dimanche 5 mars 2017

Sabine Weiss, photographe


Née en Suisse, Sabine Weiss s’oriente vers la photographie dont elle représente l’école française humaniste d’après guerre. Epouse du peintre Hugh Weiss (1925-2007), elle entre à l’agence Rapho en 1952. Le Musée Bellpark présente l'exposition Sabine Weiss, photographe.

« Les scènes, en apparence inoffensives, ont été inscrites avec une volontaire malice juste à ce moment précis de déséquilibre où ce qui est communément admis se trouve remis en question », observait Robert Doisneau en voyant des photographies de Sabine Weiss.

« Je suis un artisan »
Sabine Weiss  nait en Suisse en 1924.

Elle s’oriente très tôt vers la photographie.
Sabine Weiss effectue son apprentissage chez Boissonnas, dynastie familiale de photographes genevois depuis la fin du XIXe siècle. De 1942 à 1945, .«Je faisais de tout : les tirages, les glaçages, la fabrication des bains et les livraisons chez les clients ».

En 1946, elle se rend à Paris et fait la connaissance de Willy Maywald, photographe allemand de mode fixé à Paris et « spécialisé dans la mode et les portraits. Elle sera son assistante jusqu’en 1949, date à laquelle elle reprendra sa liberté ». 

« J'y ai travaillé dans des conditions inimaginables aujourd'hui, mais avec lui j'ai compris l'importance de la lumière naturelle. La lumière naturelle comme source d'émotion », se souvenait Sabine Weiss.

En 1949, elle rencontre le peintre américain Hugh Weiss, qu’elle épouse. Le couple emménage dans un petit atelier du boulevard Murat à Paris, où Sabine Weiss vit à ce jour.  Il a une fille, Marion.

Tous deux se lient avec les artistes d’après-guerre. Sabine Weiss photographie Braque, Miró, Giacometti et Chagall, des musiciens - Igor Stravinsky, Benjamin Britten, Pablo Casals, Stan Getz -, sculpteurs - Alberto Giacometti -, écrivains, comédiens – Jeanne Moreau - et autres célébrités : Robert Rauschenberg, Jan Voss, Jean Dubuffet.

En 1952, grâce à Robert Doisneau, Sabine Weiss entre à l’agence Rapho. 

Dès 1954, ses œuvres sont exposées aux États-Unis à l’Art Institute of Chicago, au Walker Art Center de Minneapolis et à la Limelight Gallery de New York. Trois de ses photographies sont montrées dans l’exposition « The Family of Man » conçue par Steichen au Museum of Modern Art de New York.

Mode, sujets de société, publicité, art de vivre, reportages pour Life, Newsweek, Holiday, Town & Country, Fortune, Town and Country Magazine … Sabine Weiss alterne les commandes, tous les genres, et son œuvre personnelle réalisée souvent selon ses rencontres et ses voyages.

Sabine Weiss « est la dernière représentante de l’école humaniste française d’après-guerre, qui rassemble des photographes comme Robert Doisneau, Willy Ronis et Édouard Boubat ».

À la fin des années 1970, son « œuvre revient sur le devant de la scène et bénéficie d’un intérêt grandissant de la part des musées et institutions culturelles. Les hommages se multiplient, contribuant à l’aura d’une photographe indépendante et prolifique, sensible à l’être humain et à sa vie quotidienne ». Le MoMA, le Metropolitan Museum, le Centre Georges Pompidou, la Maison Européenne de la Photographie, la Kunsthaus de Zürich présentent ses œuvres.

Grâce à une bourse du ministère français des Affaires culturelles, Sabine Weiss effectue en 1983  une Etude sur les Coptes d’Egypte et en 1992 une Etude sur la Réunion.

En 2007, RSF (Reporters sans frontières) publie 100 photos de Sabine Weiss pour la liberté de la presse.

L’agence Gamma-Rapho diffuse les photographies de Sabine Weiss.

« Réalisée à l’aide des archives personnelles de Sabine Weiss, l’exposition présentée au Château de Tours s’attacha à retracer le parcours et le métier de cette femme d’exception, à travers photographies, films, archives sonores et documents originaux ».

La galerie Les Douches présenta Le monde de Sabine Weiss, première exposition personnelle. « Nous nous sommes plutôt attachés à mettre en avant des aspects moins évidemment connus de sa personnalité. Nous sommes allés la chercher à New York et partout où son œil nous surprend. Certes Sabine Weiss  aime photographier les enfants, mais limiter Sabine Weiss au monde de l’enfance serait une grave erreur. Elle refusera toujours l’anecdote au profit de la sensation, « celle qui consiste à capter l’expression des sentiments ». Quant à l’étiquette de « photographe humaniste », si elle ne la réfute pas, elle lui semble bien réductrice. D’autant plus que ce courant n’a pas influencé sa manière de voir. Femme inclassable et farouchement indépendante, passionnée de peinture, Sabine Weiss est toujours là où on ne l’attend pas... Mais voilà bien là le secret, Sabine Weiss ne doit surtout pas être perçue comme une photographe de Paris. En tout cas, pas uniquement. Sabine Weiss n'est jamais plus elle-même que lorsqu'elle quitte la France. Jamais plus elle-même que lorsqu'elle se retrouve (se trouve) à New York, en Sicile, au Portugal ou en Égypte… Loin de ses bases, Sabine Weiss devient metteur-en-scène, réalisatrice de films. D'ailleurs j'opterai plus volontiers pour le terme de réalisatrice en ce qui la concerne car précisément ses photos ne sont pas mises-en-scène. Elles ne sont pas posées. Pas même des arrêts sur image. Non, ces photos sont le début d'une histoire. Ou son milieu. Ou sa fin. Et souvent elles sont un film tout entier… Le cinéma de Sabine Weiss m'évoque de prime abord le cinéma néo-réaliste italien, le Rossellini de Rome Ville Ouverte ou le de Sica du Voleur de Bicyclettes. Puis, à la réflexion, je pencherais plus encore pour Jules Dassin. En effet c'est Dassin qui le premier, dans The Naked City, posa sa caméra dans les rues de New York. Mais pour la qualité de ses noir-et-blanc, j'associerai surtout les photos new-yorkaises de Sabine Weiss à cet autre film de Dassin, Night and The City. Quelle intensité ! Quelle lumière ! Le drame à l'état pur. Pas étonnant que Sabine Weiss ait elle aussi tourné ses photos dans le cœur des années cinquante à New York. Oui, je crois sincèrement que c'est ainsi qu'il nous faut maintenant relire les photographies de Sabine Weiss. Comme de grands moments de cinéma. Et en cela elle est tout à fait à part dans l'histoire de la photographie française. Et pour ce qu'il en est, dans l'histoire de la photographie tout court. Elle y tient à jamais une place absolument singulière », a écrit Olivier Beer, scénariste.

Le Musée Bellpark présente l'exposition Sabine Weiss, photographe conçue par le Jeu de Paume.

Citations de Sabine Weiss

« Je témoignais, je pensais qu'une photo forte devait nous raconter une particularité de la condition humaine. J'ai toujours senti le besoin de dénoncer avec mes photos, les injustices que l'on rencontre ».

« Je n'aime pas les choses très éclatantes mais plutôt la sobriété… il ne s'agit pas d'aimer bien, il faut être ému. L'amour des gens, c'est beau. C'est grave, il y a une profondeur terrible. Il faut dépasser l'anecdote, dégager le calice, le recueillement. Je photographie pour conserver l'éphémère, fixer le hasard, garder en image ce qui va disparaître : gestes, attitudes, objets qui sont des témoignages de notre passage. L'appareil les ramasse, les fige au moment même où ils disparaissent. »

« Lumières, gestes, regards, mouvement, silence, repos, détente, je voudrais tout incorporer dans un instant pour que s'exprime avec un minimum de moyens l'essentiel de l'homme...Mes photos expriment un certain amour que j'ai pour la vie  »

« Faire des images de ce que je vois dans la vie est un bonheur, une nécessité même. Pour moi, saisir l’instant, exprimer l’émotion, attraper le geste ou l’ambiance de la chose vue et de communiquer cette vision à autrui est la passion du photographe ».

Du 19 novembre 2016 au 5 mars 2017
Au Museum im Bellpark | Luzernerstrasse 21
Postfach | 6011 Kriens
Tel +41 41 310 33 81
Du mercredi au samedi: de 14 h à 17 h. Le dimanche: de 11 h à 17 h

Le monde de Sabine Weiss
Du 18 mai au 30 juillet 2016. Vernissage le 17 mai 2016 de 18 h à 21 h
5, rue Legouvé - 75010 Paris
Du mercredi au samedi de 14 h à 19 h et sur rendez-vous

Du 18 juin au 30 octobre 2016
25, avenue André Malraux – 37000 Tours
Tél. : 02 47 21 61 95
Du mardi au dimanche de 14 h à 18 h

Visuels :
L’audace, 1950
Tirage gélatino-argentique moderne signé par l’artiste
Dimensions du tirage : 30 x 40 cm

Les lavandières, Bretagne, 1954
Tirage gélatino-argentique moderne signé par l’artiste
Dimensions du tirage : 30 x 40 cm

Montmartre, 1953
Tirage gélatino-argentique moderne signé par l’artiste
Dimensions du tirage : 30 x 40 cm

Montmartre, Paris, 1952
Tirage gélatino-argentique moderne signé par l’artiste
Dimensions du tirage : 30 x 40 cm

New York, 1955
Tirage gélatino-argentique moderne signé par l’artiste
Dimensions du tirage : 50 x 60 cm

2 CV sous la pluie, Paris,1957
Tirage gélatino-argentique moderne signé par l’artiste
Dimensions du tirage : 40 x 50 cm

New York, 1955
Tirage gélatino-argentique d’époque, réalisé et signé au dos par l’artiste
Dimensions du tirage : 22,5 x 29 cm

Lower East Side, New York, 1955
Tirage gélatino-argentique d’époque, réalisé et signé au dos par l’artiste
Dimensions du tirage : 20,1 x 29,5 cm

Une rue à Naples, 1955
Tirage gélatino-argentique moderne signé par l’artiste
Dimensions du tirage : 50 x 60 cm

Courses à Auteuil, Paris, 1952
Tirage gélatino-argentique moderne signé par l’artiste
Dimensions du tirage : 30 x 40 cm

Marché aux Puces, Paris, 1952
Tirage gélatino-argentique moderne signé par l’artiste
Dimensions du tirage : 30 x 40 cm

Articles sur ce blog concernant :
Les citations proviennent des dossiers de presse. L'article a été publié le 18 mai 2016, puis les 25 juillet, 4 mars et 29 octobre 2016.

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