Citations

« Le goût de la vérité n’empêche pas la prise de parti. » (Albert Camus)
« La lucidité est la blessure la plus rapprochée du Soleil. » (René Char).
« Il faut commencer par le commencement, et le commencement de tout est le courage. » (Vladimir Jankélévitch)
« Notre métier n’est pas de faire plaisir, non plus de faire du tort. Il est de porter la plume dans la plaie. » (Albert Londres)
« Le plus difficile n'est pas de dire ce que l'on voit, mais d'accepter de voir ce que l'on voit. » (Charles Péguy)

dimanche 11 septembre 2016

Peurs sur la ville. Photographies historiques, réelles et imaginaires


Le musée de la Monnaie de Paris a présenté l’exposition éponyme, qui se voulait « inédite et iconoclaste », mais se révèle problématique et peu claire. Près de cent photos, argentiques et numériques, au message pacifiste confus. Une étrange ode au photojournalisme véhiculant des messages édulcorés, politisés ou biaisés. Article republié à l'approche des hommages aux victimes des attentats terroristes islamistes du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis et alors que des attentats terroristes fomentés par l'Etat islamique (ISIS) visant Paris, notamment Notre-Dame, ont été déjoués.


Cette exposition veut présenter une « réflexion sur la violence urbaine à Paris à travers des photographies historiques, réelles et imaginaires » et « invite le spectateur à voir et regarder pour comprendre et pour rester vigilant à cultiver la paix ». Un Paris qui inclurait bizarrement sa banlieue. Les maires de banlieue francilienne apprécieront…

Et Max Gallo, historien et membre de l’Académie française, avertit en introduisant l’exposition : « Ces photographies-témoins sont des voyants prophétiques. Ecoutons ce qu’ils nous montrent ».

Trois thématiques
Cette exposition s’articule sur le passé/le présent/l’avenir.

Elle se décline en trois thématiques/espaces : des photos d’archives de l’hebdomadaire Paris-Match, « magazine de référence du photojournalisme », sur des événements à Paris et dans sa banlieue depuis la Libération (1944) ; la série Paris Street View (2010) de Michael Wolf ; Guerre ici, photomontages de Patrick Chauvel.

« Paris-Match, le témoin permanent »
« Depuis plus de 60 ans, notre magazine raconte le monde tel qu’il est. Inlassablement, sur le terrain, nous recherchons une vérité sans fard ni concession. Pour l’exprimer, nous avons choisi le seul langage universel : l’image… Les images du monde écrivent les pages de l’histoire contemporaine. Elles sont indélébiles, inoubliables, gravées dans nos mémoires, sur ce rocher solide du temps qui passe. Vous découvrirez et retrouverez, à travers une sélection de photographies majeures, quelques-unes des tragédies qui ont fait l’âme de Paris : de la Libération à Mai 68, des attentats à la guerre des banlieues », écrit Olivier Royant, directeur de la rédaction de Paris-Match, dans le dossier de presse.

Quels critères ont présidé au choix des photos de cet hebdomadaire ? Mystère.

Comment comprendre des clichés de Paris-Match exposés alors qu’ils sont dépourvus d’un éclairage historique sur les événements évoqués ?

Quel rapport entre les affrontements violents entre étudiants et policiers en mai 1968 et les émeutes urbaines de l’automne 2005 ?

Les « jeunes masqués, ou cagoulés et armés » du Blanc-Mesnil photographiés par Dragan Lekic en novembre 2005 ont-ils peur ou font-ils peur ? A comparer avec la « bande de blousons noirs désœuvrés au Pré-Saint-Gervais » photographiés par André Lefebvre en 1960...

On ne peut guère compter sur des légendes aux libellé imprécis : ainsi, la légende de la photo de « l’attentat du », au lieu de « contre le restaurant Goldenberg », ne désigne pas le terrorisme palestinien islamiste.

On note la même omission dans le dossier de presse.

« Paris Street View » de Michael Wolf
Photographe à la double nationalité, allemande et américaine, Michael Wolf « explore les rapports entre l’homme et l’environnement urbain ». Représenté par La Galerie Particulière, il a été lauréat à deux reprises du prestigieux World Press Award : en 2004 (usine en Chine) et en 2009 (métro de Tokyo).

Le panneau introduisant Paris Street View de Michael Wolf stigmatise Google Street View pour ses atteintes à « la vie privée » et à « la sécurité nationale », et « cette nouvelle forme de violence dans la ville » (sic).

Cette exposition met donc sur le même plan une ombre pixelisée et un homme gisant sur la chaussée à la fin de la guerre d’Algérie (1962) !?

« Projection de la guerre à Paris » par Patrick Chauvel
« Patrick Chauvel se définit comme « rapporteur de guerre ». Selon les mots de James Nachtwey, les photographes enregistrent l’histoire et participent à en changer le cours. Ils mettent un visage sur des faits qui peuvent sembler lointains et abstraits, ils donnent une voix à ceux qui n’en ont pas. En témoignant des dommages causés par la guerre, ils nous aident à modifier notre comportement. Ils stimulent l’opinion publique pour qu’elle agisse sur les politiques », écrit dans le dossier de presse Valérie-Anne Giscard d’Estaing, directrice de la Galerie Photo 12 qui représente Patrick Chauvel.

Et d’ajouter que celui-ci se donne « pour mission de montrer la guerre dans l’espoir de la combattre ».

Comme le montre une vidéo, ce photojournaliste couronné par le Prix World Press (1995) a incrusté avec Paul Biota une partie de ses photos de conflits (Tchétchénie, Afghanistan, etc.) dans 12 photos de monuments parisiens afin de « projeter la guerre à Paris » et sensibiliser les visiteurs sur les horreurs de la guerre.

Sur 12 « faux-tos », deux concernent des interventions militaires d’Israël au Liban ; aucune n’évoque les attentats islamistes palestiniens à Jérusalem ou les tirs de roquettes contre Naharya et Sdérot. Israël a été pourtant le lieu d’une guerre urbaine.

Sa photo associant la Tour Montparnasse à son cliché du « Sud Liban, 30 juillet 1993 » - « pendant sept jours, la ville de Nabatieh subit les bombardements israéliens » - fait penser à une Twin Tower visée par al-Qaïda le 11 septembre 2001. Israël, victime du terrorisme islamiste, apparaît en belliciste menaçant Paris !?

Involontairement, la photo originelle de Nabatieh dément sa légende : hormis les derniers étages de l’immeuble touché par un tir israélien et le dernier étage d’un immeuble situé sur la gauche de la photo, tous les autres immeubles avoisinant sont intacts. Ce qui prouve que les tirs ciblés de l’armée israélienne visent les terroristes, qui utilisent les civils comme boucliers humains. Or, lors du vernissage presse, le photojournaliste avait allégué que la ville avait été entièrement détruite, avant de nuancer sa déclaration.

On peine à comprendre pourquoi ce photojournaliste parle d’une « guerre civile » au Liban, quand le conflit opposait Palestiniens, Syriens et Libanais.

Quant à la photo du « char israélien détruit par les Palestiniens à Darmour au sud de Beyrouth » (Liban) lors de l’opération « Paix en Galilée », en 1982, elle est emblématique d’un « tour de passe-passe informatif », d’un renversement des rôles qui occulte des faits tragiques : en janvier 1976, des Palestiniens et des miliciens de diverses nationalités ont  massacré des Libanais chrétiens du village de Darmour ; des organisations terroristes palestiniennes avaient installé leur infrastructure militaire et administrative au Sud Liban d’où elles organisaient des attentats contre les Israéliens, dans et hors d’Israël, ce qui a conduit l’Etat d’Israël à réagir par l’opération militaire Paix en Galilée à l’été 1982.

Confusions
Absence d’un commissaire de l’exposition, critères non communiqués de sélections des clichés, thème ambitieux mal traité, postulats contradictoires, « direction » trop vague d’un historien, méconnaissance du degré de savoir des publics, partis pris politiques et partiaux de photojournalistes… Cette exposition a réuni presque tous les facteurs pour déraper.

Elle illustre les risques, méconnus ou ignorés, pour un musée public national d’accueillir des expositions de photojournalistes contemporains.

Elle est fondée sur trois postulats. Premièrement, le photojournaliste - le reporter de guerre est un aristocrate dans la presse - encensé comme un héros bravant mille dangers sur le « terrain », sur le « front de l’actualité », pour éveiller les consciences et informer de manière juste et honnête sur des faits dramatiques. Deuxièmement, sa photo, même dotée d’une légende lacunaire, dit tout de la situation. Troisièmement, le visiteur lambda est omniscient.

La hâte à bâtir cette exposition lui confère un côté décousu et obscur, non masqué par l’ordre chronologique.

Tout est mis sur le même plan : les tirs entre les Allemands et les résistants lors de la Libération de Paris (1944), « l’arrestation de Jean-Luc Godard, cinéaste militant » (1968) et les violences des casseurs et voyous frappant et volant des « Gaulois » lors des manifestations, en particulier celles en 2005 et celles anti-CPE ou Contrat première embauche (2006).

Mais quel silence sur la « rue arabe » haineuse et pro-Hamas défilant dans les grandes artères de Paris lors de l’opération militaire israélienne Plomb durci contre le Hamas dans la bande de Gaza (27 décembre 2008-18 janvier 2009) !

La réalité devient trop souvent inintelligible, faute sans doute d’avoir été comprise ou précisée par les organisateurs de l’exposition. Ceux-ci, responsables de Paris-Match et galeristes, n’ont pas su donner une cohérence, une intelligibilité à cette exposition qui prouve, contre leur idée, qu’une photo ne dit pas autant que mille mots.

Quant aux messages des photos et des « faux-tos » - « la guerre c’est mal, la paix c’est bien », ils laissent pantois par leur naïveté.

En effet, la paix à tout prix, même au prix de l’apeasement (apaisement), est-ce un but valable ? N’importe quelle paix ? La « paix nazie » aussi ? A l’évidence non. L’insurrection parisienne photographiée prouve que la violence contrôlée, cette guerre contre l’Occupant allemand nazi était nécessaire, justifiée, légitime, souhaitable et souhaitée par le général de Gaulle.

Les enjeux d’expositions de photos
L’exposition de photos risque de devenir une solution de facilité et le piège dans lequel tombent nombre d’institutions publiques muséales, souvent prestigieuses, en espérant des retombées presse importantes, renforcer leur notoriété, justifier ou rentabiliser des investissements, attirer un public nombreux, rajeuni et qui comprend de moins en moins la peinture antérieure au XXe siècle – ignorances des symboles ou allégories, etc. - ou est rebuté par l’art moderne, souvent abstrait.

D’autres raisons peuvent entrer en ligne de compte : condition exigée par un mécène généreux, soutien à une « noble cause » telle la liberté de la presse, etc. Ou acceptation tacite des messages politisés et biaisés de photo-reporters.

Ces musées publics offrent généralement des écrins à des photojournalistes qu’ils font bénéficier de leur prestige et de leur emplacement privilégié dans la capitale : dans des circuits touristiques, au sein de quartiers huppés, aux abords des quais de la Seine, etc.

Aux photojournalistes, ils confèrent un label prestigieux et accroissent leur célébrité.

Et aux galeries, ils apportent ce « plus » rare qui renchérit la côte de leurs artistes, voire augure des acquisitions publiques.

L’exposition de photographies devient problématique quand elle se politise, évoque un sujet sensible en adoptant un parti pris idéologique sous le paravent artistique et informatif.

Force est de constater que ce parti pris est pour le moins pro-palestinien, voire anti-israélien. C’est le narratif palestinien qui est diffusé, plus ou moins consciemment par des photojournalistes et des médias, en harmonie avec le « politiquement correct ».

A ceux qui émettent des critiques, certains opposent la liberté d’expression ou la liberté artistique des photo-reporters.

Mais quid du devoir d’honnêteté intellectuelle du photojournaliste ? Et pourquoi ces libertés fondamentales occultent-elles systématiquement le point de vue israélien ?

Demeure une autre question fondamentale : le principe de neutralité du service public et l’argent des contribuables ne sont-ils pas quelque peu malmenés ou dévoyés dans ces expositions de photos politisées, des images au fort pouvoir émotionnel ?

Jusqu’au 17 avril 2011
13, quai de Conti, 75006 Paris
Tél. : 01 40 46 56 66
Tous les jours sauf le lundi de 11 h à 18 h, nocturne le jeudi jusqu’à 21 h 30

Visuels de haut en bas
Affiche
L’Arc de triomphe © Patrick Chauvel / photomontage Paul Biota

Avril 1982, attentat à la voiture piégée devant le 33 rue Marbeuf © archive Paris Match

6 novembre 2005, cité de Grigny, un manifestant tire sur les policiers avec un fusil de chasse © Alvaro Canovas / archive Paris Match

PSV 09, Série Paris Street View © Michael Wolf, Courtesy La Galerie Particulière, Paris

La Tour Montparnasse © Patrick Chauvel / photomontage Paul Biota

6 mai 1968, un manifestant bombarde les policiers © Georges Melet, archive Paris Match

8 février 1962, des manifestants anti-OAS s’engouffrent dans la station du Chemin Vert © Charles Courriere /archive Paris Match

Articles sur ce blog concernant :
Cet article a été publié en une version plus concise dans le numéro 633 de février 2011 de L'Arche.
Il a été publié sur ce blog le 9 mars 2011, puis le 23 novembre 2015.

vendredi 9 septembre 2016

Le XXe siècle en quatre-vingts dessins de presse

Le Sénat  a présenté, sur les grilles du Jardin du Luxembourg, l’exposition éponyme réalisée à partir du livre Le XXe siècle en 2000 dessins de presse de deux journalistes - Jacques Lamalle et Patrice Lestrohan (éditions Les Arènes). Une exposition trilingue, quasiment franco-française, biaisée, "islamiquement, politiquement et écologiquement correcte" et réécrivant l’Histoire du XXe siècle en gommant les Juifs, la Shoah, la renaissance de l’Etat d’Israël. Les Juifs apparaissaient essentiellement comme conquérants. Le Mémorial de Caen accueille les 6e Rencontres internationales des dessinateurs de presse (9-11 septembre 2016). 

Ainsi, pour le cinquantenaire de L’Express, le Sénat avait présenté en 2003-2004 l’exposition « Objectif Une : un demi-siècle vu par L’Express ». « Le témoignage des grandes signatures photographiques du magazine d’information, fondé en 1953, sur l’histoire récente. Sur les 87 clichés présentées sur des moments forts de l’actualité de ces 50 dernières années - le président du conseil Pierre Mendès-France en 1954, la signature des accords de paix à Washington en 1993 -, une légende a suscité une vive controverse : celle des « al-Dura » le 30 septembre 2000. Cette légende – « Jamal al-Dura et son fils Mohamed, 12 ans, se protègent des balles israéliennes près de Netzarim, dans la bande de Gaza. L’enfant sera tué » - a été quasi-effacée par des lacérations de l’affiche. Des barrières de sécurité avaient été installées afin d'éviter d'autres réactions.


Des descriptifs élogieux
En 2013, « avec le dessin de presse, la Haute assemblée accueille cette fois un autre mode d’expression artistique dont le succès ne s’est jamais démenti. La raison en tient au talent particulier des dessinateurs qui savent exprimer, avec force, souvent en quelques traits, ce que ressentent et vivent leurs concitoyens. Parus dans une presse reflétant la diversité des points de vue et des courants d’opinion, de L’Assiette au beurre au Canard enchaîné, du Monde au Figaro en passant par l’Express et d’autres titres, les 80 dessins de cette exposition retracent certains grands moments du siècle dernier. Avec un humour parfois grinçant, voire provocateur, ces dessins illustrent la liberté d’expression, ce droit fondamental trop souvent mis à mal, selon les pays et les époques », écrit Jean-Pierre Bel, président socialiste du Sénat. Et d’ajouter : « Assemblée politique où le débat démocratique a toute sa place, le Sénat témoigne, à travers cette exposition, de son attachement à la liberté de la presse, même lorsqu’elle prend les traits de la caricature. Il manifeste aussi son intérêt pour le droit de rire ensemble, y compris de ce qui peut nous diviser, dès lors que cela conduit à réfléchir aux enjeux de société ».

« Très mouvementé, souvent traumatisant et, heureusement aussi, souriant parfois, le siècle passé foisonne de faits qui ont marqué notre mémoire et d’autres quelque peu oubliés. En voici un florilège retraçant, chronologiquement, la séparation de l’Église et de l’État, la Guerre de 14–18, les années folles, le Front populaire, la montée de Hitler, la Libération, la guerre froide, de Gaulle président, les « 30 glorieuses », mai 68, mai 81 et l’arrivée de la Gauche, les années Chirac, la vague écologique », écrivent Jacques Lamalle, ancien journaliste au Canard enchaîné, et Patrice Lestrohan, ancien journaliste au Quotidien de Paris et au Canard enchaîné, co-auteurs du livre préfacé par Patrick Rambaud, de l’académie Goncourt, et ayant inspiré l’exposition. Un livre de 600 pages sur 300 événements, avec 2000 dessins et 175 dessinateurs.



Pour « traiter à chaud ces « actualités », les plus grands noms du dessin de presse : Grandjouan, Laforge, Iribe, Guilac, Sennep, Grove, Dubout, Effel, Cabrol, Moisan, Faizant, Tim, Sempé, Wolinski, Cardon, Cabu, Plantu… 39 signatures différentes, autant de personnalités et autant de styles !... Ils nous bousculent, nous émeuvent, nous forcent à prendre de la distance et, bien sûr, nous font rire. Et le rire est salutaire, universel, fait pour une meilleure compréhension, une meilleure entente entre les hommes... Alors, bon voyage dans ce temps retrouvé ! ». Le rire, universel ? On peut en douter à voir la réaction de musulmans aux dessins sur Mahomet publiés par le douze dessins  parus dans le journal danois Jyllands-Posten, le 30 septembre 2005.

Selon le dossier de presse, le « XXe siècle a été le siècle du dessin de presse.

L’engouement a commencé dès les années 1900, avec une floraison de journaux satiriques illustrés. Les plus célèbres s’appelaient L’Assiette au beurre, Le Cocorico, Le Rire. Pendant la Grande Guerre, le dessin de presse est une manière de conjurer l’horreur par le rire, notamment avec Le Canard enchaîné, La Baïonnette et Le Crapouillot. Le Front populaire, la montée du nazisme, la guerre d’Espagne et l’Occupation sont le théâtre d’affrontements violents. Avec les 30 glorieuses, le dessin de presse se tourne davantage vers la comédie de mœurs et la satire de la société de consommation. C’est l’émergence d’une « ligne claire » incarnée par Bosc et Sempé. La guerre d’Algérie et mai 68 remettent à l’honneur le dessin de presse le plus virulent, Siné en tête. Le Canard enchaîné se moque du Général de Gaulle avec Moisan, Tim fait les beaux jours de L’Express, les équipes de Hara-Kiri et Charlie Hebdo, avec Reiser et Cabu, repoussent les frontières de la bienséance. Les grands quotidiens ont tous eu leur dessinateur emblématique : Faizant pour Le Figaro, Plantu pour Le Monde, Willem pour Libération ». Ou Ferjac dessinant pour Le Canard enchainé sur l’accord à la conférence de Genève (1954) mettant fin à la Guerre d’Indochine : le Président du Conseil Pierre Mendès France en sportif franchit la ligne d’arrivée en brandissant une colombe dans une cage.


« C’est une certaine vision du monde que nous propose cette rétrospective. Celle que des dessinateurs, observateurs critiques de leur temps, ont voulu à de certains moments faire partager à leurs contemporains. Pour quelques-uns, cette vision est restée ancrée dans l’imaginaire collectif et a même fini, pour certains, par devenir le miroir de leur époque », observe Claude Fath, président d’AGIPI  (Association d'assurés pour la Retraite, l'Épargne, la Prévoyance et la Santé, partenaire d’AXA), partenaire de l’exposition avec Radio France  dont Jean-Luc Hees, son président-directeur général, se targue de plus de quatorze millions d’auditeurs quotidiennement, et France Info.


« En l’espace d’un siècle, beaucoup de dessinateurs de presse se sont affirmés comme de véritables journalistes. En se distinguant progressivement d’un simple rôle figuratif, le dessin de presse est devenu aujourd’hui un moyen d’informer à part entière. Avec talent, le dessinateur saisit d’un coup de crayon le réel et pose un regard critique et réfléchi sur l’actualité et les grandes questions de société… souvent à l’encontre des tabous et des pressions. Toute l’actualité donne lieu à des images », allègue Pierre-Marie Christin, directeur de France Info. 

Non, tout un pan de l’actualité demeure sans image ni article. Les pressions, les craintes pour leur vie, la peur d'être taxé d'"islamophobie" ont incité nombre de dessinateurs à ne pas traiter des sujets liés à l’islam et à son prophète Mahomet. Ou bien, en procédant à des amalgames infondés : par exemple, la Une de Charlie hebdu titrée Les Intouchables 2 : un Juif orthodoxe pousse la chaise roulante où est assis un homme portant turban. Tous deux disent : "Faut pas se moquer".

Cette exposition occultait la crise du dessin de presse, liée aux difficultés financières de la presse imprimée, aux évolutions de la société, à la frilosité de journaux "politiquement corrects" redoutant les réactions d'actionnaires ou de lecteurs, et à l'attrait de la bande dessinée, moins soumise aux impératifs de l'actualité - délais de bouclage, mode de distribution, etc. - et rémunérant mieux l'auteur, depuis quelques décennies.


Une problématique histoire dessinée du XXe siècle
Le choix de cette exposition s’est porté essentiellement vers des dessins en français et par des dessinateurs hexagonaux. Pourtant, les légendes sont traduites en français, anglais et espagnol. De quoi assurer le succès et la compréhension d’un public composé de nombreux touristes.


Cette exposition  s’ouvre sur des dessins manichéens – planqués loin du front contre patriotes versant leur sang -, anticapitalistes, pacifistes et antiparlementaires, et progresse vers le « politiquement correct » de dessinateurs majoritairement situés à gauche, voire à l’extrême-gauche.

Affleurent de certains dessins des relents antimilitaristes, anti-américains, pro-palestiniens, et une adhésion à l'écologie politique ("Le réchauffement climatique").


Présenter XXe siècle en quatre-vingts dessins de presse ? Une gageure que cette exposition n’a pas réussi à relever. Que d’oublis !



Rien sur la recréation de l'Etat d'Israël. Rien sur les Juifs.


Quid des deux célèbres dessins d’Un diner en famille de Caran d’Ache  (Le Figaro, 12 février 1898) sur l’affaire Dreyfus qui divisa la France, et le monde ?


Quid du dessin  fameux de Tim, pseudonyme de Louis Mitelberg (1919-2002) - un déporté Juif squelettique, un pied posé sur le fil barbelé d’un camp de concentration, la main dans sa chemise à l’instar de l’empereur Napoléon ; sous-titre : « Sûr de lui et dominateur », illustrant la fameuse  déclaration  du Président Charles de Gaulle  du 27 novembre 1967  (« peuple d’élite, sûr de lui-même et dominateur  »), refusé par L’Express et publié en « Libre opinion » par Le Monde des 3-4 décembre 1967, quelques mois après la guerre des Six-jours ?

Deux dessins évoquent le génocide de près de deux millions de Cambodgiens par les « Khmers rouges » de Pol Pot (1975-1979) et de 800 000-1 million de Tutsis et Hutus modérés au Rwanda (avril-juillet 1994), mais aucun n’illustre la Shoah - six millions de Juifs assassinés par les Nazis et leurs collaborateurs !


Et que de partis pris !


La guerre de Suez (1956) a inspiré le dessin Un canal, des KO de Lap (Le Canard enchainé). A Suez, la dame Pax regarde flotter sur le Nil des feuilles dénommées « actions », « pétrole », « combines »… La légende évoque une « expédition coloniale franco-britannique contre Nasser, le « raïs » égyptien fautif d’avoir nationalisé le canal de Suez, source de profits pas toujours ragoûtants ». Quid des attaques des fedayin armés par l'Egypte contre les Israéliens ? Quid des forces militaires israéliennes alliées des Français et des Britanniques ? Quid de l'exode des Juifs d'Egypte à l'initiative de Nasser ?


« Israël-Palestine : Territoires occupés » (Loup, Jean-Jacques, né en 1936 – L’Evènement du Jeudi). Dans le désert, un Israélien dit à un Palestinien sur fond de bunkers – dont l’un surmonté d’un drapeau israélien – troués par une ouverture laissant pointer des canons : « C’est rien. C’est du provisoire ». Légende : « Le chaudron palestinien. Des camps, des casemates, des murs… Pas trop brillant l’état des deux territoires palestiniens (Gaza et la Cisjordanie) envahis par Israël en 1967. Tel-Aviv excipe du terrorisme des fédayins, qui dénoncent… l’occupation israélienne. On s’en sort quand ». Il s’agit de « territoires disputés  » ; la Judée et la Samarie sont bibliques, etc. Pourquoi les Etats arabes et l’UNRWA  (Office de secours et de travaux des Nations unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient) laissent-ils des Palestiniens dans des camps ? Pourquoi occulter les palaces, centres commerciaux, centres hippiques, etc. dont jouissent des Palestiniens dans ces territoires ? Finalement, le seul Juif représenté dans l'exposition, est un Israélien, conquérant, menaçant, menteur ou hypocrite.


"1993-Accords d’Oslo" (Guiraud Ferdinand, signe aussi Kiro, né en 1956, Le Canard enchainé). Arafat et Rabin attablés, tandis que Clinton joue du violon. Arafat trinque « Champagne », et Peres demande un Alka-Selezer. Légende : « Part à deux en Terre sainte. Sous l’égide du président US Bill Clinton, Israéliens (ici, Shimon Peres) et Palestiniens (Yasser Arafat) remisent leurs armes. Selon les accords qu’ils viennent de conclure en Norvège, les deux se voient attribuer deux zones autonomes. « La paix maintenant ? » Il est avisé d’être réservé". Comme si cette "guerre d'Oslo" n'était pas un marché de dupes dans lequel s'engluent les Israéliens depuis près de 20 ans. L'expression "Terre Sainte" révèle une incompréhension : pour les Juifs, il s'agit d'Eretz Israël, pour les musulmans d'une part du dar al-islam voué au califat. Arafat, un Arabe "palestinien" ? Il était né... au Caire (Egypte) !


"Tous frères à Noël" (Cabu, Jean Cabut, né en 1938, Charlie Hebdo). « Gaspard et Melchior raccompagnent Balthazar à la frontière ». Un dessin sur « France terre d’asile » et les immigrés « clandestins », en situation irrégulière, transformés en Rois Mages.

"Le calvaire de Beyrouth" (Plantu, Jean, né en 1951, Le Monde). Un cèdre est coupé en deux par un missile alors que deux soldats, français et américain, y apposaient l’affiche de la paix. Légende : « C’était le plus libre comme le plus entreprenant des pays de la région. Las, les guerres que depuis vingt-cinq ans se livrent Palestiniens contre Chrétiens, Israéliens contre Palestiniens, etc. déciment une grande partie de la population ». Non, les Israéliens ne luttent pas contre les Palestiniens, mais contre les terroristes islamistes : OLP (Organisation de libération de la Palestine), Hezbollah. Quid des Syriens qui n'ont jamais reconnu l'indépendance du Liban ? Quid des combats entre factions terroristes palestiniennes ? Quid du refus islamique d'un Etat non musulman en dar al-islam ? Les Juifs apparaissent en tueurs de Palestiniens et de Libanais. Pourquoi ? Mystère.


"11 septembre 2011" (Plantu, Le Monde). Le dessin montre les tours jumelles s’effondrant – le drapeau américain flotte à leur sommet - et devenant des ogives américaines . Légende : « Apocalypse. Le 11 septembre 2011, vers 9 h, deux avions de ligne détournés par des moyen-orientaux percutent délibérément, l’une après l’autre, les tours jumelles du World Trade Center à New York. Bilan : 2 973 morts. Très vite, l’Amérique décide de riposter au terrorisme. Et d’y mettre les plus grands moyens ». Quid des deux autres avions détournés ? Il s’agit de terroristes islamistes essentiellement saoudiens. Le terme « islamiste » est banni de cette exposition.


Sur le conflit dans l’ex-Yougoslavie : le siège de Sarajevo par les forces serbes. Mais rien sur l’épuration religieuse au Kosovo (persécutions  des Serbes chrétiens) qui perdure.


Des "oublis" fortuits ? On peut en douter.

Attentat contre Charlie hebdo
Cet article a été republié en hommage aux douze victimes - dessinateurs, journalistes et policiers - assassinés le 7 janvier 2014 par des terroristes islamistes contre la rédaction de Charlie Hebdo. Dans un des rassemblements #JeSuisCharlie quelques heures après cet acte de guerre, une manifestante arborait un pull "Boycott Israël". 

Siné
Le Mémorial de Caen accueille les 6e Rencontres internationales des dessinateurs de presse (9-11 septembre 2016). 

"Depuis 6 ans, le Mémorial de Caen organise des rencontres avec des dessinateurs de presse du monde entier qui, dans leurs pays et leurs journaux, défendent leurs opinions et leur liberté d’expression. 16 dessinateurs de presse sont attendus, ils font partie de l’association United Sketches For Freedom : esquisses unies pour la liberté, soutenue par le Mémorial de Caen et présidée par le dessinateur Kianoush". 


Le 9 septembre 2016, à 19 h, est prévu "Siné sans concessions. Projection du film "Mourir ? Plutôt crever !" de Stéphane Mercurio, suivie d'une discussion avec Catherine Sinet et Stéphane Mercurio". 

En août 1982, peu après l'attentat terroriste islamiste, palestinien et antisémite contre le restaurant Goldenberg de la  rue des Rosiers (Paris) - six morts et vingt-deux blessés -, Siné a déclaré sur la radio Carbone 14 : « Je suis antisémite depuis qu’Israël bombarde. Je suis antisémite et je n’ai plus peur de l’avouer. Je vais faire dorénavant des croix gammées sur tous les murs… Rue des Rosiers, contre Rosenberg-Goldenberg, je suis pour… On en a plein le cul. Je veux que chaque Juif vive dans la peur, sauf s’il est pro-palestinien… Qu’ils meurent ! Ils me font chier… Ça fait deux mille ans qu’ils nous font chier… ces enfoirés… Il faut les euthanasier… Soi-disant les Juifs qui ont un folklore à la con, à la Chagall de merde… Y a qu’une race au monde… Tu sais que ça se reproduit entre eux, les Juifs… C’est quand même fou… Ce sont des cons congénitaux. » 

Poursuivi notamment par la Licra (Ligue internationale contre le racisme et l'antisémitisme), Siné a publié une lettre sous forme d’encart publicitaire publié par le quotidien Le Monde en alléguant la colère et une consommation excessive d'alcool. La  Licra a retiré  sa plainte et son avocat Me Bernard Jouanneau a  ainsi loué cette lettre ; « Lisez, apprenez-la par cœur, récitez-la à vos enfants. Vous avez là un morceau d’anthologie, une page du cœur. […] À la prochaine audience, je pourrai serrer la main de Siné. »  Mais  l’association Comité juif d'action représentée par Me Gilles-William Goldnadel a maintenu sa plainte. Siné a été condamné en 1985 pour "provocation à la discrimination, à la haine et à la violence raciales". 


Jusqu’au 1er mars 2013
Sur les Grilles du Jardin du Luxembourg

Le long de la rue de Médicis, 75006, de la porte Saint-Michel jusqu’à la porte Odéon
Libre d’accès à tout moment de la journée et de la nuit. Mise en lumière à la tombée de la nuit jusqu’à l’aube.

Visuels :
LA BETE
— C’est seulement quand on aura tué cette bête-là que s’élèvera, vers l’horizon, la vraie Paix Sociale.
Galantara (Gabriele, 1865-1937) – L’Assiette au beurre


ACCES DE FÜHRER
Cabrol (Raoul, 1895-1956) – Escher Tageblatt


MAI 1988 : L A TRANSFIGURA T I O N
Guiraud (Ferdinand, 1956) – Le Canard enchaîné


Plantu (Jean, 1951) – L’Express

TOUS FRERES A NOËL
Gaspard et Melchior raccompagnent Balthazar à la frontière.

Cabu (Jean Cabut, 1938) – Charlie Hebdo



A lire sur ce blog :



Cet article a été publié le 28 février 2013, puis le 8 janvier 2015.

dimanche 4 septembre 2016

La collection contemporaine du MAHJ : un parcours


Le musée d'art et d'histoire du Judaïsme (MAHJ) a présenté l'exposition collective La collection contemporaine du MAHJ : un parcours. Des œuvres variées dans leur nature - peintures, sculptures, vidéos, vêtement, etc. - et les thématique de ces artistes : Kader Attia, Judith Bartolani, Pierrette Bloch, Christian Boltanski, Philippe Boutibonnes, Sophie Calle, Gérard Garouste, Moshe Gershuni, Antoine Grumbach, Anne-Valérie Hash, Mikhail Karasik, Moshe Kupferman, Serge Lask, Mikael Levin, Arik Levy, Deimantas Narkevicius, Michel Nedjar, Iris Sara Schiller, Micha Ullman, Max Wechsler et Boris Zaborov. Une exposition inscrite dans le programme des Journées européennes de la culture et du patrimoine Juifs, avec des activités le 4 septembre 2011. 


« Convier des artistes, des designers ou des architectes à intervenir dans le contexte de collections ou de monuments historiques est désormais une pratique répandue ; l’exercice est périlleux, mais stimulant. Constituer une collection contemporaine à partir de ces « rencontres », c’est-à-dire travailler dans le temps long, avec des artistes juifs ou non juifs, mais toujours dans une exigence d’ouverture, de résonance avec les thématiques développées dans le parcours permanent ou avec les objets qui y sont présentés, a été notre objectif dès 1998 », rappelle le MAHJ.

Christian Boltanski « inaugura ce programme, en concevant Les Habitants de l’hôtel de Saint- Aignan en 1939, monument fragile qui traverse l’aile XXe siècle du musée » (1998).

Jean-Pierre Bertrand, Arik Levy, Michel Nedjar « furent invités à travailler sur les fêtes du calendrier juif, dont les thèmes nourrissaient, de manière souvent surprenante, leur création ».

Le « rapport au livre, au texte, à la langue est la trame sur laquelle s’inscrivent presque naturellement nombre de nos commandes et de nos acquisitions : Micha Ullman a créé, pour la collection du musée, cinq livres de sable ; Serge Lask et Judith Bartolani ont réalisé des œuvres qui associent mémoire et pratique compulsive de l’écriture ».

Parmi les récipiendaires du prix Maratier, décerné tous les deux ans par la Fondation Pro-MAHJ : Max Wechsler, Pierrette Bloch, Iris Sara Schiller et Mikael Levin avec War Story.

Max Wechsler est né à Berlin en 1925. Il débute son « œuvre silencieuse » en 1958. Jusqu’en 1984, il recourt à la couleur et au pinceau en des œuvres abstraites. Il cherche alors une nouvelle forme d’expression plastique. Son cheminement l’amène progressivement à retenir les écrits typographiques qu’il photocopie, découpe, colle et assemble. Pourquoi le noir et blanc seulement ? « Dès le début, ce choix a été déterminant. Ce sont deux couleurs aussi. Le noir contient toutes les couleurs ». Il veut ainsi « aller à l’essentiel des choses ». Il reçoit le Prix Amédé Maratier 2003 décerné par la Fondation Kikoïne sous l’égide de la Fondation du Judaïsme français. Des papiers marouflés à dominante sombre sur contreplaqué rendent hommage à la mémoire lors de son exposition en 2003 au MAHJ. Ce n’est qu’en s’approchant que l’on aperçoit les lettres composant ces œuvres, parfois constituées de plusieurs pièces. « Ce sont des lettres éparpillées, réduites, déconstruites, comme si elles voulaient freiner ce que pourrait signifier un texte lu habituellement. C’est une autre manière de faire vivre les lettres. L’alphabet est un instrument de savoir et de mémoire  », confiait alors cet artiste.

Pour La Nuit blanche, le MAHJ passe chaque année une commande à un artiste dont l’œuvre est installée dans la cour d’honneur du musée. Ainsi, Kader Attia a travaillé sur les « symboles religieux du judaïsme et de l’islam », et ou Antoine Grumbach sur « la construction de la cabane rituelle de la fête de Soukkot et l’espace juif ».

La collection « s’est ainsi enrichie, au fil des projets, d'œuvres emblématiques qui ont été complétées par des dons d’artistes exposés, de collectionneurs, d’associations et des dépôts, notamment du Fonds national d’art contemporain ».

Le MAHJ en présente une partie ; « l’accrochage est conçu en écho à la collection ou par thématiques, la principale étant celle de l’écrit ». L’art contemporain « investit le parcours permanent ; et, en scandant certaines séquences, il appelle à le revisiter ». Un dépliant guide les visiteurs.

Les cinq Livres de sable (2000), œuvres en fer rouillé et sable rouge, de Micha Ullman se réfèrent aux cinq livres de la Torah. Un des Livres de sable apparaît dans l'affiche de l'exposition.

Dans « La France au Moyen Âge », les pages de livre, calligraphiées, raturées, du Kaddish (1999) de Serge Lask (1937-2002), font face aux pierres tombales des cimetières parisiens.

Dans la salle de Hanouca, fête des lumières qui « commémore la victoire des Maccabées sur la dynastie hellénistique des Séleucides, entre 165 et 163 avant l’ère chrétienne », trois vidéos (2004) d'Arik Lévy « évoquent l'idée de renouvellement perpétuel ». Sur cette fête, le MAHJ a présenté à l’hiver 2010-2011 Cent lumières pour Casale Monferrato - Lampes d’artistes pour Hanouca.

Deux réflexions sur l'espace Juif. La Maquette pour une Soukkah (2006) d'Antoine Grumbach étudie " l'ombre, le seuil, la limite ", autour de la construction de la cabane rituelle de Soukkot. « L’éloge de l’ombre La cabane que l’on réalise à l’occasion de la fête de Soukkot, en souvenir de la traversée du désert, est aussi une invitation à réfléchir sur l’origine de l’architecture. Les ouvrages anciens de théorie architecturale s’ouvrent tous, en effet, sur la description de la “maison d’Adam au paradis”. Grotte, tente, structure en bois recouverte de feuillages, construction en pierre appareillée ou non, toutes les formes d’abris apparaissent ainsi au fil de leurs pages. L’architecte Ledoux au XVIIIe siècle, dans l’un des derniers grands ouvrages théoriques, conçoit la maison primitive comme un arbre et son ombre. L’étude du traité du Talmud consacré à la fête de Soukkot fait découvrir un véritable traité d’architecture. Ce texte, écrit il y a plus de mille cinq cents ans, aborde toutes les questions théoriques de l’architecture : réflexion sur la séparation de la structure et des parois, sur la définition d’un espace, sur les parois virtuelles, les ouvertures en longueur, le système de proportion et la question de l’échelle. Tous ces points y sont abondamment discutés et l’éventualité de leur détournement y est toujours envisagée. La soukkah est une construction éphémère et démontable ; son toit de branchages abrite du soleil, tout en permettant de voir les étoiles la nuit. Le souvenir de l’ombre de la nuée qui protégea les Hébreux dans leur errance est essentiel dans la célébration de la fête. La qualité de l’ombre fait l’objet de beaucoup d’attention. L’ombre doit être plus importante que la lumière. Au-delà du souvenir de la traversée du désert, la cabane de Soukkot est un piège de lumière où l’éloge de l’ombre manifeste une présence. En réalisant cette construction de façon archaïque, avec sa structure en troncs dégrossis, assemblés à mi-bois et liés par des cordes, sa couverture tressée de saule, d’osier, de châtaignier et de palmes, ses parois constituées d’un tissu de lin blanc, comme un châle de prière, le tout édifié sur un tapis de sable, j’ai le sentiment d’avoir pu formuler ma version de la maison d’Adam au paradis, tout en comprenant, grâce au Talmud, que bâtir, c’est avant tout faire de l’ombre. », écrit Antoine Grumbach.

L’Erouv de Jérusalem (1996) de Sophie Calle, concerne « l'Erouv, cette frontière virtuelle qui ceint certaines villes et définit domaine public et domaine privé ». « Selon la Loi juive, pendant le Shabbat, le repos absolu est obligatoire. L’interdiction de travailler inclut celle de porter un quelconque objet (des clés, un sac...) hors de chez soi. Toutefois, si l’on se réfère à la Torah, une ville, un village entourés d’un mur d’enceinte, avec des portes, sont considérés comme des domaines privés, et l’on peut transporter des objets de chez soi à la rue, de la rue à chez soi… Mais, à notre époque, peu de cités modernes sont entourées de remparts et, par conséquent, chacun devrait contenir ses activités dans sa maison, s’il n’était aujourd’hui accepté que, telles des dérogations à la Loi, des erouvim ne soient construits. Ils consistent en des fils (ou cordes) formant un mur imaginaire. Dans la plupart des cas, ces “frontières” sont créées en érigeant des poteaux et en les connectant ensemble par l’intermédiaire de filins en acier galvanisé. Alors, le périmètre entouré par l’erouv devient un espace privé et il est permis d’y transporter des objets durant le Shabbat. Selon la Torah, dans toute ville entourée d’un erouv, le domaine public peut être considéré comme un territoire privé. Les stations. J’ai demandé à des habitants de Jérusalem, israéliens et palestiniens, de m’emmener dans un lieu public ayant à leurs yeux un caractère privé. », analyse Sophie Calle.

Face « aux images d'un monde ashkénaze qui n'est plus, la peinture de la disparition » de Boris Zaborov.

Dans les combles, parmi des costumes du monde séfarade, la robe de mariée d'Anne-Valérie Hash - Soie, mousseline, paillettes, pierres de fantaisie, perles, fils dorés et argentés, collage et application de photographies -  À ma mère pour la vie ou Mère veille sur moi (1999), et la projection de la vidéo d'Iris Sara Schiller, La Tresse de ma mère (2003), « où se joue l'énigme de la transmission mère-fille ».

Au 1er étage, une présentation d'œuvres sur l'écrit, la lettre : les megillot (rouleaux) - Megillah est le nom donné à cinq livres bibliques (Ruth, le Cantique des cantiques, les Lamentations, l’Ecclésiaste et Esther) qui se présentent sous la forme de rouleaux de parchemin séparés, calligraphiés par des scribes - de Moshe Kupferman (1990-1998), les grands papiers de Max Wechsler, les lignes de Pierrette Bloch, les gravures de Gérard Garouste, qui a illustré la Haggada de Pessah (1998), et de Moshe Gershuni (série Kaddish, 1984), « inspirées par l'Ecclésiaste et par les mots du Kaddish », prière pour les défunts.

Dans la mezzanine, la « fragile installation » de Leur dernier regard (1987), de Philippe Boutibonnes et les recueils de poèmes de Joseph Brodsky (1940-1996) « illustrés et réalisés » par l'artiste russe Mikhail Karasik (2003).

Au rez-de-chaussée, « des phrases extraites des Funérailles de Sara/Nos funérailles (2005) de Judith Bartolani et jetées sur de monumentales feuilles de cahier de comptes, accompagnées de la vidéo du livre : Legend Coming true (1999, 68 minutes), film de Deimantas Narkevicius qui évoque l'histoire lituanienne et juive, à travers le récit d'une femme Fania, puis Poupées Pourim (2005), le théâtre de Michel Nedjar ».

Dans les foyers de l'auditorium : War Story de Mikael Levin, série de 66 photographies réalisées en 1995, 50 après la découverte par les Alliés des camps, sur les traces du romancier Meyer Levin, son père, alors correspondant de guerre, et du photographe Eric Schwab.

Enfin, dans la cour d'honneur : Big Bang (2005) de Kader Attia, « globe terrestre en fusion et en mouvement dans lequel sont enchâssés des étoiles de David et des croissants de lune en miroir ».

LJournée Européenne de la Culture Juive a eu lieu le 4 septembre 2016.


Jusqu'au 11 septembre 2011
Au MAHJ
Hôtel de Saint-Aignan
71, rue du Temple, 75003 Paris
Tél. : (33) 1 53 01 86 53
Lundi, mardi, jeudi et vendredi de 11 h à 18 h, mercredi de 11 h à 19 h 30, dimanche de 10 h à 18 h. Fermé le samedi.

Le 4 septembre 2011, à 15 h, dans le cadre des Journées européennes de la cultureet du patrimoine Juifs : visite guidée de l’exposition La collection contemporaine du MAHJ : un parcours avec Nathalie Hazan-Brunet, commissaire de cette exposition.
Renseignements et réservations : 01 53 01 86 62 – individuels@mahj.org
Entrée libre au musée.

Les citations sont extraites du dossier de presse et du dépliant.

Visuels :
Affiche de l'exposition
Micha Ullman
Livre de sable, 2000
© Doc/Levin
Max Wechsler, Sans titre, MAHJ
Serge Lask, Kaddish, 1999, MAHJ

War Story de Mikael Levin
Articles sur ce blog concernant :
Cet article a été publié une première fois le 29 août 2011, puis le 4 septembre 2011. Il a été modifié le 1er septembre 2011