, qu’il était « venu au journalisme afin de poursuivre la lutte en faveur de son peuple » (35) ? - « On peut toujours dire des conneries ! », réplique Arlette Chabot. Huées. Elle persifle avec ironie : « Charles Enderlin peut être journaliste pour défendre la cause israélienne ! Je n’en sais rien ». Esclaffement général de la salle. « Cela n’a pas de sens ! Je ne dis pas que [Talal Abu Rahma] n’a pas donné d’interviews dans tous les sens. Cela m’est égal que Talal ait dit des conneries. Il a filmé une scène : nulle ou pas ? » Ce 30 septembre 2000, Charles Enderlin se trouve en Cisjordanie, et non au carrefour de Netzarim. Il a fait « confiance à Talal, avec lequel [il] travaille depuis 12 ans », et a déclaré en 2005 que « l’image [des al-Dura] correspondait à la situation à Gaza et en Cisjordanie » (36). Ancienne co-présentatrice de Jeudi Investigation sur Canal +, et notamment de l’émission sur l’affaire al-Dura, qui « établit que l’enfant a été tué par balles », Emilie Raffoul allègue : « L’image [de l’enfant] déclenche une espèce d’hystérie émotive… Si je peux me permettre de le dévoiler, la moitié des journaux télévisés sont faits avec des images qui arrivent de l’extérieur par des journalistes, à l’intérieur des rédactions, qui vont dans des cabines de montage et de mixage, et qui sont, à 50%, dans le JT, pas sur place ».

Dans son commentaire, « Charles Enderlin a dit le point de vue de l’armée israélienne le premier et le deuxième jour », estime un des trois journalistes de France 2. Une allégation qui contredit le récit de Luc Rosenzweig - Charles Enderlin « n’obtient pas de confirmation de cet incident du côté israélien, où le porte-parole de Tsahal de service ce jour-là, Yarden Vatikaï, lui répond qu’il va faire une enquête dont il le tiendra informé. Enderlin accuse donc Tsahal de ce crime, car c’en est un aux yeux des lois de la guerre, sans même citer la non-réponse à ses questions des responsables de l’armée israélienne » (37). Et qui n’explique pas le commentaire prudent du JT de TF1, ce 30 septembre 2000.

Si Charles Enderlin « avait été convaincu par les autorités israéliennes de s’être prêté à cette manipulation, il y a longtemps qu’il aurait été expulsé : il y a des journalistes qui ont été expulsés… Un journaliste de France 2, qui je le signale est juif. On l’a accusé d’antisémitisme [brouhaha]... On a dit que Charles Enderlin était antisémite [« Ben oui ! » dans la salle]. Il a eu le Prix Goebbels (38) [Ah !] ! J’ai eu du mal à comprendre », déclare Arlette Chabot. Et de poursuivre : « S’il y avait un élément qui permette de… soulager les âmes, de dire : on a la preuve que c’est un montage, que ce sont des balles palestiniennes… Vous pensez que cela n’aurait pas été dit depuis huit ans ? ». « Cela a été dit par l’armée israélienne », rétorque Antoine Spire. « Personne n’a prouvé [que l’enfant] était encore vivant », constate Arlette Chabot. Oui, mais personne, et notamment pas France 2, n’a prouvé qu’il était mort… Arlette Chabot compare l’affaire al-Dura aux rumeurs sur les attentats islamistes du 11 septembre 2001. « On se repasse les images en boucle… Personne n’a pu démontrer que le 11 septembre, ça n’est pas vrai, que c’est une organisation de George Bush, que ce sont les Juifs [Le Mossad, disent des spectateurs], que le Mossad a fait tomber les tours… Au bout d’un moment il y a un doute permanent ». « Nous poursuivons toujours ceux qui disent, et n’apportent pas la moindre preuve, que cette affaire est un montage et est totalement bidon », avertit Arlette Chabot. En l’accusant de « manipulation intentionnelle de l’opinion », Serge Farnel, ancien webmaster de l’ex-site La Vérité Maintenant (39), la défie. Arlette Chabot ironise, un peu éberluée.

Un blood libel
« Ces images ont été utilisées, ont eu des conséquences émotionnelles et politiques considérables. Dans le monde entier, ces images représentent la responsabilité israélienne, surtout vis-à-vis du monde arabe… », résume Antoine Spire.

Arlette Chabot interroge à la cantonade : « Et si c’était vrai, est-ce que c’est acceptable ? » « Que l’armée israélienne ait tué un enfant ? Non, c’est insupportable, pour nous tous ! », répond Antoine Spire. « Mais est-ce que cette version, si elle pouvait être… confirmée, c’est ça mon problème, en admettant, il y a eu combien d’enfants [tués] depuis que cette affaire al-Dura existe ? C’est la première fois qu’un enfant qui ne jette pas de pierres est tué, et qu’a priori on se dit que peut-être ce sont les Israéliens, que peut-être ce ne sont pas les Israéliens ? Et si ce sont les Israéliens, est-ce que c’est supportable ? Est-ce qu’on peut l’accepter ? ». Brouhaha. Un spectateur : « La question n’est pas là ». « C’est la guerre ! Il y a des gamins israéliens qui se font tuer dans des attentats par des bombes de Palestiniens ». Brouhaha.  « Je pose juste la question ». Brouhaha. Une voix : « Vous avez dit que… l’enfant palestinien a été… volontairement assassiné. Ce n’est pas la même chose ».

En fait, la question d’Arlette Chabot touche à la déontologie de Tsahal (40), et à un point particulièrement sensible : l’accusation millénaire, non fondée, formulée contre les Juifs, de commettre des crimes rituels (blood libel) (41). L’image des al-Dura a réactivé « le stéréotype du Juif tueur d’enfants » (Pierre-André Taguieff) (42), et ce, dans le cadre d’un djihad mondial.

Antoine Spire souligne la responsabilité du correspondant de France 2 à Jérusalem : « Quand on voit les conséquences de cette image et qu’on la rapporte au commentaire de Charles Enderlin disant, sans avoir de preuve : "Ce sont les Israéliens qui ont tué cet enfant", on se rend compte que là, il y a une question qui est posée : comment est-ce possible ? ».

« S’il y avait une preuve que ce n’est pas le cas, personne ne l’aurait dit depuis huit ans bientôt ? Il y a une preuve en Israël ? On rouvre une enquête ? Je ne demande pas mieux. Je suis ouverte à toutes les enquêtes », dit Arlette Chabot avant de reconnaître : « Quand on sait, compte tenu de la charge émotionnelle [de ces images], on ne l’aurait pas diffusée ». Et de se définir comme « probablement la plus pro-israélienne de la salle », ce qui suscite des « Ah ? Oh ! » de la part du public. Et d’ajouter : « Compte tenu de la charge émotionnelle qui montre une vérité… extrêmement difficile à supporter. Autant que cela doit être difficile à supporter, en tout cas j’aimerais l’espérer, pour des Palestiniens de voir des enfants israéliens couverts de sang, morts dans un attentat kamikaze ». Brouhaha.

Talal Abu Rahma sans carte de presse israélienne depuis 2001
« Je signale que Talal n’est absolument pas fiché dans les services israéliens. Il n’y a aucun dossier contre lui. Talal n’est pas du tout tricard, puisqu’il peut quitter Gaza via Tel-Aviv, et comme il a des petits problèmes de santé, et vient se faire soigner en Europe depuis des années. Si c’était un imposteur, ou un salopard, j’espère que les autorités israéliennes depuis longtemps ne lui donneraient pas de visa de sortie pour se faire soigner en Europe. Il n’est pas au service des Palestiniens. Il collabore à France 2 depuis des années », fanfaronne Arlette Chabot.

« Daniel Seaman, directeur du Bureau gouvernemental israélien de presse (GPO) (43), a déclaré que Talal Abu Rahma n’avait pas vu sa carte de presse renouvelée depuis 2001 car il avait mis en scène des reportages. France 2 est-elle au courant ? Pourquoi France 2 garde-t-elle ce cameraman », s’enquiert l’auteur de ces lignes.

« C’est faux ! L’autorisation existe toujours. [Talal Abu Rahma] continue à travailler, il continue à circuler, il continue à venir, à sortir d’Israël », tranche sèchement Arlette Chabot, qui répète une deuxième fois : « C’est faux. On ne va pas faire un débat là-dessus. C’est faux ». En fin de soirée, Arlette Chabot persiste : Talal Abu Rahma « continue à travailler à Gaza avec une carte de presse ».

Or, en mars 2008, Nidra Poller, pour The Wall Street Journal Europe (WSJE), et Guysen, informaient Arlette Chabot, via Internet, des déclarations de Daniel Seaman. Le courrier électronique de Nidra Poller était transmis à Charles Enderlin. Le 4 mars 2008, celui-ci demandait à Glenys Sugarman, une responsable de l’Association de la presse étrangère (FPA) à Tel-Aviv (44), par courriel envoyé en copie à Arlette Chabot et à Nidra Poller, de confirmer que « toutes les cartes de presse accordées par le GPO aux employés palestiniens des médias étrangers n’avaient pas été renouvelées par Daniel Seaman après le début de l’Intifada ». Curieusement, quelques jours auparavant, Charles Enderlin affirmait à la Cour d’appel de Paris que Talal Abu Rahma disposait de cette carte de presse…

« Je n’ai pas reçu de réponse de Glenys Sugarman. En 24 heures, Charles Enderlin et moi avons échangé environ cinq courriels sur ce thème. Arlette Chabot était en copie de nos messages », confie Nidra Poller à Guysen, le 24 septembre. Le 19 septembre, Daniel Seaman rappelait à GIN-Paris : « Talal Abu Rahma n’a pas la carte de presse du GPO qui est la seule carte de presse officielle reconnue en Israël (45) . Il n’en recevra aucune, sous aucune circonstance. Il n’a pas un permis de travail et n’est autorisé à se rendre en Israël que pour des raisons humanitaires, pour un traitement médical selon les dires de France 2. S’il travaillait, ce serait illégal. Les propos d’Arlette Chabot risquent de porter atteinte à ses relations avec les autorités israéliennes… Ce serait honteux de sa part de m’accuser de mentir » (Nda : Daniel Seaman a mis en caractères gras ces termes).

Ce même jour, et à la demande de Daniel Seaman, Arlette Chabot était informée de la teneur de ce message, et invitée à confirmer ou infirmer ses allégations. Le 21 septembre, Charles Enderlin écrivait sur son blog : « La réalité est : Talal Abou Rahmeh s’est vu retirer sa carte en même temps que tous les employés palestiniens de la presse étrangère (46) ». GIN publiera la réponse d’Arlette Chabot dès réception.

Incohérences et invraisemblances des images et dires des protagonistes
Après le départ volontaire des quatre représentants de France 2, Philippe Karsenty énumère les invraisemblances et incohérences des témoignages des protagonistes et des rushes montrés à la Cour d’appel de Paris (47). Il dénonce un « bidonnage par les images, le discours et le bruitage de la bande son ». A plusieurs reprises, le public s’esclaffe, voire s’exclame : « C’est incroyable ! »

Les sources de Philippe Karsenty : « Associated Press, Reuters, la chaîne publique allemande ARD, qui collabore généralement avec France Télévisions, et des documents intérieurs de France 2 ».

Combien de cameramen au carrefour de Netzarim ? Talal Abu Rahma en est sûr et certain, vers 2001 : « Il n’y avait personne d’autre que le père et le fils ». « Avec Talal, il y avait au moins 4 caméras », estime France 2, en 2008, dont trois cameramen derrière l’adulte et l’enfant. Une ambulance arrive si vite – 2 secondes et demie – secourir un Palestinien, qu’elle a dû démarrer avant le moment exact où il a été blessé à la jambe.

La position israélienne ? Dans un courrier du 10 septembre 2007, adressé à Charles Enderlin et Patrick de Carolis, le colonel Shlomi Am-Shalom, adjoint du porte-parole de Tsahal, a écrit :
« Une enquête diligentée peu après par le chef du commandement sud, le général Yom-Tov Samia, a établi qu’un certain nombre de faits ne cadraient pas avec ce qui avait été décrit dans le reportage de France 2… L’analyse de toutes les données sur le terrain, l’emplacement de la position de Tsahal, les angles de tir, l’emplacement du père et de son fils derrière un tonneau leur servant d’abri, la fréquence des tirs, les angles de pénétration des balles dans le mur placé derrière le père et le fils ainsi que le timing de l’événement, rendaient hautement improbable que les tirs ayant soi-disant atteint le père et son fils aient pu être tirés par les soldats de Tsahal se trouvant dans cette position… Etant donné que nous sommes bien conscients de tentatives de mises en scène médiatisées, et comme un doute s’est insinué à cet égard envers le dit reportage, nous demandons les prises de vue en question afin de découvrir la vérité et de mettre un terme à cette affaire » (48).
Une demande à laquelle France 2 et Charles Enderlin n’ont pas accédé. Philippe Karsenty déplore l’inintérêt de certains responsables de Tsahal et, plus généralement, celui de dirigeants israéliens, pour une affaire qui « n’est pas dans leur agenda politique ». Et, surtout, anecdote à l’appui, il est navré [de ce] que les Israéliens ne se défendent pas mieux sur le terrain de la bataille des images (49).
Talal Abu Rahma a allégué « 40 impacts de balles sur le mur ». Jean-Claude Schlinger, expert balistique près la Cour d’appel de Paris, en a compté huit (50).

L’origine des tirs ? Talal Abu Rahma a affirmé sous serment, le 3 octobre 2000, au Centre palestinien des droits de l’homme : « L’enfant a été tué intentionnellement et de sang-froid par l’armée israélienne » (51) ; mais il s’est rétracté le 30 septembre 2002, dans un fax adressé à France 2 Jérusalem : « Je n’ai jamais dit à l’Organisation palestinienne des droits de l’homme à Gaza que les soldats israéliens avaient tué intentionnellement et en connaissance de cause Mohammed al-Dura et blessé son père ». Pour Charles Enderlin et Jamal al-Dura, Tsahal est responsable (52) ; quant à Arlette Chabot, elle est convaincue qu’on ne saura jamais la provenance des tirs.

Quant aux autres témoins présents au carrefour de Netzarim, leurs témoignages fantaisistes ne sont corroborés ni par les images ni par la carte des lieux. Citons, for fun (Nda : pour s’amuser), Iyad Azzeim, cameraman pour Abu Dhabi TV : « Il y avait des hélicoptères, des snipers israéliens qui tiraient des missiles antitanks sur le poste de sécurité palestinien ». Faut-il que les Israéliens soient incompétents pour user de missiles antitanks de manière inappropriée ! Selon l’ambulancier Youssef Khadra, « il y a eu des tirs directs sur le merlon où [les al-Dura] se cachaient. Le merlon de béton derrière lequel ils se trouvaient était plein de trous… Il y avait un avion qui tirait d’en haut. Le camp militaire israélien se trouvait exactement en face d’eux ».

Les blessures de Jamal al-Dura ? Sur son lit d’hôpital, il porte un plâtre saignant au bras [qui], la veille, [était] indemne de toute blessure. Ses cicatrices longues et fines ? Selon le Dr Yehuda David (53), spécialisé dans la microchirurgie réparatrice, il s’agit de cicatrices d’opérations, et non de blessures par balles. Ce chirurgien a opéré, en 1994, à l’hôpital Tel HaShomer de Tel Aviv, Jamal al-Dura, blessé en 1992 à l’arme blanche par des Palestiniens qui le soupçonnaient de collaboration (54).
Quelle partie du corps de l’enfant a été atteinte par balles ? Au fil des années, c’est la jambe gauche, puis le genou droit. Et, en février 2008, France 2 annonce une blessure à la tête. Rien de tel n’apparaît sur les images controversées. « J’ai coupé l’agonie de l’enfant. C’était trop insupportable », déclarait en octobre 2000 Charles Enderlin (55). Or, cette scène ne figure pas dans les rushes de France 2. Déclaré mort par Charles Enderlin, l’enfant soulève, de manière étonnante, son coude, regarde la caméra, et maintient ses pieds au-dessus du sol. Aucun des moments critiques – instants où les al-Dura sont atteints par balles, décès de l’enfant – n’a été filmé. Talal Abu Rahma aurait manqué de batterie pour sa caméra. Maktoub (Nda : en arabe, c’était écrit) ! « Si ce n’était pas si grave, j’en rirais », soupire un spectateur.

Le "courage" d’Arlette Chabot
Arlette Chabot se trouve dans une situation délicate : si elle décline l’invitation à débattre sur cette affaire, elle risque de donner l’impression de vouloir cacher des faits ou de craindre le débat ; si elle l’accepte, elle entre dans un débat qu’elle alimente par ses déclarations.

Nombreux, ce soir-là, louent son « courage » d’avoir accepté l’invitation. Il convient cependant de ne pas galvauder les mots, ou, en tout cas, de les relativiser. Le courage, c’est le journaliste juif américain Daniel Pearl qui en a fait preuve en enquêtant sur le terrorisme islamiste au Pakistan. Au risque de sa vie. Dans la vidéo de son assassinat barbare, la tête tranchée, a été incrustée l’icône médiatique du djihad, à savoir l’image du petit Mohammed blotti contre Jamal al-Dura. De plus, avec Francis Lentschner, Antoine Spire veille à maintenir la courtoisie, à l’égard de cette directrice de l’information, d’un public poli, dépourvu de grenade et bazooka. Enfin, il obtient, en dernière partie de soirée, le silence de l’impétueux Philippe Karsenty.

Une soirée instructive
« Bidonnage ou pas… ne serait-il pas normal de faire une émission sur France Télévisions, à 20 h 30, pour dire il y a un doute… sur la provenance des balles ? », interroge Me Stéphane Haddad (56). Refus net d’Arlette Chabot pour qui la question du « bidonnage est fondamentale ».

Pourquoi la directrice de l’information de France 2 a-t-elle amené trois journalistes étrangers à l’affaire, dont deux sont demeurés silencieux, et non Talal Abu Rahma, ou Charles Enderlin, présent trois jours plus tôt, le 15 septembre, sur la scène du théâtre du Chatelet (Paris), lors de la soirée pour « défendre le service public » (57) ?

Et pourquoi ? Et pourquoi ?... Les questions n’en finissent pas.

Face à un public qui ne lui est majoritairement ni acquis ni hostile, drapée dans la [posture de la] vertu outragée, posant en défenseur de l’honneur de France 2, Arlette Chabot élude, déplace le débat, exhorte à [produire] des « faits objectifs », mais écarte ceux qui sont gênants pour France 2, les banalise ou leur oppose l’indifférence. Elle n’explique rationnellement ni les invraisemblances, ni les contradictions entre les dires de Charles Enderlin, ceux de Jamal al-Dura et ceux de Talal Abu Rahma, ni les images controversées. Elle fait preuve d’une étrange attitude : refusant la conclusion (bidonnage), elle balaie d’un revers de main toutes les prémisses, tout le faisceau d’indices concordants aboutissant logiquement à une mise en scène [façon] Pallywood, cette industrie audiovisuelle de la propagande palestinienne qui transforme la rue palestinienne en studio à ciel ouvert, traversé à pied, en bicyclette, en voiture, ou en ambulance par autant de premiers rôles et figurants potentiels, ou spectateurs complaisants. Et elle révèle ainsi les limites d’un discours, immuable depuis des années, et producteur d’interrogations abyssales. Donc, entre une rhétorique dans le registre de la déclamation et un raisonnement étayé de faits et d’analyses, y’a pas photo ! C’est sous des applaudissements nourris qu’Arlette Chabot, et son équipe, ainsi que Philippe Karsenty, sortent de la salle.

Acta est fabula (58).

ADDENDUM
En août 2010, Le Point annonçait le départ de France 2 d'Arlette Chabot. "Le nouvel organigramme de France Télévisions est prêt. Rémy Pflimlin a réglé le "détail" le plus important : l'éviction d'Arlette Chabot du poste de directrice de l'information du groupe. Thierry Thuillier, qui a présenté sa démission d'i-Télé, la remplacera derechef. Un peu embêté, Rémy Pflimlin n'a pas osé directement demander la tête d'Arlette Chabot. Il a procédé en douceur en lui laissant le choix : ou bien rester à son poste ou bien conserver son émission À vous de juger. Dès le premier contact, mi-juillet, Arlette Chabot avait fait son choix : rester à l'antenne. On la retrouvera, dès le 9 septembre, à la présentation de À vous de juger (un spécial "retraites")".

Et d'expliquer : "Elle abandonne donc la direction de l'information après y avoir établi un record de longévité pour le service public : 6 ans et 6 mois après son entrée en fonction, le 1er mars 2004. Selon Pflimlin, on ne peut donc cumuler présentation et rédaction en chef... Un point qu'Arlette Chabot conteste, du reste, mais sans non plus en faire toute une histoire. À vous de juger représente 8 émissions par saison... Honnêtement, la tâche n'est pas franchement incompatible avec l'animation d'une rédaction, même houleuse comme peut l'être celle de France 3 (qu'elle chapeaute également depuis l'entreprise unique). Dans ce domaine, Olivier Mazerolle avait beaucoup plus d'appétit puisqu'en plus de 100 minutes pour convaincre, il s'invitait régulièrement sur le plateau du JT de 20 heures pour co-interviewer les invités politiques. Mais qu'importe ses arguties. Arlette Chabot est sur la sellette depuis plusieurs mois. Nicolas Sarkozy souhaite son départ. Il n'aime pas ses émissions, qu'il trouve brouillonnes ("trop d'invités !")... Rémy Pflimlin, qui doit son nouveau sceptre au président de la République, règle l'affaire en y mettant les formes. Certains spéculent déjà sur la durée de vie d'À vous de juger. Une saison dans le meilleur des cas et, au pire, trois mois... Thierry Thuillier avait quitté France 2 sur un désaccord avec Arlette Chabot".

A l'automne 2015, pour le quinzième anniversaire de la diffusion au JT de 20 h de France 2 du reportage controversé sur la « mort de Mohamed al-Dura », La Maison d’Edition  publie « L'enfant, la mort et la vérité », d’Esther Schapira et de Georg M. Hafner, journalistes réputés d’ARD, chaîne de télévision publique allemande. Ce livre passionnant relate les deux enquêtes successives d’Esther Schapira sur ce blood libel (accusation mensongère selon laquelle les Juifs tuent des enfants non-juifs pour mettre leur sang dans la fabrication de matzot, galette de Pessah) de l’Intifada II, et s’étonne de pratiques du « journalisme à la française » distinctes de la déontologie de cette profession. Les auteurs révèlent des faits inédits et l’abaissement de la condition Juive en France. Une lecture éclairante en cette actualité brûlante marquée en particulier par « l’Intifada des couteaux palestiniens », un épisode du djihad mondial.

Cet ouvrage offre le regard précieux de journalistes allemands réputés d’une télévision publique d’outre-Rhin. Des professionnels dont les demandes de précision, l’exigence de rigueur se sont heurtés à l’opacité, aux « vérités » successives, parfois contradictoires ou invraisemblables, et toujours assénées sans argumentation, des principaux acteurs de cette affaire emblématique de Pallywood.

Un exemple significatif à maints égards : celui d’Arlette Chabot, directrice de l’information de France 2 (2004-2010). Sa position ? « On ne peut pas dire à 100% que ce sont les Israéliens. On ne peut pas dire à 100% que ce sont les Palestiniens !... On ne saura jamais l’origine des tirs », avait déclaré le 16 novembre 2004, sur Radio J, Arlette Chabot, dans le cadre d’une stratégie en direction de la communauté Juive française majoritairement indignée : conférence de presse, etc. 

Or, qu’apprend-on dans ce livre ? En 2008, peu après les audiences devant la Cour d’appel de Paris, Arlette Chabot a déclaré à Esther Schapira que les tirs provenaient de la position israélienne. Et ce, sans argumenter. Vertigineux. 

Comment expliquer ce revirement à 180 ° d’Arlette Chabot ? 

Flash back. 21 mai 2008, la Cour d’appel de Paris relaxe Philippe Karsenty poursuivi pour diffamation par France 2 et Charles Enderlin. 16 juin 2008 : Richard Prasquier, alors président du CRIF (Conseil représentatif des institutions Juives de France), a demandé par lettre au Président de la République Nicolas Sarkozy, que soit instituée une commission indépendante d’experts en analyse d’images, balistique, traumatologie et médecine légale afin d’établir les faits  sur l’incident al-Dura. 22-24 juin 2008 : visite en Israël du président Sarkozy. 18 septembre 2008 : lors d’une réunion  au siège parisien du Mouvement juif libéral de France (MJLF), Arlette Chabot a annoncé l’accord de France Télévisions, alors présidé par Patrick de Carolis, pour participer à un « groupe de travail d’experts indépendants  » chargés d’examiner les cicatrices de Jamal al-Dura et son dossier médical, faire de nouvelles radios, analyser les images (timecode)…

C’est dans ce contexte défavorable à France Télévisions qu’Arlette Chabot a modifié sa thèse, première étape de la stratégie dilatoire du groupe audiovisuel public : celui-ci va saborder cette commission, et a donc unifié sa position en se retranchant sur la position de Charles Enderlin. Ce qui évitait toute prise ou critique sur les discours divergents au sein de France 2. Ce plan d’actions a été conforté par le retour galopant de la « politique arabe » de la France : condamnation par le Président Sarkozy de « l'usage disproportionné de la force » lors de l’opération Plomb durci (27 décembre 2008-18 janvier 2009) et lors de l’arraisonnement (31 mai 2010) de la flottille visant à forcer le blocus naval israélien légal et légitime de la bande de Gaza, vote de la France pour en faveur de la « Palestine » comme Etat membre de l'Organisation des Nations unies pour l'éducation, la science et la culture (Unesco) (31 octobre 2011), niant en 2011 la pertinence et la légitimité d’un « Etat Juif  »…

Une vérité d’Arlette Chabot à « conjoncture variable » ? Est-ce là un modèle pour des étudiants en journalisme ou débutants dans la profession ? Est-ce ainsi que les journalistes à des postes clés formeront les apprentis journalistes ?

Pour mieux saisir Arlette Chabot, il convient de rappeler sa « question qui tue ». En 1995, Lors de la campagne présidentielle, alors que les sondages présidaient la victoire d’Edouard Balladur, Arlette Chabot, embarrassée, « ose demander à Jacques Chirac s'il compte renoncer à sa candidature. Une question qui crée le malaise en direct et aussi une grande incompréhension entre la journaliste et le futur chef de l’Etat ». Un euphémisme. « Quelqu’un va le voir, et lui dit que c’est un piège cette question : la journaliste avait une oreillette... En régie, Nicolas Sarkozy [alors proche de Balladur, nda] aurait téléphoné à Jean-Pierre Elkabbach [président de France Télévision, nda] pour me demander de poser la question. Eh bien non !... Je n’en ai jamais parlé avec Chirac. L’occasion ne s’est jamais présentée. Je ne l’ai pas vu pendant deux ans. J’en ai parlé dix ans plus tard, il y avait prescription, à Claude Chirac [conseillère de son père, nda] : « Je te demande une chose. Tu peux trouver la question maladroite, que mon tailleur était ridicule, que j’étais super mal coiffée. Je te demande de croire une chose : jamais, on ne m’a demandé de poser cette question. J’espère que quelqu’un un jour lui a dit que je n’avais pas été mauvaise journaliste, ni manipulée, ni soumise à une pression. Parce que cela n’avait pas le cas », a confié  Arlette Chabot, le 4 août 2015, sur BFM TV qui saluait son « courage ». 

Pour une journaliste politique, ne pas voir le président pendant deux ans, c’est une éternité. Et Arlette Chabot a tenu, dix années après, à assurer le pouvoir politique, donc télévisuel, de sa neutralité. Et « l’affaire al-Dura » ? Passée en « profits et pertes » ?

La première promotion du 14 juillet du Président de la République Emmanuel Macron se caractérise par un nombre "exceptionnellement resserré" de 101 noms, illustres ou inconnus du grand public. Parmi eux, Arlette Chabot. La liste a été publiée au Journal officiel du 14 juillet 2017. « Selon la volonté du président de la République, grand maître de la Légion d'honneur, cette promotion est exceptionnellement resserrée autour de 101 noms, illustres ou inconnus du grand public », a souligné la grande chancellerie de la Légion d'honneur dans un communiqué. Le choix d'une liste courte a pour but de « renforcer la valeur symbolique de la plus haute distinction française », a précisé l'Élysée à l'AFP. Cette promotion distingue notamment la journaliste politique Arlette Chabot (grade d'officier). Le décret du 12 juillet 2017 portant nomination et promotion est ainsi libellé :
"Ministère de la culture
Au grade d'officier
Mme Chabot (Arlette, Josiane, Marie-Ange), journaliste et éditorialiste. Chevalier du 3 avril 2008".


« Méfiez vous de la théorie du complot. L’idée que les médias traditionnels vous cacheraient la vérité. C’est vrai grâce à Internet aucune information ne pourra être dissimulée, mais un jour vous apprendrez que vous avez été manipulé, trompé » « Médias: quand la pensée unique s’en prend à la pensée unique », Marianne, 9 février 2010

« J’ai pris connaissance du communiqué émanant du CRIF concernant le commentaire du voyage du président Bush en Israël diffusé dans le journal de 20 heures du mercredi 9 janvier. Vous retenez la formule du journaliste qualifiant “de dérapage de langage” la phrase du président américain parlant de la “sécurité d’Israël en tant qu’Etat Juif”. La formulation journalistique aurait dû être différente de manière à ce qu’il soit clairement établi que cette critique avait été exprimée par des responsables palestiniens. Notre journaliste Philippe Rochot est un journaliste très expérimenté. Ce jour-là exceptionnellement il a été maladroit mais en aucun cas il n’a voulu être malhonnête. Pour éviter tout malentendu je vous présente nos excuses, vos remarques ayant été comprises et acceptées. » « Affaire Rochot : Chabot présente ses excuses à Prasquier », Crif.org, 14 janvier 2008


(1) Le 13 octobre 2000, le général Michel Darmon, alors président de l’association France-Israël, a émis un communiqué, dans lequel il écrivait, croquis des positions au carrefour de Netzarim à l’appui : « Les Palestiniens tiraient de six endroits différents. L’enfant palestinien et son père se trouvaient entre deux positions de tireurs palestiniens. Ces deux positions étaient vues par les soldats israéliens en oblique, dans un champ de visée étroit, presque en enfilade... Il faut une grande volonté de nuire à Israël pour faire passer ses soldats pour des assassins d’enfants ».  Gil Mihaely collabore notamment au site Causeur.

(3) Comme l’historien et ancien ambassadeur d’Israël en France, Elie Barnavi, Patrick Gaubert, qui est aussi vice-président de la sous-commission des Droits de l’Homme du Parlement européen, avait souhaité la « mise en place d’une commission neutre d’enquête pour faire toute la lumière sur cette affaire ». Le droit de vivre, n° 622, juillet 2008. Elie Barnavi, "L’honneur du journalisme", Marianne, 7 au 13 juin 2008.

(5) Chronology.

(6) Nouvel Observateur.

(8) Metula News Agency; "L’enquête vidéo sur l’affaire al-Dura".

(9) Esther Schapira a réalisé le documentaire Qui a tué Mohammed al Dura ? (2001-2002), disponible en DVD. Transcription intégrale, sur le site de l’Upjf, des textes du film d’Esther Schapira : « 3 balles et un enfant mort ». La vidéo de ce documentaire figure également sur le site de l’UPJF.

(10) Véronique Chemla, "Interview de Gérard Huber", 27 décembre 2007; Gérard Huber, Contre-expertise d’une mise en scène. Editions Raphaël. Paris, 2003. 242 pages. ISBN : 2-87781-066-6; voir aussi sur le site de Gérard Huber, ici (document pdf).

(11) Véronique Chemla, "Interview de Richard Landes", sur le site de Second Draft, le 6 janvier 2008, sur le site de Guysen, et sur le site Augean Stables.

(16) Sur le site du Nouvel Observateur. Anne-Elisabeth Moutet, "L’Affaire Enderlin, Being a French journalist means never having to say you’re sorry", The Weekly Standard, volume 013, Issue 41, 7 juillet 2008; Traduction française de Menahem Macina.

(17) Antoine Spire explique : « Combien d’exemples, dans l’histoire récente de la presse, prouvent que des journalistes peuvent se tromper et nous tromper. Comment oublier, par exemple, les fausses informations sur les charniers de Timişoara ? ». En décembre 1989, lors de l’ébranlement du régime communiste du dirigeant roumain Nicolae Ceauşescu, de nombreux médias ont annoncé la découverte, à Timişoara, ville située à l’Ouest de la Roumanie, de charniers contenant des milliers, voire des dizaines de milliers de cadavres de victimes de ce régime. Il s’est avéré que ces cadavres, au nombre d’environ une centaine, provenaient de la morgue d’un hôpital.

(18) Luc Rosenzweig, Charles Enderlin, menteur en toutes les langues, 3 février 2005,

(21) Le 16 août 2007, Richard Prasquier demandait à France 2 de voir ces rushes. Son prédécesseur, Roger Cukierman, avait formulé la même demande : Roger Cukierman, Ni fiers ni dominateurs. Ed. du Moment, 2008. 275 pages. ISBN : 978-2354170332, p. 235.

(23) A Paris, le Syndicat national des personnels de la communication et de l’audiovisuel (SNPCA) s’étonne que Arlette Chabot, directrice générale adjoint chargée de l’information de la TV France 2, ait « refoulé à l’entrée l’(es) indésirable(s), évitant [ainsi] la moindre question sur le dossier al-Dura. Il est temps d’établir la vérité. Puisque France 2 dit avoir en sa possession tous les éléments permettant de ’’lever la rumeur ’’, que ne se livre-t-elle, avec tous ceux qui ont légitimement fait connaître leurs doutes, à un véritable travail de démonstration, quitte à ce qu’un comité ad hoc se prononce sur le contenu des images et des rushes à l’origine de cette polémique ? » (Guysen, 24 novembre 2004)

(24) "Rumeurs, intox : les nouvelles guerres de l’info, reportage de Stéphane Malterre", de l’agence Tacpresse pour Canal + ; Voir la vidéo, sur le site du Nouvel Observateur.

(25) Vincent Hugeux, "Manipulation : les faussaires de la Toile", 24 avril 2008.

(28) Le 24 octobre 2006, la XVIIe chambre du Tribunal de grande instance (TGI) de Paris a examiné les plaintes de France 2 et de Charles Enderlin, qui poursuivaient pour diffamation Pierre Lurçat, ancien président de l’association Liberté, démocratie et judaïsme, dans le cadre de l’affaire al-Dura. Vivant en Israël, M. Lurçat était absent lors de cette audience. Estimant l’infraction constituée, le procureur de la république a requis la condamnation du prévenu. Me Bénédicte Amblard, avocate des parties civiles, a demandé la condamnation de M. Lurçat à verser un euro de dommages et intérêts à ses clients. Me David Dassa-Ledeist, avocat du prévenu, a sollicité la relaxe de son client en soulignant la faille principale des poursuites : l’absence de preuve identifiant M. Lurçat comme responsable du site Internet de la Ligue de Défense Juive, www.liguededefensejuive.com qui a publié un texte appelant à manifester le 2 octobre 2002 pour remettre le Prix de la désinformation à France 2 et à M. Enderlin, ou comme auteur du communiqué incriminé publié sur ce site. Le 28 novembre, la XVIIe chambre du TGI de Paris a débouté les plaignants de leurs demandes. Elle n’a pas examiné au fond les propos incriminés. Elle a aussi débouté le prévenu de sa demande de dommages intérêts pour avoir été attrait en justice sans raison. Elle a reproché notamment aux parties civiles de n’avoir pas prouvé que Pierre Lurçat fût le directeur de la publication du site de la Ligue de Défense Juive. Me David Dassa-Le Deist s’est réjoui de ce jugement qui « rappelle les principes fondamentaux du droit pénal garantissant que nous sommes dans une société de liberté ». Me Bénédicte Amblard s’est indignée de ce jugement. Source : GIN.

(29) Véronique Chemla, "La Cour d’appel de Paris demande à France 2 les rushes sur l’incident al-Dura", 19 septembre 2007 ;  "France 2 a accepté de remettre ses rushes de l’incident al-Dura à la Cour d’appel de Paris", 9 octobre 2007 ; "Mohammed al-Dura est vivant à la fin des rushes de France 2 !", 15 novembre 2007 ; "Un expert balistique estime «sérieuse» la possibilité d’une «mise en scène» de la «mort» de Mohammed al-Dura", 27 février 2008 ; et (en pdf) sur le site de Media-Ratings; "France 2 et Charles Enderlin n’expliquent pas à la Cour d’appel de Paris les incohérences et invraisemblances relatives à l’incident al-Dura", 2 mars 2008 ; "Affaire al-Dura : les rushes de France 2 en exclusivité sur Youtube", 24 avril 2008 ; "La Cour d’appel de Paris a relaxé Philippe Karsenty dans l’affaire al-Dura", 22 mai 2008 ; "L’arrêt de la Cour d’appel de Paris relaxant Philippe Karsenty tance sévèrement France 2 et Charles Enderlin", 24 mai 2008.

(30) Le 30 novembre 2006, Charles Gouz a comparu devant la XVIIe chambre du TGI de Paris. Il lui était reproché quatre extraits d’une dépêche de la Mena, mise en ligne le 20 octobre 2002 et opposée à la manifestation préludant à la remise du Prix de la désinformation aux parties civiles. Sandrine Alimi-Uzan, substitut du procureur de la République, et Me Aude Weill-Raynal, avocate de M. Gouz, ont demandé la relaxe du prévenu. Elles ont stigmatisé le refus des parties civiles de produire les rushes du 30 septembre 2000. Me Weill-Raynal a stigmatisé l’absence, à trois reprises, de M. Enderlin devant la justice française. Me Bénédicte Amblard, avocate de France 2 et du journaliste, a réclamé un euro au titre des dommages intérêts. Le 18 janvier 2007, la XVIIe chambre du TGI de Paris a condamné Charles Gouz pour diffamation à l’égard de France 2 et Charles Enderlin, en raison de cette phrase de la dépêche de la Mena : « Affirme que de graves présomptions de désinformation existent autour de cette affaire [al-Dura] et du rôle joué par le personnel de France 2 ». Ce tribunal n’a pas estimé diffamatoires ces extraits de ladite dépêche : « Ces éléments [Ndlr : les graves présomptions de désinformation autour de cette affaire et du rôle joué par le personnel de France 2] sont de nature à ternir indûment l’image de l’un des belligérants [Ndlr : Israël] et à favoriser les sentiments populaires de haine ethnique et raciste envers les Israéliens et les israélites », « Si Charles Enderlin a commis des erreurs professionnelles graves dans l’affaire al-Dura », « Considère les refus successifs de France 2 face à ses propositions comme autant d’obstructions brutales et inacceptables dans la recherche et dans la démonstration de la vérité ». Le juge pénal a condamné M. Gouz à 1 000 euros d’amende avec sursis et à verser à chaque partie civile un euro, au titre des dommages et intérêts. Il a rejeté les demandes des parties civiles au titre de l’article 475-1 du Code de procédure pénale (CPP) relatif aux frais judiciaires exposés par les plaignants. "Une victoire : Desinfos.com a été relaxé en grande partie dans la plainte en diffamation, intentée en 2002 par France 2 et Charles Enderlin dans l’affaire Al-Dura", 4 février 2007. Ce 18 septembre [2008], Charles Gouz interpelle vivement Arlette Chabot en lui citant la Recommandation du CSA (Conseil supérieur de l’audiovisuel) du 7 décembre 2004, relative aux conflits internationaux et à leurs éventuelles répercussions en France.

(31) La première partie se trouve sur YouTube ; la seconde, également. Ceux qui manquent de temps peuvent voir les 10 secondes après l’image sur laquelle Charles Enderlin annonçait l’enfant palestinien mort. On y voit cet enfant « décédé » soulever le coude pour voir la caméra, et maintenir ses jambes au-dessus du sol.

(32) Véronique Chemla, "Mohammed al-Dura est vivant à la fin des rushes de France 2 !", 15 novembre 2007.

(33) L’intégralité figure sur le blog de Charles Enderlin.

(34) Sur le site Second Draft.

(35) Richard Landes souligne la spécificité des « journalistes islamiques » respectant la Charte des médias islamiques de grande diffusion (Jakarta, 1980), qui énumère des règles distinctes des principes déontologiques journalistiques des Occidentaux : "Al-Dura and the ’Public Secret’ of Middle East Journalism", 11 novembre 2007, sur Pajamas Media. En français, "Al-Dura et le ’secret d’intérêt public’ du journalisme au Moyen-Orient", traduction de Menahem Macina ; Luc Rosenzweig, "Charles Enderlin, menteur en toutes les langues", 3 février 2005,

(36) Charles Enderlin, "Non à la censure à la source", Le Figaro, 27 janvier 2005. Extraits de l’arrêt de la Cour d’appel de Paris : Charles Enderlin a déclaré « que "l’image correspondait à la réalité de la situation non seulement à Gaza, mais aussi en Cisjordanie", alors qu’un reportage [se définit] comme le témoignage de ce que le journaliste a vu et entendu ». Le correspondant de France 2 à Jérusalem a ainsi « reconnu que le film qui a fait le tour du monde en entraînant des violences sans précédent dans toute la région ne correspondait peut-être pas au commentaire qu’il avait donné, ce qui est également l’avis exprimé par Daniel Dayan, directeur de recherches au CNRS et spécialiste des médias ». Véronique Chemla, "L’arrêt de la Cour d’appel de Paris relaxant Philippe Karsenty tance sévèrement France 2 et Charles Enderlin", 24 mai 2008.

(37) Luc Rosenzweig, "Charles Enderlin, menteur en toutes les langues", 3 février 2005.

(39) Avec Me Stéphane Haddad, Serge Farnel a saisi diverses instances, judiciaires et administratives, pour obtenir un rectificatif de France 2.

(40) Pierre Razoux, Tsahal, nouvelle histoire de l’armée israélienne, Editions Perrin, collection Tempus, Paris, version actualisée 2008, 736 pages, ISBN : 978-2-262-02792-6 ; Véronique Chemla, " « Tsahal, nouvelle histoire de l’armée israélienne », de Pierre Razoux ", 25 mai 2008.

(41) Le mythe du meurtre rituel d’hier à aujourd’hui, Collège des Etudes Juives - AIU, Paris, novembre 2007 ; Raphaël Israeli, Poison: The Use of Blood Libel in the War against Israel, JCPA, n°. 476, 3 Iyar 5762 / 15 avril 2002.

(42) Pierre-André Taguieff, "L’affaire al-Dura ou le renforcement des stéréotypes antijuifs..." [Voir aussi la mise en ligne du même article sur le site de l’Upjf. Note d’upjf.org] ; La Judéophobie des Modernes, Des Lumières au Jihad mondial, Odile Jacob, 2008, 688 pages, ISBN : 2-7381-1736-8 [Voir les Bonnes feuilles mises en ligne sur le site de l’Upjf. Note d’upjf.org].

(43) « Il y a suffisamment de preuves de sources indépendantes prouvant que l’incident al-Dura a été mis en scène pour les caméras », déclarait Daniel Seaman, chef du GPO qui dépend du Premier ministre israélien, à Guysen-Paris, le 2 mars 2008. Il poursuivait : « L’Etat d’Israël a un respect immense pour les médias. De nombreux médias du monde arabe, sans même mentionner l’Iran, travaillent librement en Israël. Les autoriser à travailler librement en Israël n’implique en aucune façon que nous partagions leurs positions. Comme toute démocratie, Israël assure une liberté absolue à la presse et ne retire pas aisément les accréditations aux journalistes. C’est particulièrement vrai pour les journalistes travaillant pour une organisation aussi respectée que France 2. Charles Enderlin en est parfaitement conscient et se cache derrière cela pour tenter de distraire l’attention de son échec professionnel évident [à respecter les critères minimum du journalisme en matière de vérification]. Le fait que Charles Enderlin dispose toujours de son accréditation presse de l’Etat d’Israël atteste de la force et de la tolérance de la démocratie israélienne, et non de l’intégrité du reportage de Charles Enderlin ce jour-là. La question n’est pas ’’Pourquoi a-t-il encore son accréditif presse de l’Etat d’Israël’’, mais plutôt, pourquoi France 2 l’emploie-t-elle encore ? » « Quand nous avons pris conscience de l’implication de Talal Abu Rahma dans la mise en scène d’événements dans la bande de Gaza, nous n’avons pas renouvelé sa carte de presse, qui a expiré en 2001’’, déclarait Daniel Seaman, directeur du GPO, à Guysen-Paris, le 3 mars 2008.

(45)Voir sur le site du gouvernement et sur celui du Consulat de France.
http://www.pmo.gov.il/PMOEng/PM+Office/Departments/GPO.htm http://www.consulfrance-jerusalem.org/spip.php?article288.

(46) Sur le blog de Charles Enderlin.

(48) Voir le site de Media-Ratings ; et "Al-Dura: une lettre de Tsahal à Ch. Enderlin, qui infirme les allégations du tribunal français" ; Véronique Chemla, "France 2 a accepté de remettre ses rushes de l’incident al-Dura à la Cour d’appel de Paris", 9 octobre 2007.

(49) Un avis exprimé par Nicolas Sarkozy, alors ministre. Roger Cukierman, op. cit. p. 121.

(50) « Au moins un projectile a touché le mur devant lequel se trouvaient le père et le fils, puisque ce tir est visible sur le film de France 2. Cependant, ce tir correspond à un coup de feu tiré perpendiculairement au mur et ne peut provenir que du poste palestinien "Pita", ou de tireurs isolés situés dans le même axe que ce dernier. Les autres impacts sur le mur peuvent provenir de tirs effectués alors que Jamal et Mohammed al-Dura ne se trouvaient pas derrière le baril, puisque les coups de feu n’ont pas été filmés ». Véronique Chemla, "Un expert balistique estime «sérieuse» la possibilité d’une «mise en scène» de la «mort» de Mohammed al-Dura", 27 février 2008; voir le rapport balistique en pdf, sur le site Media-Ratings, [voir aussi la transcription qui figure sur le site d’upjf.org, sous le titre "Rapport d’expertise consacré à la mort et aux blessures présumées de Mohammed et Jamal Al-Dura"].

(52) Ali Waked, "Al-Dura’s father: Israel’s claims ridiculous", 2 octobre 2007.

(53) Voir, sur le site de l’Upjf, "Al-Dura : Pièces à verser au dossier du futur groupe de travail d’experts indépendants". Curieusement, le dossier médical jordanien indique que, « deux jours avant son transfert [dans l’hôpital d’Amman, le 1er octobre 2000], les blessures suivantes ont été diagnostiquées ». Or, la scène controversée s’est déroulée la veille, le 30 septembre 2000.

(54) "Al-Dura : spin ou symbole ?". Reportage exclusif de la TV israélienne", 7 mars 2008 ; Jean Tsadik, "Hier sur Aroutz 10 : Les blessures de Jamal datent de son opération, en Israël, en 1994", 13 décembre 2007 ; Charles Enderlin, "Droit de réponse à Actualité juive", 20 septembre 2008.

(55) Télérama, 20 octobre 2000.

(56) Cet avocat a porté plusieurs procès liés à l’affaire al-Dura devant la juridiction administrative française et la Cour européenne des droits de l’homme.

(57) JT de 13 h du mardi 16 octobre 2008.

(58) Cette phrase annonçait la fin de la représentation dans les théâtres romains de l’Antiquité.

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