Citations

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« Notre métier n’est pas de faire plaisir, non plus de faire du tort. Il est de porter la plume dans la plaie. » (Albert Londres)
« Le plus difficile n'est pas de dire ce que l'on voit, mais d'accepter de voir ce que l'on voit. » (Charles Péguy)

vendredi 19 juillet 2013

Condamné pour diffamation à payer 11 002 €, Philippe Karsenty s'est pourvu en cassation


Le 26 juin 2013, la Chambre 7 du Pôle 2 de la Cour d’appel de Paris a confirmé le jugement de la XVIIe chambre du tribunal correctionnel de Paris ayant condamné le 19 octobre 2006 Philippe Karsenty, directeur de Media-Ratings et maire-adjoint de Neuilly, pour avoir diffamé France Télévisions et Charles Enderlin, correspondant de France 2 à Jérusalem, en qualifiant, en novembre 2004, notamment d’« imposture médiatique » le reportage controversé sur « la mort de Mohamed al-Dura » diffusé au JT de France 2 le 30 septembre 2000. Philippe Karsenty a formé un pourvoi en cassation contre cet arrêt. En mars 2015, la Cour de cassation a rejeté son pourvoi."L’arrêt tient en une ligne : le pourvoi a été rejeté car il a été déposé trop tard. Selon l’étrange jurisprudence de la Cour de cassation française, j’aurais dû déposer mon pourvoi avant même d’avoir pris connaissance de l’arrêt de la Cour d’appel de Paris qui refusait de me donner accès au contenu de l’arrêt du 26 juin 2013", a déclaré Philippe Karsenty le 8 mars 2016.


La Cour d’appel de Paris va-t-elle rendre son délibéré ou le reporter de nouveau ? Va-t-elle confirmer ou infirmer le jugement de la XVIIe chambre du Tribunal correctionnel de Paris en date du 19 octobre 2006 et condamnant Philippe Karsenty à une amende de 1 000 euros, à verser un euro de dommages intérêts à chaque partie civile, et à la chaîne publique et à son journaliste ensemble 3 000 euros au titre de l’article 475-1 du code de procédure pénale (frais de justice) ? Telles étaient les questions qui taraudent les parties à ce procès et les journalistes venus assister à l’audience devant la Cour en ce 26 juin 2013 ensoleillé.

Philippe Karsenty condamné
Vers 13 h 48, les trois magistrats composant cette Cour d’appel de Paris entrent dans une salle emplie de justiciables et de journalistes.

Président de la Cour, Jacques Laylavoix semble métamorphosé. On peine à le reconnaître. Finis le regard fuyant et la gestuelle dénotant une certaine gêne. Le ton assuré, légèrement pressé, Jacques Laylavoix ouvre des chemises cartonnées correspondant à des affaires. Annonce les parties au procès. Oublie une fois de lire le délibéré de la Cour d'appel. Enchaine sur d’autres dossiers dont il livre l’arrêt de la Cour.

Rapidement, Jacques Laylavoix arrive au dossier Charles Enderlin et France Télévisions contre Philippe Karsenty.

Lentement, observant de brefs silences entre chaque élément de la décision judiciaire, il livre l’arrêt de la Cour qui « confirme le jugement déféré en toutes ses dispositions, déclare irrecevable la demande des parties civiles tendant à voir ordonner la publication d’un communiqué judiciaire », condamne le prévenu à payer à ces dernières 7 000 € au titre de l’article 475-1 du Code de procédure pénale, et rejette toutes les autres demandes.

Outre les deux euros correspondant à l'indemnisation au titre de la diffamation, Philippe Karsenty devra donc verser aux plaignants 10 000 € au titre de leurs frais judiciaires : 3 000 € correspondant à la condamnation du TGI plus 7 000 € ordonnés par la Cour d’appel. Quand on sait la faiblesse des sommes allouées par la justice au titre des frais judiciaires de justiciables lambda - 0 €-1 500 € -, surtout quand ils sont pauvres, qu'ils ont consacré beaucoup de temps à leurs dossiers et que leurs droits ont été gravement bafoués, et compte tenu que la plaidoirie des plaignants devant la Cour d'appel en 2013 était quasi-identique à celle devant la Cour d'appel en 2008, on peut raisonnablement en déduire que la Cour a voulu "assommer" financièrement, punir durement et décourager moralement Philippe Karsenty, ainsi qu'intimider et dissuader tous les impudents qui oseraient affirmer la mise en scène du reportage controversé.

Satisfaite, Me Bénédicte Amblard, avocate de France Télévisions et de Charles Enderlin, s’éloigne pour téléphoner vraisemblablement à ses clients. Elle déclinera ma demande d’un commentaire.

Calme, Philippe Karsenty sort de la salle d’audience. Ignorant la motivation de la Cour faute de copie de l’arrêt de la Cour, il déclare aux journalistes, français (AFP) et étrangers (Jewish News One, al-Jazeera) : « Deux reports de délibéré pour me condamner. La Cour a beaucoup réfléchi. Je sais que la vérité est en marche. Mon objectif n'est pas de continuer le combat sur le terrain judiciaire : après ma relaxe par la Cour d’appel de Paris le 21 mai 2008[4], Le Nouvel Observateur a publié le 4 juin 2008 la pétition Pour Charles Enderlin. Et de nombreuses personnalités ont refusé d’intervenir dans cette affaire en prétextant cette procédure judiciaire… Ce reportage a été bidonné du début jusqu'à la fin. On le sait, tout le monde le sait. Mon seul combat, c'est la vérité », notamment celle véhiculée par les « livres d’histoire ».

Commentaires des parties
Interviewé le soir-même sur Radio Shalom, une des quatre radios de la fréquence Juive francilienne, par Bernard Abouaf, directeur de l’information de cette station, Philippe Karsenty a explicité sa position : « La procédure judiciaire était un outil pour contraindre France 2 à présenter ses preuves. France 2 n’en a pas. La vérité est en marche. Elle a fait une pause-étape avec cet arrêt de la Cour me condamnant. Rien ne pourra l’arrêter. Nous continuerons le combat. La logique voudrait que je ne me pourvois pas en cassation, mais ma logique à moi, non ».

Quelques jours plus tard, après avoir pris connaissance de l’arrêt de la Cour d’appel, Philippe Karsenty s’est pourvu en cassation. Selon divers avocats, les moyens à l’appui de son pourvoi sont sérieux.

Et Philippe Karsenty d’ajouter sur Radio Shalom : « Je suis déçu, inquiet pour la démocratie française. C’est un jour sombre pour l’affaire al-Dura, pour la démocratie et pour la liberté d’expression… Rien ne peut contraindre [France Télévisions et Charles Enderlin] à reconnaître la vérité par la justice. Tous les corps intermédiaires – les échelons politique, médiatique, judiciaire - couvrent ce mensonge. Si le Président de la République est sincère dans sa volonté de lutter contre l’antisémitisme et contre l’islamisme radical, il faut révéler la vérité ».

Favorable à « une commission d’enquête honnête et transparente, à l’examen des cicatrices sur le corps de Jamal al-Dura à l’hôpital Percy où a été hospitalisé Arafat », Philippe Karsenty a estimé non probante la proposition de Jamal al-Dura visant l’« exhumation d’un enfant » enterré dans la bande de Gaza..

Sur RCJ, radio francilienne du FSJU (Fonds social juif unifié), il a affirmé songer à quitter la France pour poursuivre ailleurs son combat.

Dans un communiqué du 26 juin 2013, « Charles Enderlin et France Télévisions se félicitent de cette décision qui après des années de procès vient sanctionner une atteinte grave à l'honneur d'un journaliste ». Une atteinte indemnisée, certes par une amende de 1 000 euros, mais par un seul euro de dommages et intérêts à chaque partie civile ! Et ces parties civiles d’ajouter : « Par-delà la reconnaissance apportée à un journaliste et à une entreprise, c'est aussi celle de tous ceux qui font le métier d'informer avec professionnalisme ». Or, l’arrêt de la Cour ne dit rien de tout cela. Ce que prédisait dès le 28 mai 2013, le groupe télévisuel public rappelant que le futur arrêt « ne portera pas sur la véracité des accusations… mais uniquement sur la question de [la] bonne foi [de Philippe Karsenty] au jour où il a prononcé ces propos ».

Selon Charles Enderlin, « la cour d'appel (...) a contredit l'intégralité [des] affirmations [de M. Karsenty]. Contrairement à ce qu'il déclare, sa vérité n'a pas été établie. En outre, il n'a pas été considéré de bonne foi ». Mais, comment Charles Enderlin pouvait-il affirmer tout cela le 26 juin 2013, alors que l’arrêt n’avait pas été rendu public et portait uniquement sur la question juridique de la diffamation ? Quelle est cette justice française qui reporte son délibéré à deux reprises, met cinq mois à livrer oralement sa décision, mais ne communique pas son arrêt à la partie condamnée et occulte ainsi sa motivation ? Philippe Karsenty a évoqué le contenu de cet arrêt le… 5 juillet 2013.

Le 28 juin 2013, Charles Enderlin a publié sur son blog Les tenants de la théorie... [du complot]. Il répondait à Luc Rosenzweig, auteur de l’article Trop de droit peut-il tuer le droit ? dans lequel il fait remonter les cicatrices de Jamal al-Dura non à l’incident du 30 septembre 2000, mais à une « rixe à Gaza en 1992 ». Charles Enderlin s'est lancé dans une « démonstration » non convaincante malgré ses citations de médecins et de certificats médicaux jordaniens : au printemps 2011, j’ai relevé les contradictions et incohérences relatives à ces cicatrices et textes médicaux présentés devant le TGI de Paris. Reductio ad Hitlerum ? Charles Enderlin a évoqué l’interdiction d’entrée en Grande-Bretagne de Pamela Geller, « l’activiste anti-islamique » et « « un des grands soutiens de Philippe Karsenty », par la Grande-Bretagne. Cette interdiction est choquante. D’autant que ce pays démocratique accepte l’entrée de son territoire à des extrémistes : Aleida Guevara, le saoudien antisémite Muhammad al-Arifi, etc.

Le 2 juillet 2013, Charles Enderlin a affirmé à TV Magazine : « Entre le fantasme et la réalité, seule la réalité compte ». Où est la réalité dans ce reportage qui suscite tant de questionnements, et a fait l'objet de déclarations contradictoires du cameraman palestinien de France 2, Talal Abu Rahma ? La version la plus récente de celui-ci différant de celles de Charles Enderlin et d'Arlette Chabot, alors directrice de l'information de France 2.

Attentisme
La condamnation de Philippe Karsenty a reçu un large écho à l’international et en France.

La couverture par les médias Juifs français  ? Radio J a interviewé Stéphane Juffa, rédacteur en chef de la Métula News Agency (Ména), qui a mené l’enquête après Nahum Shahaf les menant tous deux à la conclusion de la mise en scène des faits allégués par ce reportage. Dans sa tribune radiophonique du 27 juin 2013 sur Judaïques FM, Me Théo Klein, ancien président du CRIF, a évoqué cette affaire, en commettant des erreurs factuelles, et sans prononcer les noms de Philippe Karsenty et de Charles Enderlin. A noter l’incompréhension grave initiale d’Actualité juive, hebdomadaire incontournable de la communauté Juive française, sur la décision de la Cour. On ne peut que regretter qu’Ilana Cicurel n’ait pas interrogé sur RCJ Olivier Schrameck, président du CSA (Conseil supérieur de l'audiovisuel) sur l’affaire al-Dura. Ce Conseil est pourtant chargé d’« assurer le respect des obligations des chaines" notamment dans le domaine de l'"honnêteté de l'information », et a refusé d'intervenir dans cette affaire ainsi que dans l'affaire liée au refus jusqu'en juin 2011 de France Télévisions d'inclure Guilad Shalit dans son décompte des otages français dans le monde. Deux refus du CSA qui contrastent avec ses interventions sévères et rapides lorsque le journaliste Eric Zemmour, en juin 2010, a évoqué la part des "Noirs et des Arabes" dans le nombre de trafiquants ou lorsque le journaliste Christophe Hondelatte s'est interrogé le 17 février 2013, sur la chaine Numéro 203 : L'islam est-il soluble dans la république ?

Curieusement, alors que les sites Internet en français et en anglais d'I24News, nouvelle chaine israélienne d'informations, ont publié le 17 juillet 2013 l'article d'Adi Schwartz Finissons-en avec le syndrome al-Dura, le site en arabe de cette chaine ne l'a pas mis en ligne. Pourtant, Frank Melloul, PDG d'I24News, a écrit le 18 juillet 2013 :
"La mission d’i24news est de couvrir l’actualité internationale avec un nouveau regard celui de la société israélienne dans toutes ses composantes... En anglais, en français et en arabe, i24news a vocation à faire entendre une autre voix qui émane du Moyen-Orient avec pour fil conducteur : indépendance, ouverture sur le monde et proximité. Dans une unique newsroom, près de 150 journalistes de nationalités et de confessions différentes produisent ensemble le même contenu”.  
Alors que la série arabe antisémite Khaybar est diffusée par les chaines arabes lors de ce Ramadan 2013, alors que le public arabophone est un cœur de cible essentiel d'I24News, on ne comprend  pas l'absence de traduction en arabe de cet article d'Adi Schwartz soulignant le rôle du reportage controversé dans la propagande anti-israélienne. Sujet tabou pour les Arabophones ? Absence ou insuffisance de contrôle de la direction de la chaine sur son site en arabe ? Erreur de casting dans le choix du responsable de ce site dont le nom n'est pas indiqué par I24News ? Taqiya de celui-ci ?

Le 28 juillet 2013, Frank Melloul m'a indiqué que cet article avait été publié en arabe sur i24News. Effectivement, cet article a été mis en ligne le 27 juillet 2013. Mieux vaut tard que jamais. J'ai demandé à Frank Melloul les "raisons de ce retard ? Si je n'avais pas relevé cet "oubli", cet article aurait-il été traduit ? Pourquoi certains articles sont-ils immédiatement traduits en arabe, et d'autres non ?" Je lui ai aussi signalé d'autres articles non traduits en arabe : "La libération des terroristes, un sujet à haut risque", un des deux articles d'Emmanuel Navon, etc." Et j'ai conclus : "Ce qui est gênant, c'est que les articles non "politiquement corrects" ne sont généralement pas traduits en arabe, et que c'est moi, et non quelqu'un de la rédaction qui le relève. Pourquoi ?"

Le CRIF (Conseil représentatif des institutions juives de France) n’a pas réagi à cet arrêt par un communiqué. Le 26 juin 2013, il a publié sur son site Internet Affaire Al-Dura : le temps de la vérité. France Télévisions doit enfin réagir avec responsabilité, de Richard Prasquier, président d’honneur de cette institution. Celui-ci concluait :
« Compte tenu de son impact mondial et persistant, le dossier Al-Dura doit être rouvert et traité de façon transparente. Si France 2 ne s’y résignait pas, ce serait alors à l’échelon politique, à l’Etat français, de prendre ses responsabilités : on ne peut affirmer vouloir lutter contre l’antisémitisme en France et contre l’islam radical dans le monde si on ne l’attaque pas à la racine, la propagande de haine nourrie par des images meurtrières, probablement mensongères ».
 Le n°1261 (4 juillet 2013) d'Actualité Juive a publié un article sur la rencontre peu avant l'assemblée générale du CRIF du 30 juin 2013, de Roger Cukierman, élu le 26 mai 2013 président de cette organisation française Juive, avec la presse juive. Auteur de cet article, Pierre Assouline ne mentionne pas l'affaire al-Dura. Pourquoi ? Roger Cukierman aurait éludé ce sujet ? Ou aucun représentant de la presse juive ne l'aurait questionné sur cette affaire ? Le communiqué du 28 juillet 2013 sur la rencontre entre Roger Cukierman et le Président de la République François Hollande, n’évoque pas cette affaire. Or, dans son autobiographie Ni fiers ni dominateurs (2008), Roger Cukierman a écrit :
« A propos de France 2, je m’en veux aujourd’hui de ne pas être intervenu plus activement dans l’affaire du petit Mohamed… J’aurais du persister car les conséquences de cette affaire ont été lourdes… Cette affaire n’est pas terminée. Vu la gravité des accusations portées contre le journaliste Charles Enderlin, il importe que toute la vérité soit établie ».
Quant à l’American Jewish Committe-France, il est resté silencieux sur cette affaire. Comme d'habitude...

Par contre, la condamnation de Philippe Karsenty a été saluée par le Hamas, le site Altermonde-sans-frontiere et Ouri Wesoly du belge CCLJ (Centre communautaire laïc Juif). Celui-ci a écrit le 28 juin 2013 : « Le jugement est lapidaire : oui, Philippe Karsenty a diffamé Charles Enderlin en prétendant que son reportage de septembre 2000 était une « supercherie ». Et non, Karsenty n’a pas « agi de bonne foi ». Moyennant quoi, il est condamné à 7.000 € de dommages-intérêts. Tel est le verdict qu’a rendu ce 26 juin, la Cour d’appel de Paris et qui clôture le procès en diffamation ». Qu’en sait Ouri Wesoly ? Comment peut-il, deux jours après le délibéré, citer entre guillemets un arrêt non communiqué à Philippe Karsenty, pourtant partie au procès ?

A ceux qui allèguent qu’une procédure judiciaire empêche toute intervention politique dans une affaire, l’affaire Cahuzac apporte un démenti cinglant : ancien ministre socialiste du Budget et ancien député, détenteur d’un compte bancaire non déclaré notamment en Suisse, Jérôme Cahuzac a été et sera auditionné par la commission d'enquête de l’Assemblée nationale sur la gestion par le gouvernement Ayrault de l'affaire Cahuzac, et parallèlement, il est entendu par les juges Roger Le Loire et Renaud Van Ruymbeke qui mènent « les investigations dans le cadre de l'information judiciaire ouverte par le parquet de Paris dans le dossier de Jérôme Cahuzac, notamment pour blanchiment de fraude fiscale ». Dans l’affaire al-Dura, la procédure judiciaire vise la diffamation, et une commission d’enquête concernerait l’authenticité des faits allégués par le reportage de France 2.

Au soir de ce 26 juin 2013, quelques heures après le prononcé de la condamnation de Philippe Karsenty, lors du « débat » à l’Ecole des Beaux-arts de Paris sur la liberté de création suscité par la polémique autour de l'exposition d'Ahlam Shibli au Jeu de Paume, Marie-José Mondzain, philosophe et spécialiste de l’art et des images, a nié que les images tuent. Pourtant, n’est-ce pas pour « venger les enfants palestiniens » que Mohamed Merah a assassiné quatre Juifs franco-israéliens à Toulouse le 19 mars 2012 ? N’est-ce pas l’image des « al-Dura » qui figure sur la vidéo de l’égorgement du journaliste américain Juif Daniel Pearl ?

Extraits de la tribune de Affaire Al-Dura : le temps de la vérité. France Télévisions doit enfin réagir avec responsabilité de Richard Prasquier publiée par Causeur

 « Il y a une affaire Al-Dura, controverse sur l’authenticité des images présentées le 30 septembre 2000. Il y a un silence Al-Dura, une sorte d’omerta condamnant à l’ostracisme médiatique ceux qui pensaient mal et mettaient en doute la version officielle de France 2, tout en les attaquant ad hominem et les qualifiant de conspirationnistes extrémistes ultra sionistes. En France, le débat est ainsi verrouillé. Mais dans la presse américaine, le terme de « hoax » (montage) est communément utilisé. Il y a aussi une mythologie Al-Dura, génératrice de haine. Plusieurs contre-enquêtes ont déjà été effectuées. D’autres sont encore possibles grâce aux images détenues, aux experts mobilisables en balistique, chirurgie de guerre et analyse des images. Que ces enquêtes techniques soient neutres et internationales pour leur donner plus de poids. Compte tenu de son impact mondial et persistant, le dossier Al-Dura doit être rouvert et traité de façon transparente. Si France 2 ne s’y résignait pas, ce serait alors à l’échelon politique, à l’Etat français, de prendre ses responsabilités : on ne peut affirmer vouloir lutter contre l’antisémitisme en France et contre l’islam radical dans le monde si on ne l’attaque pas à la racine, la propagande de haine nourrie par des images meurtrières, probablement mensongères ».


Extraits de la tribune de Me Théo Klein, ancien président du CRIF, le 27 juin 2013 sur Judaïques FM

Le 27 juin 2013, sur Judaïques FM, radio de la fréquence juive francilienne, Me Théo Klein, ancien président du CRIF, a évoqué, sans prononcer le nom de Philippe Karsenty, « une affaire qui date… du premier soir de la deuxième Intifada ; il y a eu dans la bande de Gaza des confrontations… Quelques années après… il y a eu une contestation… qui met en cause un journaliste de la radio... dans des conditions qui sont parfaitement stupides à mes yeux parce que personne, et notamment pas les personnes qui le contestent, n’a pu à cette époque-là contrôler mieux qu’il ne pouvait le faire lui-même les évènements qui se sont spontanément dérouler sans qu’il y ait eu auparavant quoi que ce soit qui pouvait les annoncer ou même les faire comprendre. Il y a comme cela dans la vie de notre société… des évènements… qui prennent des tournures inattendues, et qui sont nourris par une certaine mauvaise volonté, ou peut-être pour eux une bonne volonté de faire apparaître une vérité qui leur échappe et qui nous échappera d’ailleurs forcément puisque nous n’avons pas les éléments pour la reconstituer... Il faut dans la vie parfois faire confiance à ceux qui exercent une tache difficile… généralement dans une improvisation nécessaire puisqu’ils sont appelés à parler des évènements au moment même où ils se provoquent, et donc peuvent éventuellement, et je ne crois pas que cela ait été le cas en l’occurrence, mais cela peut être le cas pour n’importe quel journaliste… provoquer une réflexion qui historiquement pourrait paraitre ne pas avoir été totalement exacte. Mais qui peut critiquer celui qui confronté à l’évènement réagit à cet évènement au moment où il se produit ? Il est plus facile quelques années plus tard, lorsque l’histoire a été écrite, qu’elle a été vérifiée, qu’elle a été authentifiée. On peut évidemment toujours critiquer celui qui sur le champ a réagi, a pensé que l’évènement avait un certain retentissement, et a pu éventuellement de très bonne foi se tromper. Je regrette qu’il y ait dans cette communauté juive, en France en particulier, des personnalités… qui ne sont justement pas de bonnes personnalités, qui essaient de nourrir leurs propos et de nourrir leur propagande en vue d’élections, qu’ils gagnent ou qu’ils ne gagnent pas, et qui de ce fait, maltraitent d’autres personnes, leur cause des difficultés, des désagréments qui sont à la fois inutiles, stupides et malsains ».


A lire sur ce blog :

Publié le 19 juillet 2013, cet article a été modifié le 28 juillet 2013.

Les inquiets. Yael Bartana, Omer Fast, Rabih Mroué, Ahlam Shibli, Akram Zaatari. 5 artistes sous la pression de la guerre

En 2008, le Centre Pompidou a présenté l’exposition éponyme assortie d’un catalogue et d'un dépliant gracieusement mis à la disposition du public, tous trois partiaux et problématiques notamment par leur terminologie biaisée, le mélange de fiction et de réalité, etc. Les œuvres – vidéos, installation et photographies - de cinq jeunes artistes – les Israéliens Yael Bartana, Omer Fast et Ahlam Shibli, les libanais Rabih Mroué et Akram Zaatari – portent sur les « questions liées à la guerre au Moyen-Orient ».
Cette exposition  au Centre Pompidou (13 février-19 mai 2008), dont la directrice générale était alors Agnès Saal, son catalogue et le document distribué gratuitement au public partiaux suscitent souvent l’ennui, choquent par des vocables choquants, génère un malaise persistant et des questionnements en raison notamment du décalage entre les affirmations, les réalisations et leur perception, entre les œuvres choisies ou commandées et les textes les décrivant.

Cinq jeunes artistes, vidéastes et photographes, « ont en commun un sentiment d'implication personnelle face aux questions liées à la guerre au Moyen-Orient [Nda : laquelle ?]. Ils sont capables de traduire l’oppression du conflit à l’aide d’un langage alternatif, en analysant ses causes et ses origines, dans une réflexion sur les méthodes de sa représentation ». On cherche vainement ces analyses…

Certains de ces artistes israéliens vivent hors d’Israël : Yael Bartana est née en Israël et habite à Amsterdam, Omar Fast a vu le jour à Jérusalem, a grandi à New York et réside à Berlin.

« Toutes les généralisations et les tentatives de relier les partis opposés dans le conflit du Moyen-Orient manquant de légitimité, une appréhension subjective semble la plus à même de relever le défi de cette représentation. De cette situation découle le titre – Les inquiets –, celui d'un roman de l'écrivain israélien d'origine polonaise Leo Lipski, Niespokojni (Les Inquiets), dans lequel l'auteur décrit la situation d'artistes qui, grâce à leur hypersensibilité ont pressenti, à la veille de la Seconde Guerre mondiale, l'horreur imminente ». Ne doit-on pas se garder des amalgames ?

Née en 1970, Yael Bartana « montre Low Relief (2004), une quadruple projection vidéo en longueur formant un bas-relief d'images mobiles. Ces images trafiquées digitalement donnent l'impression que les personnages appartiennent à une formation militaire. Le spectateur est invité à observer cette démonstration militaire mais on ne peut dire s'il s'agit d'un discours pour la paix, pour l'environnement ou pour autre chose encore. Cette œuvre peut être interprétée comme une métaphore de la vie en Israël où il est difficile d'éviter les références politiques et la réalité militaire ». Quelles références ? Mystère.

Dans son installation Casting (2007), Omer Fast né en 1972 filme un acteur contant des faits pénibles. Il « étudie l'impact du spectacle télévisé de la guerre. « Casting fictif ou réel pour un documentaire, Fast mène des entretiens avec des soldats américains ayant participé aux opérations en Irak. Les visages de l'artiste et du participant sont en permanence à l'écran. Nous ne saurons jamais si les différents intervenants évoquent des événements réels ou si nous sommes dans le domaine de la fiction ».

Né en 1967, Rabih Mroué « propose une vidéo Three Posters (2003) dans laquelle il questionne la possibilité de représenter un événement aussi dramatique que le suicide d'un martyr. À partir de bandes vidéo trouvées dans les années 80 au sein des bureaux du Parti Communiste Libanais, Mroué reconstitue le témoignage d'un martyr. Le visionnage de cette reconstitution entraine de nombreuses questions à propos de la transformation graduelle de l'idéologie sous-jacente des combattants d'abord de gauche puis Islamistes, à propos des politiques qui envoient les martyrs à la mort et enfin, à propos de l'influence de tout cela sur la vie d'un artiste et sa capacité à le représenter ». Il s’agit en fait d’un terroriste communiste qui s’est fait exploser parmi des soldats israéliens au sud-Liban. Qualifier un terroriste de « martyr » est pour le moins choquant, et n’est pas neutre, tout comme l’indifférence de l’artiste pour les victimes israéliennes.

A tort, le Centre Pompidou présente Ahlam Shibli comme « palestinienne », alors qu'elle est une Bédouine israélienne. Née en 1970, Ahlam Shibli présente des « photographies récentes prises dans le village d'Al-Shibli. Capturant tous les détails topographiques, les vestiges historiques et les détails caractéristiques du quotidien de son village natal, Ahlam Shibli tente de reconstituer l'impact de l'histoire sur notre présent. La plupart des habitants sont enfuis durant la guerre de 1948, ils ont tout quitté pour une vie d'insécurité, incertains de leur nouveau rôle et de leur futur ». Ahlam Shibli  a déclaré : « Avant la création d'Israël, les villages portaient leur nom d'origine, des noms de lieu et non de famille. Certains ont dû changer de nom au moment de la création de l'Etat d'Israël. Mon village est devenu Arab al-Shibli. Quand le village juif voisin a commencé à se développer, l'Etat juif a donné des terres du village palestinien à l'implantation juive. Ces changements - le déplacement vers la montage loin de ses terres et le changement de nom - ont encore une influence sur le village aujourd'hui ». Et d'ajouter : « Dans mon village, les gens craignent de parler de peur que l'Etat israélien ne les punisse en ne délivrant pas un permis de construire ou en ne donnant pas de travail à leurs enfants. A cause de la peur, ils refusent de raconter ce qui s'est passé. Pour moi, on a le choix entre deux options : se battre pour la liberté avec un fusil ou avec son cerveau ». Selon le Centre Pompidou alors présidé par Alain Seban, ces photographies « n'évoquent pas tant la violence que la faiblesse et la complexité des relations humaines ». Des clichés de faible intérêt, sans explication sur la cause de la fuite de ces villageois : incitation de leurs frères arabes ? Quid des réfugiés juifs des pays arabes; de Turquie et d'Iran ? Avec perspicacité, Laurent Boudier (Télérama, 15 mars 2008) écrit : « Ahlam Shibli a choisi les images pour armes. Ses clichés de paysages vides et de nature à la végétation rase peuvent paraître bien communs à bon nombre d'artistes contemporains ». Et de poursuivre : « Mais cette recherche à la limite du sentiment déprimant et du constat documentaire est plutôt une tentative pour raconter l'histoire de son village natal, Al-Shibli, du déplacement de ses habitants de la vallée vers la montagne, et pour approcher, par là, la complexité des relations humaines dans le chaudron du Moyen-Orient ».

Enfin, Akram Zaatari, né en 1966 à Sidon (Liban), a co-fondé la Fondation arabe pour l'image (FAI). Pour l'exposition il a filmé un abscons plan séquence deux hommes dont l’un coud, et l’autre semble préparer un engin explosif. Un texte indique : « un vieux résistant libanais se trouve de nouveau face à son uniforme qu'il prend lentement en mains, nettoie méticuleusement et essaie. En se réappropriant son uniforme l'homme reprend son identité de soldat. Le travail d'Akram Zaatari aborde la question fondamentale de ce qui fait l'histoire et comment les différentes vérités sont divulguées et déguisées à travers la production et la circulation d'images. Dans ce sens, Zaatari reflète les différentes représentations de la guerre, soulignant les dimensions émotionnelles et esthétiques, cherchant une place dans la société comme une personne hypersensible ». Ce « vieux résistant libanais » résistait à quoi ?

Finalement, cette exposition, dont la commissaire est Joanna Mytkowska, conservatrice au Musée national d’art moderne (MNAM) assistée de Anna Hiddleston, attachée de conservation, révèle la faible différence entre la bombe humaine communiste et celle islamiste, l’indifférence d’artistes à l’égard des Israéliens Juifs. Pire : ceux-ci sont absents de ces « œuvres ». La guerre, c’est aussi l’angoisse, la peur, les larmes, le courage, l’encadrement politique, etc. Des sentiments et faits qui n’affleurent dans aucune de ces œuvres.

Ces inquiets ? Ils m’ont semblé parfois des nombrilistes, souvent des mabouls pédants et inhumains.

Lors de ma visite au Centre Pompidou, peu de visiteurs parcouraient l’espace alloué à cette exposition. Peut-être en raison du tarif d’entrée élevé.

Le 3 avril 2008, sur RCJ, radio Juive francilienne liée au FSJU (Fonds social juif unifié), Francine Lutenberg, responsable des projets culturels à l'ambassade d’Israël en France, a recommandé cette exposition…

A lire sur ce blog :

Cet article a été publié en une version plus concise par L'Arche. Les citations sont extraites du dossier de presse.

vendredi 28 juin 2013

Devant la Cour appel, Philippe Karsenty revendique une stratégie de diffamation légitime dans la controverse « al-Dura »

Cet article est republié alors que Philippe Karsenty a été condamné, le 26 juin 2013, pour diffamation par la Cour d'appel de Paris. Je consacrerai un article à l'audience, puis un autre à l'arrêt.

Directeur de Media-Ratings, maire-adjoint de Neuilly, porte-parole et responsable de la politique étrangère au sein du Parti Libéral Démocrate, Philippe Karsenty doit-il être relaxé ou condamné pour avoir sciemment diffamé France Télévisions et Charles Enderlin, correspondant de France 2 à Jérusalem, en qualifiant, en novembre 2004, notamment d’« imposture médiatique » le reportage controversé sur « la mort de Mohamed al-Dura » diffusé au JT de France 2 le 30 septembre 2000 ? Cette question a été au centre des débats devant la Cour d’appel de Paris le 16 janvier 2013.


My article is perfectly and kindly translated in English by Michel Gurfinkiel for Pajamas Media. It is also published in my blog.


Doutes croissants sur l’authenticité des faits allégués par ce reportage controversé ? Aura de Charles Enderlin lézardée ? Censure sur un sujet tabou ? Crainte de susciter l’ire procédurale des intimés ? Incompréhension des enjeux de "l’affaire al-Dura" ? Agacement à l’égard de Philippe Karsenty ? Froid hivernal rigoureux ? Questionnements à l'égard de Pallywood, Hezbollywood, Syriwood ou autres Arabwood ?

Malgré l’appel du SNJ (Syndicat national des journalistes) à assister à l’audience en signe de solidarité avec Charles Enderlin, peu de journalistes – aucun des médias communautaires - assistent aux plus de six heures de débats judiciaires : Daniel Bilalian et Vincent Nguyen de France 2, et Emilie Raffoul de Canal + (1).

Par contre, parmi la nombreuse assistance, citons Richard Prasquier, président du CRIF (Conseil représentatif des institutions juives de France).

A la différence de l’audience du 27 février 2008, aucun dirigeant de France Télévisions ne s’est déplacé.

Originalité : les débats, sauf les plaidoiries, sont relatés en direct par JSS News.

Avant le début de l’audience, Philippe Karsenty va serrer la main de Charles Enderlin, et il échange quelques mots avec lui.


Une affaire ancienne
Président de la Cour, Jacques Laylavoix rappelle les faits et la procédure judiciaire.

Feuilletant un document agrafé, il évoque curieusement « les positions israéliennes » au carrefour de Netzarim (bande de Gaza). Une expression inexacte figurant dans les décisions judiciaires, ainsi que dans les conclusions de Charles Enderlin et de France Télévisions. Tous les magistrats ont donc repris l’erreur des plaignants.

Or, dans le reportage du JT de France 2 du 30 septembre 2000 et aux images signées par le cameraman palestinien Talal Abu Rahma, Charles Enderlin déclare : « 15 heures. Tout vient de basculer près de l’implantation de Netzarim dans la bande de Gaza... Ici, Jamal et son fils Mohamed sont la cible de tirs venus de la position israélienne... Mohamed a 12 ans. Son père tente de le protéger... Il fait des signes... Mais une nouvelle rafale... Mohamed est mort et son père gravement blessé ».

L’image du « petit Mohamed » devient l’icône de l’Intifada II.

Ce reportage suscite des doutes, et des enquêtes dès 2000 de Nahum Shahaf, physicien israélien, de Stéphane Juffa, rédacteur en chef de l’agence de presse Mena (Metula News Agency). Au sein de la Ména, Gérard Huber, psychanalyste, et Luc Rosenzweig, journaliste, poursuivent leurs investigations. Nahum Shahaf et la Ména contestent l'authenticité des faits allégués dans ce reportage, et concluent à la mise en scène.

Dans son documentaire Trois balles et un enfant mort. Qui a tué Mohamed al-Dura ? diffusé en 2002 par ARD, Esther Schapira, documentariste allemande, soutient que l'enfant serait mort vraisemblablement par des balles palestiniennes. 

C'est Richard Landes, historien américain, qui parvient à interviewer Charles Enderlin, et forge le néologisme Pallywood pour désigner l'industrie audiovisuelle palestinienne de propagande

La polémique sur ce reportage controversé est alimentée par le long refus de France 2 de rendre publics les rushes du reportage, et les versions successives de Talal Abu Rahma qui, le 3 octobre 2000, affirme sous serment, au Centre palestinien des droits de l’homme : « L’enfant a été tué intentionnellement et de sang-froid par l’armée israélienne », puis se rétracte le 30 septembre 2002, soit deux ans plus tard, dans un fax adressé à France 2 Jérusalem : « Je n’ai jamais dit à l’Organisation palestinienne des droits de l’homme à Gaza que les soldats israéliens avaient tué intentionnellement et en connaissance de cause Mohamed al-Dura et blessé son père ».

Dans deux textes électroniques de novembre 2004, Philippe Karsenty, directeur de l’agence de notation des médias Media-Ratings, qualifie en particulier d’« imposture médiatique », de « faux reportage », « pure fiction » et « supercherie » ce reportage controversé et exhorte aux licenciements de Charles Enderlin et d’Arlette Chabot, alors directrice de l’information de France 2.

Ceux-ci portent plainte contre lui pour diffamation.

Condamné le 19 octobre 2006 par le Tribunal de Grande instance de Paris, Philippe Karsenty interjette appel.

Après avoir demandé par un arrêt du 3 octobre 2007 les rushes du reportage à France 2 et les avoir visionnés, la Cour d’appel de Paris relaxe Philippe Karsenty, le 21 mai 2008, dans un arrêt tançant sévèrement les intimés.

Le 28 février 2012, la Cour de cassation casse ces deux arrêts pour raison de procédure : c'est au seul prévenu d'apporter la preuve de sa bonne foi.

Autrement composée, la Cour d’appel de Paris entend les parties ce 16 janvier 2013 afin de confirmer ou d’infirmer le jugement de première instance.


Saynètes de guerre jouée
Le Président de la Cour donne la parole à Philippe Karsenty afin qu’il se présente.

Philippe Karsenty montre le matériel avec lequel il va présenter sa position : sa présentation Powerpoint composée de rushes d’agences de presse du 30 septembre 2000 et sa maquette du carrefour de Netzarim réalisée au centième.

Puis, il rectifie l’erreur factuelle du président de la Cour : il n’y avait qu’une seule « position israélienne » au carrefour de Netzarim.

Après avoir rappelé ses fonctions politiques - maire-adjoint de Neuilly, porte-parole et responsable de la Politique étrangère du Parti Libéral Démocrate -, il replace l’affaire al Dura dans son contexte historique et insiste sur « l’impact planétaire des images » controversées : de Ben Laden les utilisant pour inciter des djihadistes à la haine jusqu’à Mohamed Merah assassinant pour « venger les enfants palestiniens », via la vidéo de l’égorgement du journaliste américain Juif Daniel Pearl dans laquelle est incrustée l’image des al-Dura.

« En 2002, comme pour beaucoup de monde, il me semblait totalement impensable que France 2, la télévision publique française ait diffusé un faux reportage, ou même qu’elle ait pu commettre la moindre erreur, surtout dans le cadre d’un reportage commenté par Charles Enderlin. C’est en France la voix du Proche-Orient. Ainsi, avant d’ouvrir une réunion avec la presse à l’ambassade de France en Israël, Dominique de Villepin a interrogé : « Qu’en pense Charles ? » Il faut rappeler la force du personnage Enderlin. C’est quelqu’un de très convaincant. Si j’osais, je dirais que c’est le Thierry Roland du Proche-Orient », indique Philippe Karsenty.

Et de rappeler les soutiens politiques dont bénéficie Charles Enderlin : Jacques Chirac, ancien Président de la République, Bertrand Delanoë, maire de Paris. « Et Shimon Peres », ajoute Charles Enderlin.

« En fait, je pense que Charles Enderlin est une victime. Victime de son caméraman qui lui a refilé des images douteuses. Victime de sa réputation qui l’a peut-être empêché de revenir sur son erreur initiale. Victime de ses amis, ou ceux qui se prétendent être ses amis, qui ont bâti autour de lui une muraille destinée à le protéger de la vérité », estime l’appelant.


Philippe Karsenty décrit son implication progressive dans la polémique, au fil des rebondissements, de ses recherches personnelles et de l’activité de son agence.

Il démarre sa présentation en rappelant les principes de la Charte des antennes de France Télévisions (2) avant de montrer, extraits de JT à l’appui, les procédés de France 2 pour relater, à son avantage, les péripéties judiciaires de l’affaire.

Puis, il évoque l’interpellation de Rémy Pfimlin, alors candidat à la présidence de France Télévisions, par le sénateur Plancade, le 12 juillet 2010, au nom de la Charte du groupe audiovisuel public.

Comme en 2008, mais en début de sa démonstration, Philippe Karsenty prouve, images à l’appui, que France 2 avait aussi diffusé le 1er octobre 2000, comme fait réel une séquence mise en scène par des Gazaouis et, commentée par Charles Enderlin. Gêne du côté des intimés.

Philippe Karsenty poursuit en montrant qu’au carrefour de Netzarim, ce 30 septembre 2000, on tournait plusieurs fausses scènes de guerre avec des Palestiniens anonymes. Dissèque ces saynètes jouées et présentées comme incidents authentiques révélateurs de tensions. Liste des incohérences de ce célèbre reportage. Détaille les invraisemblances : pas de traces de sang sur le trottoir, sur les vêtements ou sur le mur, peu d’impacts de balles sur ce mur pour une fusillade d’armes automatiques qui aurait duré 45 minutes, etc. Souligne les contradictions entre les versions de Charles Enderlin et de Talal Abu Rahma, qui a « choisi le journalisme pour défendre la cause palestinienne », selon ses propres termes rapportés dans Le Matin du Sahara du 2 avril 2001.

Au terme d’une démonstration d’environ une heure et demie, interrompue par un bref rappel contextuel de Charles Enderlin, Philippe Karsenty conclut avec une citation extraite d’un de ses deux textes incriminés : « Charles Enderlin se trompe, et du même coup nous trompe ».

Pendant ce quasi-cours d’analyse des images, Charles Enderlin ne conteste rien. Quand il s’y risque une fois, il est vite démenti par les images qui défilent ou des arrêts sur images. Lorsque Philippe Karsenty cite une déclaration du caméraman Talal Abu Rahma - « Les Israéliens ont tiré sans discontinuer sur l’enfant pendant 45 minutes » -, Charles Enderlin hoche négativement la tête, puis réfute : « Ce n’est pas vrai ». « Regardons alors ces images ! », invite l’appelant. Que voit-on ? Le caméraman de France 2 répéter plusieurs fois  : « Les soldats israéliens ont visé l’enfant pendant 45 minutes ».

Parole aux plaignants. Charles Enderlin souligne combien il est un bon citoyen israélien, qu’il a été soldat dans l’armée israélienne, et ses enfants aussi. Sous-entendu : il n’a aucune raison de nuire à l’Etat d’Israël dont il est citoyen.

En quelques phrases rapides, il brosse le tableau de tensions liées à la visite d’Ariel Sharon sur « l’esplanade des mosquées » (mont du Temple, Nda). Certes, il se trouvait ce 30 septembre 2000 à Ramallah, et non à Gaza, mais il connaît les lieux, et fait confiance à Talal Abu Rahma qui, tout en filmant la scène controversée, lui a dit lors d’un appel téléphonique dramatique : « Je suis en train de filmer la mort d’un enfant ». Charles Enderlin n’explique pas comment son cameraman savait, de façon prémonitoire, que l’enfant, et non le père, allait mourir, alors qu’on ne voit aucune blessure sur l’enfant. Puis, il justifie les refus de communication de rushes à Nahum Shahaf, et évoque l’opacité de l’armée israélienne.

Le moindre doute l’a-t-il effleuré sur son cameraman ? Il a interrogé le Shin Bet sur Talal Abu Rahma qui « sort régulièrement de Gaza ». Et de reconnaitre que Talal Abu Raham "n'a plus sa carte de presse".

Après avoir cité le dictionnaire Littré pour se justifier d’avoir allégué à tort à Télérama avoir coupé les images de « l’agonie de Mohamed al-Dura », il convient « s’être trompé sur le mot agonie ».

Charles Enderlin et France Télévisions sont venus avec des DVD renfermant des films déjà montrés devant la Cour d’appel en 2008, essentiellement le reportage controversé et des extraits de journaux télévisés en 2000. Des films censés répondre aux questions soulevées par l’appelant.

Incroyable, mais vrai : des problèmes techniques empêchent longuement leur visionnage. Obligeamment, Philippe Karsenty prête ses hauts parleurs pour permettre une audition à un volume sonore normal.

Fait amusant : certaines images montrées par les plaignants ont déjà été décortiquées par Philippe Karsenty qui avait fait rire la salle en pointant des bizarreries.

Quant à l’image d’un enfant palestinien prise à la morgue ce 30 septembre 2000 et présentée par les plaignants comme étant celle de Mohamed al-Dura, Philippe Karsenty prouve, chronologie de la journée à l’appui, que les deux enfants sont différents.

Trois témoins
En soutien de l’appelant : trois témoins.

Journaliste, Esther Schapira a réalisé, en 2002, Drei Kugeln und ein totes Kind (en français : Trois balles et un enfant mort), commercialisé sous les titres Three bullets and a dead child, et Qui a tué Mohamed al-Dura ?, en interrogeant chaque partie, et à une époque où elle « ne s’interrogeait pas sur l’authenticité des images ». Elle concluait que le garçon avait été plus vraisemblablement tué par les Palestiniens que par les Israéliens. Elle a été surprise par le refus de Charles Enderlin de lui communiquer ses rushes - France 2 et ARD font partie d’un « réseau européen » qui d’ordinaire coopère. Au « lieu de soutien », elle a « reçu des menaces ». Son documentaire est diffusé en 2002 par la chaine allemande ARD. Esther Schapira raconte comment Philippe Karsenty a pris contact avec elle, dès 2002, et comment il est alors allé à Francfort pour visionner ses rushes de longues heures durant. Une phrase importante qui abonde dans le sens de l’appelant et que ses avocats rappelleront dans leur plaidoirie pour prouver son enquête sérieuse, et sa prise de conscience des incohérences et contradictions du reportage de France 2 dès 2002.

Après avoir visionné les rushes de France 2 lors de l’audience de 2007, Esther Schapira réalise en 2009 Das Kind, Der Tod, und Die Wahrheit (The Child, the Death, and the Truth, L’enfant, la mort et la vérité), documentaire « composé aux deux tiers à partir de ses rushes » de 2002. Elle tient à rectifier deux « erreurs graves » de Charles Enderlin dans son livre Un enfant est mort : elle rappelle s’être rendue à Gaza, et que ses documentaires ont été vendus hors d’Allemagne : le premier à neuf pays, le second à cinq pays.

Expert médical et chirurgien notamment de guerre, le Dr Patrick Bloch précise qu’un enfant touché par balles « ne bouge plus, par un phénomène de choc traumatique, dans un état de sidération », à la différence de l’enfant filmé mobile. Dans ces situations-là, il « existe toujours des sorties des projectiles atteignant les membres », sauf la tête et le thorax où les projectiles peuvent rester. Et les dégâts de balles à haute vélocité – projection de chair et écoulement de sang – sont impressionnants, alors que le reportage ne montre aucun de ces dommages. Ainsi, si l’artère fémorale est touchée par une de ces balles - ce que le père a déclaré -, le sang s’écoule à « 300-600 ml/minutes, soit une perte de 4,5 litres de sang. En dix minutes, on est vidé de son sang ». Or le père est censé être resté sur place pendant une vingtaine de minutes avant qu’une ambulance arrive pour le récupérer.

Représentant le ministère public, esprit vif servi par une formulation concise, Jean-François Cormaille de Valbray, interroge ce médecin-expert sur une petite tache rouge qu’il affirme discerner sur l’abdomen de Jamal al-Dura. Hésitant, le médecin les observe, puis remarque, après réflexion que c’est probablement une petite tâche apparue au développement, mais que cela ne peut être une tache de sang.

Expert balistique près de la Cour d’appel de Paris, Jean-Claude Schlinger a effectué son expertise à la demande de Philippe Karsenty, en janvier 2008 et à partir du reportage et d’informations annexes. Des « huit impacts de balles » sur le mur errière les al-Dura, il en induit l’impossibilité de tirs venant de la position israélienne – la forme aurait été ovale (angle de tir de 30°), et non ronde -, et l’invraisemblance de tirs à l’arme automatique pendant 45 minutes. Dans son rapport, cet expert envisage la possibilité d’une « mise en scène ». « Mais qu’est-ce qui permet d’affirmer que les tireurs ayant visé les al-Dura n’ont pas tiré au coup par coup ? », s’enquiert Jean-François Cormaille de Valbray. « Le cameraman le dit », répond l’expert.
Une diffamation revendiquée
En cette fin d’après-midi, débutent les plaidoiries.

Poursuivi pour diffamation (3), le prévenu est relaxé s’il apporte la vérité des faits (exception de vérité) ou démontre sa bonne foi qui, selon la jurisprudence, suppose la réunion de quatre conditions : une enquête préalable sérieuse, un but légitime, la prudence dans l’expression et l’absence d’animosité personnelle. La relaxe est généralement prononcée en accordant le bénéfice de la bonne foi.

D’une voix qui ne porte pas, Me Bénédicte Amblard, avocate de France Télévisions (4) et de Charles Enderlin, dénonce une « entreprise de démolition médiatique », s’emploie à démontrer que les éléments constitutifs de la diffamation sont réunis, soutient que Philippe Karsenty ne disposait pas en 2004 des informations justifiant les propos incriminés, sollicite sa condamnation et « la publication judiciaire pour tourner la page » : un livre et un film sont annoncés...

Pour le parquet, l’avocat général Jean-François Cormaille de Valbray, a rappelé que la Cour statue non sur la « vérité historique » dans un « débat délicat, difficile », mais sur « le caractère diffamatoire des propos » poursuivis. Il s’en rapporte à l’appréciation de la Cour. Comme il l’avait fait lors du procès de Jamal al-Dura contre le Dr Yéhuda David et le journaliste Clément Weill-Raynal.

Avocats de Philippe Karsenty, Me Delphine Meillet et Me Patrick Maisonneuve revendiquent la stratégie de provocation délibérée de leur client. Oui, celui-ci a recouru à la diffamation légitime, car c’était la seule voie possible face au silence médiatique occultant en France les questionnements sur la réalité des allégations du reportage. Et de citer des jurisprudences récentes autorisant, pour des « débats d’intérêt général », « l’immodération des propos », « le recours à une certaine dose d’exagération, voire de provocation, dans les propos » (Cour de Cassation, 3 février 2011).

Bref, Philippe Karsenty a commis une « infraction utile dans notre démocratie ». Une diffamation dénuée d’animosité, dans un but légitime, de bonne foi, étayée par une enquête sérieuse échelonnée au fil des ans et auprès de « sources différentes ».

Moment d’humour : Me Delphine Meillet ironise sur les attestations produites par les intimés et visant à authentifier des attestations antérieures cocasses de cameramen palestiniens.

L’arrêt de la Cour sera rendu le 3 avril 2013.

Silence de médias français
Finalement, le clash est survenu au sortir de l’audience, mais pas entre les parties au procès.

Dans le hall contigu à la salle d’audience, Charles Enderlin traite en anglais Esther Schapira de « journaliste militante ».

Et il s’étonne qu’elle n’ait interviewé que trois des quelques vingt soldats de la position israélienne ce 30 septembre 2000. « Pourquoi ne l’avez-vous pas dit à la Cour », lui ai-je rétorqué. Haussement las d’épaules de Charles Enderlin. « Vous auriez pu le dire à votre avocate, qui l’aurait répété à la Cour », ai-je insisté.

A ma réplique « Talal Abu Rahma est un cameraman militant », il ne répond rien et s’éloigne, encadré par trois individus dont l’un lui murmure qu’il est filmé.

Esther Schapira m’expliquera ensuite avoir interviewé les trois seuls soldats israéliens placés dans l’angle de la position des al-Dura, les autres n’ayant pas pu être en situation de voir la scène controversée.

Journalisme à la française contre celui à l’anglo-saxonne, opacité contre transparence, confiance inébranlée contre doute méthodique… Tout oppose ces deux journalistes.
Depuis 2000, les positions de France 2 et de Talal AbuRahma ont évolué. Ainsi, Arlette Chabot alors directrice de l’information de France 2, a déclaré le 16 novembre 2004 : « On ne saura jamais quelle est l’origine des tirs. Venaient-ils de la positon israélienne ou palestinienne ? »

Pourtant, malgré les révélations sur Pallywood (5), Hezbollywood et autres Arabwood, Charles Enderlin campe sur sa position : il maintient à ce jour son commentaire de 2000. Sans convaincre.

Charles Enderlin connaît bien les lieux ? Pourtant, interrogé par Richard Landes voici quelques années, il s'est trompé dans la localisation de la position militaire israélienne dans un plan.

Et donne des détails troublants. Lors de cette audience, Charles Enderlin affirme que l’ambulancier a tenté vainement de réanimer Mohamed al-Dura. Un fait semble-t-il nouveau. Or, l’ambulance est arrivée au carrefour après l’image sur laquelle ce journaliste affirme que Mohamed al-Dura est mort. Donc, cet ambulancier était-il médecin ? Si oui, pourquoi et comment a-t-il tenté de le réanimer ? Mystère. D’autant que pendant les 45 minutes de la fusillade – durée alléguée par les plaignants -, Mohamed al-Dura s’est vidé de son sang. Un sang pourtant invisible sur les images.

Curieusement, la dépêche AFP sur cette audience n’a été reprise par aucun média français.

Seul Rue 89 a publié un article plutôt partial.

Le 21 janvier 2013, Charles Enderlin a publié sur son blog un compte-rendu factuel de l’audience. A la troisième personne du singulier. Et sans répondre aux questions soulevées par son reportage.

Bizarrement, et au 8 février 2013, soit plus de trois semaines après cette audience, le site et la newsletter du CRIF n'ont publié aucun article sur cette audience judiciaire. Alors qu'ils ont publié un article sur l'appel à manifester du SNJ et l'interview filmée d'Esther Schapira, et alors que Richard Prasquier a assisté à l'audience et n'a pas caché son soutien à Philippe Karsenty.

Dans sa lettre à Charles Enderlin publiée le 10 février 2013 et intitulée "Vous saviez que l'enfant n'était pas mort", la journaliste-productrice Esther Schapira revient notamment sur l'épisode relaté en fin d'article et par aucun autre média.

Les 11 et 12 février 2013, Charles Enderlin a publié deux textes virulents intitulés Esther Schapira et Esther à Gaza.


Le 26 juin 2013, après deux reports de son délibéré - 3 avril et 22 mai 2013 -, la Cour d'appel de Paris a rendu son délibéré. Elle a confirmé la condamnation de Philippe Karsenty pour diffamation à l'égard de Charles Enderlin et de France Télévisions. Elle l'a aussi condamné à leur verser 7 000 euros, au lieu d'un euro, à titre de dommages et intérêts.


 (1) Emilie Raffoul a signé Pour Charles Enderlin. Avec Stéphane Haumant, elle a est l’auteur du numéro Rumeurs, intox : les nouvelles de guerre de l’info, réalisé par Stéphane Malterre, produit par Tac Presse, et diffusé le 24 avril 2008 dans le cadre de l’émission Jeudi Investigation sur Canal +. Celle-ci et Tac Presse ont été condamnés pour diffamation à l’encontre de Philippe Karsenty le 10 juin 2010. Une condamnation confirmée par la Cour d’appel de Versailles le 5 janvier 2012

(3) La diffamation est une « allégation ou imputation d’un fait qui porte atteinte à l’honneur ou à la considération de la personne » (article 29 de la loi du 29 juillet 1881)
(4) France 2 est une des chaines de France Televisions
(5) La scène du cadavre tombant de la civière, se relevant prestement pour reprendre sa place sur la civière, a été diffusée au printemps 2002 par France 2.
Publié le 25 janvier et le 10 février 2013, cet article a été modifié le 29 juin 2013.