Citations

« Le goût de la vérité n’empêche pas la prise de parti. » (Albert Camus)
« La lucidité est la blessure la plus rapprochée du Soleil. » (René Char).
« Il faut commencer par le commencement, et le commencement de tout est le courage. » (Vladimir Jankélévitch)
« Notre métier n’est pas de faire plaisir, non plus de faire du tort. Il est de porter la plume dans la plaie. » (Albert Londres)
« Ne demande jamais ton chemin à quelqu'un qui le connaît, car tu ne pourrais pas t'égarer ! » (Nahman de Bratslav)
« Le plus difficile n'est pas de dire ce que l'on voit, mais d'accepter de voir ce que l'on voit. » (Charles Péguy)

vendredi 13 septembre 2013

L’œil d’un collectionneur : Serge Aboukrat, du cliché-verre à Philippe Halsman


La Maison européenne de la photographie  (MEP) a présenté l’exposition éponyme  rendant hommage à Serge Aboukrat, collectionneur et galeriste, au travers de deux de ses centres d’intérêt : le cliché-verre, procédé « de multiplication de l’image s’appuyant sur les débuts de la photographie » et le talentueux photographe américain Juif Philippe Halsman  (1906-1979), « un des plus grands photographes-portraitistes du XXe siècle » dont les œuvres figurent en Une de nombreux livres et magazines, et que la galerie Serge Aboukrat célèbre.

 
« Depuis longtemps j’affectionne la photographie. Dans les années 1970, alors que j’habitais Nice, une de mes connaissances collectionnait les années 1930. Tout dans son appartement reflétait l’ambiance de cette époque : murs en opaline noire, vases de Dunand, Lalique, meubles de Ruhlmann, Leleu, sculpture de Miklos, peinture animalière de Jouve… Un véritable musée. Je me faisais alors la réflexion, qu’il devait falloir 40 ans pour redécouvrir, apprécier une période dans son ensemble et j’annonçais alors que le 1960 serait « à la mode » dans les années 2000 ! Lors de la visite du Musée Pompidou Metz, dans la première exposition décidée par Laurent Lebon, une vidéo d’entretiens avec Marcel Duchamp affirmait, et me confirmait, cette idée des 40 ans. Ce laps de temps est-il à considérer comme « une traversée du désert », à l’image de celle du peuple hébreu lors de la sortie d’Égypte, qui dura 40 ans, d’obtenir les garanties de durabilité. Passé ce délai, tout est possible. Les dés sont jetés. Être en phase avec son temps, comprendre, aimer son époque est une forme de bonheur. Certes « Des choses anciennes, faisons des nouvelles » sera toujours d’actualité. La critique fait progresser le futur. L’innovation artistique (picturale, musicale, littéraire) est-elle réellement comprise lors de sa période de création ? Cela paraît évident pour les amateurs éclairés. Je me remémorais l’affiche rencontrée dans les rues de Paris, alors que je venais juste de m’y installer, à 40 ans : « La musique classique a d’abord été contemporaine ». William Bouguereau, Eugène Carrière et bien d’autres peintres ont été plus appréciés à leur époque que Edouard Manet, qui laissa pourtant son nom dans l’Histoire de l’Art. Ne parlons pas de la photographie, des débuts de ce médium négligé, de ces précurseurs qui ont tant œuvré pour imposer la photographie au rang d’Art. L’histoire rattrape ces erreurs », observe Serge Aboukrat, collectionneur et galeriste.

Parmi les expositions de sa galerie parisienne, citons celle en 2007 de photographies vintage d’objets désignés par le styliste industriel et graphiste Raymond Loewy et en 2008-2009 celle de tirages d’époque admirablement conservés de Pierre Verger  (1902-1996) sur L’Espagne prémonitoire, juste avant le déclenchement de la Guerre civile.
 
Les clichés-verre
Le cliché-verre relève, « par sa nature même, à la fois du dessin, de la gravure et de la photographie ». C’est avant tout « un procédé de multiplication de l’image s’appuyant sur les débuts de la photographie ».

Le cliché-verre est « un procédé d’impression par les moyens photographiques, à partir d’un négatif sur verre réalisé manuellement et directement par l’artiste. La plaque est préalablement enduite d’une couche épaisse de collodion où l’artiste, dessine avec une pointe, son sujet. Le tracé traverse le verre translucide. Le tirage est obtenu par l’action de la lumière qui passe à travers le verre et marque le papier photosensible qui est ensuite révélé et fixé ».

Dans les années 1850, Constant Dutilleux et son gendre Charles Desavary inventent cette technique « à mi-chemin entre la gravure et la photographie ».

Lors d’un séjour à Arras, Jean-Baptiste Camille Corot découvre ce procédé. Il réalisa une soixantaine de clichés-verres. Le premier « dessin sur verre pour photographie » est réalisé en 1853 par Corot : « Le bucheron de Rembrandt  ».

L’exposition à la MEP présente une soixantaine de clichés-verre de Corot, Daubigny, Delacroix  - le musée Delacroix est situé à quelques mètres de la galerie Serge Aboukrat, dans le quartier de Saint-Germain-des-Prés -, Millet, Rousseau.
 
Philippe Halsman, portraitiste psychologique
« Il y a une dizaine d’années, je fis l’acquisition d’un lot photographique de Philippe Halsman, ensemble réduit de cet artiste, sorte de mini rétrospective : Atomicus, Skull, Jump et portraits « flottants ». Je m’en suis immédiatement voulu de ne pas m’être intéressé bien avant à cet artiste, considéré comme l’un des dix grands photographes de sa génération. Au fil de mes recherches, je constituais un ensemble cohérent… et ce moins de 40 ans après sa disparition », se souvient Serge Aboukrat.

Et d’ajouter : « Les fatalités de son adolescence n’ont pas engendré chez Philippe Halsman, dans sa vie ou son travail de la rancœur, mais plutôt légèreté, beauté, optimisme et joie de vivre. Les évènements éprouvés dans sa jeunesse ont jeté dans les dés du hasard les clefs de sa passion, qu’il mit au service de son œuvre, sa marque singulière facilement reconnaissable".

La soixantaine de photographies de Philippe Halsman  sélectionnée par Serge Aboukrat fait découvrir une partie de l’œuvre et de la vie de ce photographe portraitiste pour qui « les accents et les différences sont là non pas pour contrarier, mais pour être savourés ».

Philippe Halsman  nait à Riga (alors dans l’empire russe, et dans l’actuelle Lettonie) en 1906, dans une famille dont le père est dentiste.

Dès 1921, il commence à photographier famille et amis avec le vieil appareil de son père.

Major à sa sortie du lycée, il acquiert une formation d’ingénieur en électricité à Dresde.

En 1928, son père meurt lors d’un séjour familial dans les Alpes autrichiennes.

Deux années plus tard, Philippe Halsman s’installe à Paris.

Là, en 1932, il ouvre un studio photographique au 22 rue Delambre, dans le quartier Montparnasse.

Il conçoit un appareil photographique reflex bi-objectif (twin lens reflex) 9 x 12 cm novateur par l’utilisation de deux objectifs - l'un servant à la visée, l'autre à la prise de vue – et le fait fabriquer en 1936 par le petit-fils d’Alphonse Giroux, fabriquant du premier appareil pour Louis-Jacques-Mandé Daguerre.

Avec cet appareil original, Philippe Halsman photographie de célèbres écrivains, architectes, peintres, dramaturges : André Gide, Marc Chagall, Paul Valéry, Jean Painlevé, Jean Giraudoux, Le Corbusier, André Malraux…

Philippe Halsman travaille aussi avec le monde de la haute couture, notamment celui des chapeaux, et avec des clients privés.

Dès 1936, Halsman, qui a étudié le travail d’autres artistes et photographes, en particulier les surréalistes dont il retient l’art de surprendre le lecteur, s’impose comme le meilleur portraitiste en France.

Ses photos apparaissent en couvertures de livres et dans les magazines : Vu, Voilà.

La Galerie de la Pléiade, boulevard Saint-Michel, organise alors sa première exposition.

Fuyant la France à l’été 1940, son épouse, leur fille, sa sœur et son beau-frère parviennent aux Etats-Unis comme citoyens lettons, bien qu’ils détiennent un passeport français.

A Marseille, après de longs mois d’attente, grâce à l’intervention d’Albert Einstein, qui avait rencontré la sœur d’Halsman dans les années 1920, Halsman obtient un visa urgent pour entrer aux Etats-Unis.
 
Il se rend à Lisbonne, et de là, muni de son appareil photographique et d’une douzaine d’épreuves, embarque dans un navire de réfugiés pour les Etats-Unis en novembre 1940.

La carrière d’Halsman amorce un tournant déterminant quand il rencontre Connie Ford, une modèle qui accepte de poser pour lui en échange de clichés pour son portfolio. "Quand les publicitaires d’Elizabeth Arden  voient la photographie de ce mannequin se détachant du drapeau américain, ils décident d’utiliser cette photographie pour lancer leur campagne nationale pour le rouge-à-lèvres Victory Red".

Un an plus tard, à l’automne 1942, Life demande à Halsman de photographier de manière narrative un nouveau chapeau. A la grande joie de l’artiste, le 5 octobre 1942, son portrait du modèle souriant au travers du bord plumeté du chapeau fait la couverture du magazine né six mois auparavant. Le début d’une longue collaboration dans un monde où le photojournalisme est encore un champs nouveau…
 
De ses débuts en France dans les années 1930 à la carrière qu’il poursuit à New York dès 1940, Philippe Halsman s’illustre par ses photographies de mode et ses portraits de personnalités. Des portraits qui pendant trente ans illustrent les couvertures des magazines américains les plus importants : Look, Esquire, Life, The Saturday Evening Post, Paris Match...

Pour le célèbre magazine Life, avec lequel il collabore jusqu’en 1970 – Life a cessé de paraître en 1972 - et dont il détient, avec 101 couvertures, le record inégalé de « Une », Philippe Halsman photographie les riches et les célèbres, renouvelant l’art du portrait grâce à son inventivité, à son originalité et à son empathie envers son sujet. Il réalise aussi des photos pour des publicités pour des firmes aussi renommées qu’Elizabeth Arden cosmetics , NBC, Simon & Schuster, et Ford.

En 1941, familier des surréalistes, Philippe Halsman débute une collaboration de 37 ans avec Salvador Dali, d’où sont nées des « photographies d’idées » (photographs of ideas).

Exemples de ces  « photographies d’idées » : les séries Dali Atomicus – Dali, ses tableaux, ses chats, et l’eau apparaissent suspendus dans l’air - et Dali’s Mustache imprégnées de l’irrationalité perturbante des rêves et tableaux de Dali.

En 1945, Halsman est élu le premier président  de l’American Society of Magazine Photographers  (ASMP). Il y mène un combat pour la protection des droits d’auteur des photographes.

A l’époque, les Américains apprennent le monde par leurs journaux, à la radio et aux Actualités cinématographiques. Avec Life et les autres magazines populaires, ils découvrent une actualité présentée différemment, de manière attrayante, vivante, et illustrée de photos brillantes, dramatiques, mêlant histoires sur la politique internationale, vie quotidienne, célébrités, exotisme et humour. Les images d'Halsman illustrent la société américaine prospère du milieu du XXe siècle.

Son art consiste à insérer dans la photo des détails familiers, et finalement perturbants, ce qui confère aux sujets une tension, tout en soignant ses éclairages sophistiqués, son focus large. Les autres raisons de son succès ? Elles tiennent notamment en sa joie de vivre et son imagination ainsi qu’à ses prouesses technologiques.

Quand Halsman a fait poser les comédiens de la NBC contre un papier blanc nu, en éliminant tout élément de contextualisation, ces artistes ont paru à la fois drôles et fragiles.

De l’exploration de l’inconscient érotique par les surréalistes, Philippe Halsman a appris comment associer glamour, sexe, l’énergie et la santé dans un portrait. Ce qui a fait de lui le photographe favori de Life pour des stars sensuelles.

Halsman aimait comparer son travail à celui d’un bon psychologue qui regarde ses sujets avec une perspicacité particulière et en révèle la personnalité : « Cela ne peut pas être fait en poussant la personne dans une position ou en arrangeant sa tête à un certain angle. Cela doit être accompli en provoquant la victime, en l’amusant avec des plaisanteries, en la rassurant par le silence, ou en lui posant des questions impertinentes que son meilleur ami aurait peur d’exprimer ».

« Cette fascination pour le visage humain ne m’a jamais quitté… Chaque visage que je vois semble cacher – et parfois révéler fugitivement – le mystère d’un autre être humain. Capturer cette révélation est devenu le but et la passion de ma vie », écrit Halsman en 1972.

Après son retour en Europe dans les années 1950, où il est invité par David Seymour  à se joindre à Magnum, Halsman poursuit son exploration du portrait au travers de sa célèbre série « jumpology ». A la fin de chaque séance, il demande à ses sujets de sauter devant son objectif. « Quand vous demandez à une personne de sauter en l’air, son attention se concentre essentiellement dans l’acte de sauter et le masque tombe afin que la vraie personne apparaisse », explique Halsman qui photographie ainsi les plus grands de ce monde, en plein saut, de Marilyn Monroe  à Brigitte Bardot, de Mme Ford à Richard Nixon à la Maison Blanche, des Windsor à Edward Steichen… Ces images amusantes et pleines d’énergie constituent une part importante de son patrimoine photographique.
 

En 1958, un sondage mené par Popular Photography auprès des photographes le désigne comme l’un des dix plus grands photographes au monde aux côtés d’Irving Penn, Richard Avedon, Ansel Adams, Henri Cartier-Bresson, Alfred Einsenstaedt, Ernst Hass, Yousuf Karsh, Gjon Mili et Eugene Smith.

De 1971 à 1976, Halsman enseigne dans le cadre du séminaire Psychological Portraiture à The New School.

Dès 1998-1999, moins de vingt ans après la mort d’Halsman, la National Portrait Gallery (NPG) de la Smithsonian Institution a présenté la première rétrospective historique  de cet artiste dont les œuvres ont imprimé nombre de rétines et influencé beaucoup de photographes.

   
Jusqu’à fin septembre 2013
A la galerie Serge Aboukrat

7, place de Furstemberg, 75006 PARIS
Tél. : 09 66 94 02 12/ 01 44 07 02 98
Du dimanche au vendredi, de 15 h à 19 h
 
Jusqu’au 15 septembre 2013
A la Maison Européenne de la Photographie  (MEP)

5/7, rue de Fourcy, 75004 Paris
Tél. : 01 44 78 75 00
Du mercredi au dimanche de 11 h à 20 h
 
Visuels :
Delacroix, Le tigre en arrêt, 1854
Tirage Sagot-Le Garrec, 1921
Collection Serge Aboukrat
 
Corot, Arbre dans la forêt, circa 1860
Tirage Sagot-Le Garrec, 1921
Collection Serge Aboukrat
 
Saut dans le vide de Yves Klein, Cibachromes, 1998
© Vik Muniz
Collection Serge Aboukrat
 
Grace Kelly, 1955
© Philippe Halsman / Magnum Photos
 
Salvador Dali, 1953
© Philippe Halsman / Magnum Photos

A lire sur ce blog :
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Les citations proviennent du dossier de presse.

jeudi 12 septembre 2013

La Cour d’appel de Paris a évoqué les blessures de Jamal al-Dura

Le 14 décembre 2011, Clément Weill-Raynal, journaliste à Actualité juive hebdo, et le Dr Yehouda David ont comparu devant la Cour d’appel de Paris. Ils avaient interjeté appel d’un jugement du Tribunal correctionnel de Paris du 29 avril 2011 les condamnant sévèrement pour diffamation à l’égard du Gazaoui Jamal al-Dura : en 2008, tous deux avaient mis en doute le lien entre des cicatrices de Jamal al-Dura et les blessures qui lui auraient été infligées par des « tirs israéliens » au carrefour de Netzarim (bande de Gaza) le 30 septembre 2000. Cet article est republié car la Cour de cassation a cassé sans renvoi l'arrêt de la Cour d'appel de Paris ayant condamné Clément Weill-Raynal et relaxé le Dr Yehouda  (ou Yehuda) David. Elle a rejeté le pourvoi de Jamal al-Dura qui portait sur la relaxe du Dr Yehouda David. Elle a retenu l'argumentation de la défense du chroniqueur judiciaire estimant que la cour d'appel n'avait pas tenu compte du "caractère d'intérêt général du sujet traité", alors que, selon l'article 10 de la Convention européenne des droits de l'Homme, "dans le cadre d'un débat d'intérêt général, la liberté d'expression autorise la mise en cause des personnes avec une dose d'exagération et même de provocation qui exclut toute condamnation pour injure ou diffamation publique". 

Le Dr Yehuda David, Clément Weill-Raynal et Actualité juive condamnés par le Tribunal correctionnel de Paris pour avoir diffamé Jamal al-Dura
French Justice scrutinized Jamal al-Dura’s Wounds
French Journalist and Israeli Surgeon Condemned for Defamation of Jamal Al Dura

Une longue audience - plus de sept heures – soulignant les doutes légitimes concernant l’authenticité des allégations du reportage sur « la mort de Mohammed al-Dura » et les « blessures de son père Jamal al-Dura »... et toujours absent : le plaignant, Jamal al-Dura.

Une interview et un droit de réponse
Le 30 septembre 2000, France 2 a diffusé au JT (journal télévisé)  de 20 heures un reportage d’environ 50 secondes de Charles Enderlin, son correspondant permanent à Jérusalem, déclarant en voix off sur des images signées par le cameraman palestinien Talal Abu Rahma :
« Près de l’implantation de Netzarim (bande de Gaza)… Jamal et son fils Mohamed (12 ans) sont la cible des tirs venus de la position israélienne. Son père tente de le protéger... Une nouvelle rafale. Mohamed est mort et son père gravement blessé ».
L’image du « petit Mohamed » devient l’icône de l’Intifada II.

Ce reportage suscite des doutes, et des enquêtes dès 2000 de Nahum Shahaf, physicien israélien, de Stéphane Juffa, rédacteur en chef de l’agence de presse Mena (Metula News Agency). Au sein de la Ména, Gérard Huber, psychanalyste, et Luc Rosenzweig, journaliste, poursuivent leurs investigations. Nahum Shahaf et la Ména contestent l'authenticité des faits allégués dans ce reportage, et concluent, au terme de leurs démonstrations, à la mise en scène.

Dans son documentaire Trois balles et un enfant mort. Qui a tué Mohamed al-Dura ? diffusé en 2002 par ARD, Esther Schapira, documentariste allemande, soutient que l'enfant serait mort vraisemblablement par des balles palestiniennes. 

C'est Richard Landes, historien américain, qui parvient à interviewer Charles Enderlin, et forge le néologisme Pallywood pour désigner l'industrie audiovisuelle palestinienne de propagande…

La polémique sur ce reportage controversé est alimentée par le long refus de France 2 de rendre publics les rushes du reportage, et les versions successives de Talal Abu Rahma qui, le 3 octobre 2000, affirme sous serment, au Centre palestinien des droits de l’homme : « L’enfant a été tué intentionnellement et de sang-froid par l’armée israélienne », puis se rétracte le 30 septembre 2002, soit deux ans plus tard, dans un fax adressé à France 2 Jérusalem : « Je n’ai jamais dit à l’Organisation palestinienne des droits de l’homme à Gaza que les soldats israéliens avaient tué intentionnellement et en connaissance de cause Mohamed al-Dura et blessé son père ».

Dans deux textes électroniques de novembre 2004, Philippe Karsenty, directeur de l’agence de notation des médias Media-Ratings, qualifie en particulier d’« imposture médiatique », de « faux reportage », « pure fiction » et « supercherie » ce reportage controversé et exhorte aux licenciements de Charles Enderlin et d’Arlette Chabot, alors directrice de l’information de France 2.

Ceux-ci portent plainte contre lui pour diffamation.
 
Talal Abu Rahma a filmé en octobre 2004 des cicatrices de Jamal al-Dura, à son domicile gazaoui. France 2 a diffusé ce film lors d’une conférence de presse peu après.
 
Plusieurs procédures judiciaires ont été lancées en France et en Israël dans l’affaire al-Dura.

Condamné le 19 octobre 2006 par le Tribunal de Grande instance de Paris, Philippe Karsenty interjette appel.

Après avoir demandé par un arrêt du 3 octobre 2007 les rushes du reportage à France 2 et les avoir visionnés, la Cour d’appel de Paris relaxe Philippe Karsenty, le 21 mai 2008, dans un arrêt tançant sévèrement les intimés.
 
Dans ses numéros respectivement des 4 septembre et 25 septembre 2008, Actualité juive (1), hebdomadaire incontournable de la communauté Juive française, a publié l’interview du Dr Yehuda David, chirurgien orthopédique spécialisé en micro-chirurgie de la main à l’hôpital Tel ha Shomer (Tel-Aviv), « le plus important du Moyen-Orient » (Dr David), par le journaliste Clément Weill-Raynal, sous le pseudonyme de Daniel Vavinsky, puis la réponse de celui-ci à un droit de réponse de Charles Enderlin - un texte que Clément Weill-Raynal a confié lors de l'audience judiciaire avoir rédigé, malgré ses réticences, à la demande de Serge Benattar, directeur de l'hebdomadaire. Le Dr Yehuda David a affirmé dans son interview avoir opéré en 1994, dans le cadre d’une opération de chirurgie réparatrice, Jamal al-Dura, victime en 1992, de blessures à l’arme blanche (hache, couteau) lors d’une rixe entre Palestiniens, donc bien avant le reportage controversé en 2000. Les blessures de 1992 avaient induit une paralysie de la main droite causée par une section des nerfs médian et cubital.
 
Sans avoir examiné Jamal al-Dura, dans une lettre du 9 septembre 2008, le professeur Raphaël Walden (2), spécialiste de chirurgie vasculaire à l'hôpital de Tal ha Shomer, a repris la teneur d'un rapport médical jordanien sur Jamal al-Dura.

Le 29 octobre 2008, Jamal al-Dura a déposé plainte pour diffamation contre le Dr Yehuda David, Clément Weill-Raynal et Serge Bénattar, directeur de cet hebdomadaire, à propos de certains passages de cette interview et de la réponse de Clément Weill-Raynal à Charles Enderlin. Une réponse rédigée à la demande de Serge Bénattar, directeur-fondateur d'Actualité juive hebdo.

Le 29 avril 2011, la XVIIe chambre du Tribunal de grande instance (TGI) de Paris – tribunal correctionnel - avait estimé diffamatoires les propos alléguant que ce Gazaoui avait participé à une mise en scène diffusée par France 2, puis qu’il avait imputé à tort à des tirs israéliens la mort de son fils Mohammed et ses anciennes blessures afin de berner l'opinion publique, et ce, avec la complicité de médecins palestiniens.

Ce Tribunal avait condamné chaque défendeur - Dr Yehuda David, Clément Weill-Raynal et Serge Bénattar, directeur de cet hebdomadaire -, notamment à une amende de 1 000 euros, assortie d'un sursis total, et tous trois solidairement à verser à Jamal al-Dura 5 000 euros au titre des dommages et intérêts, ainsi que 5 000 euros au titre de ses frais de justice.
 
L’exécution provisoire de ce jugement a été suspendue le 8 juillet 2011 : les défenseurs ont déposé une consignation de 5 000 euros.

Des cicatrices antérieures à 2000
A la différence de l’audience devant la XVIIe chambre du TGI quelques mois plus tôt, cette audience publique s’est déroulée sans intervention de témoins et les explications chirurgicales ont été concises et claires. Les débats sont demeurés centrés sur les propos tenus et leur qualification juridique.

Les juges et l’avocat général se sont montrés particulièrement attentifs aux verbatim de la vidéo présentée en 2004 sur les cicatrices de Jamal al-Dura filmées par Talal Abu Rahma. Le commentaire off de cette vidéo a fait l’objet d’une quasi-exégèse afin de déterminer si cette vidéo visait ou non les seules cicatrices de Jamal al-Dura liées à l’incident du 30 septembre 2000. Malgré les suggestions de la défense, la Cour a préféré visionner cette vidéo lors de son délibéré, et non lors de l’audience.

Le Dr Yéhuda David a rappelé avoir effectué une opération de chirurgie réparatrice sur Jamal al-Dura : il a implanté dans le bras et la main des tendons prélevés dans le pied gauche de ce patient Gazaoui. Il a précisé s'être prononcé sur les cicatrices de son opération lors de l'interview accordée à Clément Weill-Raynal.

Quand, en 2007, une équipe de la Ména lui a présenté le dossier médical de Jamal al-Dura, le Dr David s’est souvenu de son ancien patient, et a répondu aux journalistes israéliens le sollicitant, sans que Jamal al-Dura ne porte plainte contre eux ou contre lui.

Le Dr Yéhuda David a affirmé s’être exprimé dans cette affaire en étant motivé par un souci de paix entre Israéliens et Palestiniens, et avec l’accord du directeur du ministère israélien de la Santé.

Il a souligné l’éthique des soldats israéliens – « On accuse les soldats israéliens d’avoir tiré sur un enfant pendant 45 secondes ou une minute. En plus de 20 ans, je n’ai pas vu de pareil ordre de tir. Avant de tirer, un soldat israélien doit avoir l’accord de plusieurs échelons ».

Se fondant sur son expérience médicale, notamment dans une unité combattante israélienne, il a dénoncé des incohérences et invraisemblances : ainsi, un rapport médical allègue qu’une balle aurait atteint Jamal al-Dura par derrière ; or, derrière ce Gazaoui, se trouvait un mur. En outre, si la veine fémorale du Gazaoui avait été atteinte par une balle israélienne à haute vélocité, Jamal al-Dura serait mort exsangue en quelques minutes. Aucune goutte de sang ne corrobore les allégations de blessures, etc.
Quant à Clément Weill-Raynal, il a évoqué son évolution, de l’indifférence à l’intérêt tardif en 2008, via la méfiance à l’égard des tenants de la mise en scène de l’incident. Il a réalisé de nombreux recoupements dans le cadre de son enquête journalistique, et s’est vu opposer le refus de Jamal al-Dura de répondre à ses questions.

Ce journaliste a soulevé le « problème de la crédibilité de Talal Abu Rahma » qui a « ses secrets » et a déclaré au journal marocain Le Matin, en 2001, qu’il était « venu au journalisme afin de poursuivre la lutte en faveur de son peuple » (3).

Clément Weill-Raynal a listé des contradictions : changement du prénom de l’enfant (« Rami » pendant 48 heures, puis « Mohamed ») dans les dépêches d’agences de presse, heure de la présence d’un enfant palestinien décédé à l’hôpital de Gaza (à « 13 h » selon le médecin palestinien Taweel ou après « 15 h » selon Charles Enderlin ?), etc.

Et de retracer la dégradation de ses relations avec Charles Enderlin dès le début de son enquête : « Tu vas tirer sur ton camp », le prévient le correspondant de France 2 à Jérusalem.

« Un permis de douter » ( Pascale Robert-Diard, Le Monde, 2008)
Avocate de Jamal al-Dura, Me Orly Rezlan s’est attirée les foudres du Président de la cour pour avoir interrompu à plusieurs reprises les prévenus lors de leurs explications.

Elle a fait preuve d’une moindre habileté qu’en première instance, notamment car elle s’est efforcée d’associer les deux prévenus à la Ména et à Philippe Karsenty, pourtant relaxé par cette même Cour en une composition certes différente, et s’est enquis si l’Etat d’Israël finançait les frais de justice du Dr David.

Elle a déploré cette polémique – « Si Jamal al-Dura n’a pas été blessé lors de la fusillade, alors imaginez ce qui est arrivé à son fils… » - s’autoalimentant par des questionnements sans fin, cette « méthode hypercritique qui consiste à multiplier les questions. Personne n’a le temps de répondre à ces questions. Chaque contradiction signifie un mensonge. Cette méthode consiste à mener à la situation où la victime doit se justifier ».

« J’ai des doutes. J’ai des doutes. J’ai des doutes. Mais je m’arrête là. Il n’est pas question de prendre position sur un sujet aussi sensible », a déclaré Jean-François Cormaille de Valbray, avocat général. Et d’asséner : « Chacun dit « Il [Nda : Jamal al-Dura] ment ». Or on lui fait dire ce qu’il ne dit pas » dans la vidéo montrant ses cicatrices.

Jean-François Cormaille de Valbray a stigmatisé « l’imprudence » verbale du Dr David, sans examen de Jamal al-Dura et en se « focalisant sur sa main ». Il s’en est remis à la sagesse de la Cour pour le reste.

Me Alain Jakubowicz, avocat du Dr Yéhuda David, et Me Gilles-William Goldnadel, avocat de Clément Weill-Raynal, ont décortiqué chaque passage incriminé pour en prouver le caractère factuel et descriptif, en démontrer l’absence de tout caractère diffamatoire et souligner la prudence de l’expression, tout en insistant sur la bonne foi de leurs clients et leur absence d’animosité à l’égard du plaignant.

Ils se sont étonnés que Jamal al-Dura ne se soit pas « soumis aux examens et expertises qui auraient pu permettre de faire la lumière sur l’origine de ses blessures ». C’était l’une des missions de la commission d’enquête indépendante composée d’experts acceptée par France 2 qui a fait lanterner le CRIF (Conseil représentatif des institutions juives de France).

Me Alain Jakubowicz a persiflé sur la plainte déposée par Jamal al-Dura à propos d’un article écrit dans une langue qu’il ignore.

Puis, Me Gilles-William Goldnadel a vivement rappelé à la Cour son arrêt, certes rendu dans une formation différente, relaxant Philippe Karsenty en 2008.

Il a insisté sur l’enquête sérieuse de son client et des enjeux du procès : « la possibilité de remettre en question une vérité officielle » et l’existence d’un contre-pouvoir au pouvoir de la presse. Et de citer une jurisprudence constante épargnant aux journalistes toute poursuite judiciaire fondée sur leurs questions lors d’une interview.

Il s’est étonné de la « procuration » donnée par Jamal al-Dura à « France Télévisions et leur correspondant à Jérusalem d’exploiter les rapports médicaux le concernant, devant les tribunaux ou à la télé ou pour tout autre usage approprié » et autorisant « le correspondant à utiliser ces rapports médicaux comme il lui conviendra ».

Me Gilles-William Goldnadel a persiflé sur les incohérences notamment dans le rapport médical jordanien et sur les témoignages « fantaisistes » des cameramen et photographes palestiniens collaborant à de célèbres agences de presse, présents lors de l’incident al-Dura et dont les images de cet incident ont brûlé, été égarées, etc.

Quant à la réponse de Clément Weill-Raynal au droit de réponse de Charles Enderlin, si elle contenait un élément diffamatoire à son encontre, ce serait au correspondant de France 2 à Jérusalem, et non à Jamal al-Dura, d’en poursuivre l’auteur.

« Je ne suis pas un conspirationniste. Je ne suis pas un délinquant. Certains veulent que je sois mis au ban de ma profession. Pour ceux-là, une condamnation serait accueillie par une fête », a soupiré Clément Weill-Raynal.
Quant au Dr Yehuda David, il a conclu sur l’attente du verdict de la Cour par l’Etat d’Israël, le peuple d’Israël et les Palestiniens.
 
L’arrêt de la Cour d’appel de Paris, présidée par Alain Verleene, sera rendu le 15 février 2012. La veille, le 14 février 2012, la Cour de cassation examinera le pourvoi formé par Charles Enderlin et France 2 contre l'arrêt de la Cour d'appel de Paris du 21 mai 2008. Jean Berkani, avocat général auprès de la Cour de cassation, devrait recommander le rejet de ce pourvoi.

Le 15 février 2012, l'arrêt de la Cour d'appel de Paris a condamné le journaliste Clément Weill-Raynal, pour les phrases incriminées dans sa réponse au droit de réponse de Charles Enderlin, à 1 000 euros d'amende avec sursis, 1 000 euros de dommages-intérêts et 6 000 euros de frais de justice. Cet arrêt a aussi relaxé le Dr Yehuda David.

Actualité juive hebdo a alors titré en encadré en bas de sa couverture de son n° 1199 (23 février 2012) sur la « victoire posthume de Serge Benattar », directeur de la publication et fondateur du journal. La quasi-totalité de la page 26 de ce numéro est consacrée à l’affaire al-Dura : « Le DrYehuda David gagne son procès en appel et Serge Benattar (zal) est mis hors de cause » et « Victoire posthume de Serge Benattar », ce titre-ci étant surmonté par « Reconnaissance ». Curieusement, aucun des articles publiés n’informait sur la condamnation du chroniqueur judiciaire du journal !? Clément Weill-Raynal avait été condamné pour sa réponse, écrite à la demande de Serge Benattar, au droit de réponse de Charles Enderlin.

En septembre 2013, la Cour de cassation a cassé sans renvoi l'arrêt de la Cour d'appel de Paris ayant condamné Clément Weill-Raynal et relaxé le Dr Yehouda David. Elle a rejeté le pourvoi de Jamal al-Dura qui portait sur la relaxe du Dr Yehouda David. Elle a retenu l'argumentation de la défense du chroniqueur judiciaire estimant que la cour d'appel n'avait pas tenu compte du "caractère d'intérêt général du sujet traité", alors que, selon l'article 10 de la Convention européenne des droits de l'Homme, "dans le cadre d'un débat d'intérêt général, la liberté d'expression autorise la mise en cause des personnes avec une dose d'exagération et même de provocation qui exclut toute condamnation pour injure ou diffamation publique".

La Cour de cassation a considéré que "le passage incriminé... ne dépassait pas les limites admissibles de la liberté d'expression sur le sujet d'intérêt général constitué par le débat relatif à la couverture par la chaîne France 2 d'un événement ayant eu un retentissement mondial ainsi qu'à l'origine des blessures présentées par M. Al-Dura".

Le 11 septembre 2012, Clément Weill-Raynal a déclaré : "En enquêtant sur cette affaire, je n’ai fait que mon travail de journaliste. Ma seule intention a toujours été de participer à l’établissement de la vérité sur un reportage controversé. Treize ans après les faits, il n’est pas trop tard pour que toute la lumière soit faite sur cette affaire".
 
Une affaire d’Etat
D’une certaine manière, cette procédure judiciaire a affaibli France 2 et Charles Enderlin : le jugement condamnant les prévenus n’a pas mis un terme aux questionnements lors même qu’il portait sur des éléments objectifs – cicatrices de blessures - distincts des images controversées et supposés clore définitivement l’affaire al-Dura. Pis, les audiences et cette décision judiciaire ont rendu publics des documents qui laminent la réalité des faits allégués. De plus, les magistrats de la Cour d’appel ont évoqué les doutes sur les faits allégués sans les présenter comme des élucubrations.

La désinformation ? Clément Weill-Raynal l’a définie comme un mensonge construit sur un élément réel. Mais les exemples qu’il a cités révèlent que cette désinformation peut ne contenir aucun élément réel. Ainsi, un soldat israélien a été présenté par des médias comme menaçant un Palestinien, alors qu’il protégeait l’étudiant Juif américain, Tuvia Grossman, de la violence d’Arabes palestiniens ; en 2002, après un prétendu « massacre » par des soldats israéliens, un Arabe palestinien présumé mort tombe de sa civière, puis y remonte prestement en suscitant la peur des passants, etc. Dans cette guerre médiatique, ce qui est en jeu, c’est aussi l’histoire de ce conflit déformée ou/et occultée par le récit propagandiste palestinien distillé dans des médias, livres d’histoire, documentaires, reportages, bandes dessinées, romans, etc. et gobé par une large partie de l’opinion publique.

« Que ces débats sont longs. Ce n’est pas une affaire d’Etat ! », s’exclame une spectatrice. Pourtant si, il s’agit d’une affaire d’Etat. Et qui perdure car elle sert la « politique arabe » de la France en imposant le narratif palestinien diabolisant l’Etat d’Israël et délitant le lien entre la diaspora Juive et cet Etat diffamé, isolé et marginalisé, en laissant perdurer un blood libel qui attise la haine antisémite dans le monde et en érigeant la France édictrice de paramètres de la paix.

« On n’a jamais décidé de s’emparer de ce sujet-là [Nda : l’affaire al-Dura] de manière forte. Déjà, parce qu’on considère que c’est un sujet qui préoccupe en fait essentiellement la communauté juive. Ce n’est pas un vrai enjeu dans la défense d’Israël pour nous aujourd’hui. Je regrette que la commission qui a été mise en place par France Télévisions n’a jamais abouti à quelque chose de concret. Rester accroché à ce qui s’est passé dans ce reportage vidéo n’est pas le combat essentiel que nous devons mener aujourd’hui, ce n’est pas le plus constructif. Le combat pour défendre l’image d’Israël passe par autre chose que par ressasser cette affaire là », a déclaré Jonathan Hayoun, président de l’UEJF (Union des Etudiants Juifs de France) sur RCJ, « la radio de la communauté Juive » française, le 4 janvier 2012, sans citer de combat « plus constructif ».

Résumons : les autorités israéliennes – Bureau israélien gouvernemental de presse (GPO), Tsahal, etc. –, le CRIF, des journalistes de toutes nationalités luttent pour établir les faits, des historiens et essayistes étudient cette affaire… Ils auraient tout faux !?

L’affaire Dreyfus a débuté en 1894 et pris fin en 1906 par l’arrêt de la Cour de cassation qui a innocenté et réhabilité le capitaine Dreyfus. Jonathan Hayoun ne se serait pas alors battu pour que justice soit rendue à son compatriote et coreligionnaire injustement condamné ?

Foin d’ironie, cette déclaration de Jonathan Hayoun révèle les longues incompréhensions et inactions d’une grande partie du leadership communautaire français – lors d’une réunion publique de candidats à la présidence du CRIF en 2007, seul Richard Prasquier s’était engagé à agir dans cette affaire - à l’égard de cette gravissime affaire aux multiples facettes et à dimension internationale.
Enfin, malgré les doutes argumentés, malgré les brèches délitant le bien-fondé d’allégations de ce reportage, malgré les incohérences et contradictions de Charles Enderlin, de Talal Abu Rahma et des images analysées au fil des années, malgré le sévère arrêt de la Cour d’appel de Paris du 21 mai 2008 tançant sévèrement France 2 et Charles Enderlin, malgré la condamnation de Canal + et de TAC Presse - confirmée en appel le 5 janvier 2012 - pour diffamation à l’égard de Philippe Karsenty, France 2 n’infléchit pas sa position. Sans que nulle autorité publique – ministère de la Culture et de la Communication, Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA), etc. - ne lui rappelle des impératifs déontologiques ou ne la sanctionne.

« Existerait-t-il une sorte de spécificité du service public de l’information nationale (…) qui ferait que, non content de ne pas méditer les erreurs du passé, il se sentirait en droit, sinon en devoir, de les réitérer sans fin ? », interroge Me Gilles-William Goldnadel, le 6 janvier 2012, à propos du numéro controversé Un Etat palestinien est-il encore possible ? de l’émission Un œil sur la planète diffusé le 3 octobre 2011 par France 2.

(1) J’ai collaboré comme journaliste à Actualité juive et à la Mena
(2) Le professeur Raphael Walden milite au sein de l'association pro-palestinienne Doctors for Human Rights (Médecins pour les droits de l'homme). Il est aussi le gendre du président Shimon Peres.
(3) Richard Landes souligne la spécificité des « journalistes islamiques » respectant la Charte des médias islamiques de grande diffusion (Jakarta, 1980), listant des règles distinctes des principes déontologiques journalistiques des Occidentaux : Al-Dura and the "Public Secret" of Middle East Journalism, 11 novembre 2007. En français Al-Dura et le secret d’intérêt public du journalisme du Moyen-Orient et l’information qu’on nous donne, traduction de Menahem Macina.

Cet article a été publié le 11 janvier 2012 et le 1er mai 2013 alors que Clément Weill-Raynal, chroniqueur judiciaire sur France 3, a exercé son travail de journaliste en filmant l'indigne "mur des cons" affiché par le  Syndicat de la magistrature. Tout comme il a agi en journaliste dans l'affaire (a)l-Dura. Le 6 mai 2013, une pétition de soutien au journaliste et réclamant que France 3 abandonne ses menaces de sanction à son égard a recueilli plus de 1 630 signatures en quelques heures... Il a été modifié le 12 septembre 2013.

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jeudi 1 août 2013

La Commission israélienne pour les générations futures

 
Nathalie Kosciusko-Morizet, candidate UMP à la Mairie de Paris, séjourne en Israël où elle s'intéresse aux nouvelles technologies et aux réponses de municipalités israéliennes à des problèmes urbains.
 
En mars 2001, la Knesset  (Parlement israélien) a créé une Commission pour les générations futures  présidée par le juge Shlomo Shoham. Cette institution consultative et propositionnelle unique au monde est dotée de pouvoirs larges afin de préserver l’avenir. La France et le Conseil de l’Europe songent en 2002 à se doter d’un tel organisme.
 
 
C’est en son sein que la Knesset  a placé une institution « ayant une vue d’ensemble des questions législatives pour en évaluer l’éventuel impact négatif sur les besoins et les droits des générations futures et trouver le moyen de contourner le problème ».

A l’origine : une proposition de loi de Joseph Lapid, présentée en octobre 2000, et promulguée en mars 2001.

Israël, « phare des Nations »
Cette Commission pour les générations futures  donne son avis sur les projets et propositions de loi ainsi que les règlements intéressant les générations futures.


Le but : « évaluer l’éventuel impact négatif sur les besoins et les droits des générations futures et trouver le moyen de contourner le problème ».

Cette Commission fait « occasionnellement des recommandations au Parlement et conseille les membres du Parlement sur des questions présentant un intérêt particulier pour les générations futures ».
Les domaines où elle a autorité ? « L’environnement, les ressources naturelles, la science, le développement, l’éducation, la santé, l’économie publique, la démographie, la planification et la construction, la qualité de vie, la technologie et le domaine juridique ».

Et ce champs d’action déjà large peut être augmenté par l’action de la Commission constitutionnelle des lois.

La Commission est dirigée par un Commissaire, « choisi par une commission parlementaire ad hoc et nommé par le président du Parlement ».

Le Commissaire constitue un Conseil public composé de scientifiques et d’intellectuels experts dans plusieurs domaines et dans l’analyse prospective, ainsi que de responsables religieux et de diverses personnalités publiques.

Il est aussi chargé de mener des actions de sensibilisation à la prospective auprès du public.

Premier Commissaire pour les générations futures, le juge Shlomo Shoham  est un expert de la procédure législative au parlement comme conseiller juridique de la Commission constitutionnelle, des lois et de la justice.

Le Commissaire peut demander toute information jugée pertinente à la Knesset et aux institutions ou organes soumis à l’inspection du Contrôleur d’Etat, et est aidé par un Conseil public composé des meilleurs experts.

Il a notamment favorisé des projets de loi sur la sauvegarde de l’environnement, privilégiant la construction de tunnels à celle de routes, préservant la côte méditerranéenne, mieux gérer le problème de l’eau, suggéré une réforme des « mécanismes de planification et construction nationale ».

C’est lors du Sommet Mondial pour le Développement Durable à Johannesburg (26 août-4 septembre 2002) que Shlomo Shoham a rencontré des parlementaires français qui ont été enthousiasmés.

Les 16-17 décembre 2002, M. Shoham et Martti Tiuri, Président de la Commission des générations futures au sein du Parlement de Finlande ont été auditionné par la Commission de l'environnement, de l'agriculture et des questions territoriales de l'Assemblée du Conseil de l’Europe. Il a aussi dialogué avec Nathalie Kosciusko-Morizet député (UMP) de l’Essonne, et le sénateur de l’Orne et membre du Conseil de l’Europe, Daniel Goulet  (UMP). Nathalie Milszpein, suppléante de M. Goulet, précise que cette institution est bienvenue car les politiciens sont souvent sollicités ou intéressés par des objectifs à court terme. Avant d’ajouter que l’on ne peut guère soupçonner M. Goulet de manquer d’objectivité : ce parlementaire est président du groupe sénatorial d’amitié France-Palestine.
 
Un modèle pour l’Europe
Cela suppose une réflexion sur les modalités d’intégrations d’une telle Commission dans le système institutionnel français. Au Conseil de l’Europe, cette institution serait vraisemblablement « transversale », non rattachée à une direction spécifique. Plusieurs voies s’offrent aux Parlementaires, dont la proposition de loi.

C’est tout à l’honneur d’Israël, malgré l’Intifada II, malgré la crise économique, malgré les scandales politiques, d’avoir su concevoir une telle Commission. « Alors imaginez ce qu’Israël pourrait faire sans tous ces graves problèmes qui l’assaillent... », Yitzhak Eldan, ambassadeur de ce pays auprès du Conseil de l’Europe.

Cette institution a été supprimée par l'Etat d'Israël.
 

 
Articles sur ce blog :
Shoah (Holocaust)
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Cet article a été publié le 22 février 2013 après l'annonce de la candidature deNathalie Kosciusko-Morizet à la Mairie de Paris.